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Il n'est pas insignifiant que ce type de cinéma, comme celui que fit John Huston, ait d'abord reposé sur les épaules d'acteurs qui rendaient crédibles les histoires que leurs personnages relataient, fussent-elles les plus folles. C'était en effet l'époque d'un cinéma qui correspondait à la vision d'une certaine époque de l'Amérique, soit celle où les grands rêves de réussite, bien que fort malmenés par la réalité, étaient encore perçus comme étant réalisables. Le décalage entre ces perceptions du réel possible et celui des rêves de grandeur était pourtant à son comble, aux limites du vraisemblable. Les acteurs qui incarnaient ces rôles en finissaient même par ressembler un peu à leurs personnages tant cela leur demandait d'y investir de leur vécu pour demeurer crédibles. Ce fut donc l'époque des grandes stars hollywoodiennes, autant masculines que féminines, qui remplirent les journeaux à sensations des échos de leurs incartades. À la scène comme à la ville, le public en redemandait, réclamant toujours plus d'officiants pour les autels des sacrifices destinés à implorer les dieux de la réussite des rêves de ne ne pas les oublier. Les vedettes de l'écran devenaient donc eux aussi des personnages hors normes, faisant de leur vécu un réservoir d'expériences qu'il leur était possible de transférer ensuite à l'écran avec suffisamment d'intensité pour monter la fracture entre les rêves et la réalité. Un navire s'enfoncant dans la jungle pour un voyage dans l'infini ne semblait plus alors impossible et il n'était nul besoin de recourir aux effets spéciaux pour amplifier le suspens. C'est ce cinéma-là que nous a fabriqué John Huston.
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