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Nicolas Gendron
Nicolas Gendron
28 avril 2008, 12:57

Un X au coeur

Je souhaite ça à chaque spectateur de cinéma. Cette sensation de vibrer au même rythme qu'une salle au grand complet. Il y a trop longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Une seule respiration qui s'accorde au souffle d'un personnage principal malmené, auquel il fait bon s'attacher, comme deux amis dépareillés unis par la force de leur solitude. Parce que Ben, pour autiste qu'il soit, n'en est surtout pas moins humain. Sa quête n'est pas originale (être accepté tel qu'il est), mais elle est plus que fondamentale. Chacun la vit au jour le jour, bien sûr dans le regard des autres, mais l'épine dorsale de cet élan viscéral demeure la façon que l'on a de vivre avec soi-même.

 

Le Théâtre Maisonneuve était plein à craquer. C'était un dimanche, si ma mémoire est bonne. Ce n'était pas une heure de cinéma à proprement parler, mais comme nous étions en période de festival (Ben X a partagé, avec le dernier Miller, le Grand Prix des Amériques à un certain FFM !), les cinéphiles ne regardent pas à la dépense du temps. Alors la décharge fut encore plus grande quand les bancs ont claqué à la toute fin, non pas parce que les gens quittaient en trombe mais bien parce qu'ils avaient ressenti l'envie (encore peu commune au cinéma) de se lever pour applaudir l'œuvre qui leur avait été donnée de voir. J'étais debout moi aussi, et je m'étonnais de tous les sons qui bourdonnaient dans mes oreilles. Un monsieur assez âgé répétait continuellement à sa femme, pendant que le générique final défilait : « C'est extraordinaire, c'est merveilleux, c'est extraordinaire ! » Et mes yeux de s'emplir de je ne sais quelle fierté de partager ce moment d'émotion unique avec une horde d'inconnus.

 

Et pourtant, Dieu sait que j'ai eu peur dès les premières secondes du film, high-tech à souhait ! J'ai prié : faites que ce ne soit pas qu'un gros joujou truffé d'effets spéciaux, dénué de cœur et de cerveau... Que nenni ! Le réalisateur et scénariste Nic Balthazar a démenti mes craintes en moins de deux, et avec finesse et subtilité par-dessus le marché. Sa démarche, héritière de plusieurs traces délicates du style documentaire, est parvenue - l'air de rien - à allier la grande émotion d'un drame humain à une technologie haute gamme qui ne pouvait que renforcer la solitude de ce Ben meurtri par sa naissance même. « Every end is a beginning », y souffle-t-on. On souhaite à ce film d'avoir des milliers de vie, qu'on le diffuse dans tous les circuits, des écoles secondaires aux écrans du monde entier. Et que son interprète principal, le phénoménal Greg Timmermans, qui se surpasse d'intériorité vibrante, décroche des rôles de cette trempe encore longtemps !

 

À en être game over. Gaga. Sur le cul.

Une marque au cœur.

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