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Andrée Proulx
Andrée Proulx
10 août 2009, 3:33
Quand un géant se raconte, chaque mot compte.
Si Gaston Miron devait m’apprendre quelque chose de nouveau lors de cette soirée-hommage, c’est bien cet aveu fait à l’écrivain Jean Larose lors  d’une entrevue radiophonique du poète accordée  sur les ondes de Radio-Canada. Le récital nous en a offert quelques extraits intercalés entre les chansons.  Une idée géniale qui réactualise l’œuvre littéraire de Miron et nous aide  à comprendre la démarche poétique de l’homme et l’importance que représente «la femme» dans sa vie.  La femme pour Miron est une «médiatrice».  Celle qui lui ouvre la voie vers l’amour. Une enfance remplie d’embûches en aurait, chez lui, tari la source.   Sa Marche à l’Amour, sous cet éclairage,  devient un passage vers  l’humanité  devenue accessible.   La musique colle parfaitement aux textes, les accompagne de façon généreuse et très folk-rock.  L’homme solitaire, l’amoureux, le défenseur de la   langue, le militant du pays à faire, toute les facettes de la personnalité de  Gaston Miron et de son action sont merveilleusement bien traduites à travers les chansons.   Les interprètes ont soulevé l’admiration de la salle, déjà conquise.  Le seul bémol : sauf quelques rares exceptions, les textes magnifiques sont enterrés par l’accompagnement musical.  Des  textes connus, d’autres moins, pas toujours faciles à saisir les paroles si on ne les connaît pas déjà.  Sinon, une soirée mémorable. Une diffusion est prévue le 21 août à 21h sur Radio-Canada Espace musique.

 


21 juin 2009, 11:13
Une belle surprise.
L’intérêt de cette production réside dans l’effet de surprise.  Même inégales les sept pièces illustrent par l’absurde  l’envers du décor de la réalité «ordinaire» du monde artistique.  Écrits par  un collectif d’auteurs tous inspirés par le désir de démonter le mythe  «glamor» de comédien, les textes amènent le spectateur là où il ne s’y attend pas.  Comme dans la pièce Windex où l’un des comédiens sans autre emploi que des apparitions dans les centres d’achat entraîne l’autre à l’accompagner dans son découragement et le convainc  d’avaler un verre de windex pour un suicide original qui ferait parler d’eux. 

 

Parfois touchant mais toujours absurde comme dans ce souper au restaurant où un couple argumente sur la pièce de théâtre qu’il vient de voir.  Elle, l’ayant trouvé nulle, alors que lui y trouve l’inspiration de rompre. Au cours du repas, la conjointe s’étouffe avec un escargot au moment où il se lance dans sa tirade de rupture.  Encore plus désopilant et mordant, le ton et le contenu de la dernière pièce écrite par Christian Bégin.  Les quatre comédiens rendent à merveille ce texte où un couple se donne lui-même en spectacle à deux comédiens dont le rôle consiste à  offrir du théâtre à domicile.  L’inversion des rôles est stupéfiante et hilarante.   

 

J’ai aussi découvert un comédien talentueux, inconnu du grand public, Philippe Provencher.  C’est justement  cette absence de notoriété qui lui a donné l’idée de proposer à sept auteurs  de poser un  regard sur le milieu artistique.    Si jamais La Licorne reprenait J’aurais voulu être un artiste,  il y aura sûrement un public pour cette création originale, car même lors de la dernière représentation à laquelle j’ai assisté, le théâtre affichait complet.  

 


21 avril 2009, 1:56
Briser le silence
Suzanne Lebeau est reconnue internationalement comme l’un des chefs de file de la dramaturgie pour jeunes publics et compte parmi les auteurs québécois les plus joués à travers le monde.  Le bruit des os qui craquent a obtenu le prix des journées des auteurs de théâtre de Lyon (2007) en plus d’être récipiendaire de la distinction de la Comédie-Française au terme des journées de lectures d’auteurs contemporains en 2008.  Il s’agit de la première présence de Suzanne Lebeau au Théâtre d’Aujourd’hui, un honneur que revendique avec raison Marie-Thérèse Fortin, sa directrice artistique.     Ici la parole n’est sans doute pas anecdotique. Mais pourquoi crée-t-elle un malaise ?  Comme un scalpel, qui ouvre la conscience.   Nous sommes pourtant habitués à l’expression de la violence au théâtre, depuis les classiques grecs jusqu’au théâtre trash contemporain.  Je me demandais comment serait accueillie l’insoutenable réalité de cette pièce. J’ai constaté que c’est avec respect que le public, lors de la représentation à laquelle j’ai assisté, a reçu ce vibrant plaidoyer en faveur de l’enfance volée et bafouée.     En 2006, j’avais assisté à la lecture publique de la pièce de Suzanne Lebeau, Le bruit des os qui craquent, dans le cadre de la Semaine de la dramaturgie organisée par le Centre des auteurs dramatiques du Québec. À l’époque, j’en étais sortie bouleversée, avec une  pensée en tête : ce texte devrait être monté et  présenté non seulement au théâtre, mais dans les écoles.  Il est anormal  que des enfants poursuivent leur existence ouatée sans connaître le sort douloureux réservé à des centaines de milliers de leurs semblables.      Dans un contexte de guerre civile, des centaines de milliers  de jeunes de 8 à 15 ans sont kidnappés, drogués, brutalisés, affamés,  violés et soumis à tuer, ou à l’être eux-mêmes s’ils ne s’exécutent pas assez rapidement. Des  enfants soldats.   Une fille sur cinq; un garçon sur trois. Si les chiffres de cette violence sont effarants, l’impunité des  criminels qui la commettent est encore plus inconcevable.  De la barbarie à l’état pur commise autant  par l’armée que par des rebelles dans 47 pays.  Avec la complaisance de nombreux pays industrialisés qui transigent avec ces régimes délinquants.  Comment expliquer le silence étourdissant de la communauté internationale, donc de nous,  envers cette  réalité scandaleuse et  connue d’enfants recrutés de force pour tenir une kalachnikov dans leurs mains ?       Lorsque je pris connaissance que cette pièce déchirante était montée au Théâtre d’Aujourd’hui, malgré mes bonnes intentions, j’ai eu quelques hésitations à y inviter mon petit-fils de 15 ans.  On veut toujours épargner les siens.  Un réflexe  parfois réducteur qui empêche un adolescent de grandir.  J’ai donc accompagné Félix dimanche dernier  après l’avoir bien informé de la gravité du sujet et de la cruauté du propos.   C’est là, cependant que le talent de Suzanne Lebeau sait faire montre de  souplesse pour traduire cette impitoyable  réalité. En faisant alterner l’action dramatique et les moments de récits tragiques, cette distance installée permet d’amortir l’insoutenable sans tomber dans le pathos ni l’anecdotique. L’auteur divise l’action en deux temps : la comparution au présent de l’infirmière devant  une commission d’enquête, représentée par le  public, auquel elle lit des extraits du journal d’Elikia qui devait comparaître «pour qu’on sache», mais qui est décédée quelques jours plus tôt du sida  à l’âge de 15 ans. Le témoignage de l’infirmière est entrecoupé de scènes du  passé  alors que la jeune fille, alors âgée de 13 ans,  tente de fuir à travers la forêt le camp des rebelles, avec le jeune Joseph âgé de 8 ans.  Cette fragmentation  de l’action a toutefois posé un léger problème de compréhension à mon petit-fils, mais ne l’a pas empêché de saisir le réalisme de la situation.  Je dois aussi dire qu’à mon grand étonnement, la majorité du public était formé d’adultes.   La mise en scène évoque de façon poétique la forêt et ses pièges.   Plongés dans un jeu  d’ombres et de reflets, dans la quasi- obscurité,  deux jeunes interprètes campent solidement leur personnage derrière un voile inquiétant. La tension est palpable. Ils avancent  dans la peur, la faim et le manque de sommeil vers le village où les recueillera  l’infirmière.  Celle-ci, impuissante à toucher les membres de la commission, quitte  la scène en laissant le spectateur désarmé.  Oscillant entre tristesse et colère.  Toutefois, les applaudissements nourris démontrent éloquemment que l’assistance n’a pas été insensible à l’événement.  Ceux de mon petit-fils m’ont rassurée sur le bien-fondé de ma démarche  pédagogique.    C’est par le biais d’Amnistie Internationale qu’arrive une lueur d’espoir.  J’ai été particulièrement sensible à l’implication d’AI  dans le hall d’entrée.  Et à la mobilisation du public invité à  signer  l’appel  au Secrétaire des Nations Unies dont voici le texte :    L’impunité nourrit la violence.  Les recruteurs d’enfants soldats doivent faire face à la justice.  Les outils juridiques existent, entre autres la Cour pénale internationale et les sanctions du Conseil de sécurité.  La résolution 1612 du Conseil de sécurité permet d’imposer des mesures ciblées comme des embargos sur les armes à l’encontre de parties qui violeraient le droit international relatif aux droits de l’enfant.  Il faut urgemment arrêter les criminels présumés et les amener en cour.  Les forces de paix des Nations Unies dans les pays concernés et les États Membres doivent être plus actifs pour mettre fin à l’impunité.        

 


13 avril 2009, 6:05
Les oligarchies ne tiennent pas compte du peuple.
 Alors que nous considérons  vivre en démocratie, un système où le peuple est considéré souverain, nous subissons la dictature d’un groupe de privilégiés, une élite despotique, une oligarchie financière qui depuis plus d'une trentaine d’années impose son modèle à la planète.  Qui définit un ordre mondial financier et l'impose à l’ensemble des états-nations qui doivent s’y soumettre.  Le monde politique, représentant le peuple, s’est soumis à une infime élite : le monde de la haute finance.  

500 personnes les plus riches au monde contre 416 millions des plus pauvres.  Hervé Kempf, à l’émission TLMEP d’hier,  expliquait clairement ce que tous ceux qui ont la moindre logique  répètent depuis des années :  les écarts entre les plus riches et les plus pauvres sont scandaleux.  Qu’il y ait des riches n’est pas un problème en soi, selon lui.  Ce sont ces écarts dignes de la pire rapacité qui privent les gouvernements de sommes qui pourraient être allouées à l’éducation, à la santé et aux infrastructures, alors qu’on nous chante sur tous les tons que de l’argent, il n’y en a plus, après avoir créé la pire dépression depuis les années 30.  

 

 

Là où Hervé Kempf pousse la réflexion vers un constat déplorable, c’est que ce modèle de richesse se reproduit dans la population par «mimétisme».  Le citoyen ordinaire aspire, lui aussi,  à posséder plus qu’il n’est possible de consommer, causant ainsi une destruction de la planète à plus ou moins court terme. Cette logique de marché nous aspire et nous illusionne.  Cette logique ne profite qu’à une infime minorité, capable d’extorquer la majorité par tous les moyens obscurs qui rongent l’économie. Patrick Huart, également présent à cette émission, démontrait de façon éloquente en offrant un verre d’eau polluée aux invités pour rappeler qu’une immense partie de l’humanité s’abreuve de cette eau.  Et j’ajouterais quand ils y ont accès.  Le G-20 a soulevé des espoirs.  Sauf que pour aucun des maux identifiés qui rongent le système capitaliste, il n’y a de réelle volonté d’agir. Il n’y aucune entente sur les moyens d’y parvenir. Obama et les Américains veulent  «relancer» l’économie et l’Europe  «refonder» le capitalisme.  Personne en fin de compte ne s’entend sur les moyens pour «corriger» cette économie mal en point.  Alors maintenant que tout le monde sait ce que Hervé Kempf et tous les altermondialistes s’époumonent à identifier comme le conduit naturel vers la crise actuelle :   les paradis fiscaux, le blanchiment d’argent, le secret bancaire, les fonds spéculatifs qui ne créent aucune richesse pour l’ensemble de la population  et les agences de notation qui notent leurs propres clients, ne faudrait-il pas, après  avoir identifié les «méchants» comme les ridiculise Gil Courtemanche en parlant  de l’immoralité du capitalisme, ne faudrait-il pas, en tant que citoyens vivant dans une démocratie, exiger de nos gouvernements qu’ils cessent cette complicité avec les oligarchies financières afin de récupérer  cet argent volé qui pourrait servir à l’ensemble de la population.   Et surtout cesser de croire que la planète peut alimenter notre fringale de surconsommation, celle-là même qui nous a menés à la dégringolade de notre économie.  Sommes-nous suffisamment conscientisés et politisés pour se mobiliser ? Autant que pour le CH ?   Comme le propose le titre du livre d’Hervé Kempf : pour sauver la planète il faut sortir du capitalisme, tel qu’il est pratiqué par une oligarchie obscure et rapace.  Empêcher les spéculateurs de miser sur l’alimentation, les besoins en eaux et bientôt sur l’air qu’on respire.     

 


28 mars 2009, 11:25
Électrisante interprétation
Ce n’est pas si courant de voir une salle comble de la Place des Arts se lever d’un bond en criant bravo, applaudir à tout rompre et siffler de plaisir pour une production de l’Opéra de Montréal.  Car c’est bien de plaisir et d’émotion, d’admiration même que la distribution de Starmania, L’Opéra nous gratifie. 

 

De la conception visuelle à la conception des costumes, de l’éclairage aux décors, de la remarquable mise en scène de Michel Lemieux et Victor Pilon, tous les éléments sont en place pour accueillir la merveilleuse distribution de chanteurs et de danseurs de la production.  On aurait pu admirer l’art lyrique de cette production sans pour autant être ému par le volet  théâtral.  Tel n’est pas le cas.  

 

Le rythme soutenu des arrangements musicaux du chef Simon Leclerc, les chœurs dirigés par Claude Webster qui en prolongent la musicalité, les chorégraphies percutantes de Stéphane Boko, l’hallucinante conception visuelle de Lemieux et Pilon confèrent à la musique de Michel Berger et aux paroles de Luc Plamondon l’intensité dramatique de l’œuvre originale. Les arrangements musicaux d’une grande qualité soutiennent les mélodies gravées dans nos cœurs.  On est en terrain familier, mais on est aussi ailleurs.  Chaque tableau nous étonne, nous ravit.   

 

Bref, la distribution vocale qui galvanise l’audience est à la mesure d’un opéra contemporain de grande qualité.  On demandait à Luc Plamondon dans une récente entrevue pour quelle partie de son œuvre voudrait-il qu’on se souvienne de lui.  Après quelques moments de réflexion, il a répondu : «Starmania ce serait bien.»  Si faire  s’écrouler une tour représentant la puissance de l’Occident dans toute son intolérance trente ans avant les faits ne relève pas de la prémonition, on peut au moins parler d’inspiration sinon de sensibilité. 

 

L’opéra est un genre parfois inaccessible à un public non averti.  Trente ans plus tard, l’original Starmania rock qui confronte l’Occident à ses terreurs est toujours aussi actuel et ses personnages paumés nous émeuvent encore aujourd’hui.  Les superbes mélodies de Michel Berger sont admirablement adaptées à cet autre genre qu’est l’opéra. Interprétées de façon magistrale par une distribution, elle aussi, inspirée. Un classique à revoir.                    

 


14 mars 2009, 12:15
Esclavage contemporain
J’ai été particulièrement interpelée par le documentaire The Sugar Babies de Amy Serrano des USA.  Tourné durant 18 mois, souvent en caméra cachée, ce film courageux présenté en ouverture du Festival des films sur les droits de la personne de Montréal s’est mérité plusieurs prix dans différents festivals.  Il fut toutefois interdit  de  projection dans le sud de la Floride  par les barons de l’industrie du sucre qui y sont installés.  Aussi la cible de tentatives de sabotage lors de  sa  projection à Paris.         J’avais vaguement entendu parler de ces Haïtiens travaillant dans les plantations de canes à sucre en République Dominicaine.  Ayant moi-même fréquenté les «beautiful resorts» du bord de mer, cet aspect de la condition des travailleurs me paraissait ni plus ni moins scandaleux que le traitement des travailleurs dans la plupart des pays d’Amérique Centrale et des Caraïbes.  Mais, néanmoins toujours honteux,  dans un pays  démocratique, même en tenant compte que la transition vers la démocratie de cette république est récente et fut précédée du long règne du despote Rafael Trujillo, responsable du massacre de 15,000 Haïtiens.    Je ne mesurais pas l’ampleur de l’esclavagisme  dans ce paradis du tourisme dont les retombées économiques sont la plus importante  source de revenus du pays avec la cane à sucre.  Prospérité de l’esclavage contemporain.  De façon systémique, avec la connivence des autorités gouvernementales de l’immigration, plus de 1000 Haïtiens  sans ressources traversent par jour la frontière à l’est de l’Île d’Espanola.  Il faudrait dire chaque nuit, car ce commerce exercé par des passeurs est clandestin.  Une fois rendus, les «visiteurs  en quête de travail», ainsi désignés, sont parqués dans des baraques et exploités par les propriétaires de plantations. Parfois à vie lorsqu’ils ne sont pas rapatriés sans paie et séparés de leur famille.   Sous-payés (à peine 2 pesos pour une tonne de cane à sucre récoltée) et sous-alimentés, ils vivent dans la misère. Obligés de payer leur lit à crédit et leur équipement, ils sont à jamais les débiteurs des richissimes propriétaires de plantations. Ce que  le film souligne de façon percutante c’est l’impossibilité pour les enfants nés en République d’obtenir le droit de citoyenneté pourtant inscrit dans la Constitution du pays.  Sans certificat de naissance, ils deviennent des citoyens invisibles privés d’instruction et d’avenir.  Eux-mêmes, à leur tour, enfermés dans la spirale du travail forcé.   La République Dominicaine a pourtant ratifié en 1991 la Convention interdisant le travail des enfants.  La collusion entre  riches et puissants propriétaires terriens et l’élite politique  n’est pas un phénomène nouveau mais  la complicité des USA fait sursauter  lorsque le documentaire nous révèle que le Président Clinton a passé une entente pour le renouvellement de leurs  subventions aux exploitants d’esclaves des plantations de canes à sucre en dépit de la volonté d’Al Gore, alors candidat à la vice-présidence, d’y mettre de l’ordre.            Des missionnaires européens expulsés du pays, des juristes et des militants des droits de la personne aux États-Unis ont entamé des procédures pour  que soit reconnue à ces «Sugar Babies», nés sur le territoire de la République Dominicaine,  le droit de citoyenneté inscrit dans la Constitution, qui leur est refusé par le gouvernement  sous le seul prétexte qu’ils sont nés de parents Haïtiens.    Au Québec le Comité québécois pour la reconnaissance des droits des travailleurs haïtiens en République Dominicaine s’est donné pour  mandat de briser leurs chaînes.  Comme pour la campagne sur le café équitable, souhaitons que la lutte pour l’obtention de droits fondamentaux des  travailleurs haïtiens en République Dominicaine  mette en évidence le «prix moral» de notre consommation de sucre.     

 


26 février 2009, 12:19
Les risques du théâtre de création
Je suis sortie déçue de la pièce Le Psychomaton.   Le théâtre de création réserve toujours des surprises.  Des bonnes, souvent, et parfois, de moins bonnes.  Les attentes du spectateur qui fait le pari de la nouveauté sont inhérentes au plaisir de la découverte.  Attiré par  la primeur d’une  parole inédite, d’un point de vue nouveau et d’une interprétation audacieuse sinon excellente, l’amateur de théâtre de création prend des risques comparé à l’abonné d’un théâtre institutionnel.  Ses attentes ne sont pas toujours comblées; c’est le prix à payer.    Un texte de commande passé par le groupe Ad hoc à  Anne-Marie Olivier, et qui mériterait d'être retravaillé. Entendre ressasser  pendant une heure trente des clichés éculés, des lieux communs redondants, sans lien dramatique, se rapproche davantage du théâtre d’amateur que d’une création digne de la réputation du Théâtre d’Aujourd’hui.  Une interprétation sans relief,  des situations évoquées de façon dispersée, presque jamais transposées.  Un manque d’imagination décevant.  J’aurais aimé être impressionné par un volet de la pièce.  Je dois m’en tenir à la mise en scène  inventive qui semble avoir aspiré toutes les énergies de la troupe.   La proposition est pourtant séduisante. Le propos universel et contemporain.  Le phénomène que représente la solitude dans un monde où les moyens de  communication n’ont jamais été aussi présents et efficaces est un paradoxe à exploiter.  L’idée d’un genre de confessionnal calqué sur le  modèle du photomaton où défilent des personnages  qui veulent soulager leur souffrance morale tombe à plat.  Investie de bonnes intentions,  le personnage idéaliste de Josée qui  a eu cette idée compatissante et celui, bonasse, de Paulo qui l’assiste sombrent dans la niaiserie.   Aucun sous-texte pour structurer une vision absente.  Des confidences débitées sans nous toucher. Un ton parfois tragique, toujours au bord de la caricature.  Même le découragement de Josée devant son échec ne parvient pas à créer une émotion sentie.    Je ne sais pas si le public majoritairement adolescent a apprécié.  J’étais accompagnée de ma fille qui, sans être une jeunesse, côtoie des adolescents.  En entrant dans le lobby, elle m’avait fait la remarque que le public était bien jeune (ce qui n’est pas un défaut, au contraire). Le propos les a-t-il rejoints ?   C’est sur cette question que nous avons quitté le théâtre.

 


26 janvier 2009, 12:09
La vengeance qui enferme
C’est sans à priori que j’ai vu Provincetown Playhouse, n’ayant pas assisté à sa création en 2003.  J’avais toutefois vu Le passage de l’Indiana, Le Petit Köchel et Les Reines du même auteur, pièces  qui m’avaient familiarisée avec la  densité  littéraire de Normand Chaurette.  Rien n’est plus difficile pour un spectateur que d’avoir à défricher lui-même l’intention d’un scénario protéiforme.  Qui va dans tous les sens.  Dans Provincetown Playhouse,  l’angle que choisit la metteure en scène Carole Nadeau est l’exploration de la folie.  Dans une mise en scène  fragmentée, éclatée et explosive,  elle nous fait voyager dans la tête du protagoniste, Charles Charles, lui-même auteur et acteur.  On assiste à la reconstitution de l’unique pièce de théâtre dans laquelle il s’est lui-même enfermé.  «Le théâtre m’a donné la mort; le théâtre m’a sauvé la vie.»   Le  rôle de sa vie : simuler la folie  pour  s’éviter la peine de mort suite à l’odieux projet de vengeance  qu’il a formé par jalousie en découvrant  son amant, acteur de sa pièce, dans les bras d’un autre acteur une heure avant la représentation.     Multiplier les niveaux de lecture, tel est la spécialité de Normand Chaurette.  Afin d’harmoniser cet écart de sens  entre le spectateur et le propos de l’auteur, la mise en scène très physique de Carole Nadeau, autant que sa mise en espace tout en ombre et en miroir, concrétisent  l’obsession que revit soir après soir Charles Charles dans son asile d’aliénés.  J’y ai retrouvé la démesure qui met en relief un texte dont les fragments se mettent en place brillamment. Et patiemment.    Une mise en scène  comme celle de Provincetown Playhouse au Théâtre d’Aujourd’hui, lorsque bien maitrisée, ce qui est le cas, compense  l’absence de rebondissement du texte. La fameuse intrigue qu’attend le spectateur sinon il va sortir de la salle. Une allusion que se permet avec ironie Normand Chaurette qui offre ainsi au spectateur une clef de son énigme, celle qui permet d’entrer dans la tête de Charles Charles.     Le reflet des miroirs, les éclairages stroboscopiques et les voix dématérialisées  illustrent, oh combien,  le kaléidoscope qui envahit la tête d’un fou.  Le meurtre et le procès qui s’y déroulent simultanément font éclater un dénouement qui se dévoile aussi fatal qu’inattendu.   Avons-nous vraiment affaire à un fou ?   Ou à l’aveuglement de la vengeance ?     

 


15 janvier 2009, 4:34
Y a-t-il équivalence ?
J’ai beaucoup hésité avant d’écrire ce texte à cause du féminisme bashing.  Je pratique une réflexion soutenue sur le thème de la condition des femmes depuis le début des années 80, alors que j’ai pris conscience de la discrimination faite envers les femmes. D’inégalités, non pas liées à leur nature même, mais bien discriminante à cause d’une distinction défavorable à leur endroit.   

 

Si j’étais un homme, je serais bien sûr outré d’entendre que tous les hommes sont des meurtriers.  Mais en tant que femme et féministe, je suis tout autant choquée lorsque j’entends des hommes dans la mouvance des regroupements masculinistes prétendre que les féministes sont responsables du suicide des jeunes, du décrochage scolaire des garçons, de la perte de «virilité» des hommes, de l’éclatement des familles et tout autre forme de procès arbitraire sur la faute des féministes concernant nos  problèmes  de société.  Comme si chaque fois qu’un droit était accordé à une femme, c’était un droit enlevé aux hommes.  

Gilbert Turp, l’auteur de la pièce Pur chaos du désir, sur la réflexion que lui a inspiré la fusillade de Polytechnique,  déclare «que les femmes ont réalisé un questionnement fondamental en parlant du malaise identitaire, sexuel et amoureux et qu’elles ont fait un ménage public tandis que les hommes, eux, ont, à quelques exceptions près, mis le couvercle et se sont tus.»  C’est juste. Mais n’est-ce pas normal que les  femmes aient réagi à ce massacre ?  Ce sont contre elles que les coups de feu de Marc Lépine étaient dirigés.    Peu importe ses motifs personnels.  Il y a des choix individuels à faire face à des problématiques sociales.

   

Certains hommes ont cependant repris la parole publique depuis. Avec éclat.  Et ils se sont malheureusement encore une fois braqués.  Ces  masculinistes  tentent de démontrer qu’il existe une violence féminine systémique à l’égard des hommes comparable à la violence masculine systémique à l’égard des femmes.  Un sophisme  que la réalité dément.  Une absurdité qui tend à ridiculiser le féminisme et à le réduire à une pensée hystérique et frustrée.  Et qui y parvient.

  S’il est vrai que  la violence n’a pas de sexe, il ne faut pas occulter le fait que la femme est encore aujourd’hui celle qui, dans nos sociétés, subit toujours le plus de préjudice et de discrimination liées à son sexe.  De haine même. Dans les  pays où le viol est une arme de guerre, où des femmes sont lapidées pour adultère ou pour être victimes de viol. En passant par les inégalités salariales, la violence psychologie, économique ou sexuelle, la gamme est étendue.    La violence faite aux femmes est toujours vivante.  Au Québec seulement, selon le Collectif masculin contre le sexisme en date de 2007 et noms à l’appui, dresse ce bilan  : En tout, 665 femmes tuées depuis le 6 décembre 1989 au Québec, le plus souvent par un partenaire sexuel actuel ou récent, par un client ou un souteneur, par un fils ou par un violeur, par des cambrioleurs ou par un antiféministe armé ; 185 jeunes et enfants tué-es le plus souvent par un père, un beau-père ou un prédateur sexuel. Et encore ne s’agit-il que des victimes dont le corps a été retrouvé et le nom publié... Nous parlons de crimes commis par des hommes en tant qu’hommes parce que le moteur de la presque totalité de ces gestes est une virilité pétrie de volonté de pouvoir et de contrôle, où le meurtre est un geste souvent délibéré et annoncé, toujours terroriste et propriétaire, encore protégé par une culture et un appareil judiciaires profondément sexistes.Ce massacre sexiste continuera tant que nous n’aurons pas mis fin ensemble aux privilèges masculins que cette violence délibérée sert à préserver, en tenant en respect toutes les femmes.  http://sisyphe.org/spip.php?article2682 

Statistique Canada (2004), dans sa plus récente étude « La violence familiale au Canada : un profil statistique », note que les femmes représentent encore 85% des victimes dans les situations de violence conjugale avec une forte représentation de celles âgées de 25 et 34 ans. 62% des victimes ont été agressées par leur conjoint. Peut-on parler de «violence équivalente» ?  Contrairement à ce que prétend  Roch Côté dans son Manifeste d’un salaud  qui qualifiait en 1990 les statistiques  à cet effet de  «manipulation de preuves», ce tableau est-il exagéré ou n’est-ce pas plutôt la confirmation d’un mysoginisme violent ?  

 

 

La fusillade de Polytechnique, comme l’affirme Gilbert Turp, était bel et bien un geste politique d’une résonnance assourdissante, la manifestation d’une haine contre les femmes.  Autant il est faux de prétendre que les hommes sont tous des violeurs et des assassins en puissance, autant il est vrai d’affirmer que TOUTES les femmes, elles,  peuvent être à la merci de la violence sexiste.    

 


14 janvier 2009, 11:47
Génial !
Quelle énergie créatrice !   Ceux qui n’auront pas vu Warhol Live pourraient s’en mordre les doigts. C'est fascinant de voir qu'il y a encore des choses à découvrir chez cet artiste dont on a amplement analysé la production. J’étais à New York, jeune adulte, dans une ville tapissée de sérigraphies de ses boîtes de soupe Campbell’s. Je n'aurais jamais supposé à l'époque l'influence majeure que l’auteur de ces dessins   aurait par la suite sur les arts visuels.   Andy Warhol était pour moi un inconnu.  Mais sa production avait déjà pris d’assaut les kiosques touristiques.  Ce fut sa marque de fabrique mais il fut beaucoup plus qu’un dessinateur commercial.   Les thèmes fondamentaux chez Warhol sont l’image, son pouvoir au sein de la société de consommation et son lien avec la mort. Chez Warhol, la répétition de la figure tout comme la dimension statique  de certaines œuvres (Empire et Sleep) se rapportent souvent à l’exténuation. Prémonition visuelle du déclin que l’on observe aujourd’hui de cette société de consommation parvenue à saturation ?  Si Warhol est devenu le pape du pop art et le précurseur de  la représentation artistique d’un univers industriel et de production à la chaîne basé sur une société de consommation, c’est que sa formation au Carnegie Institue of Technology de Pittsburgh où il est né l’y dispose. Sa carrière débute comme décorateur  pour le grand magasin newyorkais Bonwitt Teller et dessinateur publicitaire pour Vogue et Harpers’ Bazar. Le croquis exposé au MBM illustrant les pas de danse d’un fox-trot est sans doute un clin d’œil à ses  croquis pour le fabricant de chaussures Miller.   Dans les années ’50, il se signale par la  réalisation de   publicités qui lui valent plusieurs récompenses dont la médaille du Thirty Fifth Annual Art Director’s Club.    C’est par la suite, dans les années ‘60 qu’il décide de transformer l’art commercial en art d’affaires et devient un artiste multidisciplinaire.  Ses icônes sérigraphiques de célébrités  ne sont qu’une infime partie de sa production artistique.  Il a touché a toutes les disciplines de l’art plastique : graphisme, illustration, dessin, peinture, estampe, sculpture, photographie, scénographie, installation, performance.   Seules la musique et la danse sont absentes de l’inventaire de Warhol.  Et c’est là, l’originalité de l’exposition Warhol Live que présente le MBA. De rendre vivant,  cet angle musical qui a imprégné l’œuvre entière de l’artiste.  De l’opéra au jazz, au rock expérimental au rock glamour en passant par le punk et le disco, Warhol était un amateur de musique. Dont il s’entourait à plein volume dans ses ateliers de création. On ne peut qu’être impressionné par son éclectisme.  La quantité de pochettes de disques qu’il a conçus, dont le célèbre Sticky Fingers, et sa conception de  programmes d’opéra dont il était amateur l’illustre bien.  Aussi sa collaboration avec le danseur Merce Cunnighmam, sa fréquentation de Martha Graham, sa scénographie de Silver Clouds recréée dans une des salles du musée avec  projection du pas de deux sont autant de facettes de son art qui nous entraînent  dans cet univers beaucoup moins connu de Warhol : son amour et sa fréquentation du milieu de la  danse.    Son exploration formelle d’un univers sensoriel est habilement représentée dans la salle stroboscopique équipée du  stroboscope utilisé par Warhol et Velvet Underground.   Envahie de diapositives sur les murs la performance Exploding Plastic Inevitable aspire le spectateur.  Lou Reed  et sa Gretch Guitar deux tons y sont omniprésents.  Reliques d’un aspect subversif de la vie de Warhol dont l’ambivalence sexuelle s’exprime clairement dans le regard amoureux qu’il porte sur Mick Jagger.  Une évidence que l’ont peut constater en observant  ses sérigraphies du chanteur.  L’icône qu’il fit de Marilyn Monroe a,  quant à elle, ses origines dans son enfance catholique et l’iconographie religieuse qui l’a influencé.     Grâce à son très dynamique montage, je suis sortie  de cette exposition enthousiasmée.        

 


20 novembre 2008, 3:26
On n’a pas à accepter ce qui est tronqué
Daniel Jacques déclare dans son essai La fatigue politique du Québec français, que «les souverainistes ont beaucoup de difficulté à assumer cette décision collective et la réalité: le pays réel dans lequel les Québécois vivent est toujours le Canada!» Contrairement à ce qu’affirme  Daniel Jacques,  les Québécois n’ont pas décidé  «collectivement» du «pays réel» lors du dernier référendum. Ni lors du premier d’ailleurs.  C’est le vote de la communauté anglophone du West Island qui a décidé, dans une proportion dépassant les  90%, du  maintien du Québec dans la Confédération canadienne. D’entraver la volonté du  Québec français  d’accéder au pays réel avec des pouvoirs réels sur son destin politique. Mais bien sûr au Québec, il ne faut pas parler de vote ethnique. Ce serait raciste, xénophobe et tout autre épithète sur l’absence d’ouverture d’un peuple, déjà ouvert depuis longtemps, sur le reste du monde.   On encense, ces jours-ci, avec raison, les USA pour leur sursaut de dignité.  Pour leur audace d’avoir porté, avec à peine un léger pourcentage de majorité, le premier Noir à la présidence du pays. En analysant l’élection d’Obama, qui  se scandalise que le vote démocrate soit clairement disséqué, réparti  et publié ? Déclaré sans fausse honte que  c’est grâce aux Noirs, aux Latinos, aux femmes, aux jeunes et aux opposants à la guerre que Obama a battu McCain ?  Mais ici, il faut plutôt accepter une arnaque comme un fait historique déterminant le sort d’un peuple : l’intervention illégale d’Ottawa dans une campagne où les sondages donnaient le Oui gagnant.    Monsieur Frenette a la lucidité de reconnaître que «la référence à l'identité nationale est devenue essentiellement rhétorique.» Cette banalisation de l’idée d’indépendance parmi les générations actuelles reflète le manque de vision historique qui s’est emparée de ceux qui n’ont pas eu à se battre pouce par pouce pour ne pas être anéantis.     «On vit aujourd'hui dans un univers de langage où la référence à la nation n'a aucune conséquence au niveau de l'organisation du pouvoir», affirme l’auteur de l’essai.  Et j’ajouterais que si le rendez-vous a été manqué ce n’est pas à cause d’une décision collective du peuple québécois mais à cause du pouvoir réel d’une enclave  du West Island.  Je n’accepte pas l’explication avancée par certains,  à savoir que, minoritaires au Québec, les Anglos obtiennent leur majorité à Montréal.  C’est ce genre de faux raisonnement qui oblitère le vote francophone majoritaire.   On argue que le vote francophone aussi était divisé. Que c’est un signe de démocratie. Et que, pour une partie des francophones, le fédéralisme est une option respectable.  Je suis d’accord.  Toutefois, contrairement au vote monolithique anglophone, le vote référendaire des  francophones fut équitablement réparti. Le Québec français a voté démocratiquement mais pas stratégiquement.   Si les souverainistes manquent de réalisme, ce n’est pas parce qu’ils refusent d’accepter la défaite, mais parce qu’ils furent incapables de voter de façon stratégique.   

 


20 novembre 2008, 12:55
Huis clos désarmant
Maxime Denommée est un metteur en scène qui sait installer des univers.  Sombres et angoissants à la limite du surréalisme.   Le bunker de Après la fin est on ne peut plus conforme à l’idée qu’on se fait d’un abri anti-nucléaire.  De ceux dont la Défense Civile encourageait l’aménagement à l’époque de la guerre froide.  Autre temps, même panique      L’éclairage d'André Rioux et la la musique originale de Larsen Lupin contribuent efficacement à installer ce climat d’enfermement  que le rapport de force et le jeu électrisant de Sophie Cadieux et de Maxime Gaudette, comédiens versatiles,  habite du début à la fin. Un duo infernal.  Deux personnages enfermés chacun dans son délire: survivre au rejet pour l’un, survivre à  la tyrannie pour l’autre. Deux personnages aux tempéraments opposés, mais tous deux condamnés à se détruire.    L’auteur Dennis Kelly est un auteur contemporain dont la matière première de son écriture est la démarche conflictuelle de personnages plongés dans des situations réelles qui basculent dans l’irréel.   Après avoir écrit plusieurs pièces à succès, dont la dernière créée en 2007 au titre inquiétant  de Acide Desoxyribo Nucléique, il signera bientôt son premier scénario pour le cinéma, Blackout, un thriller psychologique.     Puisqu’il est fait  mention de Tête première dans la chronique de Christian St-Pierre, la pièce déjà présentée  à la Licorne et aussi mise en scène par Maxime Denommée, j’ai  préféré Après la fin.  Cette pièce est mieux réussie sur le plan de la cohésion.  La tension dramatique est condensée,  moins dispersée.  Le langage cru ne présente pas les faiblesses  du charabia de Tête première.  Chaque réplique dévastatrice de Avant la fin ne laisse pas deviner la traduction de Fanny Britt.  Excellente.  

 


14 novembre 2008, 1:34
La crise de nerfs de Bob
Ce serait injuste de résumer en deux mots un commentaire négatif et très subjectif sur une œuvre magistrale et longuement mûrie. Je voulais aimer cette pièce.  J’y avais mis toute ma bonne volonté.  Je ne m’étais pas laissé rebuter par le langage coup de poing de René-Daniel Dubois.  Au contraire, je me disais que transposer au théâtre, cela donnerait un récit punché.   Mais non !  Ce n’est pas la longueur et l’inconfort qui me rebutent, j’ai déjà assisté dans les années 90 aux Atrides, mise en scène par Ariane Mnouchkine, tragédie grecque présentée  par le Théâtre du Soleil sur 3 jours dans l’inconfortable Aréna Maurice Richard.  

 

 

Dans la pièce Bob, la quête de beauté, de l’amour, de la magie et du sens de la vie réunit sans aucun doute des éléments essentiels  à toute démarche créatrice.  La sensation de vide et de vertige qui envahit les personnages aurait pu me toucher.    Mais est-ce nécessaire d’en faire une complainte interminable ?  D’étirer sur quatre heures, la pénible métamorphose  d’un personnage  qui ne fait que tourner en rond par crainte de  prendre la vie à bras le corps et d’en subir les écorchures.  Qui se cherche dans son propre reflet.  Voilà pour le fond. 

  

La forme éclatée nous offre plusieurs  séquences filmées dans lesquelles Michèle Rossignol crève l’écran. Éclipse tout.  Je sais, c’est dur.  L’âme de Bob est insaisissable.  Ce n’est pas parce qu’un personnage garroche les mots à la pelletée qu’il nous fait éprouver sa souffrance d’écorché vif.   Andy qui s’en est épris  cherche humblement à comprendre jusqu’à la fin ce mal de vivre, cette longue descente aux enfers dont j’ai moi-même  mal saisi la cause.  C’est en cela que Michèle Rossignol est émouvante de sobriété en madame Fryers déclinante, heureusement présente sur scène en chair et en os dans la deuxième partie.  Alors que Bob, alter ego de l’auteur, irrite malgré une performance  physique exceptionnelle.  Un personnage «surjoué» n’est jamais crédible.  Même si c’est pour faire ressortir le contraste avec son  partenaire.  

  

La mise en scène de René-Richard Cyr, ingénieuse, ouvre des perspectives inattendues. Quant au chœur des didascalies, il apporte rythme et cohésion à une démarche existentielle énigmatique. Ces courtes récitations  apportent un éclairage qui guide le spectateur un peu égaré à travers les différents niveaux de langage et de questionnement.   Les dialogues et monologues parsemés d’envolée lyriques réussissent rarement à émouvoir.  Sauf en de rares exceptions. La longue tirade de Bob, d’une grande actualité où il éructe que «le monde ne se parle pas» en est un exemple.  Là aussi, où il cite une phrase extraite du Caligula de Camus : «Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux.»    

 

Le tissu social désemparé que nous présente l’auteur est une chronique à peine transposée des actualités télévisées. Je dois cependant reconnaître que le langage et le propos des deux amants en devenir semblent avoir davantage touchés les plus jeunes.  Qui étaient majoritaires dans la salle.  Une dame dans la cinquantaine à qui j’ai parlé à l’entracte a traduit mon sentiment.  «Trop intense.  Ça fait un peu adolescent».   

 

Les textes très  bien écrits, autant celui, classique, de madame Fryers que celui en langage populaire de Bob et Andy,  sauvent cette pièce qui frôle la caricature.  L’humour de Dubois est toutefois cinglant et efficace.  Dommage que René-Daniel Dubois n’ait pu retenir un peu l’enflure verbale qui le caractérise.  Trop, c’est trop.  

 


13 novembre 2008, 12:16
Promesse tenue
Comme je nage régulièrement, je suis, depuis des années à la recherche du gel miracle.  Une tenue sans souci, naturelle et qui ne ternit pas le cheveu.  J’ai essayé plusieurs marques. Toutes offrent un résultat satisfaisant.  Récemment, pour un séjour dans le sud, je me suis procuré le format échantillon  du gel structurant Fructis Style extra-fort.  Excellent. Le produit tient ses promesses. Après la piscine, la douche, la mer, exposé au  sel, au vent, au  sable et au soleil, le cheveu ne s’écrase pas. Tenue souple assurée. Même après plus de 24 heures. Juste ajouter un soupçon de gel, humecter le cheveu et coiffer.  Avec les cheveux courts,  les remonter est un charme.  Ébouriffés ou lisses, ils restent en place.   Fragrance discrète de fruits.  À 6.49$ pour 200ml, le produit est dans la moyenne des prix.  Raisonnable.  Inutile de payer  plus cher.  Le soleil n’est pas inclus dans le tube. Dommage ! 

 


12 novembre 2008, 11:31
Le doute de l’artiste

 L'audace et la démesure qui  caractérisent l'oeuvre de Daniel Boucher sont la conséquence d'une grande générosité. Et c'est pour ça qu'on l'aime.   La résilience fait partie de sa démarche personnelle.   Les doutes qui l'assaillent font, eux,  partie de sa démarche créatrice.  Ceux qui ne doutent jamais sont des êtres insignifiants.  

 

 

Je ne sais pas si Daniel Boucher est devenu ce qu’il a voulu, mais il est demeuré authentique.   Ne pas s’être laissé entraîner vers  l’insipidité que propose   l’industrie du showbusiness est la marque des grands artistes.  De ceux dont la force de caractère n’entame pas la vulnérabilité.  Peu d’artistes ont osé défier les codes de la chanson de masse et parvenir à gagner l’affection du public d’ici.  Vignault, Charlebois, Ferland, Leloup… et Daniel Boucher, cet artiste à l'allure de voyou sympathique.   Je  souhaite à cet artiste qui doute,  de persévérer et de préserver son intégrité créatrice.  Je lui souhaite un succès à la mesure de son talent poétique.  Immense et original.    

 

 

C’est un cadeau qu’il  fait à son public, ce nouvel album. J’espère le voir en spectacle.  Et pas toujours au Corona, à l’autre bout de la ville.  Je  suis du Plateau.  Lol.    Ni au Metropolis, je veux m’asseoir.  Pourquoi pas au LaTulipe pour faire changement ?    

 

 


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