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Pour voir juste sur ce qu'il se passe dans les têtes de ceux et celles qui occupent les palais et les parlements du Québec, du Canada et du monde, suivez les analyses politiques percutantes de Josée legault sur son blogue.
janvier 2009 - Messages
29 janvier 2009, 11:17
L'inculture bienheureuse

Suite de l'histoire de la «commémoration» de la défaite des plaines d'Abraham:

Pour ce qui est de Régis Labeaume, le maire de Québec sûrement très occupé à compter d'avance les rentrées de fonds que ce 250e ajouteraient aux coffrets de sa ville après le 400e, rien de surprenant à ce qu'il ait qualifié le tout de «radotage». L'an dernier, il s'était fait une fierté de clâmer son désintérêt total face à l'histoire. Fondation de Québec? Fondation du Canada? Who cares?

Ca matin, sur les ondes de Radio-Canada, il en a remis sur la «controverse» entourant le 250e de la bataille des plaines d'Abraham.

Quelques perles en extraits:

«C'est un spectacle en fait».

«Je suis un peu fatigué d'entendre parler de défaite. Il faut en revenir un moment donné.»

«Je vais aller y assister avec bonheur.»

«Je suis vraiment fatigué de tout ça.»

De plus, le maire, pour mieux discréditer ceux et celles plus critiques de l'événement, a avancé à quelques reprises qu'ils s'exprimaient parce que «c'est payant pour quelques uns».

Une question au maire: que veut-il dire par «payant»? Et qui sont ces «quelques uns»?

Parce que si on se parle franchement en terme de ce qui est «payant», le maire semble plutôt être celui qui est prêt à fermer les yeux sur certaines choses en autant que l'industrie touristique de sa ville en profite. 

 

 


28 janvier 2009, 7:26
Mieux vaut tard que jamais...

Pour faire suite à ma chronique «La tête à Papineau», voici le texte d'un communiqué émis par le Parti québécois aujourd'hui, en fin d'après midi:

Reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham

AUCUN GOUVERNEMENT NE DOIT ÊTRE ASSOCIÉ À CET ÉVÉNEMENT

La Malbaie, le mercredi 28 janvier 2009 - Dans le cadre du caucus des députés du Parti Québécois, réunis à La Malbaie pour les deux prochains jours, la chef de l'opposition officielle et députée de Charlevoix, Pauline Marois, accompagnée de la députée de Taschereau, leader adjointe et porte-parole pour la Capitale nationale, Agnès Maltais, et du député de Bourget et porte-parole en matière de culture et communications, Maka Kotto, a fait savoir que les membres de l'aile parlementaire du Parti Québécois ne seront pas présents à la reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham organisée dans le cadre des commémorations entourant son 250e anniversaire.

« Nous déplorons l'approche que l'on veut donner à cet événement. Pour nous, il s'agit d'un événement tragique. Nous croyons que s'il y a une chose qui doit être rappelée lors de la reconstitution des événements de 1759, c'est d'abord le début de la fin de la Nouvelle-France, la survivance, la résilience et le courage du peuple français d'Amérique qui a pu survivre malgré la conquête, malgré le fait que Québec ait été assiégée, que nos ancêtres aient souffert, que nos fermes aient été brûlées, que des milliers d'hommes et de femmes sont morts. Nous avons été conquis », a déclaré Pauline Marois.

Si le Parti Québécois croit qu'il y a un devoir de mémoire envers nos ancêtres, envers nos aïeuls qui ont fait des sacrifices, aucun gouvernement ne doit être associé, de près ou de loin, à cette reconstitution. Toutes les instances gouvernementales devraient se retirer de l'organisation de cet événement. « Jean Charest devrait d'ailleurs demander au gouvernement fédéral de cesser sa participation à cet événement. Quand on a vu ce que le fédéral a fait avec le 400e de Québec, il y a de quoi être inquiet de ce qu'il pourrait faire avec ce rappel historique. Ce n'est pas non plus le rôle de la Commission des champs de bataille d'organiser un tel événement », a-t-elle ajouté.

« La quête pour notre liberté reste inachevée. Notre combat se poursuit. Nous voulons mettre en place des actions qui nous permettront de faire notre propre lecture des événements et d'analyser ses conséquences. Ainsi, nous déposerons une motion à la reprise de la session parlementaire et nous organiserons un colloque sur le sujet », a conclu Pauline Marois.

***********************************************************************************

Pour la petite histoire, vendredi dernier, lors de ma participation hebdomadaire à l'émission de Christiane Charette, la députée péquiste Louise Beaudoin était pami les invités.

Parmi les sujets d'actualité de la semaine, cette commémoration de la bataille des plaines d'Abraham fut abordée. Avançant que cette question devrait être d'un grand intérêt pour les Québécois, qu'ils soient fédéralistes ou souverainistes, j'y constatais la «timidité» surprenante, et du gouvernement Charest et du PQ. Mme Beaudoin s'est dite en accord avec cette observation - faite également par mon collègue du Devoir, Michel David -, ajoutant qu'elle aborderait le sujet lors du caucus du PQ tenu à La Malbaie le mercredi suivant (donc, aujourd'hui). De toute évidence, ce fut fait.

 


28 janvier 2009, 3:02
La tête à Papineau
La Conquête et la bataille des plaines d'Abraham de 1759, vous connaissez? Alors, dites-moi, est-ce que ça vous tente vraiment d'aller en commémorer le 250e anniversaire dans la belle ville de Québec?

Idée de fou? Manque de jugement? Provocation? Propagande? On en perd ses mots. Sous prétexte de vouloir "raconter" une histoire, c'est pourtant ce qu'entend faire la Commission des champs de bataille nationaux, une agence fédérale. Voici donc les activités "gratuites" qu'elle offrira cette année à Québec: un bal masqué (on fête sa conquête ou on ne la fête pas!); expositions et colloques; fouilles archéologiques; "journées familiales" (tant qu'à se rappeler une défaite, aussi bien le faire en famille); un beau show intitulé Wolfe et Montcalm se donnent en spectacle! Et, en guise de cerise sur le gâteau, présentée par la Commission comme "l'événement de l'année à Québec" où vous jouerez "les touristes dans votre propre ville": une reconstitution de la bataille des plaines où vous pourrez vivre "quatre jours de siège intensif"!

Oups. J'oubliais. Cette liste est aussi illustrée, sur le site de la Commission, d'une photo des descendants de Montcalm et de Wolfe, en uniformes de l'époque, souriants et se donnant la main! Bref, on ne sait plus s'il faut en rire ou en pleurer. La réponse, pourtant, est ailleurs. Que l'on soit fédéraliste ou souverainiste, comment ne pas dénoncer cette situation où une agence fédérale décide de la pertinence et de la programmation de la commémoration d'un événement aussi fondamental pour le Québec? Le Québec serait-il devenu un simple terrain de jeu ouvert aux agences fédérales?  À cette enseigne, l'extrême timidité du gouvernement Charest et du PQ sur cette question jusqu'à maintenant ne les a guère honorés. Quant à Éric Caire de l'ADQ, traitant de "colonisés" ceux qui s'y opposent, l'homme semble être en urgent besoin d'une greffe de colonne vertébrale.

Et pourquoi refuser ce triste spectacle? Au nom de l'histoire. Ça ne prend pas la tête à Papineau* pour comprendre que l'on vide cet événement de tout sens historique en le présentant faussement comme étant "politiquement neutre et pédagogique" et en l'enrobant dans un beau, gros package récréo-touristique classé, selon la Commission, "parmi le top 100 de l'année 2009 par l'American Bus Association"! Une conquête, ce n'est JAMAIS politiquement neutre. Ni pour les vainqueurs, ni pour les vaincus. Et ce, même si un jour, ils s'en relèvent.

Dire "non", c'est préserver la dignité de ceux et celles qui, nombreux avant nous, au Québec et dans le reste de ce qui deviendrait plus tard le Canada, se sont battus pour défendre la langue française MALGRÉ les effets de cette conquête. C'est aussi partager cette dignité avec nos compatriotes d'autres origines. Ça, c'est "pédagogique". Remarquez que ce "non" n'est surtout pas une réaction émotive, comme certains le prétendent dans le but de discréditer toute opposition. Le refus tient d'une rationalité calme, reposant sur la connaissance des conséquences profondes de cet événement. Le problème est que cette évidence se retrouve enterrée sous un fatras de débats sibyllins. Est-ce une "célébration" ou une "commémoration"? Avons-nous été "conquis" par l'Angleterre ou "abandonnés" par la France? Et que dire des deux "écoles" d'historiens, dont l'une veut que cette bataille ait été déterminante, et l'autre, pas? Et patati, et patata.

Mais au-delà de tous ces bruits de fond, il reste l'essentiel: la bataille des plaines d'Abraham est un puissant symbole marquant la culture et l'identité québécoises. Pourquoi? Parce que d'elle a ensuite découlé, pour ceux qu'on appelle aujourd'hui les "francophones", la construction élaborée d'un rapport d'aliénation politique, économique et linguistique vis-à-vis des "anglophones". Ce qui a suivi 1759, c'est la Conquête; l'écrasement des rébellions de 1837-38; le rapport Durham de 1839 (pourquoi ne pas fêter son 170e en même temps?); l'Acte d'Union de 1840; la Confédération sans consultation citoyenne en 1867; la pendaison de Louis Riel en 1885; l'interdiction des écoles françaises en Ontario, etc. Ce n'est pas parce que ce rapport d'aliénation s'est modifié dans la seconde moitié du 20e siècle que l'on peut réécrire ou neutraliser l'histoire à la lumière de la réalité d'aujourd'hui.

Maintenant, voyons si cette commémoration tous azimuts tiendrait aussi de la propagande fédérale, un peu à la manière dont le 400e de Québec fut présenté par Ottawa comme marquant la "fondation du Canada"? Eh bien, la réponse a un nom: Josée Verner. Du moment où la ministre de la Francophonie avance qu'elle pourrait même y assister, soyez assurés que dans ce gouvernement où les ministres ont peine à se choisir des bobettes sans la permission de Stephen Harper, sa réaction est aussi un peu celle du premier ministre.

(*) Louis-Joseph Papineau (1786-1871), chef du Parti patriote et, entre autres, parrain de la loi établissant la pleine égalité politique des Juifs du Bas-Canada.


26 janvier 2009, 3:37
Un budget Ignatieff?

Si le budget conservateur présenté demain ressemble le moindrement au discours du Trône prononcé aujourd'hui par la gouverneure générale, on pourra presque dire que ce sera un «budget Ignatieff» puisqu'il suivrait la plupart des «conditions» que Michael Ignatieff a avancées pour appuyer le budget: stimuler l'économie canadienne, financer de nouveaux projets d'infrastructures, protéger le système financier canadien, soutenir certaines industries en difficulté comme l'industrie automobile et l'industrie forestière, protéger les plus vulnérables et de la société, protéger les emplois d'aujourd'hui et créer ceux de demain, éviter un déficit permanent, etc.

Évidemment, tout cela tient de la rhétorique. Qu'elle soit libérale ou, maintenant, et très momentanément, harpérienne...

On verra demain ce que ce pouding contiendra pour vrai...

Pour le discours du Trône, voir:

http://www.sft-ddt.gc.ca/fra/media.asp?id=1384




26 janvier 2009, 12:49
13 jours

 

13 jours - C'est le nombre anormalement et scandaleusement ridicule où le Parlement fédéral, en pleine crise économique, a siégé l'automne dernier. Et lorsqu'on y soustrait l'été... le Canada devient le SEUL pays en Occident dont le parlement est demeuré fermé, eh oui, fermé, pendant plus de six mois dans une année aussi cruciale! (Eh non, le premier ministre n'a pas offert d'amputer son salaire de moitié...)

La raison: pas besoin de le rappeler. La gouverneure générale a accordé à Stephen Harper sa demande de proroger le Parlement pour la seule et unique raison qu'il voulait éviter un vote de censure des partis d'opposition.

Évidemment, cette semaine sera le moment de vérité: discours inaugural aujourd'hui, budget demain, décision de Michael Ignatieff qui, de toute évidence, ne fera pas tomber le gouvernement (voir ma chronique courante «Zéro suspense»).

Sur ce, pour ceux que la question de la constitutionnalité et de la légitimité démocratique d'une coalition dans notre système parlementaire intéresse, voici deux lectures qui se recroisent.

1- «Le Parlement est roi», un texte collectif signé par 40 constitutionnalistes et politologues et paru dans Le Devoir d'aujourd'hui:

http://www.ledevoir.com/2009/01/26/229388.html

2- Ma chronique parue le 26 décembre dernier dans The Gazette:

http://www.montrealgazette.com/Entertainment/Coalition+debate+reveals+appalling+ignorance+Parliament/1114456/story.html







23 janvier 2009, 3:03
IGGY-BAMA? (suite)

Pour faire suite à mon analyse sur l'usage que semble faire Michael Ignatieff de la technique dite du storytelling, (et inspirée de l'usage qu'en a fait Barack Obama jusqu'à l'élection présidentielle), je vous donne quelques extraits, quelques perles tirées du discours (version imprimée distribuée aux médias), que le nouveau chef du Parti libéral du Canada donnait aujourd'hui à Toronto.  Ces extraits vous rappelleront peut-être certaines formules-clés de Barack Obama (vous verrez que M. Ignatieff y fait d'ailleurs lui-même référence directement). Bref, les «emprunts» sont pleinement assumés. (En passant, le storytelling en politique inclut aussi l'«histoire» de la famille du politicien, de même que celles de citoyens «ordinaires» que le politicien «raconte» dans ses discours)...

Même le titre du discours est obamien: Moving Forward from Hardship to Hope....

(Et oui, je sais, Obama n'a tout de même pas le monopole des mots «hope» ou «we can», mais comme ils sont dans l'air du temps grâce à lui....)

 

**************************************************************************

«The Empire Club and the Canadian Club are institutions that have always mattered to my family.


My great-grandfather-a proud New Brunswicker named George Parkin-spoke to the club.


My grandfather-a Russian émigré named Paul Ignatieff-spoke to this club.

My Dad spoke to this club in 1969.

He said then: "Those to whom this opportunity is offered, I realize, have to be brilliant, or original, or both. Since there is difficulty in being brilliant when you are trying to be original, and being original when you are trying to be brilliant, I shall merely try to be informative."

(...)

I asked where she was from and she said Oshawa.  She was on her way to the YMCA for some job counselling. I asked why and she said: she was a tool and die maker and GM had let her go.  I said, "You must be worried" and she said, "You bet. I'm a single mom and I've got one kid in university and another finishing high school, and it all comes down to me." "But we'll get there", she said. And with spirit like that, we will get there. We will get there together.  I'm in politics to help that woman get there: get the job training she needs, get the next job, get her kids through university and make sure she has a secure and happy retirement with her grandchildren.

(...)

I know we can.

(...)


In hard times, Canadians expect compassion, understanding, and non-partisan action from their government.

(...)


A train used to run through the centre of the little town in Quebec where I spent some summers, and my father once told me that if you put your ear to the rails, you could hear a train before you could see it.

(...)


The inauguration of President Obama shows us how one man putting himself at the head of millions can restore trust and restore faith in the political process.

We in Canada must do the same. We do not need to drift with the tide. We can act. We can choose. We can work to avoid the worst and search for the best. We can rebuild the trust that has been broken and restore faith in our own country.

(...)

We have been, we are, and we will be an example to the world. We have been, we are and we will be a light among nations.

And imagine what can be.

(...)


To show courage and boldness, and revive the faith that people have in themselves and in their country.

(...)
 

Strengthen our citizenship.

(...)

Rediscover our place in the world.»

(...)



21 janvier 2009, 3:10
IGGY-BAMA?

Le Globe & Mail d'aujourd'hui nous apprend que la sortie du nouveau livre du chef du PLC, Michael Ignatieff, est maintenant prévue pour le 21 avril prochain. 

Voir: http://www.theglobeandmail.com/servlet/story/LAC.20090121.IGGY21/TPStory/?query=Ignatieff    

Son titre? «True Patriot Love. Four Generations In Search Of Canada» (éditeur: Penguin Group).

Son contenu? M. Ignatieff y raconte l'histoire de quatre générations de sa très auguste famille, avec des arisocrates et diplomates russes du côté de son père et certains grands bourgeois et philosophes du côté de sa mère (dont le très respecté feu George Grant, auteur, à mon avis, d'un des meilleurs essais sur la politique canadienne, et devenu depuis un grand classique en science politique (Lament for a nation).

Son fil directeur: faire la démonstration de l'«engagement» de cette famille, et donc de Iggy lui-même, «envers l'idée du Canada et de son avenir».

La date de lancement tombe tout de même drôlement bien - le congrès du PLC devant avoir lieu du 30 avril au 2 mai...

Bref, on dirait bien que Michael Ignatieff, à l'instar de Barack Obama, a compris l'art prisé en marketing du storytelling (Voir ma chronique du 27 août 2008: An American Story). Appliqué en politique, cet «art», ou plus précisément, cette technique, veut qu'un politicien raconte son histoire personnelle, familiale, intellectuelle, etc., laquelle histoire doit se fondre dans l'histoire du pays ou de la société qu'il ambitionne de diriger un jour. L'histoire d'Obama est ainsi devenue le reflet de celle des États-Unis (d'où sa formule reprise à satiété jusqu'à sa victoire finale («My story is an American story»).

L'outil privilégié du storytelling est habituellement la publication d'un ou de plusieurs ouvrages faisant le récit de cette histoire, laquelle peut être ensuite reprise par le politicien dans ses discours. Ce que faisait Obama.

Attendez-vous donc à ce que l'histoire de M. Ignatieff tienne du «My story is a Canadian story»... Le titre de son ouvrage est d'ailleurs fait sur mesure pour cela...

N.B.: l'idée du livre remonte à 2005, lors de son retour au Canada après un petit trente ans passés à l'étranger...Mais bien qu'Iggy était alors un professeur invité à l'Université de Toronto, on peut penser que son retour s'inscrivait peut-être, un peu ou pas mal, dans son ambition de faire de la politique active... Il aurait donc pu produire ce livre avant - disons pendant la course au leadership du PLC en 2006 -, mais n'aurait pas eu le temps de le faire.

Mais maintenant que sa première ambition est réalisée - devenir chef du PLC -, sa publication tiendra peut-être d'un meilleur timing encore, alors que si, en effet, le gouvernement Harper survit à son prochain budget, Iggy s'activerait à la vitesse grand V pour tenter de réaliser son ultime ambition, soit devenir premier ministre.

 

 


21 janvier 2009, 2:03
Zéro suspense
Je persiste et signe à nouveau ce que j'écrivais dans mon blogue le 8 décembre dernier: "Avec Iggy, une chose est sûre: cette belle idée d'une coalition de centre et de centre-gauche rendrait officiellement son dernier souffle. R.I.P. la coalition."

Traduction: question d'éviter de déclencher des élections ou, surtout, de se retrouver obligé de gouverner à la tête d'une coalition PLC-NPD appuyée par le Bloc, le nouveau chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, saura bien trouver le moyen de se boucher le nez et de ne pas faire tomber le gouvernement Harper. L'analyse politique n'est certainement pas une science exacte. Tout est donc possible. Mais à moins d'un accident de parcours ou d'une méga-gaffe de Stephen Harper, le budget de Jim Flaherty, bon ou mauvais, passera. Et le gouvernement minoritaire conservateur survivra. Encore une fois. Zéro suspense!

C'est que M. Ignatieff a beau faire des mamours au NPD et au Bloc en public, cette homme connu pour ses positions de centre-droite préférerait probablement se désagréger dans une marmite d'huile bouillante à la perspective d'avoir à partager le pouvoir avec six ministres du NPD, le tout en devant compter sur l'appui du Bloc pour survivre à chaque vote de confiance! Dites-vous bien que lorsque M. Harper dénonce l'alliance des libéraux avec les "socialistes" du NPD et les "séparatistes" du Bloc, Iggy n'est pas loin d'en penser la même chose. Bref, si j'étais Gilles Duceppe ou Jack Layton, je ne m'attendrais pas trop à recevoir une carte de la Saint-Valentin signée "Iggy with love"...

Maintenant, parlons argent. Non seulement M. Ignatieff souffrirait d'avoir à gouverner avec le NPD pour des raisons idéologiques, mais une petite voix doit aussi lui susurrer à l'oreille que s'il devait ouvrir les portes du pouvoir fédéral à un parti de "gauche" pour la première fois de l'histoire du Canada, le PLC n'aurait pas le moindre espoir de reconquérir un jour l'appui de la grande entreprise de Bay Street, partie, pour le moment, brouter dans les pâturages du PC de Harper.

L'AUDACE

C'est d'ailleurs un calcul que Stéphane Dion ne semble pas avoir fait. À moins qu'il n'ait été persuadé qu'une fois au pouvoir, l'argent reviendrait naturellement dans les coffres libéraux. Ce qui nous amène à un des thèmes obamiens du jour: l'audace. Sans comparer aucunement l'ancien chef du PLC à Barack Obama, il reste que la création même de cette coalition était dans les faits un geste d'une grande audace. Dans le sens le plus noble du terme. Le genre d'audace dont peu sont capables, même lorsque les circonstances le commandent. De plus, si la gouverneure générale avait refusé à M. Harper sa demande de proroger le Parlement pour lui éviter de perdre le pouvoir à la suite d'un vote de non-confiance, Stéphane Dion aurait remporté son pari face à l'histoire. Car il aurait réussi à unir, ne serait-ce que temporairement, les partis de centre et de gauche face à une droite, elle, résolument unie.

Ce type d'"audace" ne semble pas être tout à fait la tasse de thé d'un Michael Ignatieff...

LE PARI DE LA RECONSTRUCTION

Iggy semble plutôt vouloir opter pour la reconstruction du PLC. Ce qui ne sera pas de la tarte, non plus! Le voilà donc quand même tentant de s'inspirer du lexique obamien. "Espoir" et "changement" sont ses deux mots-clés. Mais pour le moment, il les réserve au Parti libéral.

Il vient tout juste de créer une "commission du changement" et un "comité spécial chargé du renouveau du parti". Non tant pour renouveler la vision libérale que pour tenter de réparer la machine dysfonctionnelle du parti. De fait, la réalité pour le PLC est cruelle: le scandale des commandites, l'impact cumulé de dix ans de divisions internes féroces, de même que la détermination de Harper à détrôner le PLC pour longtemps, font que ce parti n'est plus que l'ombre de lui-même. Donc, face à la très grosse, très sophistiquée et très riche machine bleue de Harper, le mandat de "changement et de renouveau" est en fait celui de renflouer les coffres libéraux et de "moderniser" ses stratégies de communication. Traduction: même avec des moyens limités, le PLC tentera de faire comme le PC, soit monter des bases de données pointues aptes à identifier les segments de l'électorat à conquérir et les mesures capables de les séduire. Cela voudra dire mieux utiliser les nouvelles technologies pour remobiliser les libéraux, mais aussi pour occuper le terrain de l'opinion publique tout en la sondant.

Dans cette guerre, le Québec, encore une fois, sera un terrain de bataille privilégié. Après y avoir mangé toute une raclée à la dernière élection, Harper tente de se monter une organisation "québécoise", donc moins téléguidée par Ottawa. Sa mission? Vous l'aurez deviné. Ce sera de développer ici "les nouvelles technologies, notamment les bases de données, les sondages et les groupes de discussion" (Le Devoir, 20 janvier).

En d'autres termes, avec M. Ignatieff prenant le même virage, Harper et ses conseillers auront réussi à imposer une "nouvelle" manière de faire de la politique à Ottawa. Cette manière, je l'ai déjà qualifiée de "clientélisme chirurgical". C'est la "science" du découpage de l'électorat en sous-groupes d'opinion auxquels les partis répondent par calcul, et rarement par principe. Vous me direz qu'user des "nouvelles technologies" est un incontournable. D'accord. Mais la question devient alors: "Dans quel but?" Si elles servent d'outil pour enrichir et ensuite mieux communiquer un corpus solide d'idées et de convictions, c'est une chose. Mais lorsque l'outil ne sert qu'à "vendre" un parti, ou pire, à camoufler ses véritables intentions, alors là...


20 janvier 2009, 1:16
Obama tourne la page...

Dans son discours inaugural de ce midi, Barack Obama a bel et bien tourné la page sur huit années de George W. Bush.

Et c'est surtout en politique étrangère que la page semble avoir été tournée le plus clairement (le visage sombre de W., l'écoutant à ses côtés, en disait long là-dessus).

Pour le texte complet du discours, voir:   http://www.nytimes.com/2009/01/20/us/politics/20text-obama.html

Oui, il y a eu les passages obligatoires sur la «terreur» à combattre. Mais il y avait aussi un message presque pacifique envers la plupart des nations, y compris le «monde musulman». Il a même prononcé le mot «humilité» en parlant du pouvoir des États-Unis dans le monde...

L'Afghanistan demeurant dans le cas d'Obama la grande inconnue. S'entêtera-t-il vraiment à y accélérer l'intervention américaine?...

Bien sûr, les experts nous disent que le nouveau président en aura plein les bras avec la politique intérieure et la crise économique qui perdure. Vrai.

Mais la réalité internationale va le rattraper bien assez tôt. En commençant par Guantanamo et ce qui se passe en Israël et la bande de Gaza. L'espoir est que les gestes qu'il devra éventuellement poser en politique extérieure refléteront le contenu de son discours d'aujourd'hui. Un grand discours.

Une chose est certaine. Comme le disait Barack Obama dans son discours: «This is a moment that will define a generation». Ceci est en effet un moment dans l'histoire, qui définira toute une génération...

 

 

 


19 janvier 2009, 2:05
OBAMARAMA

Comme moi, vous avez sûrement au moins tenté de suivre la «longue marche» de Barack Obama vers son inauguration demain comme président des États-Unis.

Et quel spectacle! Le train Obama-Biden; le concert formidable d'hier - «we are one» - devant le Lincoln Memorial à Washington; la visite d'Obama ce midi, jour de Martin Luther King, à un groupe de bénévoles qui n'en croyait pas sa chance; les séances de photos; les poignées de mains données généreusement, etc....

Bon. Oui. Tou cela commence peut-être à ressembler à un début de «culte de la personnalité», accompagné d'attentes gargantuesques que Barack Obama s'entête à vouloir ramener à un niveau, disons, plus réaliste...

Mais dans les faits, ce qu'on voit surtout, ce qu'on sent, ce qu'on observe, non seulement chez tant d'Américains, incluant bien des journalistes(!), c'est un enthousiasme heureux, calme et respecteux. Et c'est quand la dernière fois, même ici, qu'on aura vu une telle chose?

On le voit dans la manière dont les citoyens approchent Barack Obama, dans la manière dont ils le regardent, dont ils lui donnent la main. Ce sont des regards calmes et respectueux face à un homme qui, après tout, demeure une donnée inconnue pour la plupart d'entre eux.

Ce qu'ils voient, c'est l'arrivée, bien sûr du premier président noir des États-Unis - un accomplissement quasiment miraculeux en soi. Mais c'est aussi l'arrivée d'un homme de moins de 50 ans, d'un intellectuel, d'un travailleur communautaire, d'un Américain aux origines très métissées, aux sensibilités internationales plus ouvertes. Dans un contexte où la haine des États-Unis et de l'Occident monte depuis des années dans plusieurs régions du monde - merci W. Bush! -, les voilà qui se sont donnés un président semblant avoir été taillé sur mesure, et pour la politique intérieure et pour la politique extérieure.

À un point tel où ce sentiment déborde nettement leurs propres frontières. Je ne sais pas si vous avez senti la même chose que moi en regardant cette «longue marche» d'Obama, mais pour la première fois de ma vie adulte, toutes ces manifestations de patriotisme américain ne m'ont pas autant tombé sur les nerfs... Enfin, pas trop.

Pourquoi? Essentiellement, parce qu'elles semblaient prendre une signification différente pour les Américains eux-mêmes. Moins une illustration de chauvinisme et de sentiment de supériorité morale sur le reste du monde entier, qu'une espèce de confiance en leur capacité de faire mieux au cours des prochaines années.

De mémoire lointaine, cela m'a rappelé une observation du Général de Gaulle. Un véritable leader, disait-il, n'est pas tant celui qui accomplira lui-même de grandes choses, que celui qui réussira à convaincre son peuple de sa propre capacité à faire de grandes choses. C'est l'art d'inspirer tout en dirigeant.

Un art que très peu d'hommes et de femmes ont maîtrisé dans l'histoire du monde.

Les prochaines années nous diront si Obama fera partie de cette très courte liste.

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Petite suggestion-télé: ce soir, 19h00, CNN, un film-hommage à Martin Luther King qui semble très prometteur.

 


 



15 janvier 2009, 4:23
Les lectures de la ministre

 

Si on a bien compris la ministre des Finances, Monique Jérôme Forget, le Québec échappera et à la récession et au déficit. Et il le fera, en lisant bien son énoncé économique d'hier, sans intervention musclée et soutenue de l'État! Mais en même temps, elle croit que la «reprise» aura lieu dès la fin ou peut-être même le milieu de cette année.

Mais s'il n'y a PAS de récession, pourquoi parler de «reprise»?

Et en attendant, on fait quoi? Eh bien, elle conseille d'attendre ce que feront les 700$ milliards d'Obama et le budget fédéral du 27 janvier. Ah bon?

Et on aura eu des élections pour ça?...

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Dans la catégorie «faut-il en rire ou en pleurer», voici la réponse de Mme Jérôme-Forget à sa conférence de presse hier en réponse à la question «sur quelles données vous vous basez pour faire une telle projection?» (* extraits du journal des débats, Assemblée nationale).

Sa réponse: «Je vais vous avouer, très candidement, je suis aussi bonne que tous les prévisionnistes. Je m'inspire de ce que je lis dans l'Economist, dans le Financial Times en particulier pour dire, avancer ce que j'avance. C'est sur ça que je me base principalement. Il y en a qui sont plus pessimistes, qui disent que ça va reprendre à la mi-2010 mais, la majorité des gens disent aujourd'hui...et il y en a qui commencent même à dire qu'à la moitié de 2009 l'économie va reprendre. Moi, j'ai dit fin 2009, début 2010, je pense que, d'après ce que je lis... Est-ce que ce que je lis est complètement erroné? Vous comprendrez que je suis aussi bonne que toutes les boules de cristal pour le dire, je répète ce que je lis actuellement

Prochaine question: «Mais au sein du ministère, est-ce qu'on est en mesure d'évaluer la situation économique au Québec pour fonder des données plus concrètes, là, sur l'avenir de l'économie québécoise durant 2009-2010? Est-ce que c'est juste le Financial Times puis l'Economist qui inspirent vos mesures?»

Réponse: «Bien, non, non. Vous me posez une question très. Non, non. Je m'excuse... J'ai senti, là, la colère. Non, vous m'avez posé sur quoi je me base. Je vous ai dit: Jusqu'à maintenant, que je me basais sur des écrits que je lisais (...) Bien sûr, lors du dépôt du budget en mars, il y aura eu un travail beaucoup plus exhaustif qui aura été fait à ce moment-là

Et vous voilà bien rassurés. N'est-ce pas?





14 janvier 2009, 1:19
La pantoufle d'Amir
Le 7 janvier, sur les ondes de Radio-Canada, Amir Khadir listait ses grands classiques de la chanson québécoise. Sa chanson fétiche? Tout arrive à qui sait attendre, d'Ève Cournoyer... Un titre bien à propos pour le médecin-nouveau-député-de-Mercier.

Tombé tout jeune dans la marmite de la militance, Khadir en est en effet la preuve vivante. Mais Khadir et Québec solidaire (QS) sont aussi, d'une certaine manière, le produit de l'ère post-référendaire. QS est né de la fusion d'Option citoyenne (OC), fondée par Françoise David, et de l'Union des forces progressistes (UFP), où Khadir militait aux côtés, entre autres, d'universitaires renommés tels que Gaétan Breton et Omar Aktouf. Mais que ce soit QS, OC ou l'UFP, ils sont tous un peu nés de la déception de souverainistes progressistes face au virage conservateur de Lucien Bouchard à la tête du Parti Québécois. À l'époque où j'écrivais pour Le Devoir, je les avais d'ailleurs baptisés les "orphelins de Bouchard". Au fil des ans, le tout s'est renforcé à mesure que les successeurs de M. Bouchard refusaient de se distancier plus clairement de son héritage. Bref, on aura beau dire que la victoire de Khadir est l'œuvre de la "gauche caviar du Plateau", elle est surtout tributaire de cette incapacité du PQ à réoccuper le créneau "progressiste", lequel était pourtant le sien jusqu'au dernier référendum. C'est pourquoi, si Amir Khadir devait réussir à s'entourer d'autres porte-parole crédibles et à se démarquer en ramenant sur la place publique un discours plus clair sur la souveraineté et plus près des préoccupations des plus démunis, mais aussi des travailleurs et de la classe moyenne, Pauline Marois ne pourrait faire l'économie d'une réflexion sérieuse quant aux orientations du PQ.

UN DÉPUTÉ PAS COMME LES AUTRES...

Mardi, à sa conférence de presse tenue à l'Assemblée nationale, même s'il venait flanqué de Françoise David pour parler d'économie, les questions ont fusé sur son fameux lancer du soulier sur une effigie de W. Bush lors d'une récente manif. On lui demanda s'il le "regrettait". Sa réponse? "Bien, je promets que la prochaine fois, ce sera une simple pantoufle. Peut-être que ça va faire moins mal!" Qualifié par certains de "vent de fraîcheur" et par d'autres d'"affront", son lancer remarqué de la godasse promet surtout un député pas tout à fait comme les autres...

Ce geste surprenant est à mettre dans l'idée qu'il se fait du rôle d'un élu. Disons qu'il n'a rien d'une "plante verte", ni d'un haut-parleur trempé dans la rectitude politique. Ce qu'il en dit? Être député, "c'est accompagner les citoyens" en étant "assez libre de nos opinions sur des enjeux qui, malheureusement, ne trouvent pas assez de résonance auprès de nos décideurs publics", que ce soit en politique québécoise ou internationale. S'il a lancé ce soulier, dit-il, il l'a fait en soutien au journaliste arrêté après avoir lancé ses souliers à Bush et contre ce "symbole du mensonge, de Guantanamo, de la manipulation et de la mort". Et lorsqu'on lui parle du passage au privé de Philippe Couillard et de l'adoption tout juste avant son départ de règlements favorisant une plus grande ouverture aux cliniques privées, Khadir ne fait pas de cadeau: "C'est un geste déshonorant pour la fonction de député", dit-il. En tant que médecin, ajoute-t-il, "je sens une profonde trahison personnelle". Pour ou contre, ça tranche et ça ne manque pas de clarté!

Ne serait-ce que pour cela, ses 124 collègues devraient lui envoyer discrètement une petite note de remerciement. Avec un taux de participation chutant à chaque élection, on ne peut pas ignorer une de ses causes principales: l'impression que les députés n'ont que des "cassettes" et surtout, qu'ils ont de moins en moins de pouvoir. Bref, pourquoi voter? Même s'ils ne sont pas des plantes vertes, il est vrai que depuis 30 ans, on assiste à l'effritement continu du pouvoir de ce qu'on appelle la branche "législative". Ce pouvoir, les députés l'ont surtout perdu au profit du sommet de l'"exécutif" (le bureau du premier ministre), des juges, du pouvoir financier, de la haute fonction publique et de processus décisionnels rendus tellement complexes et obscurs que les élus n'y jouent souvent qu'un rôle de figurant, et non de décideur. Tout en respectant leur ligne de parti, une prise de parole plus claire et plus représentative par les députés aiderait peut-être à ralentir ce mouvement.

Ce qui frappe aussi, c'est comment l'arrivée d'un "simple" député ramène un type de discours, appelons-le "progressiste", qui, depuis des années, fut plutôt caricaturé dans les médias grand public. (Quoiqu'une certaine radio-poubelle de Québec aura été dure à battre dans le département du bashing de tout ce qui est à gauche de Maurice Duplessis!) Pourtant, dans les années 60 et 70, parler de la création d'une "société juste" était plutôt mainstream, autant à Ottawa qu'ici! Au point, d'ailleurs, d'accoucher de plusieurs politiques conséquentes. Mais ça, c'était évidemment avant l'arrivée du tandem Reagan-Thatcher et l'apparition un peu partout de think tanks conservateurs influents, bien branchés et bien subventionnés.

Bref, ce n'est ni le Plateau, ni la gauche caviar qui font leur entrée à l'Assemblée nationale. C'est seulement le retour, fort modeste, d'une vision qui manquait cruellement dans cette enceinte depuis longtemps.


13 janvier 2009, 6:27
Bye Bye Bush!

J'ai hâte. J'ai hâte, J'ai tellement, tellement hâte.

J'ai hâte de le voir partir. J'ai hâte de regarder sa DERNIÈRE allocution télévisée, ce jeudi soir, comme président des États-Unis. Je vais savourer le moment en me versant une belle coupe de champagne...

Bye Bye Bush! Et il n'était pas trop tôt.

On dit que toute bonne chose a une fin. Mais les mauvaises en ont une aussi...

Bien sûr, Obama est une boîte à surprises. Qui sait vraiment ce qu'il en sortira une fois à la Maison blanche. Mais ça ne pourra qu'être mieux.

Bye Bye Bush! Le problème, par contre, c'est son «héritage». Lourd, malodorant et immensément coûteux en vies humaines et en fonds publics. Aux États-Unis et partout en Occident.

Chanceux, très chanceux, de finir avec seulement une paire de souliers lancés par la tête!

Et quel héritage il laisse: l'invasion de l'Irak et ses mensonges sur les armes de destruction massive, les morts irakiens et américains, les décapitations sur internet, le bourbier afghan, les morts afghans, canadiens, québécois, britanniques, etc...  Le Patriot Act (retour d'un certain maccarthysme), la montée des fondamentalismes en tous genres, de l'anti-américanisme et de l'anti-occidentalisme, Guantanamo, Abou Ghraïb, l'exacerbation des conflits aux proche et moyen-orient, un méga déficit à Washington, une crise financière et économique, les faillites de milliers d'Américains, et tutti quanti.

Bye Bye Bush et Bye Bye à sa bande de faucons.

Mais rassurez-moi, et promettez-moi que son frère, oui, oui, celui de la Floride, ne remettra pas ça dans 8 ans... Deux Bush, c'est déjà vraiment, vraiment trop pour cette pauvre petite planète...

Remarquez que ça pourrait toujours être pire. Elle fait quoi maintenant Sarah Palin?...

   


12 janvier 2009, 3:16
Le loup dans la bergerie

L'année politique part en lion cette semaine.

1- ÉCONOMIE

Demain, ce sera l'ouverture à l'Assemblée nationale d'une mini-session spéciale de trois jours sur l'économie. Mercredi, il y aura un énoncé économique du gouvernement Charest et l'annonce fort attendue de mesures visant à diminuer l'impact de la crise économique ambiante.

Je dis «fort attendue», parce que Jean Charest est tout de même allé en élection sur ce même thème («L'économie d'abord. Oui.») - question de se retrouver avec une seule paire de mains - les siennes! - sur le volant... On verra enfin ce qu'il en fera.

On s'attend à ce qu'il débloque des fonds pour la rénovation domiciliaire et pour les compagnies serrées par les banques dans le domaine du crédit. Pour le reste, ce sera à voir. Surtout que le budget fédéral, dû pour le 27 janvier seulement, pourrait venir ensuite bouleverser un certain nombre de choses sur l'échiquier économique pancanadien...

Et avant le tout, il y aura également eu à Ottawa, le 16 janvier, une rencontre fédérale-provinciale des premiers ministres sur, vous l'aurez deviné, l'économie.

Pour ce qui est de Québec cette semaine, ce sera aussi la première occasion de voir comment se comporteront: 1) Jean Charest à nouveau à la tête d'un gouvernement majoritaire; 2) Pauline Marois, nouvellement chef de l'Opposition officielle; 3) l'ADQ réduite à une peau de chagrin; 4) Amir Khadir, seul député de Québec solidaire, qui aura ainsi son baptême de feu...

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2- COALITION

Du côté fédéral, un nouveau sondage Nanos pour la Presse canadienne montre que rien n'a changé depuis décembre. Si le gouvernement Harper venait à perdre le vote de confiance sur son budget (ce qui n'arrivera pas, à mon avis), une forte majorité de Québécois (62%) préférerait que la Gouverneure générale passe le flambeau à la coalition PLC-NPD, soutenue par le Bloc. Quant à l'Ouest canadien, c'est plutôt un gros 65% qui voudraient alors des élections (!?!?!?). Pour ce qui est de l'Ontarion et des Maritimes, c'est presque 50-50...

Bref, dans l'Ouest - dont le premier ministre est après tout un des leurs -, on préférerait donc une autre élection (!) plutôt que de voir les «socialistes» du NPD au pouvoir avec les Libéraux, le tout appuyé par les «séparatisssses» du Bloc.

Mais au Québec, Gilles Duceppe semble avoir misé juste en plaçant ses billes dans le panier de la coalition (là où, même avec Stéphane Dion à son origine, une majorité de Québécois, dont des souverainistes, ne semble avoir aucune réticence face au concept même d'une coalition, alors que dans l'Ouest, on la considère «antidémocratique», «illégitime et «anticonstitutionnelle» - ce qui, factuellement parlant, est tout à fait faux).

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3- COUILLARDISES

De retour à Québec, le commissaire au lobbyisme, André C. Côté, ouvre une enquête sur «certaines activités qu'ont menées des lobbystes auprès de l'ancien ministre de la Santé, Philippe Couillard, lorsque celui-ci exerçait ses fonctions officielles». (Le Devoir, 11 janvier).

La cible: les contacts entretenus entre Philippe Couillard et Persistence Capital Partners (PCP) - le méga investisseur privé en soins de santé privés auquel M. Couillard s'est joint. M. Couillard, tout juste avant sa démission comme ministre, ayant pris soin d'ouvrir par voie de règlement encore plus grand le recours aux cliniques privées, la question de l'«influence» se pose inévitablement.

Mais combien on parie qu'en bout de piste, le bon docteur Couillard s'en sortira, soit blanc comme neige, soit, au pire, avec une petite tape sur les doigts...

D'ailleurs, entre temps, il a été également nommé chercheur principal en droit de la santé à l'Université McGill (le socle sur lequel repose tout le réseau d'hôpitaux universitaires anglophones de Montréal, dont son futur mégahôpital). Le Devoir rapporte que son rôle sera «d'initier la réflexion en matière de politique publique en droit de la santé».

Il fera donc des conférences, participera à des colloques, etc... Comme ses derniers gestes posés avant sa démission, ainsi que son passage à PCP, ont confirmé son penchant pour un élargissement du rôle du privé en santé (pourtant déjà à 30% au Québec), disons qu'il fera donc à son tour une forme de lobbyisme. Oups, pardon. Je voulais dire qu'il fera un travail de «conviction» auprès de l'opinion publique et des élus...

Philippe Couillard à McGill - gardienne, elle aussi, du système public -, c'est vraiment laisser entrer le loup dans la bergerie...












9 janvier 2009, 3:42
Trop, c'est comme pas assez

Post-scriptum sur le Bye Bye 2008.

Pour un bref rappel de la conférence de presse de Véronique Cloutier & de Louis Morissette à 14h00, voir le billet de Steve Proulx

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Sur cette saga qui n'en finit plus de finir - oui, oui, je sais, j'écris là-dessus moi aussi... -, quatre petites observations:

1) Au-delà d'une l'analyse calme de ce Bye Bye - espérant en avoir produit une dans ma chronique «Le perron d'église - comment se fait-il qu'il soit si difficile de regarder la «chose» sans verser dans l'exagération et l'hyperbole? Sauf tout le respect qu'on lui doit, la chronique de Lise Payette dans Le Devoir de ce matin en est un cas patent. Elle dit avoir eu «honte» en regardant le Bye Bye, ajoutant: «J'ai pensé aux parents qui regardaient ces émissions avec leurs enfants et je me suis demandée comment ils feraient pour les élever après une telle démonstration.» Trop. c'est comme pas assez...

Comme je le notais à l'émission de Christiane Charette ce matin, quelle belle démonstration de ce réflexe judéo-chrétien collectif d'auto-flagellation ou de culpabilité par association (i.e. la honte partagée) dès qu'un autre Québécois produit quelque chose de décevant ou de mauvais. Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa! Franchement.... pourquoi ce sentiment de «honte» pour l'oeuvre d'individus libres, adultes et vaccinés?   

Même chose du côté de René Angélil à la une du Journal de Montréal: «j'ai honte». Madame Payette s'arrache le coeur pour les parents québécois. Monsieur Angélil le fait quant à lui pour TOUS les artistes québécois. Tant qu'à y être... «J'ai honte de tout ce que j'ai vu. C'est épouvantable. J'ai honte, mais je suis surtout déçu pour tous les artistes, les créateurs québécois qui ont réussi à se démarquer au cours des ans dans le monde entier et qui sont fiers d'être québécois. Ces imbéciles-là viennent de mettre une tache sur notre créativité. Avec ce Bye Bye, avec leurs propos vulgaires et racistes, on recule 50 ans en arrière. C'est honteux. On passe pour des imbéciles.» Trop, c'est comme pas assez...

Ouff... C'est VRAIMENT n'importe quoi. Bien oui. On imagine Oprah Winfrey refuser dorénavant de recevoir Celiiiiiiiine en disant: Sorry, but because of that damned Bye Bye, can't have any more of those Quebec artists on my show. Shame on you!  VRAIMENT n'importe quoi.

2) La conférence de presse de Véronique Cloutier et de Louis Morissette a confirmé à quel point ils avaient manqué de jugement sur certains aspects centraux de leur Bye Bye et comment Radio-Canada aurait pu leur signaler plus clairement ces mêmes erreurs. Mais des erreurs de jugement dans ce domaine ne causent aucune mort! Rien ne sert de lapider tout ce beau monde pour ce qui demeure, après tout, qu'une émission de télévision. It's only TV, folks, comme disent les Américains. Et, leçons apprises, m'est avis que le prochain Bye Bye sera d'une bien meilleure qualité... ou ne sera pas.

3) Pour ce qui est du «tollé» soulevé supposément au Canada anglais... Eh bien, là, laissez-moi rire. Pour vrai. Un tollé? Zéro tollé, dans les faits. Le Globe and Mail en a parlé à sa une le 7 janvier. Un peu tard dans la game, n'est-ce pas? J'apprécie et je respecte énormément ce journal quant à sa couverture de la politique. Mais lorsque vient le temps de donner des leçons au Québec contre l'«intolérance» ou le «racisme» - cette fois-ci dans ce Bye Bye - , on repassera. Surtout de la part du même journal où travaillait Jan Wong - oui, oui, la même qui avait mis la tuerie de Dawson sur le dos des effets de la Loi 101 sur les immigrants.... Cette fois-ci, le G&M  a écrit à sa une que le Bye Bye 2008  «featuring gags on the assassination of U.S. president-elect Barack Obama, prison rape, a battered wife, black criminality and anglo inbreeding seems to have gone too far even by Quebec standards». Comment ça EVEN by Quebec standards? Comme quoi, ça semble bien difficile de résister à la combinaison «Québec + racisme». Bien sûr, cette fois-ci, on le fait pour nous féliciter d'avoir réagi contre... Merci pour la condescendance.

Il y a un an, l'émission d'humour This Hour has 22 minutes de CBC - que j'apprécie d'ailleurs aussi la plupart du temps -, a pourtant diffusé un sketch infect sur le présumé «racisme» des Québécois contre les musulmans, les Noirs, etc.... Mais, oups, pas un mot dans les médias hors Québec. Pas de «une» pour eux....

4) Pour ce qui est de la guégerre que se livrent les deux grands empires médiatiques sur ce Bye Bye, elle sera tout simplement à ajouter à une très, très longue liste.... Comme quoi, pour une société aussi peu populeuse que le Québec, mais dotée d'un bassin de talents aussi large, la division de notre univers médiatique entre deux empires tend à causer de plus en plus de dommages collatéraux.   


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