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Facal, le nom qui manque de crédibilité
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Facal n'a pas de crédibilité, et à peu près tous les « débats » qu'il lance ont à peu près tous en commun de remettre en question le rôle de l'État et de promouvoir davantage de privé et une invasion croissante du modèle néolibéral dans nos modes de fonctionnement.
Trop à droite pour avoir sa place au PQ, Joseph Facal en est maintenant rendu à voguer sur la mer des tribunes perdues à la recherche d'un quelconque poisson à se mettre sous la dent, se mouvant tantôt chez les prétendus « lucides », tantôt au Journal de Montréal, ou même à 110%.
Il est perdu ce Facal.
Quand il dit que « Si l'État providence est aujourd'hui en crise, c'est d'abord à cause d'un problème de financement, parce que les besoins des citoyens tendent à dépasser les ressources disponibles », il omet consciemment ou pas de souligner que c'est d'abord parce que l'État n'a plus la volonté politique de taxer correctement les entreprises les plus riches de la société qu'on en est rendu là.
Il oublie également de parler du fait que les brevets des compagnies pharmaceutiques gangrènent des millions de dollars à chaque année, et que le coût des médicaments à lui seul augmente de 15% par an, un véritable trou sans fond!
Alors que certains proposent des solutions originales qui ont déjà fait leurs preuves, notamment au Brésil où on produit massivement des médicaments génériques, que fait Facal? Il se moque de Québec Solidaire qui entend trouver des solutions constructives à la crise actuelle.
Facal veut nous imposer un modèle néolibéral, mais malheureusement pour lui, aucun pays ayant mis en place les ajustements structurels du FMI ou de la Banque Mondiale n'a réussi à augmenter sa cohésion sociale et la redistribution de la richesse.
Bref, Facal n'a pas la moindre crédibilité, et quand on le lit on a davantage l'impression d'assister aux vieux discours usés de la droite démagogue qu'à un soi-disant « lanceur de débat ».
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Exit la langue de bois!
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Ce qui est caractéristique de Dantec, c'est bien son franc-parler et sa capacité à dire clairement ce qu'il pense sans faire de compromis pour être plus « présentable ». Trop souvent, les écrivains se perçoivent comme des sauveurs, des militants, des gens à la haute et importante tâche sociale, alors qu'il nous rappelle bel et bien qu'un écrivain c'est... un gars qui écrit des livres, et que l'engagé c'est celui qui agit réellement dans le monde concret.
Ceci dit, je ne suis même pas certain de comprendre à quel point « Grande Jonction » a une histoire complexe. Je dis complexe, mais on pourrait bien dire tordue. Dans les deux cas, c'est original, car généralement les romans du type futuriste se font un point d'ordre d'imaginer un univers du possible, un « si jamais les choses continuent ainsi » où l'auteur s'improvise devin et où la critique sociale dépend le plus souvent du degré de positivisme de la société future (avec le jugement de la nôtre qui en dépend forcément).
Au contraire, Dantec imagine un futur impossible, quelque chose qui n'arrivera jamais, ce que tout le monde sait dès le début. À partir de ce constat, comment aborder l'oeuvre, si ce n'est en la considérant simplement comme une fiction?
Peut-être la clef est-elle en l'homme lui-même: en refusant de se laisser définir et en crachant à la gueule de quiconque se la joue un peu trop à son goût, Dantec semble imaginer un post-humain, un homme nouveau débarassé des nécessités commerciales contemporaines et se réappropriant son art sans se soucier des normes et des recettes établies.
Un livre à lire, et non pas un énième produit commercial à sortir à un mois de Noël et à emballer de papier rouge avec la petite boucle blanche, et qui finirait irrésistiblement inutilisé dans quelque bibliothèque...
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La fin de notre collectivité
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Si ce livre de Bruckner semble a priori très intéressant, puisqu'il fait (enfin) face à la problématique rectitude politique et à l'à-plat-ventrisme devant l'autre dont nous sommes tous plus ou moins coupables en Occident, il reste qu'il ne semble pas aller beaucoup plus loin dans sa réflexion. Il se contente de dénoncer notre manque de volonté tout en dénonçant l'extrémisme musulman, ou autre. Bref, il ne va pas au coeur du problème.
Et le problème, c'est que nous, Occidentaux, ne sommes plus unis par quoi que ce soit qui nous transcende, qui nous dépasse, par une quelconque idéologie plus grande que nous-mêmes, nous incitant à expérimenter ce qui ne l'a jamais été, ou à constamment se dépasser, ou même à se sacrifier pour un ensemble plus grand. Nous sommes vides.
Et le politique a horreur du vide.
Auparavant, il y avait la religion, puis les idéologies. « Qu'importe si nous sommes pauvres, ou riches, puisque nous serions jugés sur la somme de nos actions individuelles à la fin de nos vies. » « Qu'importe si aujourd'hui est pénible; nous nous organisons pour réaliser les lendemains qui chantent. »
Mais désormais, on ne croit plus en rien. La social-démocratie a d'abord réduit en miettes la religion, puis celle-ci se fait laminer progressivement par un néolibéralisme qui n'offre plus la moindre cohésion sociale. Chacun est centré sur sa petite gué-guerre personnelle, son petit combat pour avoir la pelouse la plus verte ou l'auto la plus puissante. C'est la loi de la jungle.
Et pendant que nous sommes désemparés, perdus, centrés sur nous-mêmes, il y a des gens ailleurs qui croient encore en Dieu, qui ont encore des idées, qui ont une volonté, qui sont prêts à se sacrifier.
Le véritable danger ne vient pas de l'extrémisme des « autres », mais plutôt de notre propre incapacité à se projeter positivement et collectivement dans le futur. Nous errons, sans but, et nous sommes convaincus d'avoir raison, sans jamais pouvoir le démontrer.
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Hilarant... puissante critique sociale en prime!
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Je n'ai pas pu échapper à la frénésie collective pour ce film... Frénésie, le mot est faible; c'est comme si la ville en entier se prenait des accents est-caucasiens pour célébrer ce film. Difficile donc de ne pas y aller sans avoir des attentes. Et je n'ai pas été déçu.
Borat est un film sans prétention, bien fait, à la caméra nerveuse et aux images bien léchées (ou un peu trop léchées, diront certains, après avoir vu le derrière de l'ami grassouillet en gros plan dans la face de Borat...). C'est un film qu'il faut prendre à deux degrés; il ne faut pas s'arrêter au langage cru et avoir peur de ce qui choque, mais il y a bel et bien un message dans ce film, une sorte de reconnaissance subtile (mais évidente pour qui s'y intéresse) du fait que les États-Unis ne sont plus le pays des libertés où tout est possible qu'il a déjà été.
En fait, elle est là la morale de Borat: alors que le film semble commencer comme tout "success-story" qui se respecte, où l'immigré va tout conquérir et connaître le succès, il finit par s'en retourner chez lui avec une prostituée, ruiné, et mis à part quelques gadgets inutiles, il n'a pas jugé bon de ramener quoi que ce soit des valeurs des États-Unis. Bref, à la fin du film, on se rend compte en comparant les deux cultures (stéréotypées à l'extrême, notons le quand même!) que celle de l'Oncle Sam ne s'impose plus dans les esprits comme ce fut le cas jusqu'à il y a peut-être une décennie.
Ce qui fait donc la force de ce film, c'est cette capacité de réunir d'un côté les amateurs de comédie du premier degré, vulgaire, décapante, et de l'autre il y a cette critique sociale et politique des États-Unis (et de leur vision du monde). Un film équilibré, puissant, politique... et tout simplement tordant! Bravo, car ce n'est pas une mince tâche que de passer un si puissant message dans une comédie à l'apparence si légère. À quelque part, ça tient du génie tout ça!
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Le Saut dans le vide
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Les Khmers rouges. La seule évocation de ce nom suffit à glacer le sang de quiconque connaît un peu son Histoire. Pourquoi une telle violence, un tel autoritarisme?
Les Khmers rouges, à l'origine, c'étaient de jeunes bourgeois en voyage en Europe, et qui ont été séduits par la lutte anticapitaliste de l'époque. Des jeunes pas si différents des autres, mais qui ont adopté une idéologie de l'autoritarisme les incitant à croire que la fin justifie toujours les moyens, peu importe ceux-ci. Bref, une sorte d'auto-justification où on peut toujours tout faire puisque l'autre choix apparaît toujours comme pire.
Et il faut dire que l'autre choix, c'était quoi à l'époque? C'était les États-Unis au Viet Nam, les crimes contre l'humanité de l'Oncle Sam, les centaines de milliers de morts "made in USA" un peu partout sur la planète dans cette purge anti-communiste.
En somme, la barbarie entraîne la barbarie, qui ensuite s'auto-alimente de sa propre folie et justifie son existence par une pire barbarie qui elle aussi s'auto-intoxique. Un cercle on ne peut plus vicieux.
Ce qui est particulièrement intéressant dans ce livre de Bizot, c'est l'aspect intimiste, très personnel de l'expérience. Si ce livre dépasse l'autobiographie du précédent, il y a ce désir de transcender son expérience et de rechercher une communion avec l'expérience vécue par les Cambodgiens eux-mêmes. On le comprend: ce livre est une fiction mais n'en est pas une du tout. On s'attend à y retrouver de tout sauf des inventions.
Car au-delà de l'analyse politique de cette période sombre, il y avait des gens qui essayaient sûrement de vivre leur vie, de gagner leur croûte, d'aspirer un peu au bonheur. Au-delà des récits d'horreur, on a envie de savoir comment les Cambodgiens vivaient ce drame dans leur quotidien. Et si le quotidien est trop violent, tant mieux. Ça nous bouleversera et nous nous forcera à dire tout haut: « Plus jamais! ».
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La rage au coeur
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Lionel Shriver parle de l'instabilité psychiatrique de ces jeunes qui commettent l'irréparable, mais est-ce si surprenant?
Comment pourrait-on être tout à fait sain dans une société américaine en pleine décomposition sociale, où le succès ne se mesure qu'à l'argent, et où ceux qui se distinguent un peu de la norme sont systématiquement rabaissés, voire décriés? D'un pays reconnu pour son ouverture et sa liberté d'expression, les États-Unis sont devenus une sorte de proto-fascisme niant toute forme de différence et cherchant désespérément à recréer cette « pureté américaine » mythique en assassinant les particularismes.
Avez-vous vu « Elephant » de Gus Vant Sant? Jusqu'au moment où l'inévitable se produit, on se demande qui est vraiment « normal ». On voit ce jeune qui tente simplement d'étudier se faire constamment attaquer par les autres, et puis ce jeunes « miss beautés » qui vomissent après les repas, ou bien cet autre qui ne vit qu'à travers sa caméra. Ou est la normalité?
La normalité n'existe plus; le marché a envahit les têtes et la loi de la jungle s'applique partout. Il y a les gagnants, et les perdants. La seule différence avec la nature, c'est que dans la vraie vie l'animal dominé ne peut pas se procurer un Magnum au coin de la rue.
On en arrive donc au coeur du sujet: le contrôle des armes à feu. C'est l'évidence même qu'une restriction de l'accessibilité des armes sauverait des vies. Ça ne réglerait pas le problème de fond (la compétition de tous contre tous et la négation de la différence), mais ça laisserait une chance à la vie de se charger de régler cette douleur autrement qu'en éclatant la tronche de son voisin.
« Il faut qu'on parle de Kevin » est un livre essentiel pour mieux se comprendre. Car peu importe ce que certains en pensent, ces jeunes font partie de nous; ils sont le résultat de nos décisions politiques, de notre désir d'une société ultra-compétitive. C'est aussi ça, la lucidité. Met ça dans ta pipe, Lulu!
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Rire de la religion
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Un énième livre où on analyse le passé avec les yeux du présent. Ce sera quoi la prochaine fois? « Hitler était-il un übersexuel? »
Cet exercice de revisite de l'Histoire sous l'angle de notre (post) modernité suscite un intérêt certain, car il permet, surtout chez les plus jeunes ou ceux qui ne sont pas trop sensibilisés au sujet, de s'approprier les personnages historiques et de ne plus les voir comme des gens complexes issus d'un autre temps, mais bien comme des humains semblables à nous, qui ont vécu avec des moyens différents mais qui ont voulu un peu les mêmes choses.
Bref, que tout ce qui a changé depuis deux millénaires c'est la technologie. L'humain n'a pas changé.
Ceci dit, il y a quand même quelque chose d'un peu insultant pour les croyants de comparer une religion source de salvation du monde et de l'âme à une stupide campagne publicitaire dont le but n'est autre que de prendre l'argent des gens (issus du dur labeur) grâce à la manipulation.
La religion - et on en dira ce qu'on en veut - a occupé et occupe toujours une place cruciale dans la vie de milliards de personnes, et il y a quelque chose de malsain à réduire un phénomène aussi complexe et émancipateur pour plusieurs à une vulgaire campagne de publicité.
Bien sûr, l'auteur se défend d'attaquer la religion, et on ne peut pas lui donner complètement tort, car il est vrai que la critique de la publicité est tout aussi présente. Cependant, il aurait été davantage intéressant de faire une comparaison avec les autres religions, avec les nations, avec toute forme de système de diffusion des idées.
À défaut de quoi, et peu importe ce qui en est vraiment, on peut avoir l'impression d'avoir entre les mains un énième livre qui critique bêtement la religion et qui fait dans la provocation gratuite. À moins, bien sûr, qu'il ne s'agisse d'ironie et d'une mise en marché agressive reposant sur celle-ci; alors oui dans ce cas c'est réussi!
Un livre qui va faire jaser!
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L'enfer c'est la solitude
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Que c'est rafraîchissant d'entendre enfin parler de « l'autre » Afghanistan, celui de la vie quotidienne, du métro-boulot-dodo à la sauce afghane, de la vie qui suit simplement son cours...
Dans les médias, la seule image qu'on a de l'Afghanistan est celle de l'ultra-militarisée hyper-dangereuse, l'hyperbole du danger, où on risque d'exploser en allant faire son marché, d'éclater sur une mine en allant à l'école, de se faire couper un doigt si on ne porte pas la barbe, de se faire égorger si on ose parler; l'image d'un pays barbare parmi les barbares, envahi en 2001 par d'autres barbares plus sophistiqués, et de la guerre entre barbares traditionnels et technologiques qui s'ensuit depuis.
C'est une entreprise originale de Yann Francis que d'écrire ce livre. Comment, tout à la fois, ne pas se jouer de la violence quotidienne en la sous-estimant, en ignorant volontairement sa présence - et donc en donnant une image qui aurait pu être erronée de la vie à Kaboul - et réussir à l'intégrer dans la « banalité » de l'existence en ce pays déchiré?
Voilà un défi dont on est curieux de connaître le résultat.
Par ailleurs, si Francis est un amoureux du langage, c'est peut-être la clef de toute l'aventure: peut-être que le langage est, au fond, le seul échappatoire à toute cette réalité violente; comment vivre dans cet enfer sans communiquer avec les autres, pour s'assurer que tout ceci est bien réel?
Car si l'enfer c'est les autres, peut-être qu'en Afghanistan, l'enfer c'est la solutide, la fermeture d'esprit, le radicalisme, la peur de la communication et le repli sur soi. En ce sens, ce livre de Francis, en mettant l'accent sur le dialogue et sur la présence, au sein de ce chaos, de la vie glorieuse, à travers l'intégration d'un Occidental à la vie afghane, constitue peut-être en quelque sorte un antidote à la vision négative, pessimiste voire profondément désespérée qu'on a ici de ce pays.
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Un roman de nuances...
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Voilà un roman qui semble tout en nuances, entre les images inspirées par son titre évocateur, jusqu'à la couverture idyllique en passant par ce récit de la mer où des hommes pauvres, désespérés, sont prêts à tout risquer ce qu'ils ont pour avoir la chance de se faire une nouvelle vie en Europe...
D'un côté la beauté des paysages, la richesse des personnages, le soleil, la mer, de l'autre la laideur des hommes, pas seulement physique, mais aussi l'Homme dans ce qu'il a de plus laid dans son ensemble: celui qui est capable d'accepter un monde où des gens sont prêts à mettre leur vie en jeu sur un bâteau fragile pour espérer atteindre les côtes d'un pays où ils ne seront pourtant pas les bienvenus!
L'Eldorado, ce rêve, cet imaginaire où tout le monde est libre, où les rues sont faites d'or, où toutes les familles ont deux voitures, où les grandes maisons sont la norme, où la pauvreté n'existe pas, où la misère est un mot qui a été éliminé des dernières révisions du dictionnaire.
L'Eldorado, cette déception, cette incompréhension, ce sentiment d'avoir été floué, trompé. Ce nouveau pays qui est hostile, où la pauvreté est archi-présente, où la richesse, comme en Afrique, se trouve concentrée entre quelques mains; elles sont un peu plus nombreuses, mais elles ne sont pas noires et elles n'ont pas les cicatrices et les ampoules du travail physique.
Dans un monde de fuite où les moyens de transport réduisent les distances mais où les préjugés et l'incompréhension créent deux mondes là où il ne devrait y en avoir qu'un seul, ce livre traite de la beauté du monde et de la laideur de ses habitants. Puis, il traite de la violence du monde, de la tempête, de la mer qui se déchaîne, et de la richesse de ses conquérants.
Un livre de nuances, donc, mais aussi de contraires. Un pont entre deux mondes, entre celui des « civilisés » et des désespérés, entre ceux qui espèrent ne pas perdre ce qu'ils ont, et ceux qui aspirent à gagner leur place au soleil.
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Le fabuleux destin de Napoléon
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Tout comme du compost le plus puant naît la plus vigoureuse des plantes, Napoléon a pu se nourrir du chaos issu de la Révolution. Tout comme pour la plupart des personnages historiques ayant tendance à dépasser l'Histoire de par leur prestance, il aurait sûrement fallu l'inventer s'il n'avait pas existé.
Le thème de son ascension, tel que développé par Patrick Rambaud, est on ne peut plus pertinent car il rejoint ce qu'il y a de plus universel dans ce type de situations: on explique le « comment » du passage d'un individu de l'anonymat le plus total aux plus hautes sphères du pouvoir. Si ce mystère est particulièrement frappant pour Napoléon (mais qui était ce petit général hors-devoir qui a mâté une révolte contre-révolutionnaire dans les rues de Paris alors que la Révolution semblait perdue?!), on peut en dire autant pour des personnages comme Hitler, Staline, ou même Gandhi, ou René Lévesque ici.
Les plus grands Hommes ont cette capacité à canaliser les aspirations populaires, à transcender les divisions pour rétablir l'unité. Napoléon a dépassé le clivage révolutionnaire-antirévolutionnaire pour trouver un ciment encore plus fort: la fierté et l'exultation des idées et de la nation française.
En ce sens, qu'on soit d'accord ou non avec ce qu'il a fait, il reste que c'est un personnage incoutournable et que de mieux comprendre de quelle façon il a atteint le pouvoir est d'une importance capitale, afin de mieux comprendre le processus selon lequel tout chaos engendre ses propres solutions, de quelle façon toute situation semblant désespérée finie immanquablement par se résolver, en se personnalisant dans les idées et le combat d'un homme, représentant de tous les autres.
Le fait que Rambaud ait commencé son écriture napoléonienne par la fin laisse penser que tout dans ce livre contient le germe de ce qui suit, et donc que c'est son livre le plus important sur le sujet. À lire, en complément de Gallo!
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Comme un bon vin
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Richard Séguin est de ces artistes qui prennent du mieux en vieillissant. Il était déjà très bon à l'époque « cheveux longs et histoires de campagne » en duo avec sa soeur, mais depuis il s'est un peu « modernisé », donnant à ses chansons une touche résolument un peu plus moderne.
Il est une icône de la musique québécoise, un peu comme Fiori (on pense immédiatement à l'album « Deux cents nuits à l'heure » qu'il a produit avec lui, un album qui impressionne de par son intensité et à la sonorité en avance sur son temps), mais à la différence de ce dernier il a sû garder le contact avec la scène et avec le milieu; il a sû vieillir devant nous, permettant à tout un chacun de mesurer le changement d'un album à un autre.
Bien que ses albums « Richard Séguin » (1979), « Trace et contraste » (1980) et « Double vie » (1985) lui ont progressivement permis se raccorder à une urbanité dont il ne se réclamait que très peu auparavant, c'est surtout à partir de « Journée d'Amérique » (1988) et « Aux portes du matin » (1991) que Séguin s'est imposé comme un chanteur populaire, dans tout ce que le mot peut avoir de noble.
Après quelques albums peut-être un peu moins forts, il est intéressant que Séguin ait pris le temps de bien travailler celui-ci, de le perfectionner, de le rendre vraiment à son goût. Ça promet; avec le talent et l'expérience qu'il a, le temps investi sera sûrement récompensé dans les ventes d'album.
Mais quel est donc la recette de son succès? Je crois qu'il sait représenter les aspiration, les doutes, les craintes et les désirs de sa génération. C'est un baby-boomer, un vrai, et les gens de cette génération se sentent interpellés par les thèmes abordés dans sa musique au fil des ans. Car s'il a changé depuis les années 70, on peut en dire autant de la vaste majorité de la population! Richard Séguin est donc une icône non seulement de par la qualité de son oeuvre, mais de par son importance pour une large partie de la population!
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J'ai vu
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J'ai vu, il y a quelques années, un reportage sur les exactions commises au Guatemala, où un Québécois d'origine guatémaltèque tentait de retrouver les traces de son village, rayé de la carte par les paramilitaires.
J'ai vu une horreur sans nom: des paramilitaires armés avec des armes américaines ou israéliennes pratiquant l'extermination systématique de villages reculés dans les montages sous prétexte que les villageois étaient des communistes.
J'ai vu un homme décrire de quelle façon les hommes étaient passés au fusil, les femmes violées, les femmes enceintes éventrés, les enfants tués à coup de machette, puis le village brûlé.
J'ai vu l'histoire d'un prêtre ayant décidé de faire sortir la vérité sur ce génocide être assassiné pour ne pas qu'il puisse parler.
J'ai vu un pays détruit par la corruption, où les paramilitaires sont engagés selon leur niveau de sadisme, et qui n'ont qu'une allégeance: celui qui paie le plus.
J'ai vu un pays démembré, coupé de sa mémoire, mis à feu et à sang par des politiques antisandinistes appuyées par Washington, et où les dirigeants de ces mercenaires génocideurs étaient formés à la tristement célèbre « School of the Americas » d'Atlanta, avec la bénédiction de Washington.
J'ai vu un peuple à genoux, vivant dans la crainte, n'osant pas sortir le soir, hésitant à parler aux étrangers. Un peuple meurtri, mais qui ne veut pas oublier, et qui tente de toutes les façons possibles de perpétuer le souvenir de ces massacres afin que jamais on n'oublie.
Si ce livre ne peut contribuer ne serait-ce qu'un tout petit peu au rétablissement de l'Histoire et à la recherche de la vérité, ce sera déjà un des livres les plus importants de l'année. Car s'il est facile de s'en prendre à la Corée du Nord, à l'Iran, à Cuba, ou même au Vénézuela, ça prend beaucoup de courage pour faire ce que Castellanos Moya fait dans ce livre.
Sans aucun doute, à lire, pour ne plus jamais dire « Je n'avais rien vu ».
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Le crime est en chacun de nous
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Même si le thème de l'Holocauste a été surexploité jusqu'à ad nauseam (comme si l'extermination en tant que tel ne donnait pas déjà la nausée) et qu'on peut difficilement se demander de quelle façon il peut encore être possible d'innover.
L'approche de ce livre fait beaucoup penser à celle de Max Gallo, notamment à sa série « Les Romains »; sujet volumineux, bien documenté, mais raconté à travers les yeux d'une personne fictive qui « aurait pu » - et c'est bien là tout l'intérêt - se trouver au bon endroit au bon moment. L'avantage de cette façon d'écrire est de pouvoir utiliser la colossale source de renseignements sans pour autant emmerder le lecteur. Du moins, c'est ce qu'on espère.
Par ailleurs, l'aspect philosophique développé semble des plus intéressants et pertinents: de quelle façon sommes-nous tous liés au destin des uns et des autres. Khalil Gibran le notait déjà:
« Souvent je vous ai entendu parler de celui qui fait un faux pas comme s'il n'était pas l'un des vôtres, mais un étranger parmi vous et un intrus dans votre monde.
Mais je vous dis que comme les saints et les justes ne peuvent s'élever encore plus haut que ce qu'il y a de plus noble en vous,
Ainsi les méchants et les faibles ne peuvent également sombrer plus bas que ce qu'il y a de plus vil en vous. »
En clair, il faut sortir du manichéisme largement imposé par les universitaires et la presse anglo-saxonne, consistant à simplement voir le mal incarné dans Hitler sans réaliser que si Hitler n'avait pas existé il aurait fallu le créer. En réduisant tout un crime à un seul homme, on le dénature, on le coupe de son contexte, et on n'apprend pas de celui-ci; ainsi le crime devient à nouveau possible ailleurs, souvent même chez ceux qui ont le plus dénoncé l'Holocauste...
Au fond, il est peut-être là l'intérêt: un Américain qui écrit en France; un Américain qui doit forcément remettre en question ses dogmes, questionner son idéologie et essayer de voir au-delà de l'horreur!
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L'éthique est une business; la solution est politique
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Ce livre de Christian Jacquiau est inquiétant, mais aussi assez peu surprenant. C'est surtout une réfutation claire et sans équivoque des thèses néolibérales à la Maxime Bernier (ce ministre conservateur qui affirmait, avant d'être élu, que tout, même l'eau, devait être soumis aux règles du marché) selon qui « l'invisible main du marché » (ce cher Adam Smith) peut tout solutionner et que la somme des bien-êtres individuels donne forcément un bien-être collectif.
L'éthique, c'est une business. Ne me faites pas ces gros yeux. Vous pensiez quoi? Vous pensiez qu'on s'arrêterait aux planches à neige à l'effigie de Che Guevara ou aux chandails aux slogans communistes vendus à 39,95$ dans une boutique connue du centre-ville? Tout se vend dans un marché trop libre, du politique aux enfants en passant par la santé et l'éthique. Tout.
La seule façon de s'assurer du respect des règles dans un libre marché, c'est d'avoir des agences et des fonctionnaires (ces maudits bureaucrates, selon Mario Dumont) qui s'assurent que les compagnies respectent les règles. Évidemment, ce n'est pas le cas encore en ce qui concerne le café équitable, puisque le café est produit dans des pays à la bureaucratie déficiente et au néolibéralisme triomphant.
Certains des pays où est produit le café sont littéralement contrôlés par les riches producteurs de plantation. Alors, est-ce surprenant que ces gens cherchent à s'enrichir sur le dos des travailleurs et aux dépens de banlieusards qui pensent sauver le monde en buvant un café équitable dans leur méga-VUS?
Il ne faut pas lancer la serviette pour autant. Il faut cependant réaliser qu'une entreprise éthique fonctionnant dans un libre-marché est un juteux poisson dans une mer de requins. Cette expérience doit surtout nous rappeler que le véritable changement est politique, et qu'il passe par l'élection, dans ces pays, de gouvernements plus à l'écoute du peuple; d'autres Chavez, d'autres Morales, et même Lula, à ses heures.
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