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Antoaneta Roman
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Impressions et aperçus
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Le grand ménage du printemps
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Un grand spectacle doublement rafraîchissant, dû a deux grands chorégraphes de provenances et visions très différentes.
Le Sacre du Printemps par Stijn Celis: mouvemens brusques, angulaires, pulsation et sursaut, dynamique intense. 24 danseurs qui se reunissent et se séparent, en mouvement continu. Des forts contrastes homme/femme, ombre/lumière, groupe compacte/éparpillé, robes blanches et rouge-coquelicot pour les filles contre les habits sombres des garçons. L'ambiance créée m'a fait penser aux bourgeons palpitants du printemps, l'explosion d'énergie, le temps capricieux.
Re, Part II de Shen Wei, que j'ai pu admirer il y a deux ans avec "Folding". Des corps entrelacés, dont chacun continue le mouvement de l'autre, harmonieusement, dans un équilibre naturel, de manière fluide, sur le fond des photos d'Angkor Vat et des sons de la jungle, doublés par musique traditionelle de Cambodge. Sensation de grouillement de la forêt tropicale, de plantes emmelêes et d'explosion de vie cachée par le rideau végétal. Puis les danseurs se séparent et réaparaissent un par un, avec des ondoyements felins, des gestes courbes, gracieux et lents. La seconde partie a été un peu plus difficile à apprécier - des corps livides presque nus, mouvements et musique très lents, sur le fond visuel des ruines comblées par les lianes et les racines gigantesques. Peut-être une allusion à la lenteur du temps sans durée, la patience et persévérance de la nature.
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Pas Che, mais El Guerrillero
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J'ai apprecie le film strictement de point de vue artistique, malgre les 4h18 de duree, auxquels se rajoute la pause de 20 minutes. Admirable jeu des acteurs (malgré l'accent pas du tout argentin de Benicio del Toro) et reconstitution des endroits, des images presque documentaires avec un grand soin pour le détail quotidien. Quant a la verite historique...c'est de la pure fiction. Tout d'abord la seule source d'inspiration ont ete les journaux de l'aventurier argentin pro-sovietique, prepare au Kremlin, car son zele est celui de Raul Castro plaisait aux autorites russes. Une des premieres regles dans le journalisme est le croisement des sources. Si nous faisons un film sur Napoleon ou Rene Levesque, base exclusivement sur leurs memoires, sera-t-il credible? Le grand protecteur des pauvres revait d'une masse de jeunes qui construise le socialisme, sans la moindre trace d'individualisme, de personnalite. Ceux qui ecoutaient de la musique rock "imperialiste" finissaient dans les champs de travail force, des vrais bagnes, goulags, appelez les comme il vous plaira. Ceux qui affichent maintenant avec nonchalance son portrait sur leurs t-shirts comme signe d'opposition a la societe seraient envoyes la-bas aussi.Eviter le malheureux episode du Congo et la desastre cree par Che dans l'economie et l'industrie cubaine lors de son passage dans les deux ministeres a ete un coup de maitre. En fait l'intention etait de renforcer l'image du bon revolutionnaire idealiste, pas d'aller chercher la verite. Cette verite se trouve aussi dans la famine qui couvre le pays a present. Juste apres la fameuse revolution faite pour le peuple, la revolte des paysans d'Escambray, depossedes de leurs terres cooperativisees, a ete noyee dans le sang. Ceux qui n'ont pas ete tues sont morts suite a la deportation dans les fameux champs de travail (la brillante idee de leur creation appartient a Ernesto Guevara). Che meme aimait tuer et sentir l'odeur du sang. Belle image de quelqu'un qui veut le bien des gens.M. Del Toro dit qu'il a fait une grande recherche la-dessus - surement pas au Cuba, ou les gens manquent de tout depuis la chute du regime sovietique. Avant c'etait juste la liberte. Les dissidents ont peur pour eux-memes et pour leurs familles. Il est facile d'etre sympathisant socialiste bien cale dans la democratie. Trop facile. J'ai vecu quinze ans supportant les memes manques que souffrent les cubains a present, mais sous Ceausescu, en Roumanie. Et je suis solidaire avec les gens, pas avec les utopies et les fausses icones de la lutte sociale.
Ceux qui veulent savoir la verite feront une recherche, l'Internet est un outil simple et efficace.
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Séraphine - sublime de simplicité
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Le film de Martin Provost a d'abord le grand mérite d'aborder un sujet inédit au cinéma: la vie et l'oeuvre de Séraphine Louis, dite de Senlis, peintre spontanée et inspirée par son amour de la nature et de Dieu (1914 - 1942). On dit qu'elle avait 42 ans quand une voix divine lui a ordonné de peindre.
Le film s'ouvre sur une séquence qui n'est pas loin de rappeler le film "Camille Claudel": dans un paysage nocturne, Séraphine, jusqu'aux genoux dans l'eau d'un ruisseau, cherche des plantes et de la boue pour ses composer ses pigments de couleur. Les cloches de l'église lui font laisser ce travail pour aller prier. Nous percevons donc les deux dimensions qui structurent son peu de temps libre: la nature et la religion. Dans l'autre film Camille cherche le matériel de sa sculpture dans la boue aussi, toujours de nuit. C'est le travail secret et ardu d'une femme passionnée par son art, ce qui la condamne aussi à la solitude.
Le directeur alterne entre les séquences en plein air, dans des champs ouverts ou dans un forêt foisonnante, lumineuse, protectrice, et les séquences d'intérieur, dans des chambres obscures qui évoquent des contraintes et un manque de liberté. Encore une fois, l'espace de la nature et celui de l'église libèrent l'artiste en elle. L'ambiance de l'époque est très fidèle, ainsi que le jeu des acteurs, retenu, mais expressif. Dans une première partie l'attente devient longue, mais c'est l'histoire d'une relation qui a mis du temps à mûrir. J'ai trouvé le film quelque peu maniériste, mais pas rigide pour autant.
Yolande Moreau est magnifique dans la grâce qu'elle prête à l'innocence et la générosité de cette artiste visionnaire. Ses yeux sont illuminés par le bonheur quand elle contemple les champs de l'hauteur d'un arbre ou quand elle se baigne nue dans la rivière, elle a la capacité de nous révéler toute la simplicité de Séraphine, qui dépensait ses quelques sous sur les matériaux de peinture qu'elle n'arrivait pas à se procurer par son ingéniosité. Après l'avoir vue dans son propre film doux-amer "Quand la mer monte" j'ai été ravie de la retrouver dans cette nouvelle hypostase.
Il est terrible de penser à tous les artistes méconnus au long de leur vie qui ont sombré dans la maladie, la folie, la mort, dans les pires conditions. Mais même si nous avons beau nous émerveiller devant leur oeuvre et leur destin aujourd'hui, comment traitons nous les déshérités de la sort? Connaissons nous leur histoire, avons nous envie de la connaître? Nous pouvons connaître Séraphine aujourd'hui grâce à Wilhelm Uhde, mais combien de gens comme elle ont été enterrés dans la fosse commune? Combien de personnes de talent, mais avec des problémes psychiques, sociales et financières, n'arrivent pas à partager leur don?
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Les idiosyncrasies américaines à l'honneur
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J'ai vu ce film comme une mise en revue des troubles de la société américaine: le corporatisme qui touche même une salle de gym, les divorces transformés en bonnes affaires, le paranoïa sécuritaire, les rencontres en ligne qui finissent toutes par être des one-night-stand, la chirurgie plastique qui peut résoudre les problèmes personnels, les répondeurs automatiques, le manque de personnalisation des services d'assurance et de banque, et surtout la bureaucratie et le manque de but de la C.I.A., depuis la fin de la guerre froide. Principalement pour moi c'est un film sur une variation de caractères et leur interactions, dans le contexte actuel des États-Unis.
Étrangement, les seules qui s'en tirent plutôt bien à la fin c'est les femmes, tout au long du film elles sont aussi plus pragmatiques et lucides.
J'y ai retrouvé l'humour noir de "Fargo" et l'ironie anti-héros, pratiquement il n'y a pas de caractère positif, tous ont des défauts. Admirable le jeu des acteurs, un petit hic pour George Clooney dont le personnage était un peu trop construit pour mon goût, trop évidemment névrotique.
En conclusion, ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais après un film poids lourd comme No Country for Old Men il fallait s'amuser un peu, et les frères Cohen savent le faire avec intelligence et subtilité. J'ai ri du début à la fin et j'attends impatiemment leur film suivant:)
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Tiger Lillies - Humour noir cinq étoiles
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Une pointe de sadisme, une pincée de ridiculisation, deux grains de fatalisme, trois gouttes d'absurde, baignés de perversion...et la recette pourrait continuer encore. Les Brits sont fort en humour noir et dérision. Les Tiger Lillies sont un régal pour une admiratrice de Brecht et Tom Waits comme moi. La figure du clown tragique me semble un symbole de la condition humaine même. Le public varié vu mardi à l'Usine C témoignait aussi de leur qualité, des jeunes punk aux messieurs/dames d'apparence respectable.
D'abord les trois musiciens sont des virtuoses, tant côté musique que côté chant si on compte la voix invraisemblable de Martyn Jaques. Il joue admirablement de l'accordéon et du piano. Adrian Hughes frappe avec un professionalisme enragé ses instruments de percussion et Adrian Stout passe avec nonchalance de la contrebasse électrique à la scie et un autre instrument dont on joue sans le toucher (magie noire sans doute:) Les trois ont des incontestables véléités comiques.
Les textes sont tantôt tragiques, tantôt burlesques, inspirés des bas fonds où pullulent les prostituées, les maquereaux, les sadiques, les paranoïaques. J'ai ressenti un extraordinaire désespoir de la solitude transparaître à travers toutes les paroles. Ce sont des voix de gens qui ne savent pas comment être heureux, comment se rejouir de la vie et cherche dans l'excès une réponse introuvable, ce qui les rend encore plus affamés, plus assoifés de solutions finales.
Le résultat est une beauté étrange, qui me rappelle aussi les vers de Baudelaire - "Une charogne" entre autres, ou "Les chants de Maldoror".
D'un grand professionalisme les Tiger Lillies étaient dans le hall immédiatement après le show pour stimuler la vente de leur CD's par des autographes. J'avais déjà acheté "Births, Marriages And Deaths", un de leur premiers albums - un bijou.
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Charme, délicatesse, sourires tristes, fou rire
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Quel beau spectacle, dans tous les sens du mot! Des images surrealistes si poétiques qu'elles coupent le souffle, une musique aérienne, souvent jouée et chantée sur scène, des artistes incroyablement polivalents, une histoire nostalgique gaie-triste...nous sommes bien servis. Impossible à décrire en fait, mais je voudrais souligner que tous les artistes peuvent chanter et plusieurs jouent de quelques instruments, qu'ils soient clowns ou acrobates. C'est une autre vision du monde qui se dévoile sur scène, enjouée, naïve, touchante, tout devient possible, jusqu'à l'absurde. Une forme d'art inclassable.
Il ne faut pas oublier que la Suisse est un pays pluri-national et multiculturel et Daniele Finzi Pasca vient de la zone italienne, tout comme la compositeur-choreographe Maria Bonzanigo, donc leur imaginaire est touché par le Bel Paese aussi, ils ont fait partie des créateurs de l'Olympiade d'hiver de Turin. Plusieurs acrobates et les deux clowns travaillent aussi avec le Cirque du Soleil. Visitez le site officiel: www.nebbia.com, ça vaut la peine d'en apprendre plus. CD avec la bande sonore à venir au mois de novembre.
Je ne veux pas me limiter à un Bravo, ils méritent un grand Bravissimi! pour cette belle création!
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Paris, Paris, combien Paris, tout c'que tu veux
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Et même plus que ça, voir trop. Beaucoup de sensibilité et d'humour amer, beaucoup de grands acteurs, dans des petits rôles aussi, à un tel point que ça donne le vertige, on n'arrive à bien connaître et comprendre aucun des caractères et on perd le fil rouge de l'histoire . Parce qu'en fait il n'y a pas de fil rouge, sauf l'idée, point nouvelle, que la vie tout de même est belle et vaut la peine d'être vécue, surtout insouciant dans Paris, évidemment.
Dans tout ce fatras de destins et rencontres réussies ou ratées, les immigrants qu'on voit partout à Paris sont peut présents, sauf un épisode africain qui charge inutilement l'histoire comme pour rappeler: En Afrique c'est encore pire! Le cauchemar de François Cluzet n'a pas de sens non plus, si ce n'est pas un proteste contre la modernisation de Paris. La randonnée des filles chic aux Halles à la recherche d'hommes forts et sincères (les belles et les bêtes?) qui leur fassent l'amour parmi des morceaux de viande ou des fruits d'importation contraste par son absurdité avec le ton intimiste et la prétention de raconter des "tranches de vie". La séquence défilé de mode ne se justifie pas non plus, sauf si on pense qu'un film sur Paris doit absolument mentionner la mode aussi.
Belles séquences: la façon de Romain Duris de penduler entre la mélancolie et la joie; les danses intimes de Juliette Binoche et Fabrice Luchini; la boulangère pas mal raciste de Karine Viard.
Un film agréable mais pas mémorable...dommage.
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Le moi et l'autre
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Je suis étrangere au Canada et quand-même je ressemble plus à la majorité, dans mes habitudes et ma couleur de peau que les inuits qui étaient déjà ici quand les premiers colons sont arrivés. Pour eux je fais partie des "blancs", pour moi, ils sont des canadiens avant que le Canada existe. C'est une question d'identité que me fait beaucoup réfléchir. Et c'est la même question de ce film: qui suis je? qui sommes nous? comment sommes nous? Toujours prêts à rire si quelqu'un venu d'ailleurs ne sait pas employer la fourchette et le couteau? Est-ce que nous considérons avec plus de respect les inuits nés ici que les hindous, africains, chinois - immigrés et différents? La différence, est-ce le passeport ou la peau? La civilisation est-elle savoir manger et s'habiller "comme il faut" ou savoir respecter les autres et accepter que chaque culture a quelque chose à nous apprendre? Les années 50 ne sont pas si loin.
À part le jeu des acteurs j'ai beaucoup aimé les touches d'humour qui allégéaient le poids émotionnel, les elypses élégantes qui nous laissaient comprendre les faits (comme trouver Tiivii lors de sa fuite), le contraste de la claustrophobie qui émanait des chambres de l'hôpital et la liberté des grands champs enneigés...le magnifique usage de l'art de Natar Ungalaaq (qui est un sculpteur dans la vraie vie aussi), les relations humaines suggéres par des petits gestes, des phrases, de regards, rien de trop. Un film douloureux sans être dur, tout le contraire, il est tout en tendresse, en introspection, comme le monde intérieur de l'l'inuk isolé parmi "les blancs". A mentionner aussi comme la première image est reprise au final, Tiivii est rentré, tout est pareil, mais il a changé.
PS À lire: "Sanaaq", un roman qui met en scène la vie dans le grand Nord telle-quelle, écrit par une femme inuk qui ne savait même pas ce que c'était un roman.
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Affrontant le monde et soi-même
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Après avoir vu El Aura, j'attends avec impatience de voir Nueve reinas, qui passera bientôt à la télé.
Fabian Bielinski a construit un film incommode, avec des personnages hermétiques, renfermés sur eux-mêmes, qui arrivent difficilement à communiquer. Une Argentine glauque et solennelle, loin du foisonnement de Buenos Aires. Tout ce qu'on voit de la grande ville est l'intérieur d'une banque, un atelier de taxidermie, un musée rempli d'animaux empaillés. Un monde figé. Le protagoniste joué par Ricardo Darin se confronte à la solitude et à la maladie, qui lui offre aussi les moments de grâce de l'aura, quelques secondes avant la crise, quand tous les sens sont exacerbés, les perceptions s'aiguisent et le monde devient plus grand et profond que nature. On dirait qu'à part ça il est détaché du monde et même de lui-même. Qu'il ne vit que par raison, point par émotion.
A travers ses mésaventures, il apprend que la réalité est bien différente de ses rêves du grand cambriolage parfait, sans sang et sans traces, calculé à la minute près. Que sa mémoire photographique extraordinaire peut lui jouer des mauvais tours aussi. Qu'il ne peut pas se fier juste à lui-même. Il reprend contact avec la vie.
Le film finit sur la même note du dèbut: il est tout seul dans son atelier. Après avoir traversé des expériences encore plus extraordinaires que celles occasionnées par l'aura. Il a gagné un ami - le chien tout aussi étrange et hermétique que les humains. On ne sait pas s'il a récupéré l'argent dont il rêvait, j'aimerais croire que non. Que tout le sens de son expérience a été de délivrer la jeune femme de son mari tyrannique, de la vie dans la fôret. Et de se connaître encore mieux.
Images magnifiques, jeu impeccable - dommage que le réalisateur nous ait quittés si tôt - une grande perte.
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Quand le cliché sent la vérité
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On parle souvent d'adoptions internationales plus ou moins légales, en Roumanie, d'où je viens, il y a eu des scandales de pédophilie reliés aux adoptions. Un processus rendu trop facile par le manque de contrôle, les salaires trop bas, le pouvoir des dollars de tout résoudre. Des vérités devenus des clichés. Hélas, toujours aussi vrais! Quand j'étais petite dans ma classe il y avait 6-7 filles qui venaient d'une maison d'accueil, j'étais allée leur rendre visite - quel souvenir!
Vania a un côté mélo et des personnages plus vrais que nature - les bons sont tellement bons, les méchants tellement méchants (le directeur de l'orphelinat - rendu dans son état par le système). On y voit toute la gamme: les voyous de 16-17 ans (après l'orphelinat il n'y a plus d'intégration, ils se retrouvent dans la rue), la gamine prostituée, la mère qui regrette avoir quitté son enfant, l'intermédiaire des adoptions qui est la seule à s'enrichir dans cette affaire, son chauffeur et aide qui est sa marionette, le bon directeur de l'autre orphelinat, etc. Mais surtout les petits à la dérive...dans l'attente d'une famille qui vienne les prendre, d'une mère qui se rappelle qu'elle a abbandoné son fils. Mais ces clichés sont l'expression de la vérité, du désarroi et la désorientation de la société. Qui attend des sauveurs d'ailleurs.
L'ambiance est très reussie: l'hiver gris avec sa neige sale et sa boue, les routes défoncées, les maisons délabrées, le train vieux et sale, les ivrognes, les vendeurs ambulants à la gare - une image de la Russie très loin des splendeurs de Moscou et Sankt Petersburg. J'ai bien aimé la fin floue aussi.
J'aimerais avoir plus souvent l'occasion de voir des films de l'ancien bloc de l'Est, ce sont des mondes en transition, pas encore délivrés des fantômes du passé, affrontant la logique du profit du capitalisme sauvage, en train de chercher des solutions de survie.
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Trop ou pas assez
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Trop de personnages qui se mélangent un peu (comme "Grana", l'Andrea qui meurt au début, mais son surnom réapparaît plus loin, Nero qui apparaît peu et dont j'ai du mal à comprendre le personnage), trop d'histoires non approfondies qui me font penser plutôt à un documentaire. Motivations, familles des bandits? Tout ce qu'on connait ce sont leur faits d'armes. Comment est en fait le "Libanais"? Ou Nero, Freddo, Dandy, Aldo e Ciro Buffone? D'où viennent ils, pourquoi sont ils finis dans la rue?
De plus, tous les acteurs sont jeunes et beaux, inconnus peut-être dans le monde, mais très connus en Italie - ils font tous partie de la jeune génération à la mode, ayant joué dans des films de succès. Pour que le film fasse plus grand public? Ils sont très bons, d'accord, mais ils sont déjà des stars chez eux, alors où est la sincérité de la démarche du réalisateur?
Trop de clichés aussi, de langage et d'image, parfois j'avais l'impression qu'ils sortaient tout droit d'une bande dessinée, vu les discours qu'ils tiennent.
Un peu prévisible et monocorde donc, maniériste, lent vers la fin mais somme tout rejouissant sur le plan visuel soutenu par la bande sonore. Il donne une idée sur les années de plomb de l'Italie en 70, avec les Brigades rouges (communistes) terroristes d'un côté et la bande criminelle de la Magliana (qui a inspiré le roman puis ce film) de l'autre. Une idée aussi sur l'implication des politiciens dans tout ça, qui continue encore de nos jours. Mais juste une idée de surface, qui n'est pas menée assez loin. Dommage.
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Une Italie, deux Italies, trois Italies...
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Le film se développe sur trois plans, il parle en fait: 1) du cinéma italien (avec ses vedettes une peu folles: Michele Placido/Marco Pulici, ses reconstructions historiques sans sel ni poivre - Le retour de Christophe Colomb, l'histoire des films indépendants de genre de série B); 2) des nouvelles histoires de famille italienne qui se défait des clichés (couple en divorce, couple de lesbiennes); 3) de la mentalité italienne illustrée par l'histoire de Silvio Berlusconi, le magnat de l'immobilier et de la presse, élu Premier Ministre, avec une histoire juteuse de corruption derrière lui et sa fortune. Je connais assez bien l'Italie, de par mes voyages et en gardant le contact avec mes amisde là-bas. Il y en a beaucoup d'Italiens qui sont déçus et ne savent plus où se trouvent les solutions au chaos quotidien.
Le personnage joué par Nanni Moretti le dit lui même dans le film: il n'y a plus rien à dire sur Berlusconi, ceux qui savent, savent déjà tout et ceux qui ne savent pas ne veulent pas savoir. Alors le film essaye de raconter un peu l'Italie d'aujourd'hui, telle que transformée parles idées du "Cavaliere", à travers les chaînes de télévision de Médiaset - l'empire du "Caïman". Une Italie qui vit dans l'illusion de l'optimisme, du "rêve américain" à l'italienne, l'aspiration à la reussite matérielle et sociale, à la carrière de Berlusconi... Une Italie qui ne chasse que l'apparence, l'opérette, les décors de télévision. Moretti, en bon cinéaste de gauche, veut tirer un signal d'alarme, non sur Berlusconi, mais sur ce qu'il a fait des Italiens, les valeurs qu'il promue à travers les médias commerciaux dont il est propriétaire.
Les histoires de famille compliquent un peu trop la trame. Il reste néanmoins un bon film, avec un thème que je trouve pas mal universel. Quel genre de valeurs promue les télévisions, quel genre de rêve existentiel? Allez-donc voir Le Caïman, ce n'est pas le meilleur film de Nanni Moretti, mais il y a du jus là-dedans.
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L'insaisissable...
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...de Borges et Rodrigo Garcia, du tango et des argentins qui le dansent. Je ne crois pas qu'on peut saisir tous les propos de Shakespeare ou Tchekov seulement en regardant une de leur pièces en spectacle. Pour cela il faut lire le texte. Le spectacle est la vision du metteur en scène, le jeu des acteurs, juste "un certain regard".
Le spectacle Mundo Tango est imbriqué, combine une multitude d'éléments contradictoires, de jeux contradictoires, de l'interprétation épurée et philosophique de Borges/Marcelo Arroyo aux excès post-modernes de Rodrigo Garcia/Mathieu Bourguet. Les deux danseurs argentins (purs et durs, parmi les meilleurs, et d'excellents acteurs aussi) changent aussi de registre, passant du drame à la caricature. On est devant deux mondes opposés, le monde des idées de Borges, qui conceptualise et le monde de Garcia qui décompose et reconstruit grotesquements les mythes.
Je le vois comme l'opposition entre l'image idéale de l'Argentine au grand destin d'avant 2001 et l'Argentine qui se cherche et se reconstruit depuis, à partir de ses débris.
D'une part, pour quelqu'un qui ne connaît rien sur Borges ou l'Argentine il serait difficile de saisir la démarche. Personnellement ça m'a incitée de revoir les écrits Borges, pour me faire une meilleure idée. Tomas Howlin m'a suggéré "Evaristo Garriego".
D'autre part, la présence et le poids du tango dans le spectacle ne me semble pas justifiés par l'approche choisie. D'après mes connaissances, oui, le tango marque l'Argentine à l'extérieur du pays, mais là-bas il se trouve surtout à Buenos Aires. Ce ne sont pas tous les argentins qui dansent le tango, même pas tous les portenos - les habitants de la fascinante ville portuaire. Cette belle danse est juste un volet de Buenos Aires.
Ce qu'on retient du spectacle de Cristina Iovita...l'insaisissable, la poésie, une certaine nostalgie et une certaine rebellion contre le passé idéalisé, la grâce des deux maîtres du tango, la démarche courageuse.. À voir
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Et la suite?
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Je sors à peine de son concert au Centre Bell, sans avoir entendu sa musique auparavant. Quel courage, d'aborder un style qui fait un peu vintage, mais je suis fan de la musique des années 60 - 80, rock et new wave, des Beatles à Depeche Mode, grand clin d'oeil à Doors, Deep Purple, Rolling Stones...alors ça ne me dérange point.
Ce qui m'a frappé chez Jonas, avant de l'entendre chanter, en regardant les affiches dans le métro, est son attitude Jim Morisson, tout aussi présente sur scène. Il joue beaucoup (trop?) sur son physique plus qu'alléchant. Mais son régistre est différent, il m'a fait penser aussi aux premières années de Mick Jagger, une voix profonde, puissante, le rock en force, touchant le hard'n heavy. Il a beaucoup de présence sur scène, une présence toute à lui, une énergie qui ne peut pas être copiée. Cette force de se donner sur scène - soit tu l'as, soit tu ne l'as pas, ce n'est pas à apprendre. Il communique bien avec le public, qui a tout à fait rempli la salle et son groupe est remarcable, surtout Corey Diabo.
Je dirai qu'il est bien parti et je lui souhaite de conquerir le monde, monter dans les tops, sans oublier d'où il vient. Il est possible qu'il développe et approfondisse son style, lui donner une touche plus actuelle et personnelle, car il semble avoir ce qu'il faut. J'espère qu'il ne soit pas une étoile filante, comme tant d'autres.
Alors j'attends...2-3 ans encore, de nos jours les succès durent souvent le temps d'un rêve d'une nuit d'été.
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