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Denis Bourgeois
Denis Bourgeois
17 novembre 2009, 7:24
État de choc

Je ne verrai pas ce film... je ne saurais le voir.  J'entends la critique et les nombreux commentaires, et je sais que je ne supporterai pas certaines images.  Au souvenir d'une violence justifiée par un scénario, je me remémore le solide « Irréversible » de Gaspar NOÉ où Vincent Cassel explose la tronche du violeur de Monica Bellucci.  Il y a dans ce film une tension accentuée par un traitement visuel glauque.  La trame sonore est lancinante, nous empêchant de souffler, nous sommes des insectes qui observons le drame.  Nous sommes des mouches attirées par la merde et le sang. Dur.

Peut être verrai-je à la dérobée quelques scènes de ce film de VonTrier... pour m'assurer que mon jugement est justifié.  On m'a trompé déjà avec le film « C'est arrivé près de chez-vous ».  Une pseudo-comédie qui se donne des airs de télé-réalité à propos d'un tueur de profession qui tourne soudainement au drame, j'ai été secoué d'avoir été ainsi charmé puis retourné telle une crêpe.  Tout comme lors de ma rencontr avec le Alex de « Clockwork Orange » et sa bande de voyous; tout comme la scène de viol et toutes les violences de « Straw Dogs » mais le réalisateur Sam Peckinpah savait y faire et j'ai suivi ce drame avec avidité.  Ai-je applaudi à une scène de violence ?  J'ai sûrement aimé voir un «bon» punir un «méchant», sûrement...  La violence est un moteur qui s'emballe et franchit la limite, faut-il encore être parer au possible dérapage.

Je n'ai pas vu « Les 120 jours de Sodome » de Pasolini.

J'ai vu « Portier de nuit » où Charlotte Rampling survit au camp nazi pour replonger sous la coupe de Dirk Bogarde quelques treize années plus tard.  Là se mêle sexualité, sensualité, désir, mort, abîme, souffrance et déchéance.  J'ai aimé le « Tu ne tueras point » de Krysztof Kieslowski,  épisode des 10 commandements dont Stanley Kubrick disait qu'ils formaient le seul chef d'oeuvre du cinéma qu'il pouvait identifier de son vivant.

Tout grand cinéaste aspire-t-il à transcender son médium ?  La violence est-elle une limite à explorer ?  Des scènes du débarquement filmées par Spielberg à la reconstitution d'un crash d'avion dans « Sans peur », le cinéma explore et pointe certains de nos maux.  Est-il utile de se rappeler que tout ça a commencé par l'arrivée d'un train en gare et des spectateurs qui quittaient la salle horrifié en état de choc...


30 juillet 2009, 11:59
Sagesse distillée

Il y a tant de romans avortés ou d’avortons dans ce récit de Jacques Poulin.  Un polar car il y a la mystérieuse femme de la rue Bernières dont l’appartement gît ouvert et délaissé, pourquoi ?  Et ce carnet d’adresses que l’on subtilise qui ouvre tant de possibles jamais explorés.  Il y a la jeune fille qui a tenté de se suicider et qu’on raccroche à la vie lentement.  Et cette autre victime d’un accident que le lecteur tente de sortir de son coma par des phrases-choc tirées de L’avalée des avalés.  Il y a la police montée qui nous file et tente de nous faire avouer quelque information en nous faisant peur.  Il y a l’odyssée moderne de Clark et Lewis.  Il y a surtout cet écrivain mystique qui vit au-dessus de notre lecteur-narrateur, ces deux volets d’un même homme, comparable à la relation enrte Henri Richard et son célèbre frère Maurice.  Le lecteur qui cherche, lit et s’appuie sur quelque chose tout comme Henri pour déjouer ses adversaires plus costauds, le compteur qui marque mais ne sait rien de son histoire car il l’a crée et ne la recherche pas, tel Maurice le célèbre.  Jacques Poulin livre ici un roman de la sagesse.  Cette sagesse qui consiste à aimer si profondément la vie et sa matière qu’on peut la regarder passivement changer les couleurs de la forêt et se jouer de la lumière qui parcourt le feuillage par une belle journée sans désirer approfondir juste respirer et affirmer que l’anglais n’est pas une langue magique à quelques reprises bien comptées.


31 mai 2009, 10:26
Millé...miumm !

Le pouvoir de celui ou celle qui écrit est sans limite.  De l'infini des lieux au tréfonds de l'âme, il peut fouiller, nommer, détourner, avec de multiples phrases et des mots.  L'image, elle, a un pouvoir évocateur innommable, un pouvoir de faire ressentir avec une économie de mots justement.  Pour qu'un livre devienne film, il faut une vision et un bon scénario.  Un mariage dans l'économie des mots et l'ajustement des images.

Hors la série des Millénium ne sont pas que littérature, ce sont des livres qui tissent le portrait d'une société méconnue: la Suède des années de la guerre hitlérienne et de celles de la guerre froide.  Cette chronique d'époque trouve son écho lentement sous le couvert d'une chasse à la mystérieuse énigme de la "disparition" irrésolue d'une jeune fille.  De cette histoire tenant davantage des faits divers, qui s'ouvre sur un autre fait divers concernant le protagoniste et personnage central, le romancier fera un opéra en plusiers actes où se profilera le spectre d'une société flirtant allégrement avec le nazisme à une époque.  Cette même société qui aujourd'hui se verrait mêler à d'autres scandales financiers toujours selon le protagoniste du roman.

De cette formidable matière de départ, le sage réalisateur se contente de suivre le fil de l'histoire ce qui me semble un choix fort judicieux car le risque de mettre en relief le rôle de la Suède et de foutre en l'air l'impossible paire que formeront le journaliste et Lisbeth Salander était tentant.  La Suède a en effet quelques plaies à lécher: en 1997, un grand journal suédois soutenait que les gouvernements sociaux-démocrates entre 1935 et 1976, ont stérilisé sous la contrainte environ 60 000 femmes.

www.nytimes.com/1997/08/30/opinion/swedish-scandal.html

Hors ces histoires suédoises de Stieg Larsson ce sont celles de ce journaliste super Blomk­vist et de cette formidable Lizbeth, le double de toutes les personnes bafouées par une société ou un régime qui dérape.  La victime affiche une résilience à toute épreuve et c'est bien elle l'héroïne de cette série, le cinéma l'a bien compris, bien que Blomk­vist est celui qui apporte du mouvement au récit.  Vivement la suite, et qui sait une formidable adaptation américaine, on peut toujours y rêver ! 


21 mai 2009, 8:48
Enfance brisée

Lui, la franche cinquantaine.  Elle, fin de la vingtaine.  Eux, il y a 15 ans... il en avait 40 et elle 12 !

Qu'advient-il de ce détournement de mineur quinze années plus tard ?  Lui a purgé une peine, Elle est toute à sa peine.  Elle le retrouve et cherche à apprendre car à 12 ans, elle n'a pas compris.  Elle a subit depuis et endurée, oh endurée tant et tant.  Là, elle veut savoir, retrouver les contours de cette histoire dont la fin abrupte lui a causé tant et tant de souffrances.  Lui, il fuit, se cache, se détourne.  Refuse le mot abus, le mot pédophilie.  Il souhaite oublier mais après cette peine imposée, il a changé de nom et refait sa vie.  Elle le lui reproche, que cherche-t-elle ?  Des mots et des faits.

 Alors, ils raconteront chacun de leur côté une certaine genèse de ce drame.  Lui , inquiet et malhabile.  Elle, vindicative et troublée.  Puis se bâtiront des charnières entre leur monologue, des moments charnières qui raconteront leur drame commun.  Cette fatidique escapade au loin qui se devait de mal finir se dit-on; cette première fois au parc qui se devait de mal finir se dit-on...

Deux comédiens entìèrement tournés vers leur drame intérieur qui nous donnent tant à voir et à entendre sur un sujet qu'on préfère sanctionner que comprendre.  Il est vrai qu'à comprendre il n'y a rien, tant la fin nous plonge dans le trouble du non-dit, du non-écrit de la pièce.  On a soulevé un voile sur un drame.  Rien n'est noir ou blanc, tout est gris.  Une enfance est brisée cependant et cette démonstration troublante et incomplète vaut mieux que tous les commentaires populaires et les explications psychologisantes.


13 avril 2009, 12:08
Un chien galeux et millionnaire de quoi ?

Traité tel un voleur, un bandit ou au mieux un imposteur; un jeune homme subit des tortures car il est à la veille de gagner un gros lot inespéré à un quizz télévisé.  Un damné quizz américain apprêté à la sauce indienne, un damné quizz débile entretenant le rêve de richesse instantané sponsorisé par une mentalité à l'américaine.  Un animateur prétentieux, une population avide de symbole qui s'agglutine devant un écran et un cinéaste doué qui en profite pour faire un tour d'horizon d'une société en mutation.

Tout y passe dans un scénario vraiment inspiré:  enfants des bidonvilles victimes de haines religieuses; exploitation de la mendicité et des enfants; violence et prostitution des milieux mafieux; exploitation des travailleurs; rêve à l'américaine; richesse instantané; explosion immobilière; télé-communications internationales; nous sommes dans un monde universelle que rien ne semble vouloir contrôler hormis ce désir de s'enrichir rapidement et sur le dos d'autrui de préférence.

Dans ce vaste cloaque, on suit l'histoire de deux enfants qui survivent à la vaste bêtise humaine à coup d'ingéniosité quand on les laisse tranquilles et à coup de chance et d'audace quand la situation devient insoutenable.  L'un ira au bout de sa délinquance pour survivre et se faire une place au soleil, l'autre rêvera d'un amour impossible.  Un amour à la mesure de l'amour que lui portait sa mère perdue, une mère assommée puis immolée par des fanatiques religieux lors d'un pogrom auquel la société environnante semble insensible.  On passe alors du chaud au froid: on rit de ses enfants qui narguent les policiers et se sauvent ingénieusement pour tomber dans les bras de leurs mères pour immédiatement les voir fuir cette fois devant la violence de leurs semblables et la mort de leur mère aimante.

Inutile d'ajouter que la fin heureuse, si elle souscrit à une certaine mode hollywoodienne et au désir des spectateurs, cache des vices de forme en omettant les millions gagnés et en consacrant la fable par la finale dansée bollywoodienne.  En effet,  il s'agit bien ici d'une fable car qui croirait à une telle supercherie... de toute façon 20 millions de roupies ne valent que 300 000 euros, on est loin du million annoncé.

 


15 mars 2009, 10:32
Polytechnique, un seul sens

J'ai assisté hier soir à une projection du film Polytechnique.  Sobriété.

Le noir et le blanc sied bien à ce récit, plus de noir et moins de rouge.  Sobriété et dépouillement.

J'avais lu que la bande sonore, signée Benoit Charest, était appropriée et irréprochable mais de bande sonore je n'ai d'abord que le son assourdissant de ce fusil explosif pointé sur tous ceux et surtout celles qui se cachaient à l'abri d'une porte, sous un bureau, derrière leurs yeux fermés, les corps serrés les uns contre les autres...

Merde à tous les tueurs de ce monde, merde à tous ceux qui entraînent d'autres vies dans leur sillage noir et sombre.  L'horreur a toujours un visage et, aujourd'hui, le film Polytechnique nous offre les seules visages qui comptent vraiment:  ceux d'innocentes victimes tombées sous les balles d'un tireur haineux plus que fou.

Les propos sexistes si facilement propagés au quotidien ne cesseront sûrement pas demain mais le début d'une réflexion si ce n'est d'un sentiment de gêne...


25 janvier 2009, 9:27
La guerre des toqués

Déjà un père parti en guerre puis maintenant livrés corps et biens à leur détestable grand-mère par leur mère, les jumeaux Lukas et Klaus décrivent et vivent leur propre version de la guerre dans ce village isolé où elle s'installe en sourdine.

Ce Grand Cahier d'Agota Kristof était un épisode fascinant qui relatait admirablement les méfaits et conséquences de la guerre à travers le vécu si particulier de jumeaux délaissés.  Les enfants trop souvent démunis devant ce quotidien que métamorphose la guerre, ces enfants soudainement tenaient dans  la communication si ce n'est la communion entre jumeaux, le dialogue leur permettant de donner une forme et un sens à leurs peurs et leurs angoisses de toutes sortes.  S'exercer à contenir leur souffrance, éliminer les sentiments qui font mal, s'endurcir et consigner le quotidien pour poursuivre l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et grandir: devenir adulte à tout prix ... et tout seul à eux deux !

Un texte empreint de poésie par des mots simplifiés.  L'évocation théâtrale signé Catherine Vidal est... livresque et touchante.  Les acteurs en superposant leur gestuelle évoquent l'univers de jumeaux identiques.  Le choix des épisodes tirés du livre est plus que probant et l'incarnation d'une kyrielle de personnages secondaires par les jumeaux est d'un équilibre entre le rire, les larmes et le malaise et ce, au même titre que le livre.  Un travail à saluer et à espérer revoir dans une salle plus grande ou tout simplement plus longtemps dans cette petite salle du Prospéro.


28 décembre 2008, 2:14
Lutter pour vivre, Vivre pour lutter

Face à la réalité du poids des ans et d'une crise cardiaque, Robin Ramsomething dit Randy "The Ram", éprouve de la difficulté à se plier aux nouvelles exigences que lui dicte la condition de son corps.  Dans les faits, Robin n'a jamais existé, seul Randy, ce bélier que tant de personnes ont adulé, a une existence réelle.  Sur le ring, prisonnier des cordages, il se sent vivre.  Il devient, non il est The Ram, le bélier:  la bête dont on répand le sang pour marquer la fête païenne.  Sur un bijou d'écriture, Bruce Springsteen évoque ce sacrifice et livre un chant dénudé pour clore le film, une chanson thème qui cerne l'anti-héros dans son coin tel un boxeur attendant la cloche du prochain round.  Magnifique encore une fois.

On attend du lutteur face à sa destinée, une réponse simple. La crise cardiaque est un révélateur mais depuis déjà plusieurs années, il y avait cette surdité, ces maux de dos, ces douleurs aux articulations.  Il y avait également ce loyer difficile à payer, ce manteau tenu par des bouts de ruban à calfeutrer, cette camionnette rouillée.  Robin voit parfois cela mais Randy lui obstrue toujours la vue.  Lorsqu'il se retrouve à signer des polaroids pour des ex-fans pendant qu'autour de lui végètent une demi-douzaine d'anciennes gloires, tous sévèrement marqués physiquement,  Randy ne se sent pas tout à fait comme eux et nous sommes de son avis.  C'est là toute la grâce du jeu de Rourke, toujours en équilibre sur ce troisième cable, capable de nous étonner en en bondissant pour frapper son adversaire.  Cependant contrairement à Randy, nous savons pertinemment que la fin approche.  Bien sûr, il a su cultiver une authenticité, le respect de la grande famille des lutteurs mais son temps est fait, son corps exige réparation, si ce n'est expiation.  Il tourne autour d'une stripteaseuse sans véritablement savoir pourquoi.  C'est un possible coup de foudre, ou un lien qui se tisse entre deux éclopés qui devront bientôt jeter l'éponge.  Un lutteur quinquagénaire et une stripteaseuse quadragénaire.  L'histoire est impossible et là encore, on veut y croire un peu.  Sauf qu'il ne peut croire ni à l'amour, ni à la famille puisqu'il est évident qu'il s'est souvent trompé et contredit.  Au final, l'homme de peu de mots livrera un premier et dernier discours: je suis lié par les cris de la foule, et ma conscience est captive de cette adrénaline, je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n'est ni sûr, ni honnête d'agir contre sa propre conscience.  Me voici donc en ce jour. Je ne puis autrement que je suis, que Dieu me soit en aide. 

En face de lui, en parallèle dans le film, il y a ce joli papillon qui brûle chaque jour un peu plus ses ailes autour de son poteau de danse.  Cassidy la délurée stripteaseuse qui elle aussi a derrière elle un double: Pam, la mère monoparentale d'un garçon de 9 ans à qui elle espère offrir une bonne éducation.  Elle a sa bouée, lui pas... et c'est là toute l'histoire.


2 décembre 2007, 8:30
Un si délicieux parfum dylan-ylang mon Bob

Quel film... non plutôt quelle expérience cinématographique !

Un film porté par un souffle narratif certain.  Un Bob non-Dylan car jamais nommé, jamais cerné.  Un portrait que l'on retourne dans son esprit tel un cube de Rubik, pour aligner les 6 faces:  messie, ermite, acteur, fugueur, prêcheur, folk-singer tout ça avec un dernier Dylan-Arthur Rimbaud pour nous offrir des réflexions songées lors d'un interrogatoire policier.  Autant de clés pour résoudre l'énigme du personnage sans jamais tenter de le confiner à une seule dimension.  Une idée généreuse, audacieuse mais tellement appropriée tant à sieur Dylan qu'au phénomène médiatique que peut susciter un artiste sacré icône de son vivant.

Un film trop long... mais où couper et quoi couper... rien finalement.  Le plaisir que je vais prendre à acheter ce film en format DVD pour le revoir, noter certaines citations et redécouvrir Dylan, non rien à redire et tout à revoir.  À réentendre aussi, car les multiples reprises des chansons de Dylan sont également un des beaux plaisirs de ce moment de cinéma.   


26 novembre 2007, 8:47
Le rhinocéros et les fourmis

Je ne crois pas que l'on puisse qualifier la production du TNM de simple actualisation du texte de Ionesco comme je l'ai entendu à la sortie du théâtre ce samedi.  En effet, ce texte de Ionesco est intemporel et tient autant du conte que de la fable et, à ce titre, ne saurait souffrir du temps qui passe.  La forme proposée par Jean-Guy Legault offre au texte un écrin susceptible d'en baliser la lecture.  Hors cet exercice se révèle jouissif au TNM. 

Portée par une équipe d'acteurs et d'actrices chevronnés et soudés, la pièce gagne ici une densité nouvelle.  Le consortium RhinoCorp et sa speakerine télévisée, un rappel de Orwell et son 1984, et le ballet des dossiers qu'on s'échange au matin avec poignées de main incluses, tout cela installe dès le départ l'entité corporative.  Une société créée pour traduire des documents semblant futiles si ce n'est inutiles.  Entreprise moderne en symbiose avec son époque semble-t-il !

 L'arrivée des rhinocéros provoque d'abord le déni.  Les questions superficielles sur leurs présences (ont-ils 1 ou 2 cornes ?) masquant les véritables questions à se poser.  Dans ce sens le rapprochement avec la montée du nazisme est facile et s'impose, pourtant Ionesco si opposait.  Son propos est plus universel: chacun cherche son groupe d'appartenance.  Entre Bérenger et son ami Jean, le résistant c'est Jean !  Où Bérenger affiche son je m'en foutisme, Jean analyse et suppute.  Jean qui se transformera devant lui et nous, en un superbe rhinocéros grâce au talent de Marc Béland dont la gestuelle est troublante de vérité.  Transformation dont il n'accepte pas le sens car elle s'impose malgré lui.  Pendant ce temps, notre fier résistant n'a aucun discours à défendre que celui de la peur du changement, de la peur de toute forme d'évolution.  Son discours de résistance s'appuie sur ses multiples peurs et sur son amour irraisonné pour la jeune Daisy.  Ce sentiment amoureux que Ionesco se plaît à décrire tel une badinerie au mieux, au pire une caricature de sentiment surtout dans le contexte de cette rhinocérite universel.  L'amour en place de discours politique, l'amour en étendard d'un vide de sens.

Au final, Bérenger est seul, prônant la violence et la résistance armée devant le fait de ne pas pouvoir communiquer avec les autres pour éviter sa propre métamorphose.  On pourrait y voir l'esprit de clocher buté de ceux qui regrettent la société d'antan et ses valeurs séculaires.  Une fable vous dis-je.


5 octobre 2007, 9:27
Il faut partager avec l'autre
Christopher McCandless a un diplôme en poche et un bel avenir qui s'ouvre sur des études universitaires... Hélas ce rêve n'est plus le sien, ce rêve c'est celui de ses parents et le jeune homme ne peut que se dissocier de ceux-là car ils ont trahi leurs idéaux: ses parents se mentent, se blessent, s'engueulent. Leur mariage repose sur un mensonge et Christopher ne veut pas devenir leur plus beau résultat: un genre d'info-publicité pour un couple qui bat de l'aile depuis longtemps. Il déchire ses cartes d'identité, brûle ses papiers il sera dorénavant Supertramp Alors il fuit, en fait il marche. Dans le mouvement il recherche une vérité, il lui faut marcher vers elle car le confort annihile l'humain selon ce qu'il a vu de ses parents. Il y a l'Alaska, la pureté sauvage où il compte aboutir pour se confronter à la Nature. Il y a la route, le voyage, les rencontres... Un couple de hippie en véhicule récréatif qui sillonne l'Amérique vers Slabcity une oasis dans le désert près de Niland, California. Il y a le vieux Ron de qui il apprend le travail du cuir et qui désirerait l'adopter. Ces vastes champs du South Dakota avec ce festif fermier incarné par Vince Vaughn. Cette toute jeune fille... Scène superbe et silencieuse, cette traversée d'une grande ville le soir, sans parole, où l'on sent la fragilité de ce garçon, on a peur qu'il lui arrive quelque chose et pourtant on a sourit devant sa descente insensée de la rivière Colorado. On ressent sa recherche du Wild. Il se voit tristement souriant dans un café, à la place de celui qu'il regarde. Il veut comprendre avant de vivre, afin de vivre. Il redécouvrira le sens des lectures qui guident sa vie depuis que ses parents l'ont confondu avec leurs propres désirs. Sauf que la nature l'aura piégé. Une nature si immense que seul quelques-uns sont fait pour y vivre, s'avouera-t-il, ceux qui y sont nés. Et dans une finale prenante, il s'imagine serrant ses parents... redécouverts. Aimer c'est pardonner
2 septembre 2007, 1:14
TOI... sans un mot sur MOI
Nous avons une vie à vivre. Alors il y a la vie que l'on vit et celle dont on rêve. Une belle inconnue qui passe, un billet de loterie, un biscuit de fortune ou l'horoscope; plein de choses permettent à notre esprit de rêver et la présence de ce rêve n'est-elle pas ce que l'on nomme la vie tant le reste est si souvent prévisible et codifié: boulot, métro, boulot y tournant en boucle ! Pour l'héroïne de TOI, sa vie semble confinée à une voie de garage. La passion amoureuse des débuts s'est éteinte, son rôle de mère lui échappe et seule une sexualité un brin débridée lui apporte une dose de vie en accélérant son pouls mais... le mal est ailleurs. Le mal se cache derrière cette impossibilité de nommer son malaise: qu'est-ce que je veux, qu'est-ce que je désire ? Son départ de la maison est précipité par les évènements sans que l'héroïne ne prenne le temps de se demander vraiment ce qui ne va pas. Il y a l'amant qui ne peut supporter qu'elle en touche un autre que lui. Le mari troublé qui cherche à éviter le drame annoncé et alourdit l'atmosphère. Puis ce rôle de mère qui travaille et manque de temps pour son fils. Alors forcément elle devrait rêver d'autres choses mais elle ne le fait pas. Elle ne tourne qu'autour de sa sexualité car la relation physique est intense pour Michèle. Elle fait vibrer son corps car bientôt les années gagneront sur son corps et son visage comme le lui rappelle le miroir présent dans le film mais elle ne voit rien au-delà du miroir et elle ne saurait le questionner pour rechercher la vérité. Anne-Marie Cadieux y est tragique et intense, perdue et dépassée. Dans un bar, auprès d'un inconnu, elle se moquera de ce désir qu'elle peut susciter sans effort avec la dérision du désespoir. Elle ne comprend pas, elle ne fait que subir les tressaillements d'une vie qui lentement se gâche jusqu'à l'effondrement. Les appels en voix hors-champ en anglais ne font que confirmer son impossibilité à formuler clairement sa vie rêvée.
21 août 2007, 12:15
Tête de Proulx
Samedi dernier, un couple d'amis est venu souper à la maison. Prétexte à ce tête-à-tête: nous désirions voir les photos de leurs deux voyages aux USA. Je les qualifie de voyage mais disons qu'il s'agit d'une lente excursion de l'ouest, maybe the deep west. Nevada, Wyoming, Utah, Colorado, Arizona, Californie et autres états; Bryce Canyon, Yosemite park, Yellowstone, Death Valley, Grand Canyon, Sequoia Park, Zion, Grand Teton, autant de nationals parks à la beauté préservée. Des randonnées aux paysages incroyables; de la marche en fond de canyon en eau plus ou moins profonde (canyoning... je crois); des chutes sauvages; des geysers; des lacs de l'ère glaciaire; seul San Francisco comme ville tout le reste en nature gigantesque: le Far West. Il repartirait demain pour s'en mettre encore plein la vue. De cette Amérique plus sauvage que rurale, il rapporte également une diversité de portraits. Aux vastes States, la cohabitation des gens à l'allégeance politique et aux idées différentes est bien réelle. Deux mondes qui se touchent comme le Pacifique et l'Atlantique autour du Cap Horn, vraisemblablement avec le même calme contenu qui annonce parfois la tempête. Ils ont cotoyé de vrais cowboys avec selle et fusil bien accroché; ils ont assisté à des parades villageoises avec fanfare; bu un expresso dans un casse-croûte style stand à patate de bord de route; brossant une esquisse ils ont apprécié les endroits plus universitaires et se sont étonnés de les retrouver un peu partout et surtout où on ne les attend pas. De croire qu'ils adoreraient la lecture des nouvelles d'Annie Proulx me semble assurée, moi aussi j'adorerai maintenant que ces paysages m'habitent ! Dans ces lieux où l'homme est petit face à la nature, le sort qui les attend ne peut qu'être marqué de cette méfiance collective pour tout pouvoir centralisateur venu de l'extérieur. La National Rifle Association y a une longueur d'avance mais l'oeuvre de fiction de Proulx fera réfléchir.
9 juin 2007, 3:08
Y a des jaloux !
On sait bien que le film ne sera pas à la hauteur du livre. En fait, il n 'y a que les non-lecteurs pour penser autrement sauf que le non-lecteur n'a pas lu ce livre qui est tellement mieux que le film ! Et d'un... Et de deux... vous voulez savoir. Je crois que ce film sera meilleur que ce livre ! Certes il ne saurait en atteindre la densité et les milles petits détails mais il sera meilleur. Meilleur car ce n'était pas un grand livre que celui-là. Il sera meilleur car il conservera l'essence du roman et cette essence est simple et attachante. Cette essence est faite de la chair de chacun des personnages de cet Ensemble c'est tout ! Alors à moins de relire le roman juste avant d'aller le voir ou alors de le découvrir maintenant, je crois que ce film sera savoureux conmme une belle patisserie et irrésistible comme ces personnages/acteurs. Restera au non-lecteur l'occasion de devenir lecteur pour le plaisir de voir des acteurs prendre leur place dans un roman très agréable à lire.
22 février 2007, 11:14
LNI pour compétitionner le Grand Créateur
Non mais y as-tu quelque chose de plus imprévisible qu'une soirée d'improvisation ? Me semble que la télévision devrait s'y remettre tant il y a certains soirs des moments sublimes, des pièces d'anthologie. Ça nous permettrait également de découvrir ces nouveaux visages qui un jour fouleront le plateau de Virginie où Fabienne improvise beaucoup tant les rebondissements y foissonnent ! Sur place l'improvisation est un ravissement pour l'esprit. De voir ses comédiens et comédiennes créer, s'aglutiner, se coltiner... évoque pour moi le grand collage des chutes de scène du film Cinéma Paradiso. L'intensité du jeu, l'imagerie des acteurs, le côté bon enfant cela s'appelle jouer. Un jeu où le plaisir est toujours au rendez-vous, toujours et de tant de lieu maintenant. Que Gravel et Leduc ont eu une sacré idée: improvisation comparée ayant pour titre: Une belle soirée en perspective; nombre de joueurs: illimité; durée: toute une soirée et longue vie à la LNI. P.-S.: N'oubliez pas le grand match d'impro prévu le 26 mars prochain. Bleus contre Rouges contre Verts
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