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Paul Proulx
Paul Proulx
16 novembre 2009, 10:31

Les Dieux de la misère

Normétal (1100 h.) se dresse à 120 km au nord de Rouyn. Ce n’est pas situé à la porte de Montréal. Le docteur Jeanne Dion le réalise quand elle accepte de remplacer le médecin de l’endroit pour un mois. Il est sûrement le dernier disciple d’Hippocrate à prodiguer des soins dans un petit bled situé le long de la route qui mène à la Baie-de-James. Qu’est-ce qui l’a attaché à ce coin perdu dominé par l’église blanche près de laquelle coule la rivière Desméloizes ? Embauché par une entreprise, qui a depuis délaissé l’exploitation de sa mine, le docteur Rainville s’est tellement attaché aux habitants qu’il y est resté. Des habitants simples vivant dans une nature originelle. D’ailleurs, le vieux médecin conseille à sa protégée de se promener dans la forêt pour retrouver sa sérénité qu’il devine menacée. Jeanne est justement venue à Normétal, un village pas encore défloré par le tourisme, pour compléter sa quête de soi entamée dans La Neuvaine. En se réfugiant dans un cadre naturel apparenté à la sobriété monastique, elle espère atteindre la quintessence de la vie que masque la superfluité mondaine. Les images de Sara Mishara reflètent avec brio cette recherche de l’héroïne. Elles sont empreintes d’une luminosité qui fuit l’effet de la composition. La lumière crue s’ajuste à l’authenticité d’une quête dont Jeanne craint les aboutissants. Une quête qui mène en fait sur autrui. Le moi disparaît pour que l’autre vive comme le suggère la dernière image du film : Jeanne tient un bébé dans ses bras, tournée vers une route qui mène vers l’infini, vers un territoire à apprivoiser. En somme son territoire. Tout au long du film, elle se demande si elle devrait l’explorer en dépit de la souffrance qui le parsème. Veut-elle vraiment se donner à cette tâche de la soulager ? C’est le nœud gordien qu’elle a à dénouer. Grâce au boulanger du village, elle parvient à se nourrir de sa force pour affronter un nouveau destin, un destin orienté vers le don de soi. Un legs offert à l’humanité à l’instar d’un testament qui laisse à autrui la meilleure part de ce que l’on est. C’est en quelque sorte le testament spirituel de Bernard Émond, dont tous les films exploitent la thématique du don. Discours un peu redondant qui va à contre-courant de la quête égoïste d’un monde soi-disant moderne en quête d’un quinze minutes de gloire qui rapporte. Sans glamours, il trace le portrait ascétique d’une femme qui hésite à prendre le bâton du pèlerin pour se rendre au Compostelle de tous les besoins. C’est un cheminement intérieur que l’on nous demande de suivre, un cheminement douloureux accompli à l’abri de la vanité et de la vacuité du monde que tous les comédiens rendent avec aplomb. « Bienheureux les cœurs humbles car ils verront Dieu. » Bernard Émond ne va pas jusqu’à endosser cette béatitude, mais ces personnages se font dieux pour soulager la misère, comme le souhaite sœur Gaétane, interprétée par Angèle Coutu.  
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