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Le film de Martin Provost a d'abord le grand mérite d'aborder un sujet inédit au cinéma: la vie et l'oeuvre de Séraphine Louis, dite de Senlis, peintre spontanée et inspirée par son amour de la nature et de Dieu (1914 - 1942). On dit qu'elle avait 42 ans quand une voix divine lui a ordonné de peindre.
Le film s'ouvre sur une séquence qui n'est pas loin de rappeler le film "Camille Claudel": dans un paysage nocturne, Séraphine, jusqu'aux genoux dans l'eau d'un ruisseau, cherche des plantes et de la boue pour ses composer ses pigments de couleur. Les cloches de l'église lui font laisser ce travail pour aller prier. Nous percevons donc les deux dimensions qui structurent son peu de temps libre: la nature et la religion. Dans l'autre film Camille cherche le matériel de sa sculpture dans la boue aussi, toujours de nuit. C'est le travail secret et ardu d'une femme passionnée par son art, ce qui la condamne aussi à la solitude.
Le directeur alterne entre les séquences en plein air, dans des champs ouverts ou dans un forêt foisonnante, lumineuse, protectrice, et les séquences d'intérieur, dans des chambres obscures qui évoquent des contraintes et un manque de liberté. Encore une fois, l'espace de la nature et celui de l'église libèrent l'artiste en elle. L'ambiance de l'époque est très fidèle, ainsi que le jeu des acteurs, retenu, mais expressif. Dans une première partie l'attente devient longue, mais c'est l'histoire d'une relation qui a mis du temps à mûrir. J'ai trouvé le film quelque peu maniériste, mais pas rigide pour autant.
Yolande Moreau est magnifique dans la grâce qu'elle prête à l'innocence et la générosité de cette artiste visionnaire. Ses yeux sont illuminés par le bonheur quand elle contemple les champs de l'hauteur d'un arbre ou quand elle se baigne nue dans la rivière, elle a la capacité de nous révéler toute la simplicité de Séraphine, qui dépensait ses quelques sous sur les matériaux de peinture qu'elle n'arrivait pas à se procurer par son ingéniosité. Après l'avoir vue dans son propre film doux-amer "Quand la mer monte" j'ai été ravie de la retrouver dans cette nouvelle hypostase.
Il est terrible de penser à tous les artistes méconnus au long de leur vie qui ont sombré dans la maladie, la folie, la mort, dans les pires conditions. Mais même si nous avons beau nous émerveiller devant leur oeuvre et leur destin aujourd'hui, comment traitons nous les déshérités de la sort? Connaissons nous leur histoire, avons nous envie de la connaître? Nous pouvons connaître Séraphine aujourd'hui grâce à Wilhelm Uhde, mais combien de gens comme elle ont été enterrés dans la fosse commune? Combien de personnes de talent, mais avec des problémes psychiques, sociales et financières, n'arrivent pas à partager leur don?
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