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Jimmy Chartrand
Jimmy Chartrand
11 mars 2010, 1:00
Gorillaz - Plastic Beach: Escapade dans un monde plein de surprises

 Fan de Gorillaz ou pas, on ne peut en aucun cas nier à quel point Plastic Beach, leur troisième opus après plus de cinq ans d'absence, est excellent. Critique de ce "must-have". Ça sent le printemps!

Je dois avouer ne m'être jamais penché sur le cas de Gorillaz, ce groupe "virtuel" et fictif créé par Damon Albarn, lui-même du groupe Blur. Oui, je connaissais les alter-ego animés caractéristiques et les plus grands succès du groupe, de Feel Good Inc. à Dare, en passant par Clint Eastwood et *19-2000*, mais ça s'arrêtait là.

C'est après un très accrocheur vidéoclip pour l'excellente Stylo (mettant en vedette Bruce Willis!) que je me suis lancé dans l'écoute de ce Plastic Beach. Et bien, autant me confesser tout de suite, depuis une semaine je n'ose plus quitter ce monde extraordinaire où les surprises musicales s'enchaînent à notre plus grand bonheur.

Après une ouverture orchestrale de haut calibre mêlée aux bruits significatifs d'une plage imaginaire, on ne perd pas de temps pour nous inviter galamment avec "Welcome to the World of the Plastic Beach" *featuring* Snoop Dogg. Ce qui s'ensuivra, si on ose bien pénétrer dans leur imaginaire semi-écolo et semi-pollué, sera une envolée mémorable dans une grande heure de musique où chaque instant aura son mérite.

Les très nombreuses collaborations enrichissent de beaucoup cet univers où tout semble se fusionner à son meilleur (on compte pas moins de quinze collaborations dont les Mos Def, Bobby Womack et le groupe Little Dragon). Des rythmes arabes au rap, en passant par le groove, le pop, l'électro et bien d'autres, on se faufile à des kilomètres plus loin que les simples rythmes dansants ou le hip hop bien fait et autres types de pièces qu'ils présentaient il y a de cela de très nombreuses années.

Le "faux-groupe" fait preuve d'une maturité musicale totalement impressionnante qui prouve et justifie constamment sa pertinence. La subtilité des arrangements égaye l'oreille en n'arrêtant plus de nous satisfaire.

Intermèdes empruntés à une autre époque, voix aggravées ou diminuées, échos, rires démoniaques, orchestres, nommez-les,

Si on ne retrouve pas de grands hits radiophoniques, on trouve un nombre étonnant de pièces accrocheuses qui auront tôt fait de tourner en boucle.

De l'électrisante et hautement impressionnante White Flag à l'enjouée Sweepstakes, aux pièces plus ambiantes comme Superfast Jellyfish, Some Kind of Nature, Rhinestone Eyes ou Broken, on ne manque pas de s'envoler avec les sublimes Empire Ants, On Melancholy Hills et To Binge ou de complètement se laisser aller sur Glitter Freeze. En guise de retour au calme, la méditative Cloud of Unknowing s'éloigne du reggae expérimental plus soutenu de la pièce titre Plastic Beach, en ne manquant pas d'accorder une importance marquée aux silences et au tempo.

En somme, pour clore cette longue expérience sans temps morts en beauté, lorsque les sonorités de la plage se font réentendre au tout début de la pièce de fermeture, on s'avère déjà vaincu face au haut degré de satisfaction que l'album aura offert, tout en se promettant sans l'ombre d'un doute qu'aussitôt terminé, on se relancera à nouveau sans hésiter dans cet incroyable univers que Gorillaz présente avec la plus grande offrande de générosité. Déjà parmi les plus grands coups musicaux de l'année. Extraordinaire.


11 mars 2010, 1:00
Broken Bells: créativité en flagrant délit d'inspiration

 J'en ai parlé il y a de cela déjà plusieurs mois, mais c'est officiel, l'excellent premier disque de Broken Bells, cette collaboration entre James Mercer de The Shins et Brian "Danger Mouse" Burton est sorti cette semaine.

Que ce soit en édition simple ou en édition "Musical Box" limitée incluant posters, livret, trame sonore exclusive, cartes postales et compagnie, qu'on se le procure, autant dire tout de suite que le contenu original reste extraordinaire.

Improbable en quelque part, on doit avouer qu'on ne s'attendait pas à une telle surprise, mais dès que la nouvelle fut annoncée, on se doutait bien que le résultats serait prometteur. Un des meilleurs producteur, DJ, multi-instrumentiste et j'en passe, associé non seulement d'amitié, mais de musique avec le membre d'un des groupes les plus influents de la scène underground? Non. Impossible que ce soit ordinaire.

Les dix pièces de l'album nous accordent effectivement raison.

Groovy, expérimental, par moment plus électro ou plus classique, le pop envoûtant et accessible auquel nous convient les deux habitués de musique plus underground est franchement rassembleur. Sans oublier que les paroles et les nombreux refrains particulièrement "catchy" ont tôt fait de nous piéger dans un désir sans-fin de réécoutes hautement satisfaisantes.

Impossible de ne pas reconnaître autant les sonorités de The Shins que les tiques de Danger Mouse, mais le mariage des deux styles est idéal et créent sa propre musicalité à laquelle on adhère sans hésiter.

Après un The High Road qui charmait déjà sans conteste, et un Vaporize encore plus réussi, on jubile sans aucunes hontes face à Your Head is On Fire, pièce évolutive et pleine de surprises.

Quoiqu'un peu court, les quelques quarante minutes de l'album nous mènent toujours plus loin vers des recoins toujours insoupçonnées et auxquels on ne s'attendait pas nécessairement à rencontrer.

Par exemple lorsque James Mercer pousse sa voix sur The Ghost Inside ou lorsque les sublimes premières notes de The Mall & Misery, extraordinaire et incroyablement accrocheuse pièce de clôture, se font entendre.

Heureusement, avant d'arriver à ce triste signe de départ, on à droit aux nombreuses Sailing To Nowhere, Trap Door, Citizen, October et Mongrel Heart qui ne font en aucuns cas baisser le rythme très bien établi qu'offre ce premier album éponyme d'une collaboration qu'on souhaite immortelle.

En somme, un album grandement réussi qui prouve le mieux qu'il peut arriver lorsque deux grands esprits se rencontrent. Déjà un des très bons albums de l'année qui roule déjà en boucle dans le lecteur alors qu'on espère tout de même que les deux collaborateurs ne laisseront pas pour autant tomber leurs projets respectifs puisqu'après tout, on ne voudrait pas dire adieu à jamais à The Shins et à Gnarls Barkley, mais tout de même, s'ils parviennent à alterner tous ces projets, ce sera définitivement le meilleur de tous les mondes.


10 mars 2010, 3:33
Le déserteur: se sacrificier au nom des siens

Visuellement, Le déserteur est probablement un des plus beaux films québécois qui s'est fait alors qu'on y trouve des teintes autant à la Atonement de Joe Wright qu'à Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet. Toutefois, son histoire se mêle à temps d'autres ce, même si on le situe dans un historique bien de chez nous, qu'on en ressort pas autant marqué qu'on l'aurait souhaité.

 C'est la seconde Guerre Mondiale et le jeune Georges Guénette finit par déserter l'armer en préférant aider et soutenir les siens plutôt que sa patrie. Il finit par en mourir suite à une interminable chasse à l'homme entre lui et les gendarmes. Pourtant, le film raconte à peine cette histoire en préférant s'attarder à des degrés plus élevés, alors que s'emmêlent entre eux un nombre marqué de sous-histoires à importance plus ou moins égale, mais à la fluidité honorable.

Pour aider à développer et élaborer ce mystère de haut calibre, on remercie le scénario et la réalisation soignée du jeune Simon Lavoie qui prend son temps pour établir l'ambiance, l'atmosphère, le climat, mais également les diverses tensions et enjeux de son long-métrage à travers une direction artistique d'une belle beauté sachant autant magnifier les étés que les hivers campagnards québécois dans une reconstitution d'époque recherchée autant dans les décors que l'attention aux objets et aux costumes. On doit également mettre en cause les excellentes performances de la distribution, autant dans les rôles majoritaires que secondaires où brillent les nombreux Émile Proulx-Cloutier, Raymond Cloutier, Danielle Proulx, Viviane Audet, Benoît Gouin, Sébastien Delorme, Gilles Renaud et j'en passe.

Cependant, la structure narrative choisie pour être volontaire floues pour mieux épaissir les secrets jusqu'aux dévoilements finaux qu'on souhaite hautement révélateurs se mêlent à de nombreux autres films plus ou moins gagnants qu'on fait à répétition chez nos confrères hollywoodiens.

On ne réinvente pas de recette ici et on passe sans honte du passé au présent dans un enchaînement incessant de petites scènes qui ont des airs de capsules historiques, mais qui finissent tous par se lier entre eux vers une compréhension qu'on souhaite autant totale que générale, tout autant qu'un peu dévastatrice pour venir chercher la pointe juste d'émotion.

Bercé par une envoûtante trame musicale, le film s'entoure de textes qui mettent en contexte le début, mais également la fin de ce petit regard historique sur un passé qu'on doit souvent avouer comme étant oublié, étant de nos jours trop souvent éloignés des actualités reliés à la guerre.

Face à tout cela, on aurait préféré que le film se penche de façon beaucoup plus linéaire à la situation qu'il s'approprie peu à peu, sans s'entêter à y chercher à tout prix un sentiment de mystère, mais également de "chute incroyable", puisque devant une telle maîtrise de tous les aspects du film historique, on aurait atteint une cible beaucoup plus juste et du coup, plus mémorable.

Malgré tout, devant des longueurs d'une si grande beauté auxquelles on succombe facilement, on ne peut cacher qu'on a droit à un beau film québécois aux qualités nombreuses qui n'a pas eu la visibilité qu'il aurait mérité. On atteindra ainsi avec beaucoup d'espoir le prochain film de Simon Lavoie, en gardant l'oeil grandement ouvert sur ses projets à en devenir.


6 mars 2010, 12:41
The Secret of Kells: charme celtique

 S'il ne parviendra probablement pas à déloger les grands noms en liste dans la catégorie des meilleurs films d'animation à la cérémonie des Oscars de 2010, The Secret of Kells n'a certainement pas à pâlir.

En effet, ce fabuleux conte celtique aux allures assez religieux par moment (surtout vers la fin) n'a à peu près comme reproche que de trop se complaire au niveau de l'histoire sans réellement se démarquer. Rien de bien neuf: un jeune moine curieux vit dans une communauté constamment dans la peur des vikings qui s'apprêtent d'un jour ou l'autre à venir étendre leur règne de terreur. Hautement surveillé par l'Abbée qui lui refuse tout et grandement épaulé par un nouveau venu d'une contrée lointaine, en plus d'une mystérieuse "fée" avec qui il se lie rapidement d'amitié il enrichira ses connaissances et atteindra peu à peu une éternelle sagesse. Donc, on navigue dans le terrain des vieilles légendes, du bien et du mal, du passé et du présent, etc, etc.

Pourtant, on n'a pas à se ramollir devant autant de classicisme, puisque chaque recoin de ce long-métrage assez familial n'exprime que des qualités. Dès l'ouverture, le style visuel impressionne et fascine alors que le coup de crayon est autant simpliste que travaillé, tout en faisant preuve d'une fluidité étonnante en donnant le coup d'envoi à une palette riche en couleurs et en textures.

Épaulé par la mise en scène, chaque instant donne lieu à des tableaux d'une grande richesse où chaque détail est pris en compte en faisant fourmiller des trésors d'une grande finesse, en alliant d'un point narratif autant le rire que la méditation. Puisant dans les traits les plus caractéristiques de la culture celte, on évoque à merveille cet art aux contours particulier et reconnaissables d'entre tous. De cela, on ne peut cacher l'exemple de la première vue sur la forêt qui rappelle de manière prononcé de nombreux vitraux.

On ne peut non plus passer sous silence la sublime trame musicale que Bruno Coulais (Les Choristes, Coraline) a concocté à l'aide d'une recherche minutieuse et la voix de Kila, qui ne cesse de magnifier avec encore plus d'éloquences chaque précieux moments.

Par ailleurs, l'usage d'un montage rythmée et ambitieux en multipliant les points de vue et les angles tout en faisant avancer l'histoire, évite de se stabiliser bêtement alors que chaque seconde donne lieu à une avancée du récit, de l'action et qu'on ne s'attarde jamais trop longtemps sur des trucs plutôt anodins. Si elle semble arriver de nulpart, tout en se déroulant en un clin d'oeil, on remercie le fait que cette attaque des vikings n'aie pas servi à jeter de la poudre aux yeux et servir d'apothéose triomphale pour en mettre plein la vue. Pour cela, on peut aisément compter à cette ultime finale qui rehausse tout le meilleur du film: le visuel et le coup de crayon soignée dont a eu preuve durant les courtes 75 minutes qui ont composées le film, la puissance évocatrice de ce récit accordant une grande importance à la richesse du passé et à la nature, mais également toute la force et l'efficacité de la musique de Bruno Coulais, amenant sans problème de grands frissons, nous donnant sans peine l'illusion et l'impression de détenir en nous toute la vérité sur ce secret des Kells.

En somme, on en ressort sans l'ombre d'un doute grandement impressionné, mais également enchanté ainsi que charmé par cette façon fascinante qu'a un film aussi enfantin de raviver avec vigueur notre coeur d'enfant et toute la magie qui s'y lie.


3 mars 2010, 9:37
The Messenger: vile vulnérabilité

 The Messenger est un film de guerre comme je les aime puisqu'il s'attarde beaucoup plus sur les conséquences psychologiques qui s'ensuivent que sur l'action ayant lieu sur le terrain. Oui, un film de performances, certes, mais qui s'avère ô combien efficace.

Le film prend rapidement son ton alors que le sergent William Montgomery se réveille en salle d'opération, reprenant peu à peu conscience de la vie, mais également de ce monde plutôt calme et morne dans lequel il devra réapprendre à vivre loin du stress façon "The Hurt Locker" comme on s'en doute. Encore apte, il sera confié à une nouvelle mission: être responsable d'annoncer aux familles la mort de leur proche au front.

Dès lors, le récit touche un angle franchement intéressant en mettant à l'avant-plan un côté méconnu d'un des nombreux sous-aspects de la guerre. On est loin et pas tant du fameux clichés à la "Brothers" et autre mélodrame sur fond de guerre où l'épouse rapidement éplorée reçoit la visite d'un homme en uniforme qui lui annonce sans la pointe d'émotion la mort de l'amour de sa vie, détruisant du tout coup chaque parcelle de son univers.

Magnifiquement construit de bout en bout (à cela on félicite Oren Moverman, co-scénariste du fabuleux I'm Not There notamment), on ne manque pas d'illustrer sous toutes ses formes la vulnérabilité de tous ces gens impliqués de près ou de loin à la guerre. Que ce soit du soldat qui vient tout juste d'en sortir à celui qui peine à en effacer les souvenirs, jusqu'aux différents membres familiaux qui affrontent avec dureté le deuil et la tristesse. À travers toutes ces situations qui ont toutes un petit quelque chose à offrir et un "twist" souvent fortement intéressant, on y tisse une légère intrigue amoureuse qui, si elle semble mal tombée en terme de "timing" quant à la vie, montre également que parfois, on doit faire avec ce qu'il y a et profiter du mieux qu'on peut du hasard et qu'ainsi, pour s'en sortir, il n'y a rien de mieux que de se soutenir mutuellement dans nos traumatismes.

En ce sens, le film mise avec justesse sur ses dialogues, magnifiquement orchestrés entre divers silences et cette subtile trame sonore de peu de notes et de grande simplicité qui magnifie l'ambiance générale, mais également sur ses excellents interprètes qui livrent avec une dureté et un réalisme poignant cette réalité brutale, alors qu'on ne se gène pas pour offrir de longs plans -quasi- séquence qui amplifient à souhait l'effet escompté et que l'émotion nous sort profondément des tripes.

Si Woody Harrelson détonne par sa nuance de jeu entre l'être froid qui fait son boulot et l'homme grandement affecté par de troublants événements, ce qui lui vaut par ailleurs une nomination aux oscars, on ne peut cacher la justesse du toujours excellent Ben Foster (Six Feet Under, 3:10 to Yuma), qui offre un penchant humaniste profondément important quant aux troublants questionnements visant l'attitude à aborder face à un tel travail, mais également de l'aussi touchante que d'habitude Samantha Morton (Control, Elizabeth: The Golden Age, Synecdoche, New York), en femme vite jugée par son manque d'émotions face à sa situation de veuve qui cherche à s'en sortir sans trop de séquelles, et du grandiose Steve Buscemi qui ne déçoit toujours pas dans ce rôle de père dépassé par les événements.

En somme, un film minimaliste qui n'en fait pas des tonnes en préférant exposer les situations avec réalisme pour mieux venir chercher les émotions nécessaires, mais également la compréhension attendue. Un film juste et profondément sincère qui dépeint un univers auquel on ne porte pas toujours l'attention nécessaire ou qu'on le confine trop facilement dans des cadres beaucoup trop superficiel. Grandement touchant, sans pour autant en être trop affectant, compte tenu d'une certaine légèreté qui empêche de nous couler dans les abysses dans lequel le film semble souvent s'enfouir, sans véritablement s'en sortir.


3 mars 2010, 1:23
Michael Jackson's This is it: le roi de son monde

 Peut-être que c'est moi qui est condescendant quant au fait d'en avoir trop entendu parler et d'avoir l'impression qu'il ne mourra jamais à force de l'entendre à répétition partout et nulpart à la fois, du moins, découlant d'un abus poussé depuis sa mort en juin dernier, mais au final, ce documentaire grandement encensé a tout fait sauf m'enflammer.

Réalisé par Kenny Ortega, à qui l'ont doit avec plus ou moins de bonheur tous les High School Musical de ce monde, on a l'impression de ne pas découvrir grand chose et de ne pas être témoins de grands choses non plus.

Fais clairement à la va-vite pour profiter du buzz médiatique et populaire de la chose, on se désole de ce résultat assez bâclé, alors que ce grand méli-mélo de genres qu'il n'atteint jamais vraiment (documentaire, entrevues, extraits de répétitions, informations sur la conception, etc) tombent rapidement autant à plat que dans la redondance.

Encensement inutile de la part de tous ces gens en larmes qui lèchent les bottes au "roi de la pop", montage cadencé et épileptique, effet de piètre qualité, split-screen abusé et autres, on relaye en intégralité, chanson après chanson, des tableaux inachevés de ce que s'en allait être le spectacle assez guimauve qui devait redonner toute la gloire que Michael Jackson avait perdu.

Dans ce sens, c'est réussi, puisqu'on redore l'image d'un homme carrément détruit en ramenant à l'avant-plan un perfectionniste acharné, relativement en forme, plutôt enfermé dans sa tête, mais visiblement roi de son propre univers, alors qu'il décide à lui-seul la quasi-majorité des choix, allant même jusqu'aux cues des musiciens et danseurs (il faut certainement le voir à l'oeuvre en train de pointer avec autorité les projecteurs de lumières et les musiciens pour guider le tempo), ce qui s'avère assez honorable. Sauf qu'à tous les autres niveaux, ce long résultat étendue sur un bon deux heures s'essouffle dans le temps de le dire alors qu'on a vite fait le tour de la question.

On perd vite le rythme et on ne cherche même plus à donner des genèses sur les différents tableaux, leurs cycles de créations ou des bribes de la vie en dehors du spectacle, des répétitions, de l'environnement scénique, on se retrouve simplement cloîtrés dans ce large environnement hautement superficiel en quelque part où s'enchaînent des pièces comme si on avait inséré un Best of dans le lecteur, avec des fondus au noir en guise de séparation pour faire des distinctions.

Les divers plans de caméra n'y changent rien puisqu'ils sont mal fait, mal cadrés, inintéressants (quel intérêt à voir un caméraman se replacer?) ou agaçant tout au plus. Pourquoi s'entêter à rester au sol, sur la scène et à gosser avec son zoom in et son zoom out. Si le budget avait dès le départ été amorcé pour offrir un making of en supplément du dvd, pourquoi ne pas avoir mis les efforts nécessaires pour soigner l'image, la qualité, l'intérêt ou même aller chercher des plans aériens sur grue pour littéralement nous plonger dans la création même et non pas de loin comme un fan rapidement entré et rapidement sorti d'un univers inusité? De plus, pour ce qu'on en voit, la mise en scène même du spectacle s'avère assez quétaine sur les bords alors qu'on met l'accent sur les green screen et le 3D, d'une incursion aux films policiers en noir et blanc aux danseurs démultipliés, en passant par les combats chorégraphiés, sans oublier la capsule écologique à saveur "avatarienne" pour "conscientiser", on s'avère peu impressionner par ce qu'aurait pu être ce spectacle grand déploiement, comme tant d'autre, de la pyrotechnie aux grandes dépenses.

Tout pour ravir les fans cela dit qui prendront plaisir à se déhancher et à fredonner tous ces airs majoritairement connus, mais pour le reste, n'y comptez pas. Pas d'arrangements ou de mixages fascinants pour ces classiques, pas de véritable making of, rien. Par moment, on manque à un tel point de matériel que la longue séquence s'en tient à un Michael seul sur scène qui récite sa chanson comme un grand garçon. Désolant, puisque dans cette tentative d'offrir la captation live d'un spectacle qui n'aura jamais lieu, on n'offre rien pour le rendre plus ou moins attrayant.

En somme, peut-être que dans un montage plus conscientisé et soigné, tout ce matériel serait digne d'offrir un léger making of moindrement intéressant, mais même-là, on semble en douter tellement ce qu'en a sorti Ortega frôle l'ordinaire, si ce ne serait d'avoir un dernier regard, vivant, sur une des morts les plus médiatisée de l'histoire. En ce sens, malgré tout le positivisme qu'on a pour apprécier et succomber aux derniers instants du roi de la pop, on ne peut qu'être déçu de ce manque de résultats. Dommage.


3 mars 2010, 12:33
It's Complicated: Plaisirs coupables

 Pour beaucoup, tout ce qui est en lien à Nancy Meyers est semblable et comparable à de la bouillie pour chats, alors que pour d'autres, elle illustre à la perfection les fantaisies que bien des tranches d'âge ou certaines minorités par moment oubliées n'osent pas nécessairement s'offrir. Si on ne peut pas nécessairement accorder raison à l'un ou à l'autre on relayera le tout à la catégorie des plaisirs coupables, puisqu'il y a certainement un petit quelque chose dans ces films qui les empêchent de s'enfoncer au plus profond des oubliettes.

Ça ne fait qu'à peine 10 ans depuis son premier long-métrage, The Parent Trap (oui, celui-là avec Lindsay Lohan qui de façon "impressionnante" interprétait les DEUX jumelles), alors que Nancy Meyers a déjà pondu cinq films. Fructueuse? Elle est certainement une des cinéastes féminines les plus productives et, en quelque part, c'est honorable puisqu'elle réussit à signer sa marque et à offrir des "chick-flick" avec un petit plus non-négligeable.

En effet, en délaissant les comédies familiales, elle s'est vite imposer avec What Women Want qui de façon surprenante abordait les femmes du point de vue d'un homme qui suite à une "petite fantaisie bizarroïde" avait la capacité d'entendre les pensées des femmes autour de lui. Ont suivi les Something's Gotta Give et The Holiday qui d'un côté explorait la vie frivolle des sexuagénaires et les vies amoureuses et tumultueuses de deux jeunes adultes en quête du véritable amour.

En reprenant nombreux thèmes liés au désir et aux quêtes de la vie elle-même, Nancy Meyers récidive avec It's Complicated, où, si certaines idées semblent pourtant bien tombé dans cette exploration de la vie frivole des quinquagénaires, ne prouvent pas nécessairement son talent.

En effet, Meyers en beurre épais, comme le personnage de Meryl Streep et sa garniture à gâteau (oui, parce qu'elle incarne avec à peine quelque mois d'intervalles avec Julie & Julia une chef-cuisinière qui trippe sur la bouffe et qui a fait ses études à Paris) et gâche souvent certaines idées bien amenées, même s'ils font souvent offices de clichés.

Pourtant, dans ses contextes, elle aurait grandement le loisir d'amener ses divers clichés à son avantage, que ce soit du joint à l'adultère, jusqu'aux coquetteries taquines, mais Meyers en profite très peu. Mis à part quelques bonnes scènes où le rire se fait bon et pas trop gras, on doit avouer que beaucoup se font rapidement gâché par des choix plutôt douteux (la conversation webcam est un bon exemple, alors que c'était bien parti, mais que ça a vite viré en vulgaire et en mélodrame) et qu'au final, on doit beaucoup aux interprètes de grande classe qui sauvent de beaucoup le film.

Par ailleurs, c'est sûrement ce qui permet à Miss Meyers de s'offrir de la visibilité et de souvent faire oublier son manque de talent pour la scénarisation, la mise en scène ou même, la réalisation tout court que ce soit générale ou d'acteur, soit, se concocter des distributions de haut calibre alors qu'elle s'est offerte les Dennis Quaid, Lindsay Lohan, Mel Gibson, Helen Hunt, Jack Nicholson, Diane Keaton, Frances Mcdormand, Keanu Reeves, Cameron Diaz, Kate Winslet, Jude Law, Jack Black, Rufus Sewell, Edward Burns, et j'en passe, en pas moins de quatre films. Comme de coutume, elle s'offre cette fois-ci nul autre que la grande Meryl Streep, Alec Baldwin et Steve Martin, ainsi que John Krasinsky avec qui elle renoue.

Pour revenir avec ce que je disais auparavant, si ce ne serait de ces quatre acolytes qui affichent une complicité sans pareil et un talent indéniable pour la comédie (pour ceux qui en doutait du moins), on doit dire qu'on s'ennuierait grandement. Puisque comme le laisse présager la première partie du film, il n'y a rien de très excitant dans tout cela et la mise en scène d'un non-talent poussé de Nancy Meyers n'a rien pour aider, sans oublier que ses dialogues sonnent souvent creux. Heureusement, au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans ces petites fantaisies grandement coupables (Streep qui tombe tour à tour (ou retombe, selon) sous les charmes de Alec Baldwin, son impitoyable ex-mari à nouveau marié à une femme plus jeune (irrésistible) et de Steve Martin, son architecte timide (craquant)), on ne peut cacher qu'on finit par succomber et qu'au prend plaisir à, disons-le, leur plaisir. Pourtant, on parle là d'acteurs qui n'ont aucun mal à s'auto-diriger et il faut avouer que le désespoir revient nous hanter quand on doit se replier sur les autres acteurs du film (que ce soit des amies aux enfants), alors qu'ils arrivent bien la à jouer juste en devant ce replier au désir non-hésitant à Meyers de vite se lancer dans la guimauve, le sentimentalisme et bla bla bla. Au moins, le plaisir est au moins au rendez-vous et ça c'est tant mieux.

Au final, si on reproche le manque de personnalité (pourquoi insister sur cet accent musical espagnol avec la guitare et les sonorités insubtilement piquée aux succulent Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen?) on en veut également que l'exploration d'un tel sujet ne soit pas plus enrichie puisqu'on aime bien les histoires de quinquagénaires quand c'est bien fait. On se réjouit tout de même qu'on aura assister aux petites folies de grands acteurs qui reconfirment avec bonheur leur talent, tout en espérant que dans un futur proche, Meyers ne se portera pas elle-même volontaire pour mettre en mots et en images ses propres illuminations, puisqu'on en ressortira avec plus l'impression d'un petit rien peu mémorable qu'une virée fortement hilarante.


27 février 2010, 1:22
Les septs jours du talion: blessures inguérissables

 Alors qu'on n'y croyait plus, Daniel Grou -alias Podz- s'impose en prouvant qu'il est effectivement possible d'offrir un excellent film à partir d'un roman de Patrick Sénécal. Par ailleurs, c'est probablement dans ce désir de tout laisser au côté cinématographique et en accordant très peu au côté littéraire que Podz s'en sort le mieux.

En plus de son amour pour la désaturation, Podz construit un univers qui se suffit à lui-même afin d'exploiter un débat qui appartient bel et bien à notre monde. En ce sens, la base de l'histoire est simple: deux jeunes parents voient leurs vies s'écrouler lorsque leur petite fille de huit ans est violée et assassinée. Profondément tourmenté à la suite de l'arrestation du possible agresseur, le père se lance dans un plan de vengeance personnelle qu'il est prêt à exécuter avec méticulosité.

Oui, c'est simple et ça ne prend que peu de lignes pour résumer l'essence des quelques 110 minutes qui constituent le film. Cependant, la profondeur et la lourdeur de l'ensemble est tout autre. Par ailleurs, dès les images brutales du corps meurtri de l'innocence même sous le son incessant du mouvement redondant de la vulnérable mère suivi du titre du film qui en hante déjà plus d'un, on doit avouer qu'un immense inconfort s'immisce en nous et que celui-ci prendra bien du temps avant de nous quitter.

Moins d'un an après l'Antichrist de Lars Von Trier, Podz et Sénécal, qui a signé lui-même l'adaptation, offrent leur propre version du deuil en osant eux-aussi la violence extrême justifiée et non-gratuite, usant d'une réflexion totale et entière en osant exposer sans nécessairement disposer.

De cela, on les remercie d'avoir opté pour l'hyper-réalisme afin de traiter d'un tel sujet, soit, la vengeance, en se retrouvant ainsi à milles lieux des divers envolées fantasmées des Chan-Wook Park, Tarantino et autres Saw.

Dès les premières images, le ton bleuté-grisâtre teinte l'image pour mettre en contexte la froideur qui nous parcourra de bout en bout à l'aide de frissons, à travers cet interminable silence habilement utilisé en faisant abstraction de toute trame sonore pour éviter les distractions, pour nous enfermer plus promptement dans l'univers sans espoir et sans issue des personnages. Un vide qui se mêlera parfois aux cris de douleurs, aux hurlements de terreur, aux pleurs incontrôlables, aux sons inquiétants de la nature, aux voix noyées des personnages tout autant que les bruits des coups, mais qui finira par s'unir dans un espèce de bourdonnement aussi inconscient qu'insupportable, signe incontestable de cette douleur qui obsède et dévore sans lâcher prise.

Fort des performances de sa très bonne distribution (de Claude Legault à Martin Dubreuil, en passant par Rémy Girard et Fanny Mallette, sans oublier Alexandre Goyette et les nombreux autres), on doit avouer que plus d'acteurs méconnus auraient encore mieux aider à faciliter l'élaboration de cet univers par moment trop dur pour réellement être vrai.

En ce sens, écrit avec attention, le film prouve sa pertinence en empruntant de nombreuses avenues pour soutenir les diverses positions (de ceux qui approuvent à ceux qui rejettent l'acte, en passant par l'appui ou le désaccord des proches, policiers et autres "suiveux de nouvelle"). De là, il faut avouer que le rythme n'est que très rarement lancinant et que chaque seconde captive par sa brutalité souvent plus psychologique que graphiquement violente, entrecoupé par un montage glacial haché par le noir et l'inconstance, que ce soit au son ou à l'image. Il n'y a que très peu de passages qui seraient à trancher au final, si ce n'est de quelques moments trop démonstratifs (une colère de Claude Legault par exemple ou l'emphase trop poussée sur le personnage de Rémy Girard, inutile dans ce cas-ci, si ce n'est de conversations plus ou moins pertinente entre le kidnappeur et une victime du deuil).

Il faut également avouer que l'expertise dont fait preuve ce premier long-métrage cinématographique que Podz a à offrir parvient à nous faire oublier la mince trame narrative qui attache le récit (l'homme calme devenu plus ou moins compréhensiblement incensé, plus brillant que les policiers qui s'évertuent à le trouver en s'époumonant à de nombreuses reprises devant ses habiles stratagèmes qu'ils n'avaient pas envisagé), trame qui s'avère surprenamment crédible de bout en bout, du moins grandement plus que les nombreuses imbécilités du souvent ridicule 5150, rue des Ormes, s'effaçant alors dans la gravité du reste.

Par contre, il faut avouer que le film demeure en quelque part, de façon plutôt ironique, un film large public alors qu'il suit quelques pistes des meilleurs suspenses policiers en ne se lançant pas entièrement dans l'expérience d'enfermement "homme à homme", soit, là où le film atteint ses plus hauts sommets de réussite. Les diverses confrontations entre Dubreuil et Legault valant grandement la chandelle, trop souvent entrecoupé des avancées des policiers et du regard extérieur sur la chose, tentant par-ci et par-là de suggérer une méthode de penser au spectateur.

Au final, un film qui montre, qui démontre, qui explore et qui nous promène dans toutes les facettes du débat, mais également de la situation, en se lançant dans des tentatives d'explications sans solutions, en passant par la culpabilité à la perte de raisons jusqu'aux comparaisons de situations à travers support et déni. Un film en quelque part essentiel qui se veut d'une douleur psychologique indéniable qui a de quoi hanter et faire réfléchir alors que nombreuses confrontations auront de quoi nous rester en tête pendant longtemps. Une expérience qui met à l'épreuve son spectateur, tout autant que ses personnages, alors que les allées empruntées s'avèrent être des plaies ouvertes et non-guérissables, que l'esprit humain soit exprimé à son état le plus primaire et qu'on en vient à réaliser que le réel blessé de cet histoire n'est probablement pas celui dont ses plaies se refermeront au fil des semaines, si ce n'est de quelques inguérissables souvenirs, et ce, peu importe le traitement qu'il croira bien s'accorder. À vivre.


21 février 2010, 5:16
Bride Wars: que la plus folle gagne!

 En écoutant un film comme Bride Wars, il y a fort à se demander à qui un tel film peut bien s'adresser.

En effet, difficile de croire que cette "fantaisie" peu crédible et réaliste où folies et bons sentiments se volent constamment la vedette puisse réellement intéresser quelqu'un. Si on peut dès en partant éliminer les hommes du public cible puisque dès la bande-annonce où cet interminable jeu de crêpage de chignon semblait être annoncé, on se doute fort que ce film fut enlever de leurs possibilités de sortie cinéma, tout comme des filles de le sélectionner comme "sortie de couple". Toutefois, doit-on réellement croire que des "sorties entre copines" ont réellement été comblé par un film de la sorte?

On pourrait dire que l'idée de départ était bonne et que l'exécution fut simplement maladroite, mais franchement tout est si grassement amené qu'on se demande fort comment une telle idée aurait pu être "améliorée".

On pourrait également en dire qu'on se fout du fond, qu'on se fout de la forme, qu'on a simplement envie d'un divertissement pour se détendre et mettre sa tête à off. Sauf que le résultat ici présent est si bête qu'on aurait du mal à vous croire si vous avoueriez que le tout vous avait "amusé" et non abruti.

De tout ceci, tentons de résumer le tout de la manière la plus impartiale possible.

Liv et Emma sont deux amies d'enfance qui depuis qu'elles ont la capacité de rêver n'ont qu'un seul rêve (et qu'un seul but): le mariage. De cela découle le désir de perfection se reliant à celui-ci. Ainsi, à chaque mariage auxquelles elles assistent, elles n'espèrent qu'avec plus de ferveur que le leur soit décidément mieux ou carrément "le" meilleur. Évidemment, un hic s'impose lorsque le rêve fait enfin son arrivée dans la réalité et le duel débute, puisque sans trop de cachotteries, on réalise bien vite que cet "inséparable" duo est mené par une tête forte, alors que l'autre se soumet sans peine. Le hic, c'est celui-ci: les demandes de mariage arrivent en même temps et une erreur, comme elles ont évidemment le même lieu et la même période en tête, fait que l'inscription soit erronée et que leurs mariages soient la même date.

Y a-t-il réellement un suspense?

Si peu et c'en est déjà ennuyant. De plus, si la solution la plus logique face à ce soit-disant conflit fut frôlé, soit de célébrer leur mariage en même temps, il fallait évidemment éloigner la bêtise plus loin. Dès lors, les deux amies d'enfance ne veulent évidemment pas partager "le plus beau jour de leur vie" et coups bas après coups bas se succèdent afin qu'un seul mariage soit vainqueur, vacheries qui font soi-disant rire, mais dont la plupart ont toutes été dévoilés dans la bande-annonce, impossible à manquer pour ceux qui ont eu le malheur de se pointer au cinéma à cette époque.

À travers ceci ressortent également des morales et des valeurs, des "réflexions" sur l'amitié, mais très peu sur le côté hyper superficiel de l'ensemble. Au mieux, on le glorifie.

C'est bête, ridicule et la réalisation de Gary Winick qui nous a déjà achevé avec 13 going on 30, qui s'était pourtant rattrapé avec le pas-si-pire Charlotte's web et qui tente de récidiver avec le déjà effrayant Letters to Juliet, a simplement tout pour déprimer. Des chansons pop ou mélancoliques jusqu'aux montages style collages de scrapbook.. Ouf!

En somme, si on se doutait depuis longtemps que le film serait loin d'être un succès, mais on doit avouer que le résultat est d'autant pire qu'on aurait pu le croire. De plus, on ne pardonnera jamais à Winick d'avoir abuser du talent de Kate Hudson, mais surtout, de Anne Hathaway qui venait sans conteste de prouver tout son potentiel dans l'étonnant Rachel Getting Married. À éviter et à fuir, c'est pas léger, c'est juste mauvais, voire ennuyant. Point.


19 février 2010, 8:32
Le Ciel de Bay City: quand le sang est mauve

 Dans Le ciel de Bay City, Catherine Mavrikakis nous immisce dans l'esprit tourmenté, troublé, perturbé et véritablement obsédé par le passé de sa protagoniste.

Jeune adolescente immunisée à son passé qu'on tente à tout prix de lui cacher, à l'aube de ses dix-huit ans, en pleine crise intérieure et d'identité, hantée par d'horribles souvenirs qu'elle n'a pas vécu, on peut dire qu'on a droit à un mélange hybride de bien des choses dans ce roman. Des grands fondements de la fierté américaine, tout autant que ces défauts, en passant par les camps d'Auschwitz jusqu'au calme reposé de l'Inde, Mavrikakis pose un regard métissé d'un enfant qui se cherche alors que le monde qui l'entoure, qui ne s'est pourtant pas pour autant trouvé, parvient apparemment sans peine à s'effacer dans de simples illusions.

En effet, ne faisant qu'un avec redondance, à l'aide d'une écriture fébrile et névrotique, l'auteur parvient avec justesse à faire ressentir sans peine les nombreux tourments de son personnage en nous laissant dans l'autopsie et l'observation intérieure et non-détachée de sa folie camouflée par sa crise d'adolescence.

On pourrait croire à "encore une autre histoire sur la deuxième guerre mondiale" et pourtant, si le sujet s'avère frôlé et mentionné tout au long du roman, il serait difficile de le qualifier ainsi. Le tout n'est plus alors que l'excuse d'un assemblage de péripéties, de métaphores et de réflexions s'unissant à ce terrible, mais pourtant captivant compte à rebours dévoilé dès le premier chapitre.

En ce sens, Mavrikakis signe une structure narrative hautement intéressante où la méticulosité a son mérite, mais où l'inégalité a également sa place. Mélangeant habilement lourdeur, pesanteur et légèreté dans ses changements maîtrisés de tons et de réflexions, que ce soit en passant par le poids du passé historique aux tourments plus superficiels de l'adolescence, l'auteur se perd tout de même dans les capsules entrecoupant le récit principal où la continuation de la vie de la protagoniste tend difficilement à réellement nous intéresser.

Allant de pair avec le sujet plutôt lourd et grave qui est dépeint, il serait difficile de dire que la lecture d'un tel roman aurait véritablement suscité les passions tellement la répétition finit par nous monter sur le coeur et à provoquer un étourdissement qu'on aimerait mieux oublier, comme toutes ces horreurs dont la protagoniste tente de se dégager sans s'en sentir capable, tant qu'elle n'aura pas eu toute la vérité. Malgré tout, il est également difficile de dire qu'on a détesté puisque le talent de l'auteur est indéniable et son univers hautement maîtrisé, alors que les milliers de références culturelles et les nombreuses critiques sociales fusent de partout en nous provoquant de nombreux sourires ici et là, alors que les cibles s'avèrent souvent touchées.

En somme, un roman qui se lance à fond dans une expérience qu'il fait vivre à plein régime au point de ne pas nécessairement s'attirer l'appui de son public, mais qui peut être certain de ne pas laisser sans réactions.


19 février 2010, 2:21
Malajube en ouverture du Festival Montréal en Lumière édition 2010

 Ça y est, c'est fait, le festival Montréal en lumière a offciellement débuté le 18 février dernier avec le rock progressif enflammé de Malajube pour donner le véritable coup d'envoi.

Qu'on se le tienne pour dit, les "êtres de lumières", les animateurs de foules, les performeurs (voir ici personnes sur échasses, moyennement déguisés) les artistes de cirques s'exécutant dans les airs (à ne rien y voir, parce que trop haut et inaccessible) et toute la pyrotechnique plutôt raté qu'ils ont tenté d'utiliser pour nous en mettre plein la vue en guise de cérémonie d'ouverture pour ce festival majoritairement extérieur qui se aura lieu jusqu'au 28 février prochain (avec la désormais classique Nuit Blanche en clôture) faisaient bien pâle figures devant la véritable bombe de la soirée, et fortement attendue à en croire la foule peu impressionnée par les autres simagrées énumérées plus haut: Malajube!

De la belle neige, un beau froid et du bon vent attendait autant public que les quatre membres du groupe Malajube visiblement heureux de se produire dans un tel événement. Arborant fièrement manteaux, tuques et capuchons, il faut admettre qu'ils semblaient bien se les geler aux premiers abords, mais une fois le "party" bien amorcé, les manteaux se détachaient, les foulards s'enlevaient, les bières s'accumulaient et la foule s'endiablait.

Ce qu'on aime de Malajube, c'est leur imprévisibilité. En effet, c'est avec un certain plaisir que j'ai pu assister à la défaite d'un des "fans" étant assuré de la dernière chanson que le groupe allait jouer. Après tout, qui aurait pu croire qu'après avoir lancé un EP garni de quatre véritables cadeaux à la suite de leur troisième album Labyrinthes véritablement encensé par la critique, le groupe préfèrerait plutôt jouer dans sa quasi-totalité leur deuxième album, Trompe-l'oeil, qui les a après tout propulsé?

C'est effectivement sous une pièce d'envolée trompeuse, Les Collemboles de leur plus récent album, que Malajube a vite dévoilé et enchaîné les hits qu'un groupe normal n'offrirait pas avant au moins la fin si ce n'est de l'ultime rappel. De Pâte filo à Casse-cou en passant par Le Crabe, la sublime et toujours aussi touchante Étienne D'Août, l'énergique et ultra-puissante Filles à plumes, Montréal -40 qui se prêtait agréablement bien aux circonstances et La Monogamie qui s'avère toujours efficace lorsque chanté à l'unisson, on peut dire qu'on aime que le groupe garde toujours un étroit contact avec passé et présent.

De cela, on retient leur choix d'avoir joué Le Bataillon et La Valérie de leur premier album, mais également Luna et Porté disparu de leur plus récent. La petite surprise fut l'insertion d'une interprétation toute personnalisée de Le printemps des amants de Mara Tremblay, magnifiquement bien servie par le groupe, dans une formule plus rock comme on peut évidemment s'y attendre.

Même s'ils ne sont pas plus bavards qu'avant, le groupe demeure tout autant humble et plaisant, autant qu'à l'aise sur scène, même après avoir conquis une bonne partie du globe. De plus, leur énergie indéniable a pu encore une fois être exposée lors d'une explosive interprétation de Cristobald en guise de chanson finale, vite épaulée en rappel par l'entraînante Ton plat favori et la désormais incontournable Le pirate d'Hochelaga, enfin disponible en version studio sur leur plus récent EP.

En somme, malgré le jeune public insupportable sur les bords par leur incapacité à bien se tenir (pourquoi toujours terminer dans un enchaînement ridicule de body surfing et de "trash" violent, ce, même en hiver, au point de devoir garder notre attention à la fois au spectacle, mais aussi principalement à notre survie), pour tous les autres, les fans, qui ne s'empêchaient aucunement de fredonner à haute voix les paroles qu'ils connaissaient par coeur malgré le froid qui nous habitait toujours un peu plus à mesure que l'heure avançait, on peut dire que ce fut une excellente heure et demie qui fut remplie. Un spectacle digne de Malajube, de son talent, mais également comme preuve de leur pertinence et de leur efficacité.

Par ailleurs, avec un nouvel album en préparation et en nous menaçant de ne pas s'offrir une autre fois en spectacle au Québec au courant de l'année, on doit tout de même avouer qu'ils ne nous laissent pas sans restes puisque c'est le même jour qu'ils en ont profiter pour dévoiler leur collaboration avec l'ONF.

Par celà, on entend le premier clip interactif à faire son apparition où images d'archives, la pièce Contrôle de Malajube (avec paroles à l'appui(!), des mots concernant la folie et également la participation du spectateur sont mis à rude contribution. Vivez l'expérience par vous même: http://interactif.onf.ca/malajube/

 


14 février 2010, 8:43
Where the Wild Things Are: insécurité enfantine

 Where the Wild Things Are n'est pas un film facile à défendre et ce, avec raisons pusqu'il n'est pas simple à aimer et à assimiler aisément. Pourtant, il fait parti de ces films à ne pas abandonner au premier effort et qui vaut toute l'énergie qui sera nécessaire pour le comprendre et se l'approprier au point d'en ressortir grandement épuisé comme cet enfant qui sommeille en nous et qui lutte tous les jours pour sa place dans cet univers trop grand et trop complexe pour lui, mais qui, exténué, ne fait que s'écraser à la fin de la journée pour mieux retrouver sa forme afin de se préparer, sans trop savoir pourquoi, à affronter la nouvelle bataille, celle du lendemain et de tous ces jours qui suivront.

Reconnu pour ses univers fourmillants d'imagination et de sincérité qui se collent magnifiquement aux vidéoclips et aux publicité, au même titre qu'un certain Michel Gondry avec qui il a partagé le scénariste Charlie Kaufman dont il a dû se départir après deux magnifiques et inoubliables longs-métrages (Being John Malkovich et Adaptation), c'est après plus de sept ans d'absence au grand écran que Spike Jonze est enfin venu nous présenter sa version du classique de la littérature jeunesse Where the Wild Things Are. Ce, après une alléchante première bande-annonce (une de des meilleurs jamais faites) qui s‘alliait brillamment à la pièce Wake Up du groupe montréalais Arcade Fire.

Repoussé à plus d'une reprise, retravaillé de bout en bout et balancé d'une compagnie de distribution à une autre, on peut dire que l'histoire entourant la création du film n'est pas de tout repos. Surtout si on mentionne les nombreux choix notamment celui du réalisateur que Maurice Sendak, l'auteur, a lui-même sélectionné avec difficulté, afin de trouver la personne idéale pour donner vie avec justesse à ses "Maximonstres" ou ses "Wilds Things" (dépendant de ce que vous préférez, j'ai pour ma part un faible pour l'appellation anglophone), ou encore la décision de ne pas faire de ce film, un d'animation, comme prévu initialement. Dès lors, si selon certains critères, il est de mise de considérer le tout comme un Blockbuster, il faut avouer l'inévitable vision d'auteur que Jonze réussit à partager et à livrer tout au long de, disons-le, son chef-d'oeuvre.

Pourtant, on peut comprendre les craintes des producteurs et de tous les gens associés ou qui ont été associés au projet puisque c'est tout sauf un film facile et c'est presque assuré que plus de la moitié, sinon plus, des nombreux curieux qui se lanceront dans l'aventure, en sortiront rebutés, voire indifférents. De là découle la première distinction à faire d'un tel film qui s'avère majoritaire pour non seulement pleinement l'apprécier, mais également l'aborder. Where the Wild Things Are, contrairement au livre en soi, n'est pas un film pour enfants, mais bien un film sur l'enfance, et si cette différence semble banale voire mince et à simple titre métalinguistique, elle est essentielle. Ainsi, il ne faut pas s'attendre à un film léger et divertissant pour les cerveaux en détente, ni à emmener avec insouciance les jeunes et les bambins devant une telle oeuvre puisque c'est presque assuré qu'elle ne conviendra pas.

À cela, il faut avouer que le titre francophone s'avère trompeur et que "Max et les Maximonstres" semble difficilement s'adresser à un public mature fervent d'arts, du vrai, mais il faudra délaisser les préjugés et se faire à l'idée. Il faudra également totalement s'abandonner puisque ce que Spike Jonze offre, c'est une pièce cinématographique, une expérience totale, qui autant dans son contenu que par sa forme parvient à rester dépendamment fidèle à son message, à son propos et ce, à tous les niveaux qui soient. C'est donc à partir d'ici qu'il faut y trouver et y découvrir toute la fascination et la magnificence du film en soi, en l'abordant exactement comme ce qu'il dépeint: un enfant de neuf ans aux actes et aux pensées autant incompréhensibles, soudains, spontanés qu'irréfléchis.

Cette brisure, mais également fusion, étant ainsi faites entre simple divertissement et véritable oeuvre d'art se fera également pendant le film, ce qui séparera et écorchera indubitablement le public. Abordons toutefois le film par le premier acte, le petit favori, celui qu'il est presque impossible de ne pas apprécier.

L'ouverture n'a rien de très compliquée. Un silence, un vide, un petit rien du quotidien: un enfant déguisé en bête qui s'amuse avec son chien. La brisure est abrupte, le plan captif, l'enfant joue et hurle avec l'animal alors que se dessine le temps d'un instant sous nos yeux le titre du film d'une façon enfantine, voire banale et vulnérable. Amplement momentané, l'enchaînement est d'autant plus frêle alors que la vie solitaire du jeune Max défile avec réalisme et de façon déchirante sous nos yeux, ce, dans tous ces nombreux silences et ces détails, même dans les plus infimes qui soit, comme ces divers cadeaux: de celui d'un frère qui ne cherche qu'à être attentionné auprès de sa grande soeur ou celui plein de promesse offert par un père désormais absent. Que ce soit dans sa façon douloureuse de se faire remarquer de sa famille qui peine à réellement prendre soin de lui, de sa mère (toujours aussi touchante Catherine Keener en mère mono-parentale qui tente difficilement de gérer toutes ces situations) à sa soeur, toutes deux trop prisonnières de leurs propres exigences et conventions, ou encore dans ses histoires provenant de l'imaginaire du jeune homme d'un désespoir difficilement assumé, on se retrouve entièrement assujetti au jeune Max Records, criant de justesse et de sincérité, sachant émouvoir et toucher d'un seul regards, sans jamais s'avouer vaincu, sans jamais s'avouer invincible, mais en restant simplement enfant et impuissant face à tout ce qui l'entoure, jusqu'à ses douleurs et ses frustrations spontanées qu'il regrette de façon incontrôlable par la suite. À l'aide de tous ces attributs, en moins de trente minutes, le film nous prend aux tripes et aux larmes alors qu'on reconnaît instantanément le jeune enfant qui sommeille en nous encore tout fragile et qu'on semble avoir quitté depuis pourtant si peu, si on l'a véritablement quitté.

Simple sans nécessairement être simpliste, on sent l'approche réaliste, mais également instable que Jonze privilégie et qui se fera sentir tout au long de son long-métrage, rappelant sans conteste l'esprit d'un enfant: inégal, non-linéaire, souvent incompréhensible; sans oublier cette espèce de sensibilité déchirante magnifiquement rendue par cette trame sonore juste et nuancé de Karen O and the Kids et dans ce style caméra à l'épaule qui nous donne l'impression d'assister malgré tout à ce débordement d'émotions imprévisibles, transformant peu à peu ce petit enfant enfoui en véritable monstre qui n'attend que le signal opportun pour laisser échapper son grognement et sa rage naturelle.

Il faut également avouer que ce climat hivernal livre avec encore plus de dureté la froideur du monde apparemment sans espoir dans lequel le petit Max vit, ce, jusqu'à ce que la douleur et l'incompréhension aille trop loin et que l'impensable aie lieu: Max s'enfuit suite à un conflit quelconque et que la réaction soit évidemment plus grande et exagéré qu'elle aurait du l'être. Métaphore amplifiée, la folle course le mène près d'un point d'eau où un bateau qui l'attend le mènera vers une île inattendue, un refuge personnel en quelque sorte pour mieux extérioriser ses propres démons.

Dès lors, la [con]quête (intérieure, si l'on veut voir le tout comme un voyage intime dans la tête du héros) du jeune aventurier débutera. Sa première découverte sera celle des "Wild Things" (représentants de divers aspects de la personnalité de notre héros, si l'on adhère à la théorie mentionnée plus haut), qu'il observera aux premiers abords caché, autant intrigué que terrifié et qui, comble de circonstances, feront de notre jeune protagoniste leur roi qui leur fera la promesse de leur bâtir un monde parfait.

Par la suite, à mesure qu'un univers de possibilités s'ouvrira à notre protagoniste-roi, s'ensuivra une série de folies et de jeux qui apparaîtront comme étant tous plus banals et insignifiants les uns des autres,  mais où découlera un point commun: un certain bonheur et une grande convivialité dans ce monde automnal grandement ensoleillé où ces énormes créatures de peluche, combinant à merveilles véritables costumes grandeurs natures et animations électroniques en plus des voix réconfortantes et judicieuses des nombreux James Gandolfini, Lauren Ambrose (la fameuse Claire de la télésérie Six Feet Under), Catherine O'Hara, Chris Cooper, Forest Whitaker et autres, sembleront offrir la chaleur, le confort et le soutien nécessaire dans leur façon éphémère et momentanée de profiter de la vie et du moment présent.

Ce second acte, grandement critiqué, pourra alors avoir des airs de redondances, mais il sera l'illustration parfaite de l'enfance dans toute son innocence et sa naïveté de façon totalement intérieure alors que le premier acte s'y intéressait d'une approche beaucoup plus extérieure. C'est donc là, sans tomber dans un résumé exhaustif (désolé si c'est ce dont le tout avait l'air), à mesure qu'on s'enfoncera toujours plus loin dans cette infernale et interminable ronde, que tout le génie du film se révélera à nous et que le constat sera bien plus intériorisé qu'on le croyait au tout début et qu'on se retrouvera face à la véritable nature de l'enfance rempli de faussetés, de mensonges et de regrets et aux duretés et impossibilités, autant auprès des injustices que de ces promesses non-réalisables de ce monde adulte fortement limité, au fur et à mesure que le mot conséquence dévoilera son existence auprès du mot acte et qu'ainsi s'effectuera abruptement ce passage et que toutes ces questions sans réponses seront laissées en suspens en raison de la douleur sans nom et des exigences de ce monde "mature" aux milles conditions.

Dès lors, la fin du film ne s'avèrera que plus cruelle dans cette façon déchirante en deux degrés superposés d'illustrer ces adieux qui n'ont pas vraiment lieux face à cette brisure imaginaire qui se produit dans la vie de tout être humain et que le personnage n'aura que d'autres choix que d'assimiler peu à peu toutes ces expériences qui le bâtiront lentement, mais sûrement comme être en soi. Cette façon inexprimable et inexplicable de mettre un terme aux enfantillages autant pour le meilleur que pour le pire, dans cette ascension inévitable vers la maturité.

À ce sens, il n'y a peut-être pas vraiment de fin et aussi libre et vaste peut-elle sembler, elle termine ce que le film a abordé [l'enfance] en suggérant tout le reste, en ayant en guise d'extra, les marques indélébiles et éprouvantes que le temps, la vie et dans ce cas-ci, le film, auront laissés en guise d'accroches et d'écorchures autant sur le protagoniste que sur nous et ça, ce sera tout à l'honneur de ce chef-d'oeuvre. Puisqu'après tout, s'il s'avouera beaucoup plus profond qu'on oserait l'avouer et qu'il insinuera et imposera de nombreuses écoutes, en le quittant, il nous donnera l'impression d'avoir vécu, mais également participé à une mise en abyme de notre propre existence et c'est ainsi, complètement déboussolé, bouleversé et épuisé, qu'on en ressortira en quelque part grandi.


13 février 2010, 6:27
Transit: rêves ambitieux

 Qui est Christian de la Cortina? Probablement que peu de gens pourront répondre à cette question et il faut avouer qu'on n'aurait du mal à leur en vouloir puisqu'après tout, il n'a rien d'un jeune cinéaste prodige de 19 ans (de toute façon ce titre a déjà été attribué à une coupe de cheveux) et malgré l'étalage de la démesure étonnante d'ambitions face aux moyens d'origine, il faut avouer qu'il a finalement fait peu de bruit.

N'empêche de s'être approprié le premier rôle d'un film qu'on a également écrit, réalisé, co-produit/financé avant d'avoir trente ans, ça en impose! De plus, d'avoir décidé de donner dans le film d'action aux intrigues policières, on montre à nouveau l'immensité de ses ambitions. Plus intriguant qu'un certain Nitro, on ne peut malheureusement pas dire de Transit qu'il est une réussite.

En effet, des dialogues d'une pauvreté pas vraiment assurée et une histoire qui arrive rarement à susciter l'intérêt sont au centre de ce film où la crédibilité en prend souvent un grand coup. L'apparition de quelques "vedettes" comme Peter Miller, Hugo St-Cyr et Deano Clavet se perdent parmi les autres acteurs qui livrent avec misère tout le restant du film en tentant maladroitement de le porter sur leurs épaules et en échouant à essayer de lui donner une réelle personnalité.

Pourtant, l'idée aurait pu avoir un intérêt quelconque à offrir. Cette série d'histoires croisées mélangeant culture, langues, bataille des sexes, vol de voitures, poursuite, etc., aurait pu être autre chose qu'un ramassis de déjà vu. Malheureusement, ce l'est que très rarement.

Malgré tout, la réalisation a de quoi impressionner. Si l'image a des airs de films étudiants, le reste demeure relativement fort fonctionnel et est à plus d'un moment bien efficace, surtout dans plusieurs scènes d'actions. Bon côté musique et autres, on repassera, on tombe souvent dans la surenchère ou tout simplement dans l'exploration de tiques de séries B.

En somme, ce film a sans aucuns doutes permis à Christian de la Cortina de donner écho de son existence, de ses désirs et pourrait peut-être même lui donner droit de s'offrir des équipes digne de ces ambitions ce qui nous permettrait de réellement découvrir ce qu'il a dans le ventre et simplement pour ça, on gardera l'oeil ouvert.


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12 février 2010, 7:17
Ariane Moffat en formule trio au National: frissons de salon

 Je l'ai déjà dit par le passé, mais un concert d'Ariane Moffatt c'est un petit bonheur assuré et sa formule trio ne fait aucunement exception.

D'abord précédée par les rythmes et les sonorités inusités de Yoav qui s'apprête à sortir son prochain album, on doit avouer qu'on avait bien hâte d'entendre Ariane en version épurée, tel que promis.

C'est à notre grand plaisir qu'elle est arrivée secondée par Marie-Pierre Arthur et Joseph Marchand, d'anciens amis de CEGEP en musique à St-Laurent, dans un décor simple où régnait des lampes de salon et des lite-bright (!)

Le concert s'est ouvert avec Hiver mile end magnifiquement interprétée, vite suivie d'Éternel instant présent. Le ton était donné et on savait déjà que le son en trio serait magnifique. Rien de bien compliqué, de beaux arrangements qui donnent place à toute l'intimité nécessaire pour redécouvrir Ariane dans ses plus beaux atours.

Sourires en coin, yeux fermés, grimaces, folies spontanées, petites subtilités, interaction avec son public, déplacement fluide du chant à la guitare, en passant par la batterie et le piano, le naturel dont Ariane fait preuve en concert ne cesse jamais d'épater, aidant à l'esprit "salon" qu'elle a tentée de reproduire avec nous en racontant comme elle seule sait le faire de belles anecdotes du passé autant entre amis que sur certains historiques de ses chansons. On doit avouer que sa complicité irréprochable avec ses collègues avait tout pour aider.

Si c'est Tous les sens, son plus récent album, qui a surtout été privilégié alors qu'on a eu droit à des versions simplifiées, voire magnifiées des Briser un coeur (avec claquement de doigts à l'appui), Tes Invectives, l'Équilibre, Je veux tout, jusqu'à une version country complètement inattendue de La fille de l'iceberg, on doit se rendre à l'évidence de la profondeur des pièces de son deuxième album. C'est dans ses grandes envolés qui savaient cumuler autant beauté que frissons lors des Le coeur dans la tête et Terminus que les moments les plus intenses du spectacle ont pu être atteints, alors que la musique laissait souvent sa place au silence et aux voix a capella qui s'avéraient plus pertinentes que jamais.

Par ailleurs, on ne se lasse jamais de renouer avec Point de mire, la pièce qui nous l'a fait découvrir, ici ramenée à une forme loin des remix qu'elle a subie en cours de route et Poussière d'ange, toujours aussi juste, partagée ici avec Marie-Pierre qui s'est montrée digne d'une pièce qu'on aurait cru plus difficile de laisser à quelqu'un d'autre.

Dans un autre registre, on apprécie grandement l'ouverture qu'Ariane a abordé en interprétant Nobody's fault but my own de Beck, Droit devant de Marie-Pierre Arthur, Man in the mirror de Michael Jackson et le désormais classique Imparfait de Daniel Bélanger qu'elle n'aurait pas pu mieux s'approprier.

Par contre, si le show a cumulé un jouissif deux heures qui a passé à la vitesse d'un claquement de doigt en plus de sentir la perfection, il faut toutefois admettre que devant un environnement aussi agréable et aussi bien établi, on espérait que le spectacle ne se termine jamais. Une plus grande sélection aurait bien sûr relevé du rêve et si certaines libertés d'interprétations comme mentionnées plus haut ont su littéralement prolonger le plaisir déjà présent, on en aurait aimé d'avantage.

Malgré tout, de voir Ariane s'amuser dans son élément avec une aise irrésistible en utilisant les lampes comme instrument, le national comme parole de chanson et son public comme mélodie, on doit s'avouer conquis et pleinement rassasié.

En conclusion, si Perséïdes et Combustion lente également prévue à la liste ont pourtant été omises, on peut tout de même se consoler en se disant qu'on a vécu un grand moment acoustique alors que Ariane et Nomadic Massive interprétaient Nap chanté pou Ayiti, la chanson spécialement composé en réponse à la détresse vécue en Haïti.

À noter qu'apparemment le spectacle a été enregistré, je garde l'oeil pour vous garder au courant des nouvelles pour savoir où celui-ci se ramassera. Pour le moment on se rassure en se disant que malgré sa percée en Europe qui s'avère de plus en plus fructueuse de jour en jour, notre Ariane elle, ne nous oublie pas, ne change pas d'une miette et c'est tant mieux! À quand une nouvelle incursion dans son intimité? Moi j'y retourne sans hésiter!


7 février 2010, 3:50
Changement d'adresse: 60% de fous rires incontrôlables et 40% de réflexions justes

 Changement d'adresse est le signe précurseur de la belle renommée qu'Emmanuel Mouret est en train de se créer.

Difficile d'écarter la comparaison avec un certain Woody Allen alors que Mouret signe le scénario, réalise et joue dans ses plus récents films qui misent sur une certaine élégance, mais également sur l'intelligence et le caractère inusité des dialogues et des situations. Même si la déception a été par moment de mise durant le plus cabotin, mais fort agréable et distingué Fais-moi plaisir! après l'énorme réussite qu'a représenté le sublime, juste et touchant Un baiser s'il vous plaît, on doit y voir en Changement d'adresse un étalage de ses possibilités qu'il a illustré dès en partant pour mieux les explorer par la suite.

C'est dans cette lignée que Mouret offre 60% de fous rires incontrôlables et 40% de réflexions justes. En effet, la première partie du film prend à peine le temps de nous laisser respirer alors que les rires s'enchaînent à travers ces dialogues complètement hilarants et ces situations d'un côté malaisés et de l'autre, amusés. En deuxième partie, plus de scènes diverses où la musique prend place pour laisser les images parler d'elle-même sont offertes alors que le rire s'estompent lentement pour laisser place au sourire et à la satisfaction d'enfin atteindre ce qu'on attendait finalement depuis le début.

Après tout, comme dans la plupart de ces films jusqu'à maintenant, Mouret s'amuse à tourner autour du pot et à jouer avec variations sur le thème de l'amour, celui de base, l'amour vrai, illustré, avec raison, comme le plus inaccessible, mais également le plus pur et le plus beau.

Évidemment, de seulement faire un film simpliste sur l'amour ne permettrait pas à Mouret de se hisser aux hauts rangs des nouveaux grands réalisateurs, mais malgré ses inspirations diverses facilement reconnaissables, il faut avouer qu'il est parvenu à créer un univers qui se distingue avec classe. Que ce soit dans ses personnages, dans son langage ou même dans la musicalité d'ensemble autant que dans sa technique exprimant la même pureté que son propos, ses films se ressemblent, mais soulèvent toujours un point différent des relations hommes-femmes, autant qu'amoureuses, et même s'ils en ressortent un peu simplistes une fois qu'on en a épuré les nombreux enrobages (qui font également le charme de ces petits bijoux fort savoureux), ils s'avèrent toujours justes et bien réfléchis. On qualifie d'ailleurs les films de Mouret de divertissement intelligent qui savent faire rire sans abrutir.

Alors, qu'est-ce qui nous attend dans Changement d'adresse? Eh bien, on retrouve Mouret qui incarne à notre grand plaisir cet homme distingué, gêné, mais romantique qui se retrouve rapidement, d'un côté, en cohabitation avec une jolie blonde extravertie qui se lance dans de nombreux jeux de négations afin de mieux se protéger de ses propres sentiments, de ses propres vérités, mais pas nécessairement pour le mieux, et de l'autre, grandement amoureux d'une jeune étudiante coincée, peu bavarde qui s'avère être son élève de musique. S'enchaîneront diverses scènes où se raconteront les deux colocataires leurs avancées amoureuses personnelles, maladroits conseils en prime, et plusieurs scènes rocambolesques pour faire avancer ou régresser, selon, ces-dites relations amoureuses.

Si ce n'est pas son premier film, on ne peut cacher que du point de vue technique plusieurs failles sont de mises (montage rythmé oui, mais par moment quelque peu haché, équilibre inégal dans la fonction des scènes, etc), mais elles parviennent difficilement à gâcher le grand plaisir et l'immense bonheur qui nous parcourent lors du long-métrage à mesure que l'on succombe à la savoureuse naïveté de l'ensemble. Après tout, ces nombreux personnages riches en couleur ne pourraient trouver meilleurs comédiens que ceux qui nous sont offerts. Si Fanny Valette sait nous mettre mal à l'aise par sa beauté juvénile et sa gêne alors qu'elle se retrouve malgré elle dans de nombreuses situations, quelque peu contrôlée par ceux qui l'entourent, on doit avouer qu'il nous est impossible d'entièrement qualifier le personnage de Dany Brillant de salaud tellement son assurance et sa persévérance se lient plutôt à une certaine inconscience plutôt qu'à une méchanceté inconcevable. Cependant, autre Mouret qui sait avec justesse livrer le personnage idéal de l'univers qu'il a lui-même créer, il faut se rendre à l'évidence que Frédérique Bel brille avec génie et s'impose rapidement comme son opposé idéal, véritable personnage-lumière.

En somme, une véritable révélation et un film au charme incontestable qui se laisse facilement apprivoiser, qui divertit avec brio, mais ne se cache pas pour dévoiler ses plus beaux attributs et ses plus belles réflexions. Une belle réussite qui ne laisse prévisager que le meilleur pour la suite, ce qui est effectivement le cas. Chapeau!


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