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Marc Charette
Marc Charette
26 janvier 2010, 2:20
On comprend pourquoi Freeman est un des réalisateurs

On peut imaginer qu'après avoir joué des présidents fictifs dans d'autres films, Morgan Freeman ait voulu personnifier un personnage réel en la personne de Mandela.  Sa performance n'est pas emplie de tics.  On y croit dès les premières secondes sans que sa performance ne soit une imitation formelle.  Mais sa performance réussit à s'effacer derrière ce film qui, sans être révolutionnaire dans la forme, nous démontre que les histoires-Cendrillon ne doivent pas nécessairement être saupoudrées de rose bonbon pour être intéressantes.

On se demande pourquoi Hollywood ne prend pas meilleure note d'un film comme celui-ci.  Les producteurs, réalisateurs et écrivains hollywoodiens comprendraient ainsi qu'il ne suffit pas de refaire une formule maintes fois utilisées pour qu'un film soit réussi ET qu'il puisse attirer un grand public.  Comme se fait-il que les films de ce genre soient habituellement si prévisible et qu'ils fassent si peu appel à notre intelligence?  Est-ce vraiment si difficile de faire un film intelligent comme Invictus sans en faire un film hermétique?

Après nous avoir amené dans l'invasion japonaise avec Flags of Our Fathers et avec Letters from Iwo Jima, Eastwood nous transporte cette fois-ci en Afrique du Sud.  On revit l'émotion de la fin de l'apartheid et on se surprend à se rappeler exactement les émotions qui nous ont envahi à cette époque.  Même si Freeman se démarque particulièrement en nous dépeignant Mandela, Damon campe un rugbyeur très crédible (même si on connaît beaucoup mieux Mandela que Pineaar) tant au niveau de l'accent que dans la retenue de son personnage.  Pour avoir séjourné en Afrique du Sud, j'y ai retrouvé l'énergie folle des Afrikaners.  On sait qu'on se rend vers le happy ending mais en même temps, on sait que l'histoire aurait pu se charger de rendre le scénario complètement différent.  Et même si on comprend les détracteurs de Mandela, à l'époque, d'avoir questionné sa fixation sur les Springboks, on ne peut que s'émouvoir devant ses retrouvailles raciales qui démontrent que l'authenticité peut avoir raison de tout s'il y a de la bonne volonté. 

 Avec tout ça, moi qui ai délaissé le hockey depuis si longtemps, j'ai eu un vague pincement au coeur, me demandant si l'espoir dans la race humaine ne se trouve dans ses rassemblements sportifs!!


10 octobre 2009, 9:51
Pas un grand cru mais au-delà de sa moyenne habituelle

Je me lance sur chaque nouveau livre de Amélie Nothomb avec l'avidité de celui qui découvrira un gemme.  Pourtant, depuis un certain temps, j'ai été plus déçu que ravi par les parutions de Mme Nothomb.  En fait, je l'ai découvert par Stupeurs et tremblements et depuis, je recherche la même excitation qu'à l'époque.  Mais pour chaque Stupeurs et tremblements, elle a publié plusieurs histoires moyennes.

Ce Voyage d'hiver est plus qu'une parution moyenne.  Mais il n'est pas une grande parution.  Mme Nothomb reste dans son histoire fétiche d'amour qui renverse tout et qui nous fait faire des folies.  Pourtant, il est difficile de croire qu'un amour déçu puisse entraîner quelqu'un à vouloir poser un acte aussi désespéré que celui de cet homme amoureux.  Mme Nothomb tente bien de nous donner quelques pistes d'explication qui peuvent tenir la route mais l'extrémité du geste posé demeure quand même invraisemblable.

La grande qualité de Mme Nothomb, c'est la fluidité de son écriture et, encore une fois, ce livre se lit en quelques heures.  Le choix des mots est succint mais transmet admirablement l'histoire.  Il faut dire qu'on trouve dans cette histoire un grand pan où les personnages s'adonnent aux champignons magiques.  La description de la scène est réussie mais cette bulle à l'intérieure de l'histoire prend presque davantage de place que l'histoire elle-même.

Et Mme Nothomb n'échappe à pas au piège de qui inclut un personnage qui est écrivain dans un de ces livres.  Un peu comme Éric-Emmanuel Schmitt l'avait fait dans son Odette Toulemonde alors qu'un de ces personnages était écrivain, Mme Nothomb semble vouloir justifier son écriture ou sa façon de rendre ses histoires par les réflexions de ce personnage.  Elle semble vouloir éviter toute critique en expliquant aux lecteurs LA façon de pouvoir bien apprécier un de ces livres.  Et pour moi, j'ai ressenti la même légère irritation qu'en lisant Schmitt.  J'ai senti que cette façon de faire ravivait davantage ma frustation qu'elle ne la calmait.


8 septembre 2009, 1:31
Un "film de filles" pour tous

La réalisatrice du film, Nora Ephron, n'est pas connue pour des films durs, surprenants, qui portent à réfléchir.  Ses Sleepless in Seattle et You've got mail, par exemple, sont passablement dilués à l'eau de rose et ne cherche qu'à faire sortir les mouchoirs.  Dans ce film-ci, par contre, on sent qu'elle s'est propulsé à l'aide de bons sentiments plutôt que de s'enliser dans ceux-ci.

On y retrouve une Meryl Streep en grande forme.  Certains lui reprocheront possiblement une performance qui frôle le cabotinage par instants mais elle sait incarner une Julia Child grande en stature (tant au propre qu'au figuré).  On sait que les Golden Globes l'adorent et il ne serait pas surprenant qu'elle s'y retrouve en nomination dans la catégorie comédie.  Par son interprétation, on comprend comment les Français ont pu tomber sous le charme de cette Julia Child puisqu'elle nous réserve le même sort.  Elle déplace de l'air cette Julia mais elle le fait avec tant de candeur que tout lui est pardonné.

Amy Adams se défend fort bien dans son rôle de Julie qui ne permet pas une composition aussi extrême mais qui nous démontre toute la finesse de cette comédienne.  La relation avec son conjoint, même si elle est défendue avec justesse, reçoit malheureusement la sauce Ephron.  La relation devient alors complètement aplanie et on a peine à y croire tant elle est enrobée mielleusement.  Ce qui fait que lorsque la crise survient au sein du couple, la crise est si mignonne qu'on s'imagine difficilement qu'elle ait pu entraîner une brisure (même si temporaire) du couple.

Là où le film réussit le mieux, c'est de nous mettre l'eau à la bouche.  Il nous donne envie de tenter la même expérience de s'atteler à un livre de recettes et d'y passer complètement au travers.  Un peu comme Le festin de Babette l'avait fait.  Et de comparer Julie & Julia au Festin de Babette est toute une marque de reconnaissance en soi.  On veut tenter cette recette de canard désossé.  On veut faire cette tarte au chocolat.

Bref, on sort de ce film le coeur heureux mais aussi, avec l'impression qu'on n'a pas été aspergé d'un bonbon collant (comme dans ces autres films de filles) mais que ce sont plutôt les personnages qui s'en sont régalé.


20 mai 2009, 7:51
Schmitt aura eu l'heureuse idée de commencer par l'oeuvre littéraire d'abord

J'ai tout d'abord découvert Éric-Emmanuel Schmitt avec Lorsque j'étais une oeuvre d'art, un magnifique livre sur le paraître et, bien qu'une variation sur un thème de Faust, sur le thème très actuel de la beauté.  J'étais vendu:  je lirais tous les Schmitt comme je lis tous les Nothomb.  J'ai ensuite lu L'enfant de Noé.  Légère déception.  L'écriture est toujours aussi fluide mais le propos, moins captivant.  L'intérêt s'est ensuite affaibli avec Ma vie avec Mozart avant de devenir carrément insupportable avec Odette Toulemonde (tant le livre que le film) où je me disais qu'il pouvait essayer de se protéger en nous présentant un personnage d'auteur à qui on reproche sa miévrerie.  J'ai même assisté à une représentation théâtrale de Petits crimes conjugaux.  Si le propos prenait de la vitesse, le récit atterrissait bien mal.

Mais je suis un homme de courage et comme son Sumo se voulait tout court, je m'y suis lancé.  Et j'ai retrouvé un Schmitt qui me racontait une histoire avec une économie de mot.  Même s'il tente encore de faire un Paulo Coehlo de lui-même en insérant une morale, des éléments de réflexion à son récit, il le fait de façon moins explicite que dans ses oeuvres précédentes.  J'ai toujours un peu l'impression qu'il veut se targuer de créer l'illumination chez ses lecteurs mais ses gros sabots sont souvent plus distrayants et exaspérants qu'autre chose.

Je vois un gros en toi, lui répète un homme croisé au hasard.  Bien qu'on comprenne que le jeune garçon succombera à l'idée de devenir un sumo, on s'attache à la rencontre et on se questionne sur la motivation de ce coach.  On ne se perd pas dans une explication pop-psychologique du jeune homme (bien qu'on puisse déduire ses motivations par les éléments qui nous parlent de son passé) mais on se retrouve avec de belles touches de fantaisie (surtout lorsque sa mère lui "écrit").  Comme le journaliste le mentionne, on verrait très ces éléments transposés au cinéma.  Était-ce ce que Schmitt avait en tête en écrivant ce cours récit.  Probablement.  Mais il aura au moins l'heureux génie de commencer par l'oeuvre écrite avant de passer à l'oeuvre cinématograhique.  Et non l'inverse, comme avec son Odette .

 

Mon courage aura été récompensé souhaitons que le prolifique Schmitt ne nous offre pas 5 livres de piètre intérêt avant d'en offrir un qui nous transporte.  Comme quoi, la longueur des livres n'est pas gage d'intérêt.  Beaucoup d'auteurs actuels de trilogie et autres histoires à multiples tomes devraient s'en inspirer.


16 janvier 2009, 4:28
Comment ne pas se laisser écraser par son époque

Mendes sait se montrer incisif.  Avec American Beauty, il nous démontrait nos travers et cette vie vernie que plusieurs d'entre nous tentent d'entretenir.  Dans Revolutionary Road, il nous démontre plutôt celle de nos parents.

En femme qui étouffe, Winslet est lumineuse et défaite.  En époux qui se cherche, DiCaprio est à la fois fort et vulnérable.  Ce couple de comédiens qu'on a découverts avec Titanic, on se plait à les retrouver dans cette empoignade déchirante. 

Et le plaisir du film vient aussi d'avoir devant nous deux acteurs qui auraient prendre la partie facile après le succès fracassant de leur première association.  Au contraire, Winslet a alterné entre petits films indépendants et films à plus gros budgets.  Mais toujours, elle a choisi la qualité.  Elle n'a pas toujours choisi les films les plus abordables pour le grand public mais toujours elle est restée magistralement intègre dans ses choix artistiques.  On se demande pourquoi des actrices oscarisées telles Gwyneth Paltrow ou Hilary Swank n'ont pas appris de Winslet et n'ont pas opté pour la recherche plutôt que de choisir des films dont elles ont été la vedette mais qu'on a oubliés, souvent avant même qu'ils ne soient lancés!

DiCaprio, même s'il est toujours resté dans les environs d'Hollywood, s'est tenu à distance des gros blockbusters vides et a plutôt choisi des rôles remplis de nuances.  Que ce soit Blood Diamond ou Catch me if you can, il nous surprend par la complexité de ses performances.  Avouons que peu d'entre nous aurait pu prédire qu'il suivrait les traces de Tom Hanks plutôt que celles d'un Marlon Brando par exemple.

Ce film, comme tout film réussi, nous montre des personnages qu'on se prend à aimer et à qui on fait des reproches par la suite.  Ce film nous fait nous allier au personnage de April avant de vouloir de toutes nos forces que Frank fuit cette femme intense.  Mais c'est bien April qui nous lance la question qui devrait nous hanter tous les jours de notre vie:  But who made up those rules anyway? (Mais qui nous a imposé ces règles?).  Parce que c'est bien là notre drame à tous.  Peu importe l'époque où nous vivons, que ce soit celle d'American Beauty ou celle de Revolutionary Road, la question demeure.  Comment ne pas nous laisser prendre à ce que la société du moment veut nous faire avaler?  Comment ne pas être cette femme soumise à l'homme?  Comment ne pas être qu'un vulgaire être de consommation?  Comment ne pas être intolérant face aux différences?  Il serait facile de juger April et Frank du haut de notre 2009, mais vaut mieux se rappeler que 2009 sera jugé de haut par les gens de 2050.


9 octobre 2008, 3:53
La somme n'est pas plus grande que les parties

Je n'ai aucun reproche à faire à ce nouveau film de Falardeau.  La réalisation est sûre, l'interprétation est juste, la caméra est solide, le scénario est vraisemblable.  Pourtant, le film n'émeut pas.

On retrouve à nouveau une mère en mal d'ouverture sur le monde, qui veut du changement mais qu'on dépeint pratiquement comme une mère indigne.  Un peu comme la mère de J.A. Martin, photographe, c'est une mère en mal de pays qu'on voit ici.  Une mère qui sera prête à laisser ses enfants derrière elle afin de pouvoir rassurer son mal de vivre.  Suzanne Clément est tiraillée à souhait, mais cette mère, on ne sait si on s'attache vraiment à son drame.  Et c'est peut-être là où le film ne passe pas tout à fait.  On se trouve à être davantage embêté par les drames de chacun des personnages plutôt que touché et ému. 

La même chose se produit pour le jeune Léon.  Ce jeune garçon oublié, carencé, on voudrait pouvoir s'attacher à lui.  Mais à la longue, on s'identifie plutôt à la voisine exaspérée qui n'en peut plus d'être la cible perpétuelle des manigances du jeune garçon.  La seule qui nous permet d'entrer dans son drame est la jeune voisine.  Mais encore là, lorsqu'elle se met à décapiter les Barbies qui ne lui appartiennent pas, le moment est tellement gros qu'on en perd la compassion qu'elle venait déclencher en nous.

Falardeau tenait à filmer les souvenirs d'enfance.  Il nous présente une enfance où il vaut mieux ne pas retourner.  Il a déjà expliqué qu'on l'avait prévenu que filmer des enfants pouvait s'avérer périlleux.  Mais il s'en tire admirablement bien à cet égard.  Ce qui lui manque (et ce qui nous manque), c'est une histoire qui fasse en sorte qu'on comprenne les mauvais coups des enfants et que ça ne devienne pas que de basses manigances de jeune délinquant.

Après de remarquables films comme Congorama ou La moitié gauche du frigo, je me souhaitais un film mieux maîtrisé.  Malheureusement, même si chaque élément tiré du film est sans reproche, le film dans son ensemble ne crée pas l'émotion souhaitée.  Mais ce film reste un film que bien des réalisateurs seraient fiers d'avoir pu réaliser au cours de leur carrière.


29 février 2008, 8:37
Marie Laberge se paie la traite!

Elle voulait l'écrire son polar et elle l'a terminé.  Sans rien ni personne n'est pas le plus réussi de ces romans.  Ne se fait pas Agatha Christie qui veut!

Isabelle Deschamps est assassinée et oubliée.  Son père ne lâche pas prise et s'accroche au chef enquêteur parisien.  Un court passage dans une lettre au sujet d'une sage-femme mènera cet enquêteur au Québec où il fera équipe avec Vicky Barbeau.

Marie Laberge s'amuse juste suffisamment avec ce rapport Québec-France.  La taquinerie est de mise quant à la langue entre ces deux collègues mais bien dosée de façon à ne pas nous ennuyer avec ces éternelles querelles.  Et ce qui est très bien dans ce polar, c'est que même si les deux enquêteurs sont de sexe opposé, on n'a pas droit à la sempiternelle romance entre les deux.  Le roman s'attarde à l'enquête et non à une supposée idylle qui pourrait se tramer entre les deux.

Le petit hic avec ce roman est que le but de l'enquête est plus ou moins passionnant.  On couvre plusieurs territoires (de St-Pierre-et-Miquelon aux Îles-de-la-Madeleine et pour qui y a voyagé, la description est intéressante) mais on s'empêtre un peu dans tous ces détails qui se répètent.  Et sans être un génie du polar, j'ai quand même pu deviner la "surprise" de l'enquête au tiers du roman.  On finit un peu par se lasser des enquêteurs qui minimisent certains éléments alors que comme lecteur, on sait très bien que si l'auteure a choisi de les insérer dans l'histoire, c'est qu'ils sont capitaux.

Ce roman aurait passé inaperçu s'il n'avait été rédigé par Marie Laberge.  On y retrouve toujours son doigté pour une prose populaire de qualité mais ce livre est loin d'avoir les qualités de Juillet ou de sa trilogie.


20 janvier 2008, 1:41
Ne pas boire avant de s'y rendre

Ce film est précédé d'une habile mise en marché.  Les bandes-annonce sont variées, nous laissant nous imaginer ce que nous voulons sur le sujet.  En fait, ce film est une autre variation sur le thème de la fin du monde.

 

Comme les Américains ont finalement oublié le 11 septembre!  Au lendemain de l'attaque, sur toutes les tribunes, on annonçait comment le cinéma américain ne serait plus le même.  Comment on ne pourrait plus faire à la légère des films apocalyptiques sans offenser la mémoire des disparus.  Dans ce film, on nous démontre qu'un pas a été franchi.  Non seulement le cinéaste choisi de s'attaquer à Manhattan.  Mais la façon de s'y prendre est réminescente du 9/11:  les édifices connus sont détruits, les habitants doivent se protéger de cette immense manteau de poussière qui recouvre toute la ville quand les édifices s'effondrent, l'attaque vient d'une force plus grande que la Défense Américaine, ...  Il semble que les Américains soient prêts à passer l'éponge sur les événements qui les ont définis au cours de la dernière décennie.

Ce film est techniquement réussi.  Les effets spéciaux sont particulièrement saisissants.  Quand le pont de Brooklyn s'aplatit devant nos yeux, on ne veut que prendre nos jambes à notre cou.  La façon de créer certains flashbacks en rembobinant la cassette permettent aussi de comprendre superficiellement les liens entre les personnages.  Il faut toutefois être prêt à suivre une caméra qui ne s'arrête jamais.  En fait, mon oreille interne en a été quitte pour toute une raclée, m'amenant sur le bord de la nausée.  La caméra est sur-agitée et l'effet aurait pu être tout aussi réussi en la calmant par moment.  D'ailleurs, n'était pas rare le spectateur qui a choisi de quitter la salle plutôt que de se faire assaillir par cette caméra hyperactive.  Vivement le Ritalin.

 Quant au choix de nous montrer clairement les vilaines bêtes qui prennent d'assaut Manhattan, il nous enlève un peu de la peur qu'aurait pu nous donner l'inconnu.  Bien que ces bêtes soient hideuses à souhait, le film devient un film d'horreur plus traditionnel au lieu de nous faire douter, comme spectateur, qu'une force invisible peut se déclencher partout.  Un pari qu'avait observé The Blair Witch Project et qui lui avait bien servi.

Bref, pour qui s'ennuie de la Ronde en cette période d'hiver et veut se faire brasser son équilibre interne, une bonne adresse où s'arrêter.  Pour les autres, mieux vaut aller voir Juno.


9 janvier 2008, 12:36
Malheureusement décevant

Après avoir entendu et lu tant de critiques mitigées sur cet Âge des Ténèbres, mes attentes étaient somme toute raisonnables.  Il est vrai que pour un Déclin de l'Empire Américain, il y a eu un Stardom qui démontrait que Arcand ne faisait pas que du grand cinéma.

Dès les premières minutes du film, surprise, j'aime beaucoup le ton donné.  Les fantaisies de Jean-Marc sont suprenantes et le rythme est bon.  Je me dis qu'après tout, nous n'aimons que nous plaindre de ceux qui ont eu du succès.  Puis, petit à petit, l'intérêt se dilue.  Les fantaisies deviennent anecdotiques, le rythme s'étiole.  On comprend l'intention de Arcand dans son film mais il ne parvient pas à le livrer avec le bon souffle.

Toutes les scènes dans le bureau gouvernemental de Jean-Marc se veulent des pieds de nez à l'etablishment mais très rapidement, on se lasse de ces petits drames dont on voudrait pourtant s'offenser.  En fait, c'est comme si Arcand n'avait pas su où tirer ses boulets.  En veut-il contre l'appareil gouvernemental et sa logique froide et implacable?  Ou en veut-il plutôt aux femmes qui ne sont là que pour profiter des hommes et de leur poche?  Ou encore, veut-il décrier le vide de nos relations, de nos choix?  Tous ces propos sont intéressants mais deviennent confus dans ce film.

Arcand veut nous faire voir comment nos fantaisies deviennent un peu vide lorsqu'elles se concrétisent mais encore là, toutes les séquences dans ce néo-château où chacun s'y réfugie pour revivre le Moyen-Âge traînent en longueur et deviennent presque un mini-film à l'intérieur de ce grand film.

L'intention est noble et le résultat est beaucoup plus intéressant que tous ces films basés uniquement sur des recettes.  Arcand prend plus de risques que la plupart des cinéastes.  Mais le résultat est malheureusement décevant.  Et même si Marc Labrèche est toujours aussi attachant, il ne parvient pas à sauver le film.  Et aucun personnage secondaire ne parvient à créer un impact suffisamment puissant pour que nous nous y attachions complètement.


3 décembre 2007, 11:41
Un film à boycotter?

Cette drôle d'abeille, je l'ai vu avant même d'entendre parler de ce vague désir de boycott qui a originé des États-Unis.  En fait, le boycott a été lancé par des femmes décriant le caractère sexiste du film.  Et bien qu'elles n'aient pas tout à fait tort, on sait très bien qu'un appel au boycott est toujours la recette pour augmenter le nombre d'entrées d'un film  On peut en parler à Scorcese pour sa Dernière Tentation du Christ ou à Gibson pour sa Passion.  Ces films auraient pu passer davantage inaperçus, n'eut été de cet appel au boycott qui s'est davantage transformé en buzz médiatique.

 Ce film est sexiste en ce sens où la majorité des personnages sont masculins, alors qu'on sait très bien que les abeilles qui travaillent à la ruche sont féminines.  Mais dans ce film, on se contente de réléguer les abeilles féminines comme faire-valoir.  Suprenant?  Non.  Décevant?  Oui.  Ce n'est pas surprenant parce que l'industrie du film continue d'être mené par des hommes qui continuent de croire que les petits garçons et les hommes ne viendront pas voir de films où la vedette est tenue par une femme.  Que ce film soit animé ou non.  Alors que les femmes, après des siècles à jouer les seconds violons, ont bien appris à apprécier tous les films.

Quant à taxer ce film de sexiste, c'est donner beaucoup d'importance à un petit film qui se veut uniquement un divertissement.  Les images, comme toujours, sont saisissantes.  La ruche peut ressembler davantage à un garage qu'à un lieu de rassemblement mais l'animation est efficace, même quand on en vient aux personnages 'humains' du film.  Comme toujours dans ces films, plusieurs allusions sont adressées aux adultes qui viennent voir le film.  Il faut voir si certaines séquences ne sont pas complètement inintéressantes pour les jeunes enfants qui n'ont que faire de l'entrevue de l'abeille en compagnie de Larry King.  Les adutles apprécieront ce clin d'oeil qui ne sert qu'à intégrer un caméo dans l'histoire.

Bref, le film réussit là où il devrait le faire:  au niveau de son animation.  Sinon, les gags sont réguliers.  On passe un bon moment et on oublie que même ce qui apparaît le plus inoffensif peut prendre de grandes proportions chez certaines personnes.


26 novembre 2007, 12:07
Un film parfaitement maîtrisé

Ce film des frères Cohen est une petite jouissance personnelle pour tous cinéphiles.  On s'attend à être surpris.  On s'attend à y voir des personnages comme nulle part ailleurs.  Et on est servi.

Bardem est parfait dans ce tueur n'éprouvant aucun sentiment et utilisant une arme pour le moins non-conventionnel.  On s'attache à Brolin qui s'est foutu dans la merde et qui ne veut pas cracher le morceau.  Et on éprouve la même lassitude que Jones face à toute cette violence.

Si on peut s'incliner devant la grande maîtrise cinématographique, le film nous laisse un peu sur notre faim.  Je comprends très bien que ce film veut nous faire comprendre le grand illogisme que peut parfois prendre la violence.  Je comprends que cette incompréhension que l'on vit comme spectateur se veut un reflet de ce que les gens directement impliqué vivent également.  Mais l'intérêt se perd au bout des 2/3 du film.  On ne cherche pas un dénouement prévisible à ce film.  Ce serait bien mal connaître les Cohen.  Mais on souhaite autre chose qu'une tranche de vie dans le Texas profond.

Au niveau de la cinématographie, la maîtrise est parfaite.  Au niveau du choix musical aussi.  Et rien à redire sur la réalisation et l'interprétation.  Mais il semble que ce film soit un cas classique où le tout ne parvient pas à transcender la qualité de ses parties.  Peut-être me traitera-t-on d'inculte face à ce film dont tous disent le plus grand bien et qu'on voit déjà couvert de mille et une statuettes dorées.  Et je ne demandais rien de mieux que de pouvoir apprécier ce film comme j'en avais apprécié les premiers 2/3.  Mais il semble qu'on ait choisi de tout parier sur la force des personnages en présence et non sur la façon de boucler l'histoire.  Le fait de terminer ce film avec ces policiers, dont nous n'avons que faire, ne fait que distiller l'intensité que les frères Cohen avaient réussi à installer.

 


4 juin 2007, 3:46
Dans les petits pots...
Je préfère de beaucoup les petits festivals. Les spectacles présentés à la Place de la Francophonie ont le bonheur de nous donner un avant-goût de ceux qui ont de l'originalité, des étoiles montantes. J'ai encore de beaux souvenirs des Dumas, Caïman Fu, Andrée Waters, Mononc' Serge et autres spectacles que j'y ai vus au cours des dernières années. Je trouve qu'on y prend plus de risques que dans les grosses machines que sont les Montgolfières. Quant au Festival de Jazz et au BluesFest, on sent qu'ils se cherchent. Pas que leur programmation soit mauvaise. On sent plutôt qu'ils se cherchent une direction. On a beau adoré Evora, on n'associe pas sa musique au jazz. Et les INXS et Alexisonfire ne sont pas ce que j'associe au blues.
31 mai 2007, 5:23
Traces et souvenances: surprenant!
J'ai un parti pris pour les reconstitutions historiques. Malheureusement, il n'est pas favorable. C'est donc sans attente que je me suis rendu voir et entendre Traces et Souvenances. Belle surprise! Le texte rendu par les comédiens est intéressant. Le jeu, bien qu'inégal parmi les comédiens, est tout de même suffisamment juste pour ne pas se sentir dans le sous-sol d'église. Et quelques rebondissements suffisent pour nous donner l'impression que ces personnages existent vraiment. C'est à l'Université Bishop que la surprise opère le mieux. Cette femme du monde d'un autre temps nous interpelle et nous rappelle la place (trop!) récente des femmes dans le milieu de l'éducation. Sinon, la randonnée est intéressante, les points de vue sont charmants et on ne se sent pas dans l'attrape-touriste.
31 mai 2007, 5:15
Pour se réconcilier avec le rap
Quand on considère la misogynie, l'homophobie et l'intolérance souvent démontrée par les rappeurs, Al Malik sent bon la réconciliation. Ce qui frappe principalement à l'écoute de ses chansons, ce sont les textes mis en avant plan. Comme si on avait pris sa poésie slam et qu'on y avait accolé des musiques. Le tout nous rappelle que tous les rappeurs ne rêvent pas de devenir 50 Cent et qu'on peut être rappeur et aussi avoir une conscience sociale. Le rap a toujours eu cette qualité de dénoncer mais elle a malheureusement pris des tournures dérisoires depuis quelques années. Pour qui aime se faire ramasser intelligemment tant au niveau de la musique que des paroles.
28 mai 2007, 4:00
Minc
Il est vrai que plus on voyage à travers le monde, moins le repli sur soi apparaît comme une alternative intéressante. Le projet d'indépendance, loin d'être une régression infantile, était le projet d'une génération qui avait à coeur la survie d'un peuple trop longtemps assujetti à un oppresseur. Ce projet a pu survivre de nombreuses années parce qu'il était de son temps. Si le projet de l'indépendance n'est plus aussi vivant qu'à l'époque, ce n'est pas parce qu'il était infantile mais parce qu'il nécessite une transformation. Le peuple québécois de toutes les générations ne veut plus s'accrocher à ce passé de référendum. Sans nécessairement parler d'autonomisme, concept flou et fourre-tout, les québécois veulent demeurer une force mais ne veulent pas nécessairement le faire dans un processus de confrontation. Quand on regarde n'importe quel autre pays, on souhaite l'harmonie entre Anglais et Irlandais, entre Hutus et Tutsis, entre Américains et le reste du monde. Normal qu'on veuille reproduire ici un modèle de collaboration davantage qu'un modèle d'opposition. Mais l'histoire saura peut-être nous ramener à l'ordre et nous faire voir que, loin de la régression, l'indépendance redeviendra peut-être une évidence pour les générations futures. Monsieur Minc rejette le populisme et je ne suis pas en désaccord. Sauf qu'il y a une raison pour laquelle ce modèle est devenu si puissant. Fini le temps où les peuples voulaient un gouvernement paternaliste qui croyaient en savoir plus qu'eux. Papa a raison, c'est bien joli, mais ça ne garantit pas une démocratie et un respect de tous. Si le populisme est si fort, c'est que les gens ont perdu confiance dans les politiciens, c'est que le peuple a trop été échaudé et veut reprendre les rênes de sa destinée. Le peuple a l'impression de ne plus être écouté et ce n'est pas en s'imposant avec force que les politiciens vont ramener la confiance au sein de l'électorat.
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