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Paul Proulx
Paul Proulx
9 mars 2010, 11:55
Le Rôle de la femme
Martine Desjardins vient de réécrire un chapitre de la Genèse, soit celui de la perte de l’éden. Adam a mangé le fruit défendu à l’invitation de sa compagne Ève. Si la Bible est la parole de Dieu, il faut reconnaître que le susdit passage discrédite la femme qu’Il a pourtant créée. L’auteure remonte avec un brio inouï aux fondements de la culture occidentale issue du Moyen Orient, où a macéré ce qui allait advenir de notre destinée et, en particulier, de celle de la femme. En regard des écritures saintes, cette dernière a transformé le paradis en pandémonium. Telle est sa vengeance, comme le révèle le dernier chapitre du roman. Pour avoir été relayé aux officines du mal, elle agit sur les hommes comme un maléfice, qui cultive l’exacerbation des sens afin qu’ils concourent à leur perte. Hommes déjà vulnérables pour leur quête effarouchée de réussite sociale. C’est une œuvre magnifique, qui accole une forme romanesque des plus originale à ce qui supporte les conditions féminines. C’est à travers le rituel du sacrement du pardon que sept hommes d’affaires ambitieux débitent de soi-disant actes peccamineux, en se disculpant sur le dos d’une femme aux lèvres fendues, portefaix de leurs maux. Une vierge laide qu’ils désirent l’instant d’une transaction, une vierge qui incarne le mal dans la souffrance qu’elle transmet à ceux qui l’approchent. Les aveux qu’ils font dans un confessionnal ne ressemblent en rien aux formulations de naguère. C’est le lieu pour véhiculer la thématique que l’auteure enrichit à travers les sens. Chaque chapitre provoque la sensualité qu’accentue l’évocation, trop longuette, de l’odeur des épices et des savons entre autres choses. Hormis ce bémol, c’est avec une riche terminologie et un don de conteuse accomplie que l’auteure exhale le corps, Un corps que représente  la  couverture aguicheuse du roman, voire blasphématoire, mais qui résume en fait le propos. Un corps nu, dont le sexe est masqué par le cœur ornant la statue traditionnelle de Jésus adulte, dite du Sacré-Cœur. Martine Desjardins a fui le monde grandiloquent des cathédrales pour fouiner dans les cryptes moins spectaculaires, comme elle l’a fait pour son roman L’Évocation. Elle s’est détournée de la voie céleste pour examiner ce qui grenouille dans les souterrains des religions triomphantes.
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5 mars 2010, 10:48
Les Hommes manquent de maturité

Que c'est dommage que le scénariste n'ait pu concocter une histoire crédible sur la paternité ! Pourtant c'erst un sujet rarement traité et fort intéressant. Le scénario n'est qu'un ramassis de  salmigondis dans le cadre de Miami, où les héros s'apprêtent à signer un contrat de publicité pour une une firme de Tokio. Le message fera sourciller les femmes ou confirmera leurs opinions sur les hommes. Ils manquent de maturité pour s'occuper des enfants. On exploite l'image du père qui n'a d'aptitudes que pour s'amuser. Comme disait cette femme : « J'ai deux enfants, un de dix ans et mon mari. » Même si c'est une comédie, fallait-il donner à désespérer des hommes ? 


1 mars 2010, 11:47
Les Résidants d'Hochelaga

À la liste du chroniqueur, on pourrait ajouter Arabesques de Pierre Samson.

Depuis peu, scénaristes et romanciers ont mis leur imaginaire au service du quartier Hochelaga que lorgnent les séides de la spéculation foncière. Alors qu’ils sont prêts à le défigurer, la  population fait preuve d’une résilience qui n’en cache pas moins leur déception de les voir s’emmener avec le pic du démolisseur. Ils ont commencé par raser les couvents de religieuses avant de s’attaquer aux logements en bordure d’une future autoroute, dont la construction les enrichira d’autant. Pierre Samson, issu de ce milieu, s’attache amoureusement aux gens que l’on s’apprête à transbahuter vers un no man’s land, où s’effritera une identité qu’ils ont chèrement acquise. Ils se sont tissé au cours des ans des liens serrés, affermis par les différentes crises qu’ils ont traversées. Soumis aux rudes épreuves du krach des années 1930 et de la guerre, ils ont survécu grâce à leur esprit grégaire. Peu importe l’origine de chacun, il est des leurs s’il partage la mentalité du groupe. D’ailleurs, avant même de subir l’avatar du massacre domiciliaire, ils sont aux prises avec un revenant, qui veut réintégrer le quartier. Il devra affronter la meute pour leur prouver sa bonne foi, voire même rencontrer le curé. Du bien bon monde, aux défauts aussi innombrables que leurs qualités. Bref, ce petit monde, comme celui de Dom Camillo, s’entrechoque et s’entraide sous la férule du curé Bourbonnière, plutôt porté vers la bonbonnière si l’on se fie à sa proéminence abdominale. Ce canevas sert une trame qui se déroule autour d’un escalier, qui conduit aux appartements de l’immeuble qu’habitent les personnages. Les chapitres se ne lisent pas nécessairement dans un ordre déterminé. Ce sont des fragments révélateurs d’une vie qui bat au rythme du sablier. Un sablier aligné sur l’amour de Montréal. Du port au défunt restaurant Sélect, la ville s’affiche sous les enseignes, qui évoqueront aux plus âgés les lieux qu’ils fréquentaient. Amour aussi de l’ailleurs, où l’on se rend l’instant d’un voyage au Brésil ou en Inde. Mais avant tout, c’est l’amour d’autrui qui les rapproche et qui se manifeste par l’affection que l’on se témoigne. Un roman sensuel que l’auteur accentue par les formes qu’il emprunte au monde des sens. Les personnages baignent dans un univers suggestif tant l’espace est empreint de féminité par les entrelacs, les passements, les lambrequins, les festons, les franges, les rinceaux, les volutes et les vermiculures, qui s’entrecoisent sous leurs yeux. Cette arabesque de style baroque soutient avec brio des sentiments qu’accompagne une terminologie châtiée. Ce roman tient du travail monacal à l'instar des enluminures des livres anciens. Pour ceux qui apprécient le genre, c’est un bel hommage rendu aux résidants d’Hochelaga.

 


28 février 2010, 11:43
Supérieur à Melinium
L'auteure nous entraîne dans une aventure palpitante, s’appuyant sur l’Histoire, en particulier sur la déportation des Acadien en 1755. Cette plongée  temporelle sert à la compréhension de l’âme des héros, des « nâmes de géants », condamnées par un haruspice peu favorable. La trame s’attache à un pêcheur malchanceux de Chéticamp. Pour secouer sa guigne, il quitte la Nouvelle-Écosse après avoir perdu son frère, sa femme et son bateau. Il vient s’établir à Pointe-aux-Trembles avec son fils de quatre ans, Croyant y trouver le bonheur, il s'enlise encore davantage tout en se consolant dans l’alcool. Cette défaite aura des répercussions sur le fils. Montréal ne lui sourit pas plus qu'à son père. Avec un vieux camion, il quitte sa vie navrante en suivant le Saint-Laurent. En cours de route, une panne d'essence le met en contact avec deux étudiants, qui répertorient les légendes et les chansons de l'Est du Québec. Ils profitent de l'occasion pour lui proposer de les aider contre rémunération. Comme dans un roman routier, le trio parcourt la région à la recherche de gens âgés encore détenteurs des bribes de notre patrimoine. Pourquoi ces étudiants se consacrent-ils à ce travail? Le deuxième volet du roman explique ce qui se cache derrière leur recensement. L'enfance, marquée par des abus en tout genre, les a fait sombrer dans l’abysse du désespoir, auquel ils tentent de s'arracher en se vengeant sur les vieux qu’ils croiseront. Leur dérapage pathologique conduit aux excès que Patrick Senécal exploite moins brillamment que Marie Gagnier. Mais les deux auteurs soulignent trop abondamment les dérèglements des névrosés. L'originalité du roman vient du lien établi entre les exactions de l'Histoire et les protagonistes. Ces derniers traînent une peine si difficile à consoler, d’où le titre du roman, qu’ils croient que leur salut ne peut que s’enraciner dans la mort. Marie Gagnier devance le peloton des auteurs, qui abordent cette thématique sanguinaire, en apportant une dimension qui dépasse le simple acte brutal.  C'est bien supérieur à tous les Millénium dont on a tiré quelques films.
28 février 2010, 10:16
Lire plutôt du Marie Gagnier
Stieg Larsson compte des fans par millions. On a tiré de ses polars des films s'adressant surtout à ceux qui s'intéressent aux comportements pathologiques. Dans le décor de Stockhlom, on propose un suspense bien ficelé, baignant dans l'atmosphère glauque qui caractérise les oeuvres inspirées des névrosés. La réalisation est honnête. Mais quel film ennuyeux ! Le scénario laisse couler l'hémoglobine dans des canaux sommaires. Il s'en suit une production simpliste, concoctée à partir de la vengeance d'une hackeuse, qui se découvre un frère aussi névrosé qu'elle. C'est tout. Bref, ça manque d'ampleur.  Dans le genre, les réalisateurs québécois devraient s'inspirer des romans de Marie Gagnier, en particulier le magnifique Console-moi. Elle aborde cette thématique sanguinaire avec art. Devant ce qu'elle écrit, les oeuvres de Frédérick Durand, Patrick Senécal, Laurent Chabin, Édouard H. Bond, et combien d'autres, font figure de parents pauvres, sans compter tous les romans fantastiques, qui font leurs choux gras du sang de leurs victimes.


25 février 2010, 10:39
L'Âme rebelle des Québécois
À l’ouverture des jeux Olympiques de Vancouver, on a illustré en anglais La Chasse-galerie d’Honoré Beaugrand. Je comprends que Gilles Vigneault n’ait pas voulu confier Mon pays aux organisateurs. Qu’en auraient-ils fait quand nous connaissons le manque de syntonie des Vancouverois avec l’âme des Québécois ? Même les frères Bouchard n’arrivent pas à saisir le caractère européen et amérindien de leur peuple. Heureusement, Honoré Beaugrand, élu maire de Montréal en 1885, a mieux compris notre esprit à travers les légendes qui nous ont façonnés. Il n’était pas uniquement un administrateur. Ce contestataire, qui savait écrire, a dû fuir aux États-Unis pour s’épargner les condamnations d’une autorité frileuse. Les légendes du maire portent l'étiquette d’un fantastique sous lequel couve sa mentalité rebelle. Belzébuth a laissé dans l'imaginaire collectif une forte empreinte. À l'instar de Faust, pourquoi ne pas lui vendre son âme pour le contrer? C'est dans ce sillon que naît la première légende de l'œuvre. Des bûcherons éloignés de leurs familles aimeraient bien se rendre à Lavaltrie pour être avec leurs " blondes " à Noël. Avec la chasse-galerie, rien n'est plus facile. Le Méphistophélès québécois autorisera le voyage en canot volant, comme la sorcière sur son balai. Des conditions sont assorties au contrat. Il n'est pas question de prononcer le nom de Dieu et de naviguer près des clochers. Honoré Beaugrand a pétri ses légendes à même la culture québécoise du X1Xe siècle. Elle dévoile l'âme d'un peuple hanté par des personnages, comme le coureur des bois, dont les voyages avaient quelque chose d'intrigant, voire de dépravé. Rien de mieux que de créer des légendes pour s’affranchir de ses craintes et pour harmoniser ses sentiments à l’âme collective, qui porte la marque du « dieu des routes » de Germaine Guèvremont. Quel plaisir de relire cette œuvre aucunement ridée même si elle a été publiée en 1900 ! Vincent Vanoli l’a transposée dans une bande dessinée, fidèle à son créateur.
19 février 2010, 12:45
Les Désarrois des Saints Innocents
Aussitôt que l’on traite de violence dans un milieu fermé couvrant la première moitié du 20e siècle, on l’attribue à la montée du fascisme. Même en Espagne, les critiques ont partagé ce jugement à propos des Saints Innocents de Miguel Delibes. Mario Camus s’en est inspiré pour son film, qui relate comment un « caudillo » de la Castille a imposé sa loi d’airain à une paysannerie servile. Le roman de Robert DeBeaujolais, La Petite Martyre victime de la marâtre (Aurore, l’enfant martyre), publié en 1927, aurait-il été précurseur de la Grande Noirceur ? Maurice Duplessis, pas plus qu’aucun chef politique, n’a à voir avec la dérive humaine. Le film de Michael Haneke décrit les ravages de la rectitude dans un village de l’Allemagne des années 1910. Tous les ténors de la droiture se font un devoir de protéger la loi et l’ordre. 5150, rue des Ormes en est un bon exemple sans qu’il faille relier ce roman de Patrick Senécal à l’intégrisme des Québécois « frileux » de leur identité. La loi du balancier s’applique dans ce contexte. La rigueur prévalait comme prévaut aujourd’hui le laxisme. On élevait les enfants comme si tous étaient appelés à servir Dieu dans la hiérarchie de l’Église. Et les femmes devaient appuyer les hommes dans l’atteinte de cet objectif. En fait, le film fait ressortir le despotisme de la gent masculine, détentrice autoproclamée du pouvoir divin sur terre. On n'en est pas pour autant à l’abri de l’imperfection. La soupape s’ouvre à tous les abus. En évitant le voyeurisme, Michael Haneke s’est contenté de décrire une situation sans chercher l’adhésion des cinéphiles à une éducation moins contraignante. Il en ressort une œuvre affine au documentaire social. L’angle risque de décoiffer les tenants d’une histoire romanesque normative. Au-delà de la politique, le film reflète avec brio, après bien d’autres, la cruauté, qui frappait les plus vulnérables de la société. L’injustice est servie par un traitement chromatique limité au noir et blanc afin de mieux souligner l’austérité annihilante d’une époque, qui permettait aux prédateurs machistes de voler non seulement l’enfance de leurs commettants, mais aussi de priver les femmes de leurs droits. Michael Haneke, comme Volker Schlöndorff, un compatriote qui a tourné Les Désarrois de l’élève Törless sur la même thématique, contribueront-ils à éveiller la philanthropie des purs et durs, autant à la ville qu'à la campagne ?
13 février 2010, 10:57
À l'enseigne de la générosité
Pierre Vadeboncoeur est décédé la semaine dernière à un âge vénérable. Avocat de profession, il a passé sa vie à trouver une clef pour la compréhension de l’homme et à se donner une conscience morale. Il est l’exception qui confirme la règle. Combien de ceux qui détiennent un certain pouvoir en profitent pour s’avantager? Il est admissible que l’État défraie des voyages pour participer à des colloques contributoires de la compétence. Mais le bât blesse quand on s’offre à nos frais un spectacle de fado en Espagne lors d’une rencontre internationale tenue en France. Le statut de Pierre Vadeboncoeur, comme conseiller syndical à la CSN entre autres, l’a plutôt porté à réfléchir sur le sort de l’humanité qu’il trouvait précaire entre les mains des savants et des « animalcules philosophes », qui concoctent des « coca-cola idéologiques » intéressés. C’est dans l’esprit de l’enfant qu’il trouvait le salut du monde. Doté de richesse intérieure affleure chez lui le sens de la beauté morale, Le salut n’est pas dans la pensée, mais dans la rectitude de l’être. Ses œuvres véhiculent des propos généreux, alimentés à une grande culture, qui lui a forgé un regard manichéen à l’instar du combat des lumières contre les ténèbres mené par Marie-Claire Blais. Comme Térence, il était ouvert à tout ce qui était humain : «Homo sum: humani nihil a me alienum puto.» À lire Les deux Royaumes, l’essai le plus achevé de sa pensée, qui est encore d’actualité.
12 février 2010, 6:39
Viva Italia !
Nine nous plonge dans l’époque faste du cinéma italien avec Fellini, certes, mais combien d’autres ! Rob Marshall recrée l’atmosphère dans laquelle baignait Juliette des esprits, mais aussi Le Guépard de Visconti. Ce dernier film (1963) marquait la transition entre l’ancien et le nouveau comme Nine pose les jalons qui mènent des années 1950 à notre ère. Le cinéaste décrit l’immuable Italie, un pays moulé par la Rome antique qu’évoquent les tableaux d’ouverture. Les empereurs de jadis devaient applaudir à tout rompre si jamais quelques ossements avaient échappé à la poussière. À la fête, ce ne sont pas les gladiateurs que l’on invite ni les chrétiens que l’on traîne pour que les lions se repaissent. Ce sont les femmes de devoir et de désirs enflammés non pas à la torche de Néron, mais de Guido, le héros qui tient le rôle d’un réalisateur tiger woodien. « Guido ! Guido ! », crient-elles en chœur. On se croirait au Forum, non pas celui de Rome, mais celui de Montréal quand scorait notre Guy national. C’est d’ailleurs la finale du film de Ron Marshall qui rend, à travers ce Guido, un vibrant hommage à ceux qui ont décrypté l’Italie, la romantique Italie, la « Rome ville ouverte » à tous les sens, la mamma que chante Charles Aznavour : « Y a tant d'amour, de souvenirs autour de toi, toi la Mamma. » Les analepses nous renvoient à la jeunesse du héros protégé par une Sophia Lorens, dont le choix judicieux comme mamma assume le passage du temps. Une enfance qui colle aussi la muse à la genèse d’un créateur confondu à celle de son pays. Un créateur qui se brûle les ailes aux feux qu’il allume. Un feu qui le consume plutôt qu’un feu qui l’habite. Au fronton de la réussite, il a oublié de hisser la fidélité, source de pérennité. Il le réalise assez cruellement quand sa costumière lui signale l’insignifiance de sa vie, passée à ne dire que oui ou non. Un oui ou un non à autrui qu’il démolit en définissant l’Italie d’aujourd’hui qui s’affadit, y compris la sainte mère l’Église, dont les plus dignes représentants lui demandent dans un spa des photos autographiées de ses chaudes comédiennes. Le scénario est accolé à une comédie musicale, qui, malheureusement, sent le racolage.

 


8 février 2010, 7:02
Étudiantes asiatiques de Calgary
Le prolifique Laurent Chabin a écrit trois romans en 2009. Voici L’Affaire Trystero, qui tire ses racines de l’université de Calgary. C’est loin d’être une oasis pour les étudiantes asiatiques. Elles le réalisent à leurs dépens alors qu’elles disparaissent à l’insu de tous. Sont-ce des victimes des réseaux de la prostitution ? La question est soulevée quand on découvre le corps d’un professeur de littérature médiévale sous un buisson du campus. On lui a substitué les amygdales par son organe génital. Autant de sadisme perd les enquêteurs en conjectures avant qu’un proxénète et son acolyte subissent le même sort. Leur attention se porte alors sur les gourgandines aux yeux bridés, qui délaissent leur mission humanitaire au profit de la campagne à l’instar des victimes inhumées à la ferme de Robert Picton. Au-dessus de toute impunité, le discret professeur émasculé ne servait-il pas tout de même de courroie de transmission aux convoyages des étudiantes de la salle de cours aux lupanars ou aux bars de strip-teaseuses ? Mais qui a orchestré cette affaire ? Serait-ce Trystero, le pseudonyme d’un psychopathe tiré d’un poème de Richard Wharfinger ? Autant de questions qui tiennent le lecteur en haleine, d’autant plus que la personnalité des personnages est bien profilée. Mais le dénouement ne dissout pas le dilemme. Il reste en attente d’une suite difficile à concocter. C’est une œuvre plutôt bâclée sous un vernis culturel. À l’instar de Jacques Côté dans le Rouge idéal, Laurent Chabin exploite la poésie, d’où il tire le rituel macabre de son polar. Cette toile de fond rate son maquillage des carences autant que le recours à la polyphonie n’enrichit la narration.
7 février 2010, 11:43
Cure de désintoxication
Dans le cadre pittoresque d’Aix-les-Bains, un journaliste suit une cure de désintoxication à laquelle il ne croit pas. Mais au contact de ses pairs picoleurs, il se sensibilise à la problématique qui le détruit. En fait, sa cure l’humanise. Il réalise la détresse de tous ceux qui souffrent d’éthylisme. Mais il réalise surtout où mène la dépendance à la dive bouteille, en particulier chez une accroc de 23 ans, dont les chances de rémission affichent un coefficient de zéro, sans compter la mort attribuable à la consommation de celui qui partage sa chambre. La sobriété est un objectif difficile à atteindre, d’autant plus que l’incompréhension de la maladie relie la victime à un manque de volonté, comme l’établit le fils du héros. Le pire, c’est que les suppôts de Bacchus coulent leur entourage dans leur sillage. C’est un film caractéristique de l’Hexagone. Ceux qui sont allergiques au cinéma qui se démarque peu du théâtre rageront. La quincaillerie s’efface en faveur d’un scénario qui porte à réfléchir sur l’alcoolisme. Le traitement n’innove ni le sujet ni le genre. Le film voisine le documentaire, tout de même utile puisqu’il s’adresse au grand public français. Au Québec, il est plutôt réservé aux fans du coq gaulois. La réalisation atteint son but, mais le message est véhiculé par un médium plutôt statique. Seules quelques analepses (flash-back), qui soulignent d’anciennes habitudes, rompent le ton uniforme de la narration. Ce n’est pas désagréable. Paraît-il que le film raflera quelques statuettes à la remise des césar.  Avec Bernard Émond, on a eu droit à une investigation beaucoup plus originale de la thématique. Que l’on se rappelle La Femme qui boit et 20h17, rue Darling.
1 février 2010, 11:01
Joue, bout de viarge !
 « Vas-tu finir par pisser bout de viarge? » Il ne s’agit pas de miction, mais de l’annonce de la mise au poker. Quatre femmes de la même famille jouent une partie avec des cartes achetées lors d’un voyage dans le Périgord afin de visiter la grotte de Lascaux. La tribu n’est pas pour autant grotesque quand l’une des tantes de Simon, le narrateur, s’impatiente  : « C’est l’fun en calvaire quand c’est joué à peu près dans même journée c’game-là! » Le roman tourne autour de cette caverne tapissée de peintures d’animaux conservées en parfait état après 17,000 ans. L’intérêt de ces dames pour la grotte remonte à 1950 lorsqu’en allant voir Autant en emporte le vent, on a projeté, avant le blockbuster de l’époque, un documentaire sur la dite grotte. À partir de ce jour, elles ont économisé leurs cents jusqu’en 1963, année où elles se sont envolées pour la France. La trame sert de prétexte à l’autobiographie fictive de l’auteur, qui a vécu dans une famille au sein de laquelle trônaient des femmes bonnes comme du bon pain en dépit de l’apparence rugueuse de leurs sentiments. Femmes drôles, telle l’aïeule, forte en gueule, qui tente de se redresser les jambes à grands coups de bottin téléphonique. Comme dans Votre appel est important, ce sont leurs obsessions qui tiennent lieu de suspense. Ce travers brisera-t-il leurs liens ? On vit bien à son aise au 4843 rue des Érables, quitte à bluffer pour tirer ses marrons du feu. En fait, chacun a sa caverne qu’il doit protéger pour survivre à l’instar de la célèbre grotte que l’on a interdit au grand public à cause du souffle humain, qui oxyde les trésors qu’il enferme. Roman allégorique, dont la facture frappe encore davantage. Il se présente comme le vitrail d’un verrier, dont les pièces reposeraient sans ordre sur sa table. L’auteur étale, comme ce dernier, des séquences du jeu de la vie, apparemment anecdotiques. C’est une fois lue que l’œuvre, fort émouvante, se pare de toute sa splendeur. Chaque chapitre, pouvant se lire dans le désordre, fait écho à l’esprit familial, dont Simon a hérité l’art de bluffer dans le cadre d’une complicité, qui ne berne personne en réalité, sauf le lecteur que Normand de Bellefeuille mystifie avec bonheur en lui servant, à son insu, un cours 101 sur l’art d’écrire.. Bref, avec une syntaxe magnifiquement maîtrisée, il a concocté un roman populaire non moins magnifique avec « sa scène de cul », à qui il a donné ses lettres de noblesse, comme l’a fait Michel Tremblay avec son petit monde, qui fréquente les mêmes écoles, soit celles de la paroisse St-Pierre-Claver.
25 janvier 2010, 8:41
Atteindre son Wimbledon
L’auteur nous transporte sur le court d’un terrain de tennis, où des amis de la vingtaine se mesurent à l’aulne de leur raquette. Le choix du sport indique tout de suite qu’il s’agit d’hidalgos, comme ce Bob, qui a quitté le quartier des raffineries de Montréal-Est pour s’établir dans la sélecte Ville Mont-Royal. Tous se sont donné de nobles objectifs afin de canaliser leur raffinement à l’instar du narrateur, marqué par la finesse d’Édouard, le plus distingué d’entre eux. Hormis le tennis, les voyages peaufinent aussi la délicatesse de leurs sentiments, comme pour Arnold, qui s’est envolé vers la Côte d’Azur, où la visite des musées vient tromper sa quête métaphysique. Qui suis-je ? Que veux-je ? Où vais-je ? Autant de questions qui tarabustent ces hidalgos, dont quatre d’entre eux font l’objet des chapitres du roman. Un roman qui est en fait un recueil de nouvelles ou de réflexions sur l’existence. L’amitié sert de fil conducteur à cette œuvre tissée serrée autour des relations qui les unissent à travers le tennis, qui leur tient lieu d’allégorie. Mener une vie où  chaque balle a sa trajectoire, mais tenter surtout de réaliser le coup gagnant, qui ferait dire à saint Pierre lorsqu’ils se présenteront devant lui : « Partie, jeu et match ! [...] come to Wimbledon Paradise. » Le maton des portes du ciel ne s’exprimerait-il pas plutôt en hébreu ? Peu importe, chaque joueur du match de la vie devrait viser son Wimbledon. Beaucoup d’appelés, mais peu d’élus, nous préviennent les décourageantes Écritures saintes. Cet esprit défaitiste prévaut dans le volet sous-jacent à la vie que mènent les protagonistes. Avec l’âge, ils apprennent que l’on ne joue pas toujours à la hauteur de son talent. Un héros meurt dans un sac de poubelle, noué de l’intérieur. Manière plutôt inusitée de s’enlever la vie ! En somme, il s’agit d’un récit métaphysique sur le sort peu réjouissant de l’humanité souffrante. L’auteur souligne avec justesse son fatum. En l’occurrence, qu’advient-il après les années de jeunesse marquées par la pratique du tennis ? Même question que se posait Patrick Drolet dans J'ai eu peur d'un quartier autrefois ? Qu’advient-il après les années de pensionnat ? Même crainte des liens qui se rompent, de la solitude et de la mort. Il faut de l’audace pour aborder un tel sujet. L’auteur, qui enseigne la philosophie, a difficilement maîtrisé le passage de sa discipline à l’art romanesque. D’ailleurs, son roman suit plutôt la facture de la nouvelle avec son dénouement inattendu pour chacun des chapitres, qui peuvent se lire dans le désordre. Les enchaînements ne sont pas évidents d’autant plus que la phraséologie hachurée précipite le discours en abusant de la parataxe et de l’asyndète (omission des mots de liaison). C’est sans compter que c’est un roman sans diégèse (histoire). La méthodologie n’est pas très pédagogique. Mais il reste que le roman reste un outil pertinent que l’on peut recommander à ceux qui se posent les vraies questions. Roman qui sent l’esbroufe avec des mots disparus du dictionnaire, comme ces tartanes (petits bateaux) baignant dans les baies de la Méditerranée, surplombée par des nuées, qui rappellent les toiles de Mark Rothko. Bref, c’est une œuvre raffinée, qui se pavane comme un paon anxieux dans les couloirs de la culture occidentale.
17 janvier 2010, 11:19
Tout n'est que lyrisme
Ce film aborde la problématique de la vieillesse alors que les enfants, devenus adultes, sont entraînés par le tourbillon de la vie. Les parents se sentent alors délaissés, surtout si leurs rejetons sont éparpillés aux quatre coins du pays, en l’occurrence les États-Unis. Le scénariste a imaginé l’histoire d’un homme vieillissant, veuf depuis huit mois, qui a invité ses quatre enfants pour partager un repas. Ces derniers se désistent à la dernière minute. Aux grands maux, les grands moyens, il part en autobus sans s’annoncer pour leur rendre visite. Malgré son état de santé précaire, il entreprend un périple qui le mène chez son fils peintre à New York, puis à Chicago, où vit sa fille. Après l’est, il met le cap vers Denver, où vit son fils musicien. Le roman de la route se termine chez sa cadette, une danseuse étoile de Las Vegas. Ce voyage apprend au héros qu’a beau mentir qui vient de loin. La tête remplie d’images de réussites sociales, il réalise que ses enfants se sont auréolés à ses yeux. Tous vivent peu ou prou sous le cran qu’on lui avait indiqué. Le film dégonfle en fait le ballon de la belle famille tissée serrée. Le combat de la vie les a tous amochés. C’est d’autant plus pénible à admettre que les combattants semblent avoir vaincu les obstacles haut la main. Il est encore plus pénible d’admettre que l’on soit peut-être responsable de la situation en ayant formulé inconsciemment l’idéal à atteindre. Le vieil homme fut un père qui s’est projeté dans ses enfants pour se consoler de son humble vie d’ouvrier. Le premier volet traite de la thématique avec un réalisme efficace. Le scénariste a manqué de souffle pour le second, qui repose sur la lettre que le héros a remis à chacun de ses enfants lors de son voyage. Le contenu secret de la missive engage très bien le suspense, mais il tombe à plat. On s’est contenté de jouer du violon sur les sentiments, qui animent un père déconcerté par l’image mensongère, dont se sont parés ses enfants pour correspondre à ce qu’ils croyaient que leur géniteur attendait d’eux.  La vie n’est que lyrisme pour masquer les apparences. Ce sujet en or est traité justement avec trop de lyrisme. Ça appauvrit la sauce en privant l’os de sa chair.  
14 janvier 2010, 11:03
Un humble rabbin
Ce roman a été écrit sous le signe de la simplicité. Qui peut se croire le dépositaire de la Vérité révélée ? Pas le rabbin Éliahou. Avant d’accepter sa vocation de berger des âmes, il a longtemps tergiversé. Poussé par sa mère vers la médecine, il se tourna en bon fils obéissant vers cette discipline. Mais, lors d’un voyage d’études en Israël, il a été frappé comme saint Paul sur le chemin de Damas. Yahvé l’appelait selon toute évidence. Le sort en était jeté. Il sera rabbin. Quelle déconfiture pour des parents que d’apprendre que leur unique fils allait se mettre au service de Yahvé ! Encouragé par une étudiante juive de Toronto, dont il est devenu amoureux pendant son séjour en terre sainte, Éliahou s’inscrivit à l’université Yeshiva de Ney York dans le but d’obtenir une smiha (diplôme), qui le conduirait au pied de la teba (autel). Pragmatique pour gagner assez honorablement sa vie, il accepta la proposition d’un oncle de sa femme, qui en ferait le chef spirituel d’une synagogue de Montréal. Le roman chevauche entre la vie étudiante et amoureuse du héros et son ministère auprès des âmes désarticulées à la suite d’un deuil ou d’un abandon. Comme Marc-Alain Wolf avec Kippour, Naïm Kattan, un Québécois de longue date, instruit les goyim sur la communauté juive. Communauté qui diffère si peu des autres de par son humanité. Loin du réquisitoire et du prosélytisme, son œuvre se veut sans prétentions. Il décrit tout simplement un homme qui veille aux biens spirituels de ses ouailles tout en sachant, contrairement à nos curés de jadis, qu’il ne peut avoir réponse à tout. Cette humilité le grandit et réjouit le lecteur qui veut s’informer sans se faire endoctriner.
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