Rien n'a le don de m'exaspérer comme de tomber sur des trucs faisant la promotion de mesures complètement déconnectées, devant lesquelles certains se pâment, convaincus qu'ils sont d'avoir découvert la huitième merveille du monde. Et cette idée saugrenue de pédaler pour se rendre au travail, que l'on manque presque de sens civique si on ne le fait pas, arrive depuis un bon moment en tête de liste dans mon palmarès de la bêtise. À part peut-être ceux et celles qui n'ont qu'une petite jobine, qui n'ont pas à mettre en péril leur sécurité (et celle de tous les autres sur leur passage) parce qu'ils n'ont pas à traverser une ville achalandée aux heures de pointe, à part des exceptions de ce genre donc, on s'abstiendra coûte que coûte d'enfourcher un vélo pour aller au boulot. Une simple affaire de gros bon sens.
Pas d'accord? Hum... Vous pensez peut-être que je suis contre l'idée pour de sombres motifs personnels, que je me déplace le postérieur en gros 4X4 polluant, seul à bord de surcroît, et que je ne suis finalement qu'un autre de ces misérables capitalistes égoïstes qu'il faut vivement dénoncer. C'est bien ça? Eh bien, non. Vous n'y êtes pas du tout. À diverses reprises déjà, j'ai écrit ici même que je ne monte que très rarement en auto et que je me tape, avec plaisir, une bonne heure de marche pour me rendre à l'épicerie et en revenir. Si je suis tellement contre l'idée du vélo-boulot c'est, entre autres raisons, parce qu'il ne s'agit pas de la solution à quelque problème que ce soit, pollution ou ce que vous voudrez. C'est même, oserais-je ajouter, tout le contraire. Une véritable nuisance collective.
Et même si vous êtes tout disposé à vous embarrasser à chaque fois de tout le bataclan requis, lequel s'avère digne d'une véritable expédition, tel que le casque, le cadenas, la sacoche de transport, l'imperméable, sans oublier la bouteille d'eau, vos dossiers et la photo de votre belle-mère si vous y tenez, vous pourriez beaucoup plus simplement et efficacement vous rendre à votre travail en contribuant au mieux-être de la planète. Cela vous étonne? N'avez-vous jamais entendu parler de ce concept révolutionnaire appelé co-voiturage, cette entente amiable entre personnes responsables? Et, à tout prendre, et en particulier le vélo, le transport en commun malgré toutes ses lacunes s'avère encore, et de loin, préférable.
Mais je sens que vous avez réponse à tout cela. Ainsi, pour pallier le risque que votre vélo ne fasse partie des milliers volés chaque année à Montréal seulement, vous êtes prêt à suivre le judicieux conseil de Vélo Québec de vous procurer "un vélo simple et peu coûteux". En somme, vous pédalerez tous les jours sur une minoune à deux roues, une vieille bécane fatiguée dont personne ne veut... Ah! le plaisir d'éviter les nids-de-poule sur un engin aussi performant! Mais, si ce n'est peut-être pas tout à fait comme cela que vous envisagiez la chose, sachez bien que c'est pourtant telle qu'elle se présente dans la réalité, quand on range ses lunettes roses. Alors, co-voiturage et transport en commun. Pensez-y.