Ainsi donc, Bernie Ecclestone est une insatiable crapule déconnectée de la réalité et sa mainmise sur le grand cirque de la F1 fait en sorte que le Grand Prix de Montréal, la seule étape nord-américaine du calendrier, sera désormais chose du passé. Rien à faire. Et au rythme où vont les choses, ce grand festival du vroum-vroum ne pourra plus se tenir hors Europe que dans quelques royaumes pétroliers qui ont assez d'argent pour se construire des centres de ski intérieurs quatre saisons en plein milieu du désert avec des remonte-pentes en or massif et des chalets sculptés dans le cristal, ou dans des pays dits "émergents", à la démocratie douteuse, en mal de grosse pub clinquante pour leurs mégapoles.
Et pendant ce temps, nous, à Montréal, pauvre ville en décrépitude annoncée qui roule plein gaz sur la piste du hasbeenisme, qu'est-ce qu'on va faire? C'est que ça dépensait de l'argent, ces touristes fans de F1. C'était pas des téteux de bière de festival ça, non monsieur. Ça faisait vivre plein de magasins de luxe en achetant des casquettes de luxe, des fanions de luxe, des posters de luxe, des filles de luxe, toute la patente. Ce sera tout un défi de trouver un troupeau aussi rentable pour venir faire rouler le commerce.
Le chroniqueur automobile Jacques Duval et d'autres avec lui ont lancé l'idée d'un Grand Prix de la nouvelle ère écologique qui ferait compétitionner des voitures électriques. On pourrait y voir s'opposer des firmes d'ingénieurs de différents pays, avec en prime une équipe complètement hydro-québécoise, et le tout contribuerait à faire avancer la cause de la voiture électrique.
L'idée a bien de l'allure. Tant qu'à tourner une page, aussi bien en profiter pour ouvrir un nouveau chapitre plus en phase avec les priorités de l'heure. Et ce serait bien d'innover pour une fois, au lieu de toujours suivre. Sauf que voilà, est-ce que le party lèverait autant avec une compétition de voitures propres? Les pitounes qui accompagnent généralement la F1 seront-elles aussi attirées par le subtil cillement des voitures électriques et leur entourage de nerds même pas vedettes que par le feulement animal des moteurs à explosion et leur cortège de richissimes bums? La vitesse des véhicules sera-t-elle aussi électrisante que leur alimentation? Est-ce qu'il y aurait autant d'excitation dans l'air sans le péché du pétrole? Le vice sait faire le party. La vertu a beau s'essayer, ça donne toujours des messes...
L'idée mérite au moins qu'on tente un coup d'essai, ne serait-ce que pour se consoler de la perte en faisant quelque chose de mieux, comme on se force un peu pour tripper sur une bonne salade après que le docteur nous ait interdit le gros burger tout gras.
LA FORMULE D
Mais plus largement, le problème se pose quand même de la personnalité de Montréal, de son image de marque. On a beau rigoler, le tourisme est une industrie importante, et Montréal risque trop à être dépendante d'évènements internationaux dont l'attribution n'est pas garantie. Imaginez que les aléas de l'économie fassent disparaître aussi les Internationaux de tennis et que le prestige du Festival de Jazz s'effrite. Il faudrait, genre, comme un projet de société autonome qui fasse de Montréal une destination intéressante en permanence au moins pour certaines catégories de touristes.
Oubliez les casinos: il commence à en pleuvoir un peu partout, et ceux qui se trouvent dans des régions ensoleillées auront toujours plus d'atouts. Le plus grand atout de Montréal, ce sont les Montréalais et leur ouverture d'esprit, si seulement on se permettait d'en tirer tout le profit. Les solutions sont juste là, mais on se refuse de les voir parce que c'est tabou. Ouvrons-nous les yeux: on a tout ce qu'il faut pour faire de Montréal l'Amsterdam de l'Amérique du Nord.
On légalise le pot et on en permet la consommation dans des établissements autorisés et on légalise la prostitution dans un red-light bien délimité. D'abord ça désengorgerait beaucoup les prisons en plus de nuire considérablement au crime organisé. Et puis tu taxes les deux, bien sûr, comme le jeu et l'alcool. Et le plus beau, c'est que tout ça laisse libre cours à la créativité d'une multitude de petits commerçants plutôt que de reposer sur un seul mastodonte onéreux et risqué.
Évidemment, ça amènera des problèmes (aux douanes, notamment...), mais rien qui ne soit insoluble. Et ça, ce serait de l'image de marque, rebelle et festive. La poutine deviendrait le sex-symbol alimentaire de quiconque en Amérique du Nord sait ce que ça veut dire que d'avoir les munchies. En élargissant un peu, on pourrait aussi bâtir des cabanes à pot à côté des cabanes à sucre. Les musiciens poteux américains viendraient jammer avec nous dans les bars, comme à la belle époque des cabarets. Et puis les fils de bonne famille pourraient toujours prétexter qu'ils viennent à Montréal pour voir la course des autos électriques...
Ah oui, c'est vrai, j'oubliais. Les drogues et la prostitution sont de compétence fédérale. Pour réaliser ce beau programme, il faudrait donc d'abord que le Québec soit indépendant. Allo, Pauline?...