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Du haut de la King
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Du haut de la King, Dominic Tardif observe, émerveillé et/ou perplexe, ceux qui cherchent le bonheur dans une riche et hétérogène vie culturelle.
12 novembre 2009, 4:04
Plus cave que le Gros cave: échange de courriels avec Jean-François Mercier

La Société de transport de Sherbrooke (STS) dévoilait en grande pompe le 18 octobre dernier sa nouvelle campagne de sensibilisation. «Une campagne-choc afin de promouvoir le respect de règles élémentaires de civilité et de sécurité au sein de son réseau», expliquait-on par voie de communiqué. Mettant en vedette Jean-François Mercier et son personnage de Gros cave, l'offensive, qui s'échelonnera sur deux ans, vise à enrayer six comportements jugés irritants et/ou dangereux:

  • refuser de céder son siège à une personne âgée ou à une femme enceinte;
  • rester à l'avant de l'autobus et entraver le passage vers l'arrière du véhicule;
  • courir pour rattraper un autobus en mouvement;
  • souffler la fumée de cigarette au moment de monter à bord d'un autobus;
  • ne pas s'assurer d'avoir son titre de transport ou la monnaie exacte au moment de monter à bord de l'autobus;
  • circuler en dehors des passages piétonniers ou des trottoirs.

Les comportements ciblés ont été recensés à la suite de plaintes et d'une consultation menée auprès des chauffeuses et des chauffeurs.

Les publicités affichées aux débarcadères et dans les autobus montrent en gros plan le visage d'un Mercier courroucé juxtaposé à une photo du même Mercier pointant du doigt un usager commentant l'odieux: un comportement irritant. Le slogan «Même le gros cave ne ferait pas ça...» coiffe le tout.

Heurté par le ton corrosif de la campagne, monsieur François McCauley écrivait dans une lettre particulièrement fielleuse publiée le 23 octobre dernier dans le quotidien La Tribune: «Je ne vois pas comment traiter les gens de "caves" ou de "cons" peut les inciter à améliorer leur conduite. C'est bien là le mépris du peuple, qui, lui, doit prendre l'autobus, de la part d'"administrateurs" qui, eux, peuvent se déplacer en BMW.»

Par voie de communiqué, la présidente de la STS, Dany Lachance, justifiait pour sa part ainsi l'embauche de Mercier: «Les approches "soft", paternalistes ou moralisatrices ne donnent pas de résultats concluants. Pour capter l'attention, susciter l'intérêt et provoquer une réaction de la part des personnes ayant des comportements frustes, il faut une approche très percutante qui saisit les individus fautifs, en les interpellant plutôt qu'en les apostrophant, et qui suscite en même temps l'approbation de la "majorité silencieuse" qui, elle, se conduit de manière correcte et respectueuse.» (Admirez les talents de comédienne de madame Lachance ici. Espérons qu'elle n'attend pas un appel de Fabienne Larouche.)

Également indigné par le mépris affiché par la STS, une institution publique qui, via Mercier, traite ni plus ni moins certains de ses utilisateurs de plus cave que le Gros cave, Du haut de la King a soumis par courriel quelques questions au co-scénariste des Bougons. Le Gros cave en chef a eu la gentillesse d'y répondre avec diligence, au beau milieu d'une tournée de la Gaspésie et de la Côte-Nord.

Bien au courant du franc-parler de l'humoriste, DHDLK n'a pas hésité à le tancer et à tartiner épais. Visiblement hérissé, Mercier s'est plu à parodier le style vindicatif des questions DHDLK:  «Toi Dominic, qui s'est clairement donné le mandat d'être contre la campagne de la STS afin de créer une fausse polémique pour alimenter ton blogue et ce, en utilisant allègrement la démagogie pour travestir les véritables intentions de cette campagne qui est de promouvoir le civisme pour plutôt fouiller et essayer d'en faire ressortir le négatif, ne te trouves-tu pas gonflé de mettre des bâtons dans les roues de ceux qui essaient de faire une société meilleure?»

Dominic Tardif vs. une société meilleure: les hostilités ne font que commencer!

Voici donc, intégralement, les cinq questions soumises à Jean-François Mercier.

_________________________________________________________________________ 

DHDLK: Les utilisateurs de la STS se plaignent fréquemment du manque de service dans certains quartiers et à certaines heures ainsi que du service presque inexistant le week-end. Ne trouves-tu pas que la STS agit avec arrogance et frivolité en s'offrant une campagne de sensibilisation (et un humoriste) plutôt que d'injecter ces fonds dans le service aux usagers?

Jean-François Mercier: «Oui, on peut sûrement offrir plus de service et il y a fort à parier que bien des gens continueraient de se plaindre du manque de service dans certains quartiers et à certaines heures. Moi, je suis porte-parole de la campagne de la STS, je ne peux pas m'immiscer dans les prises de décision de l'administration. Tu sais que je ne participe pas aux décisions administratives de la STS et ça ne fait pas partie de mon rôle de porte-parole de campagne d'approuver ou de désapprouver les décisions qui sont prises. Tu devrais poser cette question aux administrateurs de la STS. Par contre, je peux te dire que je suis loin d'être payé le prix que les porte-parole sont payés habituellement. On a accepté de le faire pour une fraction du prix justement parce que la promotion du civisme, c'est quelque chose que je juge important.»

En tant qu'utilisateur de la STS, je rencontre rarement un des comportements que vise à enrayer la campagne de sensibilisation, celui du paiement. Les publicités mettant en vedette le Gros cave demandent aux utilisateurs qui paient leur trajet en argent comptant d'avoir leur monnaie en main avant de monter à bord. Personne n'est contre la tarte aux pommes, évidemment, mais il me semble que si, d'abord, le prix était fixé à 3$ plutôt qu'à 3,10$, les gens seraient moins confus. Je croise fréquemment des visages interdits devant un tel prix. À 3,10$, le taxi apparaît comme une alternative pas tellement plus coûteuse et surtout, nettement plus efficace. Il me semble également plutôt vain de s'adresser aux utilisateurs qui paient comptant leur passage comme ceux-ci représentent une clientèle occasionnelle. Je m'abstiens par ailleurs d'évoquer la gratuité du transport en commun que réclament nombre d'intervenants locaux depuis plusieurs années. En résumé, 3,10$, n'est-ce pas cher payé pour un trajet qui peut durer jusqu'à une heure? Es-tu, a priori, pour la gratuité du transport en commun?

«Encore là, je ne sais pas quoi te répondre. Les tarifs du transport en commun, ce sont des décisions administratives qui ne me regardent pas et que je me garderai bien de juger. Par contre, ce que je sais, c'est que la STS a fait une consultation auprès de ses chauffeurs pour identifier les six comportements qu'ils rencontraient le plus fréquemment et qui sont sources d'irritations. C'est ça qui est ressortit de la consultation. Peut-être que toi, tu rencontres rarement ces comportements mais il semblerait que ça ne soit pas le cas des chauffeurs puisque ça fait partie des comportements qui ont été identifiés le plus souvent. 

Pour ce qui est de la gratuité, ça n'existe pas. Il y a toujours quelqu'un qui paye pour les services que ça soit les utilisateurs ou les non-utilisateurs. Le transport en commun est déjà subventionné. Est-ce qu'il devrait l'être plus? C'est une décision de société. Encore une fois, ça serait beaucoup plus pertinent de poser la question aux élus qui prennent ultimement ces décisions. Pour les étudiants, ils ont fait le choix d'offrir le transport en commun à titre gracieux.»

Même si l'on comprend bien que le Gros cave est un personnage au même titre, par exemple, qu'Oncle Georges est un personnage de Daniel Lemire, dissocier le créateur de sa créature s'avère plus difficile dans ton cas. Ne te trouves-tu pas gonflé de venir pontifier sur le civisme des Sherbrookois dans les transports en commun, dans la mesure où tu ne les empruntes pas au quotidien? (les empruntes-tu à Montréal?)

«C'est drôle comment tu présentes les choses, ce n'est pas comme ça du tout que moi, je le vois. Tu reliras ta question et elle contient une accusation. Je ne viens pas pontifier sur le civisme des Sherbrookois dans les transports en commun comme tu l'affirmes. Je prête mon nom à une campagne qui veut faire la promotion du civisme et de la sécurité dans le transport en commun pour simplement rendre la vie plus agréable à l'ensemble de la population Sherbrookoise qui utilise les transports en commun. Je n'utilise pas le transport en commun parce que c'est impossible avec l'emploi du temps que j'ai. Par contre, oui, j'utilisais le transport en commun dans le passé pour me déplacer lorsque mes fonctions me le permettaient. Mais encore là, c'est un peu hors propos dans le sens que c'est un campagne pour faire la promotion de la sécurité et du civisme, pas pour faire la promotion de l'utilisation du transport en commun. Par contre, de rendre le séjour dans le transport en commun plus agréable, ce qui est le but de la campagne, va entraîner comme effet secondaire de faire la promotion du transport en commun. Est-ce que je me trouve gonflé? Non.»

Bien que cela ne soit pas le lot de l'ensemble des chauffeurs de la STS (nombreux sont charmants et avenants), certains d'entre eux se font un malin plaisir à laisser un utilisateur qui arrive à toute vitesse, les bras plein de paquets, sur le quai d'embarquement, un grand sourire narquois au visage par surcroît sous prétexte que l'autobus est déjà en route. La STS ne devrait-elle pas intervenir auprès de ses employés afin d'enrayer ce grave problème d'attitude et ces comportements de rois de la montagne plutôt de s'en prendre aux utilisateurs nargués qui optent pour leur seul recours, c'est-à-dire courir derrière l'autobus en marche (un comportement visé  par la campagne)?

«Tu vois, on ne m'a pas mis au courant que les chauffeurs se faisaient un malin plaisir à faire chier les utilisateurs de la STS. Sérieusement, ça ressemble beaucoup à une généralisation sur un cas particulier. En tout cas, moi, les chauffeurs que j'ai rencontrés me sont apparus comme de très gentilles personnes sympathiques. Aucun rapport avec le chauffeur que tu décris. Ils ne m'ont pas laissé l'impression d'être comme tu les décris. 

La raison pour laquelle, c'est un des six items traités, c'est qu'il y a eu une mort d'homme. La personne courait derrière l'autobus et elle a glissé et l'autobus lui a passé dessus. Le chauffeur ne s'en est jamais remis et il s'est suicidé. Encore là, c'est une préoccupation des chauffeurs qui a été relevé. Certaines personnes traversent n'importe où et pas nécessairement aux endroits prescrits et ça devient difficile pour les chauffeurs de gérer tous ces obstacles. Le but recherché c'est d'éviter que ce tragique accident se reproduise.» 

Ton humour fait la part belle à la provocation et la campagne de sensibilisation de la STS poursuit ton utilisation de l'outrance comme ressort comique. Comme tu es devenu un personnage médiatique, les vierges offensées poussant les hauts cris se font sans doute de moins en moins nombreuses lors de tes spectacles en salle. Elles pourraient de toutes façons difficilement arguer ne pas avoir été mis au parfum du contenu sulfureux du Show du Gros cave. Il en va autrement lorsque ton humour grinçant envahit les autobus de la STS à bord desquels montent des gens émanant de différents milieux sociaux et culturels et ne partageant peut-être pas le goût d'un certain public pour le type d'humour que tu pratiques. Certaines personnes pourraient, à juste titre, clamer ne pas avoir consenti à être mis en contact avec l'humour de Jean-François Mercier. Que leur réponds-tu?

«C'est vrai, sauf que c'est la même chose pour n'importe quel porte-parole. Certaines personnes pourraient à juste titre clamer ne pas avoir consenti à être mis en contact avec n'importe qui d'autre qu'ils auraient pu choisir. La raison pour laquelle j'ai été choisi comme porte-parole c'est justement ce que tu me reproches, c'est-à-dire mes aptitudes à faire réagir et s'en servir pour provoquer un changement positif. La grande majorité des utilisateurs du transport en commun appliquent les règles de civisme élémentaire. Mais pour aller rejoindre la clientèle délinquante, il faut frapper fort. Ça leur prenait un porte-parole qui est respecté des jeunes mais aussi des plus vieux parce que ce ne sont pas seulement les jeunes qui ont des comportements délinquants. Il fallait un porte-parole qui confronte les délinquants pour induire un véritable changement de comportement. Ce n'est pas avec des caresses que tu vas changer des comportements délinquants. Par le biais de l'humour, les choses se font un peu plus en douceur. C'est parce que je maîtrise bien ce type d'humour, que je rejoins une grande partie de la clientèle et parce que je ne suis pas moralisateur qu'ils sont venus me chercher. Ce n'est pas vraiment à moi de dire que je suis le meilleur choix de porte-parole mais dans l'atteinte des objectifs que la STS s'est fixé et avec la stratégie qu'ils ont choisie, il s'est avéré que j'étais leur premier choix de porte-parole et je vais faire de mon mieux comme porte-parole pour les aider à atteindre leurs objectifs d'avoir un transport en commun plus agréable et plus sécuritaire pour tout le monde.»

_________________________________________________________________________ 

Jean-François Mercier monte sur la scène du Vieux clocher de Sherbrooke samedi le 14 novembre.

Pour la totale expérience Gros cave, Du haut de la King suggère de vous y rendre en transport en commum. N'oubliez pas de compter votre petit change!

- 3$ que ça coûte?

- Non, 3,10$!


5 novembre 2009, 3:41
La vie d'artiste avec Fanny Bloom de La Patère Rose (Le 5 à 7)

Jeudi 29 octobre 2009. D'un téléphone public à la station de métro Jean-Talon, j'appelle Fanny Grosjean, première dame du Sherbrooklyn sous le pseudo Fanny Bloom au sein de la Patère Rose. «Je m'habille et je te rejoins», me dit-elle. Roboto, Kilojules et elle avaient offert leur hit La Marelle en performance le lundi précédent à l'Autre Gala de l'ADISQ, durant lequel Malajube leur rafla le prix de l'Album de l'année - Alternatif. Le dimanche suivant, au Gala de l'ADISQ, leur petite sœur de label, Cœur de pirate, allait, comme tout le monde et sa sœur l'avaient prédit, les coiffer et repartir avec le Félix de la Révélation de l'année.

La chanteuse émerge de la foule quelques minutes plus tard et me suggère deux endroits pour notre entretien. «Il y a un petit café que j'aime pas loin ou un autre, un peu plus loin, qui est vraiment cute». J'opte pour le «cute». Nous traversons la Plaza Saint-Hubert, lieu pittoresque où le clip de La Marelle a en partie été tourné. «Est-ce que tu magasines souvent ici?» «Oui, je reviens justement tantôt, faut que je me trouve un costume d'Halloween.» «Tu te déguises comment?» «Je voulais me déguiser en Baby Spice, sauf que là il fait un peu trop froid. Pis ça me tente pas de me promener en souliers plateformes toute la soirée.»

«Ça été un bon choix finalement de lâcher l'école pour faire de la musique?», demandé-je à la chanteuse en chemin, mais il s'agit plutôt d'une affirmation. Fanny et moi avons partagé les mêmes salles de cours de l'Université de Sherbrooke pendant une session avant qu'elle ne quitte pour la métropole. «Ce n'était vraiment pas pour moi. Disons que mes parents ont capoté pas mal quand je leur ai annoncé.» 

Nous entrons au Mille Gusti coin Saint-Zotique-Christophe-Colomb, café effectivement «cute». Le garçon nous décrit avec force détails sa sélection de paninis en donnant du «bella» à Fanny -  il a bon œil -, et en me donnant du «bello» - je sourcille. Fanny porte un chandail American Apparel bleu ciel, son préféré. «Ça faisait un an que je le watchais quand je l'ai acheté. Touche, c'est mou, c'est super confo... Tu vas pas écrire ça?» «Why not?» «Bon ok, tant qu'à écrire des niaiseries, tu peux aussi écrire que Catherine Leduc de Tricot Machine en a un pareil et qu'elle-aussi c'est son chandail préféré. Elle en a même un deuxième, mauve.» À bon entendeur, salut!

Discussion autour du processus d'écriture, de Pierre Lapointe, des commentaires sur YouTube et de Big Shiny Tunes 3, entre autres choses. ______________________________________________________________________________

Du haut de la King: Parle-moi de ton sandwich?

Fanny Bloom: «Il est vraiment bon.»

Qu'est-ce qu'il y a dedans?

«Des poivrons marinés un peu piquant. Je pense qu'il y a comme une tapenade d'artichauts.»

Est-ce que je me trompe ou Fanny Grosjean, sur scène, a pas mal changé. J'en parlais avec ton chum justement cet été, je lui avais demandé ce que ça lui faisait de te voir yeux dans les yeux, sur le bord d'embrasser James Di Salvio sur scène  [lors du concert de Misteur Valaire à la Fête du Lac des Nations]?

«C'était quand même James Di Salvio. [rieuse] Moi je n'y suis pour rien, c'est lui!»

Ce que j'essaie de dire de façon diplomate c'est que ta sexualité est beaucoup plus up front en show qu'avant. Juste au plan des vêtements, tu optes maintenant pour des looks assez sexy sur scène. Il y a quelque chose de dianedufresnesque là-dedans.

«Ces dernières années je suis vraiment allé voir gros des shows, rien à voir avec le nombre de shows que j'allais voir avant. Je me suis rendu compte que ceux que j'aimais, quand ça se passait pour moi, c'était quand la fille ou le gars qui chante était vraiment là, mais VRAIMENT. Tranquillement en pratique, j'ai essayé de la feeler différemment. Avant, la Patère Rose c'était plus chanson, donc ça ne se prêtait pas à cette théâtralité-là. J'aime mieux ça comme ça, je me cache plus. Je me sens protégé, mais je me promènerais pas habillée comme ça tous les jours.»

Le fait de voir beaucoup de shows a été déterminant?

«Avant je n'aimais pas vraiment ça. Je trouvais ça long, je trippais moins. Faut dire que je buvais moins dans ce temps-là. J'écoute aussi beaucoup de musique avec les gars. Durant les longs trajets en char, ils mettent plein de trucs différents, ça ouvre l'esprit.»

La dernière fois qu'on s'est parlés, avant l'enregistrement de votre album, tu me disais rencontrer une sorte de blocage dans l'écriture des textes. Comment as-tu fait pour débloquer?

«Ça n'a pas débloqué. En fait les textes étaient déjà là, c'est juste que j'avais vraiment peur de la réaction. Je ne voyais pas comment je pouvais les changer, je ne pouvais rien y faire et j'avais une peur bleue de me faire ramasser là-dessus quand l'album allait sortir.»

Les critiques qui s'intéressent particulièrement aux textes sont quand même rares...  

«Il y a une partie des critiques qui ne se soucient pas de ça, c'est vrai, mais plusieurs le font, comme Marie-Hélène Poitras, dont j'avais peur. Je me disais: "ils vont me détruire sur mes textes." Finalement ça ne s'est pas produit, même que j'ai eu des compliments auxquels je ne m'attendais pas. J'ai repris confiance. Il y a des tounes dont je suis moins fière. On s'entend que Décapote c'est une niaiserie.»

Au moins on sait de quoi ça parle, contrairement à plusieurs textes plus abscons, comme ceux de Dumas qui devient de plus en plus flou, qui écrit juste des mots clés et dit vouloir laisser les gens se faire leur propre histoire.

«C'est pas pour me vanter, mais j'ai beaucoup analysé comment était construit le texte d'une chanson et j'ai constaté qu'il y avait tellement d'affaires qui m'énervaient, que je n'aurais pas mis ce mot-là, que je n'aurais pas fini un phrase de cette façon-là. J'ai tellement spotté ce que je détestais et tellement voulu ne pas le reproduire que dans ce sens-là, j'ai fait un travail. Je suis contente, surtout fière des structures.»

[...]

Depuis le début de la Patère, as-tu eu la chance de rencontrer des artistes que tu admires?

[Longue réflexion] «Pierre Lapointe, il m'intimide à chaque fois.»

Parce qu'il a quelque chose de foncièrement intimidant?

«Non, parce qu'il est représentatif d'un certain tournant. Quand j'ai découvert sa musique, j'étais encore à Sherbrooke. J'avais besoin d'écouter quelque chose de québécois qui me parlait, mais ça n'existait pas. Puis est arrivé son premier album sur lequel il y a vraiment des bons textes. Pointant le nord, c'est une magnifique chanson. Ça m'a vraiment bouleversé. C'est impressionnant de le rencontrer cinq ans après, parce qu'en plus c'est lui qui est d'abord venu me voir pour me dire que l'album est écœurant et qu'il avait trippé en show. Il nous écrit sur Facebook, ça n'a pas de bon sens! C'est intense et surréaliste. Quand je le vois j'ai envie de lui dire ça, mais je bloque, parce qu'il est tout le temps trop vite à complimenter. Hier, il m'a écrit sur Facebook: "tu étais le plus sexy à l'Autre Gala." Ça aide à passer à travers d'autres trucs plus durs à vivre, qui te font te remettre en question personnellement...»

Est-ce que vendre sa chanson à Télus fait partie de ça?

«Non, c'était un choix très conscient. On a dit oui parce que c'est un gros exposure. Depuis un bout, ils choisissent de la musique émergente et j'ai toujours été d'accord avec leurs choix. Je ne ferais pas ça avec n'importe quoi. J'aime leur approche.»

As-tu encore besoin de travailler à la chocolaterie?

«Non et tu sais, des pubs on en fait d'autres, mais pas sous le nom de la Patère. On fait beaucoup de pitch. Je me retrouve à chanter sur des pubs européennes. C'est soit ça ou tu continues à travailler au salaire minimum dans un café. Moi je trouve que ce sont des projets qui valent la peine. C'est vrai qu'il faut faire attention, qu'il faut faire les bons choix, ne pas accepter n'importe quoi. Reste qu'il y a des gens qui vont seulement réagir pour réagir, qui ne pourraient même pas t'expliquer pourquoi.»

Parlant de comportements puérils, tu as écrit récemment sur Facebook quelque chose comme «Note à moi-même: ne jamais aller lire les commentaires d'un de mes vidéos sur YouTube.»

C'était incroyable. En fait, je trouve ça cool que je réussisse à ne pas m'en faire avec ça.

Qu'est-ce qui t'as pris au juste?

«C'est une amie qui avait lu un commentaire comique et m'a suggéré d'y aller. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant de pages. Je commence à lire, il y avait des affaires pas possibles, des attaques personnelles. Je ne comprends pas comment tu peux être derrière ton ordinateur et détester tellement quelque chose au point de ne pas avoir le choix de l'écrire. Faut tellement être loser. Quel temps tu as à perdre pour te loguer et aller écrire de la marde?»

Ça n'a pas trop ruiné ton moral?

«Non, c'est juste que je n'en revenais pas.»

Même les personnes les plus zen ne peuvent pas demeurer imperméables à ça...

«Non, mais je suis vraiment moins vulnérable que je le pensais. Il y a des trucs que je n'aurais pas pris il y a un an. J'ai plus confiance. Ces losers-là ont quand même pris le temps de le regarder le clip... Tsé, moi aussi j'hais des affaires à mourir, mais je ne l'écrirais pas sur un forum.»

[Elle fouille dans son sac à main.]

T'as Big Shiny Tunes 3 dans ton sac???

[Faussement embarrassée] «Bon, c'est pas à moi first...»

Explications mademoiselle...

On est pas mal nostalgiques de notre adolescence dans mon cercle d'amis depuis un bout. On écoute les B.B., Francis Cabrel. Des trucs pour changer des groupes du moment qu'il faut ABSOLUMENT connaître. Des fois ça devient lourd, trop sérieux. Il y a des perles là-dessus, des trucs qui nous ont fait tripper, ce serait poche de renier ça. Iris des Goo Goo Dolls c'est une toune qui m'a fait capoter quand j'avais 13 ans. La façon dont sont construites ces tounes-là est fascinante. Tu ne comprends pas pourquoi tu aimes ça, mais ce sont des structures qui happent n'importe qui. En tout cas, je suis arrivé chez un ami hier et Big Shiny Tunes 3 jouait. Je lui ai emprunté.»

[Don't speak de No Doubt débute à la radio.]

Ça c'est bon! Gwen Stefani est super belle dans le clip. Mon éveil sexuel...

«Je pense que c'est la fille que je trouve la plus belle au monde.»

Toi, à qui dois-tu ton éveil sexuel ?

«David Usher, du temps de Moist. Un peu Brian des Backstreet Boys aussi.»

Bon, finalement, dis-moi, est-ce que c'est dur sur le couple la vie d'artiste?

«Oui c'est dur. Avant, on était tellement fusionnel mon chum et moi; on allait à l'école, on avait les mêmes cours, nos mondes étaient les mêmes. Puis la musique a commencé à prendre de plus en plus de place J'ai commencé à être partie plusieurs jours de suite, à vivre des affaires qui n'ont pas de bon sens, à me coucher vraiment tard, à boire ma vie. Quand tu reviens, c'est difficile de réintégrer le quotidien et de partager ce que tu as vécu. C'est tellement intense la tournée. On en parle beaucoup entre musiciens et je ne suis pas la seule à vivre ça. Je peux, au moins, partager cette angoisse-là avec des gens qui vivent exactement ce que je vis.»

[Emphatique au possible] Comme dirait Léo, tu continues ta vie d'artiste!____________________________________________________________________________

La Patère Rose poursuit sa tournée du Québec. Consultez leur Myspace pour plus de détails.

La Patère Rose

crédit photo: Jimmi Francoeur

 


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21 octobre 2009, 1:01
Acapulco-Stoke avec Bernard Adamus

Sherbrooke, jeudi 15 octobre 2009.

Devant la scène du Téléphone rouge des hippies s'aiment fort, fort comme l'odeur qu'ils dégagent.

Bernard Adamus, sur la scène lui, chante qu'un jour il fera plus beau dans son bol de toilette, que brun est la couleur de l'amour et qu'il fait chaud juste pour nous faire oublier qu'il a neigé pour la première fois cette semaine, que nous avons dû dégivrer le pare-brise avec le balai à neige.

Du haut de la King s'adresse à la fille assise à côté de lui et, encore lucide, n'attend pas son change. Elle n'est plus là depuis longtemps, depuis des semaines, des mois. «Coach, passe-moé une bière!*» Le blogueur fait sienne la demande que formule Adamus sur scène. Faudra s'y faire, la plus belle fille du comté est partie avoir trente ans ailleurs. «Dans le radio c'est 4-0 Montréal.*» Pas de veine, le hockey en cette soirée froide n'est plus un rempart pour personne, pas plus pour les chauffeurs de taxi que pour les blogueurs. Dans le iPhone du barman, c'est 3-2 Colorado.

«Pour Noël, j'ai reçu du ciel un calinours poivre et sel*», chante Bernard Adamus, celui-là même qui, il y a deux semaines, recevait 5000$ de la SOCAN (le prix Écho) pour La (prenante) Question (de fauché) à 100 piasses. Une complainte rappée de sans-le-sou en échange d'un gros chèque? Crier It's all about the Benjamins n'est plus le seul antidote à l'indigence, dieu soit loué! 

Le chanteur après le concert - la froque de gars de bois sur le dos, trois-quatre épaisseurs de chemises de chasse -, boit directement dans son pichet de blonde, les mêmes inflexions de voix que Barney Gumble dans les filets de machiavélique Moe.

D'où viens-tu Adamus?

- «Tu le sais-tu toé d'où i' vient Bernard?»

La plus belle fille du comté adresse la parole au blogueur, mais son accent l'instruit cruellement de son appartenance. Il ne s'agit pas de la plus belle fille de SON comté. Amélie vient de la Beauce et aime en banlieue de Québec son chum, Luc, ingénieur natif du Bas-Saint-Laurent. L'amour entre eux depuis le concert des Lost Fingers («avant le gros succès», précise-t-il) auquel il l'a invité (ses jolies joues rouges repérées sur Facebook) il y a an et demie. La banlieue depuis quelques semaines.

Elle: «Ben non c'est pas la banlieue!»

Lui: «Ben oui c'est la banlieue!»

Les deux mains et l'esprit aux rénovations depuis l'emménagement - la magnifique maison de campagne de leur rêve -, ils viennent à Sherbrooke expressément pour entendre Bernard. S'en vont demain rejoindre un couple d'amis à Sainte-Adèle - un chalet dans le bois, un spliff dans le spa -, dorment à l'Ermitage. «On peut vraiment se la péter à soir, on chauffe même pas, on va prendre un taxi tantôt.» Ça fait quelques mois que Luc écoute Brun, le premier album d'Adamus, «sans arrêt», confie-t-il au blogueur. Sa blonde lève les yeux au ciel. Elle aime Adamus, oui, mais avec moins de ferveur que son chum.

Amélie: «Ben là, tu le sais-tu finalement d'où i' vient Bernard?»

Du haut de la King: «Montréal me semble...»

Amélie: «Ben voyons donc, le monde parle pas de même à Montréal! Bernard i' parle comme si i' venait d'un trou, comme si i' venait de par chez-nous.»

Adamus, justement, se pointe au bar pour se faire rafraîchir le pichet.

DHDLK: «Hey Bernard, on se demandait comme ça, tu viens d'où?»

B.A.: «De Pologne!»

DHDLK: «Sérieux?»

B.A.: «Oui, mais je suis arrivé à Montréal à trois ans!»

Amélie: «Voyons donc! Le monde i' parle pas de même à Montréal.»

DHDLK: «Ils parlent pas tous comme dans La vie, la vie à Montréal...»

Adamus dévisage le blogueur, n'apprécie pas son esprit. Le blogueur envie la froque du chanteur, envie le manteau de Petit chaperon rouge qu'Amélie n'a pas enlevé de tout le concert. «Il fait froid au Téléphone rouge», pense-t-il en se dirigeant vers la plus belle fille du comté assise à l'autre bout du bar. «Veux-tu mes mitaines?», propose-t-il à celle qui n'est évidemment pas là, partie ailleurs. «Une chance, se console-t-il, mes mitaines dorment au fond du coffre de cèdre de ma grand-mère depuis vingt ans.»  

Plus connu que Desjardins

Luc: «Bernard, t'as du stock en masse pour un deuxième album toé-là!»

Adamus échappe un soupir et se dirige vers la porte.

Le barman met en garde celui qui tantôt chantait: «Moé je traîne dehors avec mon problème de booze.

«Eille Bernard, tu peux pas sortir avec ton pichet.»

Le chanteur dépose son trésor sur le comptoir et s'en va, les bras ballants, les poches pleines de rien du tout. Dort chez de vieux amis cette nuit, parmi les 2712 âmes de Stoke (à plus ou moins 20 minutes de Sherbrooke).

«Dans mon lit j'ai pas de couvertes et la tempête descend du Nord.

Luc est d'avis qu'Adamus sera un jour plus connu que Richard Desjardins. Le blogueur écoute Brun de bout en bout le lendemain et se dit qu'Adamus préférerait sans doute que la plus belle fille de son comté à lui le rappelle.

«Un jour tu vas rentrer à' maison, mais en attendant, c'est donc ben long, oh Acapulco.**»

Adamus revient finalement avec une pointe de pizza. Un certain Sébastien Pesot le questionne en boutade: «t'es allé cherché ça rue Ontario?»

«Ton rire comme un buffet chinois, ton corps un all you can eat sur le top de l'Himalaya.**»

Un hippie plus loin rigole, philosophe de boui-boui: «on trouve la même pizza indigeste partout...»

Luc insiste pour payer une pinte de blanche au blogueur: «c'est drôle, on boit de la blanche l'été pis pourtant, c'est l'hiver la saison blanche.»

Quelqu'un entre et sort sans cesse du Téléphone rouge, petit chenapan qui veut punir les piliers cacochymes aux bouts de doigts gelés d'un frigorifiant courant d'air.

À côté du blogueur, la plus belle fille du comté n'est pas là et lit d'une voix doucereuse des poèmes de Patrice Desbiens sans en mesurer toute la portée. Bernard Adamus dit: «je l'aime ben ce bonhomme-là.»

«La chanson est finie et le silence s'installe en / moi et mes amis comme un cri / je les regarde et je souris et je t'attends, ici, au Téléphone rouge.***»

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*extraits des paroles de la chanson La Brise de Bernard Adamus

**extraits des paroles de la chanson Acapulco de Bernard Adamus

***extrait de Sudbury de Patrice Desbiens, Éditions Prise de parole

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L'album Brun de Bernard Adamus est disponible en magasin et sera réédité le 3 novembre par l'étiquette Grosse Boîte.

Article sur Bernard Adamus signé Patrick Baillargeon ici.

Bernard Adamus

 


25 septembre 2009, 1:28
Les Expos ne sont pas morts...à Sherbrooke (Dans l'accotement)

«C'est le baseball qui sort gagnant d'une confrontation Sherbrooke-Coaticook», se réjouissait Bob Legault, monsieur balle, hier soir au stade Amédée-Roy de Sherbrooke avant d'entonner le Take me out to the ball game. En cinquième manche, pas en septième comme dans les majeurs, nous sommes au troisième match de la finale de la Ligue de baseball sénior élite du Québec, où l'on dispute des matchs de sept manches. «For it's one, two, three strikes, you're out at the old ball game!» Merci Bob!

480 amateurs de baseball, armés de couvertures et de graines de tournesol, à Amédée-Roy pour le choc des titans, version baseball sénior et estrienne de la rivalité Canadiens-Nordiques, entre le Big Bill de Coaticook (arborant la casquette des Red Sox de Boston) et les Expos de Sherbrooke. Une cuisante défaite crève-cœur 9-0 pour le Big Bill qui avait pourtant remporté le précédent affrontement, à domicile, 2-0. Un match sans point ni coup sûr pour le lanceur des Expos, Vincent Michaud. «Un no-no», m'a lancé un partisan d'un certain âge assis devant moi, en jargon de baseball. «C'est pas une insulte, c'est juste quil n'a pas accordé de point et de coup sûr», insista-t-il devant mon visage interloqué. Je pensais qu'il le traitait de nono avec un sibyllin accent.

Mes trois étoiles du match

Marc Bryson

Très FM chroniqueur sportif à l'émission Y'a d'ces matins de NRJ 106,1 et voix officielle des Expos.

Le baseball est un sport fascinant où l'animateur maison est susceptible de courir davantage que, par exemple, l'arrêt-cour. Bryson jogge sans cesse du box des commentateurs jusqu'au devant des estrades pour catapulter dans la foule de précieux prix de présence: une serviette de plage «gracieuseté Muli Piscine», une bouteille d'eau «gracieuseté Molson/Coors» (goûtez le délicieux paradoxe), un t-shirt NRJ (un jour nous, voraces humains sauvages, auront épuisé toutes les ressources naturelles de la planète, je vous l'accorde Jean Lemire, et la Terre ne sera plus que ronces, cendres et t-shirts de radios commerciales), etc.

Expouff

La mascotte des Expos de Sherbrooke, un vrai pince-sans-rire, tente de me doubler dans la file d'attente au comptoir à bières. Proverbial numéro comique de mascotte, mais pas une blague à faire quand les secondes sont comptées comme elles le sont pendant la première partie de la quatrième manche, sonnant la moitié de la partie et, par le fait même, le deux pour un sur la cannette de bière. Les gradins se vident alors de presque tout ce qu'ils contiennent d'hommes.

Expouff, hirsute mascotte lovelace rouge et bleue, qui, au beau milieu de notre discussion, me tourne le dos pour enlacer une charnelle jeune femme, jeans comme une deuxième peau et talons hauts, tout droit sortie d'une pub de Lois 1992. Les étreintes se terminent («get a room!»):

- Ouain Expouff, tu pognes pas mal!

- [pantomime de la mascotte imbue d'elle-même qui me donne raison]

Francis Montmigny, responsable des effets sonores

Le baseball est un sport formidable où se moquer de l'adversaire est érigé en système, une ruse consciencieusement échafaudée. Chacun des choix stratégiques de l'équipe adverse est accompagné d'un effet sonore persifleur. Le lanceur remet au premier but afin d'éviter un vol: bruit d'une poule qui caquette. Le receveur rejoint le lanceur sur le monticule pour discuter: extrait d'Astérix, insinuant que les deux joueurs échangent des sornettes (si je ne m'abuse). Également entendu: la chanson-thème de la série télé pour enfants Caillou, quoique je ne saurais dire de quoi on se moquait à ce moment-là.

Mention spéciale à Samuel Jutras, résident de LaSalle, 29 ans, 6 pieds et 1 pouces, 205 livres, voltigeur et premier but, pour son bon goût musical. Le baseball est un sport formidable permettant au frappeur de s'exprimer artistiquement dans le choix de la chanson qui accompagne son trajet entre le banc et le marbre. Celui du porte-couleurs numéro 35 des Expos: une pièce percutante, rythmée, galvanisante, la meilleur chanson des années 2000 selon Pitchfork: B.O.B. (Bombs over Bagdad) de OutKast.

Message à Alain Lachance, numéro 48: Thunderstruck d'AC/DC a été vidé de toute sa substance à force de surexploitation dans les stades sportifs de l'Amérique. Prière de la laisser se régénérer.

Le parcours 4 de 7 vers la Coupe Yvon-Gervais se poursuit ce soir, 20h, au stade Julien-Morin de Coaticook. Les Expos mènent la série 2-1.

Expouff


18 septembre 2009, 7:51
Daniel Boucher, man! (Le 5 à 7)

Dans la série le 5 à 7, Du haut de la King rencontre un artiste ou une personnalité publique pour discuter à bâtons rompus de choses et d'autres autour d'un verre. __________________________________________________________________________

Première édition: Daniel Boucher, rencontré en avant-midi (décidément ce blogue est mensonger) au Caffuccino, rue King Ouest à Sherbrooke. L'auteur-compositeur-interprète mangeait des oeufs bénédictine, tandis que Du haut de la King étirait un latte sur lequel il comptait pour retrouver sa faconde légendaire (genre). La soirée précédente s'était terminée les quatre fers en l'air dans la rosée.

Au menu: souvenirs de Saint-Camille, Stone Temple Pilots, rénovation et honnêteté.

DHDLK: Faut que je te raconte quelque chose. J'ai déjà partagé la scène avec toi au P'tit Bonheur de Saint-Camille. J'avais quatorze ans et c'était quelques semaines après ton passage remarqué au gala de l'ADISQ. Tu avais invité une gang d'enfants à venir faire avec toi la chorégraphie qui clôt le clip de La désise. À la fin de la toune, tu avais dit: «c'est la première fois que je le fais juste avec des enfants», ce qui avait un peu blessé mon orgueil, tu comprends, à quatorze ans, se faire traiter d'enfant... Mais d'ailleurs, pourquoi tu faisais monter des gens du public sur scène?

Daniel Boucher: «Il y a quelque chose qui me dérangeait avec le fait d'être sur un stage. Plus haut. Je pense que c'était une façon d'essayer de briser ça. Quand on a commencé à jouer, je checkais tout le temps où les gars [ses musiciens] étaient. Des fois, le tech avait le réflexe de mettre mon micro en avant, pis les deux gars en arrière. Je les ramenais tout le temps. [longue pause réflexive] Paradoxe là, parce qu'en même temps, c'est mes tounes, c'est pas un band, c'est mes tounes, c'était mon nom, c'était ma face.»

Comment tu as vécu le fait d'avoir du succès avec une chanson un peu trash qui raconte l'histoire d'un bum comme La désise et que des enfants la chantent, l'adoptent?

«Est pas trash cettte toune-là. Non, est pas trash. Il y a quelque chose d'hyper-naïf là-dedans. Peut-être qu'ils ont accroché sur la dernière ligne. Y'a un hook

[Du haut de la King sort son exemplaire de Dix mille matins, le premier album de Boucher.]

«J'en ai fait d'autres depuis ce temps-là!»

Regarde, tu avais autographié le texte de Délire. Je me souviens t'avoir dit à l'époque que c'était ma toune préférée. J'ai réécouté l'album récemment et j'ai révisé mon jugement, là je pense que c'est Silicone ma toune préférée.

«Ça cette toune-là man, c'est inspirée d'une toune des Stone Temple Pilots du troisième disque, je pense que c'est du troisième disque ouais... Je te dis pas laquelle...» [Il s'agit peut-être de Big Bang Baby.]

Antoine Gratton t'accompagne à la basse dans ta tournée actuelle. Je t'ai entendu raconter en entrevue que tu l'avais appelé pour lui demander s'il savait jouer de la basse et qu'il t'avait répondu: «ça doit!» Qu'est-ce que tu penses de cette génération de musiciens qui maîtrisent tous les instruments?

«Moi je trouve que créativement, on est dans une bonne période. Depuis Le dôme, depuis Le dôme [de Jean Leloup]. L'approche a changé, on se demande un petit peu moins si c'est correct, on se demande un petit peu plus si on aime ça. Moi j'aime mieux cette façon-là de fonctionner.  [Boucher imite un réalisateur tatillon] "Il me semble que le kick [la grosse caisse] est pas à bonne place." Tu veux-tu faire de l'édition? Écoute les tounes des Stones man, écoute le drum, tu en as pour des années à replacer le kick!

Justement, ton plus récent disque, Le soleil est sorti, a quelque chose de plus cru, de moins poli que La patente, le précédent.

«La patente, j'avais beaucoup joué dedans, dans les pistes, beaucoup de job. Je suis habitué à ce que ce soit long et que ça fasse mal. Je connaissais pas ça autrement. Mais ça se peut que ça fasse pas mal! Ça se peut que tu enregistres ton disque en trois semaines. Pour Le soleil est sorti, David [Brunet, le réalisateur] savait que ça se passerait de même.»

Dans son livre Traces dans la sable, Pierre Flynn dit, je paraphrase, que l'on résiste toujours à écrire une chanson pour ou à propos de ses enfants, mais qu'on finit par le faire pareil. As-tu déjà hésité à écrire une chanson comme Mon soleil [sur l'album Chansonnier]?

«J'ai plus résisté à la chanson d'amour. Il y en a pas sur Dix mille matins. Sur La patente, il y a Petit miel, Hôtel. Ça m'a pris du temps avant d'assumer ces tounes-là. Des tounes de même, je voulais pas faire ça. Asteure, ça ne me dérange plus. Sur Le soleil est sorti, il y en a là, c'est quasiment juste ça, c'est quasiment juste ça. C'est des affaires par lesquelles on passes tous. À un moment donné, ça te dérange plus, tu assumes d'écrire ce qui t'arrives, ce que tu vois. Parce que c'est ça qui est, c'est ça qui existe. T'assumes de te servir de la matière que t'as.»

Quand tu écris une chanson aujourd'hui, est-ce que ça t'apporte la même satisfaction qu'au début?

«C'est pas pareil. C'est pas moins le fun, mais à 20 ans, j'écrivais une toune pis je me disais: "eille, elle va peut-être me sortir de la marde." Pas que j'écrivais pour pogner, c'est pas ça, j'espérais seulement faire un disque dans la vie, c'est normal. Là, je le sais pas. Je le sais pas man ce qui va arriver. Faut que je fasse un petit peu de ménage dans ma vie.»

Pourrais-tu arrêter d'écrire des tounes?

«Faudrait que je fasse autre chose. Je le sais pas man ce qui va arriver. J'ai des joints à tirer, j'ai de la peinture à faire, j'ai des portes à installer, des planchers à poser, des boîtes à défaire. La maison, c'est comme une métaphore de moi. Faut que je fasse de l'ordre dedans pis le prochain projet va me sauter dans la face. Je le sais pas ça va être quoi aujourd'hui, peux pas te le dire, mais je trouve ça excitant man. Ça peut être n'importe quoi. Je le sais pas.»

Pourquoi tu fais de la musique?

«Parce que j'aime ça point à la ligne. Ça me rend heureux. Il n'y a pas d'autres raisons, faut pas qu'il y en ait d'autres, faut pas qu'il y en ait d'autres. Je sais pas...je sais pas si je vais continuer...je sais pas ce qui va arriver. Je te le dis, je suis honnête. J'aime trop ça pour arrêter, c'est clair, mais je passerai pas ma vie à faire écriture, studio, promo, tournée, écriture, studio, promo, tournée. Non. Va falloir que quelque chose explose dans la structure. Ça peut être aussi le fun de chanter pour ton gars que de chanter pour 200 000 personnes, ça je le sais. Si je me rends compte que c'est ça qu'il faut que je fasse, c'est ça que je ferai.»

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Daniel Boucher est l'artiste invité de la Grande finale du Festival de la chanson de Granby, dont il est également le porte-parole, le 19 septembre, 19h30, au Théâtre Palace de Granby.

Il présentera son spectacle en formule power trio (avec Antoine Gratton et Sylvain Clavette) le 10 octobre, 20h, au Théâtre Palace de Granby.

Daniel Boucher


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9 septembre 2009, 4:58
Sherbrooke en ska-punk (trois historiettes)

1. Guttermouth et la boue

Parmi les grands mystères de la vie, l'intensité des mosh pits de Guttermouth, à mes yeux, demeure entier.

J'irai peut-être ce soir (9 septembre) aux Marches du Palais de Sherbrooke, tenter de comprendre la boue que mes vieux camarades ska-punk - Champagne, Arsenault et compagnie - crachaient en revenant complètement lessivés des prestations de la formation californienne au Warped Tour: «Man, c'est des o***** de malades!» (Moi, je préférais les petites scènes avec pas de mosh pit.)

J'ai même le souvenir de m'être ensuite mépris sur l'identité de Guttermouth, d'avoir été convaincu qu'il s'agissait d'un groupe hardcore, pour me rendre compte quelques mois plus tard en tombant sur leur vidéoclip She's got the look à 1-2-3 Punk, qu'il nageait dans les couloirs balisés du skate punk juvénile.  

Complètement lessivés, un euphémisme dans le cas d'une bande de gars qui, encore, crachaient littéralement de la boue, prostrés, la tête dans les mains toujours le souffle court, plusieurs heures plus tard dans le McDonald's de L'Ange-Gardien.

2. The Johnstones et le chignon

Le ska-punk brille rarement par son originalité. Il ne faudrait cependant pas sous-estimer sa force fédératrice.

Prenez Éliane, étudiante en commercialisation de la mode à l'UQAM. Croisée mercredi dernier au Téléphone rouge qui inaugurait sa saison automnale avec The Johnstones, la jeune femme en visite chez une amie étudiante à l'UdeS (première présence en sol sherbrookois), est un exemple de contenance et d'élégance. Dans le cadre de porte du bar/spectacles, la brune au look savamment négligée (savoir moduler son élégance selon les lieux que l'on visite est un art raffiné qu'elle maîtrise) racontait en grillant une cigarette son stage dans une maison de luxe parisienne, dont elle revenait tout récemment.

L'observer, quelques minutes plus tard, tentant de réprimer son envie de danser au son des Johnstones, était un spectacle en soi. Elle céda petit à petit à l'insistance d'un collègue de son amie, lui vrai fanatique de la formation originaire d'Ajax (!!!), Ontario. Timidement d'abord avec quelques petits sautillements devant la scène, le manteau toujours sur les épaules. Il faut préciser, à sa décharge, que The Johnstones, hybride entre les Backstreet Boys et Reel Big Fish, fait tout pour mettre le feu aux poudres: chorégraphies, doigts d'honneur (témoignages d'amour dans le milieu), singeries scatologiques, lignes de cuivres contagieuses, etc.

Puis, Éliane laissa tomber le manteau et remonta ses cheveux dans un chignon, tenu en place grâce à un élastique ordinaire, au-dessus de sa tête. Le ska-punk, 1; Éliane, 0.

3. Les Conards à l'Orange et le mur de la voisine

Vendredi de fin d'été, je monte les escaliers qui mènent à mon appartement. Presque chaque jour depuis le 1er juillet, je croise un nouveau voisin dans la cour intérieure, très Michel Tremblay. «Hey Frank, tu emménages à côté?» Charismatique chanteur des Conards à l'orange, Frank flâne sur un des balcons du bloc d'à côté. «Non, on vient faire la pochette de notre disque.» «Attend-moi, j'arrive.»

J'entre chez-moi me prendre une bière et traverse rejoindre le punk-rockeur. Deux graffiteurs tracent le logo des Conards sur le mur de cuisine de ma voisine qui sera ensuite photographié pour la couverture de leur album à paraître. Pas d'illusions générées avec Photoshop pour les Conards, aux exigences d'authenticité élévées, qui ont recours à deux professionnels et, l'essentiel, au bon vouloir d'une «fille que je ne connais pas tant que ça», dixit Frank, à peine installée et qui désirait repeindre son logis de toute façon.

À ce que je peux apercevoir de mon balcon, le logo des Conards orne toujours le mur de ma voisine. Ce don de soi (don de mur?) lui méritera sans doute un remerciement dans le livret du disque, bientôt sur les tablettes (lancement 3 octobre au Téléphone rouge). Nous pourrons déjà en entendre des extraits ce soir aux Marches du Palais; les Conards à l'Orange débutent la soirée Guttermouth. J'irai peut-être cracher de la boue en leur compagnie.

Les Conards à l'Orange


8 septembre 2009, 3:47
Tous cocus avec Gilles Latulippe (Dans l'accotement)

«Puis-je vous demander comment vous avez entendu parler de Gilles Latulippe

C'est le téléphoniste de la billetterie du Centre culturel de Drummondville qui demande ça. Comment j'ai entendu parler de Gilles Latulippe? Je peux également vous raconter comment, cher monsieur, j'ai pour la première fois entendu parler de Charles Aznavour, de Jésus ou de ma mère!

«Je suis un fan de longue date», tranchai-je, ce qui n'est pas faux. Drôle à mourir (Éditions TDV, 2001, préface de Fernand Gignac), recueil d'histoires drôles de Latulippe, est un des ouvrages les plus consultés de la bibliothèque DHDLK, précédé de près du Dictionnaire des synonymes et suivi de près de La Cuisine raisonnée. Fan de longue date, mais qui n'avait jamais encore assisté à une des pièces de théâtre d'été que Symphorien et son tannant de complice, Roger Giguère, présentent chaque été au Centre culturel de Drummondville depuis la vente et le changement de vocation du Théâtre des Variétés (devenu le La Tulipe).

La blague salace Du haut de la King, une présentation Voir Estrie

(extrait de Drôle à mourir)

Une petite fille:

  • Dis, Maman, ça s'écrit comment «quéquette», avec un t ou deux t?

La maman:

  • Mets-en trois, c'est jamais assez long!

Pourquoi pas la poutine?

Le Looba Café, rue Hériot, est un des hauts lieux de la branchitude drummondvilloise, pour peu que le concept de branchitude soit valide à Drummondville. Claudia, la barmaid, aimerait pourtant être ailleurs. Hier soir, Coeur de Pirate et Daniel Bélanger jouaient au Festival de la poutine, auquel elle n'a pas pu assister: «Ben non, j'travaillais!», et ce soir, ce sont les Vulgaires Machins, les Lost Fingers et, surtout, Malajube, qu'elle regrette ne pas pouvoir entendre: «J'travaille encore!» Envie d'être ailleurs pour envie d'être ailleurs, Claudia préférerait en fait se retrouver chez elle, à Rouyn-Noranda, pour le FME. Elle aurait peut-être pu, allez savoir, danser frénétiquement, épaule contre épaule, avec Xavier Caféine sur le parquet du Cabaret de la dernière chance.

Ce qui amène une Rouandaise à Drummondville? Aucune idée, et ça ressemble bien trop à la prémisse d'un roman de Francine Noël pour que mon compagnon d'infortune, Duquette, ou moi osions la questionner. «Vous viendrez me dire comment c'était Malajube après le show si ça vous tente!» «Heeeeeee... on s'en va pas à Malajube, on s'en va voir Peinturés dans le coin, la pièce de Gilles Latulippe.» Il existe un nombre incalculable de manières éprouvées de décevoir une barmaid, en voilà pourtant une que le monde moderne n'avait jamais encore enregistrée.

Je suis cocu, tu es cocu, il est cocu, nous sommes cocus (spoiler alert)

Être un comme, des Vulgaires Machins, résonne dans les rues de Drummond alors que nous marchons d'un pas rapide vers le Centre culturel qui point à l'horizon comme un ersatz de Colisée de Rome. L'édifice, beau comme un aréna de province ou comme le centre commercial d'une ville de moins de 10 000 âmes, se taillera sans difficulté une place dans Drummondville Kitsch, le jour ou Sébastien Diaz s'y mettra.

Impossible à résumer, l'intrigue de Peinturés dans le coin s'avère aussi limpide que celle d'une chorégraphie de Marie Chouinard. Quoi dire, sinon que tous les personnages, ou presque, se font cocufiés et/ou cocufient leur douce moitié. Un univers éminemment pré-féministe où les hommes tentent d'échapper à leur castrante, grossissante, dépensière et frigide de femme pour coucher avec des - et je cite - «guédounes». Un univers si suranné qu'il faudrait plutôt parler de convention dramaturgique. Seul ancrage dans le 21e siècle, le viagra, abyssal ressort comique, permet à Latulippe de renouveler son répertoire de blagues de pénis.

Patricia Tuslane, la p'tite jeune

Rarement rencontre-t-on, dans la vraie vie, autant de personnes titulaires de cartes Mc D'or aussi obsédées par le sexe; toutes les blagues de Peinturés dans le coin sont grivoises.

  • «C'est l'histoire d'un gars qui va voir son médecin et qui lui dit: "docteur, j'veux que mon pénis touche à terre."»
  • «Qu'est-ce qu'i'a'fait?»
  • «Le docteur lui a coupé les deux jambes!»

À ce point âgée la distribution que Patricia Tuslane, dans le rôle de la vamp, se révèle crédible. Mon chum Duquette: «j'pense que je la trouve cute.» Duquette, permets-moi de te rappeler que la dernière fois que l'on a vu Patricia Tuslane, elle était débatteuse à TQS. (J'omets son rôle de cougar dans J'ai tué ma mère.)

Si l'intrigue est aussi échevelée, c'est essentiellement parce toute la pièce est prétexte à en pousser une petite salée. Presque toujours postés au devant de la scène, au centre, deux personnages échangent des vannes pendant quelques minutes, reprennent l'action, puis échangent d'autres vannes. Exemple: Gilles Latulippe, en concierge, entre chez Roger Giguère et ouvre le journal pour lui lire l'horoscope, la météo, les faits divers, etc., mais il ne s'agit que d'autres blagues de type «une fois c't'un gars», astucieusement travesties. 

Écroulé, le quatrième mur

Burlesque un jour, burlesque toujours, Roger Giguère, dans la plus pure tradition, n'a que faire du quatrième mur et demande à sa - et je cite - «guédoune», pour mieux voir ses cuisses, de relever sa jupe. La «guédoune» obtempère. «Encore un peu», insiste-t-il, elle obtempère, «encore un peu», répète-t-il, elle obtempère, «encore un peu», s'obstine-t-il, «ben là!», s'offusque-t-elle. «C'est pas pour moé, c'est pour le monsieur assis là», rétorque le comédien en pointant un spectateur dans la quatrième rangée.

Encore plus ahurissant, Giguère, l'inénarable, de retour de l'entracte, s'adresse au public en se secouant les pantalons, les deux mains dans les poches: «Ça fait-tu du bien d'aller à toilette hen?», puis récapitule la première partie à la manière d'un résumé de l'épisode précédent au générique d'ouverture d'une télésérie. Peut-être un peu pour lui-même se rafraîchir la mémoire.

Surmenage comique

«Je me sens vidé», échappe Duquette au sortir du Centre culturel de Drummondville et pour cause, Peinturés dans le coin, procure une sensation analogue à Le Chien Andalou, tant décalée des formes narratives qui nous sont familières, qu'elle exténue. Faut aussi dire, pour être honnête, que nous avons beaucoup ri. Ri de bon coeur certes, mais surtout ri du dit décalage, comme on le fait toutes les semaines devant Family Guy, bien qu'à un détail près: dans le cas de la pièce de Latulippe, le décalage n'est pas intrinsèque à l'oeuvre.

Nous avons songé pendant quelques minutes aux mots qui nous permettraient d'expliquer notre état d'âme à Claudia du Looba Café. C'était au-dessus de nos capacités.


31 août 2009, 4:30
Las Vegas avec Sylvain Cossette (Dans l'accotement)

«Taxi Sherbrooke?» «Coin McManamy-Belvédère s'il-vous-plaît.» 20h20, le concert de Sylvain Cossette débute à 20h30 pile au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke, le genre de salles où l'on n'a pas le temps d'en boire une petite avant que le spectacle ne débute. L'espoir de tomber sur un chauffeur qui a pris la série de films Taxi pour un défi et qui enverrait paître Samy Naceri.

«Par quel chemin voulez-vous passer?», demande-t-il avec son accent serbe à couper au couteau. «Je ne sais pas, je vous truste.» Attend-il que je lui donne le droit de me rider? Il opte finalement pour la rue Dunant, le grand tour par-derrière l'Université en longeant le parc du Mont-Bellevue, le chemin qui m'est le moins familier. Plongé dans la noirceur, seuls l'horodateur et le nouveau terminal de répartition des appels (ayant récemment relégué aux oubliettes le bon vieux cb et la litanie du répartisseur) brillent, dans l'automobile s'entend. Parce qu'à l'extérieur: «Regardez à droite, la vue est très belle. C'est pas Las Vegas, mais quand même...» On connaissait le chauffeur de taxi-analyste de hockey et le chauffeur de taxi-conteur, pas encore le chauffeur de taxi-guide touristique.

Au casino

Sherbrooke, pas Las Vegas? Faux, au Centre culturel du moins, en ce soir de concert digne du cabaret d'un casino: 70's de Sylvain Cossette. Une impression d'abord créée par le décor, un grand écran, Lite-Brite pour adultes, récupéré de la vente de feu d'Elvis Presley, qui domine la scène. L'homme à la voix de rossignol débute avec Carry on wayward son, puis enchaîne avec Stuck in the middle with you, I want you to want me et un pot-pourri de The Police.

Spectacle de casino, de la même façon que Frank Sinatra ou Elvis ont pu donner, à une certaine époque, dans le spectacle de casino, blagues et échanges scriptés avec les musiciens - de bon aloi - faisant partie intégrante du concept. Contrairement aux autres propositions nostalgiques du genre comme Rock Story où le chanteur Jean Ravel calque la pause des grandes bêtes de rock, sexuées au possible, comme Freddie Mercury et Robert Plant, ou la posture du lézard de Morrison, Cossette incarne, guitare au cou, l'image du bon père de famille.

Même commentaire en ce qui concerne les spectacteurs, très bon chic bon genre chez Cossette (on doute qu'ils aient été de grands rockeurs dans leur jeune temps), tandis que ceux de Rock Story faisaient tout en leur pouvoir (hurlements, pas de danse, signes de devil) pour que l'on comprenne qu'ils avaient usé Frampton comes alive! à la corde, du temps qu'ils avaient tous encore leurs cheveux bien sûr. Pour ces derniers, Rock Story est un efficace pis-aller. Les fans de Cossette, eux, viennent entendre l'interprète davantage que le répertoire.

Mélanie, 12 ans

J'ai une tante dont la photo de profil sur Facebook la montre en compagnie de Sylvain Cossette et je suis convaincu que devant la possibilité de poser avec Roger Waters, Elton John ou Mick Jagger plutôt qu'avec l'ex-leader de Paradox, la réflexion serait courte, que la vedette locale emporterait sa faveur.

Mélanie, elle, ne se poserait même pas la question. Sur son mur, plein de photos de Sylvain Cossette découpées dans les magazines que sa mère achète toutes les semaines. Quand, le 12 juin dernier, jour de ses 12 ans (année chanceuse), ses parents lui offrirent des billets pour le spectacle 70's de son idole, Mélanie ne put réprimer un: «vous êtes les meilleurs parents du monde!» 

Dans la file pour le bar du Centre culturel, durant l'entracte du dit spectacle, le grand soir, Mélanie, toute menue, enlace son père, un sosie de Marcel Aubut. Sylvain Cossette est à la hauteur des attentes de la pré-adolescente dont c'est un des premiers «vrais» concerts (Arthur l'aventurier, ça compte pas vraiment). Le petit frère, 8 ans, l'imite ensuite pendant que maman paie les thés glacés pour toute la marmaille. Papa lui s'offre une bière, bien mérité. La vie est belle.

Rock en veston

Quelques heures plus tard, au bar le Saloon, rue Dufferin, Du haut de la King n'a pas manqué de se vanter d'être le seul blogue à couvrir, le même soir, Sylvain Cossette et les Bébés Requins. Les réactions de ceux qui l'apprenaient oscillaient entre l'indifférence et la poussée de vomissement. Bienvenue dans l'underground.

Toute une grosse Laurentide, ç'a été le temps nécessaire pour trouver un point commun aux deux artistes: le veston. Coupe candidat à Occupation Double du côté de Cossette et de ses musiciens, coupe Gainsbourg 1968 du côté des Bébés Requins.

Toute la famille rock'n'roll (des v.i.p.: Alexandre Faribault, ex-Thanatologues, et Michel Alario, ex-Macchabées) était venue entendre les très contagieuses nouvelles chansons du sextet. Pas de titres en mémoire, mais le souvenir d'une Stéphanie, chanteuse à robe chasuble (je ne sais pas exactement ce que l'expression signifie, mais Laura Martin de La Tribune l'a déjà employé dans un article sur le groupe), promettant à sa co-vedette Louis Philippe De La Gagnon de l'enterrer vivant.

Réponse à Tony LoFi (guitariste): non, Sylvain Cossette n'a pas joué Search and destroy. Ni Lust for life. Même pas Walk on the wild side.   


27 août 2009, 7:07
Bons Baisers de France à Sherbrooke: Mets-en!

«Prends-en man, c'est là pour ça!» Daniel "mets-en, mets-en, mets-en" Boucher dépose une all-dressed x-large achetée chez Mivan sur une table de la terrasse du Liverpool. La fin du premier jour d'enregistrement de Bons Baisers de France à Sherbrooke (lundi 24 août) auquel il participait sera princièrement célébrée. Et le chanteur est un homme de goût: c'est de vino que l'on arrose la grosse pointe graisseuse, un accord met-vin que le guide Phaneuf ne répertorie toujours pas. Qu'à cela ne tienne, Laura, la serveuse, ne lésine pas sur le protocole et procède à chacune des étapes d'approbation de la bouteille avec la diligence d'une diplômée de l'ITHQ. Les commandes reçues, toute la tablée (David "notre chef musical" Laflèche, François "le postier à quatre cordes" Plante, Dominique "recherchiste étoile" Mauffette, Roxanne "pas secrétaire particulière, secrétaire de production" Duclos et Yann "pourquoi t'es dans la lune" Perreau) - «Santé!» - trinque. Le bruit des verres se cognant les uns contre les autres résonnent longuement dans un centre-ville de Sherbrooke déserté.

Hit music only

La soirée avait commencé là ou elle débute rarement: les nouveaux studios de NRJ 106,1, envahis par une horde de curieux à l'occasion d'une journée portes ouvertes. Je devais rejoindre Yann Perreau qui y offrait une courte prestation et à qui j'avais proposé d'assister à Bons Baisers de France en ma compagnie. «Avez-vous vu Yann Perreau?», que je demande à une des bénévoles dont le regard s'illumine à la simple mention du chanteur/éphèbe. Pas de Perreau en vue. «Il est parti rejoindre quelqu'un en ville.» Quelqu'un en ville, ça me ressemble drôlement. Sans le cell que je suis, on me fait monter au deuxième étage pour que je tente de retracer mon homme. Je passe quelques coups de téléphone dans un concert d'onomatopées de visiteurs éhabis et de succès de Flo Rida martelés à un volume qui mériterait une amende (à Granby le dimanche du moins). «Merci beaucoup, je l'ai trouvé.» Perreau est au Tapageur. Faut que j'me pousse d'ici avant que l'on me fasse gagner un t-shirt ou une casquette. On me retient par la manche.

Le gars de la radio, avec sa voix d'en direct de chez Brault & Martineau: «Avant que tu t'en ailles mon homme, dis-nous c'est quoi ta station préférée...»

Du haut de la King: «Je sais pas...Radio-Canada? CFAK?»

Le gars de la radio, avec sa voix de Jacques Fabi (ex-ours mal léché de la ligne ouverte nocturne): «Fais donc un effort criss, tu viens d'utiliser notre téléphone le jeune!»

Du haut de la King: «Ok, ok...j'écoute [soupir] N [soupir] R [soupir] J 106,1, hit music only! Mais veux-tu me lâcher là, les t-shirts que je porte, je me fais un point d'honneur de les payer de ma poche.»

Les Îles dans la tête 

Une assiette découverte mer (Perreau), un steak-frites (Du haut de la King) et quelques pintes (les deux) plus tard (fin de la parenthèse Guide Restos Voir), nous quittons le Tapageur et arpentons la Wellington Nord, direction télévision. Assis en demi-cercle autour de l'abreuvoir devant l'Hôtel de ville, les coffee shop kids de la Well errent comme à tous les soirs, Bons Baisers de France à Sherbrooke ou pas. Fred "la belle grande blanche" raconte à Yann avoir assisté à un de ses concerts du début de l'été aux Îles-de-la-Madeleine. Les deux semblent se repasser mentalement les Îles, unis par quelque chose d'unique comme deux born again. «C'est ça que ça fait les Îles», m'explique Fred. Perreau acquiesce avec un sourire de pêcheur.

Assis devant la vitrine du restaurant le Bouchon pour le deuxième enregistrement de la soirée (23h), France Beaudoin, là-bas derrière son bureau, semble loin loin loin. Heureusement que deux écrans de chaque côté de la scène retransmettent l'émission. Les plans rendus par la caméra qui surplombe la foule donne l'impression que 10 000 personnes sont massées sur l'esplanade de la Saint-François quand, en réalité, il y en a tout au plus 350. France, généreuse, offre un petit mot aux spectateurs à chacune des pauses publicitaires avant de rendre la parole à l'animateur de foule, sérieux candidat dans la catégorie «animateur de foule le plus abrutissant de l'année» au prochain gala des Gémeaux. Le Éric Salvail des pauvres s'adresse au public comme un chirurgien qui essaie d'être rassurant: «ok les amis, il ne reste qu'un dernier bloc d'entrevue et après c'est fini.» «Ok monsieur Tardif, on remet votre rein à sa place, on vous recoud et après c'est fini.»

Une toune à un bras?

2h45, gros débat sur la terrasse du Liverpool. Les haut-parleurs crachent Pour some sugar on me, «la plus grande chanson avec un batteur amputé», allègue-je en jouant du air drum un bras dans le dos pour pasticher celui de Def Leppard.

David "notre chef musical" Laflèche: «Y'avais-tu déjà perdu son bras sur cette toune-là?»

François "le postier à quatre cordes" Plante: «Ouais, c'est sur Hysteria, le premier album de Def Leppard à un bras. L'autre d'avant, c'est Pyromania

Laflèche sort son BlackBerry ou son iPhone (un bidule qui tient dans la paume de la main et qui permet d'accéder à Internet en tout cas), à la recherche d'une confirmation sur Wikipédia. «C'est-tu Joe Elliott le drummer? C'est-tu Steve Clark?» Finalement - on prend des notes à la maison - le nom du célèbre batteur amputé de Def Leppard est Rick Allen, son dernier album à deux bras s'intitule Pyromania (1983) et son premier album à un bras, Hysteria (1987). Nous dormirons mieux. Puis Laflèche me ramène à l'ordre sur une autre date importante du rock '80: Appetite for Destruction de Guns N' Roses a été lancé en 1987 et non pas en 1989 comme je le croyais. Remis dans le droit chemin, je peux air drummer la fin de Pour some sugar on me en toute quiétude.

Puis, cependant que Daniel "mets-en, mets-en, mets-en" Boucher fume menthol slim sur menthol slim, David "notre chef musical" Laflèche se confie sur sa fascination pour Alain Lefèvre, Yann "pourquoi t'es dans la lune" Perreau raconte avoir envisagé faire irruption au beau milieu de l'entrevue de son vieux chum Dan Boucher un peu plus tôt sur le plateau de BBDF, François "le postier à quatre cordes" Plante ne cesse de s'étonner que la société d'État lui paie une chambre au Delta et Dominique "recherchiste vedette" Mauffette me demande qui je suis. Échiné par toutes mes pérégrinations, je peine à entretenir la conversation et me contente de pester lorsqu'elle évoque Sébastien Diaz qui animera bientôt le magazine culturel Voir sur les ondes de Télé-Québec. «Une belle gueule, du charisme, une bonne plume, un show de tv et Bianca Gervais comme blonde, moi je trouve que c'est beaucoup de bonheur pour un seul homme.» Le lendemain, je téléphone presque au Delta question de me reprendre et d'inviter Dominique pour un verre, invétéré rêveur que je suis, mais je flanche, invétéré poltron que je suis.

«Va donc t'r'coucher!»

Le lendemain matin (mardi), Daniel "mets-en, mets-en, mets-en" Boucher donne une journée de promotion en vue de son spectacle du 12 septembre au Vieux Clocher de Sherbrooke. La mine patibulaire, j'arrive au Caffuccino pour l'interviewer (vous pourrez lire le compte-rendu de notre discussion très bientôt ici) à 11h20, lui est là depuis 9 heures, jovial comme un poupon que l'on chatouille. Nous nous sommes pourtant couchés à la même heure. Le problème avec les gens du spectacle: ils sont toujours beaux, même dans la vraie-vie-pas-de-maquillage. «Va donc t'r'coucher», qu'il me lance à la fin de notre entretien, soucieux de ma santé. Mets-en, la télé c'est éreintant.


18 août 2009, 2:27
Roman-savon à Granby, catharsis incluse

Allons-y sans détour: la meilleure scène de Roman-savon, la pièce de théâtre EN été présentée à l'Ancien presbytère de Granby, est celle de la première rencontre (bien que la scène arrive juste avant l'entracte) de nos deux protagonistes, Julie et Philippe, dans un lancement de roman érotique, rencontre qui culminera par une séance de batifolage dans les toilettes publiques.

Loin de mes considérations bloguesques, Chantale, ma voisine de table (le théâtre compte tout au plus 50 places) n'avait de cesse de se scandaliser, pendant l'entracte, que l'on puisse avoir imaginé quelque chose d'aussi furieusement charnel et qu'on l'ait, de surcroît, représenté sur scène. O.k., allons-y sans détour: Chantale n'en pouvait plus que son chum lui chuchote des cochonneries à l'oreille pendant l'entracte, émoustillé qu'il était à l'idée de relations sexuelles dans les lieux publiques. Un chum qui était peut-être une première date  en fait (faudrait lui offrir le Code Boilard) et qui, selon toute vraisemblance, ne connaissait pas la signification de l'expression "poursuivre de ses assiduités".

Catharsis pour catharsis, un des spectateurs assis à l'avant de la salle, la bière presque déposée sur la scène, ne laissait pas sa place. Monsieur n'avait pas été mis au courant qu'il ne s'agissait pas d'une pièce interactive. «Méchante folle», s'exclama-t-il après que Philippe ait énuméré les travers de sa belle-mère. N'y avait-il pas un module "Bonnes manières et expériences esthétiques" dans les cours de F.P.S. au secondaire?

Roman-savon, presque huis clos dans une salle de bain portant sur les relations homme-femme et l'engagement, tient donc de l'épisode moyen de Un gars, une fille, au-dessus de la mêlée du théâtre d'été en général, grâce à la qualité de ses comédiens, Martin Gougeon et Mélissa Dion Des Landes. Quelques choix dramaturgiques sont sympas, que l'odieux de la peur de l'engagement repose sur les épaules de la fille, plutôt que du gars, par exemple.

La pièce n'évite pas quelques blagues qui mériteraient bien un petit repos pour honorables services rendus aux auteurs de séries humoristiques:

  • La fille qui assure qu'elle est calme en criant: «OUI JE SUIS TRÈS CALME!!!»
  • Toutes les comparaisons impliquant le membre viril masculin et une pâte alimentaire.
  • Toutes les comparaisons impliquant la poitrine d'une femme et un agrume.

Roman-savon ne donne cependant pas que dans les clichés et quelques délires de ses auteurs (Martin Gougeon, Martin Boisclair, Louis-François Grenier) apportent de l'eau au moulin. Certains d'entre eux devraient obligatoirement être inclus dans chacune des pièces de théâtre d'été pour les 25 prochaines années:

  • Une toilette qui parle (À peu près aux trois quarts de la pièce, Philippe tient un échange charnière avec son bol de toilettes, un peu comme si les scripteurs de South Park avaient usurpé les ordinateurs des auteurs d'Un gars, une fille pendant leur pause-café.)
  • Le personnage d'un cambrioleur métrosexuel.
  • Le récit, par Julie, des infidélités de son père avec, comme marionnettes, des produits de toilette.

Les trois dernières représentations de Roman-savon (m.e.s.: Émilie Gauvin) sont présentées les 20, 21 et 22 août prochain.


11 août 2009, 12:31
Pain de ménage et Marc Lévy

Au café-bistro les Trois Grâces d'Eastman, le pain de ménage est tranché épais et les sourires sont larges comme de grosses bananes. Pas de correspondances au programme pour mes voisins de gauche, une bande de trentenaires en vêtements Mountain Equipment Co-op qui, à ce que j'en comprends, se remplissent la panse d'œufs du jour en prévision d'une longue journée de vélo.

À ma droite, une dame discute avec Louise Portal, la muse des Correspondances d'Eastman, qui vient quérir son café matinal. L'actrice se dirige vers un des jardins d'écriture du village. «Je vais écrire à mes amis français», raconte-t-elle.

Huit cafés et un demi-pain de ménage plus tard, plus de cyclistes à ma gauche, ni d'épistoliers à ma droite. Premier arrêt de la journeé au Club de l'âge d'or d'Eastman où Archambault à installer une mini-librairie dont la moitié de la sélection, sinon plus, provient de la bibliographie de Marc Lévy. Les 7e Correspondances d'Eastman seront Lévy ou ne seront pas. Une amie qui travaille pour l'événement me raconte avoir reçu plusieurs appels transportés au sujet de l'écrivain francophone le plus lu au monde (le plus acheté en tout cas: 17 millions d'exemplaires).

  • «Vais-je pouvoir lui parler personnellement?» (Peut-être, mais pas longtemps.)
  • «Vais-je pouvoir l'inviter à dîner?» (Malheureusement pas.)
  • «Vais-je pouvoir lui toucher?» (Peut-être, mais pas partout.)
  • «Vais-je pouvoir l'épouser sur place?» (Malheureusement pas.)

Le chauffeur de la navette menant les épistoliers aux jardins d'écriture consent à me donner un lift jusqu'au théâtre La Marjolaine; Marie-Claire Blais et Catherine Mavrikakis y participent à un café littéraire animée par Danièle Bombardier (je vous en reparle plus tard). Les quatre dames prenant place dans la mini-fourgonette avec moi, elles, s'en vont écrire dans la nature. Des lettres manuscrites, oui. Sur du vrai papier, oui. Avec des stylos ou de plumes fontaines, oui. Pas de MacBook dans leurs sacs, non. Je suis pantois.

15h30, déjà une bière à la main que je sirote sur le balcon de la boîte à chansons le Piano Rouge attenante au théâtre la Marjolaine, un promontoire de choix pour observer le flot de voitures s'amenant pour la grande entrevue avec Marc Lévy. Le préposé au stationnement dirige les voitures avec la bonhomie d'un maréchal de l'armée rouge. «Allez on se dépêche», lance-t-il d'abord à une Camry beige:  Puis à une Cadillac noire: «Oui monsieur, c'est ici Marc Lévy, on avance s'il vous plaît.» Et une Civic rouge à aileron avec à son bord une bimbo à poitrine stratosphérique? Marc Lévy ratisse large! Pas tant que ça, monsieur casquette à l'envers, au volant, ne veut que faire demi-tour finalement. Le préposé au stationnement s'énerve.

Un VUS brun s'arrête devant la porte d'entrée du théâtre question de faire descendre sa passagère. «Eille, wo, wo, wo, c'est pas un débarcadère icitte!», gueule le préposé au stationnement courroucé de voir son autorité ainsi remise en question. Le gars a suivi sa formation lors d'un concert de KISS. Le hic: les lectrices de Marc Lévy n'ont pas exacement toutes les mêmes capacités motrices que les fans fou furieux peinturlurés de KISS. Une canne point du côté passager suivie d'une frêle silhouette voûtée alors que le chauffeur du VUS explique au préposé que sa femme n'a plus l'âge des groupies qui se précipitent en courant vers leurs idoles. Le préposé se confond en excuses.

À l'intérieur du théâtre, le branle-bas de combat se poursuit. La grande entrevue affichant guichet fermé, l'espace doit être maximisé. En général, monsieur est l'invité de madame. Sauf dans le cas d'Alexandra, assise devant moi. L'étudiante en littérature n'a jamais ouvert un Marc Lévy et accompagne son père qui lui, a presque tout lu, mais ne se souvient pas des titres. Pendant l'entrevue, il se retournera à toutes les fois que Francine Ruel en mentionnera un pour me dire: «Lui, je l'ai lu.», «Lui, je l'ai lu.» Une peu commune et chouette sortie père-fille.

16h00, Marc Lévy entre en scène comme on entre dans un pub, jeans bleu et pull-over marin sur t-shirt blanc, les lunettes accrochées au col, suivi de celle qui le confessera, Francine Ruel.

Entrevue somme toute divertissante, grâce, essentiellement, à l'humour bon enfant de Lévy. Devant les questions à pentures de Ruel qui, en fait, tenaient pour la plupart davantage du dithyrambe que de la phrase interrogative, Lévy répliquera à un certain moment: «Oui, mais il n'y a pas de question dans ce que vous venez de dire.» Right mon Marc! La foule éclata de rire.

S'il joue sans lésiner la carte de l'humilité, Lévy adopte malgré tout certaines postures romantiques qui font sourire. On apprendra entre autres que l'écriture peut l'absorber au point d'oublier de manger pendant deux ou trois jours et qu'il a pleuré comme une madeleine après avoir visionné Il faut sauver le soldat Ryan. Steven Spielberg a d'ailleurs produit la version cinématographique de son premier roman, Et si c'était vrai, devenu Just like heaven en 2005, un film qui avait soulevé l'ire de certains de ses lecteurs (lectrices?) en raison de nombreux vices d'adaptation. Pour Lévy, la présence de Reese Witherspoon avait suffi à lui faire aimer le film. Marc, nous sommes sur la même longueur d'ondes.

Après 90 minutes d'échange, le tour des spectateurs était venu. J'aurais bien invité Lévy à aller boire une bière, mais le plus américain des écrivains français devait ensuite dédicacer des livres. C'est ce que je retiendrai: Marc Lévy, un gars avec qui on irait prendre une bière. Quant à ses romans...

 


6 août 2009, 1:21
Jeune Chilly Chill et le concert que (presque) personne n'a vu

Personne n'a vu, ni entendu, le concert que Jeune Chilly Chill (Xavier Constant) donnait il y a quelques semaines au Maysen Pub dans le cadre du OFF du Lac. Personne sauf Yann Godbout (l'organisateur du OFF), Heatdub (un rappeur/producteur de Richmond qui officiait en première partie) et son crew, le chauffeur de Jeune Chilly Chill, le personnel du Maysen Pub et moi.

Ah oui, il y avait aussi la blonde d'un des membres de la bande de Heatdub dont la présence légitimait borderline la dédicace d'un des emcees: «This one is for the ladies...the lady...» Pouet, pouet, pouet...

Rejoint sur scène par son fidèle hype man Maître J, avec qui il forme également NSD (NulSiDécouvert), Jeune Chilly Chill a fait preuve d'un réel dévouement (fallait quand même le faire le show!) Et quand j'écris scène, c'est vraiment pour la forme, parce qu'il n'y a pas, à proprement parler, de scène au Maysen Pub. Qu'un plateau sur lequel la clientèle du bar s'agglutine les soirs achalandés. Un comptoir sépare même les artistes de la foule (lorsqu'il y en a une). Chill et J s'en sont d'ailleurs servis pour bouffonner en s'y accoudant afin de livrer quelques-unes de leurs rimes, comme s'ils étaient débarqués à Sherbrooke simplement pour prendre un verre, pénards.

Pause onomastique

Discuter avec Jeune Chilly Chill est une curieuse expérience. Il y a d'abord ces immenses lunettes portes patio brunes qui captivent. Puis le problème du nom; je ne crois pas l'avoir deux fois interpellé de la même manière de toute la soirée. J'ai risqué:

  • «Hey Chill», façon sur le corner.
  • «Hey Jeune», façon paternaliste.
  • «Hey Xav», façon ti-cul.
  • «Eille Constant», façon rurale.

Le gars ne s'en est pas formalisé. Merci beaucoup.

Fin de la pause onomastique 

Souvent associé au courant rap champ gauche, salace dans la rime et électro dans le beat, des Omnikrom, Payz Play, Obscene Kidz et cie, Jeune Chilly Chill est pourtant une des rares artistes de ce groupe à obtenir l'assentiment, du moins le respect, d'un public hip-hop pur et dur, sans doute grâce à sa versatilité et à sa connaissance enclyclopédique du hip-hop qui lui permettent d'insuffler une bonne dose de fantaisie aux lieux communs du genre. Chill peut autant, par exemple, disserter sur son allure chétive (130 livres), décocher un pamphlet haineux à la police dans la plus pure tradition N.W.A. (F*** les coches!), faire le récit d'un accès de lubricité devant Bons Baisers de France («J'ai le goût de f******» demandait-il à la "foule" de scander) ou traduire le Gold Digger de Kanye West (P****e à cash). Une soirée coiffée d'un savoureux lapsus: «merci d'être venu à notre show FUBU, For Us By Off! (plutôt que For Us By Us, pour nous par nous)»

Gentlemen, et en l'absence de groupies, les gars m'ont invité "backstage", c'est-à-dire dans le bagnole de Pierre, le chauffeur attitré, stationnée devant le Well Pub pour une séance d'exploration de son iPod et de dégustation de cigarettes Popeye. Le déconnage était de mise après avoir discuté d'Aristote sur la terrasse du Maysen avec Maître J, intrépide homme s'y étant assis jambes croisées sans craindre les représailles physiques, prof de philo au cégep de son état, fort probablement le emcee le plus lettré du Québec (à moins que vous considériez toujours Lucien Francoeur comme un rappeur). Il faut prêter l'oreille à son premier maxi L'Apprentissage de Maître J au www.myspace.com/maitrejmontreal

Tout ça s'est terminé dans la cuisine d'un 3 1/2 de l'arrondissement Mont-Bellevue autour d'une bouteille de whisky et d'une pizza sherbrookoise commandée chez Mivan au son de Snoop Doggy Dogg. Ne manquait que le bling-bling, les Afro-Américaines en string et des billets verts qui virevoltent pour avoir un clip. Aurait aussi fallu que je me tasse du portrait. Faux, Chilly Chill est un apôtre de l'inclusion; je chéris sa promesse de me laisser fouler les planches avec lui lors de sa prochaine prestation pour une séance de flanage scénique en règle digne des grands concerts hip-hop durant lesquels frangins, soeurettes, grand-papa et vieux amis soutiennent de leurs muettes présences (sur scène, oui, oui) le proverbial ego démesuré du emceeRegardez mon crew!

Preuve que Jeune Chilly Chill est parmi les artistes les plus prometteurs du hip-hop québécois, on lui a confié la première partie du verveux rappeur hexagonal Oxmo Puccino (Black Jacques Brel le surnomme-t-on). Ça se passe aux Francos ce soir. En attendant son premier album Chillage Extrême à paraître cet automne, on peut toujours télécharger son mixtape Swaggalicioso au www.myspace.com/chillmastax


20 juillet 2009, 3:16
FLN: Les ados de Zébulon (bonne route et à bientôt monsieur Hot-Dog)

«J'suis contente, ils m'ont donné le CB à soir», se flatte, à l'entrée du parc Jacques-Cartier, une bénévole de la Fête du lac des Nations. «Ouain, mais c'est le dernier soir», de lui répliquer, crâneuse, son amie visiblement moins emballée, jalouse. «Je sais, mais ça veut quand même dire que j'ai bien fait mon travail cette semaine», lui répond du tac au tac la joyeuse jeune femme qui ne se laisse pas démonter. Le bonheur jaillit de petites choses (la première gorgée de bière, le sourire d'un enfant, la responsabilité d'un CB), on le dit beaucoup à Des kiwis et des hommes, trop peu à Voir Estrie. Du haut de la King aura fait sa part.

«Fais pas semblant que t'es sourd», crie une mère de sa chaise de parterre, déjà judicieusement postée en vue des feux, à son fils qui s'éloigne de plus en plus de l'emplacement sélectionné. «Pow pow t'es mort!» On joue à la guerre ce soir à la Fête du lac des Nations. «Qu'est-ce que j'ai dit? Reviens icitte, fais pas semblant que t'es sourd!» «Je te le dis que je t'entends pas maman. Pow pow t'es mort!». S'il est aussi bon soldat que menteur, faudrait pas l'envoyer en Afghanistan.

On joue à la guerre ce soir à la Fête du lac des Nations sur un terrain tout à fait de circonstance, mélange de tourbe, de boue et de brin de scie. C'est les gars de Misteur Valaire qui auraient ri d'entendre Laval Chartré presque s'enorgueillir du nombre de sacs de copeaux de bois que la semaine de mouille a nécessité. Le parc Jean-Drapeau après un Vans Warped Tour (un festival punk qui remue) ressemble, en comparaison, aux Jardins suspendus de Babylone (tels que vus sur Wikipédia).

Les kids jouaient aux adultes hier sur le terrain accidenté du parc Jacques-Cartier tandis que les adultes, eux, redevenaient ados sur scène. Seul le petit renflement abdominal propre au quarantenaire de Marc Déry, du reste hipster dans son v-neck plongeant, plombait dans l'aile la mystification qu'opérait Zébulon. Yves Marchand (claviers, voix) avait troqué les habits monotones de sa carrière solo pour la tuque (pas le kilt) des beaux jours (les années ‘90!), Alain Quirion derrière sa toute petite batterie prouvait encore une fois que le gros son naît dans les bras de celui qui tient les baguettes, non pas dans les tambours, et Yves Déry (guitare) officiait toujours en tant que figure circonspecte, force tranquille indispensable à n'importe quel groupe. Du average guy rock de qualité, plein de blondes infidèles, de brosses entre chums et d'observations convenues mais sympathiques sur le quotidien. Personne, bien sûr, n'entendait Y fait chaud comme un constat. Peut-être s'agissait-il toutefois d'une mise en application de bon aloi de la doctrine du Secret.   

«Ça arrive à manufacture les deux yeux fermés ben durs», me hurle Robert Charlebois depuis la grande scène. Dans un bistro SAQ déserté - les ultimes festivaliers préférant à juste titre Lindbergh, Fu Man Chu, Cauchemar et autres hymnes nationaux québécois à The Skivvies -  je viens encourager un ami barman qui en a finalement que pour les quelques rares belles filles. Je commande malgré tout un verre. «Un rhum&coke s'il-vous-plaît... Eille! Vous êtes pas bibliothécaire à l'Université vous?» Ma vie diurne envahit ma vie nocturne. L'économie va-t-elle mal au point où les bibliothécaires doivent devenir barmaid? Et si je criais tournée générale lors de mon prochain passage au comptoir de prêt?

Garou conclut son rappel. «Une chanson que je n'ai chantée qu'une seule fois...quand je l'ai enregistrée!» C'est pas physique, c'est électrique. Wow! Je tente de me procurer le dernier hot-dog de monsieur Hot-Dog, désir puéril d'être le dernier des Mohicans. Demain, c'est déjà Saint-Hyacinthe pour lui, un autre festival. Échec total: nous sommes plusieurs à vouloir manger un peu de Fête du lac pour une dernière fois. Bonne route et à bientôt monsieur Hot-Dog.


18 juillet 2009, 4:35
FLN: Malajube et la mort du Bang Bang

Du haut de la King a d'abord été une chronique mensuelle que je tenais dans le journal alternatif Bang Bang. En février dernier, poussé dans ses derniers retranchements par la crise économique (comme si l'uppercut de la crise des médias écrits n'avait pas suffisamment porté), le journal devait renoncer à sa version papier. Quelques-uns des meilleurs journalistes et observateurs de la scène musicale émergente québécoise et internationale (André Péloquin, Simon Jodoin, Stéfane Campbell, Valérie Thérien) gardent la bête en vie, désormais seulement sur la Toile au http://www.bangbangblog.com/.

Ma dernière affectation pour Bang Bang se solda donc par un amer et sonique coït interrompu avec Malajube, dont le journal planifiait d'épier les moindres faits et gestes dans le cadre de la tournée-lancement de leur plus récent album, Labyrinthes. Je devais en couvrir les arrêts sherbrookois au Téléphone rouge, les 26 et 27 février dernier. Un papier écrit le lendemain, débordant de sentimentalisme et épiloguant de façon larmoyante sur la mort du Bang Bang, n'aura finalement jamais été publié. Mes archives personnelles en ont d'ailleurs perdu la trace.

Du reste, je garde comme unique et vif souvenir de ce concert l'image d'un Julien Mineau (chanteur), le capuchon de son coton ouaté x-small remonté sur la tête dans un Téléphone rouge devenu four à bois, et du regard éberlué des spectateurs en proie à d'abondantes sudations. Les moins pudiques auraient bien retirés leurs t-shirts eux, c'est dire.

Dans quelques minutes (18h), Malajube monte sur la scène Loto-Québec de la Fête du lac des Nations et le capuchon, d'imperméable, sera peut-être davantage de mise.

Une photo de Joey Lecours qui était mon partner-photographe ce soir-là. Tu vois man, je n'ai qu'une parole. 


17 juillet 2009, 7:51
FLN: Pas de vagues pour les Beach Boys à la Taverne Alexandre

Ça s'esclaffait du rire du pilier de bar (ferme et gras) à la Taverne Alexandre hier soir pendant que s'abattait sur Sherbrooke une tempête de glace digne du film du même nom d'Ang Lee. Les habitués se félicitaient d'avoir choisi la Molson Ex dans une flûte givrée et le tabouret en bois verni plutôt que la Molson Dry dans un verre de plastique et la chaise de parterre. «Surfin' USA» devenait «Surfin' dans la bouette». Ça allait et venait dans la porte avec, comme butin, quelques grêlons dans les mains.

Pas trop préoccupé par la Fête du lac à l'eau, Mario, le tavernier le plus carpe diem en ville, ne pensait déjà qu'à la maison au bord de l'eau et au ponton récemment acquis qu'il allait retrouver le week-end venu. «Y'annonce beau!», se répétait-il. Le ponton: une sorte de surf que l'on pratique une fois les enfants grandis, prélude d'une douce retraite à l'horizon, à l'âge où la seule vague que l'on convoite est le sourire de la femme que l'on a la chance de toujours aimer quand on lui offre le premier verre de vin de l'après-midi.

Plus à l'Ouest, au parc Jacques-Cartier, les jeunes femmes à la page testaient l'imperméabilité de leurs bottes de pluie à motifs naïfs. Résultat: charmantes les bottes, mais pas efficaces. Certains boomers, plus astucieux, avaient recouvert leurs sièges de bâches. Le terrain, vaseux, invitait à la prudence. Pas le goût de tomber et d'avoir les vêtements boueux d'un enfant dans une pub de javellisant.

La grande scène couverte de plantes vertes pour les Beach Boys était de mauvaise augure. Quelques chansons m'ont suffi (la première pour être franc: une version cruellement poussive de Surfin' Safari); ni les Beach Boys de Mike Love, ni la béatitude de la foule n'allaient avoir raison de ma mauvaise foi, de ma désolation. Avec ses larges mouvements de bras style crooner, au ralenti, Love avait tout d'un Pierre Lalonde sur les valiums. La casquette des Beach Boys vissé sur sa tête résumait bien la soirée. Les Beach Boys de 2009 est une marque de commerce, prétexte à chanter et à faire rouler l'économie, dont on baptise trompeusement un groupe afin d'attirer le plus grand nombre, comme on appose le logo Nike sur une casquette cousue en Chine pour 2$, question de la vendre 50$.


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