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Antoaneta Roman
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Impressions et aperçus
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Affrontant le monde et soi-même
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Après avoir vu El Aura, j'attends avec impatience de voir Nueve reinas, qui passera bientôt à la télé.
Fabian Bielinski a construit un film incommode, avec des personnages hermétiques, renfermés sur eux-mêmes, qui arrivent difficilement à communiquer. Une Argentine glauque et solennelle, loin du foisonnement de Buenos Aires. Tout ce qu'on voit de la grande ville est l'intérieur d'une banque, un atelier de taxidermie, un musée rempli d'animaux empaillés. Un monde figé. Le protagoniste joué par Ricardo Darin se confronte à la solitude et à la maladie, qui lui offre aussi les moments de grâce de l'aura, quelques secondes avant la crise, quand tous les sens sont exacerbés, les perceptions s'aiguisent et le monde devient plus grand et profond que nature. On dirait qu'à part ça il est détaché du monde et même de lui-même. Qu'il ne vit que par raison, point par émotion.
A travers ses mésaventures, il apprend que la réalité est bien différente de ses rêves du grand cambriolage parfait, sans sang et sans traces, calculé à la minute près. Que sa mémoire photographique extraordinaire peut lui jouer des mauvais tours aussi. Qu'il ne peut pas se fier juste à lui-même. Il reprend contact avec la vie.
Le film finit sur la même note du dèbut: il est tout seul dans son atelier. Après avoir traversé des expériences encore plus extraordinaires que celles occasionnées par l'aura. Il a gagné un ami - le chien tout aussi étrange et hermétique que les humains. On ne sait pas s'il a récupéré l'argent dont il rêvait, j'aimerais croire que non. Que tout le sens de son expérience a été de délivrer la jeune femme de son mari tyrannique, de la vie dans la fôret. Et de se connaître encore mieux.
Images magnifiques, jeu impeccable - dommage que le réalisateur nous ait quittés si tôt - une grande perte.
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Quand le cliché sent la vérité
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On parle souvent d'adoptions internationales plus ou moins légales, en Roumanie, d'où je viens, il y a eu des scandales de pédophilie reliés aux adoptions. Un processus rendu trop facile par le manque de contrôle, les salaires trop bas, le pouvoir des dollars de tout résoudre. Des vérités devenus des clichés. Hélas, toujours aussi vrais! Quand j'étais petite dans ma classe il y avait 6-7 filles qui venaient d'une maison d'accueil, j'étais allée leur rendre visite - quel souvenir!
Vania a un côté mélo et des personnages plus vrais que nature - les bons sont tellement bons, les méchants tellement méchants (le directeur de l'orphelinat - rendu dans son état par le système). On y voit toute la gamme: les voyous de 16-17 ans (après l'orphelinat il n'y a plus d'intégration, ils se retrouvent dans la rue), la gamine prostituée, la mère qui regrette avoir quitté son enfant, l'intermédiaire des adoptions qui est la seule à s'enrichir dans cette affaire, son chauffeur et aide qui est sa marionette, le bon directeur de l'autre orphelinat, etc. Mais surtout les petits à la dérive...dans l'attente d'une famille qui vienne les prendre, d'une mère qui se rappelle qu'elle a abbandoné son fils. Mais ces clichés sont l'expression de la vérité, du désarroi et la désorientation de la société. Qui attend des sauveurs d'ailleurs.
L'ambiance est très reussie: l'hiver gris avec sa neige sale et sa boue, les routes défoncées, les maisons délabrées, le train vieux et sale, les ivrognes, les vendeurs ambulants à la gare - une image de la Russie très loin des splendeurs de Moscou et Sankt Petersburg. J'ai bien aimé la fin floue aussi.
J'aimerais avoir plus souvent l'occasion de voir des films de l'ancien bloc de l'Est, ce sont des mondes en transition, pas encore délivrés des fantômes du passé, affrontant la logique du profit du capitalisme sauvage, en train de chercher des solutions de survie.
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