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Geneviève BINETTE
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Ce n'est pas Geneviève Billette mais bien Geneviève Binette...Un peu de respect pour les artistes, même s'ils ne sont pas encore des ancêtres...
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Un passeur d'étoiles
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Les artistes qui interprètent à leur façon les grands poètes, sont plutôt rares. On peut penser à Chloé Ste-Marie, qui est plus connue du grand public, pour nous avoir livré ces dernières années des disques et récitals sur la poésie de Gaston Miron.
Francis Halin se présente sur scène seul et habité, armé de ses vingts ans et quelques, et d'un amour peu commun pour la poésie. Une guitare sans prétention qu'il a tapissée de souvenirs, une présence confiante et généreuse, et l'impérieuse nécessité de livrer les poèmes de Gaston Miron, Roland Giguère, Gérald Godin ou René Char. Il compose également ses propres chansons.
Un tel naturel sur scène, à une époque ou bidules et gadgets servent souvent à amplifier l'absence de talent, a de quoi étonner, surtout chez un artiste aussi jeune. Mais Francis Halin ne projette pas ses décibels avant de servir le langage. Ses priorités sont autres. Les mots d'abord ! Il veut servir la poésie, ça se voit, et ça s'entend. Et il le fait avec aplomb et talent. Une voix qui affirme, un ton chaud et intelligible, sur des accords parfois véhéments, parfois tendres, qui portent efficacement les textes. Tous les amoureux des mots seront séduits. Et si vous n'avez jamais assisté à une soirée de poésie, ou n'avez jamais approché la poésie comme telle, Francis Halin vous servira de passerelle. Faites lui confiance.
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Décadence, quand tu nous tiens...
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Si j'étais la mère, le père, la soeur ou le frère d'une des jeunes femmes qui a été violée et assassinée par Bernardo et Homolka et que j'apprenais que Guy A. a invité la meurtrière à un show télévisé qui carbure au star système, je crois que toute confiance en l'humanité m'abandonnerait.
Dans cette campagne qui vise à faire mousser la cote d'écoute, personne ne semble se soucier du calvaire vécu par les familles. Lors de l'entrevue que Karla Homolka accordait à Radio-Canada à sa sortie de prison, son voeu le plus cher n'était pas d'exprimer ses remords aux familles éprouvées, mais de se taper un cappucino.
De même, le fantasme de Guy A Lepage n'est pas de mettre un baume sur le coeur des parents, mais d'offrir au public des sensations fortes, basées sur un voyeurisme de bas étage. Il dit qu'il veut comprendre. Ben mon vieux...tu n'as qu'à lui fixer un rendez-vous ou à lui écrire. D'ailleurs, à ce qu'on dit, elle semble portée sur la correspondance.
Et si c'était un de tes enfants qui avait été rayé de la carte, tu inviterais l'assassin à ton show pour "comprendre" ?
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Je suis élitiste et je me cache !
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Qu'est-ce que l'élite ? Ce mot a t-il encore un sens ? Il suppose une certaine hiérarchie, et Dieu sait ce qu'on pense, au Québec, de toute forme de hiérarchie. Dans notre conscience collective toujours frileuse, nous avons associé ce mot à "mépris" et "pétage de broue". Et pour cause. Ce vague mépris a été le lot du peuple, de la part de la bourgeoisie et du clergé qui ont dominé le Québec avant la Révolution tranquille. Il y a aussi notre réaction mitigée envers la France, cette nation qui fait si bien la différence entre le haut et le bas, entre le grand et le petit, le noble et le vulgaire. Cette nation dont nous sommes issus, et dont nous avons été, en quelque sorte, coupés durant quelques siècles.
Donc, au Québec, tout est valable, et surtout, SURTOUT, il s'agit de ne pas dépasser la ligne. Et si on la dépasse, il faut en être gênés, en demander la permission, s'excuser de ne pas être compris par tout le monde. Nous sommes tombés d'un extrême à l'autre. On demande aux intellectuels de ne pas la ramener avec leurs critères. Dans un tel contexte, comment s'étonner de l'évolution de Radio-Canada ? Faire preuve de discrimination, passer de la culture à la Culture, est un comportement de moins en moins accepté socialement. Avant les années 60, on méprisait ce qui ne faisait pas partie de l'élite; aujourd'hui, elle est devenue tabou. Elle rase les murs, marche à l'ombre ou se mêle à la foule.
On gobe tout rond les façons de faire des États-Unis, qui confond démocratisation et vulgarité, mais on résiste au raffinement. C'est quoi le problème ? Peut-être faudra t-il se résoudre à abandonner les médias au marché, et ouvrir une radio clandestine, prendre le maquis, en quelque sorte...à moins de réunir quelques illuminés dans des catacombes ?
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Musique et famille
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En plus des caractéristiques propres à leurs musiques et à leurs textes, les soeurs McGarrigle nous offrent la parenté de leurs voix. Or, la voix est un instrument physique, auquel tout le corps participe. Et le physique, c'est l'hérédité, la génétique, bref, la famille, et les voix d'une même famille puisent à la même source. On pense aussi aux Séguin qui ont inspiré toute une génération dans les années 70, par l'alchimie de leur gémellité. Plus loin de nous, la famille Trapp, dont les rares survivants gèrent une auberge dans le Vermont, ont inspiré le film « The sound of music ». Dans l'émotion que nous éprouvons à écouter les sours McGarrigle, il y a une nostalgie indéfinissable, celle du temps où la musique se trouvait chez elle autour d'un vieux piano, d'un accordéon, d'un violon, d'une guitare, pas toujours très bien accordés, mais tellement vivants. La phrase « Chez nous, on est tous musiciens » éveille une certaine envie. Car la musique trouve dans les liens du sang un terrain propice à l'harmonie, et crée une communauté ouverte et accueillante à laquelle se greffent parents et amis. Et c'est un peu comme ça qu'on se sent, quand on écoute les soeurs McGarrigle.
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Le chaînon manquant
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J'ai travaillé deux ans dans un gros abattoir de Montréal, aujourd'hui démoli. Il était interdit de prendre des photos. Et pour cause. Quand un camion de porcs arrivait dans la cour et ouvrait ses portes, les animaux devaient sauter par terre, il y avait parfois un mètre entre le camion et le sol. Certains se cassaient une patte, mais tous étaient poussés avec des bâtons électriques jusqu'à l'endroit où on les saignait, après les avoir engourdis. Quelle belle mort, après avoir passé quelques années dans une porcherie surpeuplée !
Les veaux étaient moins chanceux : il leur arrivait d'être entassés deux ou trois jours dans un enclos, sans eau ni nourriture, avant d'être abattus. Ils meuglaient pitoyablement jusqu'à l'heure H.
Les anciennes fermes familiales, où les bêtes vivaient une existence plus débonnaire, avant d'être tués vite fait par la main qui les avait nourris, étaient moins cruelles malgré les apparences.
L'humain est une drôle de bête. On trouve aujourd'hui des psychologues et des astrologues pour chiens et chats, et les animaux domestiques sont aimés jusqu'à l'idolâtrie. On est prêt à payer le vétérinaire pour un toutou malade, mais on exige des hôpitaux gratuits pour nous-mêmes.
Nos rapports avec les animaux sont souvent incohérents et tout à fait subjectifs. Idolâtrer un chat révèle un certain narcissisme que vient confirmer la parfaite indifférence que nous éprouvons envers le porc qu'on va bouffer. Tout ça est parfaitement égocentrique et prouve que le chaînon manquant, c'est nous (Konrad Lorenz).
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La boucle est bouclée
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Que Pierre Nepveu se soit mérité ce prix suscite chez moi la même rage qu'il a exprimée dans son recueil (je ne l'ai pas lu). À l'époque de l'expropriation des habitants de Mirabel, je me souviens d'une réunion de famille dans le sous-sol du bungalow. Un de mes oncles, pompier de son état, avait projeté sur un écran de fortune un film en super 8 montrant un exercice de feu qui utilisait les maisons des expropriés comme matériau. J'ai ainsi vu brûler quelques maisons de campagne aux grandes galeries ouvragées typiques. Ce n'était que des images sans bande sonore, et personne n'avait dit un mot, chacun de nous isolé dans un silence stupide. Après un « hum » de circonstances, mon oncle a éteint la caméra, on a passé les chips, on a parlé d'autre chose, et il y avait tant de choses à dire en ces années dorées où la classe moyenne prenait ses aises.
Je revois toujours ces galeries qui flambent et je me souviens toujours de ce malaise teinté de honte, vite balayé par l'enthousiasme devant le « progrès ». Que toute la province ne se soit pas mise debout pour défendre ces villages, c'est la question qui me taraude aujourd'hui. Malheureusement, ce ne sera pas la première fois que les francophones ne se tiendront pas les coudes face aux abus du pouvoir fédéral. À la même époque, des centaines de concitoyens seront arrêtés en octobre 70, et il n'y aura pas de mobilisation générale pour dénoncer la situation.
Pierre Nepveu a écrit un recueil de poésie sur le sujet, soit. Mon commentaire n'a rien à voir avec son écriture. Mais c'est plus fort que moi, je ne peux m'empêcher de penser que le fédéral, fidèle à lui-même, après avoir exproprié des milliers de personnes sous le gouvernement de Trudeau, vient de baptiser l'aéroport de Dorval du nom de Pierre-Elliot-Trudeau., puis, décerne le prix du Gouverneur général à une complainte poétique sur la tragédie de Mirabel. M. Nepveu a bien raison de souligner le cynisme de la situation, car il n'échappe à personne.
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L'incontournable liberté
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L'acharnement avec lequel la Chine et Cuba traquent la dissidence d'expression traduit la peur grandissante de ces régimes face à la progression d'un libéralisme qui menace la doctrine des pouvoirs en place. Pourtant, Cuba accueille volontiers sur ses plages des millions de capitalistes en vacances, et empoche sans vergogne les espèces sonnantes provenant de son industrie touristique. De son côté, la Chine courtise les marchés mondiaux et se découvre des appétits de modernisation. Ces changements d'attitude contrastent avec des comportements politiques répressifs, qui en disent long sur les véritables motivations des ces dirigeants qui « s'ouvrent » au reste du monde. L'ouverture commerciale des deux nations traduit le souci de demeurer dans l'échiquier politique, plutôt que d'assurer à leurs populations respectives un avenir meilleur.
Les journalistes emprisonnés nous rappellent que la liberté est la plus noble conquête de l'homme. L'état qui les met en prison ne peut pas accepter la critique, par définition, car le communisme se base sur le sacrifice des libertés individuelles. Mais le libéralisme a aussi ses lacunes. S'il accepte la critique, il n'en tient pas compte et fait la promotion d'une seule liberté : celle des marchands.
Malgré tout, progresser, c'est aller vers la liberté d'expression pour tous, étape incontournable du cheminement universel, et à ce titre, on ne peut que soutenir tous les journalistes emprisonnés sur la planète.
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Le transport des paumés
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Je suis en désaccord avec l'idée de rendre les transports en commun gratuits lors des journées de smog. On contribue encore et encore à associer "transport en commun" avec "médiocrité". Je crois qu'il est temps, au contraire, de rendre les transports en commun VRAIMENT attrayants, sûrs et efficaces pour tout le monde si on veut convaincre les gens de monter à bord. La publicité de la STM à la télévision ne trompe personne: ces gens assis et causant gentiment dans un autobus à moitié plein qui fonce sur une voie libre relève de la poésie. La réalité vécue par la majorité des usagers est toute autre: on revient du boulot debout dans un autobus ou un métro bondé, avec la fatigue de la journée dans le corps, sans parler des sacs à dos qui t'écorchent la patience au passage. On essaie de garder son équilibre tant bien que mal dans les fameux autobus à plancher surbaissé, et dans le métro, c'est le steeplechase habituel pour entrer dans les wagons, sans parler des escaliers que bien des gens âgés ont de la difficulté à monter. Alors, troquer sa bagnole climatisée pour ça? Si les gens choisissent, malgré le temps perdu dans les bouchons, d'utiliser leur voiture, c'est qu'ils jugent que cet enfer est inférieur à l'enfer du métro. Seule façon de renverser la vapeur: multiplier trains de banlieue, stations de métro, autobus, rendre tout cela plus beau, plus confortable, plus design, plus reposant en embellissant couleurs et éclairage, bref, plus sexy! Et comme c'est l'argent qui mène le monde, augmenter le coût du stationnement à Montréal pour les banlieusards. Cet argent financera les améliorations apportées au réseau de la STM.
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Maudite rectitude
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Je suis d'accord avec la deuxième réaction à cet article. Le principal intéressé dans cette situation, c'est l'enfant. Or, il est devenu un droit au même titre que les quatre par quatre, et on a évacué la notion de devoir à son endroit. L'absence de réactions, voire l'indifférence du public au projet de Loi découle à la fois de la crainte d'être taxé de réactionnaire et de rétrograde, des arguments fallacieux invoqués par ceux qui veulent faire avancer cette cause (difficultés des couples "straight", monoparentalité galopante, divorces, etc,) et de la situation peu reluisante des familles éclatées qui, dès lors, n'osent plus défendre leur modèle avec assurance. Et puis, la rectitude politique n'est-elle pas la nouvelle dictature de nos sociétés? Personne ne pipe mot devant ce qui nous est présenté comme un "progrès" indubitable, sans faire une analyse approfondie du phénomène. Personnellement, je ne peux m'empêcher d'éprouver un certain malaise face à la question. Et de la même façon que je ne juge pas les homosexuels sur leur désir d'enfant, j'exige de ne pas être jugée sur mes réticences et sur mon besoin d'analyse, et c'est exactement ce qui se produit ! La question est beaucoup trop importante pour ne pas être sérieusement amenée sur la place publique par le gouvernement et soumise à examen pour discussion. Pour le moment, si j'étais un nouveau-né et que j'avais le choix de grandir au sein d'un couple hétéro ou homo, qui affichent par ailleurs les mêmes qualités d'équilibre et de responsabilité, il est évident que je choisirais un couple composé d'un homme et d'une femme, même si mon destin était de devenir homosexuelle. Il ne s'agit pas d'un souhait raisonné, mais instinctif, viscéral, c'est comme ça. Or même l'instinct est devenu suspect aux yeux des "avant-gardistes" de tout poil !
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Sexe et déviance
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J'ai vu le film "La pianiste", par curiosité, parce que les critiques l'avaient louangé. Il est vrai qu'Isabelle Huppert, fidèle à elle-même, livre une performance d'actrice solide, mais peut-être que cela lui demande peu d'efforts. Tous ces rôles traduisent l'existence d'une certaine perversité derrière un masque bon chic bon genre, à croire que ces personnages correspondent à sa propre nature. Le film m'a dérangée par la peinture qu'il fait de la réalité pathologique de certaines déviances sexuelles. Dans notre société, il n'y a pas que des viols accomplis par des "pauvres mecs"! Les femmes peuvent aussi être sujettes à des trucs moches, peut-être qu'on ne veut pas voir ça. Du grand cinéma, certainement, mais peu propice à soulever l'adhésion intime dans la mesure où nous ne voulons pas soupçonner chez nous ces zones d'ombres. Par ailleurs, ce qui m'a étonné le plus, ce sont les réactions virulentes des deux personnes qui ont livré leurs commentaires avant moi: feraient-elles de l'angélisme? Ce que bien des gens reprochent au film, c'est d'introduire dans un quotidien apparemment irréprochable et même élevé, les manifestations sexuelles sordides d'une personnalité malade. Et pourtant, cette misère sexuelle constitue une facette incontournable de la réalité humaine. Je comprends qu'on ne puisse pas aimer, mais jeter les hauts cris devant ce miroir revient à faire du déni. Comme ces enfants qui mettent leurs mains devant leur visage en pensant qu'on ne les voit plus...
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