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Anthony Charbonneau Grenier
Anthony Charbonneau Grenier
12 juin 2007, 11:19
Hey Girl : imperméable et volontairement déplaisant
Je n'ai rien contre le symbolisme, c'est un outil fantastique pourvu d'une grande force de figuration. Toutefois, un symbolisme pur comme dans Hey girl !, dépourvu de toute structure narrative ou d'appui textuel concret m'apparaît toujours trop hermétique ou du moins trop équivoque pour un public non élitiste. À trop chercher le sens de chaque action, on en vient à passer à côté de l'expérience théâtrale. Pour ma part, j'avoue avoir eu recours au cerveau critique de Jean St-Hilaire du journal Le Soleil pour saisir la signification de certains symboles mis en scène (le tambour, par exemple, concrétisait l'infantilisation de la femme). Des applaudissements timides - voire forcés - à la fin de la pièce ont confirmé ma pensée, à savoir qu'une pièce montée selon une succession de symboles incertains, avec une gestuelle qui emprunte plus à la danse contemporaine qu'à l'art dramatique et des effets sonores carrément agressants n'a pas de quoi saisir un public moyen, même ouvert d'esprit.
4 juin 2007, 7:15
At World's End: forces et faiblesses
Il est difficile d'avoir un avis tranché sur le troisième volet de Pirates des Caraïbes tant ses point forts recoupent ses points faibles. Parmi les forces, on compte l'humour burlesque de Gore Verbinsky avec ses jeux de regards appuyés et ses situations loufoques qui font toujours rire ; un scénario fouillé où la psychologie de tous les intervenants est développée, où chaque personnage poursuit sa quête ; la présence à l'intérieur de l'histoire de véritables mythes et légendes maritimes des Caraïbes comme le Hollandais Volant ou Calypso ; et, finalement, les délires schizophréniques de Jack Sparrow. De l'autre côté de la médaille, il y a aussi quelques tares qu'on peut imputer au dernier chapitre de la trilogie, à commencer par un scénario plus dense que jamais avec des intrigues qui se multiplient, s'effilochent et finissent par se perdre dans l'agitation générale. On déplore aussi la dégénérescence du capitaine du Hollandais Volant. L'effroyable Davy Jones de Dead Man's Chest devient Davy Jones le guignol dans At World's End. Il y a quelque chose de grotesque et d'absurde à voir les soldats anglais investir le célèbre bateau fantôme comme il y en aurait eu à voir le Cracken dans un aquarium de la Nouvelle-Angleterre ou une douane à la limite du monde connu. On ne démythifie pas un mythe. Tous points confondus, At World's End représente quand même un excellent divertissement pourvu d'un rythme enlevant et d'une facture d'image époustouflante qui, à eux seuls, nous tiennes rivés à l'écran.
1 juin 2007, 6:36
Mnémopark
J'ai déjà assisté à du théâtre sans décors ou sans costume, sans public ou même sans théâtre mais sans comédiens c'était la première fois. C'est pourtant ce que propose Stefan Kaegi du trio Rimini Protokoll avec son "Mnemopark" À la place de comédiens, ce sont d'authentiques individus que sont traduits sur scène. Dans ce cas ci : quatre modélistes qui ont pris le risque de partir en tournée avec leurs précieuses maquettes nous parlent de la Suisse de leur jeunesse, parc de leur mémoire. Une géographie de souvenirs réduite au 1/87ième de sa taille réelle. Tour à tour, des miniatures exposées, ils feront renaître pour nous des moments de leurs passés: des lieux importants, des détails, de petites historiettes, des sons. Par le biais d'un "green screen", certains iront même explorer les décors de plus près en se réduisant eux-mêmes à la taille de leurs figurines de plastique. On pardonne tous les petits décrochages qui n'auraient pas fait défaut à des professionnels de la scène dès lors qu'on voit ces quatres personnes âgées, fébriles comme des enfants, s'affairer derrière leur Suisse en modèle réduit et partager avec nous leur culture et leur passion. "Mnemopark" est sans contre-dit une très belle pièce, sincère et touchante, qui donne un nouveau sens au mot intimiste en théâtre.
30 mai 2007, 10:59
Le Louvre selon Mathieu
Si vous avez déjà vu quelqu'un à la bibliothèque feuilleter une BD avec des lunettes rouge et bleu ou retourner un album dans tous les sens avec l'air perplexe, c'est sans aucun doute que cette personne se frottait aux délires techniques de Marc-Antoine Mathieu. À la fois graphiste et scénographe, MAM repousse à chacune des ses parutions les limites du possible en bande dessinée. Avec "Les sous-sol du Révolu", on retrouve avec plaisir les éléments qui font la forces de ses ouvres : décors démesurés, univers kafkaïen, personnages insolites et mises en abîme saugrenues. Sur les pas d'Eudes le Volumeur, le lecteur s'enfonce dans les profondeurs imaginaires du Louvre, suite infinie de sous-sol où l'art de toutes les époques s'entremêle, se désagrège et se réinvente. Chaque personnage rencontré durant la descente apporte avec lui ses propres théories sur l'histoire de l'art et sur son devenir. À travers le regard déformant de Marc-Antoine Mathieu, on découvre tour à tour, toutes les opérations insolites auxquelles sont livrées les ouvres dans les catacombes du musée, de la restauration préventive aux subtilités de l'assemblage et de la reproduction. L'album, présenté dans un format adapté, est composé de très belles planches en aplats de gris qui s'accordent parfaitement au style, généralement bichromatique de Mathieu. Moins complexe que la série "Julius Corentin Acquefacques prisonnier des rêves", "Les sous-sol du révolu" représente également une porte d'entrée idéale à l'univers de MAM. Je le conseille à tous les vrais amateurs de BD.
22 mars 2007, 2:20
L'hassidic Fantasy
A la fois dessinateur et scénariste, le Niçois Joann Sfar fait partie de ces auteurs allergiques au conventionnel qu'on trouve toujours fourrés en dehors des sentiers battus. Il suffit de feuilleter son ''Atroce Abécédaire'' ou une des insolites aventures de Petrus Barbigène pour comprendre toute la singularité de ce créateur de génie. Sa série ''Le chat du rabbin'' possède la qualité, rarissime en bande-dessinée, d'être instructive. En effet, Sfar intègre au fil de son histoire une foule d'informations sur la religion et sur la pensée juive sans que le récit n'en souffre en lourdeur. Par les yeux de son chat parlant, il pose un regard naïf et pourtant très lucides sur les textes de la Torah. Comme dans "Les olives noires" chaque personnage apporte avec lui une nouvelle vision et une philosophie différente des sujets abordés. Ce faisant, Sfar ne dicte aucune vérité mais nous expose plutôt les diverses écoles de pensée et polémiques qui animent la communauté juive. Avec "Le chat du Rabbin" Joann Sfar se fait le père d'un nouveau genre littéraire: L'hassidic fantasy et prouve que la théologie et la philosophie peuvent avoir leur place en bande dessinée, pourvu qu'on sache s'y prendre.
16 mars 2007, 12:46
Un Culture Club?
La culture est un ensemble. On ne peut pas prétendre décider d'elle comme on semble le faire dans cet article puisqu'elle dépend de toutes les manifestations culturelles qui la compose. En ce sens, je crois que l'étalement des activités artistiques à une plus grande partie de la population n'individualise pas notre culture mais que, au contraire, il la rend plus représentative de la collectivité. Encore une fois, on ne s'approprie pas la culture, on l'enrichie. Je diffère également d'opinion avec Mme Fortin lorsqu'elle parle "d'inculquer la culture" à l'école pour l'unifier. À mon avis, on ne doit pas fixer un point d'ancrage commun à tous les desseins artistiques pour ensuite les regarder s'écarter mais plutot laisser libre cours aux expressions artistiques du peuple et regarder vers quoi elles convergent. C'est là seulement, au centre de ces convergences, que se révèle la culture commune et non pas dans des écoles qui enseigneront, toujours avec une longeur de retard, ce qui dans l'heure anime les esprits. La culture est en constante mutation, elle mue à chaque génération et fluctue au rythme des aspirations de ceux qui la composent. Elle ne peut se plier à aucun impératif, fussent-ils ceux du Culture Club.
22 février 2007, 1:03
Une curiosité
Perturbant, "One Bird" l'est bel et bien, mais pas au sens auquel on pourrait s'y attendre d'une oeuvre d'art. Ce qui étonne ce n'est pas le message qu'il envoie, les questions qu'il éveille ou encore l'image qu'il projète mais surtout le mystère de sa conception:"Comment une flamme peut-elle retransmettre les sons?". Le questionnement face à l'oeuvre est détourné vers ses considérations plus matérielles. Le message artistique et la valeur esthétique de l'objet s'en retrouvent relayés au second rôle, poussés dans l'ombre par l'envergure de la prouesse technique. Peut-être une certaine dimension de "One Bird" m'a t'elle échappée mais la flamme chantante de DeMarini me semblait s'apparenter davantage à ces curiosités scientifiques qu'on rencontre dans les salles du centre ISCI à Montréal accompagnées d'une notice "comment ça fonctionne?". Ceci-dit, l'exposition n'en mérite pas moins le détour par le grand hall des studios Méduse, ne serait-ce que pour vous confronter, vous aussi, à ce mystère de la science.
14 février 2007, 1:36
Sombre Babel
Avant d'être un film construit autour de l'histoire d'un fusil, Babel est avant tout un film de contrastes. Chaque thème developpé par Alexandro Gonzalez Innaritu nous y est montré tant sous son bon jour que sous son profil le plus sombre. Les tois pans de l'intrigue se touchent et se completent, dressant un portrait de la nature humaine complexe tantot généreux, tantot affublant. Il arrive toutefois un moment critique dans le film où chacun des trois récits parrallèles devient irrésolument noir. L'autobus de touristes abandonne lâchement le couple d'américains, vulnérables, dans une petite ville au milieu du Maroc; la japonaise est une fois de plus blessée dans sa sexualité, rejetée par l'homme à qui elle s'offre et tout bascule pour la boniche mexicaine et ses deux protégés alors que son neveu, completement ivre, prend la fuite aux douanes. Le spectateur en vient à suffoquer, cherchant vainement une bribe d'humanité à laquelle s'accrocher dans les événements qui lui sont présentés. Le tout est présenté d'une façon si réaliste et plausible qu'on ne peut la refuser. On sort de Babel secoué et dérouté, certaines images encrées dans le crâne. Le film est fort, touchant, mais inexorablement sombre.
11 février 2007, 3:15
Mourir pour des idées
Certains textes , déjà si complets sous forme de dialogue, font la part belle au metteur en scène lorsque vient le temps de les porter sur les planches. Toutefois Marie Gignac ne s'est pas contentée de cet avantage des premières heures et a su insuffler à la pièce de Sartre une part de sa propre ingéniosité de façon à en rehausser le propos. L'espace scénique, divisé sur deux étages, appuyait à la perfection le dilemme du protagoniste; la chambre du haut accueillant ses tourments, ses états d'âme et ses hésitations puis le bureau du bas, le confrontant à ses convictions politiques. Statufié le jour par son admiration pour Hederer, son patron, et tourmenté la nuit par son devoir envers le parti : tout se joue sur cette lame à deux tranchants qui titille la conscience du personnage principal. Les décors et les costumes, empruntés à diverses époques et truffés d'anachronismes, donnent à la pièce un côté intemporel, rappelant ainsi que les thèmes abordés par Sartre sont tout aussi actuels et pertinents aujourd'hui qu'ils pouvaient l'être au cours de la deuxième guerre mondiale. Chapeau à Sartre et à Gignac pour cette frappante production.
4 février 2007, 4:15
Nenette cherche un genre
Personnellement, l'album "Nenette cherche un sens" ne m'a pas plu. À mi-chemin entre la bande dessinée et le livre d'illustrations sans toute fois n'être ni l'un ni l'autre, l'ouvrage semble se chercher un genre. Il est à la fois trop statique et décousu pour être lu à la façon d'une BD et trop dépendant des liens que lui procure les textes écrits pour prétendre à l'unité intrinsèque d'un receuil d'images. Je n'ai rien a priori contre les hybrides mais dans le cas de Nenette, je suis loin d'être convaincu du bien fondé de la chose.
4 février 2007, 3:37
La science dans les mains des artistes
Le Mois Multi est une occasion en or d'entrer en contact avec l'art électronique. Cette nouvelle forme d'expression artistique, propre à notre époque, est en pleine émergence et fait bande à part d'avec les expositions que nous avons l'habitude de visiter dans les musées. Les artistes de cette jeune branche de la culture présentent des projets nouveaux, toujours inusités, où l'art puise à la fois dans la science et dans la technologie. Ils exploitent ainsi des facettes plus ludiques et artistiques de deux domaines dont les vastes applications ont toujours été limitées à des objectifs rationnels ainsi qu'aux demandes du marché. Une fois affranchi de ce carcan, le champ des possibilités est pratiquement sans limite. Les divers projets de renommée internationale qui seront présentés dans le cadre du Mois Multi donneront une bonne idée de ce à quoi peut ressembler une échappé de l'art sur le territoire des scientifiques et des technologies modernes. Les résultats peuvent être étonnants!
17 janvier 2007, 8:41
La peur de l'autre
Que cela donne envie de foncer le voir en salle ou, bien au contraire, de s'en abstenir, tout le monde sait déjà, simplement avec la bande-annonce, à quoi s'attendre de "L'auto-stoppeur". Un scénario prêt-à-porter, petite recette sûre et rapide comme en utilisent toutes les cuisinières pour se dépanner de temps à autre, des sursauts à volonté et la tête de Sean Bean comme la cerise sur le sundae. Une fois réchauffée, la chose rapportera une somme entendue puis, après quelques mois, ira rejoindre les autres dans un juste oubli et sera aussitôt remplacée par un autre avatar de film d'horreur populaire. Plus ça change, plus c'est pareil. Le film de Dave Meyers, comme nombre de longs métrages du même acabit, aura également pour effet de nourrir ce qu'on pourrait apeller "la peur de l'autre". Effectivement, en présentant un film qui s'appuie sur une crainte établie, celle de prendre à son bord un étranger, le réalisateur ajoute quelques clous sur le cerceuil - déjà bien étanche - de l'auto-stop. Cette crainte devient même le fer de lance de l'oeuvre, un peu comme l'était la paranoïa populaire des touristes envers les indigènes dans "Turistas go home", sorti en salle dernièrement.
11 décembre 2006, 3:07
Expo "sampler"
Exposée dans les locaux de la Bande Vidéo, l'une des dix têtes du complexe Méduse, Cubicules Décomposés à de quoi surprendre. Les créations des artistes Jason Arsenault, Myriam Bissette, Claudette Lemay sont innovatrices, originales et particulièrment étonnantes au niveau de la forme. Toutefois, avec un total de trois oeuvres présentées et une surface d'exposition d'environ huit mètres carrés, on peut dire qu'on a rapidement fait le tour En fait, Cubicules Décomposés m'est davantage apparu comme un échantillon d'expo que comme une exposition à part entière. Mais attention, sans aucune connotation péjorative ici. Chaque oeuvre, à sa façon, parle pour son médium et défend son support. Les quelques oeuvres qu'il nous est donné de voir agissent comme des "samplers", elles sont une fenêtre ouverte sur l'immense champ de possibilités dont jouit l'art médiatique. Cet art, propre à notre époque, qui demeure malgré tout inconnu pour plusieurs et ambigu pour d'autres. Cet art qui gagne à se faire connaître dans des vitrines comme celle qui y sera désormais consacrée chez la Bande Vidéo ne serait-ce qu'à travers des echantillons d'expositions. Et sous cet angle, on peut dire que Cubicules joue bien son rôle de "sampler" puisqu'il donne envie de prendre l'auto et de filer tout droit vers le collectif Perte de signal à Montréal, histoire de voir un peu plus de ces merveilles vidéonumériques.
26 novembre 2006, 11:15
La force de l'intimisme
Dans ce quatrième tome du retour à la terre, "Le déluge", on renoue avec joie avec Manu Larssinet, le personnage semi autobiographique de Manu Larcenet. Cette fois, ce sont les péripéties de sa nouvelle carrière en tant que papa qui font aller la plume du créatif auteur des "Combat Ordinaire". Composé de courtes histoires d'une demie planche, le livre n'en conserve pas moins une unité impressionnante, tant à l'intérieur de ses pages qu'en relation avec les tomes précédents. Le graphisme à la fois naïf et recherché de Larcenet s'agence à la perfection avec les scénarios fouillés de son complice Jean-Yves Ferri. L'histoire, qui part de presque rien; de petits remous dans la vie d'un individu, parvient à saisir le lecteur grâce à cet atout qu'elle a d'être vraie et à hauteur d'homme. La banalité, ou plutôt la façon qu'ont les deux artistes de traiter de cette banalité confère aux "Retour à la terre" une force et une humanité rare qui font de "Le déluge" une perle de plus à ajouter à la collection Poisson Pilote. De cette petite merveille de drôlerie et d'émotion émerge une intimité unique, sans doute attribuable aux dessins sans ambages de Larcenet, à l'importance donnée par Ferri aux états d'âme du protagoniste et encore à la forme anecdotique et épistolaire adoptée par le livre, qui se rapproche de celle d'un journal intime. Toujours est-il qu'à travers la lecture du "Déluge" on se lie inmanquablement d'affection pour Manu, Mariette, leur fille Capucine et tout leur petit monde. Puis, on referme le livre et on attend la suite comme on attendrait du courrier de la part d'un couple d'amis récemment devenus parents.
16 novembre 2006, 4:07
Sympathique
Les Aimants est un petit film agréable et sans prétention comme il s'en fait peu, même dans le répertoire québécois. Il se prend bien et s'oublie vite. Toute l'histoire se construit sur des quiproquos qui lient les personnages les uns aux autres sous des faux noms et de fausses apparences. Chacun à son tour est pris, volontairement ou pas, pour quelqu'un d'autre et les situations qui en découlent sont souvent matière à faire sourire. Le dénouement, où tous les masques finissent par tomber est tout particulièrement bien mené et le happyending qu'on préconise dès les premières minutes du film nous est livré avec quelque éléments inattendus qui sauvent la mise et terminent en beauté ce premier long métrage signé Yves Pelletier.
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Anthony Charbonneau Grenier
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