Je ne suis pas religieux. Je suis plutôt agnostique. Je pense qu'il n'y a probablement rien "après", mais je ne peux pas prouver l'absence de Dieu non plus et, franchement, je n'ai pas envie de m'atteler à la tâche autrement que pour me faire l'avocat du diable de temps en temps (exercice délicieusement ironique, vous en conviendrez).
Sauf que quand le pape de ce qui est supposé être ma religion se met à excommunier des petites filles violées pour avoir avorté et à dire des conneries (Le condom peut contribuer à l'épidémie de sida. Quoi, les gens le mettent de travers?), évidemment, ça me fait bondir. Sauf qu'il me semble qu'apostasier, comme de plus en plus de gens le font, ne sert à rien. D'abord, c'est reconnaître un pouvoir magique au baptême. Comme s'il fallait s'inscrire à une religion comme à un camp de vacances. Or, j'ai beau me dire agnostique, il reste que j'ai été élevé dans la religion catholique, que je suis imprégné des valeurs chrétiennes, même si je les remets en cause.
C'est pourquoi j'ai eu envie d'en parler avec un homme d'Église, un vrai prêtre, mais qui a les vraies priorités humaines à cœur et ne passe pas son temps à couvrir son institution. Et j'ai trouvé Fernand Patry, un prêtre dont j'avais entendu parler par Brigitte Poupart, avec qui il avait collaboré dans son travail sur la pièce Cérémonials, où il était question de ces églises désacralisées qu'on transforme en condos. Certains le connaissent notamment pour ses homélies livrées au réseau TVA.
Fernand Patry n'est pas de ceux qui se désolent avec nostalgie du déclin de la pratique religieuse traditionnelle. Il faut aller à l'essentiel. Par exemple, il croit qu'à une époque de son histoire, le Québec a construit trop d'églises. Il ne faut pas trop se désoler aujourd'hui d'en voir de nombreuses converties à d'autres fonctions. Mais selon lui, il faudrait respecter l'esprit qui a animé ceux qui les ont construites. En faire des condos accessibles aux seuls riches, c'est déposséder la collectivité de ce qui lui appartient. Mais une garderie, une salle de spectacle, des loyers modiques, pourquoi pas!
Fernand Patry est présentement au service des soins spirituels du CHUM, à l'Hôtel-Dieu, où il prodigue réconfort et accompagnement aux patients et à leur famille qui vivent des épreuves. Un signe qu'il s'agit là d'un prêtre résolument de son temps, M. Patry a d'abord défroqué, avoue même avoir été anticlérical avant de "refroquer", mais en tenant un peu plus son boutte, en insistant sur ce qui lui semblait l'essentiel du message. Il trouvait au départ que le rôle d'aumônier se résumait trop souvent à prodiguer des sacrements: communion, bénédiction, extrême-onction (pensez au "Quin, toé!" du délirant Pape de Ding et Dong...). Selon lui, les gens ont déserté les paroisses parce qu'ils ne croyaient plus à ça; il ne fallait pas leur remettre ce bataclan dans les pattes au moment où ils ont le plus besoin de vraie compassion.
"Les gens sont très spirituels. Les gens ont mis la religion de côté. Ils ne pratiquent plus la religion comme leurs parents. Même les personnes âgées, c'est étonnant de voir leur évolution. Elles n'écoutent plus des gens qui viennent leur dire des choses inacceptables. Et elles ont raison."
Fernand Patry ressemble en fait au croisement entre un psychologue, un travailleur social et un philosophe. Qu'on ait la foi ou non, il me semble que c'est là un rôle qui peut être utile. Comme une super-infirmière de l'âme. L'homme dégage une sorte d'intelligence du cœur.
Je lui ai fait part de mon fantasme de voir une bonne part des prêtres du Québec faire schisme d'avec le Vatican pour partir leur propre affaire. Des individus qui débarquent d'une institution un à un, ça ne frappe pas l'imaginaire. C'est l'effritement d'une tradition, voire de la société qui allait avec. Mais le Québec est une des sociétés majoritairement catholiques au monde qui a connu la plus fulgurante évolution de mentalités. Pourquoi ça ne se refléterait pas dans nos institutions?
Pourquoi pas une église "made in Québec", avec un pape élu par ses fidèles, ouvert à l'ordination des femmes, au mariage des prêtres, à l'homosexualité, mais qui continuerait de transmettre des valeurs humanistes et de vivre les rituels de passage de la vie dans un lieu inspirant et signifiant, même si on a de sérieux doutes sur le fait que la maman de Jésus n'ait pas fait de cochonneries pour le concevoir.
Fernand Patry croit qu'un tel schisme est inutile. "On est pris avec un discours qui est professoral. Mais les gens ont quitté l'école depuis longtemps, dit-il. Je crois que cette Église dont tu rêves existe déjà. Je connais des femmes qui célèbrent l'Eucharistie dans des maisons! On n'a plus besoin de demander la permission à papa..."
N'empêche, je ne peux arrêter de trouver dommage que les gens de foi d'ici qui sont "groundés" dans la réalité du Québec d'aujourd'hui en soient réduits à pratiquer des rituels plus "lousses" presque en cachette. Mais quand j'évoque à Fernand Patry l'hypothèse qu'on vienne l'empêcher de pratiquer son rôle de prêtre à sa manière, qu'on l'oblige à exiger de ses fidèles la soumission au crédo officiel, il part à rire. C'est drôle, j'aurais comme le goût que le Vatican s'essaye...
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Enfin, pas "drette" sur le sujet, mais très connexe, le très, très beau film Doubt mettant en vedette Meryl Streep et Philip Seymour Hoffman.