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Impertinences
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23 juin 2009, 1:46
Las Vegas: la roue tourne

François Parenteau revient de Las Vegas où il a tâté le pouls de l'économie américaine.

En février, je lisais dans la revue The Economist (très distrayant, surtout depuis que les économistes s'efforcent de prouver que tout ce qui vient d'arriver n'est pas du tout de leur faute...) que Las Vegas était une des villes américaines les plus touchées par la crise économique. Évidemment. Quand on serre les cordons de la bourse, les frivolités y passent en premier. Et ça doit frapper fort dans ce Disneyworld pour adultes en plein milieu du désert.

Alors quand un petit projet voyage à Las Vegas avec une gang de chums s'est dessiné (c'est le temps d'en profiter, les hôtels sont moins chers...), je me suis dit que l'occasion était bonne de chercher quelques témoignages qui feraient le portrait de Sin City en temps de crise. OK, on s'entend, j'allais là pour le fun, j'ai pas fait une grosse enquête, juste tenté de prendre le pouls auprès de Vegassiens ordinaires, par une méthode d'échantillonnage rigoureusement aléatoire qui s'appelle le hasard.

Je me suis d'abord entretenu avec Kenneth, chauffeur de taxi. À moitié autochtone et à moitié Irlandais, le bonhomme proclame n'être absolument pas raciste. Mais il n'apprécie pas du tout Obama, qui selon lui se serait mis à genoux devant les Arabes. Mais quand il s'est mis à me dire que les terroristes envoyaient des oiseaux mécaniques munis de caméras survoler la célèbre "area 51" pour savoir quelles avancées technologiques l'armée américaine avait pu réussir grâce au contact avec les extra-terrestres, je me suis dit que l'échantillon pris au hasard n'était peut-être pas représentatif... Enfin, peut-être représentatif de quelque chose mais Voir n'est quand même pas le Weekly World News...

C'est finalement à l'étage des machines à sous du Golden Nugget, dans le vieux Las Vegas, que j'ai pu jaser avec deux employés. Rhonda Apostolec est une drink lady qui vit à Las Vegas depuis plus de 30 ans. Ces 15 dernières années, elle travaillait au célèbre casino Binion's, mais elle a perdu son emploi l'année dernière. Elle n'a eu qu'à traverser la rue pour retrouver le même travail, juste en face, au Golden Nugget. D'autres de ses collègues n'ont pas eu cette chance.

Elle n'a pas voté pour Barack Obama mais elle n'est pas non plus de ceux qui tirent à boulets rouges sur le nouveau président américain. "Il faut lui donner du temps. Réparer prend plus de temps. Et puis il n'y arrivera pas tout seul. C'est un travail d'équipe. Chaque Américain doit faire sa part."

Wow! Je veux dire, quand entend-on des phrases aussi solidaires et optimistes au Québec? Je veux bien croire qu'il s'agit là d'une employée de casino qui cherche à rester consensuelle et positive devant la visite mais on sent que c'est plus profond que ça, que ce côté volontaire fait partie de la culture, de l'ambiance. Le patriotisme n'a pas que des mauvais côtés.

Rhonda reconnaît pourtant du bout des lèvres que les choses ne tournent pas aussi vite qu'avant la crise à Las Vegas. Mais elle pense que ce n'est pas toute la ville qui souffre. La strip, avec ses luxueux hôtels thématiques, est plus durement touchée. Mais le "Vieux Vegas", autour de Fremont Street (qui est une sorte de Plaza St-Hubert sur l'acide) en bénéficie avec ses hôtels vintage plus abordables. Les gens viennent quand même à Vegas mais ils choisissent des hôtels moins chers. Et boivent autant de p'tits drinks gratis qu'avant.

Du tac au toc

Alberto le barman, quant à lui, s'est montré un peu plus transparent dans ses propos, mais n'a voulu ni se laisser prendre en photo, ni me donner son nom de famille. C'est que la discrétion est une valeur suprême chez les employés des casinos, ça et le sourire, qui fait en quelque sorte partie de l'uniforme.

Sauf que ce n'est souvent qu'une façade, avoue-t-il. Las Vegas est tout en façades en toc, des sourires des employés jusqu'aux décors des hôtels; l'important est de projeter l'image "winner". "Fake it 'till you make it", me dit-il. "Faire semblant jusqu'à ce que ce soit vrai."

Par exemple, la rumeur courait à l'effet que plusieurs projets d'hôtels avaient été stoppés en plein milieu de leur construction à cause des difficultés financières de leur promoteur. Pourtant, on voit des grues partout en ville et les hôtels prennent forme. Mais le frère d'Alberto travaille dans la construction et sait très bien ce qui se passe. L'intérieur des hôtels est vide. On a concentré tout l'argent et tout le travail sur les façades, question de ne pas laisser voir aux touristes les effets de la crise. On finira la job quand on aura les moyens, même si cette façon de faire complique considérablement le travail qu'il reste à faire.

À bien y penser, Las Vegas est sans doute le meilleur symbole qu'on puisse trouver de l'attitude américaine devant cette crise: faire semblant qu'on en est sorti jusqu'à ce que ce soit vrai. Comme dans cette phrase célèbre de tout bon gambler venant juste de perdre son magot: "Je vais me refaire, je le sens..."


18 juin 2009, 7:18
Fêtons avec nos Acadiens!
J'ai vraiment été choqué de la réaction de rejet total par certains indépendantistes (plusieurs desquels étant par ailleurs des militants respectables et estimés d'une quête qui est aussi la mienne) à l'idée que les groupes québécois anglophones "Lake of Stew" et "Bloodshot Bill" puissent chanter en anglais dans le cadre d'un spectacle secondaire de la fête Nationale du Québec le 24 juin, dans le quartier Rosemont de Montréal, appelé l'Autre St-Jean.

Dans les deux cas, on parle ici d'artistes qui s'expriment en anglais, des anglophones natifs de Montréal, des enfants de la loi 101, qui savent s'exprimer au moins un peu en français, contrairement souvent à leurs grands-parents ou même à leurs parents directs. Ils font de la musique et des chansons dans leur langue maternelle, qui est la langue d'expression chez des familles entières au Québec depuis des générations. Mais ils ont quand même envie de fêter la "St-Jean", la fête nationale des Québécois, le jour où les rues deviennent des rivières de fleurs de lys et que des millers de "frogs" ben saoûls avec leur king can de Bleue crient "Québec libre, ostie!" à tous les 10 minutes. Ils sentent pourtant que c'est leur party à eux aussi.

Et puis un jour en 2009, parce qu'ils sont bons dans ce qu'ils font, quelque part dans un comité formé de Québécois francophones qui aiment faire des shows qui lèvent, on pense que ça lèverait avec eux dans un party de la St-Jean en mixant ça avec Vincent Vallières, Malajube, les Dale Hawerchuck et Marie-Pierre Arthur, et on les invite à faire partie du spectacle. Et ils sont très heureux d'embarquer.

Bien sûr que c'est d'abord une "gig", une paye, et que ces groupes-là ne roulent pas sur l'or. Enfin, je ne sais pas pour eux précisément mais on ne parle pas ici de Simple Plan (d'ailleurs, qu'aurait-on dit dans le cas de Simple Plan? Ils doivent éviter soigneusement la question...). Et c'est toujours le fun de jouer devant de bonnes foules.

Mais pour faire cette gig là, il faut quand-même reconnaître l'occasion qui la porte. C'est à Rosemont en plus, pas à Beaconsfield. Il faut minimalement avoir du respect pour ce qui entoure cette fête là, et ne pas reculer devant sa charge de connotations politiques. Il faut que, quelque part, l'identité québécoise qu'on célèbre ce jour-là fasse au moins un peu partie d'eux.

D'ailleurs, voir ce papier à propos de Bloodshot Bill sur le blogue de "Rue Frontenac": http://ruefrontenac.com/philipperezzonico/6818-bloodshot-bill-fete-nationale

Le Québec en est là. Des groupes d'anglos ont le goût de fêter la Fête Nationale avec nous, avec tous les Québécois. Et des francophones ont l'idée de les y inviter. Yeah! C'est cool en ostie! Vous imaginez une telle chose du temps d'avant le samedi de la matraque? Quel progrès formidable!

Savez-vous à quel point c'est précieux que des indivivus d'expression anglophone, natifs d'ici, en viennent non seulement à reconnaître mais plus encore à vouloir célébrer une identité au sein de laquelle ils sont linguistiquement minoritaires? Ils sont nos Acadiens! Ne trouverait-on pas scandaleux, comme franchophone, que des artistes acadiens ou franco-manitobains soient exclus de la fête du Canada à cause de la langue dans laquelle leur créativité s'exprime, et ce même si le Québec ne faisait plus partie du Canada?

Je vous accorde qu'ils peuvent parfois être des Acadiens un brin arrogants, nos anglos, et plus connectés sur le reste de l'Amérique qui parle leur langue que sur leurs voisins francophones. Mais ils représentent la même responsabilité d'ouverture à une minorité nationale que les francophones représentent envers le Canada partout en-dehors du Québec.

La plus grande réussite politique du peuple québécois à ce jour demeure la loi 101. Or même sous sa première version, la loi de Camille Laurin prévoyait une exception aux règles d'affichage extérieur dans le cas des commerces à vocation culturelle liés à une autre langue que le français, comme une librairie anglophone, par exemple. Les artistes venus d'ici devraient tous pouvoir bénéficier de cette même sensibilité qui démontrait, et démontre toujours, que le projet indépendantiste, s'il a été porté historiquement par une majorité francophone, n'a pas à être craint pour autant comme étant fermé ou exclusif.

Et en passant qu'est-ce qu'on fait des artistes québécois autochtones de plus en plus nombreux qui s'expriment dans leur langue maternelle, comme en Innu? On les confine à leurs festivals locaux ou on les embrasse comme étant Québécois eux aussi?

Mais là, pour de l'anglais, on s'objecte. Selon certains, ce serait contraire à l'esprit de la St-Jean (qui est soudain comme un peu moins la Fête Nationale, on dirait...) que de permettre à la langue anglaise de venir coloniser jusqu'à notre plus ardent retranchement de "Nouvelle-France" orpheline, cette belle fête d'été où nous nous permettons d'être chauvins pour compenser le fait d'être dépressifs le reste de l'année.

Chers confrères de lutte, la St-Jean n'est pas une espèce de case sur un grand damier symbolique où des puissances immémoriales se joueraient une partie de dames entre des petites langues bleues et des petites langues rouges. C'est un moment de célébration, un moment qui se partage, un moment de rencontre, de souvenirs de brosse, de communion. Et mine de rien, c'est aussi une occasion de dire au monde qui on est. Y'a de la visite à ce party là, aussi, ne l'oublions pas.

Et cette communion-là ne se fait pas en l'honneur de la langue française. Elle se fait au nom du Québec, de l'identification que la collectivité québécoise fait naître chez ceux qui en font partie. Bien sûr que la langue française est incontournable dans l'existence de cette identité. Mais elle ne se réduit pas à elle seule. La culture française du Québec n'a pas à être une déesse devant laquelle les anglophones d'ici doivent se prosterner tous les 24 juin pour prouver leur allégeance. On ne parle pas de la langue de travail au quotidien dans une shop ou une boîte d'infographes, on parle d'une fête où tous les artistes de talent d'ici sont invités à venir pousser leur toune pour fêter ce que nous sommes. Si c'était la fête de la langue française, je ne dis pas. Mais là, c'est la Fête Nationale des Québécois. Ces artistes en sont, ils chantent en anglais, ils sont bons, je les veux dans mon party. Point final.

S'ils ne s'adressaient pas à la foule en français ou que le show au complet se faisait en anglais, je trouverais pour le moins que ça manque effrontément de sensibilité culturelle de la part des organisateurs et des artistes en question. Mais ce n'est pas de ça qu'on parle. On parle de chansons, donc, d'oeuvres artistiques, une activité dont personne ne peut dicter le mode d'expression, pas même la langue. Bien sûr, on applaudit les Jim Corcoran qui choisissent de créer en français. Mais il ne peut pas y avoir que ça. Je suis fier que Leonard Cohen soit Québécois. Je suis fier que Montréal soit une ville créative dans deux grandes langues internationales.

Bien sûr, j'ai envie que la langue française "gagne" au Québec, qu'elle perdure, florisse et continue de servir à nous distinguer face au reste du monde et à nous unir entre Québécois. Et oui, il m'arrive souvent de rager en constatant qu'elle perd du terrain en certains lieux ou qu'on lui manque de respect (le service dans les commerces de notre crisse d'aéroport de PET est une insulte). Mais je n'ai pas envie qu'elle soit imposée mur-à-mur par décrêt jusque sur les scènes, SURTOUT PAS à la St-Jean (ok, c'est juste plus le fun dire "St-Jean", je veux encore entendre "Fête Nationale" quand je dis "St-Jean"). Ce serait une mascarade qui ne reflèterait pas notre réalité. Comme beaucoup d'autres Québécois, j'écoute tout de même beaucoup de musique anglophone J'aime quand une oeuvre vient me rejoindre peu importe la langue, même si ça me rejoint un peu plus profondément quand c'est en français. Et je trouve très "winner" que des artistes francophones et anglophones puissent cohabiter sur scène dans un même show et que ça fasse quelque chose d'assez cohérent et trippant pour faire lever un party. Vous ne voyez pas à quel point c'est prometteur?

Et vous n'avez pas idée du message que ça envoie que de vouloir renvoyer ces artistes chez eux le soir du party. Déjà que les médias anglophones peuvent voir de la fermeture d'esprit (et souvent pire) de la part des indépendantistes là où ce n'est pas de ça qu'il s'agit du tout, imaginez ce que ça leur fait quand il y en a pour vrai. L'ensemble de nos voisins culturels et politiques reçoit alors l'écho d'une société frileuse et contrôlante qui n'est pas celle dans laquelle je vis. Ni celle dans laquelle je veux vivre. Je peux comprendre que c'est sans doute bien plus de l'insécurité que de l'intolérence qui est à l'oeuvre ici. N'empêche. Notre fête est l'occasion idéale de passer par-dessus.

Parce que ça s'arrête où, l'insécurité? Les Dale Hawerchuck auraient-ils du s'appeler les Mario Lemieux? Malajube, c'est dans quelle langue ça? Dans sa chanson"Tom", Vincent Vallières fait référence à un gars qui écoute du Metallica, ce serait pas mieux qu'il ait écouté du Offenbach à la place? Et Marie-Pierre Arthur, je ne suis pas sûr, mais je crois que j'ai entendu de la guitare hawaïenne sur une de ses tounes. Franchement, quand on a des belles guitares françaises...

Quand René Lévesque a changé le nom de la St-Jean Baptiste pour "Fête Nationale", c'est qu'il voulait faire sortir le canadien-français de l'ethnie, . Nous étions invités à devenir Québécois, et à le devenir tous ensemble. Ça devenait la fête de l'identité québécoise.

On nous a parlé d'intentité territoriale versus culturelle, on nous a dit d'un bord que le nationalisme ethnique était dangereux et de l'autre que le nationalisme civique était désincarné. Bien sûr que l'identité Québécoise tire la légitimité de célébrer en son nom propre précisément du fait qu'elle est est différente, qu'elle est née dans l'Histoire de la rencontre d'une autre culture, venue de France, avec ce continent, ses possibilités et ses contraintes. Ça doit se refléter dans notre Fête Nationale. Mais cette culture habite un territoire où elle n'est pas toute seule. Elle y est majoritaire mais elle n'y est pas monolithique. Il faut savoir célébrer ça aussi. C'est vrai maintenant et ce le sera demain, peu importe de quoi demain sera fait.

Tous ceux qui ont des racines dans le territoire du Québec devraient donc être invités à se joindre à cette identité nationale. Puisqu'on s'est lancé le défi de faire de la fête d'une ethnie (sans aucun sens péjoratif, c'était une réalité démographique) une vraie fête nationale comme en ont les pays, puisqu'on a voulu que la St-Jean devienne comme une espèce de pratique annuelle du pays que nous voulons devenir, il serait peut-être temps de se montrer à la hauteur de cet idéal. Et, quand on fait partie de la majorité francophone, d'agir en majorité responsable et confiante. D'autant plus quand on est indépendantiste! Qu'il y ait des artistes anglos et leurs amis "backstage" à un show de la St-Jean est une inestimable avancée. Après l'indépendance, tout ces gens seront encore ici. Déjà que les médias qui s'adressent à eux dans leur langue ont tendance à les faire capoter sur toutes sortes de scénarios d'apocalypse, faudrait pas leur donner l'impression que c'est vrai.

Et puis, chez les indépendantistes, ne regarde-t-on pas souvent de haut les artistes qui décident de s'aligner à un spectacle de la fête du Canada? Moi, oui, j'avoue, même si je suis plein de miséricorde si les artistes en question ont la qualité de faire du stock qui me fait tripper. Mais si les Québécois francophones qui acceptent de participer à la fête fédérale peuvent être considérés même juste sourire en coin comme des traîtres à la cause de l'indépendance, que celà fait-il des anglophones qui acceptent de fêter le Québec? Des traîtres au fédéralisme? J'vas les prendre, bordel!

Parce que les vrais artistes ont généralement la capacité de reconnaîtres les vraies Fêtes. Et le fédéral peut bien continuer de gaspiller des millions, presque seulement au Québec, pour tenter de nous faire vibrer une corde identitaire qu'on n'a pas, je prédis qu'un jour le vrai fun va gagner...

Chers collègues militants qui vous êtes sentis choqués par cette présence de la langue anglaise dans ce que vous voyez comme votre Fête, je sais, vous avez des fois l'impression qu'on recule et vous voulez avancer. Mais là, j'ai l'impression que vous préférez reculer de l'autre bord. Par réflexe, vous me semblez parfois habités d'une idée du Québec qui est un rêve avorté, que ce que vous cherchez, c'est de venger le passé, pour retrouver une sorte d'Eden de Nouvelle-France en Amérique qui n'a jamais vraiment existé.

Mais nous sommes devenus autre chose. Et ce que nous pouvons devenir encore de mieux, c'est d'assumer pleinement ce que nous sommes. Un pays francophone avec une minorité nationale anglophone respectée dans ce qu'elle est, fière de son appartenance à ce nouveau pays majoritairement français et heureuse d'y vivre, exactement ce que nous souhaitons à nos frères et soeurs francophones du reste du Canada au lendemain du Grand Soir. On ne fera pas l'indépendance en allant chercher la portion acadienne du Nouveau Brunswick, ni en sacrifiant le West Island au Canada. On va faire le Québec avec tout le Québec et tous ceux qui sont dedans. Chaque peuple portera ensuite en lui le germe de l'autre, comme le Ying et le Yang. On devrait tous être un peu plus Zen, là dedans, ça ferait du bien.

Alors, voulez-vous revenir en arrière ou aller de l'avant? Parce que si vous voulez avancer, je pense que ce n'est pas de ce bord là. Suivez donc le bord où on a le plus de fun, vous pouvez pas vous tromper. Le fun va gagner, je vous le dis. Le fun va gagner. C'est d'ailleurs pour ça qu'André Pratte fait fausse route lui aussi en exigeant qu'on retire toute connotation politique à cette fête. Cette fête Nationale tire en grande partie sa "drive" du fait qu'elle est politique, c'est ce qui lui donne sa tension créatrice. Mais elle est aussi trippante parce qu'elle est assez festive pour ne pas à être que ça. C'est pourquoi j'acceuille avec beaucoup d'enthousiasme cette Autre St-Jean qui est aussi un peu la St-Jean de l'Autre.

Je vous la souhaite très bonne à tous. And I mean it.

PS: Heille, les boys. Les deux groupes, là, Bloodshot Bill et Lake of Stew: Un peu de français sur vos sites Internet SVP?...
20 mai 2009, 2:25
Le Canadien aux Québécois

Le Canadien serait-il meilleur si ses joueurs étaient made in Québec? Parenteau enquête.

Jean-Charles Lajoie de CKAC, Tony Marinaro de Team 990, Chafiik de Loco Locass, un fan de soccer converti au Canadien, et Alex Hill, un bon chum appelé en renfort pour le point de vue "anglo", repensent le Canadien à la Taverne Normand. Photo: Jean-Philippe Marier C'est un peu le cri du cœur qu'on entend à propos du Canadien ces dernières années. En fait, surtout la dernière, quand la saison du centenaire s'est effoirée dans la médiocrité et la controverse. Ce ne serait pas arrivé avec des ti-gars de chez nous, entend-on dire. Le Canadien a toujours gagné quand il alignait plusieurs Québécois de premier plan. Faux, répondait récemment une étude de la Société internationale de recherche sur le hockey rapportée dans La Presse.

J'ai eu envie d'en parler avec quelques journalistes sportifs et des amis fans de hockey pour faire le tour de la question. J'ai beau croire que le Canadien aurait gagné en cohésion s'il s'était assuré de compter sur une masse critique de joueurs québécois de premier plan, je me suis fait un petit 110 % intime. Parce que, des fois, le diable est dans les détails. Et Dieu sait qu'il peut y en avoir qui se pitchent, des détails, quand cinq gars parlent de hockey autour d'un pichet à la Taverne Normand... S'y trouvaient Jean-Charles Lajoie de CKAC, Tony Marinaro de Team 990, Chafiik de Loco Locass, un fan de soccer converti au Canadien, et Alex Hill, un bon chum appelé en renfort pour le point de vue "anglo".

Jean-Charles croit que l'étude publiée dans La Presse ne dit pas tout. Il faut faire jouer la loi du nombre pour créer un esprit d'équipe. Selon lui, un Québécois qui joue à Montréal n'aura pas le même statut. Il doit absolument en donner plus devant les siens.

Tony n'est pas contre l'idée d'avoir plus de joueurs du Québec mais se souvient aussi que certaines années, il y avait plusieurs figurants francophones. Et la difficulté augmente du fait qu'il y a présentement moins de joueurs québécois dans la LNH.

Alex croit d'ailleurs que c'est suicidaire pour une équipe de volontairement restreindre son choix aux athlètes locaux. Le Canadien ne fait pas exprès de repêcher moins de Québécois. Selon lui, le problème présentement, c'est le rapport qu'entretient la ville avec le Canadien. Une émeute pour avoir remporté une série en huitième de finale? Come on! Ça prouve qu'il y a quelque chose qui cloche.

Pour Tony, cette crise d'identité touche seulement les francophones, pour des raisons médiatiques. Ses auditeurs à lui n'en parlent jamais. Et ce n'est pas qu'ils soient contre les Québécois, tout le monde adore Maxim Lapierre, dit-il. Mais pendant la saison 2007-2008, où le Canadien a amassé 104 points propulsé par une filière russe, personne ne se plaignait du manque de Québécois, même chez les francophones. Je lève la main pour lui dire que j'étais l'exception et que je n'étais pas si exceptionnel que ça...

Selon Tony, les clans se forment en l'absence d'un vrai leader. Jean-Charles est d'ailleurs d'avis que l'organisation a tassé trop de Québécois pour mettre Koivu sur un piédestal. C'est ce qui nous a fait perdre Ribeiro, un Québécois qui donne tout un show à Dallas aujourd'hui.

N'empêche, dernièrement, la popularité instantanée des quelques Québécois de troisième ou quatrième trio auprès des fans fait tiquer les vedettes établies du CH. Kovalev en a déjà parlé. Avec une vraie grosse vedette du Québec, le phénomène ne diviserait pas autant. C'est toute une alchimie, et le feu sous la marmite est plus fort ici que n'importe où ailleurs.

À entendre l'opinion de mes amis anglos, je me rends compte que l'attachement à cette équipe est différent selon qu'on est francophone ou anglophone. Ceux-ci appuient le Canadien comme on pouvait appuyer les Expos. Ils jugent les joueurs à leur rendement, à leur personnalité, et l'équipe à ses résultats. Ça n'empêche pas de vivre des émotions, c'est tout à fait sain et sans doute plus facile à vivre. Mais il me semble que le Canadien est le Canadien parce qu'il est plus que ça.

Chafiik est bien de cet avis. Selon lui, l'exemple à suivre, c'est celui du FC Barcelone. Ce club de soccer fait partie de l'élite en Europe. Pourtant, il s'est donné comme mission de développer les talents locaux et représente encore aujourd'hui là-bas ce que le Canadien était dans les années 70. Barcelone lévite au rythme des succès de SON équipe. Et comme par hasard, c'est la métropole d'une minorité, les Catalans, qui n'a pas d'autres moyens d'exprimer son identité collective au grand jour. Tiens, tiens...

Le Canadien souffre en fait d'être aux yeux d'une majorité de ses fans une équipe nationale par défaut et d'avoir pu, par le passé, bénéficier d'une chasse gardée sur les joueurs locaux qui nous a rendus addict à ce succédané d'équipe nationale. Toutes les organisations de sport professionnel ont comme idéal d'aligner quelques héros locaux. Mais chez nous, c'est une obligation morale. Et la direction actuelle de l'équipe y ayant cruellement manqué, ça craque de partout.

Vous ne trouvez pas que cette complainte contre le Canadien sonne étrangement comme si on était à la commission Bouchard-Taylor? C'est la crise identitaire, prise 2. Ce qui me fait dire que le retour des Nordiques (ou des Expos) pourrait faire du bien au Canadien, mais ce qui serait encore mieux, ce serait une équipe nationale pour représenter le Québec (à la Coupe du monde à tout le moins). On les aurait tous ensemble, nos p'tits gars de chez nous de la grande ligue. Et ça nous vaudrait certainement quelques délicieux pichets pour en reparler...

photo: Jean-Philippe Marier


15 avril 2009, 2:19
Pas tous papistes

Fernand Patry: "Je connais des femmes qui célèbrent l'Eucharistie dans des maisons! On n'a plus besoin de demander la permission à papa..."Je ne suis pas religieux. Je suis plutôt agnostique. Je pense qu'il n'y a probablement rien "après", mais je ne peux pas prouver l'absence de Dieu non plus et, franchement, je n'ai pas envie de m'atteler à la tâche autrement que pour me faire l'avocat du diable de temps en temps (exercice délicieusement ironique, vous en conviendrez).

Sauf que quand le pape de ce qui est supposé être ma religion se met à excommunier des petites filles violées pour avoir avorté et à dire des conneries (Le condom peut contribuer à l'épidémie de sida. Quoi, les gens le mettent de travers?), évidemment, ça me fait bondir. Sauf qu'il me semble qu'apostasier, comme de plus en plus de gens le font, ne sert à rien. D'abord, c'est reconnaître un pouvoir magique au baptême. Comme s'il fallait s'inscrire à une religion comme à un camp de vacances. Or, j'ai beau me dire agnostique, il reste que j'ai été élevé dans la religion catholique, que je suis imprégné des valeurs chrétiennes, même si je les remets en cause.

C'est pourquoi j'ai eu envie d'en parler avec un homme d'Église, un vrai prêtre, mais qui a les vraies priorités humaines à cœur et ne passe pas son temps à couvrir son institution. Et j'ai trouvé Fernand Patry, un prêtre dont j'avais entendu parler par Brigitte Poupart, avec qui il avait collaboré dans son travail sur la pièce Cérémonials, où il était question de ces églises désacralisées qu'on transforme en condos. Certains le connaissent notamment pour ses homélies livrées au réseau TVA.

Fernand Patry n'est pas de ceux qui se désolent avec nostalgie du déclin de la pratique religieuse traditionnelle. Il faut aller à l'essentiel. Par exemple, il croit qu'à une époque de son histoire, le Québec a construit trop d'églises. Il ne faut pas trop se désoler aujourd'hui d'en voir de nombreuses converties à d'autres fonctions. Mais selon lui, il faudrait respecter l'esprit qui a animé ceux qui les ont construites. En faire des condos accessibles aux seuls riches, c'est déposséder la collectivité de ce qui lui appartient. Mais une garderie, une salle de spectacle, des loyers modiques, pourquoi pas!

Fernand Patry est présentement au service des soins spirituels du CHUM, à l'Hôtel-Dieu, où il prodigue réconfort et accompagnement aux patients et à leur famille qui vivent des épreuves. Un signe qu'il s'agit là d'un prêtre résolument de son temps, M. Patry a d'abord défroqué, avoue même avoir été anticlérical avant de "refroquer", mais en tenant un peu plus son boutte, en insistant sur ce qui lui semblait l'essentiel du message. Il trouvait au départ que le rôle d'aumônier se résumait trop souvent à prodiguer des sacrements: communion, bénédiction, extrême-onction (pensez au "Quin, toé!" du délirant Pape de Ding et Dong...). Selon lui, les gens ont déserté les paroisses parce qu'ils ne croyaient plus à ça; il ne fallait pas leur remettre ce bataclan dans les pattes au moment où ils ont le plus besoin de vraie compassion.

"Les gens sont très spirituels. Les gens ont mis la religion de côté. Ils ne pratiquent plus la religion comme leurs parents. Même les personnes âgées, c'est étonnant de voir leur évolution. Elles n'écoutent plus des gens qui viennent leur dire des choses inacceptables. Et elles ont raison."

Fernand Patry ressemble en fait au croisement entre un psychologue, un travailleur social et un philosophe. Qu'on ait la foi ou non, il me semble que c'est là un rôle qui peut être utile. Comme une super-infirmière de l'âme. L'homme dégage une sorte d'intelligence du cœur.

Je lui ai fait part de mon fantasme de voir une bonne part des prêtres du Québec faire schisme d'avec le Vatican pour partir leur propre affaire. Des individus qui débarquent d'une institution un à un, ça ne frappe pas l'imaginaire. C'est l'effritement d'une tradition, voire de la société qui allait avec. Mais le Québec est une des sociétés majoritairement catholiques au monde qui a connu la plus fulgurante évolution de mentalités. Pourquoi ça ne se refléterait pas dans nos institutions?

Pourquoi pas une église "made in Québec", avec un pape élu par ses fidèles, ouvert à l'ordination des femmes, au mariage des prêtres, à l'homosexualité, mais qui continuerait de transmettre des valeurs humanistes et de vivre les rituels de passage de la vie dans un lieu inspirant et signifiant, même si on a de sérieux doutes sur le fait que la maman de Jésus n'ait pas fait de cochonneries pour le concevoir.

Fernand Patry croit qu'un tel schisme est inutile. "On est pris avec un discours qui est professoral. Mais les gens ont quitté l'école depuis longtemps, dit-il. Je crois que cette Église dont tu rêves existe déjà. Je connais des femmes qui célèbrent l'Eucharistie dans des maisons! On n'a plus besoin de demander la permission à papa..."

N'empêche, je ne peux arrêter de trouver dommage que les gens de foi d'ici qui sont "groundés" dans la réalité du Québec d'aujourd'hui en soient réduits à pratiquer des rituels plus "lousses" presque en cachette. Mais quand j'évoque à Fernand Patry l'hypothèse qu'on vienne l'empêcher de pratiquer son rôle de prêtre à sa manière, qu'on l'oblige à exiger de ses fidèles la soumission au crédo officiel, il part à rire. C'est drôle, j'aurais comme le goût que le Vatican s'essaye...

À voir sur le sujet /
Enfin, pas "drette" sur le sujet, mais très connexe, le très, très beau film Doubt mettant en vedette Meryl Streep et Philip Seymour Hoffman.


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18 mars 2009, 2:52
La bataille pour rien

Cette histoire de commémoration de la bataille des plaines d'Abraham m'a vraiment laissé perplexe. La levée de boucliers émotive et immédiate de la plupart des souverainistes m'a fait tiquer. J'ai beau trouver que ce Juneau de la Commission des champs de bataille nationaux est un bien sombre personnage, j'ai beau trouver que l'existence même d'une Commission des champs de bataille nationaux en tant que patente fédérale est bien suspecte, je n'aime pas avoir l'impression de me retrouver dans le camp des irrationnels écorchés vifs. Un peu plus et on ressemblait à ces musulmans qui remplissent les rues à la moindre caricature se moquant de l'islam.

Mais je suis encore plus hérissé par l'attitude de tous ceux qui voudraient nous faire croire qu'il n'y a rien là, ces noyeurs de poissons qui s'inscrivent parfaitement dans l'offensive tous azimuts lancée par La Presse pour discréditer systématiquement l'idée d'indépendance (et tous ceux qui la défendent) avec cette imbuvable condescendance de parvenus idéologiques. "Voyez comme on est bien, calmes, sereins et harmonieux quand on ne se soucie plus de ces vilaines choses comme l'identité québécoise, et qu'on accepte la réalité." De véritables lobotomisés politiques.

Où se trouve la voix de la vérité dans cette cacophonie? J'ai eu envie d'aller à la source, d'en parler avec quelqu'un qui ne ferait pas que rationaliser des positions politiques actuelles sur le dos de l'Histoire mais qui s'interrogerait vraiment sur le sens à donner dans notre mémoire collective à la bataille des plaines d'Abraham. Qui de mieux que l'anthropologue Serge Bouchard? En plus, c'est le fun, quand il en parle, on a vraiment l'impression qu'il était là quand c'est arrivé.

Selon lui, on ne doit pas trop s'offusquer de cette volonté de se déguiser pour rejouer une bataille de l'Histoire. C'est quelque chose que les humains font. C'est plus un trip de nerds qu'une volonté mesquine de danser sur les tombes de nos aïeux. Ça ne veut rien dire de plus qu'un regroupement de propriétaires de vans avec l'intérieur en tapis shaggy. Ou qu'un rassemblement de Trekkies. Vivre et laisser vivre. En fait, vivre et laisser faire semblant de mourir.

Mais il faut quand même savoir ce qu'on commémore. Et selon Serge Bouchard, le problème vient du fait que notre Histoire nationale est une supercherie. En fait, deux supercheries, l'une fédéraliste Canadian et l'autre nationaliste québécoise, qui s'affrontent dans le champ de bataille des esprits.

Dire que la France a perdu et que l'Angleterre a gagné le territoire du Québec, c'est faux. La France a carrément abandonné l'Amérique aux Anglais. Montcalm était un incompétent sans doute envoyé à Québec par punition. Le destin de la France était en Europe. La bataille des plaines n'aura été qu'un baroud d'honneur pas très honorable.

Et de toute façon, nous n'étions déjà plus des Français! Les Canadiens d'alors (au sens de l'époque qui signifiait un francophone né dans la vallée du Saint-Laurent) avaient pris racine en terre d'Amérique. Déjà les Français les considéraient comme autres, transformés par leur contact avec les Indiens ("ensauvagés" qu'on disait). Cette culture naissante, généralement dépréciée par les Européens, n'en représentait pas moins une nouvelle réalité, un véritable métissage, une espèce de faux départ de l'Amérique dont nous sommes les héritiers.

Et cette nouvelle identité avait de la vigueur. Chaque fois, en Amérique, que les forces anglaises ont affronté des milices de Canadiens et leurs alliés autochtones de la Huronie, elles ont mangé une claque. Devant ces habitants qui connaissaient le terrain et qui menaient une guérilla mieux adaptée à la situation stratégique, l'armée britannique ne faisait pas le poids. Nous étions partis pour être le Viêt Nam de l'Angleterre. Et la France le savait.

Mais la France a refusé de suivre la stratégie des Canadiens. Tant pis pour elle. À la limite, si les Français avaient gagné, il aurait fallu qu'on les batte nous-mêmes plus tard, comme les Américains ont fait avec les Anglais!

Cette nouvelle version n'invalide pas les batailles politiques en cours au Québec pour autant. Elle ne fait que les recentrer sur nous, sur ce que nous sommes vraiment, notamment sur notre lien avec les peuples autochtones, et non sur une espèce de Guadeloupe du frette, orpheline et nostalgique, qui veut venger l'Histoire. Nous n'avons rien à venger. Tout à construire.

Serge Bouchard dit qu'il faut en finir avec les Histoires nationales montées de toutes pièces pour glorifier un pays ou victimiser un groupe minoritaire, et qui ne servent qu'à justifier les pouvoirs en place. Il faut rendre justice à la complexité de l'Histoire, à ses nuances. La commémoration de la bataille des plaines d'Abraham aurait pu être un bon prétexte pour amorcer l'exercice. Il reste à faire, comme bien d'autres choses.

À lire sur le sujet /
Plaines d'Abraham, l'histoire sans fin, un texte de Pascal Leclerc à paraître dans Le Couac du mois d'avril


11 mars 2009, 4:44
On jase juste pour voir

Je suis de retour. Le break a fait beaucoup de bien. Ça recharge les batteries de pouvoir, pendant quelques semaines, suivre l'actualité sans avoir à se prononcer tout de suite, regarder ça aller en se disant "ça n'a pas d'allure" mais surtout, de pouvoir prendre le temps d'en jaser.

Ça m'a d'ailleurs donné envie de changer un peu le concept de ma chronique dans le Voir. Elle sera moins fréquente, une fois par mois. Et j'en profiterai pour rencontrer des gens avec qui j'ai envie de discuter d'un sujet qui s'impose dans l'actualité (ou qui ne s'impose pas assez à mon goût...) et vous présenter le compte rendu de cette rencontre.

Ce ne seront pas des entrevues au sens classique du terme. Je n'ai pas l'intention de m'effacer poliment derrière les propos de mon interlocuteur mais plutôt de converser, voire de "m'ostiner", afin de faire rebondir les idées, et en recevoir aussi. Simplement, les lecteurs auront alors deux points de vue plutôt qu'un seul. Et la rencontre des deux.

On commence la semaine prochaine. Quel sujet? Tout ce débat autour de la reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham vous a passionnés, écœurés, choqués? J'en jaserai avec l'anthropologue Serge Bouchard. Juste pour voir...


23 décembre 2008, 2:05
De retour en février 2009
François Parenteau et sa chronique Impertinences vous reviendront en février 2009. D'ici là, lisez ou relisez les chroniques antérieures.
10 décembre 2008, 5:04
Deux mains sur le volant, un œil sur le rétroviseur
Ainsi, Charest sera majoritaire, mais de peu. Marois et le PQ avaient l'air des plus grands gagnants de la soirée, lundi dernier, en reprenant le rôle d'Opposition officielle. Cette Opposition aura donc au total moins de pouvoir qu'avant les élections, mais elle risque d'être pas mal plus embêtante pour Charest à long terme. En voulant tuer le dragon de la minorité, il a peut-être réveillé celui de l'indépendance. Pas sûr qu'il y gagne au change...

Mais Charest a été à son meilleur lundi soir. Dans le ton, la sympathie pour les perdants, l'ouverture au "rêve" des souverainistes qu'il considérait comme une sorte de racaille dangereuse quand il était au fédéral, il a eu l'air d'un chef d'État. Cette idée de faire appel à "l'unité québécoise" (pour le servir, bien sûr), ça fait des années que je dis que le PQ devrait l'utiliser pour promouvoir l'indépendance. Et c'est Charest qui la lance en premier pour affronter une récession appréhendée. D'oh! Félicitations à ses coachs, en tout cas...

Et puis il y a Amir, la belle surprise, qui donne enfin une voix aux idées de Québec solidaire. Peut-être pas toutes bonnes, peut-être pas toutes réalistes, mais certainement pertinentes alors que le modèle économique soutenu par la droite s'effondre.

Quant à l'ADQ, ayoye. On aura rarement vu aussi rapide dégringolade. Mario a eu le mérite de ne pas s'accrocher. C'est tout de même difficile d'imaginer voir disparaître complètement du portrait celui qui a tant bousculé la scène politique au Québec ces dernières années. Souhaitons-lui un break de pensée-clip.

Il ne faut pas pour autant compter l'ADQ pour rayée de la carte. Le temps d'effacer la mention "Équipe Mario Dumont" sur les pancartes, elle pourrait demeurer dans le paysage encore longtemps. C'est fait fort, des institutions. Et plusieurs des idées de l'ADQ sont assez populaires encore auprès de bien des Québécois et méritent d'être représentées. Il se trouvera certainement un maire Gendron quelque part pour faire en sorte que Mario Dumont devienne un peu le Preston Manning de l'ADQ.

Ce réajustement considérable de la donne politique au Québec aura d'autres conséquences. Par exemple, que fait-on de l'ex-adéquiste Marie Grégoire, qui est la cheerleader de l'ADQ dans Le Club des ex? Si ce club ne reçoit que des ex de partis reconnus, elle n'y a plus sa place. Si, au contraire, il est ouvert à tous les partis présentement représentés, alors, en toute justice, il faudrait aussi y inviter un ex de Québec solidaire... D'ailleurs, c'est plus par là que la progression du parti de Françoise et d'Amir se fera, par la visibilité médiatique qu'ils devraient obtenir du seul fait de leur nouveau statut, que par les pouvoirs qu'Amir aura concrètement de faire bouger les choses en Chambre.

ABSTENTIONNISTES MAJORITAIRES

Mais tout ça est bien dérisoire quand on regarde LA seule donnée marquante de cette élection: le taux de participation. 56 %, c'est l'abysse, le rejet total de toute une classe politique.

Mais ça n'aura aucune conséquence sur l'exercice du pouvoir. Ça n'entamera en rien la joie des péquistes d'être revenus en force ni la déprime adéquiste. Tout le monde analyse la situation comme si des gens avaient changé d'idée, d'allégeance, que ça bougeait, alors que tout s'est joué sur qui est allé voter et qui est resté chez lui. S'ils formaient un parti, les abstentionnistes auraient été largement majoritaires, lundi. C'est le quasi-coma démocratique et on fera comme si de rien n'était.

Bien sûr, on a bien une petite pensée désolée, un désarroi temporaire, comme pour une bibitte qui s'effoire dans notre pare-brise. Ça devrait pourtant être le premier chantier mis en œuvre: la relance de nos institutions démocratiques.

Chose certaine, il m'apparaît de plus en plus évident que le cirque de la période de questions à l'Assemblée nationale est une tradition désuète, qui donne l'impression d'un spectacle de guignols ambulants cheap. Je pense que c'est au cœur de ce qui pourrit notre système. D'abord, le rah-rah-rah partisan et les effets rhétoriques pour tripeux de politique qui s'y tiennent ne font rien pour augmenter l'estime de la population envers ses politiciens. Et puis ça braque sans cesse les partis les uns contre les autres dans une joute d'impro perpétuelle où ils tentent d'avoir le meilleur.

Il me semble que nos dernières élections sont pourtant porteuses d'un message clair de la population. Encore une fois, à la proportionnelle, ce nouveau gouvernement Charest aurait été minoritaire et aurait dû gérer en tenant compte des autres partis. Ce n'est pas en les tenant en permanence dans une cour de récréation à jouer au ballon-chasseur qu'on inspirera le changement de culture politique dont nous avons besoin. Le Québec EST divisé. Ça ne veut pas dire qu'il doive être immobile. Travaillez ensemble. Parlez-vous, sinon, nous, on ne vous écoute plus.

Quant à moi, je prends un break de chronique pour quelques semaines en cette fin de l'année 2008 et ce début de l'année 2009. Je lui laisse le temps de prendre son élan un peu...


3 décembre 2008, 2:07
Le putsch sympathique
Décidément, tout se peut. Des libéraux fédéraux qui applaudissent Gilles Duceppe, des souverainistes qui appuient Stéphane Dion pour qu'il devienne premier ministre du Canada, des néo-démocrates du fédéral qui aspirent à devenir ministres: on croirait voir là des signes de l'apocalypse. C'est fou comme la donne peut changer vite en politique.

Stephen Harper a poussé sa luck. Habitué à faire face à un Stéphane Dion qui reculait toujours, il a gardé la même tactique de toujours foncer. Mais voilà, Stéphane Dion le chef de parti s'est avéré plus coriace politiquement mort que vivant. Quelle existence étrange que la sienne. Stéphane Dion est un champion d'échecs, dans le sens que ses échecs finissent toujours par lui rapporter...

Ce brouhaha parlementaire sans précédent dans l'histoire du Canada provoque aussi les réactions les plus diverses. Plusieurs applaudissent le fait qu'enfin, les partis progressistes mettront leurs voix en commun pour prendre la place qui leur revient: le pouvoir. D'autres crient au putsch. Il y a des fédéralistes outrés de voir des séparatistes décider de qui va gouverner le Canada, des souverainistes scandalisés de voir le père de la Loi sur la clarté soutenu par Duceppe. Le déchirage de chemise est à son comble. Ajoutez à ça la cerise d'absurde sur le sundae de saugrenu: c'est la mascotte en chef du gouvernement, la gouverneure générale Michaëlle Jean, qui devra trancher.

Ce qui fait le plus peur avec cette grande première, c'est que ces coalitions deviennent une habitude, et qu'on se retrouve après chaque élection avec des gouvernements IKEA, en pièces détachées modulaires, à configurer selon les caprices des partis. Bref, qu'on ne sache plus trop pour qui ou pour quoi on vote.

Chose certaine, un qui prend du galon dans toute cette affaire, c'est Gilles Duceppe. Avant la dernière élection, on le sentait complètement en dehors de sa game. Mais il a repris du mordant depuis et voilà qu'il ose, qu'il sort des sentiers battus et, quoi qu'on en dise, qu'il fait la plus belle démonstration de l'utilité du Bloc. Bien sûr qu'il n'est pas dans le fan club de Stéphane Dion. Mais Duceppe a eu la sagesse de dépersonnaliser le débat, de voir plus loin que la petite politique partisane. Les derniers gestes de Harper, surtout celui visant à étouffer les partis politiques adverses en coupant le financement public, étaient absolument inacceptables. Et en obtenant que toutes les mesures de l'éventuel gouvernement de coalition libéraux-NPD soient soumises au Bloc d'abord, il s'assure qu'aucun coup fourré envers le Québec ne pourra se tramer.

C'est d'ailleurs cette clause qui rend furieux les plus fédéralistes des Canadiens, et c'est sur cet aspect que Harper tape afin de rameuter le peuple derrière lui. Le separatist bashing est la sauce à spagatte de la politique dans le ROC. Vous ne savez plus quoi faire pour rallier des Canadiens? Réchauffez-en un pot et vous êtes sûr de faire la une. C'est à croire que le jour où le Québec deviendra indépendant, c'est en tant que "vilain de service" qu'il manquera le plus au Canada...

En passant, je suis toujours étonné de voir avec quelle désinvolture les plus patriotes des Canadiens vilipendent les séparatistes en disant qu'ils veulent détruire le Canada. Détruire le Canada? On imagine tout de suite les bombardements, les villes en ruine... Pourtant, ce n'est que de votes démocratiques qu'il s'agit. Ce pays qu'ils aiment tant serait donc si fragile qu'il ne survivrait pas à l'indépendance de la province qui énerve toutes les autres les trois quarts du temps à vouloir être "différente", à recevoir de la péréquation et à "fuckailler" leurs élections en faisant du vote ethnique? Allons donc.

Pour contrer cette rhétorique, Stéphane Dion et d'autres (Ignatieff, notamment) ont bien pris soin de préciser que cet appui du Bloc renforçait l'unité canadienne. Ça pourrait pourtant, au contraire, mettre cette unité artificielle au défi plus que jamais. C'est hautement hypothétique, c'est vrai, mais imaginez un instant le scénario:

Harassé par ce maelström fédéral face auquel on lui demande de se positionner, Jean Charest tombe en mode grognon et révèle son vrai visage de torpille au service du fédéralisme. Pauline Marois gagne l'élection provinciale. Elle achemine ensuite quelques demandes bien senties à Ottawa (rapatriement des pleins pouvoirs en matière culturelle, peut-être même les points d'impôt qui vont avec, des petits trucs comme ça qui ne coûteraient pas une cenne au reste du Canada mais qui sont des petits morceaux de souveraineté). Et le gouvernement de coalition ne peut pas les lui refuser puisque le Bloc détient la balance du pouvoir! Hilarant, n'est-ce pas?

Et ne me dites pas que c'est impossible. S'il y a une chose que les dernières semaines nous ont clairement démontré, c'est bien que rien n'est impossible...


26 novembre 2008, 2:15
Tranche de campagne
Je voulais éviter d'écrire à quel point cette campagne électorale est plate parce que c'est déjà ce que tout le monde dit, partout. J'aurais aimé trouver un angle différent à cette élection désespérante d'ennui, débusquer un enjeu sous-estimé caché sous la rhétorique partisane. Mais rien à faire. Au moment d'aller sous presse, j'ai encore un vague petit espoir que le débat de ce mardi nous fasse tous mentir et transforme cette empoignade de guignols en débat passionnant sur l'avenir de notre société. En fait, ce n'est même pas un espoir, c'est tout juste une gymnastique mentale pour me rappeler comment on espère.

Mais il y a pire que le désintérêt. Il y a une sorte de délectation morbide généralisée dans ce désintérêt. C'est avec passion que les gens méprisent cette élection non désirée. Ceux qui n'ont déjà pas un grand appétit pour la chose politique vivent cette unanimité comme une victoire, comme si tout le monde se rendait enfin à leur point de vue. Alors que ceux qui d'ordinaire en bouffent, de la politique, avouent comprendre pour une fois le je-m'en-foutisme qu'ils avaient l'habitude de dénoncer. Le Québec aura rarement été aussi uni. Contre ses chefs.

En fait, tout se passe comme si le peuple avait envie qu'on mette un moratoire sur les élections. Comme si au fond, ça nous arrangerait de crisser toute la gouvernance de l'État sur le pilote automatique, aux mains des hauts fonctionnaires qui connaissent leur affaire puisque c'est déjà eux qui font tout le travail en dessous de ministres interchangeables, et de sacrer notre camp au chalet pour 10-15 ans.

On aurait juste à installer quelques alarmes pour avertir si le taux de langue française passe sous les 60 %, si les algues bleues viennent à boucher les tuyaux ou si le déficit prend feu; on donnerait la clé à quelques journalistes pour aller tchèquer ça une fois de temps en temps et qu'on nous achale plus. Faites-nous plus accroire que vos plans de carrière sont des projets de société. Arrêtez de faire passer votre petit tournoi de hockey cosom pour un débat d'idées et vos recettes de pâté chinois pour des programmes économiques. En plus, on sauverait des arbres à éviter d'utiliser inutilement des millions de bulletins de votes et de p'tits crayons à mine pas d'efface.

Et pourtant les voilà, à se lancer des bêtises, à trouver leurs adversaires ben épouvantables de n'avoir un programme qu'à 80 % similaire au leur. Et on se retrouve plongés contre notre gré dans une lancinante chicane de famille sans but précis.

Matante Pauline est là avec son beau rêve d'époque, si fragile qu'on laisse la housse en plastique transparent dessus même quand la visite est là. Elle l'époussette de temps en temps en disant qu'il faudrait bien faire refaire les pattes un jour, mais ça peut pas être cette année. Elle est toute fière quand elle en parle, mais elle a quand même peur que les termites pognent dedans, alors elle le montre seulement si on lui demande.

Le cousin Mario est là, parle fort même s'il n'a rien à dire, toujours en bras de chemise dans la cuisine, à se mêler de ce qu'il ne connaît pas. On le laisse dire, pauv' ti-pit, même si tout le monde voit ben que c'est pus pareil depuis son accident de tracteur.

Même Françoise et Amir se sont invités, avec leurs idées de monde mal habillé. Les autres restent polis, mais on leur accorde pas trop d'attention. Ça vient de la ville, ce monde-là. Ça a des amis bizarres qui croient en toutes sortes de complots, pis y en a même dans leur gang qui ont déjà été communistes. Comment des gens qui ont déjà eu si tort peuvent-ils encore penser qu'ils ont raison?

Pis y a mononc' Johnny, avec ses connexions pis sa belle gang de rassurants pragmatiques. Il a eu le talent suprême de nous fourrer quand c'était le temps, quand on regardait pas, pis quand on l'a pogné à essayer de dealer la shed qui lui appartenait même pas, y a fait semblant de rien jusqu'à temps que le hockey commence pis qu'on passe à autre chose. Y est là dans le cadre de porte, le coat de poil su'l'dos, ben crampé de voir tout le monde courailler ses affaires parce qu'il vient de dire que là, fallait y aller, pis que c'est lui qui a les clés du char.

Et tous nous autres aussi on est là, les scribouilleurs, fidèles paroissiens qui n'y croient plus vraiment, mais qui vont encore à la messe juste pour pas faire de peine à grand-maman, à écouter le sermon en bâillant, en se disant que la Vierge Marie dans le vitrail ressemble vraiment à une fille qu'on a connue au cégep.

Les plus jeunes s'en foutent, eux autres, sont dans le salon à regarder le hockey. Le chat dort sur le rebord de la fenêtre, les bouts de pattes agités des mille souris imaginaires qu'il attrape dans ses rêves. Le chanceux. C'est le seul à qui on n'a pas dit qu'il fallait arrêter de rêver.


19 novembre 2008, 10:41
Bye-bye vroum-vroum
Ainsi donc, Bernie Ecclestone est une insatiable crapule déconnectée de la réalité et sa mainmise sur le grand cirque de la F1 fait en sorte que le Grand Prix de Montréal, la seule étape nord-américaine du calendrier, sera désormais chose du passé. Rien à faire. Et au rythme où vont les choses, ce grand festival du vroum-vroum ne pourra plus se tenir hors Europe que dans quelques royaumes pétroliers qui ont assez d'argent pour se construire des centres de ski intérieurs quatre saisons en plein milieu du désert avec des remonte-pentes en or massif et des chalets sculptés dans le cristal, ou dans des pays dits "émergents", à la démocratie douteuse, en mal de grosse pub clinquante pour leurs mégapoles.

Et pendant ce temps, nous, à Montréal, pauvre ville en décrépitude annoncée qui roule plein gaz sur la piste du hasbeenisme, qu'est-ce qu'on va faire? C'est que ça dépensait de l'argent, ces touristes fans de F1. C'était pas des téteux de bière de festival ça, non monsieur. Ça faisait vivre plein de magasins de luxe en achetant des casquettes de luxe, des fanions de luxe, des posters de luxe, des filles de luxe, toute la patente. Ce sera tout un défi de trouver un troupeau aussi rentable pour venir faire rouler le commerce.

Le chroniqueur automobile Jacques Duval et d'autres avec lui ont lancé l'idée d'un Grand Prix de la nouvelle ère écologique qui ferait compétitionner des voitures électriques. On pourrait y voir s'opposer des firmes d'ingénieurs de différents pays, avec en prime une équipe complètement hydro-québécoise, et le tout contribuerait à faire avancer la cause de la voiture électrique.

L'idée a bien de l'allure. Tant qu'à tourner une page, aussi bien en profiter pour ouvrir un nouveau chapitre plus en phase avec les priorités de l'heure. Et ce serait bien d'innover pour une fois, au lieu de toujours suivre. Sauf que voilà, est-ce que le party lèverait autant avec une compétition de voitures propres? Les pitounes qui accompagnent généralement la F1 seront-elles aussi attirées par le subtil cillement des voitures électriques et leur entourage de nerds même pas vedettes que par le feulement animal des moteurs à explosion et leur cortège de richissimes bums? La vitesse des véhicules sera-t-elle aussi électrisante que leur alimentation? Est-ce qu'il y aurait autant d'excitation dans l'air sans le péché du pétrole? Le vice sait faire le party. La vertu a beau s'essayer, ça donne toujours des messes...

L'idée mérite au moins qu'on tente un coup d'essai, ne serait-ce que pour se consoler de la perte en faisant quelque chose de mieux, comme on se force un peu pour tripper sur une bonne salade après que le docteur nous ait interdit le gros burger tout gras.

LA FORMULE D

Mais plus largement, le problème se pose quand même de la personnalité de Montréal, de son image de marque. On a beau rigoler, le tourisme est une industrie importante, et Montréal risque trop à être dépendante d'évènements internationaux dont l'attribution n'est pas garantie. Imaginez que les aléas de l'économie fassent disparaître aussi les Internationaux de tennis et que le prestige du Festival de Jazz s'effrite. Il faudrait, genre, comme un projet de société autonome qui fasse de Montréal une destination intéressante en permanence au moins pour certaines catégories de touristes.

Oubliez les casinos: il commence à en pleuvoir un peu partout, et ceux qui se trouvent dans des régions ensoleillées auront toujours plus d'atouts. Le plus grand atout de Montréal, ce sont les Montréalais et leur ouverture d'esprit, si seulement on se permettait d'en tirer tout le profit. Les solutions sont juste là, mais on se refuse de les voir parce que c'est tabou. Ouvrons-nous les yeux: on a tout ce qu'il faut pour faire de Montréal l'Amsterdam de l'Amérique du Nord.

On légalise le pot et on en permet la consommation dans des établissements autorisés et on légalise la prostitution dans un red-light bien délimité. D'abord ça désengorgerait beaucoup les prisons en plus de nuire considérablement au crime organisé. Et puis tu taxes les deux, bien sûr, comme le jeu et l'alcool. Et le plus beau, c'est que tout ça laisse libre cours à la créativité d'une multitude de petits commerçants plutôt que de reposer sur un seul mastodonte onéreux et risqué.

Évidemment, ça amènera des problèmes (aux douanes, notamment...), mais rien qui ne soit insoluble. Et ça, ce serait de l'image de marque, rebelle et festive. La poutine deviendrait le sex-symbol alimentaire de quiconque en Amérique du Nord sait ce que ça veut dire que d'avoir les munchies. En élargissant un peu, on pourrait aussi bâtir des cabanes à pot à côté des cabanes à sucre. Les musiciens poteux américains viendraient jammer avec nous dans les bars, comme à la belle époque des cabarets. Et puis les fils de bonne famille pourraient toujours prétexter qu'ils viennent à Montréal pour voir la course des autos électriques...

Ah oui, c'est vrai, j'oubliais. Les drogues et la prostitution sont de compétence fédérale. Pour réaliser ce beau programme, il faudrait donc d'abord que le Québec soit indépendant. Allo, Pauline?...


12 novembre 2008, 1:55
Un autre rendez-vous chez le dentiste
Après la brillante victoire de Barack Obama qui marque le retour en force du lyrisme, et le plus qu'élégant discours de John McCain (qui a d'ailleurs eu l'air meilleur perdant qu'Hillary Clinton...), on tombe de haut avec notre petite campagne électorale trop provinciale.

À coups de reculs stratégiques, de commissions pour éteindre les feux et de "coolitude" avec le peuple, Jean Charest a réussi à faire oublier la torpille anti-séparatiste et dangereusement à droite qu'il était pour se donner l'image d'un bon père de famille pragmatique. À côté de lui, Mario Dumont a l'air d'un ti-coune dont les idées ne tiennent même pas le temps d'un appel à une tribune téléphonique, et Pauline Marois, d'une matante un peu précieuse et drabe, toute pognée dans un idéal trop grand pour elle. En plus, les deux partis de l'opposition étaient cassés. Et comme ce n'est pas arrivé très souvent à Jean Charest d'être populaire, il a eu comme une envie irrésistible d'en profiter pour se donner un gouvernement majoritaire, même si le Québec ne voulait rien savoir d'une élection. Il a gagé que les Québécois résisteraient à la tentation de le punir, de peur de plutôt se punir eux-mêmes en mettant au pouvoir une équipe qui n'est pas prête ou qui grenouille de dissensions internes. Chose certaine, on s'en serait passé. Après tout, si les élections sont trop souvent des rendez-vous chez le dentiste, au moins, qu'on fasse comme pour le vrai dentiste et qu'on les tienne à date fixe, majoritaire ou pas.

DUMONT A SES BERETS BLANCS

Charest semble bien parti pour remporter son pari. D'abord, Mario Dumont est en train de s'embourber solide. C'était le seul aboutissement logique pour la bande à Mario. La troisième voie constitutionnelle qu'il incarnait était un cul-de-sac qui finissait en chemin de terre, et le voilà à "spinner" dans la bouette. Ses efforts pour créer un autre remous identitaire en brandissant le nouveau programme d'éthique et de culture religieuse comme un complot multiculturaliste visant à interdire les sapins de Noël étaient carrément pathétiques. Ça lui a d'ailleurs valu de vives critiques du milieu de l'éducation de même que l'appui des Bérets blancs, et on ne sait pas lequel des deux lui a fait le plus de tort.

Ce programme qui vise à éveiller tous les jeunes, de quelque origine qu'ils soient, à la diversité des croyances et des philosophies est le contraire d'un projet multiculturaliste. C'est plutôt de l'interculturalisme exactement comme le propose le Québec qui ne voulait rien savoir du multiculturalisme de Trudeau mais qui devait quand même inventer quelque chose qui sonnait bien pour ne pas avoir l'air juste xénophobe. Pour une fois que ces formules trop souvent creuses peuvent trouver un exemple aussi éclairant, on ne se privera pas.

Le multiculturalisme, c'est de permettre à chaque communauté de faire ce qu'elle veut en ignorant l'existence des autres communautés qui l'entourent si c'est là ce qu'elle préfère. Or, c'est précisément ce que propose Dumont avec son libre choix de l'enseignement religieux! Les catholiques entendront parler uniquement de catholicisme, les musulmans de l'islam, les juifs du judaïsme. Chacun dans son coin. Alors qu'au moins, avec le nouveau programme proposé, en voyant à quel point les autres religions sont toutes ni plus ni moins ridicules que la leur, les jeunes du Québec auront en main les outils pour un jour, peut-être, donner naissance à une nouvelle culture où les religions prendront moins de place et les valeurs humanistes et civiques, un peu plus. Je ne connais pas le détail de ce programme et il se peut aussi qu'on l'enseigne à des élèves trop jeunes pour ces grosses notions. Mais ça me semble une sacrée bonne idée (sacrée, la pognez-vous?...). Quant au sapin, c'est Mario qui essaie ici de nous en passer un.

MAROIS A SES BERETS BLEUS

Pendant ce temps, Pauline Marois, elle, est aux prises avec les purs et durs du PQ. J'ai beau être aussi indépendantiste qu'ils peuvent l'être, leurs manifestations me plongent dans un profond malaise. Ces intégristes du référendum-dans-le-premier-mandat qui ont fait du grabuge à l'investiture de Scott McKay sont pitoyables dans la fixation obsessionnelle qu'ils entretiennent à propos de l'indépendance du Québec. Ils agissent comme si le Québec était la Palestine ou le Tibet, ce qu'il n'est évidemment pas. Et ça finit par nuire à la cause puisque la partie de la population qui pourrait faire la différence ne se reconnaît pas dans leur discours et les trouve même un peu "freakants".

Un référendum sur la souveraineté, ce n'est pas un nonos qu'on donne aux chiens de garde de l'orthodoxie du PQ pour les empêcher de japper. C'est un marathon qu'il faut s'assurer de gagner. Et il ne s'agit pas seulement de gagner en soutirant à l'arraché un "50 % + 1" des voix, à grands coups de gueule. Il s'agit de la réussir, l'indépendance. Il ne s'agit pas de vaincre mais de convaincre. Et ça, ça prend toujours un peu plus de temps...


5 novembre 2008, 1:45
Je vous écris d'avant le soir du 4 novembre
J'aurais pu demander à Christophe, le rédac' chef, de retarder au lendemain la remise de mon texte (normalement prévue pour le mardi avant-midi), le temps au moins de savoir qui a gagné l'élection américaine. Ç'aurait été passionnant, j'aurais regardé la soirée des élections avec ce sentiment d'urgence féconde de devoir pondre un texte le soir même ou le matin très tôt et d'y témoigner des émotions que cette soirée historique ne manquera pas de nous faire vivre.

Et puis, je me suis dit que non. À la parution de Voir, jeudi, tout ce qui blogue et chronique aura eu le temps de se livrer à l'exercice. Je me suis mis à trouver un charme à être en quelque sorte un témoin d'une autre époque. Comme ces capsules qu'on scelle avec quelques disques et des cossins pour témoigner d'une décennie (et j'espère qu'on brûlera celle des années 80). Au risque de passer complètement à côté de la plaque et d'avoir l'air de ceux qui prédisaient une décennie Paul Martin, une victoire facile des Américains en Irak ou la coupe Stanley aux Nordiques...

Ça peut paraître gros mais j'ai comme l'impression qu'il y aura le monde après le 4 novembre 2008 comme il y a eu le monde après le 11 septembre 2001. Une nouvelle donne se sera installée. L'Amérique qui avait complètement gaspillé son capital de sympathie post-11 septembre semble se donner l'élan pour sortir de sa torpeur. Les citoyens américains, obnubilés par les ennemis épeurants de l'extérieur, ont donné toute une free ride à leurs ennemis de l'intérieur, tous ces profiteurs de guerre et ces fraudeurs en série. La crise économique vient de ranimer les pupilles du peuple.

Évidemment, je souhaite et j'anticipe une victoire d'Obama. J'ai bien un petit fond de doute mais la campagne extraordinaire de cet orateur d'une force rare a su me redonner "l'audace de l'espoir". S'il fallait qu'il lui arrive quelque chose, ce serait la guerre civile! Ne serait-ce que pour avoir réussi à dissiper le cynisme, pour avoir redonné toute leur puissance aux mots, pour avoir chaque fois sauté par-dessus la bouette dans laquelle on espérait qu'il s'enfonce, Obama mérite une place spéciale dans ma galerie des personnages politiques inspirants. S'il gagne mardi soir, je descendrai dans la rue pour jouer l'hymne national américain à l'harmonica. Je le jure.

UN ADVERSAIRE ADMIRABLE

Je suis aussi, en même temps, un peu triste pour McCain. Oubliez la campagne de peur, les "drill, baby, drill!" et l'exécrable Sarah Palin (en passant, chapeau aux Justiciers Masqués pour avoir prouvé au monde que Miss Républicains n'a pas plus de jugeotte que Britney Spears). McCain est sans contredit un grand homme, le meilleur candidat républicain depuis des lustres. En plus d'être un héros de guerre qui a résisté à la torture, ce gars-là avait eu le guts, en 2000 (alors qu'il se présentait à la direction du parti contre Bush junior), de dire que certains évangélistes, qui constituaient pourtant la base du Parti républicain, étaient des promoteurs d'intolérance. Il a abordé sérieusement le réchauffement climatique alors que les bonzes de son parti faisaient tout pour faire croire qu'il s'agissait d'un complot socialiste. Il s'est opposé à l'usage de la torture. Ça prenait du courage.

Bien sûr, il a dû ensuite montrer patte blanche (en effet...) pour que la machine républicaine l'appuie. Il aurait bien aimé faire campagne au centre, avec les modérés de son parti et des indépendants comme base électorale. Mais Obama le phénomène y rayonnait déjà en roi et maître. C'est dommage pour McCain. Il est un peu comme un Jacques Lemaire à côté de Guy Lafleur. Tout le reste, c'est ce que McCain a dû faire pour que la vieille minoune polluante et guerrière du G.O.P. accepte de rouler pour lui. Il ne pouvait tout de même pas jeter l'éponge et laisser Obama gagner par acclamation! On peut bien démoniser McCain en l'associant à Bush. Ce serait oublier qu'il a d'abord été son seul rival sérieux à l'interne.

Pour tout dire, je souhaite même qu'Obama trouve un jour un rôle pour son adversaire d'hier au sein de son administration. Que ce soit comme émissaire spécial dans un endroit chaud du globe ou comme président d'une commission sur un sujet délicat, l'indépendance d'esprit de McCain est précieuse et l'Amérique a besoin d'unité.

C'est d'ailleurs pour cette raison que ce que j'attends le plus fébrilement, en ce mardi soir, ce n'est pas tant le discours de la victoire d'Obama, bien que ça promette d'être un moment hautement inspirant. En fait, peu importe qui l'emportera, le discours le plus important de la soirée sera celui du candidat qui concédera la présidence à son adversaire. Les Américains savent se rallier. Ils l'ont fait derrière des bandits qui leur ont menti. Ils peuvent maintenant compenser en le faisant derrière des hommes de bien.

God bless America.


29 octobre 2008, 4:56
Chicane de couple
J'ai bien entendu dire quelque part que plusieurs Canadiens remerciaient le Bloc d'avoir empêché Harper d'être majoritaire, mais il paraît plutôt qu'au Canada anglais, la "switch est à bitch" à propos du Québec ces jours-ci. Dans La Presse du 27 octobre dernier, Louise Leduc recensait les commentaires de nombreux éditorialistes du ROC à la suite des résultats des dernières élections. Et le portrait est peu glorieux.

C'est le festival de la métaphore familiale et conjugale chez les journalistes de nos voisins d'à côté. Selon eux, les Québécois sont soit des Tanguy qui profitent du domicile familial sans payer de loyer, soit une femme capricieuse qui demande sans cesse de nouvelles faveurs à son mari sans jamais se laisser gagner. C'est d'ailleurs cette dernière image qui revient le plus souvent.

Barbara Kay (encore elle!), la senior Quebec-bashing correspondent du National Post, en rajoute même en décrivant les Québécois comme de véritables parasites du fédéralisme. Et partout à travers le ROC, on s'offusque de ce vote majoritairement bloquiste aux dernières élections, qui prouve que les Québécois refusent de participer à la construction du Canada. Jeffrey Simpson reproche même aux Québécois de donner leur appui au fédéral uniquement à des chefs québécois (pas tous, visiblement, Dion ayant fait patate). Un peu plus et il dirait "vote ethnique"...

Le plus drôle, c'est que ce concert de mièvreries désobligeantes prouve une fois de plus à quel point ce pays n'en est pas un et qu'il repose sur des prémisses complètement fausses. Selon les évangiles fédéralistes, le Québec est la différence qui fait du Canada ce qu'il est, l'âme de cette sorte d'Amérique diet. Mais dès que cette différence s'exprime de façon concrète, ce n'est jamais l'admiration qu'elle suscite, ni non plus la curiosité sociologique ou l'analyse rigoureuse. C'est toujours le mépris, l'irritation ou la condescendance. La place du Québec dans le Canada est presque toujours perçue, du Pacifique à l'Outaouais et de la baie des Chaleurs à Saint-Jean de Terre-Neuve, comme un accommodement vraiment gossant. En attendant...

Je l'ai déjà écrit dans ces pages et le spin donné à la dernière élection fédérale le prouve une fois de plus: en fait de métaphore conjugale, la relation qui unit le Québec et le Canada suit exactement le pattern d'une femme mariée à un abuseur psychologique. Toutes les occasions sont bonnes pour lui de la déprécier, de lui rappeler à quel point elle est incapable et qu'elle serait anéantie sans lui. Mais dès qu'elle se tanne et qu'elle menace de prendre la porte, il se crisse à genoux pour lui dire qu'il l'aime et qu'il va changer. Ce qu'il ne fait évidemment pas.

Or, si le Bloc empêche en effet le Canada de fonctionner comme les Canadiens le souhaiteraient, c'est que le Canada aimerait fonctionner d'une façon qui ne ferait pas l'affaire des Québécois. Dès lors, il n'y a qu'une solution possible. Et je m'étonne qu'une majorité de commentateurs se contentent de sentir le vent des choses superficielles pour la trouver dépassée. Au contraire, elle est plus actuelle que jamais, et peut-être même plus accessible. Autrefois, l'indépendance aurait été une bonne idée pour le Québec. Elle serait maintenant une bonne idée pour le Canada aussi...

ÉLECTIONS AU QUEBEC

Je sais bien qu'il n'y a pas que des analystes qui soient tannés de cette sempiternelle question, que beaucoup de Québécois ne souhaitent même plus en entendre parler et que dans la prochaine campagne électorale au Québec (peut-être même très prochaine mais la grosse rumeur n'était pas confirmée au moment d'aller sous presse), Charest compte marquer des points en soulignant les visées constitutionnelles de ses adversaires péquistes et adéquistes alors que lui propose de continuer à ne pas toucher à ça, mais alors là, pas du tout.

Mais qu'il s'agisse d'environnement, d'économie ou d'un quelconque autre beau gros thème, la réalité est que nos politiciens n'y peuvent pas grand-chose. Enfin oui, un peu, mais les problématiques comme les solutions sont tellement mondiales que, que ce soit en tant que pays ou en tant que province, nous serons liés par les décisions de nos alliés et voisins, et nous devrons choisir une place dans la moyenne.

Mais notre statut constitutionnel, ça, on peut y changer quelque chose. Et ça influe sur plein d'autres sujets qui nous touchent au quotidien. Que ce soit l'immigration, la protection du français, l'éducation, le Québec n'est pas encore le maître d'œuvre de ses politiques et doit sans cesse s'épuiser dans des négociations avec un palier de gouvernement qui ne le représente pas et qui souvent s'oppose, en dehors de quelques cadeaux symboliques, aux intérêts du Québec.

Je suis d'avis que Pauline ferait bien de ne pas éluder la question de l'indépendance pendant cette élection à venir. Elle ne gagnera peut-être pas l'élection, mais elle peut faire avancer la cause de l'indépendance et, avec elle, le seul parti qui la porte. Cette élection sera visiblement celle du dépeçage de l'ADQ. Et le PQ doit prendre une grosse bouchée en prouvant que cette fameuse troisième voie incarnée par Mario Dumont était une fameuse perte de temps.


22 octobre 2008, 1:07
Libérez-nous de qui donc déjà?
Tout ça pour ça. Une élection pour revenir pratiquement au même point. Bien difficile de tirer une conclusion de l'exercice sans avoir l'air de faire du wishful thinking ou, au contraire, de se vautrer dans le pessimisme. J'essaierai tout de même...

Notons d'abord le très faible taux de participation qui me fait dire qu'on est mûr pour changer au moins un peu ce désespérant mode de scrutin pour y intégrer des éléments proportionnels. D'abord, notons que les conservateurs et le NPD ont augmenté leur score. Les verts aussi mais sans faire élire de candidat, pas même leur chef. Le Bloc a perdu quelques plumes alors que les libéraux menés par Dion ont pris une bonne débarque.

On peut y voir une écœurantite de l'électorat (au Québec, en tout cas) face au débat constitutionnel qui ne manque pas de se pointer quand les libéraux sont au pouvoir, et un repositionnement vers une division gauche-droite plus franche. D'ailleurs, fait marquant de cette réorientation du débat, plusieurs souverainistes de gauche férocement anti-Dion sur le plan constitutionnel se sont surpris à ne pas souhaiter trop de mal au Parti libéral plus centriste face à Harper, et se surprennent aujourd'hui à être un peu remués par l'ampleur de sa défaite. C'est comme si une migraine venait de remplacer une colique et on n'est pas trop sûr si on aime mieux ça...

Chose certaine, les libéraux devront en tenir compte au moment de se choisir un nouveau chef.

SARKOZY AIME LE CANADA

Puisqu'on est sur le sujet, force est d'admettre que Paul Desmarais a bien briefé son protégé français, et celui-ci a articulé avec fermeté, lors de son bref passage au Sommet de la Francophonie à Québec, sa vision des relations France-Québec-Canada. Finies les bitcheries, la France aime bien le Canada tel qu'il est avec le Québec qu'elle aime bien (et même un petit peu plus) dedans. Il n'y a pas de quoi s'énerver car, de toute façon, tout cela ne nous dit rien sur le rôle que pourrait jouer le gouvernement français si le peuple québécois choisissait l'indépendance. Enfin, si, ça nous dit au moins qu'ils ont arrêté de nous prendre pour des Français perdus. C'est déjà une indépendance de faite...

Au lieu de se désespérer, les indépendantistes feraient bien de consacrer leurs efforts à convaincre les deux premiers peuples qu'ils ont à convaincre, les deux seuls que la question concerne directement: les Québécois et les Canadiens. Le sundae avant la cerise, quoi.

D'ici à ce que l'idée fasse son chemin, cependant, les souverainistes vont se buter à un étrange problème. Beaucoup de progressistes au Canada (je veux dire par là tous les anti-Harper, tant pis si ça a l'air impartial) remercient aujourd'hui le Bloc et ses électeurs de tous leurs poumons pour avoir empêché les conservateurs de décrocher un gouvernement majoritaire. Ils seraient aujourd'hui bien mal en point sans le Québec et, conséquemment, ont désormais une raison de plus de l'empêcher de partir... Ironique, tout de même, que ce soit un parti souverainiste québécois qui vienne à la rescousse des valeurs canadiennes...

LA PLACE DU FRANÇAIS SELON ISABELLE HUDON

Isabelle Hudon vient de quitter la présidence de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Je suis plutôt mal placé pour juger de son travail comme tel mais, au cours de la récente campagne électorale, je l'ai vue en entrevue à la télé expliquer que, selon elle, ceux qui, à l'instar des bloquistes, demandaient que le gouvernement fédéral respecte les dispositions de la loi 101 sur l'affichage et la langue de travail pour ses institutions en territoire québécois profitaient de ces élections pour faire de la politique et qu'une élection n'était pas le bon moment pour soulever cette question délicate qui déclenche les passions. Ah bon? C'est quand d'abord, le bon moment?

PENDANT CE TEMPS AUX USA

Quand la majorette Palin a fait son entrée dans la course et son petit effet dans les sondages, nombreux sont ceux, au Québec comme aux USA, qui se sont complètement découragés, tirant trop rapidement des conclusions catastrophiques de ce phénomène qui s'avéra passager. Ça y allait fort dans le "Ça y est, c'est fini. Le beau rêve d'Obama vient de se fracasser sur ce dur récif de populisme imbécile".

Et pourtant, Obama est toujours là, en haut dans les sondages. La crise économique, le racisme de plus en plus évident des quelques Républicains qui restent fidèles à McCain et qui capotent, les appuis qu'il reçoit de Madeleine Albright et Colin Powell, tout joue pour lui. On se croise les doigts, bien sûr, mais l'effondrement pressenti par trop d'observateurs ne s'est pas produit.

Et si les États-Unis étaient vraiment sur le point de sortir de leur torpeur et de leur repli sécuritaire pour redevenir une société politiquement inspirante? Le vois-tu comme c'est beau?


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François Parenteau
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