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DANS L'INTIMITÉ DES ARTS copyright Alain Fortaich
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Le théâtre de la vie
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La vie est un spectacle en soi. Mais je ne suis pas en représentation. Petites scènes de la vie quotidienne avec ses nombreux acteurs. Elle marche sur la rue Lafontaine. Le vent la ferait choir sous ses bouclettes avec ce corps à la Giacometti. Un brouhaha dans le fond d'un parc : une seringue emplie d'illusions. Dans les cabinets de l'Usine, un couple ludique, leurs rires étouffés, petite mort : t'auras qu'à prendre la pilule demain... Puis, dans la salle la critique qui incommode l'assistance avec sa lampe d'écriture. Afin de s'innocenter : je suis journaliste plaide-t-elle. La vie est du théâtre dont quelques spectateurs s'évertuent à écrire les lignes.
Brigitte Haentjens l'a compris depuis longtemps. Ainsi, est-ce étonnant qu'elle fasse sien ce Woyzeck. Par sa facture toute personnelle, ça me fait penser aux Trois soeurs mise en scène par monsieur Wajdi. En effet, elle s'est appropriée ce texte inachevé, mine d'or pour un metteur en scène, afin d'y installer notre culture. Si le choix de la première chanson de la pièce fait rire, c'est bien parce qu'on ne s'attend pas à découvrir chez un auteur allemand, en occurence Georg Büchner, du Plamondon! Les jalons sont installés. Par conséquent, on prend conscience de la pertinence des chansons au gré du déroulement de la pièce car elles servent non seulement de raccord entre les différentes scènes mais appuient cette adaptation québécoise, à l'orée du surréalisme, fort bien réussi.
Les comédiens émergent de l'obscurité. Dansant. La danse occupera une part importante de la pièce ainsi que le chant. Que l'accompagnement musical de Alexander MacSween. Tout gestes semblant chorégraphiés en fait. Les comédiens. Méconnaissables pour quelques-uns. Vraiment, il me faudra du temps avant de reconnaître Paul Savoie avec cette voix métamorphosée et encore plus avec Ahmarani dont je devrais emprunter les lunettes. Vraiment une belle composition que ces personnages. Sébastien Ricard maître ès claquette découvrira-t-on dans ce personnage de séducteur macho. Marc Béland est autant à l'aise dans ses mouvements éthérés que dans l'appesantissement de ses émotions. Évelyne Rompré séduit par sa transformation en fille du peuple, à l'orée de la vulgarité, jusque dans la subtilité de sa mise à mort.
Vraiment, la vie est un théâtre avec de nombreux acteurs qui parfois improvisent. Sur la rue, la belle de Giacometti me devance. Elle louvoie, elle tremblotte, ploie, se redresse comme une ramille. Au fond du parc, avachi au sol, le désespoir a fait sombrer un adolescent dans les méandres de l"irréalité. Dans un ventre, un spermatozoïde printanier poursuit sa course vers son Éden. Je regarde. Cherche une réplique : Je ne veux pas être qu'un figurant. Je veux un rôle. Un vrai, un marquant. Un rôle à ma démesure! J'observe. Je me sens hors la vie.
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Peter James, are you real?
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Etrange dites-vous ce Red Mark? Mauvais juge, Peter. Je peux parler des percussions de Patrick Lamothe et des doigts de Bertrand Chénier qui nous mélodient votre drame. Dont la musique s'insinue en nous insidieusement et nous atteint.
Peter, je suis un mauvais juge, quoiqu'en fait, pour être juge il faudrait que j'aie la présomption d'être juge et que je souhaite avoir devant moi quelqu'un à innocenter ou à condamner. En fait, si je devais être juge de Red Mark, je me demanderais si je dois innocenter un condamné ou damner un innocent? Qu'en pensez-vous Peter James? Vous qui dégainez si rapidement que vous désarmez une âme et pillez un coeur en un tour de barillet, qu'en pensez-vous? Doit-on vous juger?
Je vous regarde et ma réalité vacille. Votre visage hantera-t-il mes jours les plus obscurs? Votre visage inflexible dans sa souffrance intacte: ses traits tirés, livrés en pâture au public. Votre visage choit dans la folie et c'est le rire, le rire des fous, oh cessez, Peter, cessez cette douleur! Ne riez plus. Parlez. Dites-nous cette souffrance inarticulée : ces coups de gueule à la bouche de l'enfer, ce tintammare dans la tête comme un klaxon qui fausse. Votre visage à découvert, parlez. Visage désarticulé. Aimé pourtant. Pour ces mots dont il est recouvert.
Tell me Peter, are you?
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Parfum embrumé du Soleil levant
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Instruments traditionnels japonais : cordes et percussion. L'ambiance est installée. Quelques bancs, un rideau, des castelets aux usages multiples : symboliques ou utilitaires. D'une tête façonnée, d'un corps remembré émerge le verbe et du Verbe nait l'histoire : les histoires parallèles de Miyazawa ayant promis d'amener de la neige à sa soeur mourante et celle de cette femme allée chercher son fils au Japon.
Si l'histoire peut, par sa thématique de la perte, de l'absence, apparaitre difficile à aborder pour un enfant, le ton poétique qui imprègne le texte japonais laisse évaporer tout soupçon de chagrin voire de douleur et prête même aux éclats de rire. En effet, cet humour si particulier, ces gestes amplifiés, cette exagération suscite l'intérêt chez le jeune spectateur (et n'est pas sans rappeler notre très cher Marcel Sabourin, bien guindé, du jardin de notre enfance) dont l'attention est tantôt retenue par une marionnette, une ombre, une projection tantôt par ces acteurs à la mine particulière!
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Une danse daliesque
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Mi théâtre mi danse, Do animals cry de la chorégrapge Meg Stuart est un spectacle sidérant : poétique, ludique, parfois tragique. Bref, passionnant quoiqu'il soit effectivement difficile d'accès. En effet, on tend à spéculer quant au but de ces divers tableaux que la chorégraphe peint pourtant adroitement lorsque soudainement, on comprend ! On comprend ces scènes de la vie familiale : la jalousie, le plaisir, le jeu etc.
Dès l'abord, on s'étonne de la particularité du décor : une table quatre chaises, une niche/maison, quelques plantes, un lustre puis ce corridor d'arbre (une forêt?). Mais la musique de Hahn Rowe nous agrippe et nous porte sur ce paysage surréaliste. Vraiment, jamais, elle ne nous rejettera.
Puis les comédiens/danseurs. Pas rien que de la fluidité mais la lourdeur du corps. Dans leur jeu, on dirait les corps mous de Dali. La désarticulation des corps. Et ces visages. Anja Müller et ses traits taquins, Kotomi Nishiwaki éplorée. Ces visages si expressifs : Joris Camelin, Alexander Jenkins, Adam Linder et Frank Willens. Ces visages, ces corps : un monde fractionnable, divisible comme une famille qui se joue de et/ou avec nous. Ces corps, ces visages. Si loin quoique à doigté d'horizon ils nous émeuvent et parfois l'on s'esclaffe.
Do animals cry? On peut le soupçonner. Quant à l'humain. j'en suis assuré : he can.
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Pour une histoire intime de la danse...
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Sonya et Yves. Séparés à jamais? Malgré les heurts occasionnés par la profession, c'était faire fi de la passion. Car leur passion pour la danse semble persistante. En fait foi cette tournée qu'ils poursuivent à travers le Québec ainsi que le prochain spectacle sur lequel ils travaillent.
Dans ce spectacle ci, les danseurs sont parvenus à nous transmettre, par le biais de leur histoire personnelle (sur un film projeté sur un écran on les voit enfants présentés à leurs parents les balbutiements de leur pas), une histoire de la danse : de la claquette au tango, de la danse contemporaine au disco.
De surcroît, Sonya Stefan et Yves St-Pierre offre l'opportunité au public de découvrir divers visages de la danse et on ne peut que les en féliciter car ils rendent accessible un art qui en rebute plus d'un. Ainsi, l'apport judicieux des onze chorégraphes invités permet de détailler les styles si divergents d'un Pierre Lecours ou d'une Louise Lapierre pour ne citer que ceux-là. Bref, il s'agit du spectacle idéal pour un spectateur timide, indécis qui souhaite s'initier à ce médium malheureusement si peu fréquenté.
Si l'humour occupe une place prépondérante dans Sonya et Yves, il faut toutefois retenir les propos ironiques sur les conditions de vie des danseurs : les nombreuses heures de pratique, les exigences loufoques afin de recevoir un salaire (diantre, est-ce un salaire!) d'écrivain... D'autres pourront alors en déduire que c'est la cause pour laquelle certains(nes) danseurs sont contraints de danser nus sur scène : faute d'argent afin de s'acheter quelques vêtements!
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Ce n'était qu'un rêve...
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Le dernier survivant de la planète : un soldat. Un soldat a qui est offert l'opportunité de rêver d'une nouvelle planète. Si le concept est, en soi, intéressant, je demeure toutefois perplexe quant à ce rêve que met en scène Dominic Champagne. En fait, je présume qu'il eu été pertinent qu'il s'inspire du propos lucide de l'un de ses collaborateurs, Daniel Bélanger : La fin de l'homme ne sera pas la fin du monde afin de donner assise à un projet de si grande envergure et donc de concevoir le rêve de son personnage à partir de ce qui reste de notre planète. Ainsi, il aurait évité l'écueil d'octroyer des pouvoirs divins à un homme déifié qui, indissociablement, ne peut que recréer l'histoire d'Adam et Eve puis de Cain et Abel.
Par ailleurs, le personnage du soldat me convaint peu contrairement à Rodrigue Proteau dont l'interprétation est solide et impressionnante. En effet, j'ai l'impression que c'est un savant voire un écologiste qui m'entretient de big bang, d'amibes, de morula, de poissons devenus ailés etc. Bref, le personnage semble perdre sa crédibilité.
Cependant, on peut féliciter Dominic Champagne pour l'audace de sa mise en scène remarquable. Il s'est adjoint des artistes aux talents et compétences indiscutables tant pour les décors, l'éclairage, la musique que les effets vidéos/spéciaux. Certes, son aventure avec le Cirque du Soleil transparait avec l'ajout d'éléments d'acrobatie, de clownerie et de danse. Avec tous ces éléments réunis, je crois que le metteur en scène pourrait abandonner certaine partie de son texte puisque ces arts s'expriment par eux-mêmes : on remarque d'ailleurs que les mots se transforment en psalmodie sous la voix chaude de Pierre Lebeau et que, quoique l'on perde leur sens, ils se juxtaposent à la musique et s'entrelacent avec le propos musical.
Paradoxalement à cette terre détruite, visuellement, c'est l'enchantement. D'abord par ce sol en pente puis par ces objets qui émergent du sol ou encore cet arbre construit à partir d'armes (superbe idée!). Puis par ses effets spéciaux, ces lumières qui nous projettent dans un univers sidérant. Quant à la musique de Bélanger, avec entre autre son thème récurrent, elle atteint sa cible droit au coeur.
Vraiment exceptionnel dans notre paysage théâtral que cette mégaproduction quoiqu'il eut été favorable, selon moi, que l'idée de ce spectacle mûrisse un peu plus longtemps (soudain, un doute me saisit. Si c'était moi qui n'était pas prêt pour un tel spectacle?) afin que l'on puisse savourer la poésie du texte et s'en délecter.
p.s. Je pense qu'il aurait été pertinent, avec un tel spectacle (à teneur écologique, on s'entend), que la PdA offre un programme court ne concernant que ledit spectacle plutôt que de nous offrir la sempiternelle brique, en papier recyclé certes, qui fait la promotion des nombreux spectacles à venir.
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L'essence du théâtre...
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Pas de flafla. La salle se confond presque à la scène. Pas de fauteuils mais des chaises. Et pas de levé de rideaux : il n'y en a pas. À l'évidence, les moyens financiers sont restreints. Parfois, c'est bien puisque l'on voit apparaître un miracle quoique à l'occasion cela peut nuire au metteur en scène. Avec Abyme, ce n'est assurément pas le cas!
L'essence du théâtre donc : des chaises alignées devant une estrade. La simplicité. Reporter notre entière attention sur les comédiens. Lumières closes. Lumières ouvertes. En fait, faire la lumière sur notre indifférence face au monde.
Mariflore Véronneau réussit un tour de force. Elle met en scène de façon brillante un texte intelligemment écrit. Plutôt que de se rabattre dans les atermoiements des conflits armés, elle éveille notre intérêt peu à peu avec un propos qui joue la carte de la subtilité. Son questionnement pourrait être le suivant : pourrions-nous aller jusqu'à tuer afin de protéger notre intégrité et ce sans être soldat? En fait, ce texte doit s'adresser tant à une clientèle adulte qu'adolescente.
En ce qui a trait à sa mise en scène, non seulement tous les espaces sont sollicités tant sur scène que dans la salle mais elle est alerte, l'action est rapide. En effet, la metteure en scène met à profit l'alternance entre un reportage de guerre en direct et la mise en abime de la journaliste (Geneviève Bélisle) et des téléspectateurs interprétés par Alexandre Dubois et Delphine Bienvenu. Il y a un vraiment un bel équilibre quant au jeu des comédiens et ceci concerne aussi les interprètes des soldats (Guillaume Cyr, Benoit Drouin-Germain ainsi que Alexandre Leroux). Ils nous font rire, ils nous émeuvent.
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Pardonnez-moi mon père...
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Je lis tout, sans exception, ce qui se publie chez Alto éditeur. Et cette fois-ci, cela ne fait pas exception quoique...
J'avoue qu'à la lecture de la première confession, j'ai délaissé le livre. J'ai hésité à poursuivre mon voyage à travers le pays des mots. J'étais confronté à un doute. En effet, l'éditeur en avertissement au lecteur parle du célèbre manuscrit de l'abbé Savoie, Maleficium, mis à l'index pour son contenu hérétique et quoi et... Bref, l'avant-propos enveloppe d'une telle aura de mystère les confessions dont l'abbé transgresse le secret que nous sommes déçus par son dévoilement. Comment, ce ne serait que ça, ce Maleficium? Les fantasmes à teneur érotique d'un abbé condamné à l'onanisme...
J'ai douté, vraiment. Après tout, Alto m'a toujours offert des livres d'une rare qualité qui ont nourri les diverses saisons de ma vie. Pourquoi soudainement l'éditeur dérogerait-il à mes attentes? Eh bien, j'ai persévéré. Je me suis fait prendre!
Je me suis laissé guidé par la solide et magnifique écriture de Martine Desjardins. Dans ces histoires, voire ces bestaires (car la femme y est associée insidueusement au démon), non seulement retrouvons-nous l'exotisme des déserts, l'univers des musulmans, la mise en doute de la religion catholique mais surtout un raffinement, une subtilité dans les commentaires concernant le désir et l'émancipation. C'est avec intelligence qu'à la dernière confession, une narratrice apparaît et vient, d'un coup, lier chaque secret : la bête est une et partout elle s'insinue.
Vraiment, j'ai douté. J'ai péché. Martine Desjardins m'a bien ferré!
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Au nom du fils et du sain d'esprit
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Quel objet poétique particulier nous présente Christian Lapointe! D'emblée, les textes de Yeats, qui traitent de la fin de la vie de Jésus, peuvent en rebuter plus d'un. D'ailleurs quelques-uns quittent la salle dès la première heure de la représentation, las de réentendre une histoire si familière. C'est faire fi de la mise en scène qui est pourtant déjà accrocheuse : le bassin d'eau, les croix infinies et l'éclairage si raffinées qui séduisent. L'accompagnement musicale est raccoleur et la narration de Mathieu Campagna ainsi que de Lapointe nous guident dans le méandre des textes. Le port des masques, dont les traits diffèrent de l'un à l'autre, impose une personnalité unique aux personnages interprétés par Eve Pressault, Sylvio Arriola, Jocelyn Pelletier et Olivier Lépine mais aussi un anonymat auquel le spectateur s'identifie. Certes, si la première partie est interprétée avec de lancinantes tirades qui rappellent le théâtre japonais, il faut se rendre à l'évidence qu'elle permet au spectacle de prendre son essor.
Ainsi, c'est à la seconde station que se manifeste le génie de Lapointe. Par l'agencement et la réécriture qu'il impose aux textes de Yeats, il suscite une compréhension renouvellée de l'univers de l'écrivain. Les propos, dénués de leur artifice, prennent le sens de la modernité. Le changement des masques fabriqués par Danielle Boutin (désormais en papier quoique tellement expressifs) n'est pas sans rappeler notre univers friable. Le jeu des acteurs éclatent. Tantôt ludique tantôt grave, ils captivent et permettent aux spectateurs d'accéder à une élévation dans la compréhension qu'ils ont de Yeats.
L'impatience de certains spectateurs à faire la génuflexion avant de quitter la salle leur aura fait manquer l'issue du spectacle : ces âmes holographiques dont ont a la révélation du visage lorsqu'elles sont dans les Limbes. Au ciel, on ne porte pas de masque. Face à Dieu on est nu, bien entendu!
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La vie esseulée
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Dans le métro. Avec ce vide en moi. Partout, de jolis visages, des lèvres, un sourire : un teint basané, un regard qui pétille. Partout en moi, dans ce vide qui m'étreint, les prémisses d'une liaison fantasmatique.
Dans la pénombre de la salle que scinde la scène, des panneaux, deux chaises à l'opposée. Pour le moment, les comédiens ont chacun leur assistance. L'assistance, quant à elle, hérite et des comédiens et de l'assistance qui lui fait face : se tenir droit, ne pas se curer le nez et encore moins piquer du nez, on ne sait jamais quel oeil peut nous capter! Regarder un visage, explorer l'intérêt chez l'autre, j'aime bien. La mise en scène de Michel-Maxime Legault est prometteuse.
La comédienne Amélie Carrier entame sa première réplique et elle porte droit au coeur par sa justesse : une confiance en fait qu'elle maintiendra tout au long de la pièce. Parfois, son émotion est dense et elle me fait soudainement songer à Sylvie Drapeau. L'émotion à fleur de public. Quant à son partenaire de scène, Émile Beaudry, il tient bien le fort quoique parfois je sens le jeu dans son jeu. Est-ce mal? Pas vraiment. C'est une autre façon d'interpréter.
Les comédiens parlent, l'histoire progresse. Ils se dévoilent dans la pudeur des gestes imaginés, dans la retenue qu'impose le metteur en scène. L'amour comme dérive.
J'imagine ma main sur la sienne, un baiser en effleure sur son cou, des paroles murmurées : Ferré chante Petite, Reggianni la rêvait 10 ans de moins.. La vie a-t-elle un sens dans le silence du métro? Lorsque le train s'engouffre dans le vide béant des tunnels, je désespère de revoir la lumière.
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La densité ludique
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J'avais en tête Guy Nadon lorsque je me suis assis sur le siège situé à la deuxième rangée du balcon. Guy Nadon, le roi incontesté du drum mais si peu reconnu à sa juste valeur : perçu comme un amuseur public par beaucoup tandis qu'il devrait parcourir la scène internationale avec ses mains qui débordent de talent.
Donc, en tête Guy Nadon tandis qu'autour de moi, c'est le siège musical sous l'oeil désabusé des placières qui n'osent plus intervenir, lassent de répéter que ces sièges là se vendent plus chers que ceux-ci et que les gens seront mécontents s'ils découvrent le subterfuge des malfrats perdus dans le comble.
Bref, on se déplace au gré des absents, des places laissées vacantes dans les loges ou pour une rangée plus près de la scène. Les Tambours du Japon arrivent. Les percussions me rentrent dedans. Me clouent à mon siège. Mise en scène alerte, rarement statique quoique dépouillée, décor minimal mais qui charme l'oeil. En effet, de l'entrefaît on voit des figures d'ombre qui flagellent sur le plancher de la scène. Avantage des moins nantis, nous avons une vision déifiée sur l'univers qui se déploit devant notre oeil : un regard cyclopéen qui engloutit, sans ciller, l'ensemble du spectacle.
La rixe de la pièce Rekka me subjugue, l'humour que dégage la pièce Garakuta m'apaise. Les sons. Les tambourineurs se lancent les sons. Le son est là puis là. On voit le son plus qu'on ne l'entend désormais. Puis il y a lui. Cet étrange musicien qui attire notre attention, ce maladroit qui interagit avec nous, qui humanise depuis sa première apparition sur scène, la remarquable prestation qui nous est offerte.
Je suis debout juste au-devant de mon siège, les mains rougies de trop applaudir, endolories par la reconnaissance que je ressens envers ses artistes dont la prestation m'éblouit. J'imagine Guy Nadon partageant la scène avec eux et ça me comble un peu.
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Arborescence
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Arbre génialogique. La mémoire, le leg, la transmission. Que demeure-t-il de nous, de notre vie après notre passage parmi les vivants? Notre nom, peut-être des enfants, un crayon : une hache. Nos valeurs, on l'espère...
J'ai bien reconnu, lors de la représentation à la Maison de la culture Ahuntsic, la facture exigente de Patrice Dubois dans Les Frères Laforêt : le mouvement rapide des scènes, le changement d'émotion comme celui des personnages, en un clin d'oeil. L'utilisation du tableau comme dans Everybody's Well et son désir de communiquer, son souci d'inculquer. Son jeu toujours juste, en fait.
Dany Michaud a offert une prestation remarquable, se faisant même ovationner lors du spectacle, acte peu fréquent de l'assistance faut-il en convenir, après une scène dans laquelle il endossait la peau d'un bûcheron. Quant à Armand Vaillancourt, j'aurais souhaité, malgré ses courtes apparitions, qu'il ait un rôle moins fantomatique : qu'il ne gosse pas rien qu'un manche mais qu'il bûche, gueule comme il en est capable plutôt qu'il ne joue un air de "bombarbe". Bref, qu'il brûle la scène par sa présence, qu'il me transmette aussi de lui, quoi. Mais ça, c'est affaire de texte et non de mise en scène. Oui, une affaire de texte.
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Kids alone
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Eh bien À l'ouest de pluton, qu'ont réalisé avec peu de moyens financiers Henry Bernadet et Myriam Verreault, est un portrait réaliste de l'adolescence et on ne peut qu'être impressionné par la justesse des intreprétations des acteurs.
Présenté sous la forme d'un documentaire au cours duquel sont introduits, par le biais d'un exposé oral en classe, les principaux personnages et leur préoccupation, il y aura rapidement une transgression du genre qui nous amènera vers la fiction. Ainsi, en peu de temps nous nous transporterons dans l'univers des adolescents : leurs rêves, les amours désillusionnées, la sexualité, la drogue et la camaraderie.
Le film n'est pas sans évoquer, subtilement, quelques nécessités de l'adolescence : le respect de soi et des autres et quelques tares aussi : l'égoïsme, l'insouciance, l'invulnérabilité. Le langage franc des personnages, les situations pénibles qu'ils vivent, par exemple aimer sans être aimer ou l'influence du groupe (vivre une sexualité précoce) retrace avec efficacité ce parcours heureux, chez certains, difficiles chez d'autres, du chemin que parcours la majorité des adolescents et ce, qu'importe l'époque.
Si l'on croit aux personnages, j'ai toutefois quelques réserves concernant le personnage du bon samaritain car le scénario est peu crédible : parti à la recherche de son beau-fils, il entraidera un autre ado et passera même quelques heures à patienter à l'hopital en sa compagnie! Perplexe vraiment car qu'est devenue cette inquiétude qui l'a éveillé et à cause de laquelle il a entamé sa quête? Nous ne le serons pas.
La dureté de Kids, de Larry Clark m'a laissé un goût amer (voire un dégoût!) dans l'âme. Cependant, À l'ouest de Pluton, a installé chez moi une mélancolie : ces visites au dépanneur du coin puis cette bière camouflée dans l'automne du parc... C'était il y a trente ans, déjà!
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La guerre intérieure
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Quel roman superbe nous offre Rawi Hage avec Le Cafard. Certains prétendent qu'il diffère de Parfum de poussière et j'abonderais dans ce sens si ce n'était que la guerre y est encore omniprésente; plus subtile cependant puisqu'elle s'est insinuée dans les personnages : elle motive leurs actions soit en les hantant soit parce qu'elle les a rejoint, par le biais d'un autre personnage, dans leur société "d'écueil".
Ainsi, c'est par ses visites chez une psychologue, Geneviève, suite à une tentative de suicide, que nous pénétrons peu à peu l'univers singulier du narrateur : ses hantises d'outre-mer et ses frasques québécoises. Ainsi, notre narrateur tente, tant bien que mal, de s'adapter à sa société d'accueil qui ne le comprend manifestement pas : "Mais ici, dans ce pays nordique, personne ne te donne la moindre excuse pour frapper, voler, tirer à vue ni même crier d'un balcon à l'autre, maudire la mère de ton voisin, faire des menaces à ses enfants." Le ton humoristique du roman est posé; le regard particulier du narrateur nous envahira peu à peu.
Se lier avec les membres de sa communauté lui permet d'installer des assises à sa vie, de rompre avec la difficile solitude. Toutefois, c'est la belle Shoreh qui aura le plus d'impact sur cet étrange narrateur : "Dès que j'aperçois une femme, mes dents s'effilent, s'allongent, s'aiguisent. Je le sens. Mon dos se voûte, sur mon front poussent deux antennes qui s'agitent dans les airs pour signaler mon besoin d'attention." Elle préfigure l'Origine : elle le ramène à la source de la guerre, à l'état de bête.
On peut déceler dans ce roman une parenté non seulement par le regard ironique du narrateur mais aussi par les thématiques de Dany Laferrière : la solitude accentuée par la rigueur du climat hivernal, l'attrait des femmes envers les néoquébécois décrits comme des bêtes de cirque, c'est dire...
Si cela demande un peu de temps afin de nous installer dans cet univers kafkaïen, il en prend beaucoup moins avant que d'aimer ce roman. On se surprend même à étirer notre lecture au chapître final afin de repousser l'échéance du dernier mot qui, inévitablement, mettra un terme à cette relation passionnée, aventurière, que nous auront développée durant quelques heures.
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Histoire de ne pas perdre de temps, cette fois-ci, je serai peu bavard.
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À peine suis-je assis que me voilà déjà debout, à faire la vague aux gens qui longent le devant de mon siège. Qu'ils profitent de cette rare ovation! Je me rassois et diantre, la musique me prend au vol, ils sont apparus par ensorciellement : Nicolas Pellerin et son nouveau trio nous font giguer l'attente. On tape des pieds, on tape des mains, jeux de mains jeux de vilains.
La musique cesse. On appréhende sa venue, on l'espère. Fred Pellerin, précédé par son ombre, entre en scène. Il l'ouvre. Il déverse, il tergiverse, il traverse les temps, et tisse et rapetisse les failles. La Stroup, Méo, Lurette, la mort livide. Il envahit les oreilles. À mots recousus, déchirés qui empiècent le coeur. Il chante notre mémoire perdue : les lucioles qui enciellent notre histoire.
Fred Pellerin, précédé par son ombre bien plus petite que lui, sort de scène. Puis revient. À peine suis-je rassis que me revoilà debout à jouer à l'ovation musicale. La caméra émerge. Les productions Micheline Sarrazin s'avance et demande le concours du public. Il se trouve parmi nous le cent millième spectateurs de L'Arracheuse de temps : billet platine à ce Chantre de notre mémoire. Cessera-t-il son pèlerinage pour autant: sa défense des vieux pays.
Fred Pellerin, précédé par son ombre qui ne lui en fera jamais, sort définitivement de scène. je suis convaincu que son village a la parure d'un pays. Dont maints ont rêvé.
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