À partir de l'itinéraire de ceux dont il interprète la pensée et le parcours, soit celles d'Émile Borduas, d'Hubert Aquin, de Fernand Dumont et de René Lévesques, Daniel D. Jacques en arrive à poser une conclusion qui va complètement à l'encontre de sa longue et pénible démonstration. En effet, alors qu'au cours de ces pages, il s'est employé à tenter de démontrer que la fatigue politique du Québec, telle que véhiculée par ces personnalités, est nocive pour le peuple qui se dit et se veut Québécois, parce que selon lui l'indépendance du Québec est improbable et même impossible, et que par conséquent, il vaudrait mieux qu'il abandonne sa lutte pour réintégrer le Canada en tant que minorité, voilà que dans sa conclusion, il exhorte les partis souverainiste et autonomiste à se faire hara-kiri afin de laisser toute la place à un parti qui brandirait seul et bien haut le flambeau de l'indépendance. Il y a dans ces propos de l'incohérence ou de la mauvaise foi à n'en pas douter, à moins qu'il y ait pis encore...
Ce pis, se pourrait-il qu'il découle de la posture que l'auteur de cet essai adopte pour échapper à celles, en porte-à-faux à ses yeux, parce qu'écartées entre un idéal impossible à atteindre et des soucis pour les siens, ceux de son peuple, qui rendrait leur pensée lourde d'une fatigue, pour utiliser cette expression qui lui tient de concept, insurmontable ? Mais que nous suggère-t-il pour échapper à cette contrariété, cette contradiction qu'il élève au rang d'une aporie, si ce n'est de laisser tomber l'un des termes de cet écartèlement, le souci des siens, pour ne tendre que vers ce qu'il qualifie d'idéal. Mais les choses de gâtent pour lui avec sa proposition de posture qui devient une imposture. En effet, alors qu'il a tenté de prouver que seul un recours idéal sans la médiation de la culture ou de la langue à ce qu'il nomme le Politique pourrait permettre une définition acceptable de notre identité, voilà qu'il propose en conclusion un recours à la politique avec un très petit p, soit la politique partisane qui tente de réduire à néant ses adversaires pour mieux poser ses positions. Cette pensée double et celle de ses agents doit sans doute trouver des adeptes puisqu'il est possible, à partir de l'herméneutique de cet auteur pour parler de la culture, de retrouver les mêmes signes que ceux employés par certains dans le débat souverainiste, comme ceux qui réfèrent à Aquin, à Trudeau, à la Cité...
Et bien pis encore, même si l'auteur de cet essai prend bien soin de laisser dans l'ombre des références philosophiques qui planent au-dessus de ses propos, il est possible d'y voir la marque de Heiddegger, celui dont les dérives idéologiques droitières sont bien connues, avec pour s'en démarquer une référence, explicite celle-là, à Sloterdijk...À nous laisser aller sur la pente qu'il nous indique conduirait à voir d'une d'une bien inquiétante façon la confrérie de ceux qu'il invite à se rallier à sa conclusion...
Mais faut-il prendre à ce point au sérieux, celui qui nous dit dans les pages de cet essai que la Révolution tranquille à été une façon de remplacer l'Église et la Religion par l'État et par la Culture ou qui prend pied sur la pensée des autres pour essayer de paraître la poursuivre tout en en détournant le sens pour mieux préparer sa bizarre conclusion ? Probablement pas.
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