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Blogue Danse
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Des conseils, des points de vue, des regards multiples sur le monde de la danse au Québec et ailleurs. Un blogue ouvert à vos questions et à vos commentaires.
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Un cri du cœur bien réfléchi
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Mon dernier billet a suscité diverses réactions, publiques ou privées, dont cette longue réflexion de Priscilla Guy, chorégraphe, interprète et fondatrice de la compagnie Mandoline Hybride. Elle y défend le droit et la fierté d'être une artiste, elle y lance un appel à la mobilisation pour faire valoir l'importance des arts auprès du grand public et des gouvernements, et elle en profite pour relayer un appel aux artistes lancé par Normand Marcy dans le cadre de l'évènement Recommandation 63 qui se déroulera prochainement à Tangente.
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Les réflexions de Fabienne sur la tendance plus que ferme qu'a notre gouvernement à financer le divertissement et le tourisme au détriment de l'art me rejoignent beaucoup. Il s'agit d'une façon insidieuse de faire de la culture canadienne une culture du divertissement en soutirant aux artistes leurs maigres moyens, alors que le milieu regorge de créateurs inventifs, provocateurs et internationalement reconnus (Cirque du Soleil, Lalala Human Steps, Les Grand Ballets Canadiens, O Vertigo, Robert Lepage, Marie Chouinard, etc., etc.).
Déménagée à Toronto depuis septembre pour une Maîtrise en chorégraphie, j'observe "la danse" de près et je trouve aussi que les enjeux financiers sont grands, que la compétition est forte et que le marketing prend beaucoup de place dans notre art. Je constate, ici à Toronto, des réalités très différentes de celles du Québec, mais une chose reste, qui m'agace fortement: l'artiste canadien, franco ou anglo, semble se confondre en excuses trop souvent quand vient le temps de se battre pour sa passion.
Il ne faut surtout pas sembler prétentieux lorsqu'on est un artiste au Canada. On y cultive la modestie avec beaucoup d'attention. Les Européens sont talentueux, les Américains sont téméraires, et nous, et bien on est juste désolé. Désolé de se consacrer à notre art, comme si c'était un acte égocentrique. Sur la place publique, on répète à quel point on est PRIVILÉGIÉ, à quel point c'est une CHANCE de faire le métier que l'on fait. Certes, la vie d'artiste vient avec son lot de liberté et de bonheur, mais ce n'est quand même pas le rêve de tous de courir après des subventions et de travailler 7 jours sur 7. Mais en tant qu'artiste, on fait fi de toutes ces contraintes, parce qu'on est passionné par notre métier. Pour une raison que j'ignore, on semble pourtant vivre dans la crainte de paraître égocentrique, la crainte de ne pas redonner assez à notre communauté.
On tente de légitimer notre métier tout en le définissant comme un boulet pour la société. Mais qui nous a donc mis cette idée dans la tête?? On fait comme si le métier d'artiste c'est uniquement le rêve, la liberté d'expression, la passion qui s'exprime à chaque jour. Et bien qu'on soit assez passionné pour faire fleurir l'imaginaire des gens et leur offrir un peu de beauté dans ce monde pourri par le capitalisme, on dit être conscient de notre CHANCE d'être artiste et on est RECONNAISSANT. Comme si quelqu'un nous avait fait une faveur!
Moi, je dis non. Ce n'est pas un hasard, une faveur ou une chance d'être un artiste de nos jours: c'est un CHOIX. Et un choix qui vient avec une tonne de concessions et de conditions difficiles. Mais un choix que l'on fait parce que ça bouillonne en dedans et que l'on a des choses à partager. Et si on fait ce choix, il faut que ce soit parce qu'on croit en la nécessité d'une société riche, culturellement et artistiquement. Alors soyons FIERS, plutôt que faussement modestes. A-t-on jamais entendu un médecin remercier la société de lui permettre de vivre dans l'abondance matérielle parce qu'il sauve des vies? Non. Parce que sauver des vies fait partie de ce que notre société valorise. Comment se fait-il donc que, malgré tous nos succès internationaux, on n'arrive pas à convaincre nos gouvernements, pas plus que monsieur-madame-tout-le-monde de la valeur de l'art dans la société canadienne ou québécoise?
Il est vrai que notre histoire artistique/culturelle n'est pas aussi vieille que celle des pays d'Europe, et donc peut-être moins enracinée dans les valeurs et la façon de vivre des canadiens. Mais nous sommes tout de même prolifiques et talentueux, alors pourquoi, lorsque le financement aux artistes est coupé, les gens semblent d'accord, disant que "l'art c'est secondaire", "moins important", "pas une priorité"? Évidemment, et heureusement, ce n'est pas l'opinion de tous, mais tout comme vous, j'ai entendu des tonnes d'aberrations quand le gouvernement Harper a coupé les 48 millions en 2009. Sont passés au broyeur les programmes PromArt et Routes Commerciales, pour ne nommer que ceux-là, deux programmes de soutien destinés à promouvoir la culture canadienne et québécoise à l'étranger.
J'ai rencontré cet automne l'artiste pionnière Françoise Sullivan, alors que je travaillais pour l'Université York. J'ai eu l'occasion de l'assister pendant une semaine à remonter ses créations des années 1940 avec les jeunes danseurs du Baccalauréat. En discutant avec elle, j'ai été un peu triste: cette grande dame de 85 ans me rappelait combien c'était dur dans les années 1950 d'être artiste, parce que le peuple québécois était un peuple ouvrier et que l'artiste n'était pas considéré comme ‘‘utile''. D'où la rédaction du Refus Global et cette fièvre des signataires qui voulaient se défaire du carcan académique et proclamer l'art comme élément essentiel d'une société riche et en santé.
Madame Sullivan évoquait aussi ce sentiment d'infériorité canadien qu'elle avait perçu à l'époque: pas assez bons pour les Européens, pas assez grandioses pour les Américains, etc. Avec du recul, elle était fière et contente de voir qu'aujourd'hui, c'était possible de voyager et de présenter son art partout dans le monde en tant que Canadien. Difficile pour moi, cependant, d'être rassurée par ces paroles, sachant que c'est précisément les programmes de tournée qui ont été coupés en premier lieu au cours des dernières années. Ces politiques cavalières en disent long sur les idéologies promues par le gouvernement Harper. Il semble plutôt qu'on retourne en arrière, sabrant les programmes qui ont fait rayonner notre talent partout dans le monde.
Je réalise donc que, quoique les choses aient évolué depuis l'époque Duplessis, on a encore du retard à rattraper. Au Québec, et au Canada en général. Certes, l'art n'est plus aussi tabou et aussi censuré qu'il y a 50 ans au Canada. L'art est "accepté". Mais est-il "encouragé"? Il me semble que trois acteurs principaux entrent en jeu dans cette équation: le gouvernement, le public et les artistes. D'une part donc, les politiques du gouvernement Harper sont loin de valoriser une société riche artistiquement. Ce sont plutôt des politiques rébarbatives qui sont tranquillement mises en place. D'autre part, au niveau de l'opinion publique, il faut bien admettre que l'art n'est pas une priorité pour le citoyen moyen du Québec ou du Canada. Alors, il nous reste les artistes.
Je pense que parmi tous les facteurs qui pourraient influencer positivement un changement de perspective sur l'art contemporain de chez nous, l'attitude des artistes en est un des plus importants. Faisons donc la différence entre FIERTÉ et PRÉTENTION. La fierté est nécessaire au développement de notre discipline et à l'engouement de notre population pour ce que l'on fait/produit. Soyons plus PRÉSENTS, fiers et engagés quand vient le temps de prendre la parole. Pour avoir travaillé au Regroupement québécois de la danse (RQD) pendant quelques mois, je sais combien il peut être ardu de mobiliser les membres pour des actions politiques...
Arrêtons de remercier le ciel pour être des artistes; on l'a choisi parce qu'on y croit, et c'est ce sentiment-là qu'il faut partager. On n'a peut-être pas autant d'emprise qu'on le voudrait sur les décisions gouvernementales, mais on a la liberté de se faire entendre plus souvent et plus fort, de créer et entretenir un enthousiasme collectif pour l'art contemporain et la danse. Et ça, c'est déjà un début... Contrairement à Fabienne, je n'ai pas encore 10 ans de métier dans le corps, loin de là. Mais j'aimerais bien, dans 10 ans, pouvoir parler au passé de l'époque où l'on devait légitimer notre métier auprès de la société, au Québec, au Canada. Et vous?
J'en profite pour vous transmettre l'information sur un évènement fort intéressant: un appel aux artistes auquel on devrait, selon moi, tous répondre!
----APPEL AUX ARTISTES EN DANSE----
Cet événement encourage la recherche en art, l'intelligence collective, le partage des ressources, le discours sur la danse et le mentorat trans-générationnel.
RECOMMANDATION 63
(suite aux Seconds États généraux de la danse professionnelle du Québec)
«Reconnaître que les suites des Seconds États généraux constituent une responsabilité partagée par tous les acteurs du secteur de la danse qui prendront, en fonction de leur capacité d'intervention, les mesures pour que ces suites prennent forme.»
Aux artistes désirant manifester leur point de vue sur la reconnaissance et la responsabilité de l'artiste en danse, dans la société, nous vous invitons à soumettre un court clip vidéo (environ 1 à 2 minutes) que nous passerons en boucle (avec les autres documents recueillis) dans le hall d'entrée de l'Agora de la danse, pendant les trois semaines de l'événement.
Ces témoignages s'ajouteront à la documentation, amassée au court de l'événement, qui servira à constituer un dossier que nous enverrons aux instances concernées.
Exemple: si vous n'avez pas d'idée originale, vous pouvez simplement vous filmer devant un mur blanc et prononcer votre «statement», votre prise de position, votre point de vue, vos idées, vos questions, vos pistes de solutions, etc. C'est le propos qui compte... pas le crémage!
Critères: - Propos pertinent (en français et/ou en anglais); - Une à deux minutes maximum.
Pour toute info: bangdebrut@yahoo.ca
Les documents, en fichiers Quick Time (.mov) gravés sur CD, seront recueillis dans les bureaux de Tangente, situés au 840 Cherrier, Montréal (métro Sherbrooke), avant le 19 mars.
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Ma décennie à moi*
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Brillante idée de la rédaction du Voir pour sa dernière édition de 2009 que d'offrir à des artistes l'opportunité de jeter un regard sur la décennie qui vient de s'écouler. Une même inquiétude traverse plusieurs discours : la dérive des politiques de subvention qui menacent durement les arts en les mettant au défi de la rentabilité. Au Canada, on mise de plus en plus sur le divertissement stérile qui remplit et anesthésie plutôt que sur des œuvres qui stimulent le goût de l'art, la réflexion et l'esprit critique. Les grands médias appuient le mouvement : l'espace alloué aux disciplines et aux œuvres plus difficiles d'accès se réduit à une peau de chagrin. La danse, évidemment, en prend un coup. On s'attache trop peu à donner une perspective sur une création ou une pratique artistique. On se contente de toujours poser le même type d'éclairage sur les évènements à l'affiche. Me semble pourtant qu'avec les nouveaux médias, on pourrait bien imaginer des articles qui s'intéresserait à un processus de création en cours, à la démarche globale d'un artiste ou à une thématique et qui présenteraient des onglets du genre « Si vous souhaitez être informé de la sortie de ce spectacle en salle, cliquez ici. » La promotion se ferait d'une manière ou d'une autre derrière cet onglet-là... Créneau à explorer.
Mais bon, ce n'est pas pour deviser sur le sujet que je prends la plume aujourd'hui. C'est pour me prêter à l'exercice du bilan sur la décennie en regardant la danse par le petit bout de ma lorgnette (comme j'aurais dû le faire plus souvent depuis mon Changement de cap proclamé*.)
Or donc, j'ai débarqué au Québec fin avril 2000, certificat de résidente permanente en poche. Trois jours plus tard, je me jetais sur le programme de cours de danse gratuits offerts à l'occasion de la Journée internationale de la danse et me retrouvais dans un studio du fin fond d'Hochelaga pour un atelier avec Benoit Lachambre. Le nom ne me disait pas grand-chose mais prendre un cours avec un chorégraphe professionnel m'apparaissait comme une chance à saisir. Quand il nous demanda de danser avec les yeux, le voyant « fumisterie » s'alluma dans ma tête et je quittai prématurément l'atelier. Je n'étais visiblement pas prête pour l'éveil des sens et je n'aurais misé pour rien au monde sur le fait que Lachambre serait un jour de ceux qui m'inspireraient le plus. Comme quoi les expériences les plus rébarbatives en danse contemporaine peuvent être fondatrices. Elles ouvrent parfois des portes dont on ne franchit le seuil que bien des années plus tard.
En septembre de la même année, José Navas présentait Perfume de gardenias à l'Agora. Le titre fleurait bon mes origines et on présentait ce chorégraphe comme un incontournable au Québec. J'aurais voulu voir le spectacle mais n'y suis pas allée. Impressionnée par l'immense affiche qui s'étalait en façade du métro Sherbrooke, luxe que l'Agora ne s'est plus jamais autorisé depuis, je ne me suis même pas renseignée sur le prix du billet d'entrée. J'ai présupposé que l'art qui s'affichait si grand ne serait pas à la portée de ma bourse de jeune immigrante travailleuse autonome. Quelque part en moi s'enracine la croyance que les arts et les salles de spectacles sont réservés à une élite à dominante bourgeoise. C'est d'ailleurs souvent vrai. Le prix d'accès à certaines salles est d'ailleurs carrément rédhibitoire. Avant de me spécialiser en danse et de bénéficier des places gratuites offertes aux médias, j'ai pesté de la vue exécrable au poulailler des grandes salles de la Place des Arts et j'ai profité de la gratuité au Théâtre de Verdure et dans les maisons de la culture pour découvrir diverses compagnies dont les grosses pointures que sont Les Grands Ballets (GBCM) ou Les Ballets Jazz de Montréal (bjm_danse). Un bon réseau pour se faire une petite idée du paysage québécois de la danse contemporaine. On n'y voit pas forcément les meilleures œuvres ni un panorama varié de la création de chez nous, mais il arrive qu'on y trouve des perles.
Je saute en 2003 pour mon premier et dernier Festival international de nouvelle danse. Je me suis donné 100 dollars de budget et j'ai choisi quatre spectacles parmi les dizaines proposés. J'hallucine. C'est l'abondance. Je découvre William Forsythe, Lee Su Feh, Crystal Pite et un autre artiste que j'oublie. J'adore l'expérience du FIND mais hélas, il se meurt. Moi, je plante mes racines en orientant tranquillement ma vie professionnelle vers la danse : depuis février, je tiens la chronique culturelle héritée d'une collègue à L'Actualité médicale. L'un des six évènements que je présente tous les 15 jours concerne systématiquement la danse. C'est l'occasion pour moi de me bâtir un petit background sur la culture chorégraphique canadienne et de nourrir celui que j'ai sur la culture européenne. Je retrouve, entre autres Benoit Lachambre, Roger Sinha et Philippe Decoufflé. Je découvre Daniel Léveillé, Danièle Desnoyer, Wim Vandekeybus et Dave St-Pierre. Avec La Pornographie des âmes, je signe ma première critique dans le magazine électronique DF Danse. Dans la foulée, je m'inscris à une formation donnée par le Regroupement québécois de la danse (RQD) sur L'élaboration du discours en danse contemporaine pour légitimer le pouvoir que me donne la critique et tempérer certaines de mes ardeurs assassines.
La même année, mon amie Laurence s'offre comme bénévole pour le deuxième Séminaire chorégraphique que José Navas organise à Montréal (un évènement génial). Elle ne sait pas que, quelques mois plus tard, il l'engagera aux communications de Compagnie Flak ni qu'elle sera à l'abordage de diffuseurs potentiels au Japon au moment où j'écris ce billet. C'est aussi en 2003 que je me lance dans la radio communautaire à CIBL avec l'émission hebdomadaire Kinécittà, qu'on prononce « kinétchita » et qui signifie « la cité du mouvement » - clin d'œil aux studios de cinéma romains que peu de gens relèveront au cours des trois ans que durera l'émission. C'est également la période où j'ai la chance de suivre six semaines du processus de création d'Æternam, la nouvelle œuvre d'Emmanuel Jouthe. J'y fais la connaissance de l'extraordinaire chorégraphe-interprète Chanti Wadge, qui m'a invitée tout récemment à voir un filage de sa toute nouvelle création. Notons que ce privilège ne remet pas en cause mon indépendance d'esprit, pour ceux que cela inquiéterait. Depuis longtemps, quand il s'agit de danse, j'adopte la position d'une documentariste bien plus que celle d'une journaliste. Je n'ai d'ailleurs jamais cru à l'objectivité du journaliste : son regard, quels que soient les filtres par lesquels il observe, garde toujours une dimension personnelle.
En janvier 2005, je signe mon premier article dans Voir. Les sorties au spectacle ne vont pas tarder à prendre le pas sur mes précieuses soirées d'improvisation dans les ateliers de Nicole Laudouar. La vitrine de cet hebdomadaire à gros tirage va me donner une légitimité dans le milieu de la danse que le travail de qualité que j'ai fourni à CIBL et dans DF Danse ne peut suffire à conférer. Car l'importance que l'on m'accorde dépend plus souvent de la visibilité du média pour lequel je travaille que de ma personnalité ou de mes performances professionnelles réelles. Au fond, pour beaucoup, je ne suis qu'une courroie de transmission. Interchangeable à tout moment. Le sort réservé par La Presse à mes collègues Aline Apostolska et Stéphanie Brody est une triste preuve de cette réalité : patrons et syndicats n'ont pas hésité à écarter ces deux pigistes malgré leur grande expertise et une collaboration de plus de 10 ans au profit de salariés qui assurent désormais la couverture de la danse de façon moins régulière et moins pertinente. Le RQD a bien intenté une action pour renverser la vapeur, « la raison de plus fort [de l'économie, en l'occurrence] est toujours la meilleure », comme disait l'ami Jean. C'était vrai au XVIIe siècle et ça n'est pas près de changer.
Mais revenons à nos moutons. L'idée d'un bilan des cinq dernières années me donne le vertige tant j'ai été nourrie de spectacles, rencontres et autres expériences. Côté médias, j'ai réussi à parler de danse dans Le magazine de la Place des Arts, Les cahiers de théâtre-Jeu, Accents Danse (éphémère magazine publié par l'École supérieure de ballet contemporain dont je fus l'adjointe à la rédaction), dans La Scena musicale et même dans le magazine de vulgarisation scientifique Découvrir. Parallèlement, je me suis rapprochée du milieu en investissant le secteur de la médiation culturelle et en collaborant notamment assez régulièrement avec le RQD. J'ai, entre autres, été secrétaire du chantier sur la relève disciplinaire qui a précédé les Seconds États généraux de la danse et j'ai eu à travailler les rapports finaux des quatre autres chantiers. Cette expérience exigeante m'a donné une vision globale de l'état de la danse contemporaine au Québec, de ses structures et des individus qui la vivent et la développent au quotidien. La croissance démographique dont parle Emmanuel Jouthe dans son bilan de la décennie est selon moi un des plus gros problèmes que la danse a à gérer. J'ai beau adhérer à l'idée que l'on ne peut déplorer un trop grand nombre d'artistes dans la société québécoise, l'accès à la scène professionnelle y est si facile qu'il ne favorise pas une écologie saine du milieu et ouvre la porte à une forme de complaisance quant à la rigueur intellectuelle censée présider à la création d'une œuvre d'art. Dans ce contexte, certains artistes doués pour le marketing s'en sortent fort bien indépendamment de la valeur artistique de leurs production (et on s'entend qu'une telle affirmation serait à nuancer), tandis que d'autres, plus pertinents artistiquement n'arrivent pas à faire entendre leur voix. Mais cela fait partie des tabous qu'il n'est pas de bon ton d'évoquer.
Bien. Je pourrais deviser encore longtemps en prenant pour prétexte les 10 ans écoulés, mais je vais quand même vous libérer en vous félicitant d'avoir réussi à vous rendre jusqu'au bout de ce long monologue. Car la longueur ne sied guère, paraît-il, à l'internaute pressé. Osons-la tout de même en espérant qu'elle pourra compenser le silence dont je vous gratifie depuis la fin octobre.
* Bon, vous l'avez peut-être remarqué : je ne suis pas très assidue sur ce blogue. Ça viendra peut-être un jour. Qui sait ? Pour l'heure, disons que simplement que j'ai commencé ce billet à la fin 2009, quand TOUT LE MONDE y allait de son topo sur la décennie, et que je ne l'ai repris que début mars, à l'heure justement où je m'apprête à fêter mes 10 ans en sol québécois.
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Intrigants faces à faces
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Aussi bien que ton cœur, ouvre-moi tes genoux. Cette invitation explicite est d'autant plus déstabilisante qu'elle est le titre d'une performance à laquelle le Français François Chaignaud nous invite en tête-à-tête. Concert intime où l'artiste accompagne de mouvements des sonnets érotiques du 17e siècle, extraits de poèmes souvent anonymes, la « consultation » ne dure pas plus qu'une dizaine de minutes.
L'agent et conseiller en développement québécois Sylvain Bleau en a fait l'expérience aux dernières Rencontres chorégraphiques internationales de Saint-Denis et il nous donne deux occasions informelles de la faire à notre tour.
François Chaignaud sera à Montréal le 28 octobre et à Québec le lendemain. Pour le voir, il suffit de prendre rendez-vous par téléphone. Contribution volontaire
À Montréal : mercredi 28 octobre, de 16h à 19h / Usine C, 1345, rue Lalonde, métro Beaudry / Réservations :514-723-0449 (Sylvain Bleau)
À Québec : jeudi 29 octobre, de 16h à 19h / Studio P, Librairie Pantoute, 286, rue Saint-Joseph Est / Réservations : 418-692-1175 (Mathieu Plasse)
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Un Gemini pour les danseurs de Chouinard
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Les interprètes de la Compagnie Marie Chouinard viennent de remporter le Gemini Award dans la catégorie «Best Performance in a Performing Arts Program or Series».
Décerné par l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision, il leur a été remis le 19 octobre à Toronto pour leur performance dans le film bODY_rEMIX/les_vARIATIONS_gOLDBERG, réalisé en 2007 par Marie Chouinard et produit par Amérimage Spectra.
Un grand bravo aux danseurs Kimberley de Jong, Dany Desjardins, Mark Eden-Towle, Chi Long, Carla Maruca, Lucie Mongrain, Carol Prieur, Gerard Reyes, Manuel Roque, Dorotea Saykaly, James Viveiros et Won Myeong Won.
La compagnie félicite également ceux qui n'ont pas participé au tournage du film mais qui étaient présents à la création de la pièce : Kirsten Andersen, Julio Cesar Hong, Andrea Keevil et David Rancourt.
Chi Long photographiée par Marie Chouinard

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5 minutes à Berlin
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Une vidéo édifiante du projet Bodies in Urban Spaces de l'Autrichien Willi Dorner.
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Gagnez un solo!
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Oyez, oyez! Professionnels et amateurs de danse contemporaine, la chance vous est donnée de brûler prochainement les planches avec une création inédite.
La compagnie Trial & Eros, fondée voilà 16 ans par Deborah Dunn, organise une grande tombola visant à amasser des fonds. Le premier prix: un solo que vous pourrez créer, développer et répéter en compagnie de la chorégraphe et que vous aurez le loisir de présenter ensuite à l'occasion d'une soirée au Studio 303.
Dubitatifs? Rendez-vous cette semaine à Tangente où l'interprète Nadine Sures, heureuse gagnante de la première tombola, danse La fille sauvage de Champagne en première partie du spectacle de Delgado Fuchs. Un solo déjà présenté au 303, à Minneapolis, à Regina et à Halifax.
« La tombola renverse le processus de casting, explique Deborah Dunn dans un communiqué. Je suis impatiente de tirer le nom de ma prochaine muse. C'est une opportunité qui arrive une fois dans la vie d'avoir une pièce créée spécifiquement pour quelqu'un et ses capacités de danseur. C'est le rêve de tout le monde. »
Prêts pour l'aventure? C'est 5 $ le billet ou 3 pour 20 $.
Prochain tirage: le 20 février 2010.
Infos au (514) 490-1975 ou à deborah@trialanderos.com
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Les RDV du mardi
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Vous avez envie d'en savoir plus sur l'univers de la danse contemporaine et sur des personnes qui en font l'histoire au Québec? Alors sortez vos agendas et notez-y que chaque premier mardi du mois, dès 19h, a lieu une rencontre animée par ma collègue Aline Apostolska avec une figure marquante de l'art du mouvement.
Après avoir passé en entrevue une trentaine d'auteurs, la voilà qui s'attaque à la danse, appuyée par Circuit-Est Centre chorégraphique, l'Agora de la danse et les Grands Ballets Canadiens de Montréal, institutions qui accueilleront tout à tour ces rencontres ouvertes au public et totalement gratuites.
La première a lieu ce mardi octobre dans la magnifique église qui abrite Circuit-Est Centre chorégraphique (connu aussi sous le nom d'Espace Jean-Pierre Perrault, sur Sherbrooke à l'angle de De Lorimier) avec Jeanne Renaud, la pionnière des pionnières qui fonda le Groupe de la Place Royale, la toute première compagnie de danse moderne à Montréal dans les années 60.
Viendront ensuite:
Gradimir Pankov, directeur artistique des Grands Ballets Canadiens de Montréal
Le 3 novembre dans les studios des GBCM (sur Rivard à l'angle de Saint-Joseph)
Margie Gillis, chorégraphe et interprète
Le 1er décembre à l'Agora de la danse (rue Cherrier)
Emmanuel Jouthe, chorégraphe, interprète, et directeur artistique de Danse Carpe Diem
Le 2 février 2010 à Circuit-Est Centre chorégraphique
Hervé Courtain, premier soliste aux GBCM
Le 2 mars dans les studios des GBCM
Hélène Blackburn, chorégraphe et directrice artistique de Cas Public
Le 6 avril à l'Agora de la danse
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Allez vous faire voir!
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Gros coup de blues dans le milieu de la danse. L’offre de spectacles est plus que foisonnante mais les salles sont plus vides que jamais. Et pourtant, ce n’est pas la qualité qui manque. Avec la deuxième édition de Destination Danse, l’Agora a fait venir quatre chorégraphes français dignes du plus grand intérêt. Et si les soirs de premières étaient aussi animés qu’à l’habitude, la plupart des sièges étaient inoccupés dans les jours suivants. J’avoue que j’ai eu honte face à ces artistes d’appartenir à une communauté culturelle qui se targue de son dynamisme et qui semble pourtant dépourvue de toute curiosité pour ce qui vient d’ailleurs. Bien sûr, la pièce Press de Pierre Rigal a fait salle comble dans le petit espace habituellement occupé par Tangente. C’est un objet artistique hors du commun, intelligent et divertissant à la fois, facile à aimer. Il a fait des émules qui ont porté la bonne parole sur Facebook. Mais ce n’était pas selon moi la pièce la plus intéressante des quatre à l’affiche. Bien plus soignées et exigeantes que bon nombre des œuvres conçues à Montréal, Matter de Julie Nioche, Le Cri de Nacera Belaza et Abstraction et Gravité de Fabrice Lambert, suscitaient toutes la réflexion sur le présent et l’avenir de l’art chorégraphique.
Idem pour le soir où je suis allée voir Musica Nocturna de Catherine Lalonde qui se risque à mettre sa poésie en scène et en mouvement. Le public était clairsemé dans la petite salle de l’Usine C qui venait pourtant de vomir une salle pleine pour la reprise d’Is You Me de et avec Benoit Lachambre et Louise Lecavalier. Aucune chance face à deux monstres sacrés et une pièce qui a ravi le public du FTA en 2007. Mais là encore, je trouve que c’est une pièce facile à aimer (et ce n’est pas un reproche) mais que ce n’est pas la plus grande œuvre de ces deux artistes. Lalonde a sans doute souffert de leur succès tout autant que Lambert et Belaza. Que voulez-vous, le public de la danse n’est pas si gros que ça et il n’a ni le don d’ubiquité ni la bourse à Rothschild pour aller voir tous ces spectacles. L’offre était d’ailleurs si importante ces derniers temps que je n’ai pu placer aucun spectacle de Transatlantique Montréal dans mon agenda. On en revient à la constatation qu’une concertation des diffuseurs pourrait bien être profitable aux œuvres et aux artistes.
Les problèmes au journal La Presse font également partie des causes possible de la désaffection du public. Car mes collègues Aline Apostolska et Stéphanie Brody, pigistes de leur état, se sont vu écartées des pages du quotidien de la rue Saint-Jacques jusqu’à ce que le conflit entre la direction et le syndicat soit réglé. En place des trois ou quatre articles qu’elles se partageaient chaque semaine depuis plus de 10 ans, les voilà réduites à un article chacune un mois sur deux. Ridicule. Depuis la rentrée, la danse a bénéficié de deux autres couvertures par des journalistes salariées qui, aussi professionnelles soient-elles, n’ont pas l’œil avisé de mes deux collègues. Et j’avancerai même que parmi ces deux articles, celui sur Hofesh Shechter, programmé par Danse Danse, pourrait bien être une réponse à l’important investissement publicitaire que fait chaque année le diffuseur dans La Presse. On peut penser que j’ai l’esprit mal tourné mais il faut bien reconnaître que la marchandisation dont est victime l’information menace dangereusement les arts ces temps-ci.
D’ailleurs, la rentabilité potentielle des œuvres fait désormais partie des critères plus ou moins officiels pour l’attribution des subventions. C’est ainsi qu’une jeune chorégraphe talentueuse et exigeante comme Catherine Gaudet (que j’ai mentionnée comme une artiste à surveiller dans mon papier de rentrée) s’est vue refuser toutes ses subventions d’aide à la création ou à la tournée. Là voilà donc au Danemark avec L’invasion du vide qu’elle présentera à Tangente en novembre, réduite à payer les billets d’avion de son équipe avec le généreux cachet qu’elle avait réussi à obtenir. Pour la petite histoire, sachez qu’elle a été invitée à présenter cette œuvre parce qu’elle a gagné un prix à l'International Choreography Competition du centre chorégraphique Archauz. Son prix, c’était d’avoir un bon cachet pour venir présenter une nouvelle création. Et vous savez quoi ? Elle avait, à l’époque, reçu toutes les subventions possible pour aller se faire voir à l’étranger. Paraît que ça donne une bonne image du Canada quand ses artistes participent à des concours et qu’en plus, ils les remportent. Et pour le suivi de leur parcours ? Qu’ils aillent donc se faire voir !
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Le Cri: sublime
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Photo: Gérard Nicolas
La critique de Libération avance que Le Cri pourrait bien entrer dans les annales de la danse contemporaine au même titre que Fase, la célèbre pièce d'Anne Teresa de Keersmaeker. Elle excède certains par la répétitivité de ces huit intérieurs qui écrivent toute la danse; elle en éblouit d'autres. Je fais partie de ceux-là.
Fase m'avait fascinée d'un point de vue technique, mais m'avait laissée froide. Rien à voir avec Le Cri de Nacera Belaza. Ce Cri m'a pénétrée, transportée et, je le réalise une fois rentrée chez moi, comblée comme saurait le faire un merveilleux amant. Car l'expérience partagée avec la chorégraphe franco-algérienne et sa sœur Dalila est éminemment sensorielle pour l'heureux spectateur qui lâche le mental et s'abandonne à la simple résonnance des corps dans l'espace. Sensorielle et transcendante. Le temps et l'espace se dilatent et l'on entre dans une nouvelle dimension.
Je n'en dirais pas plus pour continuer à goûter ce plaisir qui n'a rien d'intellectuel. Je voulais juste vous faire savoir qu'un petit bijou brille sur la scène de l'Agora jusqu'à samedi soir et que ce serait bien dommage de vous en priver.
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Pina au parc
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Spontaneous Dance Combustion, ça vous dit quelque chose? C'est un des ces groupes qui fleurissent dans Facebook et qui rassemble déjà 290 membres. Son objectif: rapprocher la danse contemporaine du quidam moyen en créant des happenings improvisés dans divers lieux extérieur de la ville. Prévenus quelques jours à l'avance, les participants se regroupent à un endroit x pour laisser brûler leur passion de la danse après un rapide briefing.
Pour leur prochaine apparition, ils ont rendez-vous le jeudi 9 juillet, à 15h30, au parc Lafontaine. Leur thème: un hommage à Pina Bausch que le créateur du groupe, Michael Watts, a eu la chance de rencontrer l'an dernier.
« Last year I had the honor of performing for Pina Bausch with the Dave St-Pierre company, which was such a highlight in my life, écrit-il dans son invitation. My greatest memory of her is after the show, she thanked all of us, one by one, and gave us a pink rose. I would like to thank her for inspiring the whole dance community and I hope that you will join me. She is a reason why we dance..."
Il réclame un minimum de 20 participants à qui il demande de regarder l'extrait du spectacle Vollmond présenté dans la vidéo ci-dessous. Ils sont invités à s'en inspirer pour les costumes et doivent aussi prévoir de se jeter à l'eau, au sens propre comme au sens figuré.
Si vous êtes dans le coin, ça pourrait bien valoir le coup d'œil... Et si ça vous tente de contribuer à l'hommage, amenez donc une rose ou un bouquet de fleurs. On en prévoit dans la performance.
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Pina Bausch est morte
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Reconnue pour être l'une des chorégraphes les plus marquantes du XXe siècle, Pina Bausch est décédée ce mardi 30 juin, à l'âge de 68 ans, cinq jours après qu'on lui ait annoncé qu'elle souffrait d'un cancer. Deux semaines avant, la grande dame de la danse-théâtre était encore sur scène. Ce décès plonge la communauté culturelle dans le deuil, et pas seulement celle de la danse, car cette artiste originaire de la Ruhr a influencé toutes sortes de créateurs par la puissance de son œuvre.
Elle débute sa formation dans les années 50, dans l'école dirigée par Kurt Jooss, qui avait commencé à associer la danse et le théâtre dès les années 20. Elle part ensuite pour New York et la Juillard School et revient en Allemagne en 1962. Elle a tout juste 33 ans quand, en 1973, elle se voit offrir la direction du Ballet de Wuppertal, qu'elle rebaptisera le Tanztheather de Wuppertal. Elle est alors la première danseuse de formation moderne à pénétrer l'institution théâtrale allemande d'obédience très classique. La modernité et l'intensité dramatique de ses œuvres choquent, sa position est menacée mais elle tient bon. Il lui faudra attendre les années 80 pour obtenir une reconnaissance internationale qui partira de la France.
Dès 1976, Pina Bausch se détourne définitivement de la composition chorégraphique classique pour y aller de collages travaillés à partir d'improvisations mettant en valeur l'individualité de ses interprètes qui deviennent alors aussi créateurs. Creusant les thèmes de l'identité, du rapport homme-femme, du désir et du souvenir, elle crée des œuvres fortes dont la portée sociale et les figures archétypales ne laissent personne indifférent.
Elle est ici en photo dans une scène de Café Müller, l'une de ses pièces les plus marquantes (1978)
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Le classique? Oui, mais...
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Interrogée en conférence de presse sur ses critères de choix pour la programmation danse du Festival des Arts de Saint-Sauveur (FASS), Anik Bissonnette, la directrice artistique de l'évènement, a déclaré que la danse classique était beaucoup plus accessible que la danse contemporaine. J'ai trouvé l'argument vaguement partisan, vu que la dame est une ex-danseuse étoile des Grands Ballets Canadiens de Montréal. Et puis j'y ai repensé et j'ai dû reconnaître qu'elle n'a pas tout à fait tort, même si toutes sortes de créations contemporaines sont aussi très accessibles.
Dans ma réflexion sur le sujet, je me suis rappelé que je suis moi-même entrée dans la danse par la porte du classique. J'avais sept ou huit ans et je bavais tellement d'envie devant les tutus de mes cousines que ma tante m'avait inscrite à leur cours. Je crois bien qu'à ce moment-là, la danseuse classique était pour moi une figure symbolique de la féminité et de la classe. La danseuse de flamenco de ma culture paternelle en était une autre, plus animale, plus lointaine et, d'une certaine façon, plus intimidante. Inutile de vous dire que mes références ont changé.
Quelles qu'en soient les couleurs, la danse m'ouvrait alors un espace infini de rêves à accomplir : enfant sensible issue d'un milieu modeste, j'y voyais le lieu où les inégalités sociales pouvaient être gommées et où l'indicible pouvait être exprimé. Et je me souviens de mon premier cours comme d'un rituel d'initiation où le sentiment d'être privilégiée se mêlait à la fierté de posséder enfin ces collants chaire qui faisaient de si belles jambes, ce justaucorps bleu que le petit volant de voile transparent rendait spectaculaire et ces demi-pointes roses qui prenaient figure de bottes de sept lieues.
Au fil des ans, j'admirais dans mes cours une élève talentueuse qui exécutait des adages et enchaînait plusieurs fouettés sur pointes avec le plus grand naturel, mais je m'interrogeais sur la nécessité de torturer ainsi le corps et je préférais la vitalité et l'allégresse des danses de caractère à la rigueur du classique et à ses sourires forcés. Cependant, comme pour toute jeune provinciale française des années 70 nourrie de culture populaire, en dehors des comédies musicales et des chorégraphies des émissions de variétés, ma seule fenêtre ouverte sur la danse était celle du classique. J'ai dû attendre l'adolescence pour découvrir le néoclassique amélioré de Maurice Béjart et prendre des cours de modern jazz. Et c'est pendant mes études universitaires qu'a eu lieu la rencontre avec la danse contemporaine (qui n'est pas la danse moderne). Ça a été le coup de foudre.
Je vivais alors à Montpellier où j'ai assisté à la naissance de son célèbre festival de danse tandis que la danse contemporaine fleurissait dans toutes les grandes villes de France sous l'impulsion de politiques culturelles structurantes qui font rêver bien des artistes de par le monde. Dans cette cité méditerranéenne où Dominique Bagouet venait de se voir attribuer l'un des premiers centres chorégraphiques nationaux, j'ai vécu une fabuleuse initiation grâce à un ami éclairagiste qui me pourvoyait en invitations pour tous les spectacles. Carolyn Carlson (photo Laurent Philippe), Carlotta Ikeda, Jean-Claude Gallotta, Régine Chopinot, Merce Cunningham, Philippe Decouflé et le Nederland Dans Theatre font partie de ceux qui ont marqué ma mémoire.
Le hasard a voulu que je n'aie pas l'occasion de voir de ballet classique en scène dans cette période-là. Mon intérêt baissait d'ailleurs rapidement devant les retransmissions télévisée qui en étaient faites à l'époque. Et aujourd'hui, quand la conscience professionnelle me pousse à aller en voir un spectacle, je m'y ennuie généralement, même si j'y trouve un intérêt historique et anthropologique. Les territoires de la danse sont tellement riches de diversité que je me désole à l'idée que certains spectateurs ne s'offriront jamais la chance d'aller voir ce qui se fait en danse contemporaine.
En programmant Hélène Langevin, Naomi Stikeman et BJM_Danse avec des chorégraphies de Crystal Pite et Azure Barton, le FASS donne l'occasion de s'y frotter sans risque d'être dérouté. Ceux qui voudraient s'y essayer sans payer peuvent aller voir en plein air la proposition faite par la danseuse Francine Liboiron, le musicien Philippe Laloux et leurs invités ou tout simplement profiter du mois d'août pour passer quelques soirées au Théâtre de Verdure du parc Lafontaine. Si vous y allez, vous m'en donnerez des nouvelles.
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Sauvez les Schmutt!
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De tous les partys-bénéfice que les créateurs en danse organisent pour renflouer leurs caisses, ceux de la compagnie des Sœurs Schmutt sont sans doute les plus festifs et les plus rassembleurs. Le dernier gala-bénéfice des Grands Ballets Canadiens a eu beau rassembler près de 500 personnes qui leur ont rapporté 545 000 $, je gage que les notions de communauté et de solidarité n'y ont pas vibré des mêmes teintes qu'aux soirées des jumelles Élodie et Séverine Lombardo.
Je me souviens par exemple d'un gros party improvisé à la dernière minute dans un appart du plateau pour rassembler les 3 000 $ manquants pour leur première tournée au Mexique. Il y a eu aussi cette fabuleuse vente aux enchères d'objets en tout genre, animée pas l'inénarrable François Gourd, et suivie d'un concert endiablé de Tomas Jensen. J'en étais ressortie la joie au cœur et avec une magnifique eau forte et une petite peinture qui trônent depuis dans mon bureau. Ce soir-là, l'entrée coûtait 10 $ et chacun payait ce qu'il voulait pour la bouffe du buffet. On pouvait même ne rien donner, histoire que personne ne reste le ventre vide quand il y a à manger.
Cette solidarité dont font preuve les sœurs Lombardo se manifeste aujourd'hui sous une autre forme: ce vendredi 12 juin, dès 19h, Le Cabaret Schmutt de la dernière chance présente une quinzaine de numéros d'artistes de la danse, du théâtre et de la musique, dont les très en vogue Frédéric Gravel et Stéphane Crête. Une soirée à 15 $ où l'on pourra aussi boire et manger. C'est au local Mowill, au 3e étage du 3956, boulevard Saint-Laurent. Je ne sais pas vous, mais moi, j'y serai.
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Rencontres danse et musique
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Savez-vous que certaines techniques de composition musicale sont directement applicables à la composition chorégraphique? C'est là l'un des multiples aspects de la fascinante relation danse-musique que la chorégraphe Danièle Desnoyers (photo Angelo Barsetti) nous invite à découvrir jusqu'au 18 juin à l'Espace Jean-Pierre Perreault de Circuit-Est centre chorégraphique.
En plus d'un stage professionnel animé par Matteo Fargion (compositeur enseignant la composition chorégraphique à P.A.R.T.S., la célèbre école d'Anne Teresa de Keersmaeker), le Séminaire Danse-Musique qu'elle a mis sur pied offre gratuitement au grand public des rencontres qui s'annoncent des plus passionnantes.
Le mardi 9, j'anime dès 19h une table ronde sur le sujet réunissant deux chorégraphes (Desnoyers et José Navas), deux compositeurs (Fargion et Louis Dufort) et le dramaturge Guy Cools, qui connaît sur le bout des doigts la nouvelle danse flamande, réputée pour son rapport privilégié à la musique.
Ensuite, trois soirées sont organisées pour présenter les collaborations des tandems Marie Chouinard/Louis Dufort (le 11 juin) et Lynda Gaudreau/Martin Tétreault (le 16 juin) et pour parler des expériences qu'Isabelle Van Grimde et Dominique Porte ont menées avec des grands ensembles (le 18 juin). C'est gratuit et ça débute à 19h.
Une occasion rare de rencontrer ces artistes et de se familiariser avec leurs démarches artistiques respectives. Plus d'infos ici.
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