septembre 2009 - Messages
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L'infinie complexité des choses
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Tout juste sous le long texte à propos du suicide de Nelly Arcan dans Le Soleil de samedi, une pub de lingerie où deux splendides jeunes femmes exposent presque toutes leurs coutures.
J'insiste sur l'épithète: splendides. J'insiste parce que c'est peut-être moi qui parle, mais qu'il s'agit de beauté objective dans la mesure où elle répond à tous les standards du genre, où il n'est plus question de goût, mais de moule.
Toujours les mêmes corps, les mêmes visages figés dans ce mélange d'assurance et de subtile lubricité qui s'adresse aux femmes dans la mesure où elles souhaitent sans doute, en enfilant ces dessous, enfiler l'attitude avec.
Les mêmes images et les mêmes corps qui, en raison de la banalité qu'induit la répétition, ruinaient la vie d'une femme obsédée par le regard des autres. Les mêmes images qui viennent la hanter ici, jusque dans sa nécrologie.
Quoique au-delà de la cruelle ironie, on aurait voulu résumer parfaitement l'œuvre et la vie de Nelly Arcan qu'on n'y serait jamais parvenu autrement que par cette mise en page maladroite.
Tout est là, dans cette pub qui côtoie cette vie brisée par cette pub.
Une vie à dénoncer le culte du corps, de la porno, de l'image de la femme dans les médias, tandis que s'incarnait dans une Nelly Arcan sexy, remodelée et charmeuse tout le paradoxe d'une société écartelée entre le discours et le désir.
Le désir, d'abord. Parce qu'il est bien plus vieux que le discours. Le désir d'un idéal de perfection qui, oui, a un peu fluctué au fil des siècles, mais demeure sensiblement le même depuis l'Antiquité: corps gracieux pour ne pas dire graciles, visages aux traits fins et harmonieux, seins pimpants, fesses bombées, lisses... Des corps jeunes, quoi.
De l'autre côté, il y a le désir de l'homme, évidemment dicté par ces idéaux qui ne sont utiles qu'à plaire. Et entre les deux, beaucoup de souffrance, parce que bon, vous en connaissez combien, vous, des filles qui ressemblent aux pitounes des pubs de bobettes?
À travers le suicide de Nelly Arcan, c'est un peu notre échec à réconcilier la tête et le cul que nous consommons.
En théorie, nous tombons plus ou moins tous d'accord. La mode, la pub et la porno fuckent notre rapport au corps. Mais dans la pratique, nous sommes soumis aux mêmes images, et aux mêmes pulsions qui balaient toutes les théories.
Il n'y a pas vraiment de bons et de méchants. Nous sommes tous des victimes et des coupables. Je suis comme tout le monde. Je n'ai pas de solution. Je suis à la fois bien et mal là-dedans. À la fois révolté et excité. À la fois dégoûté et séduit. Lucide et programmé.
Comme l'a dit la romancière: il faut savoir s'incliner devant l'infinie complexité des choses.
Reste qu'une chose me terrifie dans son suicide, et c'est l'ultime triomphe qu'il dit silencieusement, sournoisement, terriblement.
Cette victoire d'avoir trouvé dans la mort non pas seulement la fin de ses souffrances, mais aussi la jeunesse éternelle.
LE RÉEL ET LA FICTION - J'aime Céline même si c'était un sale facho. Je veux dire que j'aime l'œuvre. J'aime Voyage au bout de la nuit, et considère que son auteur fut un génie de la littérature.
J'aime aussi les livres de William Burroughs même s'il a tué sa femme en jouant à Guillaume Tell. Et les poèmes de Rimbaud même s'il a vendu des armes et possiblement des esclaves. Quant à Bukowski, il demeure pour moi le plus grand auteur contemporain, même si je l'ai déjà vu insulter et tapocher sa femme devant une caméra.
Pour moi, et il me semble qu'il devrait toujours en être ainsi: il y a l'œuvre et il y a l'homme. Toujours dissociables.
Mais le principe fonctionne dans les deux sens.
Je veux dire que si l'œuvre, elle, devrait être jugée pour ce qu'elle est, peu importe la moralité de l'auteur, l'homme, lui, ne peut pas pour autant se soustraire au monde et agir avec l'impunité d'un de ses personnages de fiction.
Je comprends donc assez mal l'indignation spontanée des comédiens, cinéastes, mais aussi des politiques français qui évoquent la morale étriquée des Américains pour expliquer l'arrestation du génial réalisateur qu'est Roman Polanski.
Être recherché pour avoir fui la justice alors qu'on était accusé du viol d'une mineure, c'est de la petite morale religieuse de péquenot amerloque, ça? Ah ben coudon.
Évidemment, on comprend mal l'envie soudaine des autorités suisses de le coffrer. Il y a dans la mise en scène de son arrestation, à Zurich, lors de son arrivée à un festival auquel il devait être célébré, quelque chose qui pue. Quels sont les véritables motifs des Suisses? Pourquoi l'arrêter maintenant alors qu'il a souvent mis les pieds chez les Helvètes au cours des 30 dernières années de sa cavale - il y venait même en vacances? Aucune idée.
Mais malgré tout cela, l'accusation est là, terrible. Le cinéaste a fui la justice, aussi injuste pouvait-elle lui sembler à l'époque, et aussi hargneux et débile pouvait être le juge instruit dans cette affaire de mœurs scabreuse.
Cela fait 30 ans que Polanski vit comme dans un scénario qu'il aurait écrit: une fiction où il n'avait pas à répondre de ses actes. Il vient juste d'être rattrapé par la réalité.
Tags: SUICIDE, Bukowski, image, Céline, Soleil, Roman Polanski, sexy, Nelly Arcan, porno, culte du corps, jeunesse éternelle, fuir la justice, Voyage au bout de la nuit, désir, Zurich, corps, femme
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Sacrifices
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De cette idée de Gérard Deltell de changer l'autoroute Henri-IV en autoroute de la Bravoure, je ne dirai pas grand-chose, mais ce pas grand-chose, je le dirai avec une incroyable prudence.
En fait, si on peut écrire en marchant sur des œufs, c'est ce que je ferai ici.
Parce qu'on n'a pas le droit de parler contre les militaires en Afghanistan. Jamais. On peut bien s'interroger sur la validité de la mission, mais faire un accroc dans la belle unanimité qui concerne le statut héroïque des militaires relève carrément du tabou. Surtout ici, à quelques minutes de Valcartier, où s'allonge lentement mais sûrement le décompte des soldats tués en mission.
À propos de ce que je m'apprête à écrire, un collègue m'a même dit un jour: tu ne peux pas faire ça, tu vas te faire lyncher.
Et pourtant, c'est justement parce que personne n'en parle qu'il faut bien le faire.
Voilà: je ne pense pas que les soldats canadiens en mission sont tous des héros. Certains, oui. D'autres pas. En fait, je pense qu'il y a presque autant de raisons pour ces hommes et femmes d'aller en Afghanistan qu'il y a de soldats là-bas. Je pense que la hausse des chiffres de recrutement de l'armée canadienne depuis le début du conflit a bien peu à voir avec une envie aussi soudaine que collective de défendre nos valeurs. Et je crois surtout qu'on ignore ce qu'est vraiment la bravoure. Mieux, je pense que la bravoure des militaires est magnifiée, glorifiée, romancée par des gens comme Gérard Deltell qui s'autoproclament militaristes parce que leur père, leur oncle ou leur grand-père a fait la guerre.
Ben moi aussi, Gérard. Moi aussi, je connais quelqu'un qui a fait la Seconde Guerre. Mon grand-père, pilote d'avion, qui a dû se cacher pendant des semaines en Hollande occupée après avoir crashé son avion.
Planqué dans une grange, terré dans des trous. Avec des Allemands juste à côté dont l'unique objectif était de le flinguer. Comme dans les films.
Son histoire est fascinante, ahurissante par moments. Pour moi, depuis que je suis tout petit, c'est un héros.
Un jour, je lui ai demandé s'il croyait qu'il avait été brave. Je me demandais où il avait rassemblé le courage nécessaire pour faire ce genre de choses. Il m'a répondu en riant que ce que moi, dans ma réalité, je considérais comme du courage ou de la bravoure, c'était pour lui, avec le recul, de l'inconscience.
Cela n'entache pas son mérite. Pas une seconde. Il est toujours, à mes yeux, un héros. Et je suis convaincu qu'il est fier de ce qu'il a accompli. Il a bien raison. Aussi, je concède facilement à tous les militaires en Afghanistan qu'ils font un travail dangereux qui demande beaucoup d'abnégation.
Mais si on veut souligner cela, si on veut faire image et mettre en un seul mot, parfaitement rassembleur, ce qu'ont vécu et ce que vivent les soldats et leurs familles, la bravoure ne convient pas tout à fait. Elle est changeante, difficile à mesurer parce qu'on ignore ce que c'est vraiment, et qu'on la confond avec plein de choses. Comme la témérité, tiens. Comme l'envie de donner un sens à sa vie. Comme une manière bien étrange de tromper l'ennui. Comme un défi professionnel.
Je vous l'ai dit, je crois qu'il y a presque autant de raisons d'aller en Afghanistan qu'il y a de monde là-bas.
Autrement, la bravoure ne tient pas compte de la nature de la guerre qui veut qu'on échange des vies humaines, mais aussi des bras, des jambes et des yeux contre... des idées, des alliances, une image. De la politique, quoi. Il y a quelque chose d'infiniment cruel et injuste là-dedans qui n'a rien à voir avec la bravoure. Envoyer des gens mourir pour défendre une position, une décision parfois bonne, mais le plus souvent mauvaise, ça n'a rien de glorieux. C'est d'une tristesse infinie, en fait. C'est le plus grand échec de la civilisation.
Tout ça pour dire que je veux bien, pour ton boulevard, Gérard. C'est juste le nom qui me tanne. Bravoure, c'est positif. Et pourtant, tout cela relève du drame le plus horrible. Que dirais-tu d'autoroute des Sacrifiés à la place?
LA CULTURE - Je me suis retenu d'écrire une chronique complète à propos des profs qui échouent encore plus massivement qu'autrefois à l'examen de français, de peur d'avoir l'impression de réécrire la même chose pour la 20e fois.
Surtout que ce qui fatigue le plus dans cette histoire, ce n'est pas en soi que les futurs profs ne sachent pas écrire, mais que les futurs plombiers, informaticiens, ébénistes, journalistes, graphistes, infirmières et cuisiniers ne sachent pas écrire non plus.
Ce qui fatigue, en fait, c'est une sorte de climat. Un mépris de la langue.
Aussi, contrairement à certains puristes, les SMS et les abréviations du Web ne me dérangent pas tant que ça eux non plus. Bon, c'est pas vrai, ça m'énerve, mais je suis loin d'être convaincu qu'ils accélèrent la détérioration du français. C'est un autre langage, voilà tout.
Ou plutôt, c'est un symptôme parmi d'autres. Une manifestation du climat dont je parle.
La langue est une chose difficile à apprendre, remplie de trous, d'exceptions, de règles parfois débiles, mais qui sont là, et qui, dans toute leur absurdité, génèrent une étrange beauté.
C'est le goût de cette beauté complexe qui se perd peu à peu, au profit de l'utilitarisme.
Remarquez ce qu'on vous répond le plus souvent lorsque vous soulignez une erreur. Remarquez le ton exaspéré avec lequel on vous répondra: "Ben là, tu m'as compris!"
Le problème est en amont, soutiennent depuis des années les profs des profs, les responsables des départements d'enseignement qui, on le devine, ajustent les notes de tout le monde avec un pincement au cœur, simplement parce qu'on a besoin de professeurs.
Le problème est en amont, c'est vrai. Mais peut-être pas où ils le croient. Après tout, le système d'éducation qu'on se donne, c'est le reflet de nos valeurs collectives, non? C'est par là qu'on transmet le savoir et la manière aux générations suivantes, n'est-ce pas?
Celle qui sort de l'école a bien appris qu'on peut aisément sacrifier la beauté sur l'autel de l'efficacité.
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À quoi bon hurler?
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Oublions l'indéniable couleur politique de la chose pendant deux minutes.
Anyway, est-ce que quelqu'un, quelque part, a un instant douté qu'il en serait autrement, et qu'un événement organisé afin de répondre à l'anniversaire de la Conquête par des textes qui disent l'histoire du Québec serait autre chose que fondamentalement nationaliste et souverainiste?
Sur place, cependant, c'était assez difficile à dire. Enfin, les applaudissements et les quelques ovations (dont celle réservée à Bernard Landry) trahissaient bien sûr l'allégeance politique ambiante.
Mais dans l'ensemble, je n'ai vu qu'un drapeau des patriotes flotter un moment, puis quelques fleurdelisés. Trois en tout.
À la fin du texte du Ô Canada, pas une huée n'est venue ternir les quelques applaudissements polis, tellement retenus qu'on se serait cru à un tournoi de golf.
Sinon, il y avait là toutes sortes de monde, dont pas mal de curieux.
Comme nous, qui nous sommes assis dans l'herbe, pour écouter un peu moins d'une heure de mots.
On savait un peu à quoi s'attendre. Déjà, avant de venir, on avait regardé la retransmission en direct à Vox. Mais à la télé, impossible d'entendre les murmures de la foule, de respirer les odeurs. Ni de voir la madame à côté écluser une bouteille de vin, un petit garçon empaler son drapeau du Québec dans l'œil de sa grande sœur ou le couple, derrière nous, qui inhalait le contenu de sa boîte de poulet.
Impossible, aussi, de sentir dans la télé l'humeur générale d'un public pacifique, attentif, et surtout silencieux.
Si nous étions nombreux? Nous devions être quelques centaines, tout au plus. Sans doute la foule la plus importante de toute la durée de l'événement. C'est peu, vous dites? Et pourtant, c'est tout un exploit.
Oublions la couleur politique de la chose, disions-nous au départ, et concentrons-nous sur tout le reste.
Il n'y avait là que du monde qui lisait des textes, dehors, pendant 24 heures. C'est tout. Pas de sparages, pas de scratch vidéo, pas d'acrobates, de jongleurs, de cracheurs de feu, de vedettes de la chanson populaire... et pas de Normand Brathwaite ou de Guillaume Lemay-Thivierge pour venir danser, sautiller, trépigner, glousser, jouer du tam-tam et glapir.
Juste des textes. Et beaucoup de bons, et des pas faciles. Pontiac, Toqueville, De Lorimier, Dumont à propos de Riel, Ducharme, Pierre Morency, Tremblay, Denis Vanier (yesssse!), Mavrikakis, Desbiens, Denise Boucher, Miron bien sûr, et Nelligan, évidemment.
Un exploit, disions-nous. Dans ce monde dont on déplore si souvent qu'il est perdu, abruti à jamais par le divertissement, poule-aux-œufs-d'orisé jusqu'à l'os, j'ai pris l'apéro de samedi et soupé en regardant des gens lire des textes d'ici à la télé, sans pause publicitaire. Puis j'y suis allé, et nous étions alors quelques centaines à écouter sans hurler, sans caler de la bière comme des animaux, sans beugler.
Un silence qui ne relevait pas du recueillement, mais simplement du respect. Et pas seulement du texte, mais des autres autour. Notez l'étrangeté de tout cela dans un monde de McDivertissement, de "et moi, et moi, et moi", et voyez ces gens qui cèdent pendant un temps à l'émoi, qui se la ferment.
Trouvez pas que c'est beau?
Pour une rare fois, la musique des mots semblait se suffire à elle-même. Après tout, si "la poésie est une clameur" (Ferré), à quoi bon hurler tout le temps par-dessus?
MANIFESTEMENT - Dans cette histoire de lecture du manifeste du FLQ, tout le monde s'est énervé sur le fond. Moi, c'était la forme qui me tannait le plus. J'imaginais déjà Luck Mervil se donner en spectacle, jouer le rôle du felquiste alors qu'on attendait de lui que sa voix porte le poids des mots, leur charge explosive retenue comme une pudeur nécessaire.
Évidemment, il n'a pas résisté jusqu'au bout, et vers la fin, il s'est emporté, criant les slogans avec une ferveur qui sentait un peu la morgue. Le lendemain matin, c'était pire encore.
Même s'il savait que la lettre de Laporte à Bourassa allait suivre, que les quelques imbéciles qui avaient crié et applaudi débanderaient alors plus vite qu'il n'en faut pour dire assassin, Mervil aurait dû faire plus attention.
On ne peut pas manipuler l'histoire comme s'il s'agissait d'un jeu.
Pas dans un événement public. Pas dans ces circonstances. Et dès le départ, ce n'est pas le choix du texte, mais de son interprète, qui m'a agacé le plus.
Il fallait de l'intelligence, de la sensibilité, il fallait donner tort aux détracteurs, leur montrer la pertinence de la chose, leur écraser au visage leur volonté de museler le passé en étant irréprochable. L'interprète possédait-il les qualités requises pour faire cela? Manifestement pas.
D'ailleurs, à part de surfer depuis aussi longtemps sur une discutable carrière de chanteur pour se faire voir et entendre, c'est quoi au juste le talent de Luck Mervil?
PLOGUE DE VÉLO - L'intelligence, c'est comme la bourse, des fois ça fluctue. Et selon les circonstances, il arrive à tout le monde d'être un peu con. Seulement, il y en a pour qui c'est plus fréquent que d'autres.
Pas meilleur que la moyenne, il arrive qu'on m'écrase mes propres moments de faiblesse en plein visage et que je fasse: "Oh le con" en parlant de moi-même.
Dans le premier texte de ma série sur le vélo en ville, certains ont très justement relevé le biais pro-vélo (volontaire), mais aussi l'esprit un peu des-fleurs-dans-les-cheveux-c'est-donc-ben-beau-le-bécik (bien involontaire).
J'ai voulu exprimer le bonheur de rouler en marge du trafic, j'ai eu l'air de me moquer quand je suis pourtant moi-même si souvent du lot des coagulés des artères au volant de mon beau et bien pratique tas de tôle climatisé.
Tout ça pour dire que cela m'amuse de rouler en ville, que je remarque le nombre croissant de vélos sur les routes et ne suis donc pas insensible à l'invitation qu'on fait aux cyclistes ce samedi 19 septembre à nous rassembler pour nous faire voir. Contrairement aux événements de type critical mass qu'on retrouve dans plusieurs grandes villes aux États-Unis, il n'y sera pas question d'écœurer les automobilistes. Seulement de réunir le plus grand nombre de tripeux de vélo afin de montrer qu'on existe. Rassemblés en tapon de la sorte, ça impose un peu de respect. Plus, en tout cas, que le mince chapelet de cyclistes qui se déploie discrètement sur le bord des rues chaque jour, écrasé entre les autos et le trottoir.
Ça s'appelle Convergence Vélo, ça débute à 11h30, à place D'Youville, il y aura de la bouffe, de la musique, du beau monde.
Tags: vélo, FLQ, Moulin à paroles, Luck Mervil, manifeste, conquête, Laporte, Denis Vanier, Bourassa, Vox, Nelligan, Bernard Landry, Convergence Vélo, critical mass, patriote
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Y en aura pas de facile
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Cela fait des heures que je réécris le début de ce texte et je n'en finis plus de ne pas savoir par où prendre cette histoire qui me décourage parce qu'elle me reconduit, pour une énième fois, dans mes plus exécrables certitudes.
C'est que la controverse autour de la lecture du manifeste du FLQ au Moulin à paroles stigmatise tout ce qui ne va pas chez nous sur le plan des idées.
L'éternelle opposition entre fédéralistes et nationalistes, dites-vous? La guerre Québec-Montréal?
Et si seulement c'était aussi simple...
En fait, le problème ne vient pas des idées, mais de ceux qui les piratent, les détournent et en font leur fonds de commerce. Il en va de mes animateurs de radio favoris comme des politiciens aux manières un peu cheap qu'on place, sans qu'on comprenne pourquoi - puisqu'ils sont loin d'avoir inventé l'eau chaude -, à des postes prestigieux. Ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, genre.
Cela dit, tous camps confondus, l'ensemble de ce qui a été dit autour de la lecture du manifeste du FLQ dans le cadre de cet événement relève soit de la récupération politique, soit de l'aveuglement volontaire, soit de la pensée magique.
Dans sa récupération politique, on retrouve le dégoût aussi opportuniste que prévisible des chantres du fédéralisme que sont les Charest et Coderre. Le premier, toujours courageux, y voit l'occasion d'attenter à la popularité vacillante de Pauline Marois et des péquistes. Le second se sait déjà en campagne électorale et reprend ainsi son rôle de chef scout du Canada uni à tout prix.
Sinon, au rayon de l'aveuglement volontaire, notons le discours jovialiste des Kotto et Duceppe qui semblent ne pas voir où se trouve l'irritant. Et chez les adeptes de la pensée magique, les propos parfois navrants des organisateurs du Moulin qui déplorent la tempête politique, alors qu'on les trouve quand même drôlement tapons - ou hypocrites - de prétendre qu'ils ne l'ont pas vue venir.
Tout cela pour dire un truc ou deux qui relèvent, j'ai presque honte de le souligner, du gros bon sens:
D'abord, que la lecture du manifeste du FLQ a parfaitement sa place dans cet événement. Bien plus, à mon sens, que les recettes de Jehane Benoît qu'on y entendra aussi. Mais bon, y a 24 heures à combler, je comprends qu'on fasse du remplissage.
Pourquoi faut-il lire ce manifeste? Le raccourci, c'est de dire que cela fait partie de l'histoire, mais la version plus étoffée de ce raccourci, mettons, c'est de spécifier que le FLQ est une conséquence directe de la conquête. Il est issu d'une époque d'émancipation où les nationalismes et les anticolonialismes se déclinaient sous toutes les formes possibles, répondant souvent à la répression par la violence aveugle. C'est donc une page noire de notre histoire qui mérite d'être lue, qui doit être lue.
Mais elle demande une mise en contexte. Plus, en tout cas, qu'une recette de Jehane Benoît. Et bon, comme l'événement dure 24 heures, on a le temps, non?
Voilà pour le fond. Mais il y a aussi la manière.
En réponse à la censure imbécile, la conjointe de Luck Mervil, qui lira le texte litigieux, disait espérer qu'il le fasse "avec fougue"*. Autant dire: en étant frondeur, baveux. Ce serait évidemment une monumentale niaiserie, un enfantillage qui donnerait raison aux détracteurs de cet événement.
Il faut lire les mots en mesurant leur poids. Et ceux-là commandent qu'on les soulève un à un, comme de grosses pierres, avec lenteur et prudence, sachant qu'en dessous grouille, comme un tas de vers, le souvenir visqueux d'une erreur irréparable.
L'IGNORANCE - Ma collègue Josée Legault déplorait cette semaine sur son blogue l'ignorance crasse qui exsudait des réactions épidermiques de nos élus dans cette affaire.
Je souhaite qu'elle ait raison. Je veux dire que j'espère sincèrement que les Hamad, Charest et autres soient seulement d'ineffables totons. Mais je n'y crois pas vraiment. C'est ma nature parano quand il est question de politique, je vois plutôt en eux de vils manipulateurs.
Dans un cahier spécial en fin de semaine, Le Devoir faisait le point sur l'alphabétisation au Québec et au Canada.
Le rapport avec la politique? J'y viens.
Dans ce dossier, on décline les plus affligeantes statistiques pour une société où l'on oblige les enfants à fréquenter l'école jusqu'à 16 ans: 49 % de la population active du Québec éprouve des difficultés de lecture.
En gros, cela signifie que la moitié du Québec est incapable de décoder un texte un peu compliqué, d'en extraire les principales idées.
Imaginez quand ces idées sont détournées par les plus efficaces pirates de la politique que sont les spin doctors**. Imaginez quand il s'agit de reprendre une statistique, une déclaration, et de la reformuler à son avantage, puis de répéter assez souvent ce mensonge pour qu'il devienne une vérité. Imaginez, alors, comme il devient facile de tromper cette moitié de la population qui n'arrive pas à comprendre ce que vous lisez en ce moment.
Comme quoi cette ignorance entretenue par l'échec des gouvernements en matière d'éducation les sert admirablement.
Et ça, c'est sans compter tous les cons qui savent parfaitement lire mais qui ne demandent qu'à se faire dire ce qu'ils veulent entendre.
Eh misère... Et dire qu'une autre campagne électorale se pointe justement le bout du nez...
Dans L'Hiver de force de Ducharme que je suis en train de relire, ses personnages de perdants magnifiques André et Nicole reprennent pour leur compte les paroles de Charles Gill: je suis un désespéré mais je ne me découragerai jamais.
Bon ben moi aussi et moi non plus d'abord. Mais comme dirait un Jacques Demers à son entrée au Sénat: y en aura pas de facile.
* Lu dans la version cybernétique du Soleil
** Expert en relations publiques dont l'unique objectif est de faire briller un politicien, la manière comptant pour bien peu
Tags: Duceppe, Charest, Réjean Ducharme, FLQ, Jacques Demers, L'Hiver de force, Charles Gill, Josée Legault, spin doctors, Kotto, Moulin à paroles, Luck Mervil, nationalistes, alphabétisation, Hamad, Jehane Benoît, Pauline Marois, fédéralistes, Coderre, manifeste
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C'est jamais assez
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Si c'est une bonne nouvelle? Tu parles! Le Québec en entier a les baguettes en l'air depuis que Claude Robinson a triomphé des salauds qui l'ont dépouillé de son œuvre - puis de sa vie - en mentant, en trompant, et en étirant les procédures bien au-delà des limites de qui que ce soit d'autre que ce personnage plus grand que nature.
Tandis qu'on apprenait que les peines au civil de Vincent Lacroix ne seraient finalement pas successives, et que les avocats de ce dernier tentaient de faire avorter son procès au criminel, on clouait au pilori d'autres "bandits en cravate et en jupon" dans un jugement qui goûte comme un truc rare. Comme des truffes? Comme la justice, plutôt.
Sauf que...
Parce que oui, peuple en liesse, il y a un "sauf que". Énorme, en plus. Long de 14 ans.
Je ne suis pas le premier à le faire remarquer, mais je vais me permettre d'en rajouter une couche et d'exagérer, mais à peine: la victoire de Claude Robinson est une immense défaite de tout le système judiciaire. C'est la preuve que l'argent permet de payer des avocats, que ces avocats sont rémunérés pour empêcher la justice, et que la justice, elle, n'y peut pas grand-chose.
Ces 14 années sont la preuve qu'on peut arnaquer son prochain si on a les moyens de le faire crouler sous les procédures par la suite, jusqu'à régler "à l'amiable", ou mieux, jusqu'à l'abandon.
À moins, bien sûr, de tomber sur LE crinqué, sur LE type prêt à tout sacrifier pour se faire justice. Car ne l'oublions jamais: Robinson n'est pas la règle. C'est un phénomène. Sa victoire est l'exception qui confirme la règle.
Je vous l'ai dit, je ne suis pas le premier à le faire remarquer, mais je tiens à le répéter pour que tout le monde comprenne bien, y compris moi-même: ce que nous célébrons aujourd'hui n'a rien d'une victoire. Ce que nous célébrons, c'est une anomalie. Un accident de parcours. L'histoire d'un magnifique fou qui a décidé de se battre, quitte à y laisser sa peau. Et c'est ainsi qu'en risquant de devenir cinglé, de tout perdre, d'en mourir, il est parvenu à vaincre un système qui aurait dû le protéger, mais qui l'a laissé croupir pendant 14 ans dans les couloirs de ce qui a souvent dû lui paraître comme un palais de l'injustice.
Sa victoire, Robinson a bien raison de la célébrer. Elle lui appartient entièrement (bien qu'il la partage aussi un peu avec Marc-André Blanchard, maintenant juge, autrefois avocat de chez Gowlings qui l'a longtemps soutenu, ainsi qu'avec sa femme).
Nous? Il faudrait que cette histoire nous serve d'exemple. Il faudrait que nous exigions de nos gouvernements qu'ils ne permettent plus ce genre de tragédie. Que plus jamais quiconque ne doive venir nous rappeler à l'ordre en payant de 14 années de sa vie cette leçon terrifiante sur les lacunes du système.
Il faudrait, c'est ce que je veux dire au fond, que notre volonté de vivre dans un monde plus équitable ne se laisse pas saouler par le bonheur de voir quelques enfoirés qu'on croyait blindés se faire enfin laminer par un juge.
L'INDIGNATION, MODE D'EMPLOI - Et puis après? Rien du tout. Les choses ne changeront pas.
Nah, ce n'est pas du cynisme, ni même un peu de pessimisme, c'est de la physique. La force d'inertie, vous connaissez?
Et puis le reste relève de l'observation, de l'anthropologie du pauvre que l'on pratique couramment dans le cadre de cette chronique.
Conclusion de ma recherche très peu scientifique: il faudrait que nous soyons tous victimes, pas collectivement, mais individuellement, pour que l'envie vous prenne d'écœurer un peu vos élus avec ce genre de scandale.
(Je dis "vos", parce que la dernière fois, j'ai pas voté, bon.)
Il faudrait que nous soyons tous victimes, donc, pour que les choses changent.
Et encore, je doute que vous souhaitiez que ça change vraiment, simplement parce que vous aimez le statut de victime. C'est si pratique, ça évite d'avoir à prendre ses responsabilités.
J'exagère? Vous devriez vous écouter un peu.
"Bouhou! Les BS, les féminisssses, les mères célibataires culs-de-jatte et les sans-abri albinos et borgnes avec un retard d'apprentissage ont tout, pis nous, on n'a plus rien." Une ligne ouverte, une talk radio, un courrier du lecteur et quelques blogues plus tard, on parvient presque à se convaincre que la classe moyenne québécoise souffre comme si on l'avait déménagée au grand complet dans Cité Soleil.
Mais ça, c'est jusqu'à ce qu'on lui rende visite.
La piscine, la maison bien trop grande, les deux chars neufs, les enfants au privé. J'ai rien contre, bien au contraire. Si vous pouvez vous le payer, c'est ben correct.
L'affaire, c'est que la plupart du temps, vous ne pouvez pas.
Alors vous vous endettez, jusqu'à l'os. Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les statistiques sur le crédit des ménages québécois qui sont, il faut l'avouer, accablantes.
Les Charest, Weinberg, Lacroix et les autres, c'est pareil, seulement à une autre échelle. Arrivé à la leur, et quand t'en veux plus encore, la question n'est plus de savoir combien tu peux emprunter, mais comment fourrer un peu la patente pour en avoir plus toi aussi. Y a plein de manières. Tu peux fourrer l'impôt, le gouvernement qui te subventionne, tes actionnaires, tes investisseurs, tes amis, tes employés, tes clients.
Parce que c'est jamais assez. Jamais.
C'est exactement pour cela que les choses ne changeront pas. Parce que tout fonctionne selon le concept d'impossibilité d'assouvir le désir. Et la nécessité de le faire tourner, encore et encore, pour faire rouler l'économie, pour que d'autres Charest, Weinberg et Lacroix fassent la page frontispice du cahier Affaires et qu'on célèbre leur flair.
En attendant, vous pouvez bien croire que Claude Robinson a gagné. Mais David n'a pas vraiment triomphé de Goliath. Simplement parce que Goliath, c'est le système. Parce que Goliath est en chacun de nous qui cautionnons ce système.
L'indignation devant ces crosseurs de grand chemin, c'est pour se faire croire qu'on fait partie des victimes, et pas des coupables.
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