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Paul Proulx
Paul Proulx
20 novembre 2009, 6:40

Naître avec un angiome frontal

Les enfants sont cruels entre eux s’ils ne répondent pas à la sainte règle de la copie conforme. Jean-François Beauchemin en a fait la démonstration dans Le Petit Pont de la Louve en racontant les avatars d’une fillette, qui avait eu le malheur de naître les oreilles en choux-fleurs. Son histoire était d’une tristesse incroyable comme l’est celle de Mary Daisy Hinkle dans ce film. Née comme Mikhaïl Gorbatchev avec un angiome sur le front, elle est condamnée à être la risée de ses pairs. Même à l’université, le phénomène de rejet s’est perpétué. Quel étudiant voudrait s’afficher avec une fille brillante estampillée d’une tache de chocolat dans le front ? Déjà à huit ans, la petite Australienne prend le taureau par les cornes pour échapper à sa solitude. En consultant le bottin téléphonique de New York, elle décide d’envoyer une lettre à son insu à quelqu’un qui souffre comme elle de solitude. Il s’agit de Max Horowitz, un juif obèse de 44 ans souffrant du syndrome d’Asperger (forme légère d’autisme). C’est le début d’une correspondance assidue qui durera 20 ans. À travers leurs lettres, les deux épistoliers se confient le drame qui les afflige. Tous les sujets y passent. Du mystère de la naissance des enfants, qui doivent sortir d’une canette de coke au lieu d’un choppe de bière comme en Australie, jusqu’aux amours de Max et de Mary qui voudrait marier Earl Grey à cause de son père qui coud les sachets de thé de cette entreprise. L’univers enfantin, familial, social, religieux de New York et d’Australie déroule sous nos yeux avec une pertinence et un rythme qui évite presque l’ennui. En fait, le film inspiré d’un fait vécu ne trouve son souffle qu’à travers ces lettres écrites à la main ou avec une Underwood par Max, lettres qui jettent un baume sur des vies tristes à mourir. Mary est née d’une mère alcoolique et d’un père absent, qui se livre à la taxidermie au retour du travail. Max toujours coiffé de son s’enferme dans son appartement, où il s’empiffre de chocolat. Avec son mariage, l’héroïne croit qu’elle atteindra la fin du tunnel, mais elle touchera plutôt le fond du baril. Ces vies sans joies s’articulent dans un magnifique décor de pâte à modeler qu’agrémentent des chansons populaires qui collent à la réalité des personnages. Que Sera Sera (Whatever Will Be, Will Be). Quand la naissance prédispose à la souffrance morale, c’est elle que l’on trouve en cours de route. C’est loin d’être un film d’animation pour les enfants. Et le traitement empreint d’humour provoque plutôt des rires jaunes. Quand une fiente d’oiseau tombe sur la tête d’une enfant rejetée à la vue de ceux qui la ridiculisent, faut-il en rire ? Pas dans la salle du Beaubien hier soir.
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