Je dois l'avouer, jusqu'à tout récemment, je n'avais aucune conscience du festival de Cinémania qui met à l'avant-plan le cinéma francophone (sous-titré en anglais). C'est toutefois avec un grand plaisir que je suis allé voir en avant-première, la plus récente oeuvre du talentueux cinéaste Emmanuel Mouret, présent dans la salle.
Célébrant sa quinzième édition, c'est à l'Impérial sur Bleury que se déroule le festival de Cinémania du 5 au 15 novembre prochains où se dérouleront pas loin de vingt avant-premières!
Précédé de plusieurs mots de présentations bilingues (qui ont provoqués une succession de gags de circonstances), c'est avec une certaine fierté que Emmanuel Mouret, considéré comme le Woody Allen français (et non pas à tort) a présenté son plus récent film qu'il a vite mis en garde en disant que c'était tout sauf un film sérieux, invitant même ceux qui s'attendaient à un film de ce genre à quitter immédiatement la salle. Si ce sont surtout les rires qui ont fait offices de réponses, à en croire la période de questions qui a suivie la projection, beaucoup aurait effectivement du se priver de la projection..
Plus cabotin que son plus récent opus, le magnifique Un baiser s'il-vous-plaît, Mouret offre un film beaucoup plus léger avec Fais-moi plaisir!
C'est en réaction à ce choix pourtant louable, que les commentaires et les questionnements subjectivement négatifs ont fusés: pourquoi avoir choisi un film plus léger que son précédent effort, pourquoi avoir manquer autant de sérieux, pourquoi ridiculiser à un tel point la masculinité de ses personnages masculins (ce fut un réel commentaire), où est la morale dans tout cela, etc.
De plus, beaucoup des gens qui ont pris la paroles ont vite prouvés qu'ils n'étaient pas familiers avec l'oeuvre de Mouret, s'en prenant rapidement à son langage particulier, le caractérisant d'aristocrate, de différent, de beaucoup trop user de "phrases complètes", alors qu'en fait, l'homme ne fait que reproduire à l'écran ce que lui-même est dans la vraie vie.
Pour revenir sur son film, si Un baiser s'il-vous-plaît démontrait les effets de l'acte, Fais-moi plaisir! s'attaque aux effets du non-acte évoquant et rappelant bien des choses en peu de temps (comment passer sous silence ce joli clin d'oeil à Citizen Kane?), tout en ne manquant pas de rester très personnel en amenant des blagues que seul Mouret a le secret.
Le non-acte s'avère ainsi moins grave, moins sérieux également et avec beaucoup moins de conséquences. D'où sûrement le désir de moins en faire, de moins se tourner vers une psychologie plus élaboré en misant plutôt sur l'efficacité, dans ce cas-ci, des gags rappelant l'effet slapstick et l'humour très physique des plus grands de ce domaine.
Une blague n'attend pas l'autre et on y rit beaucoup alors qu'on ne reste jamais très longtemps accroché sur un sujet et que chaque direction n'est que prétexte pour un gag bien huilé.
Le tout habilement mis en mot par ces dialogues simples, mais efficaces et des délicieuses performances, autant subtiles qu'appuyées qu'arrivent à amener sa très bonne distribution qui arrive à faire vivre les personnages particuliers autant naïf qu'exagérés de l'univers caractéristique de Mouret. On dénote l'excellente Déborah François, la délicieuse Frédérique Bel, la surprenante Judith Godrèche, le pince-sans-rire Jacques Weber et bien évidemment le toujours agréable Emmanuel Mouret toujours autant habile dans chacun des rôles qu'il se confie.
Il y a également soins pour la musique, toujours habilement sélectionnée pour chaque circonstance, ainsi que cette fascination pour le Lac des cygnes de Tchaïkovski.
De plus, derrière toute cette fantaisie humoristique, Mouret termine son film, comme à l'habitude, de longs silences bien ponctué qui laisse les réflexions faire effets sous la beauté elle-même de sa scène finale. Comme quoi, l'homme derrière ces plaisirs assumés, cache tout de même de belles réflexions.
En somme, une très bonne comédie, efficace qui fut beaucoup trop attaquée pour ce qu'elle n'était pas, que ce qu'elle était réellement.