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Fabrice Ciancone
Fabrice Ciancone
17 décembre 2004, 12:00
Brillant hommage!
``Nous avons choisi Mingus Erectus comme titre de notre album, parce que Charles Mingus s'est toujours tenu debout``, annonçait d'entrée de jeu Normand Guilbeaut hier soir au Va et Vient. Debout face à l'injustice, face au conventionnel, face au prévisible, évoluant dans le jazz libéré et réactionnaire des années 60, Charles Mingus a composé des oeuvres sauvages, violentes, destructrices, brusques, difficiles à jouer et parfois inaccessibles par leur intensité. Pour rendre avec brio la déstructuration de ses pièces, il fallait des musiciens de talent, suffisamment mûrs et drôlement physiques. Normand Guilbeaut, à la contrebasse, maître d'oeuvre de cet hommage, a réussi le pari en réunissant Mathieu Bélanger aux clarinettes, Ivanhoe Jolicoeur aux trompettes et Jean Derome aux saxophones pour nous offrir une performance magnifiquement puissante. Du très bon boulot! Le concert commença en force avec le classique ``Pithecanthropus Erectus`` qui fixa d'emblée la qualité de la prestation à un niveau galactique puis glissa sur trois pièces que je ne connaissais pas et qui m'ont bouleversé : ``All the things you could be by now if Sigmond Freud's wife was your mother`` par sa complexité, son embroglio entre Moi, Inconscient et Subconscient, ``Conversation``par la finesse des échanges entre les vents et ``Tijuana Gift Shop`` pour sa couleur mexicaine. La suite fut de toute beauté et tout aussi intense. Mon coup de coeur va à la pièce ``Fables of Faubus``revisitée et rebaptisée ``Fable of George Dubya`` (prononcez George WW) dont le texte ne manquait pas de piquant et de verve et à Mathieu Bélanger pour ses hauteurs mirobolentes. Merci!!
29 novembre 2004, 3:12
Yin et Yang
Aborder la danse contemporaine par le biais du Tai-shi traditionnel, c'est révolutionnaire, c'est médidatif, c'est fluide, c'est aqueux et cela nous vient de Taïwan. Construit sur le principe du Yin et du Yang qui s'enchevètrent avec grâce comme deux goutes d'eau dans un cercle en perpétuel mouvement et qui contiennent chacun un élément de l'autre pour former un équilibre potentiel, Moon Water ressemble à de l'eau (élément Yin) qui s'écoule éclairée par des rayons de lune (ici un élément Yang). Les danseurs de blanc vêtus apparaissent comme des molécules, des goutes esseulées qui cherchent à se rejoindre pour constituer une masse qui n'a de cesse de se former et de se déformer au gré de la musique de Bach. Les piéces ne possèdent ni début ni fin, les danseurs entrent et sortent de la scène comme mus par un courant imaginaire et délicieusement lent. Hommes et femmes n'ont aucun rôle spécifique à leur sexe respectif -pas de conflit, de jeu de pouvoir ou de séduction- et ne tendent qu'à établir l'harmonie. La lumière, mystérieusement bleutée, est refêtée par des miroirs métalliques qui s'ouvrent graduellement comme la circonvolution de la lune, comme l'écoulement du temps. La scène tracée de nuages blancs sur fond noir ressemble au symbole Yin et Yang et quand elle est inondée doucement, les danseurs s'y vautrent avec plaisir comme dans les bras de leur maman. Mais la vraie révolution, ce sont les mouvements martiaux du Tai-shi réalisés sur un rythme méditatif appliqués comme technique de danse: avec une énergie entièrement centrée sur le ventre, les danseurs ne cherchent pas à vaincre la gravité mais à se fondre dans la vague, dans le courant, entre ciel et terre. Pour le spectateur, Moon Water c'est comme de s'asseoir 70 minutes au bord d'une rivière qui raconte l'histoire du monde, face à un courant sans début ni fin qui tend à l'harmonie dans lequel l'homme n'est qu'une molécule de temps.
26 novembre 2004, 12:31
Un bouffon!
Même si il y a dix ans, Tariq Ramadan a réussi à instaurer un débat prometteur dans la sphère publique française, il me semble aujourd' hui n'être plus qu'un bouffon accro aux caméras, la coqueluche des chaînes vulgairement polémistes, continuant à parader malgré ses démagogies boiteuses maintes fois dénoncées par les intellectuels, acceptant les invitations de tous les pitres de la télévision alors qu il n'est plus que la risée des musulmans progressistes comme fondamentalistes, s'emberlificotant dans des propos contradictoires et sirupeux sans fin. Dommage! Avec plus d'intégrité et de sincérité, il aurait pu faire avancer le ´´schmilblik´´ comme disait Coluche, il aurait pu contribuer à créer un forum multiculturel et multireligieux ouvert au dialogue laïcisant où l'Islam aurait sa place. Avec moins d'ambiguité, il aurait pu préciser et définir pous les jeunes ``ghettoïsés`` les libertés propres à la sphère privée et à la sphère publique! Mais, peut-être les médias sont-ils en partie responsables de cette bouffonnerie; l'homme s'est laissé prendre au jeu et il grignote à tous les rateliers. Il n'est ni un dangereux démagogue islamisant pour le monde occidental ni un adjuvant oratoire pour les jeunes musulmans en quête d'identité, il est un arriviste, une politicien sans contenu que les spectateurs français sont tannés de voir apparaître dans leur petit écran! Je me demande pourquoi les médias n'invitent pas plus souvent le grand conteur et poête Amin Maalouf à la tribune; son discours intègre, clair et pacifiant pour les Arabes, les Chrétiens et les Juifs du monde entier me semble beaucoup plus intéressant. Mais peut-être n'est-il pas assez rentable, qu'il ferait moins d'audimat, que les poêtes et les libres-penseurs n'ont plus leur place dans la sphère médiatique ou tout simplement que la rhétorique et le vedettariat ne tentent pas le citoyen Amin. Dommage!
26 novembre 2004, 10:55
Se laisser prendre!!
Pour moi, acheter le nouveau Thorgal, c'est un peu comme aller voir un nouveau volet de La Guerre des Etoiles, c'est comme habiller mon âme d'enfant pour le carnaval, c'est comme replonger pour un moment dans la mythologie de la maison familiale, c'est un rituel, depuis 25 ans, .... Ainsi, je dépose précautioneusement la bédé sur le rebord de l'évier, fais couler un bain en prenant soin d'y ajouter une dose mélancolique de bain mousse, mets un CD de Nils Petter Molvaer pour son ambiance fantastique, préviens la ``smala`` de ne me déranger sous aucun prétexte et me glisse doucement dans l'eau chaude. La mousse m'esserre chaleureusement de ses bras protecteurs, la trompette du norvégien m'invite graduellement à un voyage en drakkar, j'infiltre la tête aventurière de Van Hamme, je me remémore les anciens épisodes et puis, j'ouvre enfin la bédé. La lecture extatique qui s'en suit est bien trop personnelle pour que je la décrive... mais que le nouvel épisode soit bien ficelé et original ou légèrement baclé et décevant, je prends autant de plaisir, je me ballade hors du temps, je gagne une heure de mon temps. Une fois la lecture terminée, je referme le volume, le dépose sur le bord de l'évier et je ferme les yeux; la musique toujours aussi puissante me tire vers le souvenir de mes propres aventures comme une déesse tentatrice qui se balance langoureusement sous opium, comme Kriss de Valnor, aventurière sans scrupules dont on a envie de tomber amoureux au risque de se faire poignarder. Alors faire revenir la garce noiraude, ce n'est pas trop original mais c'est toujours tentant, comme la main du diable, comme la réminissence d'anciens voyage, cela permet d'oublier le quotidien pour une heure, entre enfance et paternité. Oui, ce vingtuitième épisode de Thorgal est assez classique mais je ne suis pas déçu; pendant ces 25 ans de vie commune, le tandem Rosinski-Van hamme a créé des albums plus faibles mais il est toujours revenu en force. Alors, vivement la suite!
19 novembre 2004, 12:36
``Serbe, croate ou musulman``
``Au fait, vous ne m'avez pas dit! Vous êtes serbe, croate ou musulman``, cria la jolie journaliste, la tête étirée par la fenêtre de son taxi qui semblait happé par un trou rouge sang estompant le visage et la mémoire de Nike. Ainsi, la question était posée d'entrée de jeu par Bilal dans le premier tome du ``Sommeil du Monstre``. Sarajevo, souvenir de sang! Au Va et Vient, hier soir, la réponse fut rapidement donnée par Les Gitans de Sarajevo: les trois! Ah quel beau nom pour un groupe qui se revendique des trois religions, en territoire refuge, comme si il voulait regrouper des exilés et des spectateurs le temps d'un voyage en pays slaves. Un beau voyage en perspective. Pourtant leur prestation fut à mon avis assez faible, assez froide. Malgré deux magnifiques morceaux de Goran Bregovic, le célèbre compositeur mi-croate, mi serbe, marié à une musulmane durant la première partie et des classiques énergiques et dansant qui furent accompagnés aussi bien sur la piste qu'aux tables durant la deuxième partie, ils ne sont pas vraiment parvenus à faire passer cette émotion à fleur de peau se baladant entre joie et mélancolie chère aux slaves du sud, comme s'ils avaient oublié leurs sensibilité aux pays ou plutôt comme s'ils se retenaient, de peur de bouleverser un public peu habitué aux vapeurs dramatiques de la slivovic. Dommage! Je voudrais toutefois attribuer une de mes étoiles au Va et Vient pour leur accueil professionnel et chaleureux et à les encourager à continuer dans cette voix. Vraiment une place sympathique où je retournerai volontiers.
18 novembre 2004, 11:14
Résistance!
A l'origine, ce n'est pas pour protéger les jeunes filles des MST ou des grossesses non désirées que les dogmes religieux ont inventé la règle d'abstinence pré-matrimoniale, c'est pour protéger le futur mari, lui donner un sentiment de surpuissance sur sa future vierge à qui il va apprendre à satisfaire ses besoins masculins et à se satisfaire naïvement du peu qu'il va lui offrir. Il fallait alors les marier jeunes avant qu'elles ne risquent d'être souillées. En outre, chez les musulmans, les juifs, les chrétiens, les hindous comme chez les bouddhistes les jeunes hommes étaient emmenés avant le mariage chez les professionnelles pour obtenir quelque éducation machiste de possession. Aujourd'hui, alors que la société occidentale semblait s'être un peu libérée de telles pratiques, alors que le préservatif et la pilule sont bien ancrés dans les mentalités, prôner l'abstinence avant le mariage en récupérant les risques contemporains de MST et des grossesses de plus en plus jeunes malgré ces contraceptions -le mariage étant aujourd'hui plus tardif- c'est effectivement une régression, un abandon du rôle éducatif de l'explication pouvant être comprise au profit de celui de la règle morale intégrée sans conscience. Il faut se rendre à l'évidence que les Etats-Unis de Bush mènent une guerre officielle de religion (alliées aux juifs pour la première fois de l'Histoire) et que face à la montée intégriste d'un Islam régressiste, ils s'arment pour une nouvelle croisade. Alors à la guerre comme à la guerre, préparons le monde de demain, continuons à éduquer nos jeunes à la critique, enseignons leur l'Histoire. Résistance!
12 novembre 2004, 10:05
Tentant!
Même si le foie gras poêlé semble travaillé dans le plus pur goût classique, il n'est jamais décevant de l'apercevoir annoncé dans un menu car il peut être une excellente alternative pour celui à qui la carte ne tenterait pas trop. Un bon point! Redonner sa place en cuisine aux topinembours et aux salsifis traditionnellement relègués au rang d'ersatz de temps de guerre me paraît être une très bonne réaction face à l'abondance exotique du marché. Un autre bon point! Farcir le lapin avec ses abats peut être désastreux ou merveilleux selon que celui-ci a été nourri aux grains nauséabonds ou à l'herbe fraîche; en tant que grand amateur de conil, c'est sans doute le plat que je choisirais d'essayer au risque de..., un autre bon point! Et puis, allier l'onctuosité des cèpes et de la moèlle de boeuf tire d'un trait de génie, c'est très alléchant... rien à dire! Quant au prix... et bien si celui-ci peut se justifier au vu de la qualité du service, de l'ambiance, de la décoration, de l'esthétique des plats, de la présentation des tables et de la pertinence des vins... et si celui-ci peut se défendre d'un menu traditionnel et pourtant créatif, inventif, je pense qu'il en vaut la peine. Tout est une question de choix et de priorité; pour moi, la table en est une! Séduisant... en soirée, avec ma blonde!
8 novembre 2004, 1:13
Bilal le dessinateur oui, mais Bilal le cinéaste non
Même si en arabe Bilal signifie `eau fraîche`, elle n'est pas parvenue cette fois à étancher ma soif. A mon avis, le choix des images de synthèse était une erreur car trop antinomiques au dessin, elles possédent peu de poésie et de liberté, elles sont empâtées. Quoique Charlotte Rampling ait été comme d'habitude parfaite, que le docteur en chef de Transgénics ressemble étrangement au Jean-Louis Trintignant de Bunker Palace Hotel et au docteur génial de Métropolis, que le bleu soit comme à l'accoutumé la couleur de liaison entre la réalité grise et l'amour, la couleur permettant de reconnaître l'élue, que la bande sonore soit des plus réussie et que le héros bilalien soit campé comme d'habitude avec force par un caractère slave au menton déterminant et à la barbe drue, je dois avoué que malgré ces éléments qui m'ont fait sourire, j'ai trouvé le film décevant. Dans Bunker Palace hotel, le manque de moyens et le balbutiement de la technologie ont contribué à faire du film une oeuvre impressionniste et forte dans la plus pure tradition cinématographique russe, quelque chose dont le ton et l'ambiance se retrouvaient dans l'album Partie de Chasse et qui m'a fort impressioné. Dans Tykho Moon, la technologie était déjà plus présente, le bleu plus prononcé et le genre science-fiction plus avoué mais le scénario battait de l'aile. Ce fut pourtant meilleur que Immortel Ad Vitam. Pourtant, dans Immortel, le découpage scénarique est bon -La foire aux Immortels est un chef d'oeuvre et il n'est pas trop difficile d'adapter un découpage de bédé à celui d'un film- mais le trop plein de technologie a kidnappé jusqu'à la poésie des scènes d'amour si chères à Bilal et aux ambiances si humaines. Peut-être devrait-il choisir le dessin animé comme support, prendre exemple sur le très beau, très réussi Cour des Mystères adapté de Corto en Sibérie d'Hugo Pratt qui parvient à rendre jusqu'aux silences méditatifs du marin et l'espace infini qui s'étend derrière l'horizon.
8 novembre 2004, 12:21
Machine à sous castermanienne
Même si je sais qu'Hermann est lié avec Casterman par un contrat exigeant de la part de l'auteur la sortie d'un volume de la série Jérémiah chaque année et que souvent Hermann n'a pas le courage, l'envie ou la créativité suffisante pour faire de chaque volume une oeuvre d'art, je trouve que la série bat de l'aile depuis trop longtemps et que comparée à ce que Hermann peut faire en dehors de la série (Lune de Guerre avec Vanhamme ou Sarajevo-Tango ou Abominable) il se répète comme un scénariste hollywoodien. Jérémiah et Kurdy tombent toujours malencontreusement sur une bande de malfaisants qui terrorisent une région, une ville ou une usine puis, Jer , toujours prêt à défendre la veuve et l'orphelin, s'arrange toujours par être mêlé à des évènements irréversibnles avec ces malfrats, ensuite Kurdy -qui se fout de l'orphelin comme de sa première chemise (quoiqu'un peu moins de la veuve quand elle est bien roulée) entre en jeu pour prêter main forte à son pote mais aussi parce qu'au fond il a quand-même bon coeur et enfin, les mauvais prennent une tripotée et nos héros en sortent grandis mais sans honneur puisqu'ils enfourchent déjà leur bécanes et filent vers le soleil couchant en soulevant un léger nuage de poussière. Même si je l'achète par habitude et pour complêter ma collection, je pense que Hermann devrait se trouver un scénariste qui lui refile un peu d'énergie nouvelle. Cela ne ferait pas de tort ni à lui-même ni à ses lecteurs assidus.
8 novembre 2004, 11:59
L'elève-chat du rabbin
J'ai eu la chance de lire les trois tomes de cette magnifique saga félinidée où un chat parlant et savant questionne un rabbin sépharade sur des questions ayant rapport à la religion juive et à sa tradition nord-africaine. Joann Sfar possède un trait simple et grossier qui convient parfaitement au narratif important de ses histoires. Dans `Le Chat du Rabbin`, Sfar développe sous forme de paraboles, avec intelligence et concision, les questions que les juifs et les goys peuvent se poser sur cette religion. Il est parfois ironique, burlesque, satirique mais il ne verse jamais dans le cynisme gratuit et la facilité raciste. Un pur moment d'émerveillement et de rire. Très intelligent!
8 novembre 2004, 11:46
Pratt, maître du noir et blanc et marchand vénitien
D'abord, de son vivant, Pratt avait permis la réédition en couleur d'anciens album noir et blanc (il faut dire que sur la fin, il s'était lié avec une jeune coloriste nommée Patricia Zanotti et que ses derniers albums sortaient déjà en couleurs) et nous avait blessé, mes compagnons bédéphiles et moi. Aujourd'hui, depuis sa mort, on réédite en couleurs des parties non complêtes, des petites histoires, des chapitres d'anciens albums noir et blanc, comme si on extirpait des chansons de vieux albums des Beatles et qu'on les sortait en single histoire de se faire du pognon sur l'acheteur ignorant ou le collectionneur malade. Parfois, en traînant mes guètres dans les rayons tapageurs d'une librairie belge, mes yeux croisent parfois la ligne épurée, le coup de pinceau magique de Pratt et y restent accrochés le temps de reconstituer sa provenance. Je fouille alors mes archives à la recherche de cette couverture et de ce titre que je devrais connaître puisque j'ai tout lu de cet auteur mais je reste éberlué, coincé, interloqué jusqu'à ce qu'une angoisse incompréhensible naisse en moi : comment cela se fait-il que je ne possède pas cet album et puis, la pièce tombe, je me souviens du chapitre, je me rappelle de la mort du Maître, je revois les anciennes rééditions et je passe mon chemin en jurant, prêt à exploser, à pleurer, à me répandre. Le piège était beau, coloré et léché comme les aquarelles du Maître, il avait attiré mon oeil comme un diamant perdu dans la crasse. Cela ne finira-t-il donc jamais.... La famille du `Marchand Vénitien` ,comme aimait à l'appeler ses détraqueurs, est-elle derrière cette exagération ou est-ce Casterman seule qui se prend pour une machine à sous... allez donc savoir.
8 novembre 2004, 10:46
Le noir et blanc au service de la profondeur
Enfin le nouveau Munoz...! Munoz, comme Pratt, comme Comès,..., est un maître incontesté du noir et blanc. Utiliser le noir et blanc en bédé, c'est avant tout choisir la technique picturale la plus difficile, la plus contrastée, la plus engagée, ..., c'est choisir la dualité des formes pour raconter les multi-particularités de la vie humaine et c'est un art que seuls quelques grands ont réussi à développer jusqu'à la perfection, jusqu'à une profondeur poétique tellement impressionniste et puissante que le texte en devenait soudain presque redondant. Le noir et blanc en bédé, c'est l'univers du fantastique et du fantasmagorique, du silences et du non-dit, du rêve endormi et du rêve éveillé, de la poésie et du voyage, de la magie et de la danse... chez Munoz, c'est celui du tango de Buenos-Aires, celui que l'on danse en smoking noir et blanc, celui des ruelles chaudes et des filles à la peau mate, celui des bagarres au couteau pour une fille au seins blancs, celui des mots noirs sur la feuille blanche.... Pour ce nouvel album, Munoz joue avec les mots comme avec les livres le long d'un scénario signé Sampayo tiré au couteau mettant en scène le souvenir de Zweig, le juif en exil combattant littéraire de la liberté et européen avant date, vendu aux enchères contre une bibliothèque entière. Sûr que cela aurait rendu fous l'autre Argentin et l'autre Italien collectionneurs!!! Alors, bravo à Munoz pour ce nouveau tour de force et longue vie au dernier des trois qui reste (Hugo Pratt est mort voici dix ans et Comès ne produit plus rien) en attendant la relève des jeunes loups blancs tapis dans l'ombre. Magnifique!
5 novembre 2004, 11:24
La peur
Quand le peuple a peur, il vote à droite! Ici encore, la peur semble avoir été le moteur puissant et déterminant qui a décidé du choix des électeurs ; une peur consciemment entretenue de main de maître par les médias et ceux qui les dirigent: peur du terrorisme (alors qu'il n'y pas eu un seul attentat terroriste sur le sol américain depuis trois ans), peur de la disparition des valeurs morales de l'Amérique (avortement et mariage gay), peur de l'Islam, peur du retrait des armes (le pays est en guerre...), peur, peur, peur! Bush a su touché le peuple, le réconforter avec un langage simple et primaire. Bush a obtenu l'appui des régions agraires les moins éduquées, des religieux (chrétiens et juifs réunis), des conglomérats qui possèdent un intérêt financier découlant de cette situation, des racistes en tout genre qui rêvent d'un état fort et de tous ceux qui, simplement, ont peur, qui ne sont pas suffisamment éduqués pour relativiser les messages médiatiques. Au contraire, Kerry, trop intellectuel, trop modéré, n'a pas su convaincre le peuple; il ne représentait pas l'homme fort garant de la sécurité de l'Amérique. Il est des Etats-Unis comme de n'importe quel pays : quand le peuple a peur, il choisit l'homme fort, le cow-boy mythique, le cancre de la cour de récréation, le caïd de la prison pour le protéger et cela même s'il doit sacrifier son porte-monnaie pour l'obtenir. La peur!!!!
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