|
Voix publique
|
|
|
Pour voir juste sur ce qu'il se passe dans les têtes de ceux et celles qui occupent les palais et les parlements du Québec, du Canada et du monde, suivez les analyses politiques percutantes de Josée legault sur son blogue.
|
|
|
|
L'Internet et la politique
|
|
Dans Le Devoir du 23 mars, Bruno Guglielminetti analysait la stratégie Internet que prépare le Parti québécois:
http://www.ledevoir.com/2009/03/23/241241.html
Mais le Parti libéral du Québec n'est pas en reste avec le bulletin plus ou moins bilingue «Contact. Branché sur les faits. Stay tuned to the facts»
http://www.plq.org/fr/contact/31_03_09/index.html
À la facture plutôt classique, il présente par contre au bas de sa page d'accueil une image où on colle la tête de Pauline Marois à celle de son mari Claude Blanchet, le tout menant à un lien Youtube où se trouve une série de vidéos se moquant de Pauline Marois - du genre «Marquise Pauline Marois», «Les dessous de Pauline», «La tante Pauline», etc...
Un peu dans le genre de ce que faisait le site Internet du Parti conservateur en se moquant de ce pauvre Stéphane Dion. Mais sans macareux volant au-dessus de Pauline Marois...
Sur ce lien, on peut aussi lire des «commentaires» d'internautes particulièrement inélégants...
Pas très édifiant.
On est loin ici de l'approche obamienne pour ce qui est de faire de la politique sur Internet...
|
|
|
|
Le CHUM pyramidal
|
|
Aujourd'hui: lancement de l'appel de propositions pour le CHUM.
Donné devant tout le gratin montréalais, ce spectacle état moitié opération de relations publiques par un gouvernement en perte rapide de popularité, et moitié tentative de lancer, un moment donné, un méga projet qui végète depuis au moins 1995.
Je me dis parfois que si notre élite politique avait gouverné au temps des pharaons, on en serait encore aujourd'hui à annoncer pour bientôt la pose de la première pierre de la première pyramide...
Et d'ailleurs, on voit grand! Jean Charest et le ministre de la Santé Yves Bolduc n'avaient que des superlatifs à la bouche. «Un tremplin pour l'économie de Montréal», «un formidable potentiel de création de la richesse», «un hôpital de classe mondiale», «un pôle de recherche francophone de rayonnement international», «un leader sur le plan mondial», «un quartier de la santé», «un véritable projet pour le XXIe siècle». Et patati et patata.
Mais en attendant l'érection de cette huitième merveille du monde /sic/, dans la vraie vie, ici, loin de la gloire internationale, à Montréal et au Québec, combien d'entre nous vendraient leur mère pour l'infime honneur d'avoir un médecin de famille? On nous promet une Porshe alors qu'on peine à se trouver une bonne petite Toyota...
Alors, prenez patience chers patients. Première pelletée de terre pour le CHUM en 2010. Première phase: 2013. Deuxième phase: 2018. Du moins, ça, c'est le scénario optimiste.
Et il y en avait des chiffres! De TRÈS gros chiffres.
En dollars indexés de 2018:
CHUM = 2,5$ milliards
CUSM = 2,2$ milliards (méga hôpital anglophone McGill)
CHU-Ste-Justine = 500$ millions
TOTAL = 5,2$ milliards
Eh oui. Ça, c'est le total projeté AUJOURD'HUI. Dieu seul sait, et le diable s'en doute, combien ce sera en bout de piste.
En 2006, en passant, ce total projeté était de 3,2$ milliards. (Mais on nous dit que le méga trio fut «bonifié» depuis...). Sans blague. Pour un différend de 2$ milliards en deux ans, ce serait bien la moindre des choses.
Et encore en passant, le CUSM anglophone devrait être terminé AVANT le CHUM.
Sans oublier qu'en plus, on y va en PPP (partenariat public-privé), une formule sur laquelle bien d'autres gouvernements plus solides encore se sont pourtant cassé les dents. Nous serions donc «locataires» du privé pendant 30 ans à un coût estimé par certains experts pouvant frôler les 100$ millions de loyer par année. 100$ millions/année X 30 = 3$ milliards. Cherchez l'erreur!
*********************************************************************
Mais le PPP nous amène à la fameuse question du Plan B. Savez-vous ce que c'est? Eh bien ça, c'est le diable qui se cache toujours dans les détails.
Ce détail, c'est que si les consortiums s'avéraient incapables d'ici un an de trouver les fonds nécessaires à LEUR part de ces méga investissements, le gouvernement, donc, nous les contribuables, devraient soit assumer leur risques financiers, soit retourner en «mode conventionnel» et payer pour le tout.
Voici d'ailleurs ce qu'en disait Jean Charest: «si le marché ne répond pas, on fera le changement». Ouch... Rassurés? Moi, non plus.
Morale de cette histoire: le Québec doit être pas mal plus riche qu'on nous le dit pour qu'on se permette trois méga projets dont le coût total pourrait fort bien finir par dépasser les 7 ou 8 milliards de dollars!
Et pourtant, nous ne le sommes pas.
Mais vous pouvez être certains qu'à la fin de ces projets pharaoniens, il y a un méchant paquet de firmes de ceci et de cela qui, elles, le seront!
Et en attendant, on continuera à faire des neuvaines pour se trouver un simple médecin de famille... Heureusement que l'Oratoire, lui, est DÉJÀ construit...
**********************************************************
Voici d'ailleurs la réaction du PQ (hormis ses arguments tout à fait pertinents, il reste qu'il fut aussi celui qui, au pouvoir, nous a mis le bras dans le tordeur des méga hôpitaux en même temps qu'on se fabriquait une belle grosse pénurie de médecins et d'infirmières...):
«Québec, le lundi 30 mars 2009 - Le député de Richelieu et porte-parole de l'opposition officielle en matière de Conseil du trésor, Sylvain Simard, dénonce vivement la décision prise aujourd'hui par le gouvernement libéral de procéder au lancement de l'appel de propositions pour la construction du CHUM en mode PPP.
«C'est une erreur magistrale, un symbole de la bêtise humaine. On lance un appel de propositions sur la conception, la construction et l'entretien du CHUM, le plus gros chantier de la décennie, en faisant reporter sur le gouvernement toute la responsabilité du financement. Le gouvernement reconnaît ainsi que la formule en partage de risques ne peut fonctionner », a déclaré Sylvain Simard.
M. Simard rappelle que vendredi dernier à l'Assemblée nationale, la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a été incapable de promettre que les Québécois paieront moins cher pour le même CHUM, en utilisant la formule PPP.
«Aucune entreprise ne pourra obtenir un taux plus avantageux que le gouvernement. Dans le contexte de crise économique actuelle, c'est près de 2,5 % la différence dans le taux d'emprunt. Sur un bail de 30 ans, avec un budget de 1,8 G$ selon les derniers chiffres disponibles, c'est donc dire que les Québécois paieront près de 2 G$ de plus que la méthode conventionnelle. Tout ça pour l'orgueil des libéraux. C'est complètement délirant », a souligné M. Simard.
«L'argument principal invoqué par le gouvernement libéral pour recourir à la formule PPP était le partage de risques. Dans le cas du CHUM, c'est le gouvernement qui va assumer le risque au lieu du partenaire privé. Où est la logique? Qui plus est, ce qui est inquiétant, c'est que la ministre Jérôme-Forget s'inspire du Queen Elizabeth Hospital en Angleterre pour le CHUM. Le hic, c'est que le Queen Elizabeth Hospital est un véritable gâchis qui est d'ailleurs en faillite technique actuellement tellement il est mal construit, a poursuivi le député de Marie-Victorin et porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Bernard Drainville. Le plus troublant dans toute cette saga, par ailleurs, c'est que le gouvernement libéral, incapable de livrer le CHUM à temps, s'invente des phases pour justifier que le CHUM ne sera livré qu'en 2018», a-t-il ajouté.
«Le gouvernement libéral doit se rendre à l'évidence : on ne lance pas un PPP pour un tel chantier que constitue le CHUM. Les Québécois n'ont pas à assumer un tel risque financier alors que le groupe retenu aura droit, à même nos taxes et sans risques, à un revenu gigantesque garanti pendant trente ans », ont conclu les députés Simard et Drainville, rappelant que le coût présenté aujourd'hui n'est que le prix plancher et que le coût final ne sera connu qu'après la phase de négociations avec le groupe retenu par l'appel de propositions.»
***********************************************************************
|
|
|
|
«Borderline» for ever!
|
|
Espérant que vous me le pardonnerez. Bien sûr, j'aurais pu vous parler des «pensées» /sic/ de Stephen Harper exprimées sur Fox News... ou de Michael Ignatieff qui continue à ne rien dire..
Mais les prix Jutra, du moins, ceux remportés par Borderline m'amènent ailleurs.
Je laisserai à mes collègues spécialisés dans le domaine la critique du gala lui -même.
Pour le moment, deux mots me viennent instantanément à l'esprit: bravo et merci.
Bravo pour l'ensemble de l'oeuvre de Borderline.
Et merci à:
Marie-Sissi Labrèche, cette âme à fleur de peau, brillante auteure du roman aussi brillant.
«Brillant», pris dans son sens le plus élémentaire: qui «brille». De par son courage, son intelligence, sa compassion, sa finesse, sa grossièreté bien placée, sa force, son intemporalité, son universalité, etc... De par son humanité, quoi.
Lyne Charlebois, meilleure réalisation et PREMIÈRE femme réalisatrice à remporter un Jutra. Believe it or not! Un autre plafond de verre de pulvérisé! Mais surtout, une GRANDE réalisation. Point à la ligne. Certains ont parlé de «maladresses» dans ce film. Ouais. Il y en a qui seraient bénis des dieux d'avoir engendré ce genre de «maladresses».... Bravo Mme Charlebois. Et longue vie à vous.
Isabelle Blais: meilleure actrice. J'espère! Venue de la terre pour interpréter un univers parallèle... ou était-ce le contraire?...
Angèle Coutu: meilleure actrice de soutien. «Soutien», comme dans «soutenir» une fondation! Une grande actrice. Un point, c'est tout. Son personnage de grand-mère souffrante et privée de ses «deux bébés morts» est une métaphore grandiose et douloureuse de toutes ces femmes, passées, présentes et futures, prises à sentir ce grand vide dans leur ventre. Et dans leur âme.
J'ajouterais une mention d'honneur à Pierre-Luc Brillant, pour son interprétation de ce jeune pâtissier, doux, romantique, authentique, physique comme pas un, dont n'importe quelle femme tomberait amoureuse sans même s'en rendre compte.
Et j'ajouterais par contre le GRAND oubli de la soirée: Tout est parfait, absent de la catégorie du meilleur film. Incompréhensible. Impardonnable.
|
|
|
|
La danse des canards boiteux
|
|
À Lévis, Jean Charest et Stephen Harper ont annoncé pour 2,3 milliards $ d'investissements en infrastructures.
http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-canadienne/200903/26/01-840598-infrastructures-ottawa-et-quebec-investiront-23-milliards-.php
Pour les deux premiers ministres, ce furent les grandes retrouvailles. Alliés objectifs en 2006 et 2007, on se souvient que les deux ont vécu un divorce politique douloureux l'an dernier alors que M. Harper faisait les yeux doux à Mario Dumont...
Il est vrai que l'argent aide parfois à la réconciliation.
Mais surtout, piquant chacun du nez dans les sondages, on sent que les deux hommes ont tout à coup besoin l'un de l'autre.
Appelons-ça la danse des canards boiteux.
Au Québec, pour ce qui est des Conservateurs, le CROP-La Presse d'aujourd'hui les place chez les francophones à un tout petit 17%, alors que le Bloc mène avec 41%, suivi du PLC à 27%. Et ce n'est sûrement pas le dernier croc-en-jambe de Stephen Harper à Radio-Canada qui l'aidera auprès de l'électorat francophone, qui considère la SRC comme un service essentiel...
(Et à regarder M. Harper patiner ce soir au Téléjournal plus maladroitement encore que les Canadiens, on comprend mieux pourquoi il avait refusé avant aujourd'hui de donner une entrevue à Céline Galipeau. Trop, trop difficile de répondre à des questions trop, trop clairement posées... Ce qui, en passant, est l'hypothèse que j'avançais à Infoman il y a deux semaines.)
Quant au gouvernement Charest, CROP le place à 27% chez les francophones, le PQ à 48%, l'ADQ à 11% et Québec solidaire à 8%.(Au Québec, le PLQ est à 33%, le PQ à 40% et l'ADQ à 10%.)
Et le taux de satisfaction, maintenant de 37%, est un véritable désastre.
Bref, même si 38% des répondants voient encore M. Charest comme le meilleur premier ministre, contre 37% pour Pauline Marois, le tableau pour le gouvernement libéral n'a rien de jojo.
Il est vrai qu'en politique, les choses peuvent toujours changer.
Mais en ce début de printemps 2009, force est de constater que:
Primo: la défaite du gouvernement Harper à la prochaine élection fédérale semble de plus en plus probable;
Secundo: on voit mal comment les Libéraux de M. Charest pourraient aller chercher un 4e mandat la prochaine fois. Non seulement parce qu'un troisième, ça tenait déjà du miracle! Mais aussi parce que ce début de mandat est catastrophique et laissera, sans aucun doute, des séquelles. Ce qui, évidemment, s'applique tout autant à Jean Charest lui-même.
Bref - et vous me pardonnerez de paraphraser cette chanson populaire: c'est la danse des canards boiteux... qui en sortant de la mare, se secouent les sondages, et font coin-coin...
**************************************************************************************************
Sur la nomination de Michael Sabia à la tête de la Caisse de dépôt et placement, voici la dernière indécence en date d'aujourd'hui: une pension de 235 000$ par année, à vie, si le monsieur fait 5 ans à la Caisse. Et de 275 000$ pour six ans. Et, tenez-vous bien, de 300 000$ après 7 ans - le lucky seven de Sabia!
http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/quebec/200903/26/01-840333-quebec-offre-une-retraite-doree-a-sabia.php
Et ce, AVANT que l'on sache si l'homme fera ou non un bon boulot. Remarquez qu'Henri-Paul Rousseau, malgré le fiasco de 2008, est sorti, lui aussi, avec une rente à vie dorée. Une situation qui s'applique aussi à combien d'autres encore dans nos sociétés d'État???
Indécent? Oui. Il n'y a plus d'autre mot possible. Indécent? Définitivement. Avec ou sans récession. Indécent. Un point, c'est tout.
L'acceptation de telles conditions par des hommes déjà indépendants de fortune, c'est de la cupidité. L'offre de telles conditions par le gouvernement, c'est de l'irresponsabilité. De toute évidence, personne parmi tout ce beau monde n'a la moindre compréhension de la colère qui monte un peu partout en Occident contre cette culture de l'avidité et de l'enrichissement personnel de ces «élites» à même les fonds publics.
Comme quoi, l'argent des contribuables est encore et toujours vu comme une jarre à biscuits sans fond dans laquelle certains ne se gênent aucunement pour s'y plonger la main jusqu'au coude.
Mais là, oups, coup de théâtre en fin de journée: M. Sabia renonce à sa prime de départ, à ce régime de retraite et à ses primes de rendement pour 2009-2010.
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie-Affaires/2009/03/26/005-caisse-sabia-primes.shtml
Constatant que sa nomination soulève des critiques de plus en plus sévères, et sur celle-ci et sur le processus de sélection, on dirait bien que M. Sabia fait maintenant dans la gestion de crise. Bon. C'est sûrement apprécié qu'il renonce à une partie de la jarre à biscuits. Mais disons que le geste aurait semblé nettement plus «désintéressé» s'il avait été posé dès sa nomination, et non après cette montagne de critiques...
Ce qui, en passant, ne fera aucunement oublier ni ses faiblesses objectives quant à ce nouveau rôle de PDG de la Caisse, ni un couronnement qui, selon tous les observateurs, fut bel et bien téléguidé directement du bureau du premier ministre.
**********************************************************************************
D'ailleurs, sur ce, voici le coup de poing sur la table de Jacques Parizeau:
http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/200903/26/01-840617-caisse-de-depot-parizeau-conteste-le-choix-de-sabia.php
|
|
|
|
MJF et la petite politique
|
|
Yvan Allaire, professeur de stratégie et membre du conseil d'administration de la Caisse de dépôt et placement jusqu'à tout récemment, dénonce le processus de nomination de Michael Sabia comme PDG. On comprend donc aussi, entre les lignes, son opposition au choix même de M. Sabia.
http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/services-financiers/200903/25/01-839915-un-ex-dirigeant-de-la-caisse-deplore-le-silence-sur-les-pcaa.php
Pas besoin de le répéter. Il y a consensus au Québec, y compris dans le milieu des affaires, autant contre la manière dont M. Sabia a été choisi que contre sa nomination cousue de fil blanc. Mais le gouvernement continue de faire semblant que rien de cela n'existe.
Aujourd'hui, à la période de questions, la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget est allée plus loin. À la dénégation de la réalité, elle a ajouté une attaque personnelle contre Yvan Allaire, disant «comprendre» qu'il soit «amer» de ne pas avoir été renommé au CA de la Caisse!
Traduction: ses déclarations ne seraient qu'une forme de vengeance personnelle. C'est ce qu'on appelle de la petite politique. Très petite.
Comme quoi, reprenant le proverbe: qui veut noyer son chien l'accuse de la rage...
Le problème de la ministre est que personne ne la croit.
Mais le problème des Québécois est qu'elle refuse de s'en rendre compte et de se gouverner en conséquence...
***************************************************************
Sur une autre note, serait-ce les grandes retrouvailles pour Jean Charest et Stephen Harper?
(Extrait du communiqué de presse):
«Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, et le premier ministre du Québec, Jean Charest, procéderont, jeudi le 26 mars prochain, à l'annonce d'investissements majeurs pour le Québec.
Il seront alors accompagnés du ministre des Transports, de l'Infrastructure et des Collectivités, l'honorable John Baird, de la vice-première ministre et ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, Nathalie Normandeau, de la mairesse de la Ville de Lévis, Danielle Roy-Marinelli, et de représentants des deux paliers gouvernementaux.»
|
|
|
|
Le beau parleur
|
|
Michael Ignatieff est un cas classique de "beau parleur". Il aime séduire par les mots et donne souvent l'impression de prendre plaisir à s'écouter faire de belles phrases. Mais il traduit rarement ses beaux mots en actions et n'hésite pas à se contredire au besoin.
Prenez son opération "charme" lancée au Québec. En 1993, il avouait dans son livre Blood and Belonging n'avoir "jamais voyagé dans le Québec francophone". Ce qui ne l'a pas empêché à Laval, le week-end dernier, de s'exclamer "c'est mon Québec!" en rappelant l'histoire de ses grands-parents russes enterrés dans les Cantons-de-l'Est...
Se vantant de reconnaître la "nation" québécoise, Iggy refuse par contre de mettre un peu de viande sur l'os. C'est non à l'ouverture de ce qu'il appelle la "boîte de Pandore" constitutionnelle ou à l'annulation de la Loi sur la clarté. Voici d'ailleurs ce qu'il pensait de cette "nation" en 1993: "si le Québec devient souverain", écrivait-il, "la voie serait ouverte à la tyrannie ethnique de la majorité" [sic]. Bon. Vous me direz qu'il n'y a que les idiots qui ne changent jamais d'idée. Vrai. Mais avouez que le contraste est saisissant entre ses belles paroles d'aujourd'hui et son ouvrage de 1993.
Quant au fond, et non la forme, les belles paroles d'Iggy ressemblent à celles d'un Stéphane Dion. Lorsque Iggy dit ne voir aucune "contradiction" entre la fierté d'être Québécois et celle d'être Canadien, on entend Dion déclarer ceci en 1997: "Ensemble, l'identité québécoise et l'identité canadienne forment une formidable complémentarité. C'est une erreur que de les concevoir opposées l'une à l'autre." Du nouveau? Pas pour le moment. Et rien pour crier au messie. Le PLC se porte certes mieux au Québec avec 32 % d'appuis, contre 36 % pour le Bloc et 19 % pour le PC(*). La chute de Harper au Québec explique surtout ce mouvement: le vote fédéraliste retourne simplement à son foyer libéral naturel. Son ambitieux lieutenant Denis Coderre a beau se dire parti à la chasse aux "souverainistes fatigués", pour l'instant, le Bloc demeure le choix des souverainistes, fatigués ou non, et des nationalistes mous. Du moins, ceux qui votent encore. La raison? Si des nationalistes mous votent encore Bloc, c'est qu'ils y trouvent leur compte comme électeurs. Et c'est aussi que depuis l'échec des accords de Meech et Charlottetown, AUCUN des autres partis fédéraux ne leur offre des engagements concrets aptes à renforcer le Québec au sein de la fédération. La séduction par les mots, c'est bien beau. Mais celle par des gestes concrets l'est encore plus.
De fait, Iggy déploie sa séduction nettement plus au Canada anglais. Force du nombre et loyautés nationales obligent. Et c'est surtout là qu'est l'argent - le nerf de la guerre face à des conservateurs aux coffres dangereusement bien garnis. D'où les mamours que fait M. Ignatieff à Toronto et Bay Street, son univers naturel. Ex.: le 1er avril, des membres du gratin torontois paieront 1100 $ chacun, soit la contribution maximale à un parti politique permise au fédéral, pour jaser privément avec le chef libéral dans une réception V.I.P. Cette levée de fonds est d'ailleurs organisée par un trio de gros portefeuilles: l'influent financier Purdy Crawford, Frank McKenna de la Banque TD et la sémillante multimillionnaire de Magna International et ancienne députée Belinda Stronach. Sous Iggy, le PLC retourne donc à ses alliés traditionnels, partis depuis 2006 jouer dans le carré de sable de Harper!
Puis il y a sa grande séduction de l'Ouest canadien, d'où son entichement soudain pour les sables bitumineux albertains. Chercher des votes dans l'Ouest, c'est aussi la possibilité qu'il laisse Harper abolir le registre des armes à feu dans un vote prochain. Faut croire que le PLC ne veut plus qu'on lui rappelle que ce registre, créé par Chrétien en 1995 au coût projeté de deux millions de dollars, a fini en 2006 en scandale, coûtant plus d'un milliard de dollars! Plus onéreux que le scandale des commandites, on n'a jamais su si cette facture finale tenait de la corruption, de l'incompétence ou des deux.
L'ENTONNOIR
Monique Jérôme-Forget a annoncé que plusieurs tarifs gouvernementaux seraient "indexés" dès 2011. On nous dit que c'est pour mieux préserver les services publics maintenant que le Québec est dans le rouge. Ah bon? Et s'il avait rapatrié les deux points de TPS abandonnés par Harper, ce serait 2,5 milliards de dollars récurrents par année que nous aurions depuis deux ans. Faites le calcul. Bref, le gouvernement entend accorder aux entreprises des crédits d'impôt à coups de centaines de millions de dollars, mais ce sont les contribuables qui en paieront la facture en se tapant des tarifs plus élevés. Les plus démunis et les travailleurs à petits salaires écoperont. Tout comme la classe moyenne qui, à force d'essuyer des augmentations de ceci et cela, se retrouvera tassée dans le fond de l'entonnoir. Ce dont on ne semble avoir aucune compréhension chez nos élites politiques. Et ce qui explique peut-être aussi pourquoi, en temps de crise, on laisse le Casino de Montréal se commander un lifting de 300 millions de dollars sur quatre ans. Ce qui veut dire qu'il finira par coûter au moins le double.
LES PRIMES DE LA CAISSE DE DÉPÔT
Face à la colère des citoyens, les élus américains ont demandé au PDG d'AIG, dont la gestion incompétente coûte une fortune au Trésor public, de fournir au Procureur général la liste des gestionnaires et le montant que chacun a reçu en prime de rendement. La majorité a d'ailleurs accepté d'en rembourser pour 50 millions de dollars. La Caisse de dépôt et placement a beau avoir annulé ses primes pour 2008, ses pertes de 40 milliards de dollars nous coûteront plusieurs centaines de millions à éponger. De plus, en 2007, malgré la crise déjà prévisible du papier commercial, elle avait augmenté les primes versées à ses employés. Mais son système de primes est complexe - une partie couvrant l'année en cours et une autre le rendement à plus long terme sur trois ou cinq ans. Alors, comment justifier qu'on annule les primes seulement pour 2008? Un beau sujet d'intérêt pour la prochaine séance, en avril, de la commission parlementaire spéciale sur la Caisse...
*****************************************************************************
(*) Chez les francophones, un sondage CROP-La Presse publié le 26 mars place le Bloc à 41%, le PLC à 27%, le PC à 17% et le NPD à 12%.
|
|
|
|
La classe moyenne dans l'entonnoir
|
|
Sur le sujet de l'augmentation annoncée des tarifs gouvernementaux, voici une question-quiz. D'où provient cette citation:
«Personne ne sait pendant combien d'années encore le système de santé public offrira des services gratuits. Aurez-vous économisé suffisamment pour vous payer des soins privés, des services à domicile et des médicaments coûteux?»
De l'Institut économique de Montréal? Non. De Claude Castonguay? Non plus. De Mario Dumont? Eh non. Ce n'est pas de lui.
Tenez-vous bien. Cette citation vient du Mouvement Desjardins, tirée d'une brochure de Desjardins -Sécurité financière! Bref, là où on sait ce qui s'en vient, la confiance ne règne vraiment pas quant aux beaux discours sur la «préservation du système public» et surtout, du fait que l'on ne doive pas payer des soins de santé avec sa carte de crédit... pour reprendre une image utilisée par Jean Charest lors d'un débat des chefs...
***************************************************************
Monique Jérôme-Forget a annoncé que plusieurs tarifs gouvernementaux seront «indexés» dès 2011. On nous dit que c'est pour mieux préserver les services publics maintenant que le Québec est dans le rouge d'un bon gros 4$ milliards. Ah bon? En entrevue à La Presse, le 21 mars, elle a même soulevé la possibilité d'imposer un ticket modérateur en santé avec une «approche intelligente» (!?!?!?).
Et s'il avait rapatrié les deux points de TPS abandonnés par Harper, ce serait 2,5$ milliards récurrents par année que le gouvernement aurait en plus depuis deux ans. Faites le calcul...
Bref, le gouvernement entend accorder aux entreprises des crédits d'impôt à coup de centaines de millions de dollars, mais ce sont les contribuables qui en paieront la facture en se tapant des tarifs plus élevés! Les plus démunis et les travailleurs à petits salaires écoperont. Tout comme la classe moyenne qui, à force d'essuyer des augmentations de ceci et cela, se retrouvera tassée dans le fond de l'entonnoir. Mais, what else is new?
Ce dont on ne semble avoir aucune compréhension chez nos élites politiques. La déconnexion avec la vraie vie du vrai monde est sidérante.
Ce qui explique peut-être aussi pourquoi, en temps de crise, on laisse le Casino de Montréal se commander un lifting de 300$ millions sur quatre ans. Ce qui veut dire qu'il finira sûrement par coûter au moins le double!
Et que dire des bonis et des primes de départ généreuses que des gestionnaires ont encaissés, à même les fonds publics, même lorsque leurs résultats ont été désastreux. Je pense ici à la Caisse de dépôt et placement (je jetterai un regard plus détaillé sur ce cas dans ma prochaine chronique hebdomadaire).
Je pense aussi à l'ancien recteur de l'UQAM, Roch Denis. Et combien d'autres hauts «gestionnaires» aux résultats déficients, soit dans d'autres sociétés d'État, soit dans des postes similaires payés par les impôts des contribuables, ont aussi reçu des primes de toutes sortes?
Aux États-Unis, la plupart des gestionnaires d'AIG, obligée par une gestion incompétente d'être rescapée à grands frais par les Américains, rembourseront maintenant leurs primes. Pas de danger ici qu'on verrait la même chose... ou qu'on oserait l'exiger.
C'est presque à se demander si dès qu'elles sont payées par l'argent des contribuables, les primes au rendement ou de départ ne sont pas INVERSEMENT proportionnelles aux résultats obtenus?
|
|
|
|
De Bourassa à Mulroney?
|
|
J'ai une question-quiz pour vous. À quoi ça sert à Jean Charest d'avoir les deux mains sur le volant s'il conduit depuis la dernière élection avec une banane dans l'oreille? Si l'utilisation du cellulaire au volant est interdite parce qu'il distrait de la route, le port de la banane dans l'oreille d'un premier ministre devrait l'être aussi. Ça empêche d'entendre ses électeurs...
Tenez. Une autre question-quiz. Qu'est-il arrivé à la métamorphose extrême de Jean Charest l'an dernier en Robert Bourassa II, courtoisie d'anciens conseillers libéraux d'expérience et lui ayant permis de récupérer sa majorité perdue en 2007? Où donc est passé le Charest cuvée 2008, l'homme aux consensus, à l'écoute active et aux muscles nationalistes bien gonflés? Si ça continue comme ça, le PLQ va mettre sa photo sur une pinte de lait!
En fait, le verdict est unanime: les 100 premiers jours de son gouvernement nouvellement majoritaire ont déçu. Beaucoup. En ayant prétendu ne rien savoir des pertes colossales de la Caisse de dépôt et placement (CDP) et nié pendant la campagne électorale qu'il y aurait un déficit et une récession, M. Charest semble avoir perdu la confiance de beaucoup de Québécois. Une confiance perdue qui, parfois, sent aussi la colère. En pleine "tempête" économique, tout ça arrive à un bien mauvais moment. Une chose est sûre: ni la saga loufoque du CHUM, ni le rappel du passage controversé de Philippe Couillard au privé, ne l'aideront à redorer son blason.
On a même appris que dès juin 2005 - je répète: 2005 - la Banque du Canada lançait des avertissements quant aux risques afférents aux fameux papiers commerciaux ayant fait perdre tant de notre argent à la CDP. On comprend mieux pourquoi ce produit toxique a trouvé si peu de preneurs au Canada anglais (1). Mais toujours pas pourquoi nos propres gestionnaires en ont pris pour 60% du marché canadien.
Arrangé avec le gars des vues
Puis vint la nomination de Michael Sabia à la tête de la Caisse. N'investissant plus qu'un maigrelet 17 % de ses actifs au Québec, et saignée à blanc par 40 milliards de dollars de pertes en 2008, dont 10 pour cause de très mauvaise gestion, la CDP et les Québécois méritaient mieux que ce couronnement de Sabia arrangé avec le gars des vues. Le gars des vues étant le PM. Jacques Parizeau l'a pourtant bien dit: grâce à la nouvelle loi sur la Caisse adoptée par le gouvernement Charest en 2004, jamais un premier ministre n'aura eu autant de pouvoir sur la Caisse.
Et qu'a-t-il fait de tout ce pouvoir? S'est-il mis à la recherche d'un PDG aux qualités exceptionnelles? Non. Il a nommé un gestionnaire controversé, aux sensibilités inconnues quant à l'économie du Québec et réputé pour ses calculs pro-marché à court terme - un mode de gestion discrédité par la crise actuelle. Une lourde erreur à un moment aussi névralgique. Et la confirmation que ce gouvernement ne croit pas que la Caisse devrait contribuer davantage à l'essor économique du Québec. On aura même entendu Monique Jérôme-Forget avancer que d'investir au Québec est un "risque"! De quoi craindre de voir notre bas de laine continuer à se faire allègrement détricoter. L'arrivée de Sabia est aussi un autre exemple de cooptation. Ce syndrome des "copains d'abord". Issu du même sérail conservateur de l'ère Mulroney que M. Charest, Sabia est un produit du Conseil privé d'Ottawa sous Paul Tellier. Tellier l'emmènera d'ailleurs ensuite avec lui au Canadien National pour qu'il l'aide à privatiser le tout. M. Sabia a aussi côtoyé le gratin de l'élite politico-financière nationale au Conseil de l'unité canadienne - démantelé depuis par Stephen Harper. Comme quoi, il arrive à M. Harper d'avoir une bonne idée.
Affublé d'une banane dans l'oreille, M. Charest ignore le concert de critiques. Sa seule réaction? Tenter de faire dévier le débat en accusant les Parizeau et Landry de "xénophobie" pour avoir osé s'opposer à M. Sabia en termes, disons, moins diplomatiques. Un vieux refrain usé à la corde, qui ne fera que rebuter bien des citoyens inquiets quant au fond des choses. Pourtant, le consensus est clair: Sabia, ça ne passe pas. Ni à gauche, ni à droite. Ni chez les fédéralistes, ni chez les souverainistes. Ni dans Québec Inc.. Ni pour l'homme, ni pour le processus. Mais conduire avec une banane dans l'oreille est un sport dangereux. On n'entend plus rien.
Robert Bourassa, retournez dans ce corps!
Résultat: selon Léger Marketing, Jean Charest et Monique Jérôme-Forget sont maintenant les deux politiciens les plus impopulaires au Québec. Autre résultat: ces 100 jours inquiètent des libéraux de longue date, eux aussi incapables de gober la nomination de Sabia. En deuil de Bourassa II, ils n'aiment pas voir réapparaître chez leur chef des relents de sa vie passée au Parti conservateur. C'est qu'avec l'avalanche de mauvaises nouvelles, ces premiers jours du gouvernement libéral commencent à ressembler, à plus petite échelle, aux derniers jours du gouvernement Mulroney. Des libéraux craignent même que si Jean Charest ne retrouve pas bientôt le Robert Bourassa en lui, il pourrait se diriger vers une fin à la Mulroney. Avec une popularité au plancher et impossible à remonter. Même par un successeur.
On ne s'en sort pas. On imagine mal un Robert Bourassa placer le bas de laine des Québécois entre des mains aussi peu solides que celles d'un Michael Sabia.
****************************************************************************
|
|
|
|
Philippe Couillard et l'éthique
|
|
Une petite question suite au bref rapport du commissaire au lobbyisme concluant que la firme d'investissement en services de santé privés Persistence Capital Partners pour laquelle l'ancien ministre de la Santé, Philippe Couillard, est allé travailler dès son départ hâtif du gouvernement, n'aurait exercé aucune pression pour favoriser l'adoption par ce même ministre d'une loi bénéficiant ce même secteur privé :
À quoi ça sert d'avoir un commissaire au lobbyisme s'il nous dit lui-même que ça prendrait un commissaire à l'éthique pour enquêter sur le comportement des élus eux-mêmes dans de possibles conflits d'intérêts entre eux et lobbyistes, dont certains sont parfois même des employeurs potentiels pour ces premiers? Pensons seulement aux questions analogues soulevées par quelques cas récents à la Ville de Montréal, où d'anciens élus ou hauts-fonctionnaires sont passés à la vitesse de l'éclair à des firmes d'ingénieurs ou de contracteurs faisant des affaires d'or avec la même ville.
****************************************************************************
De retour à l'affaire Couillard. Pour fin de mémoire - et il est très important ici de comprendre la genèse de la loi québécoise sur le lobbyisme - on se souviendra que le poste de commissaire au lobbyisme fut créé en 2002, un peu à la va-comme-je-te-pousse.
C'est-à-dire, essentiellement pour répondre à la tempête politique ayant découlé de l'«affaire Oxygène 9», une firme proche de certains ministres du PQ, dont avait fait partie le directeur général du PQ à l'époque, et alors soupçonnée d'avoir tiré profit de ses liens privilégiés. Ayant voulu expédier le tout le plus rapidement possible, le gouvernement Landry a adopté une loi créant un poste de commissaire au lobbyisme. Cherchant surtout à contrôler le dommage politique causé par l'affaire Oxygène 9, les coins de cette loi ont été tournés un peu rond. Le gouvernement s'est aussi assuré que cette loi n'importunerait pas trop les élus. Bref, à la décharge du commissaire au lobbyisme, le vrai problème est que l'économie générale de la loi a été pensée sur mesure afin de jeter les projecteurs sur les lobbyistes, et non sur les élus et leur éthique. Bref, on diraiit bien un tigre de papier.
À preuve: même si le commissaire au lobbyisme a beau nous apprendre que contrairement à ce que Philippe Couillard avait affirmé publiquement, il aurait bel et bien rencontré les patrons de Persistence Capital Partners alors qu'il était toujours ministre, et discuté de son «avenir», cela ne relève pas de son mandat, tel que dicté par la loi.
Tenez. Une bonne idée pour Jean Charest: amender cette loi pour qu'elle couvre AUSSI le comportement des élus vis-à-vis des lobbyistes pendant qu'ils sont en poste! Ou, créer un poste de commissaire à l'éthique. Mais nommé par les deux tiers de l'Assemblée nationale. Pas comme pour le nouveau PDG de la Caisse de dépôt et placement, téléguidé par le bureau du PM...
Mais ne retenez pas trop votre souffle...
****************************************************************
Pour une analyse universitaire solide de l'affaire Oxygène 9, ses retombées politiques et les lacunes de la législation sur le lobbyisme qui en a découlé, voir:
http://www.usherbrooke.ca/cirea/documentation/docu_pdf/notes_recherches_enap/scandale_oxygene9.pdf
Encore une fois, une de ces lacunes est qu'elle concerne surtout les lobbyistes eux-mêmes, ne touchant les élus et le personnel politique qu'après leur sortie de politique.
********************************************************************************
Voir le reportage sur cyberpresse:
http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/200903/17/01-837346-pas-de-lobbyisme-illegal-aupres-de-couillard.php
Et en voici le texte:
Au cours des mois précédant son départ de la vie politique le 25 juin 2008, Philippe Couillard a rencontré à quatre reprises les représentants du fonds d'investissement privé en santé Persistence Capital Partners (PCP), son futur employeur. PCP n'a toutefois commis aucune infraction à la loi sur le lobbyisme dans le cadre de ces échanges.
C'est ce que conclut le commissaire au lobbyisme, André C. Côté, dans un rapport rendu public ce matin. Le commissaire n'a toutefois pas fait enquête sur les agissements de l'ex-ministre, puisque son mandat ne le lui permet pas. Seul un commissaire à l'éthique, un poste qui n'existe pas à Québec, aurait pu le faire.«Il est essentiel d'affirmer que le Commissaire au lobbyisme n'a pas pour mandat d'évaluer la conduite de M. Couillard ni de déterminer si en initiant des démarches qui l'ont conduit à rencontre MM Sheldon et Stuart M. Elman (de PCP) entre mars et mai 2008 pour discuter d'une éventuelle association, il se plaçait dans une situation pouvant comporter des éléments de conflits d'intérêts ou de conflits de rôles, par rapport à sa charge et à certaines décisions qu'il devait prendre» (...) au sujet des cliniques privées, indique M. Côté dans son rapport.
Quelques jours avant de quitter la politique, Philippe Couillard a signé deux décrets favorables aux cliniques privées, l'un précisant la cinquantaine de traitements médicaux pouvant y être dispensés et l'autre visant à réduire le coût de leur permis d'exploitation. Mais selon le commissaire, PCP, propriétaire des cliniques privées Medisys, n'a pas tenté de faire pression sur M. Couillard pour qu'il signe ces deux règlements.
«Rien ne permet de douter de la véracité de l'affirmation faite par M. Couillard que tout au plus des considérations à portée générale sur les systèmes de santé au plan canadien et international ont pu être évoqués» lors des quatre rencontres entre le 17 mars et le 17 mai.
En entrevue à La Presse le 20 août 2008, quelques jours après son passage chez PCP, M. Couillard reconnaissait qu'il avait eu des contacts avec son futur employeur lorsqu'il était ministre. «On a eu des rencontres, uniquement des conversations générales. Dans les quelques jours qui ont précédé ma démission, il est devenu apparent qu'on pouvait envisager une collaboration professionnelle, mais ça s'est concrétisé après le 25 juin», avait-il dit.
Le commissaire révèle toutefois que dès le 17 mai, un peu plus d'un mois avant sa démission, Philippe Couillard a signé un «protocole d'entente» avec PCP «fixant les conditions de rémunération et d'autres considérations matérielles». «Le même soir, M. Couillard et Stuart Elman se rencontraient pour un souper, auquel participaient leurs conjointes, dans un restaurant de Montréal», indique André C. Côté. M. Couillard a ensuite confié le mandat à ses procureurs de finaliser la négociation et de rédiger un contrat formel.
|
|
|
|
Vendredi 13 à la Caisse ou le «bas de laine» détricotté?
|
|
C'est vraiment vendredi 13 pour la Caisse de dépôt et placement!
http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/services-financiers/200903/13/01-836298-michael-sabia-a-la-tete-de-la-caisse-de-depot.php
Michael Sabia devient PDG de la Caisse. Notre «bas de laine» est déjà passablement malmené. Avec Sabia, on se demande s'il ne sera pas carrément détricotté? (*)
À preuve: que ce soit dans les rangs de Québéc Inc, ou chez les leaders d'opinion, sa candidature est vue comme extrêmement controversée. Réagissant à chaud, Bernard Landry avance que c'est «une faute, qui s'approche de la provocation». Ajoutant: «même dans les rangs libéraux du Québec, ça ne sera pas bien accueilli!». Un point soulevé également dans l'article ci-haut sur Cyberpresse.
En effet. Après les pertes colossales de la Caisse et la confirmation qu'en 2007, elle n'investissait plus que 17% de ses actifs au Québec, on entend de plus en plus que des Libéraux de l'école bourassienne - certes fédéralistes, mais aussi nationalistes - ne le prennent pas. Cette façon de tourner le dos à la mission orginelle de la Caisse, confirmée par cette nomination, est sûre d'indisposer sérieusement jusque dans les rangs du PLQ.
On dirait bien que la métamorphose extrême de Jean Charest par ses conseillers l'an dernier en Robert Bourassa II a fondu comme neige dès que son gouvernement est redevenu majoritaire...
Quelles en seront à terme les conséquences pour le leadership de Jean Charest dans son propre parti? C'est à suivre.
En conférence de presse, M. Sabia vient d'ailleurs de confirmer son alignement parfait sur la position du gouvernement Charest quant à la mission de la Caisse (voir mon billet précédent «Depuis 2005!».
Ce M. Sabia dit? Que contribuer à l'économie du Québec passe par les rendements,«rester proches des entreprises» (?), une présence plus accrue encore sur les marchés mondiaux et former des gestionnaires (???).
Traduction: la Caisse ira jouer de plus en plus les avoirs des Québécois à l'extérieur du Québec et du Canada.
Quand on lui a demandé si 17% ds actifs de la Caisse investis au Québec, c'était suffisant? Il répond que ce n'est pas une «question de quantité»! Tenez, donc.
Et qu'il préfère les PME. Mais qu'il ne croit PAS que la Caisse peut ou doit aider des grandes entreprises québécoises à ne PAS passer sous contrôle étranger.
Surtout, son parcours n'a jamais trahi chez-lui un préjugé favorable aux intérêts économiques du Québec... LA question principale ici.
Bernard Landry rappelle que Sabia fut «l'artisan du transfert de BCE à Toronto». Rappelons aussi qu'il fut aussi formé en partie dans le sérail des conservateurs de Brian Mulroney à une époque où le premier ministre actuel du Québec faisait parti de ce même gouvernement. Un autre exemple des effets pervers de la cooptation.
Un vrai vendredi 13. Pour la Caisse. Et donc, pour les Québécois.
Un peu partout sur les sites où cette nouvelle apparaît, les réactions sont d'ailleurs massivement CONTRE cette nomination.
Si ça continue comme ça, on va quasiment s'ennuyer d'Henri-Paul Rousseau... Ce qui n'est vraiment pas peu dire.
**************************************************************
(*) Parlant de détricotter, il y a aussi ceux qui voudraient bien scinder la Caisse en plusieurs entités... «Trop grande» pour le Québec ou le Canada», selon M. Jarilowski. Et sa fortune? «Trop grande», elle aussi? Est-ce la théorie du «nés pour une p'tite Caisse»?
http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/quebec/200903/13/01-836351-la-caisse-un-defi-bien-plus-grand-que-bce.php
|
|
|
|
Depuis 2005!
|
|
Sur la session de la commission des finances publiques de ce matin où témoignait la ministre des Finances Monique Jérôme Forget:
http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/200903/13/01-836212-un-impact-minime-pour-les-cotisants-selon-monique-jerome-forget.php
Pour ce qui s'y est dit in extensio:
http://www.assnat.qc.ca/fra/39legislature1/commissions/Cfp/index.shtml
(Cliquez sur les heures au-dessous de «vendredi 13 mars, Vol. 41 No 2» pour obtenir par tranche de demi-heure la transcription de la séance de ce matin.)
*****************************************************************
Maintenant sur le fond:
Au-delà de la tactique de la ministre cherchant à accuser continuellement le PQ de vouloir s'«immiscer» dans la gestion de la Caisse pour mieux cacher sa propre inaction, voici ce qui m'a le plus frappée:
Dès juin 2005 - je répète: 2005 - la Banque du Canada a lancé des avertissements concernant les risques afférents aux papiers commerciaux (PCAA) dans sa Revue du système financier. (1)
Sûrement une bonne partie de la réponse à la question: pourquoi en a-t-on acheté si peu dans le reste du Canada?
(À l'automne 2007, Henri-Paul Rousseau est pourtant venu les vanter devant l'Assemblée nationale comme des produits de grande qualité.)
****************************************************************** La ministre a dit considérer comme des «enfantillages» toute discussion portant sur la responsabilité dans cette perte de 40$ milliards.
*******************************************************************
Sur la question principale de la MISSION de la Caisse, modifiée par le gouvernement Charest en 2004 pour prioriser les rendements optimaux par rapport à la contribution à l'économie du Québec, la ministre a bel et bien confirmé que le législateur n'avait en effet pas parlé pour ne rien dire en 2004!
Oui, c'est maintenant clair, ce gouvernement ne croit pas au rôle de la Caisse quant à l'essor économique du Québec. Pis encore, la ministre considère que d'investir au Québec est un «risque»! À la lumière des résultats de la Caisse - à savoir 40$ milliards de pertes pour 83% de ses actifs investis à l'ÉTRANGER -, une telle déclaration jetterait n'importe qui en bas de sa chaise.
Mais jugez par vous-même du «raisonnement» et surtout, du choix de la ministre:
«La caisse investit plus de 30 milliards de dollars actuellement au Québec. Mais permettez-moi de vous dire ceci, M. le Président: Quand la caisse investissait 32 %, les avoirs de la caisse étaient de 70 ou 77 milliards de dollars. D'accord? En 2008, les avoirs de la caisse étaient de 155 milliards de dollars. Vous comprendrez qu'avoir doublé justement, je dirais, le patrimoine ou les valeurs de la Caisse de dépôt, s'il avait fallu qu'on consomme 30 % de ça ou 32 %, comme c'était à l'époque, il y aurait peut-être eu des risques, M. le Président. Et je ne pense pas que le gouvernement devrait justement déterminer le niveau d'investissements au Québec par rapport justement à son enveloppe. Je pense, M. le Président, que, si le gouvernement veut investir au Québec également et prendre des risques, que les hommes et les femmes politiques prennent les risques et qu'ils prennent l'argent des contribuables. Nous parlons là de l'argent des épargnants, hein? Et d'ailleurs, il y a plusieurs citations, hein?
Je vais vous citer Pierre Fortin. Qu'est-ce qu'il dit? «Si le gouvernement veut stimuler l'économie québécoise, qu'il en prenne lui-même le risque», dit le professeur de l'UQAM. «Intervenir dans l'économie est une fonction du gouvernement. La caisse n'a pas ce mandat-là», dit-il. Toujours selon lui, «jouer avec les fonds de la caisse, ce n'est pas juste de la mauvaise économie, c'est immoral. La caisse n'appartient pas au gouvernement, mais aux épargnants. Et les épargnants n'ont pas donné le mandat au gouvernement de piger dans leurs économies.»»
Pierre Fortin? L'économiste membre du groupe ultraconservateur des «Lucides»? Bravo pour la clarté de la filiation idéologique. Mais depuis quand un non élu dicterait la politique d'investissement du gouvernement du Québec?
On en tombe vraiment en bas de sa chaise.
***************************************************************
(
|
|
|
|
L'opinion publique a encore parlé
|
|
Après des semaines de blocage entre les partis et le refus entêté de la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget de témoigner sur la saga de la Caisse de dépôt, elle a cédé cet après-midi.
De toute évidence, l'opinion publique, fatiguée et en colère, a fait reculer le gouvernement. Comme pour les plaines d'Abraham, l'humeur des Québécois a parlé haut et fort.
De toute évidence, le gouvernement doit avoir constaté dans ses focus groups que son attitude ne passe tout simplement pas la rampe. Alors là, pas du tout! Mais surtout, que les séquelles politiques de cette histoire pourrait être longues à guérir... Avec 40$ milliards de pertes, ça ne pouvait pas se balayer sous le tapis...
http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/200903/12/01-835933-caisse-de-depot-jerome-forget-accepte-de-temoigner.php
Donc, deux heures de commission spéciale demain matin de 9h30 à 11h30, où elle devra répondre aux questions des trois partis d'opposition. Ce qui prend la place de la fameuse interpellation.
Ce n'est qu'un début puisque suivra aussi une autre commission en avril lorsque la Caisse aura enfin déposé son rapport annuel. Les dirigeants actuels et passés, dont Henri-Paul Rousseau, y seront questionnés plus en profondeur.
À l'impact incontournable de l'opinion publique, ajoutons néanmoins le «facteur Legault». Celui de François Legault, critique péquiste en matière de finances. Avec un sérieux dévastateur, ce député s'est montré d'une extrême rigueur, et dans ses questions en chambre, et dans son analyse pointue du dossier des pertes de la Caisse et de son virage «international», délaissant de plus en plus sa contribution à l'économie québécoise.
|
|
|
|
Déménager le parlement?
|
|
Coup donc! Faudra-t-il déménager l'Assemblée nationale à la Chambre de commerce de Montréal?
http://www.ccmm.qc.ca/fr/calendrier-conference_monique_jerome_forget_09
***************************************************************
Sur la saga de la Caisse de dépôt, à la période de questions, la même ministre des Finances, questionné par le député péquiste François Legault, a révélé que le Fonds des générations, «investi» à la Caisse de dépôt et créé pour contribuer à rembourser la dette, avait aussi perdu 20% de son actif en 2008! Surtout, que les finances publiques, et donc NOUS, souffriront durement de la perte de 39,8 milliards de dollars à la Caisse de dépôt.
http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/200903/12/01-835653-le-gouffre-de-la-caisse-de-depot-siphonne-les-finances-publiques.php
Pas de danger que lundi, lors de sa «performance» à la chambre de commerce, Henri-Paul Rousseau l'ait au moins reconnu! Comme quoi, des pertes «sur papier» commencent à se matérialiser assez clairement, merci beaucoup.
********************************************************************
Mais comme cette nouvelle sur le Fonds des générations le démontre, égrener des informations aussi cruciales comme un chapelet n'a plus de bon sens.
La ministre répondra aux partis d'opposition lors d'une interpellation ce vendredi. Mais cela sera nettement insuffissant.
Certes, il faut une commission parlementaire sur les pertes de la Caisse. Mais il faut aussi une enquête indépendante. Et cela, il n'y a que le Vérificateur général qui soit apte à remplir une telle mission.
Mais comme exercice véritablement pédagogique et démocratique, il y a l'idée d'Yves Michaud de créer une commission citoyenne, extra-parlementaire, où des experts, des artisans de la Caisse et, pourquoi pas, des élus, viendraient témoigner. Si une telle commission jouissait également d'une bonne couverture médiatique, j'ai comme l'impression que les Québécois, dont nous des médias, y apprendraient des choses fort importantes. Voir surprenantes!
D'autant plus qu'à force d'avoir ces infos en pièces détachées, il se dégage une impression de plus en claire que le gouvernement savait probablement que le portrait des finances de la Caisse était nettement plus noir, contrairement à ce qu'il prétendait pendant la campagne électorale. Une certitude, d'ailleurs, aux yeux d'un Jacques Parizeau, lui-même un ancien ministre des Finances..
Ce qui explique peut-être la VRAIE raison pour laquelle Monique Jérôme-Forget est prête, comme Henri-Paul Rousseau, à aller en jaser devant les mêmes gens d'affaires à une chambre de commerce, mais refuse de témoigner formellement devant une commission parlementaire devant les élus.
Pas évident qu'elle voudrait devoir répondre sous serment à la question «que saviez-vous avant et pendant la campagne électorale?»...
|
|
|
|
Les intouchables
|
|
Avouez qu'il était élégant notre milieu des affaires réuni sagement à la Chambre de commerce pour entendre Henri-Paul Rousseau. Quel beau et touchant portrait de famille.
Et pourtant, on les sentait mal à l'aise. Un brin tendus. On ne les sentait pas contents, ces intouchables de la cité, habitués à des cercles plus discrets et plus feutrés, obligés de défiler devant les caméras pour soutenir un des leurs dans son épreuve de devoir dire quelque chose sur la perte colossale de 39,8 milliards de dollars à la Caisse de dépôt et placement. Question de délester ce pauvre gouvernement Charest, lequel refuse, lui aussi, toute responsabilité.
Presque gênés, les intouchables. En fait, il n'y avait là qu'une partie de ceux, et plus rarement celles, qu'on appelle le Québec inc. - ce cénacle de chefs de grandes entreprises et d'avocats d'affaires renommés, incluant quelques anciens premiers ministres. Ce club sélect a l'influence discrète, mais lourde. Ce sont des "décideurs". Ils aiment discuter d'"industrie" de la santé et de "libération" du capital. Ils le font dans les bals de levées de fonds, les salles de conférences, les beaux restaurants et, parfois même, dans un manifeste. L'été, ils le font au bord du lac Memphrémagog ou Massawippi, où hommes d'affaires et premiers ministres vont se reposer de leurs lourdes responsabilités. Maintenant chez Power Corporation, Henri-Paul Rousseau est devenu membre à vie du club des intouchables.
Vous me direz que toute société occidentale normalement constituée a son propre business inc. Très vrai. Mais la petite taille du Québec fait que ce cénacle est très, très restreint. Un énorme pouvoir d'influence se retrouve donc concentré dans très peu de mains. Et tout ce beau monde tend à se nommer entre eux à des postes de plus en plus influents, tout en passant le témoin à leurs enfants. En sciences po., on appelle ça de la "cooptation". Le Petit Robert la définit comme l'"admission par privilège" ou la "nomination d'un membre nouveau, dans une assemblée, par les membres qui en font déjà partie". Cherchant à perpétuer leur pouvoir d'influence, les cooptés s'assurent de partager les mêmes idées. Et, bien sûr, de se protéger les uns, les autres. Ex.: après la prestation de M. Rousseau, le consensus chez ses pairs était qu'il avait tout dit et que, par conséquent, une commission d'enquête sur les pertes de la Caisse était inutile. La solidarité entre intouchables est toujours un spectacle émouvant.
Y A-T-IL UN GOUVERNEMENT DANS LA SALLE?
Il n'y a finalement que les citoyens-actionnaires de la Caisse, les partis d'opposition et nous, les méchants journalistes, pour trouver que le beau discours de M. Rousseau n'a rien expliqué de la performance nettement inférieure de la Caisse de dépôt par rapport à celle des autres caisses canadiennes, du rachitique 17 % d'actifs qu'elle investit dans l'économie québécoise, des bonus de ses ex-collègues ou de sa propre prime de transition de près de 400 000 $, payée à même les fonds publics et empochée alors qu'il transitait vers un nouveau poste au salaire de multimillionnaire.
Il y aura peut-être, ou non, une commission parlementaire. Mais le gouvernement Charest refuse de prendre le seul moyen susceptible d'aller au fond des choses: une enquête indépendante ou un mandat spécial d'enquête donné au Vérificateur général. Les intouchables peuvent donc dormir tranquilles.
Un seul os dans leur soupe: la vaste majorité des Québécois ne la trouve plus drôle. L'humeur populaire est maussade. Un sondage Léger Marketing montre que le taux de satisfaction envers le gouvernement Charest a chuté à 38 %! Son inaction sur plusieurs fronts lui coûte. Fraîchement élu majoritaire, il vieillit déjà vite et mal. Comme en 2003. Dans son discours inaugural, voilà donc qu'inquiet, M. Charest pointe timidement le doigt vers la Caisse, sans toutefois blâmer l'intouchable en chef. Et le voilà s'engageant à "rétablir la confiance des Québécois" envers la Caisse. Mais sans enquête, on voit mal comment il pourra le faire. M. Charest a aussi appelé les Québécois à se "sentir responsables les uns des autres" et à lui faire "confiance" pour "traverser cette crise". Encore de fort jolis mots. Mais au-delà de la rhétorique, on sent que face à la crise, la population est fatiguée de sentir une telle absence de leadership et d'imputabilité. De fait, la nature abhorrant le vide, la société civile et ses leaders d'opinion prennent de plus en plus le relais. Ce sont eux qui ont mis fin à la saga des plaines d'Abraham et qui se sont mobilisés contre le gouvernement Harper au point où ils l'ont empêché d'avoir sa majorité. Et ce sont encore eux qui exigent des réponses sur la Caisse et montent au front contre l'arnaque des partenariats public-privé pour le CHUM.
Y a-t-il un gouvernement dans la salle? Où est passé tout ce beau discours sur l'"écoute" de la population?
|
Page suivante »
|