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Qu'est-ce que l'élite ? Ce mot a t-il encore un sens ? Il suppose une certaine hiérarchie, et Dieu sait ce qu'on pense, au Québec, de toute forme de hiérarchie. Dans notre conscience collective toujours frileuse, nous avons associé ce mot à "mépris" et "pétage de broue". Et pour cause. Ce vague mépris a été le lot du peuple, de la part de la bourgeoisie et du clergé qui ont dominé le Québec avant la Révolution tranquille. Il y a aussi notre réaction mitigée envers la France, cette nation qui fait si bien la différence entre le haut et le bas, entre le grand et le petit, le noble et le vulgaire. Cette nation dont nous sommes issus, et dont nous avons été, en quelque sorte, coupés durant quelques siècles.
Donc, au Québec, tout est valable, et surtout, SURTOUT, il s'agit de ne pas dépasser la ligne. Et si on la dépasse, il faut en être gênés, en demander la permission, s'excuser de ne pas être compris par tout le monde. Nous sommes tombés d'un extrême à l'autre. On demande aux intellectuels de ne pas la ramener avec leurs critères. Dans un tel contexte, comment s'étonner de l'évolution de Radio-Canada ? Faire preuve de discrimination, passer de la culture à la Culture, est un comportement de moins en moins accepté socialement. Avant les années 60, on méprisait ce qui ne faisait pas partie de l'élite; aujourd'hui, elle est devenue tabou. Elle rase les murs, marche à l'ombre ou se mêle à la foule.
On gobe tout rond les façons de faire des États-Unis, qui confond démocratisation et vulgarité, mais on résiste au raffinement. C'est quoi le problème ? Peut-être faudra t-il se résoudre à abandonner les médias au marché, et ouvrir une radio clandestine, prendre le maquis, en quelque sorte...à moins de réunir quelques illuminés dans des catacombes ?
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