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février 2009 - Messages
25 février 2009, 4:14
L'écrivain dans un champ de mines

Je discutais récemment avec un collègue écrivain, François Jobin pour ne pas le nommer, de ces livres dont le personnage principal est un écrivain. Nous nous entendions sur un point: le corpus du 20e siècle comportait un excès de ces fictions d'écrivains.

Jobin affirmait en avoir un peu marre, cependant que pour ma part je haussais les épaules: personne (sauf exception) ne me forçait à lire des bouquins que je n'avais pas envie de lire.

(Pour la petite histoire, on notera que cette discussion se déroulait dans le vestibule de l'UNEQ. C'est un détail qui me semble porteur de sens - mais de quel sens au juste, je n'en suis pas certain. Peut-être cela illustre-t-il, au fond, le grand problème de notre profession: n'en être pas une. En effet, la vaste majorité des écrivains gagnent leur vie autrement, et pas forcément par le biais de l'écriture, aussi s'avère-t-il toujours un peu difficile d'obtenir une image consensuelle de l'écrivain en habit de travail. Fermons cette parenthèse.)

Bref, la question se pose: pourquoi diable a-t-on inventé tant de personnages-écrivains depuis quelques décennies? J'ai ma petite théorie sur la question, et permettez que je l'expose ici afin que, par la magie de la cognition collective, nous la réduisions joyeusement en lambeaux.

La spécialisation est un rouage incontournable de la modernité. Alors que Léonard de Vinci griffonnait d'une même main (inversée, ça va de soi) des notes sur l'aérodynamique, la morphologie de l'œil humain ou un nouveau vernis révolutionnaire, les spécialistes du 20e siècle se sont appliqués à fragmenter le savoir en sous-sous-sous-disciplines toujours plus spécifiques. (Quiconque est passé par un hôpital récemment sait de quoi je parle.)

Se découvrant de plus en plus isolés, ultimes dilettantes dans un monde de monomanes, les écrivains ont décidé de se spécialiser eux aussi. Scandant le credo d'Ernest Hemingway, "écris sur ce que tu connais le mieux", des légions de romanciers ont entrepris d'écrire sur eux-mêmes, voire sur des alter ego.

Plusieurs cas sautent à l'esprit - Paul Auster, Jacques Poulin (qui en particulier se réclame de Papa Hem), Dany Laferrière, Christian Mistral, Italo Calvino (Si par une nuit d'hiver un voyageur est un sommet du genre), John Irving - mais la liste complète, ou même incomplète, serait franchement interminable.

Évidemment, difficile de critiquer le phénomène à la lumière de la liste qui précède: ma mémoire écrémant merdes et résidus, je me retrouve en train de décrier une situation sans parvenir à invoquer les navets qui pourraient me servir d'arguments. Je ne ferais pas de vieux os dans la peau d'un polémiste.

En fait, je n'ai même pas envie de décrier les fictions d'écrivains. Il se trouve seulement que, en ayant vu passer beaucoup depuis 10 ans, je ressens une admiration croissante (et directement proportionnelle) pour les auteurs qui osent, au contraire, s'attaquer à des sujets qui nécessitent une vigoureuse documentation.

J'aime cette vision volontariste du savoir: celle d'un romancier qui avance dans un champ de mines, sous le tir nourri des spécialistes.

Je lis en ce moment un bouquin qui va dans ce sens: il s'agit de Cryptonomicon, de Neal Stephenson, une brique de 917 pages bien denses - qui d'ailleurs pulvérise le second précepte hemingwayen: "écris des phrases auxquelles on ne peut rien retrancher, ni rien ajouter".

De toute évidence, Stephenson ne se contente pas d'écrire sur ce qu'il connaît le mieux: on imagine mal comment un écrivain pourrait posséder autant de connaissances de première main sur la cryptologie, la genèse des quartiers commerciaux de Manille, les mitrailleuses Vickers, l'installation de câbles sous-marins ou les us et coutumes des hommes d'affaires du bassin Pacifique.

Cela étant dit, Stephenson n'est pas un auteur platement documentaire. Il a aussi un net penchant borgésien: on peine souvent à départager le factuel du fictif - sans doute parce que le fictif, si déjanté soit-il, demeure un produit dérivé du factuel.

Bref, j'en suis à la page 447 et je n'ai pas encore vu passer le moindre petit écrivain. D'ailleurs, si un auteur se glissait dans l'histoire, il ne fait pas l'ombre d'un doute que Stephenson lui ferait un mauvais sort - car Cryptonomicon ne se déroule pas seulement dans un univers sans écrivain, mais dans un univers foncièrement hostile aux écrivains.

C'est pas désagréable, de temps en temps.


18 février 2009, 1:37
Claude Ponti et le genre humain

Depuis un an, les livres pour enfants se sont multipliés chez nous. On en trouve sur le plancher, sous le divan, dans le frigo, dans le bain - et même, à l'occasion, sur les tablettes.

Plusieurs de ces livres ont été lus cent fois déjà, parfois jusqu'à la nausée, jusqu'au vandalisme, jusqu'au désir honteux de faire disparaître certains bouquins dans le bac à recyclage durant la nuit. Aah, ces envies de censure nocturne!

J'affirmais en août dernier que 80 % des livres pour enfants appartenaient au marché du bouquin gnangnan et de l'historiette insipide. On pourrait en déduire que j'ai (ou crois avoir) des goûts infaillibles en la matière. Pas du tout: j'ai encore de la difficulté à déterminer ce qui va plaire à ma fille. (Son petit frère aime tout ce qui se mâche, c'est plus simple.)

En fait, comme la plupart des jeunes enfants, ma fille n'a pas encore d'opinion très arrêtée sur la question. Pour elle, la lecture est un acte social, et le livre, un lieu de rencontre: il répond le plus souvent à ses goûts personnels - mais parfois, aussi, aux goûts que son papa tente (plus ou moins sournoisement) de lui inculquer.

La littérature pour enfants serait donc une littérature de compromis? La question est tendancieuse. Je sais seulement que, parmi les dizaines de bouquins qui jonchent nos planchers, bien peu parviennent à nous intéresser simultanément, ma fille et moi.

Il existe cependant quelques (rares) auteurs pour qui nous vibrons d'un enthousiasme commun. Le plus important - en tout cas, le plus emblématique - s'appelle Claude Ponti.

C'est ma sociologue préférée qui a introduit Ponti dans notre maison. Elle l'a découvert dans une vie antérieure, je crois, alors qu'elle faisait libraire. Toutes les libraires craquent pour Ponti, paraît-il, et plusieurs s'affligent que ses bouquins ne soient pas plus populaires. Plusieurs parents seraient apparemment un peu craintifs devant cette œuvre indescriptible et atypique.

En effet, Ponti donne le vertige. Non seulement a-t-il écrit et illustré des dizaines de livres, mais certains de ces livres sont d'une richesse incroyable. On trouve plus d'imagination dans une seule page de Ponti que dans toute l'œuvre de... aah, je pourrais citer des noms, mais je vais m'abstenir.

Bref, il est possible que le lecteur adulte ne sache pas toujours comment aborder cette œuvre bien dense, labyrinthique sur les bords. On ouvre un livre et on se sent aussitôt aspiré. C'est presque trop intelligent, trop imaginatif, trop hallucinatoire. Ça intimide.

Des livres pour enfants qui intimident? Oui, ça existe. Et personnellement, ça me rassure sur le genre humain.

"Claude Ponti", nous dit-on sur son site Ouaibe, "déteste les livres qui sont finis en cinq minutes." C'est rigoureusement exact: ma fille et moi lisons le même Ponti depuis le mois de novembre, une strate après l'autre, et découvrons sans cesse de nouveaux détails.

En fait, les livres de Ponti sont inépuisables - et c'est parfois épuisant. Certains soirs, j'aimerais bien régler le train-train dodo sans trop me casser la tête. Si ma fille réclame "les poussins!", alors c'est fichu. Impossible de lire Ponti sur le pilote automatique, il faut toujours rester alerte.

Ma fille: C'est quoi ça?

Moi: Tu parles du petit bonhomme brun sans yeux avec trois paires d'antennes?

Ma fille: Oui.

Moi: Heu... Un croisement entre un saule pleureur et un Martien?

Et c'est comme ça à cœur de Ponti: vous avancez sur un terrain mouvant. Il faut trouver des explications rapides et avoir une bonne mémoire visuelle (tout le contraire de Caillou). Vous jouez sans cesse votre crédibilité de papa-lecteur, en somme.

Pas étonnant, au fond, que Ponti ait publié l'automne dernier un Catalogue de parents pour les enfants qui veulent en changer. On y trouve plusieurs dizaines de parents improbables - mais qui, pourtant, épuisent assez bien le spectre des possibilités, si bien qu'on finit par chercher la caricature qui nous correspond.

Détail amusant/inquiétant: le catalogue contient un bon de commande. Livraison dans les 48 heures, et ramassage des parents d'origine inclus dans le prix.

Ma fille n'est pas encore en âge de remplir le bon de commande, j'ai encore un peu de temps pour améliorer ma moyenne.

Claude Ponti, Catalogue de parents pour les enfants qui veulent en changer, L'école des loisirs


17 février 2009, 3:53
La publication au temps du choléra

La tendance s’accentue : le milieu littéraire commence à songer que, après tout, cette histoire de crise économique ne touchera peut-être pas seulement les grands dinosaures.

Robert McCrum, chroniqueur au Guardian, prodigue 7 conseils aux écrivains afin de survivre à la crise (Don't get depressed: A writer's guide to surviving the recession).

Plus sérieux, Conversational Reading propose une série d’entrevues avec des éditeurs sur le thème “Comment publier en temps de récession” (How to Publish in a Recession).

À l’Université de Rochester, on s’interroge sur les modèles de publication, les traductions et la crise financière, rien de moins (Publishing Models, Translations, and the Financial Collapse).

Et il ne s'agit que la récolte hebdomadaire ! J'ai vu passer plusieurs billets/articles sur ce thème depuis janvier, mais je ne les ai pas systématiquement collectionné. Je pourrais m'y mettre, tiens...


11 février 2009, 4:48
Livre électronique : tentative de sondage maison

Quelques témoignages intéressants suite à mon dernier billet, entre autre de Steve Boudrias qui affirme lire ses textes électroniques sur un Blackberry.

En effet, on parle plutôt des appareils dédiés, et beaucoup moins des appareils qui permettent d’afficher du texte électronique “par la bande” -- téléphone, netbook, assistant personnel, lecteur MP3 et autres DS. Dans la blogosphère, plusieurs sont pourtant d’avis que la lecture électronique de demain sera multiformats, multiplateformes et multiappareils.

D'ailleurs, le paysage de l'électronique  confirme déjà ce genre de pratique : il existe un énorme marché d'appareils qui font un peu de tout, mais plutôt mal (je pense en particulier aux téléphones portables qui ne sont même pas foutus de relayer une conversation téléphonique décente), et un tout petit marché d'appareils dédiés qui font peu, mais mieux.

Pour ma part, j'avoue être une sorte de dinosaure : j’ai lu mes premiers livres électroniques en blanc sur fond noir, sur un vieux Dell propulsé par muLinux. J’ai ensuite été intensément attiré par le Librié, qui n’était alors disponible qu’au Japon. Puis, il y a deux semaines, je me suis trouvé à un demi-clic d’acheter un PRS 700 de Sony, mais la comparaison avec le PRS 500 m’en a dissuadé. Cette technologie n'est pas prête pour moi, et vice versa. En outre, j'ai encore des scrupules écologiques à acheter un appareil dédié (nous en reparlerons un de ces jours).

Finalement, je lis sur mon Netbook.

Et vous? J’aimerais savoir à quoi ça ressemble de votre côté. Vous lisez quoi, et sur quel genre d’appareil / plateforme?


11 février 2009, 2:43
Livre piraté : et le Québec là-dedans?

Suite à mon dernier billet, Serge André Guay me reproche de ne pas mettre les propos de Bobbie Jonhson en perspective par rapport à la situation du Québec.

À mon avis, le contexte québécois n’est pas tellement différent du marché anglophone. Il est plus petite, certes, mais je crois qu’il ne faut pas se cacher la tête dans le sable : ce qui se produit chez nos voisins risque de se produire ici, tôt ou tard.

Monsieur Guay demande « qu’est-ce qu’on pourrait pirater comme livre au Québec ? » Nous avons l'embarras du choix, il se publie des centaines de bouquins chaque année. La vraie question est plutôt comment pirater au Québec ? La réponse : de la même manière qu'ailleurs.

En effet, rien n’empêche personne de numériser n'importe quel bouquin, de le passer à l’OCR, puis de le diffuser  sur Internet. Plein de gens le font déjà (légalement) pour le Projet Gutenberg, par exemple, et les derniers tomes de Harry Potter (pourtant des briques) ont circulé en P2P quelques heures après la sortie papier. Il n’y a rien de sorcier là-dedans.

Évidemment, numériser un livre à la mitaine est relativement fastidieux, d’où ma réflexion : le nombre de personnes disposées à faire cet effort est directement proportionnel au nombre d’appareils de lecture qui circulent. Personne n’aime travailler pour rien, pas même les pirates.

Monsieur Guay a raison, le Kindle n’est encore disponible qu’aux États-Unis, mais il s’agit d’une question de temps. Le Sony Reader, en revanche, peut être acheté en ligne au Canada, et c’est sans compter la popularité croissante du iPhone et de ses clones, dont l’écran permet aussi de lire des livres électroniques. C’est petit, mais ça suffit à certains lecteurs.

Quant à l’analogie avec l’industrie musicale, elle n’est pas parfaite mais elle tient plutôt bien la route. Monsieur Guay a raison, des milliers de livres sont disponibles gratuitement sur le Web depuis des années  – mais c’était aussi le cas à l’époque de Napster : des centaines de petits groupes indépendants offraient leurs albums gratuitement, et les auditeurs curieux pouvaient faire de belles découvertes. Toute l'idée de la longue queue se trouve là.

Cela étant dit, il ne s’agit pas d’une simple question de volume. Les gens ne veulent pas seulement des plages ou des textes. Ils veulent certaines plages, certains textes. Voilà ce que le piratage est venu mettre en lumière dans l'industrie musicale.

Reste à espérer que l'industrie du livre trouvera sa voie avant que les pirates ne la lui indiquent.

 


11 février 2009, 2:23
Déphasé
Après cinq semaines de pause, l'heure a enfin sonné de reprendre le collier. De retour avec notre programmation régulière, comme on dit.

Étrange comme les semaines ont filé depuis décembre. Tant d'événements se sont produits durant cette période que ma dernière chronique semble remonter non pas à 2008, mais plutôt à 1977 - et j'admets ressentir, ce matin, un soupçon de nervosité.

On craint toujours un peu d'avoir perdu la main pendant les vacances. L'art de la chronique est-il comme la bicyclette, qui ne s'oublie supposément jamais? Non, j'en doute. D'ailleurs, méfiez-vous de la sagesse populaire: même la bicyclette s'oublie.

En fait, mon problème est d'une nature plutôt spécifique. Je viens de travailler intensément sur un roman, au cours des dernières semaines, et - comment dire? - je me sens en réadaptation. Déphasé.

Voyez-vous, la mécanique temporelle est complètement différente selon que vous écriviez un roman, une chronique ou une liste d'épicerie. (Consacrez plusieurs semaines à écrire des listes d'épicerie du matin au soir, et je vous assure que vous ne sentirez pas le temps passer à la même vitesse.)

Le romancier, qu'il soit généraliste ou non, se débat contre plusieurs saveurs de temps. Pour faire un portrait rapide, disons qu'il y a le temps de la narration, le temps des dialogues et le temps des descriptions, et que chacun de ces temps est parsemé d'ellipses, de grumeaux, de retours en arrière, d'arrêts sur pause - et on se retrouve sans cesse en train de négocier de l'un à l'autre, comme un camion trop chargé qui ferait la traversée des Alpes durant la canicule.

(Certains romanciers se sentent plutôt comme des Subaru ou des Audi. C'est leur affaire.)

La chronique passe comme un souffle, par comparaison, et on n'a guère le loisir de zigonner avec la boîte de vitesse. Il faut choisir une cadence, s'y accrocher, en tirer le meilleur parti - et que tout le bataclan tienne en 723 mots, sinon ça va râler dans la chaîne de montage.

Bref, l'exercice repose lourdement sur la capacité à prendre des décisions rapides, puis à les regretter jusqu'à la semaine suivante. Répétez 50 fois par année: vous voilà chroniqueur!

Mais ce n'est pas tout: chaque texte (roman, chronique, liste d'épicerie) doit aussi se situer dans le temps.

Dans le cas de la chronique, ça se fait souvent tout seul. L'actualité charrie branches et carcasses à une telle vitesse que l'on nage rarement à contre-courant: la chronique est forcément, instantanément plongée dans son époque. Si vous commettez une erreur de jugement, elle sera vite emportée avec tout le reste - vous y compris.

(L'étape suivante, naturellement, est le blogue: il obéit à la même dynamique que la chronique, mais se déroule à l'échelle des heures plutôt qu'à celle des journées. Un peu trop lent à votre goût? Essayez le microblogue, genre Twitter, où l'on opère parfois à la minute près.)

Le roman, en revanche, est un paquet de nœuds: plutôt que de s'interroger sur la pertinence d'un événement qui s'est produit 8 jours/heures/minutes auparavant, il faut décider si telle histoire obscure qui remonte à l'hiver 1991 mérite encore vraiment l'attention du lecteur - et le temps ne simplifie pas toujours la décision.

Certes, les romanciers sont habitués à travailler avec une certaine distance. Mais si l'acuité du regard croît parfois avec le recul, il s'agit aussi d'une épée de Damoclès optométrique: reculez un mètre de trop et vous tombez dans le brouillard.

Mais attendez: ça se complique encore!

En effet, il ne suffit pas de situer le propos et la chronologie du roman, mais aussi - et peut-être surtout - sa manière. Autrement dit, le romancier généraliste ne cherche pas simplement ce qui est encore intéressant, mais se demande aussi sous quel angle n'importe quel sujet pourrait le (re)devenir, voire cesser de l'être.

Vous me suivez?

Rien n'est plus affligeant qu'un roman qui pulvérise un sujet contemporain avec une approche dépassée. Inversement, qu'il est réjouissant de lire un romancier qui renouvelle une vieille histoire pleine de clichés par la simple vertu de sa verve! Pour arriver à ce petit miracle, il faut savoir se situer - et situer son écriture - dans le temps.

Je suis peut-être un peu déphasé, mais je trouve mon retour de vacances plutôt reposant.


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10 février 2009, 11:38
Livre électronique : pas assez de piratage ?

Voilà plusieurs années que l'on se demande pourquoi diable le livre électronique n’arrive pas à décoller. Après tout, le phénomène MP3 a déferlé sur l’industrie musicale en l’espace de deux ans, et on comprend mal pourquoi le texte – une technologie qui semble a priori plus simple – est resté à la traîne.

Bobbie Johnson, blogueur techno au Guardian, y va d’une théorie intéressante : la musique en ligne aurait été propulsée par le piratage.

The real reason that the music industry came around to the idea of downloads wasn't because they had a startling insight into the future, or even because Apple forced the issue by building a clever ecosystem around the iPod (it didn't launch the iTunes store until 2003). It was because customers were choosing to pirate instead.


Et symétriquement, selon Johnson, c'est faute de piratage que le livre électronique n'aurait pas encore levé.

Le monde du livre devra-t-il forcément passer par là? Sacrée bonne question.  Reste encore à savoir si l’absence de textes piratés ralentira la prolifération des appareils de lecture (notamment le Kindle et le Sony Reader) ou si, au contraire, la popularité de ces appareils précipitera le piratage.

 (Via Teleread.)


9 février 2009, 9:47
Le palmarès des livres les plus volés

Le Times publie un article intéressant sur les 10 livres les plus souvent volés dans les librairies britanniques en 2008 – et ce ne sont pas toujours ceux que l’on croirait: guides de voyages, atlas routiers de Londres, codes de la route et dictionnaires occupent la belle place. Soyez rassurés, on vole aussi quelques romans.

(Je me demande à quoi ressemblerait le palmarès québécois... Je vais enquêter et je vous tiens au courant.)

En plus de ces vols à la petite semaine, l’article du Times relate l'histoire de quelques voleurs extraordinaires, dont ceux-ci :

Over the course of three years in the early 1960s, the playwright Joe Orton and his lover, Kenneth Halliwell, stole 72 books from their local library in Islington, North London. They then not-so-subtly corrupted the covers before returning them to the shelves: a volume of John Betjeman poems was given a dust jacket featuring a tattooed old man in his underwear, and the faces of “Great Tudors” were replaced with monkey heads. Orton and Halliwell were arrested in 1962 and sentenced to six months in prison. The vandalised books are now the most valuable in the Islington Library Service's collection.

Aah, j’aime ces moments où le vandalisme devient une forme d’intelligence.


2 février 2009, 11:36
Ce petit piment

Seth Grahame-Smith a décidé d’ajouter au grand classique de Jane Austen,  Pride and Prejudice, un petite touche pimentée : quelques zombies.

Il faudra attendre jusqu’en avril pour voir si Pride and Prejudice and Zombies dépasse le simple cabotinage – mais chose certaine, l’idée de départ est brillante : il ne s’agit pas d’une réécriture, mais du texte original (libre de droits depuis un bon moment) auquel Grahame-Smith a rajouté de nouvelles scènes.

Le résultat est à la fois un nouveau roman et une nouvelle lecture de l’ancien roman !

Je rêve soudain d’administrer ce traitement choc à certains de nos, hm, classiques. Je crois comprendre que la Scouine tombe dans le domaine public le 4 avril 2010. J’entrevois un excellent roman post-apocalyptique !

 (Via Bookninja.)