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Normand Paquette
Normand Paquette
November 2005 - Messages
23 novembre 2005, 10:47
Ressentiment
Khaled et Said représentent deux facettes d'opprimés. L'un est motivé par la volonté dedevenir un héros et l'autre veut racheter la trahison de son père. Deux moteurs différents, deux chemins qui se croisent, deux déterminations dont le jumelage ne tiendra pas. On assiste à la préparation d'un attentat kamikaze et ce film intéresse par la différence entre les deux protagonistes. Ce film de facture clinique, lent mais très fascinant tente d'expliquer ce qui amène un homme à commettre l'irréparable. Khaled, malgré sa soif de vengeance est un candidat avec des failles et le réalisateur démontrera que l'homme peut rester humain. Quant à Said le moteur qui le pousse à cette action est beaucoup plus inextricable. La honte est son principal motif et ce sentiment amène un caffouillage émotionnel difficilement contrôlable. Le réalisateur parvient à démontrer que Said est déjà mort avant même d'avoir activer sa bombe. Il a quelques soubresauts de vie mais le ressentiment reprend vite le dessus. À mon avis la réussite de ce film tient au personnage Said. Je n'adhère aucunement à son idéologie mais je constate que la blessure causée par la honte se cicatrise peu ou prou et qu'elle rend l'homme esclave de ses ramifications. Le dernier plan sur le visage de Said reste un moment inoubliable et fait réfléchir longuement.
22 novembre 2005, 8:11
Une passion
Un film passionnant traitant un sujet intéressant suberbement réalisé. L'histoire d'un homme convaincu et convaincant qui se battait pour une cause juste et noble. Il désirait informer les téléspectateurs. Il animait une émission de télévision y donnant une ouverture sur le monde et vulgarisant de grandes causes qui lui tenait à coeur. Une équipe formidable l'entourait, des gens passionnés qui lui fournissaient un support constant. Un jour il affronta McCarthy, le sénateur, grand inquisiteur des temps modernes qui voyait des communistes dans sa soupe. C'est cet épisode que le réalisateur a choisi et il nous entraîne dans le sillage du merveilleux monde de la télévision des années cinquantes. Clooney arrive à nous intéresser dès les premières images en nous plongeant dans ce monde trépidant qu'était la télévision. On y suit cette équipe formidable et on s'attarde surtout sur ce journaliste fougueux qui monta à l'assaut et osa défier celui que tous craignaient. J'ai beaucoup aimé ce film. D'abord le noir et blanc qui s'avère le meilleur choix pour représenter cette période, puis l'approche quasi-documentaire qui illustre ce monde d'alors où tout semblait possible. Les acteurs y sont justes, crédibles et je soulignerais ici l'interprétation nuancé de David Strathairn à qui on s'identifie totalement. Clooney nous fait le cadeau d'entendre Diane Reeves qui chantent divinement des standards jazz. Enfin, je souhaite que les dirigeants de nos télévisions voient ce film et comprennent que c'est de cette probité que nous avons besoin, que c'est ce genre d'émissions que le monde a soif.
15 novembre 2005, 7:24
Assoiffée
Des femmes laissées pour compte souvent dès un jeune âge. Des femmes privées de vie, des mortes vivantes enfermées dans un silence social, rejetées par tous. Des esclaves existant, végétant, se cotoyant en un espace clos et vaste à la fois. Une communauté d'esseulées n'ayant à rien d'autre que le souffle qui les anime. Des femmes oubliées, reléguées dans l'au-delà. Tout cela au nom de la religion! L'Inde ici se montre sous un jour cruel pour celles qui n'ont rien fait d'autres que d'obéir à des lois religieuses. Il est dit qu'une veuve ne peut vivre une vie normale. Au décès de l'époux, qu'elle n'a pratiquemment jamais choisi ni aimé, elle doit subir un exil de la vie si le plus jeune frère du mari ne veut l'épouser. Elle s'emmure donc avec ses semblables et survit piteusement dans une réalité amère. Elles sont regardées de loin car elle porte malchance. La réalisatrice dénonce cette situation qui perdure encore de nos jours, en effet il y aurait encore cette pratique honteuse de nos jours. On assiste ici à une illustration sensible de quelques-unes d'entre-elles. Un film intéressant par son sujet et sa réalisation.
15 novembre 2005, 8:12
Tension
Un corps tendu. Un corps tendu laissant écouler des mots, un à un, péniblement. Une litanie à prime abord dénuée de tout sentiment mais si l'on sait écouter, si l'on sait regarder on perçoit l'émotion se nichant au creux des mots. Des paroles dures, agaçantes, dérangeantes. Un discours véhement. Un refus total d'être, d'exister dans ce monde. Une douleur insupportable projetée, criée. Le récit d'une histoire qui n'eut pas lieu. Un dérapage de la vie. Une erreur du créateur qui donna vie à une âme si sensible que sa matérialisation provoqua un chaos insoutenable. De la souffrance surtout, invincible, inimaginable mais ô combien réelle. Cette expérience vécue intensément par une actrice inouie, incarnant avec tout son être ce texte lourd de conséquences qui ne laisse personne indifférent. En effet, il est difficile de ne pas le recevoir. Il reste en nous et peu importe ce que nous en ferons on ne pourra l'oublier tout à fait.
7 novembre 2005, 7:20
Qui gagne perd
Un couple se sépare, banal de nos jours. Des enfants deviennent otages, encore une fois du déjà vu...mais non, chaque fois qu'un enfant souffre cela est tout autre que banal! Ce film démontre très bien la situation désastreuse des enfants lors d'une séparation entre le père et la mère. On y voit l'égoisme de ces adultes qui entraînent leur progéniture dans des sentiers sinueux. D'abord ils décideront de ses les partager un jour sur deux et ce sans demander l'avis des principaux intéressés. Ils maudiront l'autre, passeront des remarques assassines ne se doutant pas qu'ils perturbent leurs enfants. Eux, les victimes, dégringoleront la pente et crieront à l'aide de façon à être entendus. Le réalisateur semble sensible au malheur des enfants. Ils nous les montre démunis et tentant de survivre au chaos émotif causé par la rupture.Un s'identifiera à la mère, l'autre prendra le père comme modèle puis il y aura de durs constats et la lumière au bout du tunnel se fera un epu attendre. Un film clinique, un exposé quasi théorique mais les acteurs parviennent à rendre tout de même humain ces personnages. Une illustration juste de l'égocentrisme des parents qui ne pensent guère aux conséquences terribles de leur comportement sur leurs rejetons.
7 novembre 2005, 8:25
Ouf!
Une imagination fertile et débridée que celle de Robin Aubert. Ce film est un voyage cauchemardesque mais ô combien intéressant! Je m'a ttendais à une histoire "flyée" mais pas à ce déferlement d'images inoubliables. Il y a beaucoup d'atmosphère dans ce film, beaucoup de climats différents qui nous transportent ailleurs. C'est le grand plaisir de ce film, être ailleurs, dans des sentiers insoupçonnables mais pourtant crédibles. Ce monde effroyable est pourtant à nos portes. Le réalisateur ne fait qu'en exacerber les possibilités tout en réussissant un film personnel et hautement artistique. J'ai aimé ces images poétiques, ce scénario apocalyptique, le jeu intense et crédible des interprètes. Robin Aubert est un auteur, un artiste. Il a une vision personnelle du monde qui est riche et surprenante. Il a le souci du détail et chaque prise de vue recèle un monde unique et significatif. On dirait de multiples histoires qui viennent former un tout à prime abord incohérent mais qui forme un tout. Les personnages sont tous très forts. Il leur suffit d'apparaître à l'écran pour exister à jamais. Il ya aussi beaucoup d'émotions, de savoureux dialogues et on ressent un amour incondionnel de l'auteur pour ses créatures. J'ai hâte au prochain film.
7 novembre 2005, 8:04
Lumineux
C'est un film plein de luminosité donc rempli d'ombres. En effet, dès que la lumière se montre l'ombre guette et s'immisce subtilement. Le réalisateur nous en fait une magistrale démonstration dans ce magnifique film. Cette histoire poignante d'un destin volé à la mort nous restera ancrée à l'âme. On voyage d'un continent à l'autre, au gré des émotions d'un jeune garçon déraciné de son pays et tentant de s'inventer un monde à lui. Il ira de chocs en découvertes, s'entêtera, rugira puis se laissera couler dans le moule qu'on lui impose. Il y aura des soubresauts, des remises en question mais on se laissera guider par le réalisateur car le chemin qu'il emprunte est captivant. Je reviens à la lumière qui est omniprésente dans ce film et qui nous entraîne dans des chemins sinueux mais jamais inintéressants. Les personnages sont habités de cette lumière tantôt radieuse, tantôt infinitésimale. Le réalisateur parvient à en revêtir chaque personnage d'une intensité propre au caractère de chacun. Cela transparaît, illumine, se voile, se répercute aux autres et modifie le paysage intérieur. Ce film est plein d'êtres exceptionnels qu'on voudrait croiser pour s'enrichir le coeur. Une accalmie dans notre monde...
6 novembre 2005, 12:01
Un agréable moment
Je ne connaissais rien de cet opéra et j'assistai donc à la représentation avec une grande disponibilité n'ayant pas de véritables attentes. Je fus ravi de ce que j'y vis. Une oeuvre qui s'approche plus de l'opéra-comique et qui allie musique et théâtre pour nous donner d'agréables moments. L'histoire n'est qu'un prétexte à des numéros variant entre la comédie franche et la comédie dramatique. Dans ce spectacle les chanteurs se doivent d'êtres d'excellents acteurs et la présente distribution est à la hauteur. Tous et toutes possèdent le talent voulu pour nous dérider et de plus leurs voix sont belles et justes. Le décor et les costumes sont particulièrement joussifs et ravissent nos sens. La musique reste simple mais parvient à nous enchanter. Les airs et duos sont bien mené et covainquent. Le clou de la soirée demeure l'interprète du roi Ouf qui casse la baraque avec sa gouaille et son sens de la comédie. Il irradie la scène et dynamise le reste de la troupe. Il a aussi une voix ravissante et s'identifie complètement à son personnage loufoque. Une belle réussite de l'ODM.
1 novembre 2005, 7:49
Les anciennes odeurs
S'embarquer dans un périple impossible, comment peut-on aller vers son passé? Un voyage à rebours, un désennui, un moyen d'oublier le fracas de la dernière rupture? Notre héros ayant reçu une lettre anonyme lui révelant sa paternité et poussé par un voisin affamé de sensation se rend visister ses ex afin de savoir qui a fait de lui un papa. Il y va à contre-coeur mais je le soupçonne de feindre le désabusement. De toute façon au fil de ses recherches son besoin de savoir se fera de plus en plus insistant. C'est donc un film sur le besoin de s'accrocher à quelque chose pour pouvoir se dire que notre vie a un sens. Ce bonhomme dans la cinquantaine vivotait et soudain la vie lui fait ce cadeau d'être signifiant. Au début il se croit victime d'un canular mais au fil de ses rencontres il se surprend à espérer une réponse. Il s'aperçoit aussi que la vie des autres n'est pas plus reluisante et que celle de chacune de ses anciennes flammes recèle son lot d'amertume. Jarmusch nous dépeint encore une fois et de manière éloquente la tentative de donner de une signification à notre court passage sur terre. Il dirige subtilement ses interprètes et on passe un moment fort agréable tout en repartant avec un questionnement qui nous titille l'âme.