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Blogue Danse
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Des conseils, des points de vue, des regards multiples sur le monde de la danse au Québec et ailleurs. Un blogue ouvert à vos questions et à vos commentaires.
juin 2009 - Messages
30 juin 2009, 2:52
Pina Bausch est morte

Reconnue pour être l'une des chorégraphes les plus marquantes du XXe siècle, Pina Bausch est décédée ce mardi 30 juin, à l'âge de 68 ans, cinq jours après qu'on lui ait annoncé qu'elle souffrait d'un cancer. Deux semaines avant, la grande dame de la danse-théâtre était encore sur scène. Ce décès plonge la communauté culturelle dans le deuil, et pas seulement celle de la danse, car cette artiste originaire de la Ruhr a influencé toutes sortes de créateurs par la puissance de son œuvre.

Elle débute sa formation dans les années 50, dans l'école dirigée par Kurt Jooss, qui avait commencé à associer la danse et le théâtre dès les années 20. Elle part ensuite pour New York et la Juillard School  et revient en Allemagne en 1962. Elle a tout juste 33 ans quand, en 1973, elle se voit offrir la direction du Ballet de Wuppertal, qu'elle rebaptisera le Tanztheather de Wuppertal. Elle est alors la première danseuse de  formation moderne à pénétrer l'institution théâtrale allemande d'obédience très classique. La modernité et l'intensité dramatique de ses œuvres choquent, sa position est menacée mais elle tient bon. Il lui faudra attendre les années 80 pour obtenir une reconnaissance internationale qui partira de la France.

Dès 1976, Pina Bausch se détourne définitivement de la composition chorégraphique classique pour y aller de collages travaillés à partir d'improvisations mettant en valeur l'individualité de ses interprètes qui deviennent alors aussi créateurs. Creusant les thèmes de l'identité, du rapport homme-femme, du désir et du souvenir, elle crée des œuvres fortes dont la portée sociale et les figures archétypales ne laissent personne indifférent.

Elle est ici en photo dans une scène de Café Müller, l'une de ses pièces les plus marquantes (1978)

 


30 juin 2009, 12:06
Des prisonniers dansent pour Jackson

Le 27 juin, 1500 détenus philippins du Cebu Provincial Detention & Rehabilitation Center (CPDRC) ont rendu hommage à Michael Jackson en créant en 10 heures une chorégraphie géante à sa mémoire. Un nouveau coup d'éclat pour ces prisonniers devenus une attraction touristique après la création d'une chorégraphie sur Thriller qui leur avait valu 23 millions de connexions sur You Tube il y a deux ans.

L'hommage à Michael Jackson

La version de Thriller, plus intéressante

 

 


25 juin 2009, 1:09
Le classique? Oui, mais...

Interrogée en conférence de presse sur ses critères de choix pour la programmation danse du Festival des Arts de Saint-Sauveur (FASS), Anik Bissonnette, la directrice artistique de l'évènement, a déclaré que la danse classique était beaucoup plus accessible que la danse contemporaine. J'ai trouvé l'argument vaguement partisan, vu que la dame est une ex-danseuse étoile des Grands Ballets Canadiens de Montréal. Et puis j'y ai repensé et j'ai dû reconnaître qu'elle n'a pas tout à fait tort, même si toutes sortes de créations contemporaines sont aussi très accessibles.

Dans ma réflexion sur le sujet, je me suis rappelé que je suis moi-même entrée dans la danse par la porte du classique. J'avais sept ou huit ans et je bavais tellement d'envie devant les tutus de mes cousines que ma tante m'avait inscrite à leur cours. Je crois bien qu'à ce moment-là, la danseuse classique était pour moi une figure symbolique de la féminité et de la classe. La danseuse de flamenco de ma culture paternelle en était une autre, plus animale, plus lointaine et, d'une certaine façon, plus intimidante. Inutile de vous dire que mes références ont changé.

Quelles qu'en soient les couleurs, la danse m'ouvrait alors un espace infini de rêves à accomplir : enfant sensible issue d'un milieu modeste, j'y voyais le lieu où les inégalités sociales pouvaient être gommées et où l'indicible pouvait être exprimé. Et je me souviens de mon premier cours comme d'un rituel d'initiation où le sentiment d'être privilégiée se mêlait à la fierté de posséder enfin ces collants chaire qui faisaient de si belles jambes, ce justaucorps bleu que le petit volant de voile transparent rendait spectaculaire et ces demi-pointes roses qui prenaient figure de bottes de sept lieues.

Au fil des ans, j'admirais dans mes cours une élève talentueuse qui exécutait des adages et enchaînait plusieurs fouettés sur pointes avec le plus grand naturel, mais je m'interrogeais sur la nécessité de torturer ainsi le corps et je préférais la vitalité et l'allégresse des danses de caractère à la rigueur du classique et à ses sourires forcés. Cependant, comme pour toute jeune provinciale française des années 70 nourrie de culture populaire, en dehors des comédies musicales et des chorégraphies des émissions de variétés, ma seule fenêtre ouverte sur la danse était celle du classique. J'ai dû attendre l'adolescence pour découvrir le néoclassique amélioré de Maurice Béjart et prendre des cours de modern jazz. Et c'est pendant mes études universitaires qu'a eu lieu la rencontre avec la danse contemporaine (qui n'est pas la danse moderne). Ça a été le coup de foudre.  

Je vivais alors à Montpellier où j'ai assisté à la naissance de son célèbre festival de danse tandis que la danse contemporaine fleurissait dans toutes les grandes villes de France sous l'impulsion de politiques culturelles structurantes qui font rêver bien des artistes de par le monde. Dans cette cité méditerranéenne où Dominique Bagouet venait de se voir attribuer l'un des premiers centres chorégraphiques nationaux, j'ai vécu une fabuleuse initiation grâce à un ami éclairagiste qui me pourvoyait en invitations pour tous les spectacles. Carolyn Carlson (photo Laurent Philippe), Carlotta Ikeda, Jean-Claude Gallotta, Régine Chopinot, Merce Cunningham, Philippe Decouflé et le Nederland Dans Theatre font partie de ceux qui ont marqué ma mémoire.

Le hasard a voulu que je n'aie pas l'occasion de voir de ballet classique en scène dans cette période-là. Mon intérêt baissait d'ailleurs rapidement devant les retransmissions télévisée qui en étaient faites à l'époque. Et aujourd'hui, quand la conscience professionnelle me pousse à aller en voir un spectacle, je m'y ennuie généralement, même si j'y trouve un intérêt historique et anthropologique. Les territoires de la danse sont tellement riches de diversité que je me désole à l'idée que certains spectateurs ne s'offriront jamais la chance d'aller voir ce qui se fait en danse contemporaine.

En programmant Hélène Langevin, Naomi Stikeman et BJM_Danse avec des chorégraphies de Crystal Pite et Azure Barton, le FASS donne l'occasion de s'y frotter sans risque d'être dérouté. Ceux qui voudraient s'y essayer sans payer peuvent aller voir en plein air la proposition faite par la danseuse Francine Liboiron, le musicien Philippe Laloux et leurs invités ou tout simplement profiter du mois d'août pour passer quelques soirées au Théâtre de Verdure du parc Lafontaine. Si vous y allez, vous m'en donnerez des nouvelles.

 

 


11 juin 2009, 6:29
Sauvez les Schmutt!

De tous les partys-bénéfice que les créateurs en danse organisent pour renflouer leurs caisses, ceux de la compagnie des Sœurs Schmutt sont sans doute les plus festifs et les plus rassembleurs. Le dernier gala-bénéfice des Grands Ballets Canadiens a eu beau rassembler près de 500 personnes qui leur ont rapporté 545 000 $, je gage que les notions de communauté et de solidarité n'y ont pas vibré des mêmes teintes qu'aux soirées des jumelles Élodie et Séverine Lombardo.

Je me souviens par exemple d'un gros party improvisé à la dernière minute dans un appart du plateau pour rassembler les 3 000 $ manquants pour leur première tournée au Mexique. Il y a eu aussi cette fabuleuse vente aux enchères d'objets en tout genre, animée pas l'inénarrable François Gourd, et suivie d'un concert endiablé de Tomas Jensen. J'en étais ressortie la joie au cœur et avec une magnifique eau forte et une petite peinture qui trônent depuis dans mon bureau. Ce soir-là, l'entrée coûtait 10 $ et chacun payait ce qu'il voulait pour la bouffe du buffet. On pouvait même ne rien donner, histoire que personne ne reste le ventre vide quand il y a à manger.

Cette solidarité dont font preuve les sœurs Lombardo se manifeste aujourd'hui sous une autre forme: ce vendredi 12 juin, dès 19h, Le Cabaret Schmutt de la dernière chance présente une quinzaine de numéros d'artistes de la danse, du théâtre et de la musique, dont les très en vogue Frédéric Gravel et Stéphane Crête. Une soirée à 15 $ où l'on pourra aussi boire et manger. C'est au local Mowill, au 3e étage du 3956, boulevard Saint-Laurent. Je ne sais pas vous, mais moi, j'y serai.

 


8 juin 2009, 9:23
Rencontres danse et musique

Savez-vous que certaines techniques de composition musicale sont directement applicables à la composition chorégraphique? C'est là l'un des multiples aspects de la  fascinante relation danse-musique que la chorégraphe Danièle Desnoyers (photo Angelo Barsetti) nous invite à découvrir jusqu'au 18 juin à l'Espace Jean-Pierre Perreault de Circuit-Est centre chorégraphique.

En plus d'un stage professionnel animé par Matteo Fargion (compositeur enseignant la composition chorégraphique à P.A.R.T.S., la célèbre école d'Anne Teresa de Keersmaeker), le Séminaire Danse-Musique qu'elle a mis sur pied offre gratuitement au grand public des rencontres qui s'annoncent des plus passionnantes.

Le mardi 9, j'anime dès 19h une table ronde sur le sujet réunissant deux chorégraphes (Desnoyers et José Navas), deux compositeurs (Fargion et Louis Dufort) et le dramaturge Guy Cools, qui connaît sur le bout des doigts la nouvelle danse flamande, réputée pour son rapport privilégié à la musique.

Ensuite, trois soirées sont organisées pour présenter les collaborations des tandems Marie Chouinard/Louis Dufort (le 11 juin) et Lynda Gaudreau/Martin Tétreault (le 16 juin) et pour parler des expériences qu'Isabelle Van Grimde et Dominique Porte ont menées avec des grands ensembles (le 18 juin). C'est gratuit et ça débute à 19h.

Une occasion rare de rencontrer ces artistes et de se familiariser avec leurs démarches artistiques respectives. Plus d'infos ici.

 


4 juin 2009, 7:28
Chouinard, Gravel, Tardif, etc.

Ma passion pour la danse a été encore très richement nourrie depuis mon dernier billet. Il y a eu une visite matinale au studio de Marie Chouinard pour la voir danser en solo, un second parcours culturel au Festival TransAmériques avec plus de 150 étudiants du secondaire, la préparation au Fringe qui arrive à grand pas et un coup d'œil sur le Séminaire Danse-musique qui débute le 8 juin à Circuit-Est.

Gloires déchues

Commençons donc par Marie. L'unique, la grande, étrange, intense et très cérémonielle Marie. Après 20 ans en coulisses, elle se montrait à nouveau au public dans l'intimité de son studio. Chez elle, pour éviter la pression d'avoir à accoter les standards de qualité de ses spectacles en salle, m'avait-elle confié il y a un an de cela. S'étant prêtée avec grâce au jeu des entrevues pour annoncer l'évènement, elle avait déclaré les critiques persona non grata. Le Devoir en a tout de même dépêché une, ma collègue Catherine Lalonde, qui écrit en conclusion d'une critique ni tendre ni sévère à laquelle j'adhère: «Et se lève l'impression d'assister au lever du roi, au réchauffement spirituel et physique d'une prêtresse autoproclamée. Petit lever, grand lever, et nous, courtisans invités à s'extasier devant le moindre étirement. Heureusement, Chouinard est dans ses chorégraphies de groupe plus exigeante avec ses danseurs, avec leur corps et leur présence, qu'avec elle-même.» Ces mots n'empêcheront certainement pas la chorégraphe d'aller porter ses gloires du matin par-delà les frontières mais l'inciteront peut-être à se positionner différemment pour son prochain solo.

Notons au passage que l'évènement était l'occasion d'une levée de fonds avec des billets à 250 $ le premier matin et à 125 $ les jours suivants. Les places, 100 seulement pour chaque représentation, ne se sont pas toutes vendues, ce qui pose la question de l'intérêt réel des aficionados et des gens d'affaires supposés palier la désaffection inquiétante des pouvoirs publics dans le financement des arts. Disons qu'en plus du prix, l'heure très matinale des représentations et leur programmation en plein FTA n'étaient pas non plus les meilleurs incitatifs.

Gravel super star

Le second parcours culturel que j'ai accompagné m'a réservé de nouvelles surprises et de nouvelles découvertes, à commencer par l'enthousiasme et l'investissement d'étudiants en théâtre qui se sont frottés de près à la danse et semblent y avoir pris goût. Même les chocs culturels qu'ont provoqués Benoit Lachambre et Julie Andrée T ont éveillé la curiosité et stimulé l'esprit critique de jeunes déjà bien allumés dont l'ouverture et la capacité d'accueil m'ont très agréablement surprise.

 

Les GravelWorks ont remporté l'adhésion de la majorité et suscité des vocations de danseurs tant chez les garçons que chez les filles. Pour certaines, Frédérick Gravel est devenu l'idole qu'on rêve d'approcher, preuve éclatante de la viabilité de son approche pour démocratiser la danse contemporaine. Les deux ateliers qu'il a donnés avec la flamboyante Ivana Milicevic, pédagogue dynamique et efficace, ont remporté un franc succès. Les jeunes se sont prêtés avec joie à tous les exercices, comme celui des fameuses pauses dramatiques (photo ci-contre).

Dans cet atelier comme dans celui animé par Catherine Tardif (en train de diriger les élèves sur la photo plus haut et qui a réussi, en 1h30, à composer une séquence chorégraphique à partir de quelques-unes de leurs impros), ils ont eu un aperçu de ce que peut être un processus de création. Quant à Sylvain Émard, il les a littéralement enflammés en leur apprenant une séquence de son Grand continental avec l'aide de la danseuse Nathalie Blanchet.

La photo de Marie Chouinard est de Jean-François Gratton. Les autres sont de Fabienne Cabado.