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Paul Proulx
Paul Proulx
9 novembre 2009, 9:32

Couilles molles

On peut ajouter Méchants Voisins (Hurtubise) de Monique de Gramont à cette liste automnale. C’est avant tout un récit linéaire de la vie d’un jeune homme bien sous tous rapports. Issu d’un milieu aisé et cultivé, le héros Cicius porte bien son doux prénom. Homme tolérant et amoureux des lettres, il devient chargé de cours en littérature à l’encontre de son père médecin avant d’acheter la librairie d’une vieille dame, dont il est l’ami et confident. Après la mort de sa mère, il subit la hargne de la nouvelle jeune femme de son paternel, attirée surtout par les portefeuilles bien garnis. Pour éviter les affrontements, il quitte le toit familial et s’achète une maison sise dans un quartier apparemment paisible. Le pauvre homme ne change que de bourreau. Faut-il dire bourelle au féminin ? Sa voisine Esmeralda d’origine sud américaine, mariée à un Italien relié au monde lucratif de la construction, lui en fera voir de toutes les couleurs avec ses six filles, toutes aussi béotiennes et belliqueuses que leur génitrice. Même si cette dernière le traite de « couilles molles », Sidonie, une anthropologue qui œuvre au Mali, peut témoigner du contraire pour s’être glissée entre ses draps de satin grenat lors de ses brefs passages à Montréal. Ce canevas a servi à décrire les malheurs d’un propriétaire raffiné habitant près de « méchants voisins ». Leur prodigalité tapageuse et querelleuse occupe le second volet du roman alors que le premier fait ressortir la personnalité rose d’un héros ayant profité d’une belle éducation. Sa vitalité plutôt intellectuelle et branchée le disqualifiera aux yeux des lecteurs suffoquant dans leur testostérone. Les traits sirupeux de Cicius frapperaient moins l’attention si l’auteure avait approfondi davantage la dynamique du voisinage au lieu de se contenter de compiler à un rythme étourdissant les faits et gestes exaspérants. Heureusement, les courriels d’amour que les tourtereaux s’échangent brisent la psalmodie lassante des doléances ! Bref, c’est une œuvre destinée plutôt à un public adolescent. C’est dans la même veine kitsch que L’Angélus de mon voisin sonne l’heure de l’amour de Louise Portal, sauf que son héroïne aimait le fils du dit voisin.
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