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Jean Turcotte
Jean Turcotte
11 mai 2008, 9:04

BenX, comme «nickname»!

Il y a beaucoup dans ce film - l'autisme chez l'adolescent, le harcelement à l'école, les jeux électroniques en ligne - un film qui frôle le documentaire, présenté comme une tragédie s'achevant presque... en comédie.

D'abord, signalons le jeu particulièrement efficace de Greg Timmermans qui sait, d'entrée de jeu, nous plonger dans cet univers intérieur d'un adolescent autiste, là où personne encore ne peut s'aventurer et revenir pour nous éclairer sur ce qui s'y passe vraiment. Nous guider, aussi, dans cet univers extérieur qu'il s'acharne à bloquer par toutes sortes de gadgets n'ayant pour effet que de le ramener vers ce qui l'entoure et qu'il ne connaît pas émotivement, qu'il ne sait «affectivement» pas décoder. Timmermans prête à BenX des yeux sans vie, des yeux à l'affût de ce qu'il ne peut saisir, comprendre et qu'il interprète à partir d'un seul système de référence: son jeu virutel en ligne auquel il s'accroche comme à la pure réalité.

Les prises de vue et le montage vont dans le même sens de sorte que parfois les deux mondes s'engluent l'une dans l'autre au point que le spectateur s'en trouve pour ainsi dire... emmêlé. Comme si de Terrien nous devenions instantanément Martien et qu'il fallait, du seul fait que l'on entend ce qui se passe, comprendre et réagir adéquatement.

On ne peut pas. Tout comme l'entourage de Benx, à l'exception de sa mère et son jeune frère qui l'acceptent dans ses manies, ses habitudes, ses codes difficilement décryptables et vivent à côté de lui sans véritablement savoir d'où il vient et où il s'en va. Il n'en est pas de même pour ses confrères et consoeursà l'école qui le harcèlent comme on tarabuste ce qui est différent, ce que l'on n'arrive pas à bien interprèter. Et ça dégnénère. Au point que BenX, incapable de se défendre sauf lorsqu'on l'invite à associer la réalité ambiante à celle de son jeu électronqiue dans lequel il excelle, élaborera un plan, une stratégie. À ne pas dévoiler sinon le punch final du film s'en trouverait foutu.

Tout cela nous mène à un pas de cette question: les jeux électroniques en ligne favorisent-ils l'acquisition d'une forme d'autisme chez ceux qui en deviennent «accros»? Les adeptes de ces jeux se coupent-ils à ce point de la réalité, qu'au-delà de l'écran et de leur «nickname» les relations sociales voire humaines deviennent impossibles ou, pire, inutiles? Le film pose la question sans y répondre, Balthzar est ailleurs, mais tout près.

Un excellent film qui nous fait réfléchir sur les difficultés de la communication dans un monde où les moyens pour l'appuyer sont gigantesques; nous captive par un personnage que l'on qualifierait de virtuel si la science médicale ne lui avait pas trouvé un nom; mais surtout, ce film nous présente l'autisme à partir de situations tellement actuelles qu'il soit issu de faits vécus ne surprend absolument pas.

Il faudra le revoir.

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