D’abord, une précision qui me semble nécessaire : aucun journaliste à ma connaissance ne fait ce métier pour démolir des artistes. On préfère aimer, bien sûr. On déteste s’emmerder à écouter un disque, puis écrire dessus, recevoir les injures des «fans» ensuite… Ça fait beaucoup pour un objet mauvais…
Mais bon, on s’est promis (enfin moi!) de rester critique en tous temps. C’est même pour ça que j’ai choisi ce métier : pour que les lecteurs ne se fassent jamais baiser par des journalistes incompétents ou sous l’emprise de la «hype» comme d’une drogue qui obstrue le cerveau…
Alors, maintenant, résumé des épisodes précédents :
On me présente le nouveau phénomène à la mode sur MySpace : Cœur de pirate. J’apprends qu’elle vient de quitter son groupe rock, Bonjour Brumaire, en plein milieu des Francouvertes (si ma mémoire est bonne) pour se consacrer à sa carrière solo.
Je la vois aux Francos en première partie d’un des plus grands chanteurs français actuels (qu’elle avoue ne pas connaître), Benjamin Biolay. À la suite de cette soirée, j’écris ceci sur ce blogue le premier août 2008 :
Quelques mots sur la première partie, Coeur de Pirate, une absurdité. Que faisait-elle là, en lever de rideau d'un artiste aussi important et grand que Biolay? Elle n'a pas encore sorti de disque, elle n'est pas prête, ses morceaux étaient ennuyeux et son blabla nunuche. Les mots qui me venaient en tête pendant qu'elle chantait étaient «insignifiant» et «quelconque», mais je me garderai bien de les écrire ici.
Comment a-t-elle pu accéder à cette scène alors que de vrais artistes expérimentés y auraient été beaucoup plus à leur place? Sans doute que sur son cd à paraître en septembre chez Grosse Boîte (Tricot Machine, Le Husky), les musiciens et arrangeur feront des miracles pour dissimuler les faiblesses, peut-être que l'opus sera écoutable, mais en aucun cas, en ce premier août 2008, elle ne méritait autant d'honneurs.
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Alors, cette semaine, quand j’ai su que le premier disque de Cœur de pirate était prêt pour l’écoute, je n’ai pas attendu sa sortie en magasin. J’ai demandé qu’on me l’envoie. Je n’allais pas juger cette artiste sur une simple contre-performance d’une vingtaine de minutes. Pour moi, l’essentiel en chanson, c’est le disque, pas le spectacle. Iriez-vous juger d’un roman après la lecture de 10 pages?
Le spectacle, pour moi, c’est un plus. Pas une fin en soi.
Eh bien, je me suis lancé sur l’album de Cœur de pirate. Cette fille est tant couverte d’éloges partout (presse branchée, presse grand public, radio, blogues, etc.), je me suis demandé si je ne loupais pas quelque chose, si je ne jugeais pas trop vite…
J’ai écouté l’album. Deux fois. Je ne changerais pas une ligne à ce que j’ai écrit sur ce blogue. C’est insignifiant, les textes sont adolescents, les mélodies se ressemblent toutes, et la voix est celle d’une gamine qui minaude. Le seul truc que j’ai aimé, ce sont les ambiances au piano à certains endroits.
Certaines voix ont commencé à s’élever sur le net. Des lecteurs du Voir, des internautes, des spectateurs qui ont vu le «phénomène» sur scène. Des mélomanes qui ne sont pas d’accord pour lui tresser des couronnes de lauriers.
À vous de voir, le cd sort mardi.