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The Manif d’art
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Claude Bélanger, directeur général, et Sylvie Fortin, commissaire de la Manif d'art en conférence de presse à New York.
C’est à New York, dans le cadre de la célèbre foire internationale Armory Show (avec le précieux appui de la Délégation du Québec), que la Manif d’art de Québec a dévoilé aujourd’hui les noms de 35 des artistes qui participeront à sa 5e édition qui aura lieu du 1er mai au 13 juin. Montréal (avec sa biennale et sa triennale) n’a qu’à bien se tenir. La commissaire Sylvie Fortin (née à Québec, mais vivant maintenant à Atlanta où elle dirige la revue ART PAPERS), a réuni une brochette d’artistes impressionnante (je vous la livre en fin de cette nouvelle). Le projet est ambitieux et montre une manif ayant pris une expansion considérable. Un bon nombre des interventions a été spécialement commandé pour l’événement en partenariat avec plusieurs institutions de Québec. Contrairement à bien des manifestations en art contemporain, à Québec il y aura peu de place pour des oeuvres réchauffées. Le thème est aussi prometteur. Au premier coup d’œil, il pourrait sembler simplement accrocheur, mais, en conférence de presse, à laquelle j’ai assisté, Sylvie Fortin a su nous expliquer l’amplitude de sa vision. Cela s’intitulera Catastrophe ? Quelle catastrophe ! Il s’agira de montrer « le rôle de la catastrophe dans la pensée occidentale » et « dans la vie contemporaine ». Cette réflexion englobera la récupération par l’état de la catastrophe pour mettre en place des mesures d’exception jusqu’au détournement par des artistes de cette notion pour renouveler nos modes de perception.
Artistes participants Patrick Altman (Québec, Canada); Salvatore Arancio (Londres, Angleterre); Bill Burns (Toronto, Canada); Luca Buvoli (New York, États-Unis); Cooke-Sasseville (Québec, Canada); Doyon/Demers (Québec, Canada); Sarah Emerson (Atlanta, États-Unis); Carole Epp (Saskatoon, Canada); Brendan Fernandes (Toronto, Canada / New York, États-Unis); Amélie-Laurence Fortin (Québec, Canada); Laurent Grasso (Paris, France); Johan Grimonprez (Bruxelles, Belgique / New York, États-Unis); Milutin Gubash (Montréal, Canada); Hadley+Maxwell (Vancouver, Canada / Berlin, Germany); Maryam Jafri (Copenhague, Danemark); Gwen MacGregor (Toronto, Canada); Lynne Marsh (Montréal, Canada / Berlin, Allemagne / Londres, Angleterre); Daniel Joseph Martinez (Los Angeles, États-Unis); Michael Jones McKean (Richmond, États-Unis); Gean Moreno (Miami, États-Unis); Ahmet Ögüt (Istanbul, Turquie / Amsterdam, Pays-Bas); Ernesto Oroza (Miami, États-Unis); Iván Navarro (New York, États-Unis); Trevor Paglen (Berkeley, États-Unis); Christodoulos Panayiotou (Chypre); Gwendoline Robin (Bruxelles, Belgique); Samuel Roy-Bois (Vancouver, Canada); Lindsay Seers (Londres, Angleterre); Superflex (Copenhague, Danemark); Katherine Taylor (Atlanta, États-Unis); Myriam Yates (Lennoxville, Canada).
www.manifdart.org
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Nuit blanche à Montréal
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 Longue est la liste des activités durant la nuit blanche du samedi 27 février. L'installation vidéo Where is Where? de l'artiste finlandaise Eija-Liisa Ahtila sera visible jusqu’à 2h du matin à la Fonderie Darling. La Maison de l’architecture du Québec propose une nuit brésilienne qui débutera à 20h par une lecture par Remy Girard de divers textes, dont Les Courbes du temps, mémoires d’Oscar Niemeyer. www.montrealenlumiere.com Je conseille en particulier deux événements. Il faudra parcourir le circuit de 4 kilomètres d’Art souterrain entre la Place des Arts et le Complexe Les Ailes. Cela regroupera des artistes aussi intéressants que Peter Gnass, John Oswald, François Morelli, Louise Viger, Patrick Bérubé, Perry Bard, Catherine Plaisance, Mathieu Latulippe, Fred Laforge, Mathieu Lefevre, Céline B. La Terreur, Manon De Pauw… www.montrealenlumiere.com/documents/2010/NB_prog_2010_Art%20souterrain.pdf Il faudra aussi se rendre à l’UQÀM (dans l'Agora du pavillon Judith-Jasmin au 1400 rue Berri) entre 22h et 1h du matin pour voir une soirée de performances de Belinda Campbell, Sophie Castonguay, Raphaëlle de Groot, Les deux Gullivers (Flutura & Besnik Haxhillari) et Thierry Marceau. Ce dernier y présentera une œuvre conçue spécialement pour l’événement intitulée Master-Cycle-Supérieur.
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Grandmaison in NY
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Je sors du vernissage de l'artiste québécois Pascal Grandmaison à la Galerie Jack Shainman à New York (sur la 20e rue, jusqu'au 6 février). J’y ai croisé, entre autres, l’artiste Ève K. Tremblay (accompagnée d'une des ses modèles, l'architecte et designer Geneviève Rousseau) qui continue elle aussi de développer sa carrière dans la Grosse Pomme. Je vous en reparle bientôt.
Le titre de l'expo de Grandmaison, The Inverted Ghost, m’a fait craindre le pire, me faisant croire une seconde que cet artiste avait lui aussi cédé à la mode du fantastique. Heureusement, c’est loin d’être le cas. Parmi toutes les oeuvres présentées (dont deux vidéos), de nouvelles photos (dont je vous montre un exemple dès que je les reçois) sont plus dans l’esprit d’une abstraction évocatrice que d’une rêverie magique. Six diptyques photographiques montrent, en gros plan, une sculpture en métal et en papier mâché couverte de goudron. Cela ressemble parfois à un fantôme drapé de noir ou a une cagoule sombre du KKK (humour décapant), mais cela reste souvent innommable et donc encore plus maléfique. Le hasard faisant souvent bien les choses, cette production est très proche de certaines sculptures d’aluminium de Urs Fischer que l’on peut voir ces jours-ci au New Museum de New York (et qui ne manquent pas non plus de panache). Les deux artistes exhibent d’informes structures qui permettent au cerveau de projeter ses pires craintes.
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Culture au Québec : les femmes sont moins bonnes
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Le 26 novembre dernier, étaient remis les prix d’excellence en arts visuels de la Ville de Montréal. C’est Gwenaël Bélanger qui a reçu le Prix Pierre-Ayot. Quant au Prix Louis-Comtois, c’est Daniel Olson qui l’a obtenu. Bien sûr, il s’agit de deux excellents artistes, qui méritent totalement la reconnaissance du milieu, mais nous pouvons tout de même nous demander pourquoi, dans les dernières années, ces deux prix ont été systématiquement remis à des hommes. En fait, depuis 3 ans, aucune femme ayant soumis son dossier ne fut considérée comme étant assez bonne pour recevoir aucune de ces deux distinctions… Sur plusieurs années, la tendance est lourde. Depuis 1996, sur 14 Prix Pierre-Ayot, seulement 5 furent décernés à des femmes (35,71 %) et sur 14 Prix Louis-Comtois, seulement 3 (!!) furent donnés à des femmes (21,43 %). La dernière femme ayant reçu ce prix étant Claire Savoie en 2005. Des prix discriminatoires ? Je passe un coup de fil aux Guerrilla Girls pour leur demander d’intervenir ? Ne croyons pas que la situation soit bien meilleure pour d’autres prix. Examinons les six Prix culturels du Québec. Le Prix Borduas qui fut remis 33 fois depuis 1977, le fut seulement 8 fois à des femmes (24,24 %). Et cette infériorité de la qualité de la création des femmes au Québec ne semble pas uniquement frapper le domaine des arts visuels. Le prix Anathase-David (Prix du Québec remis à « un écrivain pour l’ensemble de son œuvre ») fut donné 9 fois sur 33 à des femmes (27,27 %). Le Prix Denise Pelletier (Prix du Québec dans le domaine des arts de la scène) a été offert 8 fois sur 33 à des femmes (24,24 %). Continuons. Le Prix Albert Tessier (Prix du Québec dans le domaine du cinéma) a été attribué seulement à 4 femmes (13,33 %) sur les 30 remises depuis 1980. Le Prix Georges-Émile-Lapalme (« la plus haute distinction accordée à une personne ayant contribué de façon exceptionnelle, à la qualité et au rayonnement de la langue française parlée ou écrite au Québec ») qui fut remis 13 fois, le fut seulement 2 fois à des femmes (15,38 %). Le prix Gérard-Morisset (Prix du Québec dans le domaine de la préservation du patrimoine) a été conféré 3 fois à des femmes sur 17 remises (17,65 %). Pour conclure, signalons que le Grand Prix du livre de Montréal, remis depuis 1987 (soit 23 fois) a été remis 5 fois à des femmes (21,74 %). Certes, la situation est meilleure que dans le domaine des sciences (le Prix Lionel-Boulet ne fut jamais remis à une femme). Mais doit-on se comparer à pire pour se remonter le moral ? Peut-être… Concluons donc que le Prix Pierre-Ayot est un des moins discriminatoires de tous (avec près de 36% de femmes à son bilan). Encore bravo aux gagnants de cette année.
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Le MAC en question - Rapport de la journée d'étude
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Je viens de recevoir le rapport de la Journée d'étude sur le Musée d'art contemporain de montréal. Le voici dans son intégralité.
JOURNÉE D’ÉTUDE LE MACM EN QUESTION Consultation publique au sujet du Musée d’art contemporain de Montréal tenue à la Société des arts technologiques, à Montréal le 13 novembre 2009 Rapport préparé par le Comité de suivi Dominique Blain Emmanuel Galland Patrice Giroux Sylvie Lacerte Laurier Lacroix Johanne Lamoureux Anne-Marie Ninacs Louise Viger Présenté à Madame Christine St-Pierre Ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec Monsieur Marc DeSerres Président du conseil d’administration, MACM Madame Paulette Gagnon Directrice générale, MACM Madame Monique Gauthier Directrice générale adjointe, MACM Montréal, le 16 décembre 2009
Table des matières Mise en contexte de la Journée d’étude et du rapport Synthèse des discussions et propositions 1. MISSION 1.1 Énoncé de mission 1.2 Collection 1.3 Recherche 1.4 Diffusion 1.4.1 Diffusion au MACM 1.4.2 Diffusion au Québec, au Canada et sur la scène internationale 1.5 Éducation 1.6 Rôle social 1.6.1 Inscription du Musée dans la société québécoise 1.6.2 Collaboration avec les communautés artistique et intellectuelle 1.7 Propositions relatives à la mission Synthèse des discussions et propositions 2. GOUVERNANCE 2.1 Conseil d’administration 2.2 Direction générale 2.3 Comités consultatifs 2.4 Évaluation 2.5 Propositions relatives à la gouvernance
Annexes A — Lettres et communiqués diffusés depuis le 3 juillet 2009 B — Exemples en appui aux propositions C — Couverture médiatique de la démarche LE MACM EN QUESTION Mise en contexte de la Journée d’étude et du rapport À la suite de l’annonce de la nomination de Mme Paulette Gagnon au poste de directrice générale du Musée d’art contemporain de Montréal (MACM), le 16 juin 2009, plusieurs personnes se sont interrogées sur la rigueur du processus qui avait mené à ce choix par le Conseil d’administration du Musée, considérant la description du poste annoncé et l’étendue des profils des personnes compétentes disponibles pour l’occuper. Le 3 juillet, une lettre cosignée au total par 119 personnes issues de la communauté artistique était adressée au président du Conseil d’administration du MACM, M. Marc DeSerres, avec copie à la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec, Mme Christine St-Pierre. Cette lettre remettait en question la démarche d’embauche suivie par le Conseil, dans laquelle les signataires lisaient un symptôme de la léthargie du Musée et de la courte vision qu’a le Conseil d’administration de son rôle dans la réalisation de la mission fondamentale de l’institution. [A1 : lettre du 3 juillet 2009] Ce premier échange a été suivi d’une seconde lettre, adressée encore une fois au président du Musée (avec copie à la ministre) le 20 juillet. Cet envoi insistait sur un certain nombre de problèmes éprouvés par le MACM depuis fort longtemps, accompagnés de pistes de solution; il évoquait également une consultation publique en préparation – les cinq ateliers de la Journée d’étude LE MACM EN QUESTION reprendront d’ailleurs essentiellement la structure de cette lettre [A2 : lettre du 20 juillet 2009]. La publication de cette seconde lettre et les réactions qu’elle a suscitées dans les médias ont amené M. DeSerres à vouloir rencontrer les représentants des signataires, Laurier Lacroix et Anne-Marie Ninacs, le 31 juillet. L’échange, constructif, a notamment permis de confirmer que l’intention des signataires d’organiser une journée d’étude était fondée et que le Musée tirerait avantage à y participer. Le 3 septembre, L. Lacroix et A.-M. Ninacs se sont à nouveau rendus au MACM, à la demande de Mme Gagnon cette fois. Celle-ci leur a proposé que la journée d’étude soit organisée par le MACM (avec la collaboration de quelques signataires qui auraient siégé au comité de planification), qu’elle se tienne au Musée, qu’elle ait pour thème « La diffusion de l’art contemporain dans les musées d’État », qu’elle soit placée sous la médiation de la Société des musées québécois, et qu’elle serve de levier à la direction du MACM pour son projet d’agrandissement et l’augmentation de son financement. Après consultation, les signataires ne voyaient pas la nécessité d’intégrer la SMQ dans la discussion et ne voulaient être assujettis à aucun autre organisme. Il leur semblait légitime qu’un groupe d’intervenants du secteur culturel puisse être entendu directement par le Musée. De plus, la proposition du Musée déplaçait sur des aspects financiers et logistiques un débat qu’ils souhaitaient vivement maintenir sur des questions liées à la philosophie et à la mission de l’institution. Ils ont donc très simplement réitéré leur désir d’organiser une journée d’étude concernant le MACM « avec la participation (à définir) du Musée et sans l’intermédiaire d’un autre organisme » (courriel de L. Lacroix à P. Gagnon, M. DeSerres et Monique Gauthier, directrice générale adjointe du MACM, 9 septembre 2009). La direction du Musée ayant opposé une fin de non recevoir à cette offre, les signataires ont décidé d’organiser seuls la journée d’étude [A3 : annonce de la Journée d’étude]. Ils ont néanmoins relancé à maintes reprises leur invitation aux dirigeants [A4 : lettre du 5 octobre] et au personnel du MACM d’assister à la rencontre à titre de participants ou de simples observateurs, considérant que d’affronter les questions et les demandes d’un groupe qui l’interpelle – et y répondre – fait partie intégrante des devoirs et responsabilités d’une société d’État. La Journée d’étude LE MACM EN QUESTION a ainsi eu lieu le 13 novembre dernier à la Société des arts technologiques, à Montréal. La rencontre était structurée par cinq ateliers concernant successivement la mission du MACM, sa gouvernance, son leadership et sa collaboration avec les communautés artistique et intellectuelle, ses efforts de diffusion nationale et internationale, ainsi que son rôle dans la société québécoise [A5 : programme de la Journée d’étude]. Les objectifs de cette rencontre étaient simples et se formulaient ainsi : • discuter, dans le cadre d’un exercice de réflexion public ouvert à tous, de la situation actuelle du Musée d’art contemporain de Montréal; le faire de manière structurée et constructive, sous le signe de l’ouverture et du dialogue ; • proposer des pistes de solution réalistes qui tiennent compte des ressources physiques, financières et humaines actuelles de l’institution, cela afin d’améliorer la performance du MACM au regard de sa mission et des objectifs qui en découlent (ou qui devraient en découler) ; • soumettre au ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine (MCCCQ) et au MACM ces pistes de solution réunies dans un rapport ; • observer le cheminement des propositions faites par l’assemblée de la Journée d’étude en créant un Comité de suivi chargé de s’assurer que ces propositions soient prises en considération, discutées et mises en application par le ministère et le Musée. Au cours de la journée, 175 personnes (55 signataires et 120 nouvelles personnes intéressées par la situation du MACM) se sont présentées à la Société des arts technologiques et ont participé, d’une manière ou d’une autre, aux échanges. [A6 : bilan de la Journée d’étude] La synthèse de ces discussions et des propositions qui en sont issues constitue l’essentiel du présent rapport. Le programme dessiné par l’assemblée de la Journée d’étude LE MACM EN QUESTION est exigeant et appelle en priorité à un profond changement de culture de la part de l’institution muséale. Pour ce faire, il rappelle à chacun les responsabilités qui lui incombent : • au ministère, la nomination d’un Conseil d’administration représentatif et informé, ainsi que l’évaluation régulière de ses instruments culturels au regard des objectifs qu’il établit ; • aux dirigeants du MACM, l’application de la rigueur, de la transparence, de la collaboration, de la recherche et de l’innovation dans l’orientation et la gouvernance du Musée ; • à la communauté artistique, son devoir de participation et de réflexion continue vis-à-vis d’une institution publique centrale à son « écologie », devoir qu’elle accomplit notamment ici et qu’elle entend poursuivre.
Synthèse des discussions et propositions 1. MISSION La mission définit la raison d’être d’une institution à but non lucratif. Concevoir les stratégies les plus susceptibles de permettre la concrétisation de cette mission est par conséquent la première responsabilité qui incombe à ses gouvernants.
1.1 Énoncé de mission La mission du Musée d’art contemporain de Montréal est contenue dans le texte de la Loi sur les musées nationaux (L.R.Q., c. M-44, ci-après nommée « la Loi ») à l’article 24 : Le Musée d’art contemporain de Montréal a pour fonctions de faire connaître, de promouvoir et de conserver l’art québécois contemporain et d’assurer une présence de l’art contemporain international par des acquisitions, des expositions et d’autres activités d’animation. Depuis plus de 25 ans, cette mission n’a pas été actualisée ou repensée en fonction de l’évolution de la société, de celle du réseau international des musées, non plus qu’au regard de la nature particulière du mandat du MACM. Celui-ci exige de cette institution une perspective constamment mise à jour à partir de la notion même de contemporanéité, ainsi qu’une prise en compte des défis particuliers posés par les œuvres et les pratiques artistiques les plus actuelles au chapitre de leur conservation et de leur mise en exposition. Dans le cadre d’une réflexion sur sa mission, il importerait que le MACM s’interroge de manière approfondie sur la façon dont il articulera à même sa définition sa double responsabilité devant le temps présent de la création et le temps passé des collections, ainsi que la complexité que cette tension entraîne inévitablement dans la réalisation de tous les aspects de son mandat. [B1 : énoncés de mission]
1.2 Collection Fondé en 1964, le MACM a été le premier – et pendant très longtemps le seul – musée consacré exclusivement à l’art contemporain au Canada. Il est toujours le premier en importance et le seul à combiner un mandat québécois, canadien et international, le Museum of Canadian Contemporary Art (MOCCA) de Toronto, fondé en 1999, ayant pour seul domaine l’art canadien, et les tout jeunes Musée d’art contemporain des Laurentides et Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul s’étant donnés des mandats plus étroitement liés à leur région respective.1 Malgré l’« art contemporain » de son nom toutefois, le MACM est équivoque quant à la définition de sa collection. Il est vrai que sa collection d’art contemporain – entendu généralement par les musées comme la période couvrant les quarante dernières années – demeure l’une des plus importantes au Canada puisqu’elle compte des œuvres réalisées par plus de 1 000 artistes toujours vivants. Néanmoins, la date de départ officielle de la collection – 19392 –, ainsi qu’une très large part des 7 500 œuvres qu’elle contient, caractérisent d’emblée le Musée comme le détenteur d’une collection d’art moderne – terme référant à la période 1920-1960 de l’art au Québec. On y trouve même un trésor du XIXe siècle comme La Phrénologie d’Ozias Leduc, réalisé en 1892. On se demande comment l’institution peut vraiment faire profiter la population de cet ensemble, alors que « moins de 2% de l’importante collection nationale n’est visible dans l’espace actuel de l’édifice de la rue Sainte-Catherine3 ». L’agrandissement du Musée est nécessaire, mais ce nouvel espace ne saurait être une panacée : la conservation des ensembles moderne et contemporain de la collection sous un même toit se doit d’être d’abord et avant tout questionnée et des solutions (meilleure intégration, aliénation, dépôt, etc.) planifiées. Cette réflexion sur la collection est d’autant plus pressante que la mission de conservation de l’art contemporain du MACM – au sens où Georges-Émile Lapalme entendait ce terme au moment de sa fondation – l’appelle à être en prise sur la création d’aujourd’hui et concerne donc prioritairement l’art actuel, c'est-à-dire l’art qui se crée « au moment où l’on parle ». Il devient ainsi essentiel de repenser la triple articulation moderne/contemporain/actuel de la collection du MACM et son effet concret au sein de l’institution, en particulier la tension qui s’accentue entre la saisie de l’actualité qui doit guider son développement et le frein que devient la part historique toujours plus lourde de sa collection. Il semble que le MACM ait également à revoir le mandat d’acquisition qu’il se donne vis-à-vis des artistes québécois puisque, si certains d’entre eux sont très bien représentés dans sa collection, sa politique néglige des pans importants de la création, habituellement parce que ceux-ci ne rencontrent pas le parti pris moderniste de l’institution ou parce qu’ils mettent au défi ses règles de conservation. On observe enfin que le MACM n’a pas de politique bien définie en ce qui concerne l’acquisition d’œuvres d’artistes provenant de la scène internationale, un outil pourtant indispensable en raison du prix très élevé des œuvres sur ce marché et des ressources financières limitées du Musée. Plutôt que de chercher à se faire reconnaître par des positions repérables, justifiables et annoncées comme telles qui sauraient le distinguer dans le réseau muséal international (collections spécialisées; représentation soutenue de certains artistes; développement de problématiques ou de thèmes précis; partis pris esthétiques, territoriaux, sociaux), le MACM se livre à des acquisitions trop souvent opportunistes et faites à la pièce qui ne parviennent pas à construire une perspective suffisamment éclairante sur l’art en train de se faire ailleurs, ni de contexte très signifiant pour l’art réalisé au Québec. La réputation de la collection du MACM en pâtit : elle est négligeable aux yeux des musées et des milieux de l’art à l’étranger. Ce facteur contribue à isoler l’institution de la joute de prêts et d’emprunts aujourd’hui essentielle à la production d’expositions, à l’attraction des chercheurs, au développement de partenariats d’affaire et au réseautage interinstitutionnel. Ainsi privé de la précieuse monnaie d’échange que constituent les œuvres de prestige, le MACM se voit laissé-pour-compte.
1.3 Recherche La recherche est une des fonctions fondamentales d’un musée. Elle est aujourd’hui mise à l’épreuve dans les musées d’art qui sont soumis à une exigence de productivité grandissante, liée particulièrement à la priorité accordée aux expositions temporaires. La recherche demeure néanmoins un repère quant à la valeur et à la fiabilité des institutions dans le réseau muséal, si bien que de petites institutions artistiques parviennent à se tailler une réputation très enviable sur la scène internationale grâce à la rigueur et à l’originalité des projets de réflexion qu’elles engagent. Or, le MACM souffre au contraire d’invisibilité à ce chapitre.
Le Musée dispose pourtant d’une Médiathèque qui est un centre de documentation en art contemporain et actuel solide et bien fréquenté par les chercheurs québécois sur place comme à distance. Ses ressources demeurent toutefois sous-exploitées par le MACM. Sauf pour les grands colloques organisés par le Musée, les catalogues, livres, vidéos et archives cumulés à la Médiathèque donnent en effet rarement lieu à des projets de réflexion ou d’exposition d’envergure; ils ne sont pas non plus analysés pour eux-mêmes dans le cadre de projets d’édition initiés par l’institution qui auraient pour effet de valoriser l’activité de recherche théorique, muséologique et historique. Ils servent donc essentiellement à dresser les bibliographies et les listes d’expositions des catalogues d’expositions du MACM et, dans une mesure trop faible, à nourrir leur contenu qu’on souhaiterait plus pointu que celui auquel le Musée nous a habitués jusqu’à maintenant – ce qu’il pourrait faire sans pour autant renoncer à son approche grand public. [B2 : recherche et publications] On note aussi que le MACM n’a conçu aucune stratégie pour faire en sorte que ses collections d’œuvres et de documents soient investies de manière approfondie et singulière par des chercheurs de l’extérieur – universitaires, commissaires, conservateurs d’autres institutions, artistes en arts visuels, créateurs issus d’autres disciplines – dans le cadre de résidences de recherche ou de création. Celles-ci sont pourtant une manière très simple, et somme toute peu coûteuse, de faire connaître l’institution hors murs et hors frontières, de rehausser sa réputation, de s’allier un réseau de spécialistes et, surtout, de constituer un savoir essentiel sur les collections et les activités du Musée qu’on ne peut plus désormais attendre des seuls conservateurs, qui manquent de temps au MACM comme ailleurs. [B3 : accueil de chercheurs et d’artistes en résidence] Il est enfin regrettable qu’aux rares occasions où le MACM se voit alimenté d’une telle réflexion venue d’acteurs de l’extérieur – lors notamment des très pertinents colloques qu’il organise –, les nouvelles idées et questions soulevées pénètrent à peine l’institution qui n’en profite ni pour interroger ses façons de faire, ni pour assimiler ces idées à ses publications et ses projets d’exposition. Notons que si les chercheurs représentent l’un des publics que le MACM doit servir et mettre à contribution, la recherche bénéficie à tous les publics sans exception et à la société québécoise en général et qu’elle devrait à ce titre être la première impulsion de tout travail d’interprétation, d’éducation et de médiation engagé par l’institution.
1.4 Diffusion
1.4.1 Diffusion au MACM Au cours des dix dernières années, en particulier sous la direction de Marc Mayer (2004-2008), le MACM a su rétablir, par des expositions monographiques et thématiques, une présentation récurrente des artistes québécois en ses murs, y compris ceux des plus jeunes générations. L’institution offre aussi régulièrement au public québécois des expositions monographiques d’artistes canadiens et internationaux de haut calibre. Ce travail de diffusion louable et reconnu par la communauté artistique cache cependant, sous ses présentations soignées, un ensemble de problèmes plus importants qu’il n’y paraît, de sorte que de nombreuses questions se posent quant à l’approche qu’a le MACM de sa fonction d’exposition. Par exemple, les œuvres des artistes québécois présentées sont-elles vraiment problématisées en regard de l’aventure intellectuelle de l’artiste, des enjeux de l’art actuel et de questions sociales importantes ou se contente-t-on de montrer ces œuvres sur le mode de la célébration, voire de comptabiliser le nombre des artistes présentés, en laissant artistes et visiteurs à eux-mêmes4? Quelles connaissances réelles émergent de la présentation de ces œuvres au Musée? Le MACM accorde-t-il une attention suffisante à l’ensemble des pratiques artistiques actuelles, et quelle histoire de l’art ses omissions volontaires construisent-elles? Quand s’attarde-t-il, dans une exposition collective, à un thème essentiel pour sa communauté ? Et encore, quand se risque-t- il à sortir de son enceinte pour faire écho aux pratiques se frottant au réel5 ? Quant aux artistes de l’extérieur du Québec, la lecture que le MACM offre d’œuvres qui circulent partout sur la planète permet-elle de le distinguer des autres musées d’art contemporain? Est-il capable d’imprimer sa vision sur des expositions reçues d’autres institutions? Pourquoi ces différents types d’expositions – québécoise, canadienne et internationale – sont-elles presque toujours réalisées en parallèle sans que ne soient intégrées, dans une relation signifiante et stratégique, les œuvres d’artistes québécois, canadiens et étrangers, comme il devenu ailleurs courant de le faire? Et encore, dans sa manière de présenter les œuvres, le MACM se positionne-t-il comme un moteur de l’innovation dans la mise en exposition et la nouvelle muséologie ou se cantonne-t-il dans des manières de faire conservatrices et conventionnelles? Sa programmation annuelle desexpositions est-elle pensée de manière à fidéliser les publics et à générer chez eux une expérience cumulative, les expositions se répondant les unes les autres dans l’espace et dans le temps? Le site internet est-il exploité comme un lieu d’exposition, de médiation de l’art contemporain et d’échanges entre les publics et l’institution ou sert-il seulement, à l’instar d’un panneau publicitaire, à diffuser l’information de base sur les expositions en cours au Musée? À cet effet, pourquoi le MACM ne fait-il pas usage des sites spécialisés comme e-flux qui diffusent de l’information sur le monde de l’art et ses diverses activités, rejoignant de la sorte un vaste réseau d’experts et d’amateurs à travers le monde?
1.4.2 Diffusion au Québec, au Canada et sur la scène internationale Après leur présentation au MACM, le Musée tente de mettre en circulation les expositions qu’il produit. S’il parvient relativement bien, depuis le milieu des années 1970, à faire circuler les œuvres québécoises contemporaines dans le réseau des institutions régionales du Québec et de leur équivalent au Canada (musées régionaux, galeries d’art universitaires, centres d’exposition), la porte des plus grandes institutions québécoises et canadiennes lui reste, sauf à de très rares exceptions, fermée. La situation est d’autant plus inexplicable que le Musée reçoit lui-même des expositions en provenance de ces institutions et devrait se trouver avec elles dans un rapport de collaboration. Sur la scène artistique internationale, l’historique du MACM montre qu’il se fait surtout l’hôte d’expositions produites par des institutions étrangères et que cet accueil ne lui est jamais rendu lorsqu’il réalise lui-même des expositions. Si bien qu’au cours des cinq dernières années, un seul artiste québécois vivant a franchi les frontières canadiennes aidé par le MACM et ce, pour un seul arrêt dans un musée américain6. Plutôt que la réciprocité attendue, le Musée rencontre ici encore des portes fermées, ses rares succès de mise en circulation d’expositions sur la scène internationale ayant été généralement obtenus grâce au réseau personnel des artistes concernés7. Il suffit de comparer les résultats de diffusion, d’échanges et de coproduction au Canada et à l’étranger obtenus par les centres d’artistes, galeries universitaires, centres d’expositions et autres musées québécois au cours de la même période pour se rendre compte de la contre-performance certaine du MACM à ce chapitre. Plusieurs artistes québécois, à titre individuel, ont même su mieux que le Musée construire au fil des ans un réseau international qui les rend aujourd’hui capables de cibler des partenariats institutionnels à l’étranger. [B4 : circulations et échanges canadiens et internationaux] Pour la réalisation ce travail de diffusion, le Musée dispose des services d’une unique professionnelle responsable des expositions itinérantes. Ce personnel pourrait sans doute être augmenté, mais il importe d’abord de voir, dans la difficulté qu’éprouve le MACM à imposer ses expositions à l’extérieur du Québec, un témoignage de la réputation négligeable dont bénéficie le Musée sur les scènes artistiques canadienne et internationale, et ainsi un symptôme de la faiblesse du réseau institutionnel et intellectuel développé et entretenu par ses directeurs et son équipe de conservateurs qui, en poste pendant des décennies, ont plutôt choisi de travailler en autarcie, générant le complexe de la Tour d’ivoire qui caractérise depuis trop longtemps cette institution et qui lui nuit. L’espoir de voir le Musée s’ouvrir enfin sur sa collectivité et tisser des liens avec le monde est néanmoins fondé puisque l’institution a recruté de nouveaux conservateurs et qu’elle vient d’attribuer le poste de conservateur en chef à une personne reconnue pour avoir travaillé dans plusieurs réseaux. Il revient maintenant à la direction de faire de ce réseautage à différentes échelles une priorité pour l’institution et d’en donner à tout son personnel les moyens, l’habitude et l’ambition. Pour ce faire, il faudrait aussi que la direction du MACM se mette au courant des conditions de base de la coproduction, une stratégie de travail entre partenaires nécessaire au fonctionnement et au développement des institutions muséales dans le contexte de la mondialisation des échanges. La coproduction repose moins sur l’agressivité d’une institution en matière de diffusion que sur des complicités intellectuelles qui s’établissent à l’échelle individuelle – d’où la grande importance qu’il faut accorder, lors de leur embauche, au profil des principaux professionnels d’un musée. C’est aussi, non pas une fois qu’elle est réalisée, mais bien en amont, dès les premiers balbutiements d’une exposition ou d’une activité, qu’une collaboration s’engage et que son rayonnement se planifie. Faut-il ici rappeler qu’au cours des cinq dernières années le MACM n’a engagé aucune coproduction substantielle avec une autre institution8 et qu’il s’est au contraire contenté d’agir en maison-mère qui met unilatéralement ses produits en circulation à travers le Québec et le Canada, le plus souvent dans des institutions régionales moins importantes que lui-même et sans jamais le faire dans le cadre de collaborations ou des partenariats ? À ce chapitre, la comparaison avec la capacité à inventer de nouvelles formules de collaboration des autres musées québécois, grands et petits, comme de plusieurs galeries universitaires, centres d’exposition et centres d’artistes fait la preuve éclatante de la contre- performance du MACM. [B5 : coproductions] Notons enfin que la formulation de la mission du MACM « de promouvoir [...] l’art québécois contemporain » demeure équivoque quant à la responsabilité que le Musée doit assumer – vise- t-on la présentation d’œuvres québécoise en ses murs ou la proaction dans la diffusion des artistes québécois à l’étranger ? À l’heure de la globalisation, cet aspect de la mission du MACM demande à être précisé de manière à faire de la diffusion d’œuvres québécoise sur les scènes canadienne et internationale un axe explicite et incontournable des actions du Musée.
1.5 Éducation Les programmes éducatifs mis en place par le MACM visent surtout le public d’âge scolaire par des visites commentées des expositions, des ateliers et un camp d’été, et ils rejoignent les adultes par des visites guidées et des ateliers de création. L’institution offre également aux visiteurs aveugles ou à mobilité réduite des visites du Musée adaptées à leurs besoins. Ces programmes, s’ils sont efficaces et appréciés, ne dispensent pas l’institution de chercher à étendre son rayonnement par différents moyens. Le Musée pourrait, par exemple, emprunter à la création actuelle certaines de ses « stratégies » relationnelles ou technologiques qui amènent le public à entrer en contact, voire à dialoguer avec les œuvres et les artistes. Il pourrait également miser sur les outils de communications courants (site internet, réseaux sociaux, technologies mobiles, ipod, etc.) afin de multiplier l’impact de ses programmes publics. Ces outils peuvent devenir un moyen habile de joindre chez eux des publics potentiels ou des « non- publics », c’est-à-dire des personnes qui n’ont jamais osé franchir le seuil du Musée ou d’un musée. Des activités et programmes hors les murs, en collaboration avec les intervenants « naturels » d’un milieu (professeurs d’art plastiques, médiateurs dans les centres d’artistes autogérés et les galeries universitaires, agents dans les centres communautaires, etc.), constituent aussi des actions conjointes et concertées efficaces, actions qui devraient peut-être commencer par impliquer les travailleurs de la rue Sainte-Catherine et premiers voisins du MACM – ceux du Complexe Desjardins, de la Place des Arts ou du Complexe Guy-Favreau, par exemple. Enfin, l’achalandage croissant de la Journée des musées montréalais et de la Nuit blanche, comme la bonne fréquentation des Vendredis Nocturnes destinés à un public de jeunes adultes auquel on offre des concerts jumelés à la visite des salles d’exposition, laissent imaginer que le
MACM aurait du succès dans l’organisation d’autres événements publics (programmes de films, conférences grand public, événements spéciaux sur la Place des festivals, etc.) proposés sur une base récurrente afin de créer une habitude de fréquentation auprès de la population et de l’aider ainsi à forger ses propres outils d’appréciation des expositions et des manifestations artistiques actuelles. 1.6 Rôle social
1.6.1 Inscription du Musée dans la société québécoise Les installations matérielles et les ressources financières (± 11M$/an) du MACM le placent au premier rang des institutions muséales dans le champ de l’art moderne, contemporain et actuel au Canada. Néanmoins, tant dans ses rapports avec la société élargie qu’auprès de sa communauté artistique immédiate, et pareillement dans ses relations canadiennes et internationales, le Musée ne jouit ni d’une visibilité, ni d’une réputation à la hauteur de son statut singulier et des investissements qui lui sont dévolus. Cet état de fait nous paraît imputable au fonctionnement fermé, en vase clos, et au manque de transparence qui caractérisent trop souvent ses différentes actions. Initié par un regroupement de collectionneurs, d’artistes et d’intervenants du milieu culturel dès la fin des années 1950, le Musée d’art contemporain – tel était son nom – a été officiellement fondé par un décret du gouvernement du Québec en 1964. Il répondait à un besoin identitaire national et se voulait un lieu fédérateur, un espace de rencontre de la collectivité dont le but était de rendre accessible l’art vivant aux citoyens du Québec. À plusieurs moments de son histoire, par des expositions synthèses, des rétrospectives d’artistes qui ont marqué l’histoire de l’art moderne et contemporain, des bilans thématiques de la collection ou encore des colloques sur des sujets hautement pertinents aux yeux de la communauté internationale de l’art contemporain et actuel, le MACM a su jouer son rôle dans la définition de questions qui émergeaient du milieu de l’art et de la société dans laquelle il se développait. Qu’est-il advenu aujourd’hui de ces préoccupations ? L’art contemporain et l’art actuel se distinguent des questions esthétiques dominant l’art moderne en tant qu’ils interrogent, interpellent et problématisent notre réalité. Un musée d’art contemporain doit donc se saisir des enjeux – souvent dérangeants – qui sont au cœur des créations récentes et de son milieu social, pour les reconduire dans le contenu et la forme de ses diverses activités. Les questions de l’environnement, de l’identité, des rapports art-science et art-technologie, du rôle du spectateur, de la spiritualité ou de la mondialisation, par exemple, sont quelques-uns de ces sujets, très présents dans les œuvres et susceptibles d’intéresser les publics du Musée, qui devraient être traités de manière à rendre palpable la participation des artistes à la définition de la société. Si le MACM s’avance parfois timidement sur ce terrain, force est de constater qu’il néglige trop souvent sa tâche lorsqu’il replie une lecture moderniste « esthétisante » sur les pratiques les plus actuelles ou lorsqu’il se refuse carrément à dégager quelque sens que ce soit des œuvres qu’il présente. La société dans laquelle le Musée évolue est par ailleurs devenue plus cosmopolite et il n’est pas certain que le MACM, en continuant de s’intéresser à la dimension formelle des œuvres et au public « en général », fasse une place suffisante aux questions que cette nouvelle diversité socioculturelle soulève pour le Québec.
1.6.2 Collaboration avec les communautés artistique et intellectuelle Le MACM est une institution qui ne semble pas connaître les avantages, ne seraient-ce qu’économiques, de la collaboration et des partenariats. L’absence de coproductions avec d’autres institutions a déjà été soulignée. La relation de collaboration du Musée avec les communautés artistique et intellectuelle québécoises s’est aussi timidement limitée, au cours des quinze dernières années, à inviter ponctuellement des auteurs à contribuer aux catalogues de ses expositions, des chercheurs et des artistes à faire des présentations dans le cadre de colloques et, par moment, des experts à siéger sur ses comités d’acquisition et de programmation où ils servent principalement à valider des décisions prises à l’interne. Sauf pour ses colloques, le MACM ne fait jamais appel à des collaborateurs de l’extérieur du Québec. Pourtant, déjà au sein des quatre universités qui l’entourent et qui offrent des programmes d’histoire de l’art, ainsi qu’une formation avancée en muséologie dans certains cas, des recherches approfondies sur l’art moderne, contemporain et actuel ont cours et une pensée originale et critique sur la muséalité se développe, sans parler du travail fait en ce sens dans les autres universités québécoises et canadiennes et de toutes les autres problématiques susceptibles d’intéresser un musée d’art vivant qui sont étudiés dans les divers départements universitaires, du design et de l’architecture aux études culturelles, en passant par la théologie, les sciences et l’environnement. Ces recherches, à même d’alimenter en profondeur des projets d’expositions, de publications ou d’éducation, sont souvent subventionnées par les organismes gouvernementaux, ce qui fait de l’inclusion de chercheurs universitaires dans la conception même de ses diverses activités un double gain pour l’institution muséale, en plus de générer autour d’elle une précieuse synergie du milieu culturel. Cette stratégie est pratiquée avec succès par plusieurs institutions, notamment par le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) qui en tire depuis une quinzaine d’années rayonnement, crédibilité et autorité. Le MACM se montre tout aussi fermé à la communauté artistique québécoise. En plus de réaliser ses activités à titre d’unique producteur, le Musée n’initie pas d’événements culturels fédérateurs qui engageraient d’autres disciplines ou d’autres lieux de diffusion. Il refuse même systématiquement – à quelques exceptions près9 – de prendre part aux événements artistiques internationaux qui se déroulent souvent sous sa porte (tels la Biennale de Montréal, le Mois de la Photo à Montréal ou Mutek) alors même qu’il devrait se faire une responsabilité d’ajouter, dès que cela est possible, son poids muséal à ces initiatives indépendantes qui s’activent à créer des ponts solides entre le Québec et le reste du monde. Toujours dans cet esprit de repli sur lui- même, le MACM n’a jamais non plus invité de commissaire externe – commissaire indépendant, chercheur, conservateur attaché à une autre institution, artiste ou autre penseur – à réaliser une exposition aux côtés de ses propres conservateurs, une stratégie qui aurait pourtant le mérite de démontrer l’ouverture du Musée à la diversité des approches de l’art contemporain, de stimuler les réflexions de son personnel permanent, de voir sa réputation bénéficier du rayonnement de ses invités, d’augmenter son réseau de collaborateurs et de soutenir la diffusion des travaux des artistes québécois dans un cadre privilégié grâce à des rencontres en personne avec ces commissaires qui joueront ensuite, pour eux, le rôle d’ambassadeurs. [B6 : commissaires invités] En refusant ainsi de contribuer à la définition d’actions communes qui bonifieraient les ressources disponibles au Québec et en excluant de ses activités la participation des spécialistes, le MACM affiche une insularité certaine, fait la preuve de sa difficulté à collaborer activement et à créer des complicités avec son milieu environnant, et montre que sa position dans l’écosystème artistique québécois, canadien et international est inadaptée aux réalités actuelles du monde des musées. Il ne semble pas pour autant que cette situation déplorable soit imputable à l’anti-intellectualisme de l’institution, puisque le MACM affiche un pareil manque d’engagement vis-à-vis d’autres partenaires culturels potentiels, notamment ceux qui contribuent présentement à la revitalisation de son environnement immédiat à travers la mise en place du Quartier des Spectacles. Pendant que ce momentum culturel extraordinaire a lieu, le « Musée du Quartier » paraît isolé, préoccupé par ses seuls besoins de nouvelles installations et pas du tout intéressé à prendre une part active et non assujettie au succès du complexe stimulant où il est inséré.
1.7 Propositions relatives à la mission i Il est proposé qu’en relation avec les orientations de la Politique muséale adoptée par le gouvernement du Québec en 2000, le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine précise ses attentes vis-à-vis du MACM, en particulier en ce qui a trait à son champ d’action spécifique dans le réseau des musées d’État (MACM, MNBAQ, Musée de la civilisation). ii Il est proposé que la mission du MACM soit actualisée et articulée dans un plan d’action dynamique rendu public. iii Il est proposé que la politique de développement des collections soit révisée afin d’articuler de manière cohérente les collections d’art moderne, d’art contemporain et d’art actuel du MACM, attendu qu’il est toujours souhaité que le Musée se charge de ces trois secteurs. Il est également proposé que ladite politique identifie, pour l’acquisition d’œuvres réalisées par des artistes étrangers, des orientations originales, conçues en fonction de préoccupations locales, qui permettent de singulariser la collection du Musée sur la scène internationale de l’art contemporain et actuel. iv Il est proposé que la recherche soit intégrée dans la culture institutionnelle du MACM comme une fonction fondamentale et prioritaire ; qu’elle soit à l’origine de toutes ses activités ; qu’elle serve à l’analyse continue de la place qu’occupe le Musée dans la société ; et qu’elle soit soutenue par divers programmes (accès facilité aux ressources de l’institution, bourses de recherche, résidences d’artistes, de chercheurs et de commissaires, projets d’édition, etc.). v Il est proposé que le MACM fasse preuve d’audace en produisant des expositions originales en raison du sujet traité, des œuvres sélectionnées, de l’interprétation affirmée et/ou d’une muséographie innovatrice. Il est également proposé que l’institution se montre proactive lors de la réception d’expositions étrangères en les amendant au besoin et en posant sur elles un regard singulier et pertinent à sa communauté. vi Il est proposé que la responsabilité d’une diffusion nationale et internationale de l’art québécois soit rendue explicite dans la mission du Musée ; que le MACM joue un rôle majeur dans l’élaboration d’une stratégie provinciale de diffusion nationale et internationale de l’art québécois ; et, qu’à cette fin, un réseau bien établi de relations canadiennes et internationales confirmées soit un critère de sélection important lors de l’embauche de tout nouveau cadre ou professionnel lié à la diffusion. vii Il est proposé que le MACM inscrive la médiation de l’art contemporain et actuel au cœur de sa mission de façon à réussir l’élargissement et l’intégration de ses publics ; qu’il élabore une politique d’éducation et de sensibilisation à l’art contemporain et actuel incluant une action interculturelle concrète et concertée visant à rejoindre les diverses communautés culturelles et les publics hors d’atteinte ; que son travail de médiation soit soutenue par des outils spécialisés et dynamiques ; et qu’il sorte de ses habitudes et de ses murs pour aller à la rencontre des publics potentiels. viii Il est proposé que le MACM s’affirme comme un lieu de réflexion et de création ; qu’il se fasse le porteur des débats de la société exprimés par les artistes en arts visuels et leurs œuvres ; et qu’il agisse en phase avec la création contemporaine élargie. ix Il est proposé que l’esprit de collaboration imprègne la culture institutionnelle du MACM et ses contacts avec l’extérieur ; que cet esprit se traduise par une communication interne renforcée et transparente, ainsi que par des actions concrètes de réseautage institutionnel, intellectuel et interdisciplinaire.
Synthèse des discussions et propositions 2. GOUVERNANCE Le Musée d’art contemporain de Montréal est une société d’État placée sous la responsabilité du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec. Sa gouvernance est assurée par un Conseil d’administration dont les membres sont nommés par le gouvernement, mais dont l’action demeure autonome. En vertu de la Loi sur les musées nationaux (L.R.Q., c. M-44, ci-après nommée « la Loi »), le Conseil transmet toutefois au MCCCQ un plan triennal de ses activités qui tient compte des orientations et des objectifs fixés par la ministre et il rend compte des activités réalisées par le Musée dans un rapport qu’il lui remet annuellement.
2.1 Conseil d’administration La Loi prévoit, à l’article 7, que « le Conseil d’administration du MACM est formé de neuf membres dont un président, tous nommés par le gouvernement ». Un de ces membres est nommé sur recommandation de la municipalité, les autres sont « nommés après consultation d’organismes socio-économiques et culturels, notamment d’organismes intéressés à la muséologie ». Elle prévoit également que « d’autres catégories de membres sans droit de vote peuvent être prévues par règlement d’un musée ». Or, il semble que le MCCCQ et le MACM fassent preuve de relâchement dans l’application de ces règles. Au MACM, une catégorie de « membres honoraires » du Conseil d’administration au nombre maximal de neuf a été mise en place; ces membres sont cooptés parmi les membres réguliers du Conseil, à la fin de leur mandat, ce qui permet à un membre de siéger bien au-delà des six années initialement prévues, pour une période pouvant aller jusqu’à douze ans puisque le poste de membre honoraire est renouvelable deux fois. Cette situation fait en sorte que le Conseil actuel du MACM se compose de 17 membres dont le statut (membres réguliers ou honoraires) n’est visible qu’au rapport annuel de l’institution. Le site internet du Musée, par exemple, les énumère tous au même titre10, et les procès-verbaux des réunions du Conseil des dernières années montrent bien que les membres honoraires votent les décisions à la manière des membres réguliers – ce droit de vote qu’ils n’ont pas leur a paradoxalement été « retiré » par règlement le 21 octobre 200911. Cette situation pose plusieurs problèmes. D’abord, le surnombre des membres du Conseil d’administration du MACM alourdit le fonctionnement d’une institution qui présente au contraire un urgent besoin de réactivité fine ; il augmente de plus le risque d’un déséquilibre des discussions et de la prise de décision, et brouille l’imputabilité du Conseil. La pérennisation de la présence des membres au Conseil d’administration par le biais du statut de membre honoraire est également embarrassante en raison de l’influence qu’elle confère à une poignée d’individus sur les destinées d’une institution publique et de la résistance au changement qu’elle installe inévitablement. Cette situation appelle à la vigilance, d’autant que les membres sortants du Conseil siègent aussi souvent sur les différents comités consultatifs du MACM où ils continuent à exercer leur influence. De plus, contrairement à l’esprit de la Loi qui souhaite les voir « nommés après consultation d’organismes socio-économiques et culturels, notamment d’organismes intéressés à la muséologie », les membres du Conseil qui proviennent directement des secteurs culturels et muséologiques ou qui ont une expertise reconnue dans le domaine de l’art contemporain sont l’exception, la prédilection se portant vers les acteurs du secteur économique. Le législateur aurait aujourd’hui raison d’ajouter à ces critères, pour le bon développement du Musée, une représentativité plus équilibrée de la diversité socioculturelle du Québec. [B7 : présentation d’un membre du conseil d’administration] Le rôle primordial du conseil d’administration d’un organisme à but non lucratif, comme le MACM, est de veiller à ce que l’organisme réalise sa mission. Pour ce faire, le conseil choisit le directeur général le mieux à même d’accomplir les objectifs institutionnels qu’il a auparavant définis. Il assure ensuite la qualité de la gestion et l’intégrité financière de l’organisme. Pour être en mesure de réaliser ces tâches, le conseil d’administration doit, entre autres, être composé d’individus susceptibles de donner un avis éclairé et qui connaissent très bien le milieu dans lequel l’organisme est engagé. Dans le cas du MACM, la méconnaissance par un trop grand nombre de ses membres des enjeux qui animent le domaine de la muséologie de l’art contemporain et actuel a pour effet de restreindre la vision du Conseil d’administration, qui fait des affaires administratives sa principale préoccupation et marginalise au sein de ses activités la mise à jour de la mission de l’institution, qu’il ne réévalue pas, ni ne considère comme un terrain d’exercice nécessaire. L’objet même du mandat du MACM, à savoir l’art contemporain et actuel, a pourtant pour qualités fondamentales d’être variable et incertain, de sorte qu’il exige par définition une actualisation continue des orientations de l'institution. Un Conseil qui sache se mettre en phase avec ce mouvement devient donc l’instrument incontournable d’une saine gestion. Il apparaît ainsi essentiel d’actualiser la composition du Conseil d’administration du MACM afin de s’assurer que des sièges y donnent voix à une expertise concrète issue des milieux professionnels directement liés au rôle du MACM (collection, exposition, recherche, diffusion, éducation). La question de la présence d’un artiste comme administrateur devrait aussi être mise à l’ordre du jour. Une telle expertise issue du monde des arts, combinée avec celle – toujours nécessaire – provenant du monde des affaires, permettrait une meilleure rétroaction du Musée en son sein, ainsi qu’une évaluation critique de sa mission, ce que la gouvernance « managériale » actuelle ne permet pas.
2.2 Direction générale Le recrutement d’un directeur général capable d’accomplir la mission de l’institution muséale est l’une des tâches cruciales du Conseil d’administration. L’embauche d’un nouveau directeur représente également pour le Conseil une occasion privilégiée de mieux faire connaître cette mission, de diffuser de nouvelles orientations, de mobiliser la communauté muséale et artistique autour du Musée et de faire rayonner l’institution sur la scène publique. [B8 : recrutement d’un directeur] Or, le Conseil d’administration du MACM a récemment réussi, au cours d’une telle opération de recrutement réalisée sans transparence, à ébranler la confiance de ses communautés immédiates, à générer une réaction médiatique négative à son endroit et à fragiliser d’emblée la position de la nouvelle direction – et ainsi celle de l’institution. Cette situation très regrettable est l’effet d’un manque de rigueur flagrant dans le processus de recrutement, notamment de l’inadéquation entre les attentes exprimées par le Conseil lors de l’appel de candidatures et les candidats effectivement recrutés. Elle est également le symptôme de la manière dont le Conseil gouverne l’institution publique, sans véritable saisie des attentes des communautés artistique, muséale et intellectuelle à son égard, ni dialogue avec elles.
2.3 Comités consultatifs Le Conseil d’administration et la direction générale du MACM peuvent également à leur guise mettre sur pied des comités consultatifs qui ont pour fonction d’appuyer la direction. Six de ces comités sont présentement actifs, ce qui est beaucoup considérant la taille de l’institution : il faudrait s’assurer qu’ils l’aident effectivement et qu’ils n’en ralentissent pas l’élan. Ces comités concernent, respectivement : la gouvernance ; le budget, la gestion et la vérification ; l’immeuble et les équipements ; les communications ; la collection ; et la programmation – ce comité, aboli par le précédent directeur (M. Mayer), a été remis en fonction par la nouvelle directrice générale le 19 octobre dernier. Quelques membres externes (dont le nombre varie d’un comité à l’autre) sont invités à jouer un rôle de conseillers au sein de ces comités qu’ils forment avec les directeurs et des administrateurs du Musée. À l’instar de la composition du Conseil toutefois, la composition actuelle des comités consultatifs soulève parfois des questions d’expertise professionnelle et de complémentarité des compétences et, dans tous les cas, la question de la présence des artistes, qui sont en ce moment absents de toutes les instances décisionnelles du MACM. L’autre problème que masque cette structure apparemment démocratique est celle de la fonction réelle accordée aux membres externes de ces comités, le rôle de conseillers qu’on leur attribue se résumant trop souvent à une validation des décisions déjà prises par la direction plutôt que de consister en une saine et proactive exploitation de leurs ressources. L’institution qui se refuse ainsi à mettre à profit les compétences de ses conseillers bénévoles perd, au plan économique, une masse de travail précieuse et accumule, au sein des diverses communautés sollicitées, un déficit de confiance et de collaboration dommageable pour son expertise et sa réputation.
2.4 Évaluation Parce qu’il est au service des citoyens québécois, le MACM jouit, à titre d’organisme à but non lucratif, de plusieurs avantages financiers : il reçoit des subsides publics, n’est pas taxé, a le droit de recevoir des dons et d’émettre des reçus pour fins d’impôts, etc., toutes choses défrayées par les citoyens qui sont ainsi en droit de lui demander des comptes. Le Musée rend donc public chaque année un rapport de ses activités qui, dès sa parution, est distribué et rendu accessible en ligne à toute la population. S’il se veut objectif, ce rapport est néanmoins préparé par l’institution elle-même et comptabilise seulement ses bons coups, laissant dans l’ombre ses points faibles que seule une analyse comparative minutieuse est susceptible de rendre visibles. À l’inverse des trois musées d’État (MACM, MNBAQ, Musée de la civilisation), qui présentent ainsi leurs résultats, toute autre institution muséale au Québec se voit, dès qu’elle reçoit des fonds publics, soumise à une évaluation nationale réalisée par des spécialistes indépendants en collaboration avec la Société des musées québécois. La question se pose donc de cette différence de traitement. Ne serait-il pas légitime d’attendre que la gestion et les réalisations du MACM soient périodiquement évaluées par des examinateurs externes au regard des objectifs définis dans un plan stratégique ? Visant à produire des effets directs sur la culture institutionnelle du MACM et sur son organisation du travail, l’accent d’une telle évaluation gouvernementale pourrait, par exemple, cibler les points faibles de l’institution que sont le travail en réseau, le développement stratégique par le partenariat, le mouvement vers ses publics et le membership à forte rétroaction de services. Il va de soi, dans un tel cas, que les attentes du ministère, de même que le résultat de l’évaluation, devraient être rendus publics. D’autres mécanismes d’évaluation, inscrits dans la régie interne du MACM, constitueraient des outils très utiles pour l’institution. Le premier serait l’adoption par le Conseil d’administration d’une politique de gestion du risque qui viserait expressément l’analyse et la documentation des dysfonctionnements de l’institution afin de mieux les évaluer et les corriger, entre autres en ayant recours ponctuellement à des experts indépendants. L’autre serait une évaluation annuelle du rendement du Conseil, de la direction et de l’institution en fonction du plan d’action et du plan stratégique. Cette évaluation serait évidemment indépendante de l’autoévaluation réalisée par la direction du Musée. Comme d’autres institutions publiques le font, le MACM pourrait également, de son propre gré, présenter sa situation, ses objectifs et ses projets à la population dans le cadre d’une rencontre publique annuelle. [B9 : assemblée publique annuelle]
2.5 Propositions relatives à la gouvernance i Selon l’article 31 de la Loi sur les musées nationaux (L.R.Q., c. M-44, ci-après nommée « la Loi »), le MACM doit, à la date fixée par la ministre, lui remettre un plan triennal de ses activités qui tienne compte des orientations et des objectifs transmis par la ministre. Il est proposé que, pour la prochaine période de trois ans (2010-2013), la ministre inscrive parmi ses objectifs prioritaires la mise à jour des instances et des mécanismes de gouvernance du MACM puisqu’il est, au niveau légal, de son ressort de mettre de l’avant cette révision. ii Afin d’éviter la pérennisation de la présence d’un membre au Conseil d’administration, notamment par le biais du statut de membre honoraire, il est proposé que le CA se conforme de manière restrictive à la Loi qui l’encadre et qu’il se limite aux neuf membres qu’elle prescrit à l’article 7 ; la durée du mandat des membres devrait également être respectée conformément à l’article 9 de la Loi. iii Il est proposé que la composition du Conseil d’administration du MACM soit mise à jour et mieux encadrée ; que soit revu le mode de nomination des membres sur simple recommandation et après consultation superficielle ; que le renouvellement et la recherche de membres qualifiés et diversifiés deviennent la tâche d’un comité de recrutement très actif et démocratique qui s’assure de la capacité des individus à contribuer, par leur formation, leur expertise et leur complémentarité, à la réalisation de la mission de l’institution et à son rayonnement au Québec, au Canada et sur la scène internationale ; que ce comité de recrutement ait à cœur d’intégrer au Conseil, suivant l’article 7 de la Loi qui l’encadre, des experts externes reconnus dans le champ de la muséologie de l’art contemporain et actuel, et qu’il témoigne, dans ses recommandations, d’un souci grandissant de la représentation de la diversité socioculturelle du Québec au sein de l’institution. iv Lors du recrutement d’un directeur général ou d’une directrice générale, il est proposé que le Conseil d’administration du MACM, conformément à l’éthique qui régit les instances de gouvernance, rende son processus de sélection transparent et mette tout en œuvre pour que celui-ci soit équitable, rigoureux, exempt d’évaluation partisane et qu’il rencontre les attentes annoncées dans l’appel de candidatures. Il est également proposé que le Conseil diffuse l’appel de candidatures sur les plateformes professionnelles locales, nationales et internationales reconnues au cours d’une période propice au recrutement, et qu’il s’adjoigne, pour l’exercice de sélection, les conseils de membres externes compétents choisis en fonction de l’orientation spécifique qui est donnée au poste de direction. v Il est proposé que les membres externes des comités consultatifs soient recrutés de manière active et démocratique par le Conseil d’administration et la direction du Musée et retenus en raison de leur formation, de leur expertise et de leur complémentarité. Il est également proposé que le rôle des membres externes desdits comités soit défini avec plus de précision dans les règles de régie interne de l’institution et qu’il soit conçu comme un rôle de conseillers actifs, impliquant une contribution attendue à la réalisation de la mission du Musée en sus de leur fonction de validation éventuelle des décisions. vi Il est proposé que les mécanismes d’évaluation du rendement du MACM soient renforcés : qu’à l’instar de nombreux autres musées québécois, le MACM soit soumis périodiquement à une évaluation réalisée par des spécialistes indépendants ; que la Loi stipule désormais, dans le chapitre IV consacré aux « Comptes et rapports », une évaluation par la ministre du bilan du plan triennal déposé par le Musée ; que le rapport annuel du Musée présente une évaluation du contenu de ses actions en plus de leur forme statistique ; que la participation et la contribution des membres du Conseil d’administration au développement du MACM soit régulièrement évaluée par son président ; que la performance du Musée soit régulièrement évaluée par les membres du Conseil au regard du plan de travail annuel et du plan stratégique triennal qu’ils se donnent ; et que le MACM incluse, dans ses règles de régie interne, une politique de gestion du risque qui viserait expressément l’analyse et la documentation des dysfonctionnements de l’institution afin de mieux les évaluer et les corriger, entre autres en ayant recours ponctuellement à des experts indépendants. vii Il est proposé qu’une rencontre publique annuelle soit organisée par le MACM afin d’informer la population de la situation de l’institution, de ses objectifs et de ses projets.
Notes: 1 La collection du MACM compte environ 7 500 œuvres
d’art réalisées par plus de 1 500 artistes du Québec, du Canada et
de l’étranger. Par comparaison, la collection du MOCCA compte environ
400 œuvres par 150 artistes canadiens. Pour la période 1939-2009, celle du Musée des beaux-arts du Canada compte 30 079 œuvres par 3 465 artistes. 2 1939 est la date de fondation de la Contemporary Art Society. Elle a été fixée comme le point de départ de la collection du MACM sous la direction de Fernande Saint-Martin (1972-1977). 3 Communiqué de presse du MACM, 8 décembre 2005 : www.macm.org/fr/presse/24.html (consulté le 13 décembre 2009). 4 La Triennale d’art québécois organisée par le MACM en 2008 est ici un bon exemple. L’institution y a mis l’accent sur le nombre des œuvres et des artistes – la promotion de l’événement se lisait comme suit : « 38 artistes / 135 œuvres / 3 ans de travail » – plutôt que sur le sens des démarches artistiques présentées – le sous-titre fourre-tout de l’exposition, Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, ainsi que l’absence avouée de thèse curatoriale rendaient les œuvres interchangeables et laissaient les visiteurs sans direction. 5 L’exposition ArtCité, présentée en 2001 dans différents édifices du centre-ville de Montréal, est l’unique – et insuffisante
eu égard aux importantes pratiques d’art public et d’art relationnel
qui ont cours au Québec – tentative du MACM en ce sens. 6 Il s’agit de l’exposition des œuvres de Jean-Pierre Gauthier, présentée en 2008 au Akron Art Museum, en Ohio. 7 L’exposition Shirin Neshat, qui a circulé à trois endroits aux Etats-Unis en 2002-2003, en est un bon exemple. 8 Selon les rapports annuels du MACM, seul est comptabilisable au titre de collaboration l’ajout d’œuvres par l’institution, en 2007, à l’exposition Bruce Nauman déjà réalisée par le Milwaukee Art Museum. 9 L’exposition Shirin Neshat, incluse au programme du Mois de la Photo 2001, est un de ces rares exemples. Le MACM a sinon accueilli, au cours des années, les activités d’Elektra, du Festival international de nouvelle danse ou du Festival du film sur l’art, par exemple, mais il agit dans ces cas comme une comme un simple espace de diffusion et ne s’investit pas dans l’événement à titre de collaborateur. 10 Le site internet du MACM, consulté le 26 novembre 2009, présente un CA de 17 membres égaux. Notre astérisque indique les membres honoraires : Marc DeSerres (président), Robert-Jean Chénier (vice-président), Nathalie Pratte (trésorière), Sam Abramovitch*, Jean Claude Baudinet*, Jean-Claude Cyr*, François Dufresne*, Marcel Fournier, Mélanie Joly*, François Mario Labbé, Dominique Lanctôt, Francine Léger*, Irving Ludmer, Lillian Mauer, J. Robert Ouimet*, Céline Robitaille Lamarre, Marie-Claude Tellier*. 11 Règlement sur les membres honoraires du Musée d’art contemporain de Montréal, adopté le 21 octobre 2009.
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Marie Fraser au MAC
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C’est l’historienne de l’art et commissaire d’expositions Marie Fraser qui vient d’être nommée conservatrice en chef au Musée d’art contemporain. Parmi la vingtaine d’expositions qu’elle a réalisées, signalons le Mois de la photo en 2007 ainsi que de l’expo Le ludique (2001-2003) au Musée national des beaux-arts du Québec, événement très remarqué et qui fut un grand succès. Depuis 2007, elle était professeure au Département d’histoire de l’art et aux programmes de muséologie de l’Université du Québec à Montréal.

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Sommes-nous à ce point incultes? Sommes nous à ce point étrangers à notre culture?
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Les arts visuels sont sous-représentés dans les médias, pour ne pas dire absents. Et quand on invite des artistes en arts visuels, qui invite-t-on? Les artistes qui ont marqué notre histoire de l’art? Les plus reconnus actuellement? Les plus prometteurs? Lors de la dernière émission de Tout le monde en parle (qui n’invite presque jamais de créateurs du milieu des arts visuels), c’est la peintre Corno qui a été mise en valeur… Mais qui parle de cette artiste prétendument si renommée (et présentée ainsi lors de cette émission)? La défunte et internationalement reconnue revue Parachute lui aurait consacré un article? Peut-être que les revues Esse, ETC, Canadian Art, C Magazine ont appuyé son travail? Si on consulte le site Internet de la peintre Corno, on ne retrouve aucune des ces revues… Étrange. Mais peut-être sommes-nous trop snobs? Les revues internationales comme Artforum, Art Press ou Art in America ont donc dû louanger ses toiles? Non? La critique d’art dans The Art Newspaper, dans The New York Times ou dans le Guardian? Non plus? Ces oeuvres doivent tout de même faire partie de la collection du Museum of Modern Art, de la Tate Modern, du Centre Georges Pompidou? Non? Tout au moins, le Musée d’art contemporain de Montréal, le Musée des beaux-arts de Montréal, le Musée national des beaux-arts du Québec ou la Art Gallery de Toronto s’arrachent ses œuvres? Non plus?? L’art de Corno est celui du cliché. Les femmes y ont de gros seins et de grosses lèvres, les hommes de gros pectoraux et de gros pénis. Un art commercial? Non. C’est un art du quétaine. Keith Haring était commercial, mais pas quétaine. Andy Warhol fut souvent commercial, mais jamais quétaine. Je n’ai rien contre le fait que les artistes vendent leurs œuvres! J’en ai contre le fait que l’on donne de la renommée à des artistes qui n’apportent rien de nouveau à leur domaine. J’en ai aussi contre le fait que nous discutons de nos artistes seulement quand ils font parler d’eux à Dubaï ou dans une galerie (plus ou moins connue) à Londres... Sommes-nous à ce point colonisés pour ne jamais célébrer nos artistes nous-mêmes quand ils réalisent ici des expos reconnues par nos critiques et notre public ? Pourquoi ne pas donner du temps d’antenne à Gabor Szilasi qui depuis plus de 50 ans photographie et montre le Québec comme personne? Cet artiste, qui a ces jours-ci une rétrospective à Ottawa, mériterait un peu de reconnaissance des médias. Pourquoi ne pas inviter des artistes québécois et canadiens importants comme Geneviève Cadieux, Raymonde April, Jana Sterbak, Angela Grauerholz, Jeff Wall, Rodney Graham, Stan Douglas, Michael Snow, Janet Cardiff, Michel de Broin, le trio BGL, David Altmejd, Massimo Guerrera, Jean-Pierre Gauthier, Pascal Grandmaison, Raphaëlle de Groot, Peter Gibson (Roadsworth), Patrick Coutu, Ed Pien, Perry Bard, Isabelle Hayeur, Valérie Blass, Emmanuelle Léonard, Marie-Claude Bouthillier, Mathieu Beauséjour? Et j’en passe… Pourquoi ne pas donner aussi de la visibilité à des architectes comme Frank Gehry, Moshe Safdie, Gilles Saucier et André Perrotte? Et qu’on ne me sorte pas l’argument que l’art n’intéresse personne. Les musées sont remplis de visiteurs. Le mépris vient bien plus des médias. Pourtant les artistes capables d’expliquer au grand public leur démarche, de «donner un show» ne manquent pas. Les trois gars de BGL donneraient une entrevue inoubliable. J’ai très honte de nos médias. Nous sommes bien loin de l’époque où Judith Jasmin interviewait Borduas à Radio-Canada et où Serge Lemoyne passait à Femme d’aujourd’hui. Avec l’auditoire qu’il a, Guy A. Lepage ne devrait-il pas utiliser sa position pour parler de ce qui se fait de vraiment intelligent en arts visuels au Québec et au Canada de nos jours? Dans la même émission, Monsieur Lepage se moquait de certains chroniqueurs sportifs qui se ridiculisent publiquement par leur manque de connaissances de la langue française… Il est toujours drôle de rire de l’ignorance des autres. Quant à moi, la présence de Corno à Tout le monde en parle ne me fait pas rire. Je suis bien triste de voir que, dans le domaine des médias, l’indifférence ou l’inculture sont bien présentes. Certes, Monsieur Lepage a le droit d’inviter qui il veut. J’ai tout aussi le droit de constater et de dire que son émission ne rend absolument pas compte de la réalité et de la richesse en arts visuels au pays. Dans le domaine de la musique, du cinéma, de la politique, Monsieur Lepage n’inviterait jamais des gens aussi peu intéressants et aussi peu novateurs.
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État d’urgence par l’ATSA
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Certains ont reproché à l’ATSA (l’Action Terroriste Socialement Acceptable) de faire plus de l’activisme que de l’art… Évidemment, ce type d’intervention ne correspond pas à la vision traditionaliste et vieillotte de l’art, ni à une réaffirmation très actuelle de l’objet d’art achetable par un riche collectionneur (ou par un musée). Et je dois dire que j’aimerais bien que ce type de manifestation (ou l’objet ne prime pas) se répande encore plus dans ce 21e siècle où la valeur de l’oeuvre se jauge souvent au prix qu’elle a sur le marché de l’art. Du 25 au 29 novembre, Place Émilie-Gamelin, c’est la 11e édition du manifestival l’État d’urgence, organisé par l’ATSA. Bien sûr, il s’agit de donner gîte et couvert à des sans-abris pendant quelques jours, mais aussi de créer une fête artistique, un lieu d’échange offert à tous, puisque bien sûr le grand public et les moins pauvres sont aussi acceptés… Vous y verrez des installations de Donigan Cumming, Jean-François Lemire, Phil Allard, Sérgio Cezar, Hans Winkler, Geneviève Massé… Marie Chouinard sera présente sur la scène extérieure le 29 novembre à 14h. Les quatre membres de Zébulon donneront une prestation le 25 novembre à 21h, Caïman Fu le 28 novembre à la même heure… Les films Hommes à louer de Rodrigue Jean et Le Barbier de Julie Descarpentries seront projetés respectivement le 26 et 27 à 23h. Et ce n’est qu’un petit aperçu des multiples activités. La programmation complète se retrouve sur www.atsa.qc.ca Dans notre époque où les valeurs de droite gagnent du terrain et sont de plus en plus banalisées, il est bon de voir des artistes développer une œuvre qui inclut sans condescendances des gens marginaux. Photo : Martin Savoie

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Olivieri au MAC
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La librairie Olivieri fermera donc ses portes au Musée d’art contemporain (MAC) dimanche prochain. Un accord avec le musée ne semble pas avoir été possible… Après un déménagement au sous-sol très contestable, voici que la librairie prend la porte. Voilà une décision très fâcheuse à l’heure où il est de plus en plus difficile de trouver des ouvrages sur l’art ancien et contemporain dans les librairies (qui se concentrent de plus en plus sur les best-sellers). De nos jours, les musées accueillent des magasins remplis de bébelles et autres cossins où la bouteille cuvée Monet et le papier cul Warhol côtoient l’écharpe en soie aux motifs Klimt et la broche Renoir… Et les livres dans tout ça ? Ils sont la plupart du temps présents par des ouvrages généralistes et des biographies d’artistes où on se pose encore et toujours des questions passionnantes sur le comment et le pourquoi de l’oreille coupée de Van Gogh ou sur le nombre de maitresses de Picasso... Pour une fois que nous avions une librairie spécialisée en art, il faut qu’elle ferme. Olivieri parle de rouvrir ses portes pas très loin du MAC. De son côté, le MAC promet de trouver un autre organisme pour opérer une librairie spécialisée en art contemporain. C’est à voir…
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L'avenir du MAC - Le débat se poursuit
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Afin de répliquer à ceux qui ont critiqué le processus qui a prévalu à sa nomination ainsi que les réalisations du Musée d'art contemporain, la nouvelle directrice du MAC, Madame Paulette Gagnon, a envoyé aux médias, il y a quelques jours, une longue lettre explicative.
La réponse ne s'est pas fait attendre. Hier, une autre lettre, signée par Monsieur Laurier Lacroix et Madame Anne-Marie Ninacs (instigateurs du débat), relance la discussion. Afin de permettre aux uns et aux autres de se faire une opinion plus éclairée sur les enjeux de cette affaire, je me permets de publier ces deux lettres.
Rappelons que le MAC organise une rencontre avec le public le mercredi 21 octobre à 19h. Madame Gagnon y dévoilera les grandes orientations de son mandat. Le public est invité à venir dialoguer sur le sujet.
Les adversaires à son projet organisent, le vendredi 13 novembre de 9h à 17h, une journée d'étude intitulée « Le MACM em question ». Cela se passera à la SAT – Société des arts technologiques www.sat.qc.ca ---------------------------------- Musée d’art contemporain
« Que ceux tentés par l’aventure se joignent à nous » Paul-Émile Borduas, Refus global Paulette Gagnon
Directrice du Musée d’art contemporain depuis le 15 juin 2009, auparavant conservatrice en chef depuis 1992, responsable de la Direction artistique et éducative Au cours des dernières semaines, le Musée d’art contemporain a été pris à partie à quelques reprises dans les médias, par des intervenants du milieu des arts visuels, dénonçant le processus de nomination et la gouvernance du Musée et revendiquant une refonte en profondeur de l’institution, moins de trois semaines après ma nomination comme nouvelle directrice du Musée. Le président du Conseil d’administration, monsieur Marc DeSerres a fait état du processus de nomination et la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, madame Christine Saint-Pierre, a réitéré sa confiance au CA et au Musée. L’art dans son essence est en soi création, remise en question, confrontation, risque et ouverture. C’est le défi au quotidien des artistes et des intervenants du milieu où tous sont passionnés, exigeants et parfois revendicateurs dans leurs démarches. Aussi, les remises en question et la récente polémique sont les bienvenues à condition qu’elles apportent un débat constructif sur les perspectives d’avenir du Musée en tenant compte du passé, de ses réalisations, de son mandat, de ses ressources humaines et financières. À ce titre, la lettre de monsieur Maurice Forget, qui connaît le Musée de l’intérieur, est éclairante. Oui, le Musée pourrait faire plus, mais il a également besoin d’un solide levier financier et, pour ce faire, d’appuis publics et politiques. Nous sommes souvent comparés au Musée des beaux-arts de Montréal, mais nous sommes loin d’avoir des ressources financières et humaines similaires. Dès sa fondation en 1964, le Musée s’est donné pour mandat la démocratisation de la culture et du savoir. Nous célébrons cette année son 45e anniversaire et nous avons la volonté de faire du Musée une institution ancrée dans le XXIe siècle. Notre mission a toujours été d’acquérir, de conserver et de diffuser l’art québécois contemporain et d’assurer une présence de l’art contemporain international par des acquisitions, des expositions et d’autres activités du Musée. Ma vision repose sur ces fondements réactualisés : collectionner, développer le savoir, diffuser, éduquer, communiquer et administrer. Ainsi, nous avons offert, au cours des dix dernières années, des expositions d’envergure, courues par le public et acclamées par la critique: Shirin Neshat, Jeff Wall, Charles Gagnon, Michel Goulet, Dominique Blain, Anselm Kiefer, Claude Tousignant, etc. (Ces artistes, qui ont exposé partout à travers le monde, nous témoignent de l’expérience exceptionnelle vécue au Musée à tous les niveaux.) Nous avons acquis une centaine d’œuvres par année et avons sollicité annuellement près de 2 millions en dons d’œuvres. Nous avons donné une plate-forme internationale aux artistes d’ici en mettant sur pied La Triennale québécoise, en présentant Jana Sterbak à la Biennale de Venise, en diffusant plus de 38 expositions itinérantes au Québec, au Canada et à l’étranger (depuis 1992) et en éditant, entre autres, une série de monographies d’artistes québécois tels Jérôme Fortin, Sylvie Bouchard, Nicolas Baier, Pascal Grandmaison, Jean-Pierre Gauthier, Yannick Pouliot (nos publications sont distribuées internationalement). Toutes ces activités se sont déroulées, rappelons-le, en dix ans seulement, sans parler des expositions que nous avons organisées avec des musées régionaux, des prêts d’œuvres, etc. Nous avons ouvert nos portes à de nouveaux publics avec la série Projections, dédiée aux films et vidéos d’artistes, et avec les Nocturnes tournées vers les créateurs en musique et en arts visuels. Ces soirées font salle comble tous les premiers vendredis soir du mois. Nous avons véritablement créé l’événement avec des projets comme Spencer Tunick, Artcité, Sympathy for the Devil. Nos services éducatifs affichent complet dès la rentrée d’automne, nos camps de jour se sont mérité pas moins de trois prix depuis leur création. Nos colloques internationaux Max et Iris Stern sont des références dans le milieu, le site de la Médiathèque a été acclamé par le journal Le Monde comme l’un des 100 meilleurs sites Internet à travers le monde, toutes catégories confondues. Chaque année nous collaborons avec des événements prestigieux comme le Festival Montréal en lumière avec la Nuit blanche, le Festival international du film sur l’art, le Festival international de jazz de Montréal, la Journée des musées, les Journées de la Culture, etc. Enfin et non le moindre, notre fréquentation est à la hausse, dépassant les 204 000 visiteurs par année (la Nuit blanche à elle seule a attiré 13 000 visiteurs l’hiver dernier plaçant le Musée au deuxième rang des lieux les plus fréquentés), le site Internet de la médiathèque attirent 354 000 visiteurs par année et, avec le site Internet corporatif, c’est plus de 609 000 visiteurs virtuels qui découvrent le Musée et surtout l’art contemporain. Je compte finaliser le plan stratégique du Musée, en tenant compte des orientations ministérielles, et ce avec : - le Conseil d’administration et le personnel du Musée, personnel qualifié et issu des programmes de muséologie et d’histoire de l’art d’ici; - les collaborateurs de tous horizons (arts visuels, culturels, politiques et touristiques) avec qui j’ai entamé une tournée de consultation publique sur l’avenir du Musée; - le public, invité à soumettre toute suggestion en regard du développement du Musée à « direction@macm.org »
Un groupe de signataires, dirigé par Laurier Lacroix et Anne-Marie Ninacs, aurait voulu organiser une journée d’études avec nous. Ils véhiculent que nous avons refusé leur invitation. C’est faux. Même s’ils nous ont apostrophés en copie conforme dans les médias sans d’abord nous contacter, nous leur avons tendu la main et les avons invités à nous rencontrer, deux fois plutôt qu’une, pour un dialogue en face à face. Nous étions d’accord pour organiser cette journée avec eux et leur avons proposé, par éthique, de nous adjoindre un médiateur en la Société des musées québécois. (Nous ne pouvons pas, de part et d’autre, être juge et partie dans ce dossier, d’autant plus que de nombreux intérêts personnels et professionnels sont en jeu.) Ils ont refusé notre proposition, exigeant qu’il n’y ait pas d’autres intervenants et, dans ces conditions, nous ne pouvions accepter. Je déplore sincèrement cette situation. Néanmoins, nous les avons invités à soumettre leurs recommandations dans un esprit constructif et positif. Leur dernier communiqué du 22 septembre 2009 ne l’est pas et dénonce « des décennies de piètres résultats du Musée en matière de diffusion de l’art et de l’inscription dans un projet de société ». Nous avons reçu de nombreux témoignages positifs au sujet de notre programmation, de nos activités. Certes, nous avons encore beaucoup à faire, mais nous avons besoin que tout le milieu engage une réflexion à propos de la diffusion de l’art contemporain qui n’est pas l’apanage seulement du Musée d’art contemporain de Montréal. Avec le Conseil d’administration, nous pouvons déjà annoncer des actions en cours de réalisation. Le nouveau comité de programmation tiendra une première réunion sous peu; des représentants du milieu y siègeront. Le service de développement et de financement élabore actuellement une campagne annuelle de collecte de fonds et épaule les activités de la Fondation déjà existante. Au niveau de la conservation, nous sommes à pourvoir le poste de conservateur en chef avec qui nous élaborerons le plan triennal de programmation. Des commissaires invités se joindront ponctuellement à l’équipe permanente et nous désirons poursuivre des partenariats d’expositions et de publications. Nous inviterons aussi des spécialistes du milieu de l’art contemporain et de la culture à échanger lors d’une nouvelle série de rencontres intitulées Conversations; pour la première rencontre, j’invite le public à venir parler des orientations du Musée le 21 octobre prochain à 19 h. Nous préparons présentement, avec la collaboration de l’Université Concordia, un important colloque international sur la thématique Art et religion pour le printemps prochain. Nous présenterons à l’été une exposition sur la thématique du verre dans le cadre de l’événement Montréal, ville de verre 2010 auquel prendront part musées et galeries. Nous préparons la Triennale 2011, des expositions individuelles d’artistes québécois comme Etienne Zack, David K. Ross, une grande exposition dédié à Paul-Émile Borduas pour marquer le 50e anniversaire de la mort d’un des artistes les plus importants de l’histoire de l’art canadien et l’un des fondateurs de la modernité au Québec. J’ai la ferme conviction qu’avec l’appui des artistes et des professionnels du milieu, de même qu’avec l’appui du public et des gouvernements nous travaillerons « pour la suite du monde » selon l’expression consacrée de Pierre Perreault. À l’instar de Paul-Émile Borduas, je vous lance une invitation : « Que ceux tentés par l’aventure se joignent à nous ».
----------------------------------------------------- Montréal, le 5 octobre 2009
JOURNÉE D’ÉTUDE « LE MACM EN QUESTION » De quoi le Musée d’art contemporain a-t-il peur ?
Laurier Lacroix professeur associé d’histoire de l’art et de muséologie à l’UQÀM, prix Gérard-Morisset 2008
Anne-Marie Ninacs commissaire et chercheure indépendante, doctorante en histoire de l’art à l’Université de Montréal, auparavant conservatrice de l’art actuel au Musée national des beaux-arts du Québec
Le 9 septembre dernier, nous avons, au nom de 115 acteurs de la communauté des arts visuels,confirmé à la directrice du Musée d’art contemporain de Montréal, madame Paulette Gagnon, notre désir d’organiser une Journée d’étude concernant le MACM « avec la participation à définir du Musée et sans l’intermédiaire d’un autre organisme ». Cette invitation, que nous avions annoncée dès le mois de juillet, a été rejetée sans autre discussion par l’institution, qui dit ne pouvoir s’y présenter sans l’arbitrage de la Société des musées québécois. « Nous ne pouvons pas, de part et d’autre, être juges et parties dans ce dossier », expliquait madame Gagnon dans une lettre récente (Le Devoir, 30 septembre 2009), comme s’il s’agissait d’un procès alors que nous appelons un dialogue. C’est d’ailleurs afin de ne pas annuler la possibilité de ce débat que nous renonçons à relever les autres erreurs et la désinformation transmises dans cet envoi récent comme dans d’autres communications du Musée. Cette façon qu’a le MACM de faire la sourde oreille aux interrogations d’une large part de la communauté artistique est très regrettable puisqu’elle reconduit, une fois de plus, un manque d’écoute constaté à d’innombrables occasions au cours des trente dernières années par les forces vives qui, tous les jours au Québec, produisent l’art contemporain, le soutiennent, le pensent, l’enseignent et inventent sa mise en exposition, sa diffusion et ses multiples médiations. Pourquoi une discussion simple et directe n’était-elle pas possible ? Dans le cadre de notre proposition, les représentants du Musée sont invités à occuper l’espace qu’ils désirent, en prenant la parole ou en assistant à la Journée d’étude à titre de simples auditeurs. De quoi le MACM a-t-il si peur ? D’entendre des questions exigeantes ? De s’exposer à des vues stimulantes ? La Journée d’étude « Le MACM en question », que nous tiendrons le vendredi 13 novembre prochain à la Société des arts technologiques, se veut une plate-forme d’échange plurielle et rassembleuse. Tous les individus intéressés par l’art contemporain et les musées, ainsi que tous les organismes représentant le milieu culturel, sont conviés à venir y prendre la parole. Nous espérons toujours que le Musée s’y joigne. Les thèmes qui y seront abordés ont à voir avec la philosophie de l’institution, car ce n’est pas tant ce que le MACM fait, ni son budget, ni sa taille qui posent problème à nos yeux (même si nous souhaitons leur bonification), que ce qu’il pourrait mieux faire avec l’équipe en place, les ressources qui sont déjà les siennes et sa communauté. Comment ? En mettant au cœur de tous ses gestes un meilleur esprit de collaboration et de l’ouverture dans la constitution de ses réseaux, plus d’invention et de créativité, une recherche soutenue et une interprétation plus pertinente des contenus présentés, des coproductions stratégiques et des communications à longue portée, toutes choses désormais vitales à la croissance et au rayonnement d’une grande institution. Si nous sommes conscients que tout n’est pas parfait dans le reste du réseau des arts visuels québécois, l’heure est au débat sur cette société d’État qui se doit de donner le pas. Nous sommes nombreux à souhaiter pour le Québec un musée d’art contemporain qui ne se contente pas de bien fonctionner, mais qui nous inspire en s’offrant lui-même comme un modèle d’audace, d’excellence et de créativité sachant mettre à profit les savoirs et les compétences multiples d’ailleurs comme d’ici. Pour l’aider à y parvenir, les idées et les pistes de solution ne manquent pas : elles seront partagées publiquement le 13 novembre prochain à la SAT. Nous invitons dès à présent les personnes intéressées à participer à cette Journée d’étude à communiquer avec nous à questionmacm@gmail.com.
JOURNEE D’ETUDE « LE MACM EN QUESTION » vendredi 13 novembre 2009, de 9h à 17h SAT – Société des arts technologiques 1195, boulevard Saint-Laurent, Montréal [www.sat.qc.ca]
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Décès d’Yvan Moreau
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C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai appris la mort du théoricien, critique, commissaire et ami Yvan Moreau. Yvan s’est éteint le 10 septembre dernier à Québec à l’âge de 52 ans. Il a été actif dans plusieurs revues d’art, dont ETC Montréal, où il fut membre du comité de rédaction durant une dizaine d’années. Il avait écrit plus d’une centaine d’articles sur entres autres les artistes Pierre Molinier, Carol Wainio, Thomas Corriveau, Stéphane Gilot, Jean-Pierre Gauthier, Sam Taylor-Wood, Samuel Roy-Bois, Serge Lemoyne, Gary Hill… Plus récemment, il a réfléchi sur le travail de Lucie Duval (dans Protée) et sur celui de Marie-Claude Bouthillier (dans Spirale). J’ai toujours adoré son intelligence, sa curiosité, son originalité, mais aussi son anticonformisme, qualité essentielle dans notre époque où le bon ton ennuyeux est dominant. Et puis, j’ai toujours apprécié son rire. Un rire décapant.
Yvan, ta personne, ton regard sur le monde et ton humour vont beaucoup nous manquer.
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Goodwin trop plate ?
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Je dois vous avouer ma surprise et mon profond mécontentement devant les panneaux publicitaires accrochés sur le Musée d’art contemporain. Je ne reviendrai pas sur les affiches indiquant qu’il s’agit du Musée du quartier. C’est une manière (bien malhabile) de rappeler aux touristes et visiteurs ainsi qu’à la Ville qu’il y a un musée à ne pas oublier (et à mettre en valeur) au centre du Quartier des spectacles… J’en m’en prendrais plus à l’absence d’image pour annoncer l’expo rétrospective de Betty Goodwin. Pourquoi avoir seulement misé sur les images très clean et très esthétisantes de Robert Polidori ? Pas assez « vendeuses » ou « accrocheuses » les images de Goodwin? Ses nageurs (presque des noyés) auraient pourtant pas mal frappé l’imaginaire… Je suis fatigué de voir nos institutions presque gênées de présenter l’art plus radical. Il faut toujours faire plus grand public, plus accessible, plus facile, plus sympathique, plus Snoopy, plus Youpi, plus Youbidou-y-a-de-la-joie… Nos gouvernements démocratiques et les conseils d’administration de nos institutions imposent trop souvent la dictature de l’expo grand public (où plutôt du grand public tel qu’on l’imagine et le méprise). Revenons sur une question qui m’est chère : si nous ne défendons pas nos artistes bec et ongle, qui le fera pour nous ? Autre question : alors qu’il y a trois femmes artistes qui sont présentées au MAC (Goodwin, Davis et Hurlbut), pourquoi avoir choisi de mettre de l’avant uniquement l’artiste de sexe masculin ?? C’est le meilleur ? Il vit à New York et est donc plus hot ? Encore une attitude de colonisés ?
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Chemins et tracés
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C’est la 10e édition du Symposium d’art in situ de Val-David. Comme l’a écrit Marie-Ève Charron dans Le Devoir, le thème de cette année (Chemins et tracés) est un peu « fourre-tout ». Mais bon, c’est souvent malheureusement la norme dans ce type d’événement. Et la faute en revient souvent aux artistes. Ceux-ci, encore hantés par la notion ancienne de commande (avec ses règles imposées), acceptent difficilement des contraintes qui limiteraient leur liberté créatrice. La majorité du temps, le commissaire se doit donc de trouver des œuvres qui vont dans le sens d’un thème précis et non pas des artistes intéressants qui accepteraient de produire une œuvre un peu différente, mais néanmoins proche de leur préoccupation, et qui répondrait à une problématique nouvelle. Les intellectuels, critiques, écrivains, poètes, architectes acceptent plus facilement de faire cela lorsqu’ils participent à un colloque, à un dossier thématique dans une revue, à une exposition… Cela dit, il faut reconnaître que la commissaire de cette année, Pascale Beaudet, a fait un choix d’artistes qui permet de sortir majoritairement des sentiers battus (que produisent souvent ce genre d’interventions à l’extérieur in situ), et en particulier de l’héritage mal digéré d’Andy Goldsworthy. Les créations des onze artistes de ce symposium, font dans le bâti, le construit, l’intervention humaine et s’éloignent d’une vision maintenant conventionnelle, édulcorée et réductrice du land art où morceaux de bois, feuilles et brins d’herbe déplacés recomposent une nature un peu revisitée. Voilà qui est une très bonne chose et une excellente décision de la commissaire. En fin de parcours, vous remarquerez en particulier deux interventions. Marc Dulude (né à Chicoutimi, mais vivant à Montréal) a créé une sorte de gigantesque et fantastique fontaine, couronnée de têtes de cerfs, qui semble tout droit sortie d’un conte de fées allemand. Maude Léonard-Contant (de Montréal) a bâti une miniserre (intitulée Paysage gigogne) qui fonctionne dans une mise en abîme très réussie (chose assez rare, bien des artistes se servant de cet effet d’une manière cucul, à la Escher). Elle y montre une nature protégée dans une serre qui protège elle-même une autre serre plus petite… Elle nous fait prendre conscience que la forêt où nous pouvons voir cette installation est elle-même protégée, enserrée par différents types de constructions, villes, routes, autoroutes... Il faudra aussi porter attention aux Body Caves, abris de fortune surnaturels de Tricia Middleton, aux performances de Daniel Olson, aux multiples carillons de Linda Covit…. Jusqu’au 27 septembre.
Marc Dulude, Regard et étain. Photo : Michel Dubreuil.
Maude Léonard-Contant, Paysage gigogne. Photo : Michel Dubreuil.
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Symposium de Baie-Saint-Paul 2009
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L’artiste et commissaire Martin Dufrasne était de passage à Montréal aujourd’hui. À la Grande Bibliothèque de Montréal, en conférence de presse, il est venu dévoiler la programmation du 27e Symposium d’art contemporain de Baie-Saint-Paul intitulé Incroyables et Merveilleuses. Sous ce titre, Dufrasne a réuni des artistes qui mettent en scène « l’extravagance et l’excentricité ». Voilà une vision sur la création actuelle qui est très pertinente. En effet, bien des artistes de nos jours font appel au merveilleux. Et la brochette d’artistes qu’il a choisis est remarquable. Dans ce Symposium vous retrouverez Larissa Bates (des États-Unis), Valérie Blass (du Québec), Shary Boyle (de l’Ontario), Krisjanis Kaktins-Gorsline (du Manitoba), Erik Jerezano (de l’Ontario), Bayrol Jiménez (du Mexique), Susy Oliveira (de l’Ontario), Luc Paradis (Québec), Yannick Pouliot (du Québec), Franck Rezzak (de France), Jérôme Ruby (Québec) et Max Wyse (du Québec). Des conférences seront aussi à surveiller. Le 14 août, Russel Aurore Bouchard viendra parler d’artistes excentriques (Claude Simard, Jean-Jules Soucy, Denys Tremblay et Arthur Villeneuve). Le 21 août, Serge Murphy parlera de son travail. Et le 28 août, Louise Déry donnera une conférence intitulée Fantastique et merveilleux. Du 31 juillet au 30 août. Baie-Saint-Paul
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Polémique autour du processus de sélection de la nouvelle directrice du MAC
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Près de 90 intervenants du milieu de l’art québécois ont signé une lettre de protestation afin de critiquer le processus de sélection qui a prévalu afin de choisir une remplaçante à Marc Mayer à la direction du Musée d’art contemporain (MAC). Loin d’être une attaque directe contre la nouvelle directrice, Paulette Gagnon, nommée le 15 juin dernier, il s’agit d’une critique sévère adressée au Conseil d’administration du MAC et à son président Marc DeSerres. On leur reproche, entre autres, le manque de transparence dans le processus de sélection. Nous retranscrivons la lettre dans son entièreté.
Montréal, le 3 juillet 2009
Monsieur Marc DeSerres Président du conseil d’administration Musée d’art contemporain de Montréal 185, rue Sainte-Catherine Ouest Montréal (Québec) H2X 3X5
Monsieur,
C’est avec étonnement que nous apprenions, le 16 juin dernier, la nomination de la nouvelle directrice générale du Musée d’art contemporain de Montréal. Notre surprise est d’abord venue du fait qu’une large partie de la communauté culturelle espérait à cette occasion un changement en profondeur pour l’institution. Le concours public que vous avez ouvert pour ce poste a d’ailleurs compté pour beaucoup dans la promesse d’une telle revitalisation.
Notre étonnement a toutefois fait place à de l’indignation lorsque nous avons constaté que votre comité de sélection, composé uniquement de membres du conseil d’administration, ne comprenait aucun expert externe, a choisi de ne pas recevoir en entrevue des candidats très valables repérés par votre chasseur de têtes et a plutôt décidé de procéder à une nomination interne, ce qui revient à dire que ce concours était un leurre. Pourquoi, monsieur DeSerres ? Avions-nous besoin d’une telle illusion – échafaudée aux frais de l’État et coûteuse pour tous en temps et en énergie – alors que rien ne vous empêchait de récompenser d’office une fidèle employée ?
Cette situation ternit la réputation du MACM qui n’a pas osé, en les circonstances, s’exposer à la comparaison de différents profils d’excellence. Il ne faudrait pas sous-estimer la perte de motivation et de confiance qui en résulte au sein de la communauté artistique québécoise qui est la base et la première énergie du Musée. Cette communauté se caractérise par ses expertises professionnelles solides, son niveau d’exigence et ses approches inventives en matière d’art contemporain et de gestion des organismes culturels – toutes choses dont nous nous sommes collectivement dotés par l’émulation, une ouverture sur le monde et des formations universitaires avancées. Le recrutement de candidats sur la scène internationale aurait par ailleurs été, pour le Québec, un exercice hautement stimulant, nécessaire même puisque nous souffrons d’isolement. Il aurait également permis de prendre la mesure de l’intérêt que suscite le MACM dans le monde élargi de l’art contemporain.
La procédure d’embauche que le comité a privilégiée, quoiqu’elle demeure légale, est, au niveau éthique, extrêmement contestable dans le contexte d’une société d’État puisqu’elle ne rencontre pas les critères élémentaires de tout processus de sélection : transparence, égalité des chances et rigueur dans l’analyse des propositions. La situation nous préoccupe d’autant plus que l’embauche récente de deux conservateurs a également été le fruit de discussions internes plutôt que d’appels publics. Faut-il y voir l’installation d’une culture institutionnelle qui prévaudra à nouveau dans le traitement du poste de conservateur et de la direction artistique et éducative toujours à combler ? Pouvez-vous expliquer, à cet effet, quelle est votre conception des obligations qu’a, vis-à-vis des professions auxquelles elle est liée, la société d’État exceptionnellement placée sous votre responsabilité pour un troisième mandat ?
Si votre approche déçoit tant, c’est que nous voyons dans le Musée d’art contemporain de Montréal – longtemps la seule institution de cette nature au Canada et de loin la plus importante encore aujourd’hui – un outil extraordinaire qui ne fonctionne pas à la mesure de son potentiel. Nous trépignons d’impatience de voir ce joyau de la modernité québécoise proposer une véritable vision de l’art contemporain et actuel, entrer en dialogue avec sa communauté immédiate, faire preuve d’audace dans ses réalisations, susciter la réflexion sur la pratique de l’histoire de l’art, du commissariat et de la muséologie, être le fer de lance du mouvement culturel canadien en ce qui concerne les arts visuels et médiatiques, rayonner dans le monde, bref, agir en véritable institution nationale.
Pour le moment toutefois, et malgré certaines belles réalisations, le Québec sous-utilise de manière flagrante ce véhicule inestimable. Timoré, le MACM se contente généralement d’accueillir des valeurs sûres de l’extérieur sans y porter un regard précis, ignore sans raison apparente des acteurs essentiels de son milieu (artistes, commissaires, chercheurs, designers, etc.), ne se sert pas de l’exposition comme d’un mode de réflexion, privilégie le plus souvent des pratiques artistiques qui ne posent aucun défi aux règles de la muséologie (au détriment de tout un pan de la création actuelle), voit rétrécir d’année en année son cycle de colloques et de conférences, et ne fait qu’exceptionnellement circuler un artiste québécois vivant sur la scène internationale où le Musée demeure méconnu, voire invisible.
Le Musée d’art contemporain de Montréal, en ce qu’il acquiert et présente les productions visuelles les plus actuelles, a le devoir de se placer au premier rang de notre développement culturel et intellectuel. Il a plus que jamais besoin d’une importante réforme. Soyez assuré que vous pourrez vous appuyer sur les signataires de cette lettre et sur plusieurs autres intervenants pour mener à terme les changements nécessaires afin de permettre au Musée de jouer pleinement son rôle dans notre société.
Espérant que vous saurez reconnaître la dimension constructive de cette réflexion, nous vous prions d’agréer, Monsieur le président, l’expression de nos salutations distinguées.
Jocelyne Alloucherie, artiste, prix Paul-Émile Borduas 2002 David Altmejd, artiste, représentant du Canada à la Biennale de Venise 2007 Danielle April, artiste Mathieu Beauséjour, artiste BGL, sculpteurs Dominique Blain, artiste Catherine Bodmer, artiste et travailleuse culturelle Vincent Bonin, commissaire et chercheur indépendant Pierre Bourgault, artiste Marie Carani, professeure d’histoire de l’art, Université Laval Michel Campeau, photographe, bourse Jean-Paul-Riopelle (CALQ) 2009-2010 Bertrand Carrière, photographe, professeur de photographie, cégep André-Laurendeau Vicky Chainey Gagnon, commissaire et doctorante en muséologie, UQÀM Serge Clément, photographe Mario Côté, artiste, professeur à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQÀM Francine Couture, professeure d’histoire de l’art, UQÀM Monic Cozic, artiste Yvon Cozic, artiste Gilles Daigneault, critique et commissaire indépendant Éric Daudelin, artiste Martin Dufrasne, artiste Lucie Duval, artiste Rose-Marie E. Goulet, artiste Serge Fisette, directeur, revue Espace Vera Frenkel, F.R.S.C., artiste multidisciplinaire Richard Gagnier, chef du service de la restauration et spécialiste de la restauration en art contemporain, Musée des beaux-arts de Montréal Jean Gagnon, directeur, SBC galerie d’art contemporain, commissaire et critique indépendant, doctorant en Études et pratiques des arts, UQÀM Emmanuel Galland, artiste, commissaire, consultant cultures + communications Yan Giguère, artiste Peter Gnass, artiste Raphaëlle de Groot, artiste Caroline Hayeur, photographe Isabelle Hayeur, artiste Marie-Josée Jean, chercheure et commissaire Sylvie Lacerte, commissaire et chercheure indépendante Laurier Lacroix, professeur d’histoire de l’art et muséologue, UQAM, prix Gérard-Morissette 2008 Éric Ladouceur, artiste Lise Lamarche, professeure honoraire, département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques, Université de Montréal Johanne Lamoureux, professeure d’histoire de l’art, Université de Montréal Guy Laramée, artiste François Lemieux, artiste Lise Létourneau, présidente, Regroupement des artistes en arts visuels du Québec Patrice Loubier, critique d’art, commissaire et professeur substitut d’histoire de l’art, UQÀM Massimo Guererra, artiste, prix Ozias-Leduc de la Fondation Émile-Nelligan 2001 Frédéric Metz, professeur, École de design, UQÀM Raynald Michaud, directeur du développement culturel, Société de développement culturel de Terrebonne Jean-Pierre Morin, artiste Nadia Myre, artiste Anne-Marie Ninacs, commissaire et chercheure indépendante, doctorante en histoire de l’art, Université de Montréal, prix de l’UQÀM 2005 Martine Paquet, directrice-adjointe, Galerie Lacerte art contemporain André-Louis Paré, professeur de philosophie au Cégep André-Laurendeau, critique et commissaire Roberto Pellegrinuzzi, artiste Sonia Pelletier, critique d'art, commissaire et éditrice indépendante Didier Prioul, professeur d’histoire de l’art et muséologue, Université Laval Eduardo Ralickas, critique d'art et doctorant en histoire de l'art, Université de Montréal et EHESS, Paris Anne Ramsden, artiste, professeure à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQÀM Monique Régimbald-Zeiber, artiste, professeure à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQÀM Louise Robert, peintre Jean-Claude Rochefort, critique d’art et conservateur indépendant Bernard Schütze, critique d'art Emmanuel Sévigny, scénographe et artiste technologique Robin Simpson, co-fondateur, Pavilion Projects Françoise Sullivan, artiste, prix Paul-Émile Borduas 1987 Richard-Max Tremblay, artiste Jean-Philippe Uzel, professeur d’histoire de l’art, UQÀM Angèle Verret, artiste
Adhésions après envoi au destinataire :
Serge Allaire, historien de l'art, UQÀM Rose-Marie Arbour, historienne de l’art, professeure honoraire, département d’histoire de l’art, UQÀM Stéphanie Béliveau, artiste Simon Blais, directeur, galerie Simon Blais Jocelyne Chabot, artiste Dominique Fontaine, commissaire indépendante Cynthia Girard, artiste visuelle et poète Patrice Giroux, artiste et consultant en muséologie Claude Guérin, graphiste Jocelyn Jean, artiste Nicole Jolicœur, artiste multidisciplinaire, professeure honoraire à l'École des arts visuels et médiatiques de l'UQÀM Martha Langford, professeur, département d'histoire de l'art, Université Concordia Renée Lavaillante, artiste Nicole Lebel, artiste Corine Lemieux, artiste Rhonda L. Meier, commissaire indépendante Lili Michaud, directrice, Occurence espace d'art et d'essai contemporains Claude Mongrain, sculpteur, professeur à l'École des arts visuels et médiatiques de l'UQÀM Jocelyn Philibert, artiste Denis Rousseau, artiste, professeur à l'École des arts visuels et médiatiques de l’UQÀM Michèle Thériault, commissaire
c.c. Madame Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine c.c. Le Devoir
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