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Jean Turcotte
Jean Turcotte
17 mars 2010, 11:15
Où est le prophète?

Sur l'incarcération à long terme - il est vrai qu'on en avait au préalable une bonne idée même si dans UN PROPHÈTE on va encore plus loin que les habituels clichés utilisés pour en démontrer ses effets sur les captifs - ce film nous y plonge de manière réaliste, souvent à la limite de ce que l'on peut prendre.

Sur l'intégration des immigrants - on est ici loin des accommodements raisonnables qui alimentent notre actualité - ce film nous la décrit à travers l'obligation de vivre de prisonniers corses, français, arabes qui ont tous pour dénominateur commun: survivre à la vie carcérale.

Sur les luttes de pouvoir et la corruption des autorités pénitenciaires, ce film ne prophétise absolument pas et nous rend visible une situation que nous n'avions aucune difficulté à imaginer.

Mais où est le prophète? En fait, c'est la question que je me suis posée tout au long de cette oeuvre combien déchirante. Se cacherait-il dans cette «prédiction» qu'une fois entré dans un tel régime, soit il vous exécute, soit il vous transforme et que seuls les résistants machiavéliques peuvent lui survivre?

Le prophète serait-il cette entité religieuse qui a pour mission de vous guider ou vous punir si vous ne suivez pas à la lettre ses indications. Indications qui pourraient, à la limite, venir de l'institution même qu'est un centre correctionnel?

Ou encore, serait-il un être bien en chair, un protecteur?

UN PROPHÈTE, pourrait-il être tout simplement une forme irréelle mais combien présente à soi-même ayant pour but de vous amèner vers plus loin, plus de compréhension, plus d'apprentissage? Un peu comme ce Ryad que Malik tue au début du film afin de ne pas connaître le même sort, celui que lui aurait réservé le César corse s'il n'acceptait pas le contrat. Ce Ryad qui le rejoindra dans sa cellule et semble lui apprendre bien des choses, dont la faculté de pouvoir se glisser sans trop de heurts parmi les diverses communautés présentes dans sa prison?

J'ai cherché le prophète. Celui qui lit l'avenir, celui de Malik, adolescent un peu vert qui en peu de temps, réussira à devenir un caïd redoutable sous les allures d'un ange... C'est là que je l'ai trouvé et jamais ce prophète ne s'imprègnait de morale inutile, seulement de cet intense besoin de ne pas mourir.


17 mars 2010, 10:46
Hérisson ou l'oeil du paillasson!

Le rôle parfois ingrat de concierge possède dans sa définition une expression familière: C'est une vraie concierge, ce qui singifie une personne bavarde et indiscrète. Dans ce film nous n'y sommes absolument pas. Bien au contraire.

Madame Renée - un SDF qu'elle semble protéger appelle Madame Michelle qui a perdu son chat - est concierge dans un immeuble huppé de Paris, vit seule avec son chat Léon (en hommage à Tolstoï), se réfugie dans une pièce continuellement fermée afin de lire. Elle lit beaucoup, un peu dans doute parce qu'elle a une image d'elle-même qui ressemble un tant soit peu à son aspect physique, c'est-à-dire peu attichante. Elle ne fréquente personne et semble à chaque fois surprise que l'on s'adresse à elle autrement que dans son rôle de subalterne.

Madame Renée a un horaire précis, des tâches qu'elle exécute avec régularité, se confond dans le décor au point qu'on ne la remarque plus. Ne semblant vivre que pour ses livres dans lesquels Madame Renée s'émerveille (Anna Karénine, entre autres), elle sera bousculée par l'arrivée du nouveau propriétaire de l'immeuble, un élégant Japonais, qui lui rappelle le cinéma nippon. Celui-ci voit la concierge d'un autre oeil, lui fait même de l'oiel.

Madame Renée sera également dérangée par la jeune Paloma, celle qui vit avec un troisième oeil, celui d'une caméra qui l'accompagne continuellement. Cet oeil, Paloma l'utilise afin de puiser dans la vie de tous les jours des exemples appuyant sa théorie du «bocal de poissons» et devant l'accompagner jusqu'à son anniversaire qui sera en même temps, la date de son suicide.

Ces trois personnages se croisent et interagissent de manière à la fois intrigante mais combien bouleversante. Ils se verront, d'un paillasson à l'autre, changé dans leurs façons de voir la vie, de l'appréhender et de se questionner sur la suite des choses.

LE HÉRISSON est un film qui mise beaucoup sur les personnages; ce choix s'avère judicieux car c'est beaucoup ce qui nous reste une fois le drame de la finale passé.


2 mars 2010, 8:39
Bien réussi!

Il faut avoir lu LE PETIT NICOLAS dans son format original pour s'apercevoir de deux choses: la technique réussit encore à passer et deuxièmement, la problématique est quand même légèrement vieillotte.

La technique, celle de présenter un groupe de jeunes enfants (niveau primaire) possédant des caractétistiques tellement typées qu'elle en deviennent quasi universelles et qui se retrouvent à devoir expérimenter les inconhérences des adultes. Les adultes qu'ils soient parents, enseignants, surveillants ou tout simplement des adultes de tous les jours. Elle réussit parce qu'elle nous rappelle tellement de choses à la fois personnelles et sociales que l'on oublie ne plus se retrouver à l'époque où LE PETIT NICOLAS nous faisait éclater de rire par ses naïvetés.

La problématique est toutefois vieillotte car il serait surprenant que des jeunes de cet âge, aujourd'hui, fassent un tel plat avec l'arrivée d'un petit frère ou encore se posent des questions sur le «comment on fait des enfants». Mais toutefois, c'est si bien présenté et si bien ficelé que la magie, même dépassée, opère toujours.

Le groupe de copains de Nicolas et lui-même d'ailleurs ont été triés sur le volet et on se devait de ne pas commettre trop d'erreurs car tout le film repose sur leurs petites épaules. La direction artistique est tout à fait réussie et l'ensemble des gags et quiproquos deviennent si naturels alors qu'ils les jouent fort gentiment.

Un film à voir avec des enfants même si parfois ils ne saississent par complètement les répliques... à la française.

Un très bon divertissement pour la semaine de relâche.


1 février 2010, 11:24
LA MORT DU LOUP (A. de Vigny)

D'abord, il faut aimer les films d'espionnage, mais surtout leur préférer ceux qui font appel à l'intelligence. Non pas l'intelligence dans le sens CIA du mot ou KGB, l'intelligence qui fait appel à la mémoire, à l'émotion et aussi, beaucoup peut-être, à une certaine rigueur.

Ce film est composé de différents couples, après tout il faut dans l'espionnage un espion et un «espionné». Plusieurs sont naturels: le colonel russe et sa femme, le colonel russe et son fils; l'ingénieur français et sa femme. D'autres sont plutôt factuels: le colonel russe et l'ingénieur français; les présidents Reagan et Mitterrand. Tout autour d'eux grouillent et grenouillent des intérêts à la fois différents et complexes... comme des histoires d'espionnage. On apprend, sans doute le savions-nous déjà mais on le confirme ici, que tout système politique repose sur l'information qu'il possède au sujet de ses adversaires ou de ses concurrents et qu'il est prêt à bien des vilénies pour les obtenir, puis s'en servir pour détruire les autres.

Ici c'est différent, parce que colonel russe (il est du KGB) s'affaire à vouloir faire tomber le régime soviétique et communique des informations de première main à un ingénieur français qui n'a rien de l'espion habituel, un quidam en la matière qui se retrouvera bien malgré lui mêlé à cette histoire. C'est d'ailleurs ce qui fera le succès de cette opération unique qui portera un coup fatal aux dirigeants du Kremlin, permettant la «perestroika» de Gorbatchev.

Autour de cet extraordinaire mais tellement élémentaire passage d'informations secrètes, les couples subiront tous les soubresauts possibles allant du questionnement au doute, de la non confiance à la séparation. Mais restera au-dessus de tout cela cette immense volonté d'agir pour le bien des siens ou de ses idées. Le colonel russe afin que son fils bénéficie de la liberté à l'occidentale; l'ingénieur français pour aller au bout de sa curiosité; les présidents français et américain de l'époque, pour souder une alliance que peu soupçonnait possible; pour la CIA, renforcer son hégémonie dans le domaine de l'espionnage.

Un peu comme la métaphore du loup dans le célèbre poème d'Alfred de Vigny (La mort du loup), chacun agira au risque de sa vie pour préserver ses proches ou ses intérêts.

Admirablement bien construit, une fois que l'on a bien situé les personnages et les enjeux politiques, il est intéressant de suivre cette histoire qui nous fait réaliser à quel point l'homme peut devenir cruel et méchant pour sauver sa peau ou celle des siens.


27 janvier 2010, 10:18
8 et 1/2... puis 9...

Cette comédie musicale est devenue un film. Un film sur un film, pourrait-on dire. Il nous ramène au célèbre Huit et demi de Federico Fellini. Toute l'histoire s'y retrouve: Guido, réalisateur italien de génie, est littéralement poursuivi par son producteur et toute la guilde cinématographique afin qu'il se lance et crée un prochain film. Lui, il est fatigué, blasé et beaucoup en perte d'inspiration. Il quitte Rome, se réfugie dans un hôtel sur le bord de la mer. On le pourchasse alors qu'il sombre dans ses souvenirs, quitte le milieu du cinéma pour mieux se remettre en question et revient, vivifié par une imagination qui tourne autour des femmes qui ont fait de lui qui il est alors que lui les a tant fait souffrir, pour reprendre le collier.

C'est l'autobiographie de Fellini et aussi, ce spectacle de Broadway, les deux réunis dans ce film qui a pour titre Neuf (Nine) soit pour dire «nouveau» ou encore le nombre suivant 8 1/2. Un hommage à l'Italie et aux femmes italiennes que Fellini nous a si bien montrées, décrites ou peintes et que lui a tant et tant aimées. Et c'est tout simplement magnifique; nous passons de Sophia Loren (la mère) à Pénélope Cruz (la maîtresse), de Nicole Kidman (la muse) à Manon Cotillard (l'épouse), sans oublier Fergie Ferguson (la prostituée) et Judy Dench (la créatrice de costumes) qui y vont de tout leur charme pour en arriver à la prestation de Daniel Day-Lewis en un Guido tout à fait remarquable.

Les chansons offertes - les sous-titres français sont à toute fin utile peu nécessaires - nous permettent de mieux comprendre le succès de cette comédie musicale. Les décors gigantesques et les petits clins d'oeil au film de Fellini sont dignes du cinéma italien à l'époque où les grands réalisteurs du cinéma étaient justement des Italiens.

À voir, et à entendre.


13 janvier 2010, 10:20
AVATAR signifie «descente» en sanscrit!

Il est tout à fait possibile de lire ce film à partir de différentes grilles . Celle que j'utiliserai s'avère sans doute un peu tordue. Ne serions-nous pas face à un certain pessimisme devant la nature de l'homme, sa «descente» continuelle en dehors de lui-même?

Je m'explique.

Nous connaissons tous l'histoire de ce film qui nous transporte, en 2154, sur une planète installée dans on ne sait trop quelle galaxie. Nous nous apercevons rapidement que l'homme s'y est installé avec, collées à lui comme une malédiction, ses éternelles aspirations à conquérir des mondes pour s'approprier leurs richesses naturelles. Pour en faire - la Terre en serait un exemple patent - un endroit d'où il devra par la suite s'enfuir parce qu'ayant réveillé l'intrinsèque des choses et des êtres vivants, ceux-ci se conscientisent, se révoltent, s'organisent puis partent à la défense de leur monde. Un monde qui ne veut surtout pas ressembler à ce que l'homme cherche à en faire, c'est-à-dire un lieu dépossédé de ses ressources mais également de sa manière d'être et de vivre.

Si je pousse davantage ma réflexion: AVATAR ne nous éclabousse-t-il pas en pleine figure nos tristes misères, celles d'habitants d'une planète que l'on n'aurait pas respectée et que nos actions irréfléchies auraient fait disparaître? Et, comme un Sisyphe en exil, cette faculté à transporter et reproduire un peu partout cette étrange destinée?

La descente de l'homme se fait, paradoxalement, en parallèle avec ses montées que sont ses percées technologiques tout à fait spectaculaires. Dans le film, elles nous sont présentées par des machines de guerre et d'exploitation encore plus sophistiquées mais pour l'essentiel, le fond est toujours aussi corrompu. Même en 2154, on n'a rien compris.

Que l'on nous présente en 3 dimensions nos rêves tordus, malheureusement toujours à l'image d'un homme impuissant à sortir de son cerveau reptilien, pour qui l'évolution c'est d'aller plus haut/plus loin et se retrouve fatalement devant ses continuelles faiblesses qu'il définit comme étant ses forces, n'est-ce pas d'un pessimisme désarmant?

La guérilla à laquelle il aura à faire face sur cette planète qu'il veut asservir ressemble atrocement à tout ce que nous avons connu: l'homme est un être de guerre qui cherche la paix sans jamais utiliser les bonnes armes. Et c'est la défaite. Fatale.

Voilà le pessimisme qui enveloppe ce film mais, j'ose l'espérer, saura permettre à une foule de gens de réfléchir sur nos actions actuelles en regard de notre planète, de notre manière d'être face à nous-mêmes, humains, et les autres vies existantes.

Souhaitons que ce pessimisme puisse transformer notre propension à descendre en une montée plus glorieuse.


4 janvier 2010, 9:00
Un homme singulier mais un film pluriel

Cet homme au singulier, c'est George (joué par un Colin Firth tout à fait génial), professeur londonien qui enseigne à Los Angeles, en ce début des années 1960. Nous sommes à l'ére Kennedy mais surtout dans l'épisode des missiles soviétiques sur l'île de Cuba.

George vient d'apprendre la mort accidentelle de son amant avec qui il partageait sa vie depuis plus de quinze ans. C'est la catastrophe, l'impossibilité de se relever et le choix de mettre fin à ses jours. Le film nous fera vivre cette journée, celle qui devrait être sa dernière.

Et voilà que la magie s'empare de l'écran. Sur tous les fronts. Les images flirtent avec le sépia et semblent provenir d'une pellicule sortant directement de l'époque. Les costumes (le réalisateur Tom Ford est couturier) originent sans doute des garde-robes des années '60 et sont d'une saississante beauté, comme tout dans ce film d'ailleurs. Le scénario tiré du roman de Christopher Isherwood est fort agréable à suivre malgré quelques flash back qui auraient pu nous perdre, aussi agréable que les éloges dont le roman fut inondé lors de sa parution. Les plans, d'une précision artistique (presque poétique), laissent présager que le réalisateur  qui possède un talent certain (il en est à son premier long métrage) nous réserve de belles surprises à venir.

Mais que dire de la musique? D'une beauté rarement atteinte au cinéma. Je ne connaissais pas ces Shigeru Umebayashi (il a composé trois pièces pour le film) et Abel Korzeniovski à qui on a confié la trame sonore. Je vous suggère de demeurer assis à votre siège à la fin du film, d'écouter, de savourer cette musique d'une pure merveille. Toute en demi-teintes comme l'ensemble du film, elle est liquide, sensuelle et nous parle de ce drame par lequel George éludera son caractère intellectuel devenant cet être sensible pour qui la mort qu'il appelle se présentera à lui sous les traits d'un ange.

Un homme singulier, oui, mais un film pluriel qui n'a rien de ce que l'on aurait pu imaginer sachant qu'il allait traiter d'une relation homosexuelle. Il évite de tomber dans la sociologie même si nous sommes dans la Californie des années '60, ne va pas du tout dans le jugement; c'est un film sur la brisure instantanée d'une intense relation humaine pour laquelle l'existentialisme ambiant de l'époque suggère de répondre par l'inverse, soit la mort, mais qui finalement se termine dans l'enchantement.

Les scènes aquatiques du début et de la fin atteignent un haut niveau de sensualité surtout parce qu'elles sont enveloppées par cette musique envoûtante qu'il est difficile d'oublier.

Je ne sais pas si ce film est en nomination pour les prochains Oscar, mais il y a, ici, matière à récompense.


1 janvier 2010, 10:53
Même en aveugle, il terminer son film...

J'ai appris, au fil des années, à ne pas me fier aux critiques de films qu'elles proviennent de professionnels du monde cinématographique ou encore d'amateurs, comme moi par exemple. Le meilleur juge demeure toujours soi-même.

Je suis un fan d'Almodovar. Ce qu'il fait me semble toujours construit de manière intelligente. Son univers, espagnol à l'origine, dépasse ses frontières pour se projeter dans l'intime de chacun. Je l'apprécie beaucoup à cause de son génie de l'image, cette façon toute personnelle de la ciseler, de lui donner une portée parfois transcendentale. Ses mouvements de caméra, si simples en apparence, apportent une crédibilité à chacun des plans. Et lorsqu'il colle Pénélope Cruz sur la pellicule, qu'il mette sa sempiternelle touche de rouge qui en fait presque une marque de commerce, j'accroche littéralement.

Dans celui-ci, que la critique s'est fait un plaisir de mordre à belles dents, Almodovar nous plonge au coeur de la passion, dans ce qu'elle a de plus vrai, de plus fulgurant. En fait, dans ses passions: les femmes, le cinéma et les intrigues.

L'histoire construite sur deux temps (quatorze années les séparent) nous démontre jusqu'où  peut nous conduire une passion. Cette Lena, si magnifiquement interprétée par une Pénélope Cruz plus belle, plus aguichante que jamais, a séduit un richissime homme d'affaires qui l'entretient alors qu'elle souhaite faire du cinéma. Obnubilé par cette femme, Ernesto chargera son fils de la suivre à la trace et sur pellicule. Le réalisateur et scénariste Matteo Blanco qui deviendra par la suite Harry Caine, permettra à Léna de réaliser son rêve mais là aussi, explose la passion. On serait porté à dire que Matteo vient d'être transfiguré tout comme le fut Almodovar pour Pénélope Cruz. Génial que dans l'accident qui fera mourir la femme, l'homme deviendra aveugle!

Lorsqu'à la fin du film, Harry redevenu Matteo, déclare que même en aveugle il faut toujours terminer un film, on entre dans cette deuxième passion. Autant Almodovar y consacre sa vie, autant ici le cinéma devient la plaque tournante sur laquelle le temps qui fuit se donne la possiblité d'être récupéré et même réorganisé, par la magie du cinéma.

Finalement, les intrigues. Elles sont présentes dans ces ÉTREINTES BRISÉES et devienent comme le fil conducteur d'un tissu que le réalisateur construit devant nous en jouant de manière fort habile avec les flash back. Il nous en installe quelques-unes qu'il dénouera tout doucement comme un scénario de film qu'on reçoit progressivement.

Homme de passion, Almodovar nous permet d'entrer dans une autre pièce de son monde - où tout semble rouge - admirablement bien construit et nous amène à croire encore que la création artistique est un des meilleurs véhicules pour démontrer que la vie, parfois, c'est plus que du cinéma...

 


23 décembre 2009, 3:28
Sa Majesté victorienne!

Nous sommes très loin de l'image que l'on pouvait se faire de la Reine Victoria. Personnellement, je croyais que jamais elle ne fut jeune, belle et à ce point passionnée de son Prince Albert. C'est davantage ses intérêts pour le pouvoir et son puritanisme que j'avais en tête avant d'apprécier l'approche de Jean-Marc Vallée.

Il s'est surtout attardé aux jeunes années de Victoria, à l'époque où le côté rebelle et adolescent est toujours présent et donne aux gens de couronne une allure originale. Il nous a fort bien démontré le jeu des intrigues, les coulisses du pouvoir politique et toutes les tractations qui permettent à certains, voire certaines, de s'enrichir mais surtout de recueillir des faveurs leur permettant de monter en grade vers le trône.

Victoria, jeune, est toutefois alerte et intelligente et il n'est pas question qu'on lui impose la régence. Elle est appelée à régner et elle règnera. Longtemps d'ailleurs.

Mais le film tourne principalement autour de ses amours, en fait de son seul amour, le Prince Albert qui lui aussi devra résister afin de ne pas devenir une marionnette entre les mains de certaines personnes qui organisent des mariages entre familles royales européennes. Il s'en sort bien car il est, lui également, follement amoureux de Victoria.

Tout cela se déroule dans des châteaux magnifiques, des costumes d'une beauté qui ne rivalise qu'avec leur élégance et des décors superbes.

Tout cela autour de deux acteurs qui défoncent littéralement l'écran et qui semblent, fort heureux casting, faits l'un pour l'autre.

Sa Majesté victorienne, Jean-Marc Vallée nous l'aura présentée sous ses plus beaux jours et, d'une certaine manière, réussi à nous la rendre moins austère et plus sympatique sans pour autant nous inciter à devenir des fans de la monarchie britannique.


16 décembre 2009, 10:07
I N V I N C I B L E

Les deux derniers vers du poème de William Ernest Henley (Invictus) écrit en 1875 alors qu'on venait de lui amputer une jambe, sont les suivants:

Je suis le maître de mon destin,

Le capitaine de mon âme.

Nelson Mandela aura passé près de trente ans dans les prisons sud-africaines où s'entassaient, jugés par les lois de l'apartheid, des citoyens de seconde zone dans leur propre pays.

Élu à la présidence de l'Afrique du Sud en 1994, Madiba (son nom tribal) s'engage dans une formidable reconstruction de l'unité nationale sous le drapeau de la non-violence et du pardon. Il ne souhaitait pas faire vivre aux Afrikaners la même indignité qu'ils avaient fait subir aux Noirs sud-africains et cela pendant des années.

Pour y arriver, en plus des changements fondamentaux qu'il met en place, il songe à l'unification de sa nation en encourageant l'équipe nationale de rugby longtemps perçue comme un symbole de l'apartheid, les Springboxs, et invite son capitaine François Pienaar à se défoncer en vue du Championnat mondial de 1995. Les Springboxs gagneront malgré le fait qu'on leur accordait aucune chance d'y arriver, qu'ils étaient les favoris des anciens dominants et, ainsi, rejetés par la majorité noire sud-africiane. C'était avant que deux capitaines, un Noir et un Blanc, ne prennent le thé et partagent leur rêve, le premier le percevant très bien, le deuxième, le découvrant, y adhéra.

Voilà la base du film. Deux acteurs: un Morgan Freeman exceptionnellement efficace et combien ressemblant à l'icône Mandela, un Matt Damon qui nous permet d'apprécier l'évolution des Blancs sud-africains pour qui Mandela était un anarchiste et un révolutionnaire, modifier leur perception et en faire, pour eux aussi, un héros national.

La victoire des Springboxs aura été plus qu'une victoire au rugby, elle aura été le ciment de la réconciliation trempée aux idées de Mandela.

On aurait pu craindre un film pleurnichard ou faisant l'apologie d'un personnage plus grand que nature ou encore, un hommage au sport offrant à son peuple des idoles surhumaines, mais on aurait pu craindre surtout qu'il se détache du quotidien. Il n'en est rien. Il est la démonstration, et combien réussie, qu'en devenant «le capitaine de son âme» un individu ou un peuple en arrive à dépasser les opprobes, à éviter de tomber dans la facile vengeance que le pouvoir nous octroierait, relançant ainsi la roue fatale qui étourdit bourreaux et victimes.

Nelson Mandela sort de ce film, sous les traits de Freeman, comme un homme de vision, un homme entièrement consacré aux idées qu'il défend, un être d'avenir.

Clint Eastwood l'a compris et nous l'a admirablement montré.


9 décembre 2009, 9:22
Dans «precious» il y a le mot «prix».

Elle - je parle de Clairecee «Precious» Jones, cette jeune fille de 16 ans vivant à Harlem en 1987 - elle n'a vraiment rien pour elle: obèse chronique, sa mère l'oblige à sur-manger depuis son tout jeune âge; abusée physiquement, sa mère la frappe, lui lance des objets; abusée sexuellement, son père l'a violée et elle est enceinte d'un deuxième enfant (la première est trisomique); abusée psychologiquement, sa mère la traite comme une moins que rien la réduisant à l'état d'esclave dans la maison.

Elle - Precious est le surnom que lui a donné sa mère alors qu'elle était toute jeune - elle ne réussit pas à l'école, sa mère frappant continuellement sur le clou qu'aller à l'école c'est s'empêcher de recevoir le chèque de l'aide sociale. On la remercie alors qu'on apprend sa deuxième grossesse et l'invite à s'inscrire dans une école alternative «Each One/Teach One». C'est là, en fait c'est ici que la couleur commence tout doucement à chasser le gris et le noir de sa vie. Une enseignante dévouée et un groupe de jeunes filles qui, elles aussi, ont leur lot de problèmes se mettront à écrire, à s'écrire Tous les jours dans leur petit cahier. À dire. Se dire.

Elle - Precious Jones, celle qui sortira tout doucement de ses rêves illusoires (devenir belle, reconnue, adulée...) - confrontera sa véritable situation, la regardera en face même si cela n'est pas joli, constatera que l'amour, ce vers quoi elle tend de toutes ses fibres et depuis toujours, l'amour n'aura rien fait pour elle, ne lui aura apporté que malheur et souffrances. Et, par la force de vouloir apprendre, de savoir tout doucement qu'elle peut apprendre... elle apprendra à ne pas transmettre à ses enfants ce qu'elle a reçu mais plutôt de vouloir, avec eux, apprendre ce qu'elle n'a  jamais reçu.

Elle - la nouvelle Precious - sera la preuve que l'éducation est la véritable clef, celle qui ouvre l'avenir en expliquant le présent et exorcisant le passé.

Le film risquait de tomber dans le misérabilisme dû au fait que toutes les horreurs du monde se liguaient contre Precious. Faiblarde et soumise au début, puis, pas à pas, bien soutenue, accompagnée et aimée, elle réussira à marcher vers le nouveau sens qu'elle insuffle à sa vie: continuer d'apprendre et permettre la même chose à ses deux enfants.

Dans «precious» il y a le mot «prix»; comme elle l'a payé pour trouver sa dignité et la fierté.

 

 

 

 


25 novembre 2009, 8:11
L'horreur loge chez la peur

S'il fallait analyser la dernière oeuvre de Lars von Trier à partir des symboles qui la composent, on en aurait pour quelques pages.

L'histoire est simple: la mort d'un enfant, la culpabilisation d'une mère, sa chute dans une certaine forme de psychose, la tentative d'un père (psychanalyste) de libérer sa conjointe de ses peurs; l'ouverture de la boîte de pandore; l'irrémédiale basculement vers la démence... Interpréter l'histoire, beaucoup plus compliqué.

Lars von Trier nous fait entrer dans l'horreur du monde de la peur, et «ça»... de manière hyperréaliste. Il associe sexualité et mort, nous projette sans crier gare dans l'intérieur d'une femme (Elle) qui s'intéressait à la sorcellerie, en fait au sort que l'on réservait à ces femmes appelées «sorcières». Lui - car il faut dire que les personnages, sauf le fils, n'ont pas de prénoms - cherche à la mener vers les causes de sa peur qui ne sont pas, du moins le croit-il, uniquement reliées au décès de l'enfant et au deuil qui en découle. Sur une pyramide où il a d'abord inscrit la forêt, l'a rayée pour mettre le mot SATAN puis finalement le mot «elle-même», on note une progression tout comme les effets de la psychose iront en s'accentuant pour pousser cette femme jusqu'à la mutilation, l'auto-mutilation et finalement, la mort.

Lorsque le réalisateur dédie ce film à Andreï Tarkovski, le cinéaste russe, on peut y voir un indice du but vers lequel son film se dirige. Les films de Tarkovski «explorent le basculement de l'Homme vers la folie, tentent de franchir la frontière ténue séparant l'imaginaire du réel, créant une imagerie hypnotique et visonnaire où s'entrelacent tout un réseau de symboles d'origine païenne ou chrétienne et une série de figures poétiques allant le profame au sacré.»

Parmi les symboles que Lars von Trier utilise, il y a le chiffre 3. Constamment présent dans le film, chacun peut l'interpréter à sa guise: père/mère/enfant; douleur/deuil/désespoir (les trois mendiants); biche/renard/corbeau... Chose certaine, il faut absolument dépasser le premier niveau de regard si on souhaite, d'abord se rendre jusqu'au bout de ce film rempli d'éléments horrifiants, d'images effroyables, et accéder à cette symbolique qui déborde la psychose et nous fait basculer dans l'horreur qui habite la peur.

Lorsque l'on s'aventure à vouloir pénétrer l'âme humaine, on risque d'y découvrir toutes sortes de choses reliées au passé proche ou au passé quasi reptilien. Lars von Trier nous abandonne dans cette forêt qui n'a rien de l'Éden, nous fait traverser des ponts fragiles, nous fait basculer dans une atroce monstruosité hyperréaliste qui n'a d'égal que le contenu abject de nos intérieurs. C'est le chemin à parcourir pour oser une tentative d'explication de la complexité inextricable de la psychée humaine.

Un film en noir et blanc, en couleurs sombres, un film extrêment difficle pour l'oeil mais combien puissant pour l'intelligence. Se rendre jusqu'au bout tient de l'exploit mais une fois arrivé, on aura vu que le mal réside en soi-même et que tenter de le conjurer exige parfois d'accepter de mourir.


20 novembre 2009, 8:52
Le «lait de la peur»

Jamais dans le film on entend les mots «Sentier Lumineux», on l'évoque seulement. Cette organisation terroriste péruvienne est toutefois au centre du drame de la mère de Fausta; elle meurt au début de l'histoire qui nous sera racontée. Mère violée par des terroristes alors qu'elle était enceinte de sa fille; son mari sera assassiné. Elle exigera des bourreaux qu'on la tue mais survivra à cette tragédie, nourrissant à l'intérieur d'elle-même, du lait de la peur, cette enfant qui naîtra sans âme, selon les croyances péruviennes.

Mère et fille se parlent, en fait, pour communiquer, elles se chantent des chansons inventées au fur et à mesure; chansons qui racontent crûment leur quotidien désolé et leur passé meurtri. Ce viol d'abord, mais surtout la peur qui en naquit.

Afin de contrer un destin similaire à celui de sa mère qu'elle adore, Fausta utilisera un stratagème provenant des traditions péruviennes: elle s'implante une pomme de terre dans le vagin. «Seule la répugnance, dit-elle, provoque la répulsion chez les répugnants.» Elle se sent ainsi protégée bien que toujours envahie, habitée par cette peur qui se manifeste dans ce visage d'une anxieuse beauté, celui de l'émouvante Magaly Solier.

Fausta veut ramener le cadavre de sa mère dans son village natal. Elle n'a pas l'argent pour effectuer le trajet et l'oncle, chez lequel elle habite, non plus car il marie sa fille et cela aura exigé qu'il engage toutes ses économies dans la noce.

La magnifique Fausta devra s'engager comme domestique chez une bourgeoise musicienne qui semble barricadée dans une villa en plein coeur du marché de la ville. Elle chantera, ce qui séduira la riche et froide patronne qui lui offre une perle pour chacune des chansons chantées, inventées... C'est ainsi qu'elle récoltera la somme nécessaire au transport de la dépouille de sa mère qui repose sous son lit depuis quelques jours.

Une autre histoire se profile. Celle de Noé, le jardiner qui entretient la villa et qui de jour en jour se rapprochera de Fausta, doucement l'apprivoisera pour l'aider à se délivrer de sa peur des hommes... des âmes... des murs... ces peurs innées qui germent en elle comme cette pomme de terre dont elle devra, chaque jour, en inciser les tubercules qui la font souffrir.

Ce film magnifique nous amène à estimer les désastreux résultats, les funestes ravages du terrorisme et la peur qui en découle lorsqu'elle s'installe à l'intérieur des êtres humains. Parfois, le terrorisme comme philosophie révolutionnaire - Sentier Luminieux s'en inspirait - gruge des système politiques, économiques ou sociaux mais souvent il pénètre chez les gens, ici dans les gens, et y fait pousser exactement le contraire que ce qu'il souhaitait semer.  

Le film sera projeté au Cinéma du Parc dans le cadre de la Semaine du Cinéma péruvien du 20 au 26 novembre: à ne pas manquer.


18 novembre 2009, 8:59
Un papillon jaune autour du cimetière

La mort ne semble pas vouloir quitter cette famille de Yokohama malgré le fait qu'elle soit survenue il y a plusieurs années, malgré qu'elle fut aussi intempestive qu'inattendue. Elle ne la quitte pas, elle l'anime.

Le fils aîné, dans un acte de courage ou de bravoure, on ne le saura jamais, s'est jeté à l'eau pour sauver de la noyage un jeune garçon. Le garçon survit, le héros meurt. Quinze ans déjà. Et depuis on se réunit pour souligner les funérailles. C'est le moment où nous entrons dans cette famille, dans cette maison inchangée où vécut le disparu, où vivent encore un père acariâtre, médecin de quartier, et une mère rongée par la vengeance qui s'affaire à cuisiner pour les enfants et petits-enfants qui restent. Une fille, mariée à un type sans trop d'envergure, mère de deux enfants. Un fils, le cadet, marié à une veuve, cherchant à devenir le père adoptif d'un jeune garçon au regard particulièrment aiguisé sur ce qui se passe dans ce clan.

La tension qui règne entre les divers personnages, et cela à plusieurs niveaux, sera le centre de cette histoire où la mort, le deuil, la récrimination se promènent à pas feutrés en y imprégrant une atmosphère qui frôle la violence. Une violence retenue, toute en subtilités, en non-dits, en regards assassins et en reproches camouflés sous cette politesse caractéristique de la société japonaise.

Un père qui s'éloigne, s'isole dans son cabinet de médecin à la retraite; un fils qui n'accepte pas le rôle d'aîné qu'on semble vouloir lui offrir en héritage; une mère qui semble au-dessus de tout alors qu'elle refoule un contentieux envers son mari qui, plus jeune, l'aurait trompée et joue le rôle de la mère de famille prévenante alors qu'au fond d'elle-même mijote la vengeance qui n'attend qu'à être servie comme un plat froid; une fille superficielle ne rêvant que de s'établir dans la maison familiale pour laquelle elle échafaude des plans de réaménagement...

Cette famille, amputée d'un de ses membres, s'applique à continuer de demeurer une famille alors que la mort a fait son oeuvre sur le temps et chacun de ses membres. Cette famille annuellement réunie pour se rémémorer la perte de l'aîné constate, sans se l'avouer, à quel point, éclaboussée par cette tragédie, la vie leur est devenue un creuset où les sentiments cherchent à éclater malgré qu'ils soient retenus par une dynamique qui semble leur échapper.

Ce film est construit comme une pièce de théâtre qui hésiterait entre drame et tragédie, dont les protagonistes évoluent de manière solitaire, secoués par les interactions avec les autres et cela autour d'une conjoncture qu'ils arrivent difficilement à cerner. Est-ce la mort? Le deuil? La perte des illusions? L'oeuvre implacable du temps sur les sentiments humains? La vengeance? Ou tout cela réuni?

Ce film est beau de par sa facture. Les dialogues, d'une acuité et d'une intensité qui ne se démentent jamais du début à la fin. Les personnages, aussi vrais que réels nous font partager des émotions retenues et explosées.

Que dire de cette musique qui ne vient malheureusement qu'au début et à la fin, ces notes de guitare emplissant le cimetière autour duquel un paillon jaune voltige alors qu'un train rouge en entrée, bleu à la sortie trace une ligne d'horizon entre la vie et la mort!


12 novembre 2009, 11:55
«Le berceau est moins profond que la tombe.» Georges BERNANOS

Ici s'arrête la trilogie de Bernard Émond. À Normétal, en Abitibi. LA DONATION, film dans lequel nous retrouvons Jeanne Dion, divinement interprétée par Élise Guilbeault, plus puissante, plus intérieure que jamais. Elle n'est pas encore sortie de sa neuvaine cherchant toujours l'incompréhensible qui l'habite. Ces images qui nous la montrent de dos, regardant par une fenêtre, parlent autant que tout le scénario. Et on ne parle pas beaucoup ici, tout comme dans le premier. Les paroles ont laissé la place à des regards qui nous poignent directement au coeur.

Jeanne Dion accepte, laissant Montréal, de suppléer pour un mois le Dr Rainville qui part en voyage. Lui vers le sud, elle vers le nord. Ils se croiseront à un carrefour, celui de la souffrance des habitants de cette ville décimée par l'abandon des compagnies minières, par l'obligation des ouvriers de s'exiler plus haut encore afin de trouver du travail. Normétal aura un nouveau médecin. Ce médecin qui arrive n'a pas les mêmes intérêts que le premier; ce médecin qui arrive peine à se comprendre elle-même, à répondre à cette question existentielle: pourquoi cette difficulté à être proche des gens alors que le métier que je pratique l'exige?

Le Dr Rainville est un être charitable. Un médecin de campagne un peu comme le curé de campagne de Bernanos. Il a la charité dans les mains, la transmet tous les jours à ses patients qu'il a vus naître pour une bonne partie, qu'il verra, pour certains, mourir. Il a immigré au nord et s'y est incrusté, beaucoup par vocation puis par choix.

Le Dr Dion est un être tourmenté. Un médecin de la ville qui n'a pas encore réussi à trouver les raisons qui l'animent et nous la rendent austère à l'extérieur, mais combien intense à l'intérieur. La souffrance ne peut que toucher ceux à qui elle s'attaque; compassion ou empathie à éprouver, des sentiments qu'éprouvent les autres devant elle. Pour Jeanne Dion, perdue dans ces forêts du nord de l'Abitibi, la souffrance humaine deviendra, au jour le jour, au contact quotidien de ces gens perdus si loin dans l'espace géographique, cette souffrance deviendra un éclair gifflant le ciel ennuagé.

Tout le drame de la charité passe par cette sempiternelle question: est-il vrai que charité bien ordonnée commence par soi-même? Tout le drame de ce film qui réunit une brochette de comédiens que l'on ne voit pas souvent (Jacques Godin, Françoise Gratton, Angèle Coutu), tourne autour du drame individuel de chacun des personnages: mère cancéreuse qui meurt à trente ans; jeune fille de seize qui meurt d'une overdose; vieille dame qui perd son mari, l'unique compagnon de sa vie; une jeune enfant troublée par le retour de son père violent; et le décès du Dr Rainville à son retour du voyage.

La dernière image est sublime: les eaux du fleuve de LA NEUVAINE avec les oiseaux migrateurs qui s'en vont devienent dans LA DONATION une femme austère, dépouillée et silencieuse tenant dans ses bras un enfant de l'âge des berceaux... elle regarde encore plus haut vers le nord.


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