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Benjamin Pradet
Benjamin Pradet
23 septembre 2007, 5:16
Déception
Pour moi, "À ciel ouvert" demeurera un roman qu'on aura publié comme pour faire un cadeau à son auteur, parce que ses deux premiers livres étaient un précédent, parce que ses deux premiers livres ont quelque chose à dire, parce que ça ne doit pas pouvoir se dire souvent, dans le monde de l'édition: "Désolé, ton troisième roman vaut moins que tous les manucrits qu'on a refusé depuis 1988, tu vas le garder pour toi celui-là...". Je suis d'accord qu'il aurait eu plus d'impact s'il s'était écrit en mode autofiction. Nelly Arcan choisit ses mots si bien qu'elle avait agi, avec "Folle", de la même façon qu'une magicienne de l`âme. Elle avait joué avec la mienne sensiblement, elle y était entrée mieux que quiconque. Bien qu'elle soit une rare exception (à plusieurs niveaux) au sein de ce qui se crée aujourd'hui en littérature québécoise, elle s'est égarée, avec "À ciel ouvert", dans un Montréal que je ne reconnais même pas. Elle doit vraisemblablement avoir les yeux pris dans cette sphère plastifiante pour être aussi loin de ce que je considère comme étant LA réalité. C'est comme s'il y avait un Plateau et un Plateau parallèle, auquel seule Nelly Arcan peut accéder, en compagnie de trois ou quatre autres branchés à la peau dure. Déception.
14 mars 2007, 9:41
Celui qui fait le poids dans la balance
Jusqu'à ce septième roman, j'aimais Patrick Senécal une fois sur deux. "5150, rue des Ormes" était intelligent et saisissant. "Oniria" était tellement stupide qu'en le refermant, j'ai eu envie de relire "La Gardienne IV" dans ma collection Frissons. "Le vide" est un très bon roman. Il ressemble aux autres, dans la mesure où l'auteur n'écrit pas "bien" (du Stephen King traduit en français, c'est mieux écrit encore), mais où il y pratique toujours très bien son sens du punch, fidèle à lui-même. D'après moi, il est difficile de maîtriser autant l'art de départir le lecteur de sa propre vie, tellement il devient fasciné par ce qu'il lit. Ce que j'apprécie le plus de Senécal, c'est que son écriture simple est intègre. Il ose et c'est admirable, personne ne le faisant avec la même franchise. Les personnages, réels à l'extrême sur les territoires de la haine et de la souffrance, ont toutefois cette tendance à basculer trop fort et trop vite dans la rage meurtrière. Il y a ce petit quelque chose qui sonne faux dans leur discours pessimiste et désespéré. La limite n'est pas suffisamment nuancée entre la stabilité émotive et le déséquilibre total. Sinon, "Le vide" est terrifiant par sa Vérité...
16 février 2007, 9:45
Les raisins de la colère
The Emperor of California montre, avec moins de sensibilité (plutôt une sensibilité archaïque...), une partie de ce que Steinbeck a montré dans son oeuvre: des hommes apparemment maintenus en vie par l'espoir d'un monde meilleur, aveuglés par l'or éphémère qui brillerait à jamais, croyait-on. Il semble que le personnage de Sutter soit le seul encore lucide, lui qui prédit la chute des pépites dorées avant celle de la terre toujours florissante. Comme quoi la masse, vraiment, n'a pas la vérité absolue. Les nombreux clichés sont plus sympathiques que dérangeants, l'aventure elle-même n'est pas ennuyante pour qui aime les grands espaces perdus et les héros qui ont les valeurs "à la bonne place". On espère toutefois que les Allemands ont finalement appris que la Californie n'a pas offert le salut à tout le monde... même pas à une majorité...
31 janvier 2007, 2:20
Femme du millénaire...
Wow... Cate Blanchett est une Actrice, une vraie, une qui devient chaque fois la femme qu'on lui demande de devenir, crédible partout, autant dans Le Seigneur des Anneaux, où elle incarne une perle d'imaginaire, que dans The Aviator, où elle prend les traits d'une Hepburn tellement réelle. Et maintenant, dans cette histoire troublante qu'est Notes on a Scandal, elle est d'une incroyable intégrité, et démente et belle. Elle est d'une classe incomparable. Je ne sais même plus si c'est le film que j'ai aimé. Ou Cate qui a tout éclipsé. Par contre... au secours! encore Philip Glass au générique! ... sa musique, c'était mignon dans The Hours; maintenant, j'ai l'impression qu'il rejoue sans cesse la même trame sonore (surtout que j'avais loué The Illusionist il y a à peine deux semaines...). Apprenez-lui d'autres notes, quelqu'un... ou offrez-lui une batterie, une cornemuse, n'importe quoi!
27 janvier 2007, 1:27
Passer à côté.
Je ne comprends pas ce qui s'est passé avec ce film-là... J'ai l'impression d'avoir manqué une chose; importante? J'avais des attentes, peut-être, je ne sais plus. J'imaginais une quête, comme "Le Seigneur des Anneaux". J'imaginais un film fantastique, non? On dirait un film de guerre... je veux dire qu'on a tant mis l'accent sur la Violence, sur une brutalité tellement dure, je trouve, qu'on en a négligé le Merveilleux. Pourtant, tout ce qui a trait à la magie, à l'irréel, est magnifique, d'une grande beauté. Ce film est très mature à ce niveau. Il n'est seulement pas "assez chargé", il n'invite pas au rêve comme il aurait pu le faire; comme il aurait dû le faire..? Ce film, il est un labyrinthe faux, parce qu'il n'ose pas nous y perdre. Dommage...
23 janvier 2007, 10:18
noir angoissant
Antilopes. L'atmosphère est celle de la nuit, la nuit de l'Afrique avec ses bruits partout autour, et l'obscurité, et le danger imminent caché dans la haine latente, la haine des Blancs, la haine des Noirs. La mise en scène truffée de sons et de musiques est vivante... le passage des fourmis qui envahissent les lieux est presque terrifiant. C'est une pièce sur la luxure qui dissimule la peine, les regrets, l'angoisse... qui aurait gagné à pencher un peu plus dans un drame à la "Qui a peur de Virginia Woolf" afin de pousser encore plus loin les frontières du couple qui se noie. J'adore ces dialogues où l'homme et la femme ont besoin de l'alcool pour se cracher la vérité. Bravo à Mankell pour ce qu'il recèle de mots qui pèsent dans la balance. Gabriel Arcand et Danielle Lépine (elle, particulièrement forte) manifestent autant de rage que de lassitude; leur jeu est puissant. Un peu plus d'audace et c'était parfait.
9 octobre 2005, 6:34
C'est quand le prochain??
Okay, okay, je travaille pour le gros géant Quebecor, je suis un libraire corrompu sûrement... mais on ne vend pas que le Da Vinci Code, D'ACCORD?! Littérature québécoise... c'est tellement facile d'être déçu, de vouloir ne plus y toucher. Je suis tombé sur La Mort de Mignonne en faisant un petit tour rapide du Archambault Anjou il y a presque deux semaines et je me suis caché juste un peu pour lire les premières pages. Comme il y a des livres que je veux posséder, j'ai acheté le recueil de Marie Hélène Poitras le lendemain. Parce que c'est écrit comme ça devrait toujours être écrit. C'est bon! Mature, plus Vrai que Soudain le Minotaure, que je me suis dépêché de lire juste après. De toute façon, j'aime quand les écrivains évoluent, prennent de l'envergure, se construisent. Et déjà, je sens qu'il y a une force particulière dans ces nouvelles. C'est probablement correct d'être souvent déçu par ce qu'on lit. On est encore plus fou lorsqu'on tombe sur un recueil de Marie Hélène Poitras. Qu'est-ce que je pourrais dire sinon que j'attends déjà la suite, que je les cherche partout, les auteurs qui vont me toucher autant avec des mots?
1 septembre 2005, 5:34
C'est vrai que c'est "hot", une écrivaine qui dit "Moron-Royal" pour Mont-Royal...
Je pourrais dire: Suzanne Myre va bientôt devenir la Lynda Lemay de la "short story", mais jamais je ne voudrais insulter Lynda Lemay. Lire un recueil de Suzanne Myre, c'est s'asseoir avec elle sur un tabouret au coin du comptoir de la cuisine et se trouver drôle de remplacer Mont par Moron dans Mont-Royal. C'est quoi, maintenant, une écrivaine? Ça taquine plein de gens dans ses livres sauf que c'est vraiment juste pour rire, dans le fond ça aime tout le monde? Après avoir écrit des nouvelles (sans enver...geture, oh c'est drôle ça...) sur le vrai monde moderne de Montréal, ça pense que ça dresse un gros bon portrait de la société québécoise contemporaine? Ils sont où les vrais engagés? Ou juste les vrais écrivains avec de la vraie imagination? Quelqu'un, svp, trouvez Réjean Ducharme et faites-le écrire encore avant que Suzanne Myre fasse déborder les tablettes des librairies avec ses nouvelles! Chers éditeurs du Marchand de Feuilles, misez sur Danielle Phaneuf, pas Suzanne Myre!!!
8 août 2005, 10:36
Le dégoût.
J'ai découvert Horacio Castellanos Moya avec "La Mort d'Olga Maria". J'ai tout de suite acheté "Le Dégoût" après l'avoir lu. Ces romans sont très vivants, presque interactifs. "Un livre dont vous êtes le héros" engagé; sauf que le héros, ici, c'est celui qui parle. Les personnages se donnent un droit de parole qu'ils semblent ne jamais devoir épuiser. Dans "Le Dégoût", plus que dans "Olga Maria", le protagoniste qui crache sur son pays d'origine est déchaîné, assis tranquille sur une terrasse, accompagné d'un ami faux qu'il méprise lui aussi. J'ai beaucoup de respect pour Horacio Castellanos Moya, du moins pour l'auteur qu'il est. C'est lui qui prend la parole... Courageux.
8 août 2005, 10:24
maîtriser l'homme
"Mais ce soir-là, elles n'étaient que deux filles éméchées d'East Bucky..." On parle ici de Diane et Eve, les deux amies de Katie. Ce passage dit tout: la fatalité. Deux filles éméchées qui ne sortiront jamais de la médiocrité et qui regretteront toute leur vie d'avoir "abandonné" leur amie ce soir-là. Juste une page du roman de Mystic River, ça vaut mille fois plus que le film de Clint Eastwood. Le livre de Lehane n'oublie rien, lui, il n'est pas contraint à ne durer que deux heures dans une salle de cinéma. Il parle d'humains, il le fait très bien. Dennis Lehane est un auteur qui sait ce qu'il fait. S'il ne le sait pas, je n'y ai vu que du feu...
8 août 2005, 10:08
Échec biologique
Hier soir, avec Horloge biologique, j'ai vu ce à quoi je m'attendais en voyant Québec-Montréal il y a quelques années. Alors à l'époque, j'ai été surpris. Cette fois-ci, j'ai été déçu. Mais je ne sens pas que c'est une déception malheureuse. Bien sûr, le dernier film de Trogi a beaucoup moins de classe que celui qui l'a précédé. Il n'a pas le même panache, la même approche drôle/acide. Je pense qu'il est plus brut, plus réaliste. C'est ce réalisme-là qui trouble. Oui, chacun interprète la fin à sa façon, mais de toutes les façons, c'est amer, c'est dur, ça manque énormément d'espoir. Je pense à Horloge biologique comme à un brillant constat d'échec. Je ne voudrais pas avoir suivi cette histoire et pouvoir me dire: "Je me reconnais là-dedans", parce que, du point de vue où je suis en ce moment, ça me ferait mal de me reconnaître à la vue de personnages aussi tristes.
7 août 2005, 8:42
Marilyn
Le texte de Julie Sergent sur le roman de Joyce Carol Oates semble pointer du doigt une oeuvre de fiction magnifiquement orchestrée, porteuse d'une mission, celle de rendre hommage. "Blonde" est un pilier, un incontournable pour qui comprend à quel point Marilyn Monroe est une amoureuse, une artiste que l'Histoire ne saurait tolérer qu'on ne la respecte pas. La romancière américaine n'a certainement pas trop écrit sur celle qui l'a inspirée. Mille pages valent d'être écrites si l'on s'attarde à créer une histoire pleine et touchante, qui trouve son rythme lentement, avec assurance. Une chose est certaine: en faisant plus court, Joyce Carol Oates n'aurait pas fait de Blonde un bien plus grand roman. Elle aurait juste fait "quelque chose"...
7 août 2005, 8:19
vivante
La lecture des cahiers de Marie Uguay ouvre cette porte sur la sensibilité, celle qui se ferme à notre monde moderne tellement efficace, tellement amer, tellement étouffé. Cette femme était une Humaine. Sa peur de ne plus séduire, vouloir survivre, ne serait-ce que pour exister, comme si impossible à atteindre par la souffrance, parce que dans la douleur, il y a quand même la vie. L'intelligente simplicité de ses mots ranime les feux.
6 août 2005, 8:46
Je suis Mary McGuckian et j'ai envie de faire un film, ce matin.
Je voudrais ne pas porter de jugement. Pas tout de suite. Pas pour commencer. Alors je dirai d'abord, seulement: une chance que j'avais gagné des billets gratuits aux enchères de Voir.ca. Et maintenant. J'imagine la réalisatrice Mary McGuckian en femme pure, comme une femme qui ne saurait pas exactement ce qu'est le cinéma ou pourquoi ça existe, le cinéma. Une femme qui marche lentement dans un champ très grand et ensoleillé et qui sourit bêtement, comme si c'était ça, la vie, le cinéma, juste avoir une idée et faire un film avec de beaux costumes. Le Pont du Roi Saint-Louis, qu'est-ce que c'est? Une grosse longue question qui veut savoir qu'est-ce qu'il fait, Dieu, en haut. Et il n'y a même pas de réponse, finalement, bien que le film ne semble jamais vouloir finir... C'est une construction banale (une cabane dans le bois...) inefficace, celle du narrateur qui défend sa cause à son propre procès; et là des retours en arrière pour voir comment c'était ennuyant avant et comment le présent l'est toujours. Une peinture froide qui laisse insensible, un froid qui ne se glisse pas sous la peau pour saisir le coeur un peu. Conseil. Revoyez, par exemple, Taxi Driver pour Robert De Niro et Misery pour Kathy Bates et peut-être Mean Girls avec Lindsay Lohan, dont le propos est plus significatif et plus contemporain que celui du dernier film de Mary McGuckian... J'ai déjà oublié que je suis allé au cinéma voir quoi déjà..?
6 août 2005, 9:03
clin d'oeil américain
Ghost World est un film très beau, qui ne s'essouffle pas parce que son rythme est juste, travaillé. L'adolescence y est vraie, forte de ne pas être encore une caricature. J'ai aimé son côté "vintage", ici mille images pour exprimer un seul mot. Un mot comme "figé", "canicule" ou "chance". L'autobus qui quitte la ville est une beauté en soi. C'est brillant de faire sentir une douleur aussi grande sans pourtant faire de tempête.
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