Bienvenue sur Voir
ouvrir session
FAQ
devenez membre
www.voir.ca
Desjardins
Desjardins
21 octobre 2009, 12:34

L'odeur du napalm

Régis Labeaume est un peu comme le colonel Bill Kilgore, interprété par Robert Duvall dans Apocalypse Now.

Il aime tellement l'odeur du napalm au petit matin que s'il n'y avait pas de guerre, il en déclencherait une, juste pour le fun.

C'est d'ailleurs ce qu'il vient tout juste de faire.

Alors qu'il voguait calmement vers une victoire écrasante qui allait probablement aussi marquer la fin de toute vie utile au Renouveau municipal, sa principale opposition, Labeaume a tout de même décidé d'ouvrir les hostilités et de frapper sur ses rivaux, pourtant déjà à genoux.

Dans le régiment d'infanterie aéroporté du colonel Kilgore, vous vous en souvenez peut-être, on surfe, ou alors on tire sur l'ennemi. Régis Labeaume, lui, n'est pas du genre à surfer. Même sous les bombes. Remarquez que ce n'est pas une affaire de courage, mais plutôt de buzz, d'adrénaline. La chose relève de l'envie de respirer l'odeur du napalm à pleines narines au matin du 2 novembre.

À moins d'avoir passé les dernières semaines sous anesthésie générale, vous n'ignorez pas que le maire a ponctué la campagne électorale de coups d'éclat, jouant d'une main la partition lancinante de la nostalgie, et de l'autre, le vigoureux ragtime de l'avenir rayonnant. Salamalecs chez Gary Bettman, annonce du projet d'un nouvel amphithéâtre (surtout payé par le fédéral et le provincial, qui se prosternent devant le maire), chandail des Nordiques chez Jean-René Dufort: depuis quelques jours, la province au complet frétille d'impatience, comme des enfants de sept ans la veille de Noël, partageant cette même naïveté débilitante qu'induisent les contes de fées et les histoires de pôle Nord, de renne au nez rouge et de lutins.

Ç'aurait dû être suffisant. Mais non.

À ces annonces où la politique se confond avec le racolage cheapo, Labeaume ajoute un ultimatum.

Il faudra voter en masse pour lui, lui offrir une majorité écrasante, ou le projet tombe à l'eau.

Et voilà soudainement l'opposition, jusqu'ici ronflante et résignée au génocide, qui se réveille et crie au scandale. Elle déplore qu'on menace la population et, désormais consciente de sa proche extermination, rappelle qu'une ville, ça se dirige aussi dans une logique de débat d'idées et d'affrontements.

Le hic, c'est que cette opposition, à quelques exceptions près, se contente de dénoncer la manière, puisqu'elle partage les idées du maire. Et pour son malheur, ce sont justement ces manières qui plaisent à une population en phase avec le caractère explosif du tonitruant Régis.

Pire encore, en réagissant de la sorte, l'opposition joue le jeu de Labeaume, qui installe ses adversaires tout au sommet de la colline où il les attendait.

"Une fois, nous avons bombardé une colline pendant 12 heures", se souvient Kilgore dans le célèbre monologue livré par un Duvall qui incarne la mégalomanie et l'instinct du tueur à la perfection.

C'est exactement de cela qu'il est question ici, dans cette stratégie électorale: annihiler, pilonner, détruire, réduire à néant toute opposition. Régner en maître absolu.

Depuis quelques jours, Labeaume semble plus calme. Presque zen. Son ultimatum, il l'a livré avec l'assurance de celui qui traque son adversaire en sachant exactement quelle sera sa réaction, et comment lui agira par la suite.

Une victoire ne lui est pas suffisante.

Même sûr de lui, galvanisé par cette menace, lorsque Kilgore, ou plutôt Labeaume, marchera au sommet de cette colline déserte, rasée, il doit pouvoir respirer l'odeur de la victoire.

Mais il ne s'agira pas seulement des effluves enivrants d'un simple gain électoral.

Avec le concours d'une opposition à ce point végétative qu'on a presque envie de la déclarer complice, la victoire du maire qu'on pressent déjà écrasante risque de faire quelques dommages collatéraux.

Se mêlant à l'odeur d'essence du napalm, on risque aussi de deviner les relents d'une démocratie grillée juste à point.

SE CONSOLER - Rien à voir, vraiment, avec la politique municipale. Ma chronique de la semaine dernière sur la beauté, ou plutôt sur la laideur dans un monde obsédé par la beauté, m'a valu un abondant courrier.

Je reviendrai donc sur le sujet, mais vous invite aussi à me faire part de vos réflexions (ddesjardins@voir.ca), ou de vos témoignages. Certaines ont déjà répondu à la question que je posais en toute fin: c'est comment, souffrir de sa laideur, et tirer son corps comme un boulet?

J'avoue que leurs histoires me sont rentrées dedans. Et plus fort que je ne l'aurais cru. Même lorsqu'elles sont des modèles de résilience ou d'espoir, la tristesse qui en émane m'a bouleversé.

Parmi les conséquences les plus fréquentes de la laideur: la solitude.

Dans son roman Eleanor Rigby (oui, comme la chanson des Bidules), Douglas Coupland donne la parole à Liz, 36 ans, grosse, moche, dont l'humour noir et la lucidité mordante n'aident pas toujours.

Les gens seuls aimeraient être morts, pourtant nous ne sommes pas tout à fait prêts à partir - nous ne voulons pas manquer le spectacle; nous voulons savoir qui va gagner les Oscars l'année prochaine. Plus sérieusement, les gens seuls, comme tous les êtres humains, meurent d'envie de rencontrer ce quelqu'un qui leur permettra de se sentir mieux dans cette prison de chair et d'os, véritable système répressif de l'âme, propre à notre espèce.

Étrangement, le ton ressemble beaucoup à celui emprunté par celles qui m'ont écrit. Même aigreur, même décalage. Même résignation, aussi.

Finalement, se peut-il que, dans la prison de leur solitude, les taulards de la dictature des corps compensent par l'humour, mais surtout, en aiguisant leur regard sur le monde? Et s'ils pouvaient échanger cette intelligence contre un corps splendide, le feraient-ils?

Commentaires des membres
Commentaires des membres
Écrire un commentaire
Pour écrire un commentaire et avoir accès aux fonctions interactives de Voir.ca, vous devez être membre et vous identifier en ouvrant une session.
Déjà membre ?
ouvrir session
Pas encore membre ?
devenez membre

Twitter Trackbacks for L'odeur du napalm - Desjardins [voir.ca] on Topsy.com a dit :

Twitter Trackbacks for L'odeur du napalm - Desjardins [voir.ca] on Topsy.com

Pingback depuis  Twitter Trackbacks for                 L'odeur du napalm - Desjardins         [voir.ca]        on Topsy.com

# 21 oct. 2009, 15:01


Archives par date
novembre 2009
octobre 2009
septembre 2009
août 2009
juillet 2009
juin 2009
mai 2009
avril 2009
mars 2009
février 2009
janvier 2009
décembre 2008
novembre 2008
octobre 2008
septembre 2008
août 2008
juillet 2008
juin 2008
mai 2008
avril 2008
mars 2008
février 2008
janvier 2008
décembre 2007
novembre 2007
octobre 2007
septembre 2007
août 2007
juillet 2007
juin 2007
mai 2007
avril 2007
mars 2007
février 2007
janvier 2007
décembre 2006
novembre 2006
octobre 2006
septembre 2006
août 2006
juillet 2006
juin 2006
mai 2006
avril 2006
mars 2006
février 2006
janvier 2006
décembre 2005
novembre 2005
octobre 2005
septembre 2005
août 2005
juillet 2005
juin 2005
mai 2005
avril 2005
mars 2005
février 2005
janvier 2005
décembre 2004
novembre 2004
octobre 2004
septembre 2004
août 2004
juillet 2004
juin 2004
mai 2004
avril 2004
mars 2004
février 2004
janvier 2004
décembre 2003
novembre 2003
octobre 2003
septembre 2003
août 2003
juillet 2003
juin 2003
mai 2003
avril 2003
mars 2003
février 2003
janvier 2003
décembre 2002
novembre 2002
octobre 2002
septembre 2002
août 2002
juillet 2002
juin 2002
mai 2002