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Parathéâtre
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Un regard vif sur la scène théâtrale montréalaise et ses enjeux, une antenne sur la relève et les festivals, un espace de réflexion et de discussion. Tout ça et plus encore.
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La Presse et la dramaturgie québécoise en chiffres
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Avez-vous lu le dossier sur la dramaturgie québécoise dans La Presse de samedi dernier ? À lire ici.
En gros, on y affirme que le théâtre québécois, jadis inexistant, est aujourd'hui sur une lancée. Et ce, en s'appuyant sur des montagnes de chiffres: augmentation constante du nombre d'auteurs recensés par le CEAD, grand nombre de créations québécoises dans une saison, et tutti quanti.
Tout ça est très bien, mais j'ai presque envie de dire: et alors ? Il est vrai que dans les années cinquante, le théâtre québécois en était encore à son âge de pierre. Qu'il a évolué de façon fulgurante, surtout depuis la Révolution Tranquille, comme d'ailleurs l'ensemble des institutions et des entreprises québécoises. Mais n'est-il pas temps de sortir de ce discours auto-flatteur pour parler plutôt de la qualité (ou de l'absence de qualité selon les cas) de notre dramaturgie ? Car, disons-le, le fait que notre dramaturgie se soit développée pour atteindre un niveau semblable à celui des autres pays occidentaux n'est pas en soi un miracle. Le Québec est une société minoritaire en Amérique, mais c'est une société riche, moderne, et encore assez social-démocrate pour accorder de l'importance à l'éducation et au développement de ses artistes. Ça donne, en termes quantitatifs, des résultats probants. On s'en réjouit.
Maintenant, pourquoi cet article ne s'attarde pas à définir les contours de la dramaturgie québécoise, à interroger son évolution thématique et esthétique ou même à se demander si la dramaturgie québécoise est vraiment aussi merveilleuse qu'on le croit ? Rien à faire des chiffres, en fait, s'ils ne se rattachent pas à une réflexion plus large.
Qu'en pensez-vous ?
Photo: Création des Belles Soeurs, de Michel Tremblay, en 1968
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Parler critique avec Robert Lévesque
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J'ai passé un weekend intellectuellement bouillonnant à Ottawa, en tant que participant à un atelier de critique théâtrale avec le controversé Robert Lévesque. A l'initiative de Wajdi Mouawad, la classe de maître annuelle du Théâtre français du Centre national des arts s'adresse cette année aux jeunes critiques. Très intéressant de côtoyer pour un weekend cette figure marquante de la critique québécoise, qui fut autant admiré que détesté des artistes et des lecteurs, à cause de son exigence, de son érudition et ses phrases assassines, loin de tout consensus et de toute complaisance. Un homme par ailleurs très doux et particulièrement ouvert à la discussion, du moins dans le contexte de ce stage. Ce fut une occasion en or de réfléchir et d'échanger sur le rôle et le sens de la critique dans le Québec d'aujourd'hui, alors que la plupart des médias considèrent les critiques comme des journalistes interchangeables et ne soucient pas du dialogue à long terme qu'un critique peut et doit engager avec la discipline qu'il commente et analyse.
À échanger pendant des heures nos analyses et nos points de vue du remarquable spectacle Hedda Gabler de Thomas Ostermeier, on s'est pris à rêver d'un véritable espace de dialogue entre critiques, artistes et spectateurs. Un lieu où l'on pourrait échanger longuement autour des spectacles les plus fertiles, sans les contraintes d'espace et de temps imposés par la presse, dans une perspective plus large, plus analytique et surtout, moins chaotique et moins spectaculaire que ne tentent de le faire à la télé les collègues des Six dans la cité.
Il y a du chemin à faire avant que ce soit une réalité, mais il est permis de rêver. Qu'en pensez- vous ?
Photo Radio-Canada
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Guillaume Girard chez Cadiot-Lagarde
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Ils sont rares les jeunes acteurs québécois qui réussissent
à mener une carrière théâtrale en dehors du petit milieu montréalais. Mais les
frontières s'ouvrent, peu à peu. Si on avait dit à Guillaume Girard, il y a cinq
ans, qu'il se retrouverait aujourd'hui dans la distribution d'une production
française d'envergure, il ne l'aurait certainement pas cru.
Mais c'est bel et bien ce qui lui arrive. Il est de la
nouvelle pièce du tandem Olivier Cadiot/Ludovic Lagarde, dont les premières représentations ont eu lieu la semaine dernière à
Poitiers et à Lorient. Cette création, inspirée du dernier roman
de Cadiot, atterrira en grande pompe sur l'une des prestigieuses scènes du
festival d'Avignon l'été prochain. L'auteur, rappelons-le, est l'artiste
associé de la prochaine édition du festival, avec le metteur en scène allemand
Christoph Marthaler. Pour Girard, c'est une opportunité totalement inespérée de
travailler en France pendant plusieurs années dans des conditions de création
totalement différentes de ce qu'il a connu au Québec, auprès d'un metteur en
scène influent et d'une équipe «très stimulante».
«C'est un peu tombé du ciel, ce projet, explique-t-il. J'ai
joué un petit rôle dans son spectacle Fairy Queen à l'Espace Go en 2005, et on
a gardé contact par l'entremise des acteurs de sa troupe, avec qui je me suis
vraiment bien entendu. Mais je ne m'attendais pas du tout à retravailler si
rapidement avec lui. C'est un privilège de travailler avec ces gens qui ont des
moyens et de la vision, et qui oeuvrent de manière absolument pas consensuelle.
Même si l'esthétique de Ludovic n'a rien à voir avec le théâtre que j'ai envie
de faire moi-même un jour, c'est une expérience géniale parce qu'il y a là un
travail unique; c'est une bibitte étrange ce spectacle.»
Une
histoire à suivre...
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Pour un théâtre du grand contexte
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Intéressante réflexion du producteur Roger
Frappier dans Le Devoir ce weekend (page C5). Il plaide pour un «cinéma du grand contexte». C'est à
dire un cinéma national qui cesserait d'être replié sur lui-même et de «puiser
son inspiration dans son propre bassin d'œuvres dramatiques» pour s'ouvrir
définitivement au monde et s'inscrire au cœur de la planète. C'est aussi un
cinéma qui cesserait de ne déployer qu'«une esthétique en phase avec son niveau
de développement artistique et ses moyens financiers limités». Un cinéma qui
serait définitivement d'envergure internationale, en misant sur des fonds
publics distribués bien autrement qu'ils ne le sont actuellement et sur le
principe de la coproduction internationale. Un cinéma du grand contexte, selon
l'expression inventée par Milan Kundera, c'est un cinéma qui ne tente plus de
seulement se situer dans «l'histoire de sa nation» mais bien dans «l'histoire
supranationale de son art».
Eh bien moi, je plaide aussi pour un
théâtre du grand contexte.
Si le théâtre québécois a abandonné depuis
longtemps les thèmes nationalistes pour se tourner vers le monde et vers une
parole plus universelle, au grand désespoir de certains nostalgiques, bon
nombre de créateurs font encore, en termes esthétiques, du théâtre de petit
contexte. C'est dû, bien sûr, aux contraintes de création dictées par nos
institutions, au manque de temps et d'argent pour aller au bout des
propositions, mais l'évidence est que le théâtre québécois souffre grandement
d'une sorte d'uniformité esthétique. Dans un article de l'ouvrage Le Théâtre
québécois 1975-1995 (sous la direction de Dominique
Lafon), l'auteur Gilbert David affirme même que
cette «uniformisation esthétisante de la représentation théâtrale entraîne,
d'une manière plus insidieuse, le plafonnement de la pensée artistique.»
Il suffit de voir quelques spectacles en
Europe ou même de s'intéresser à la scène européenne à distance, en visionnant
des extraits vidéo et en lisant sur le théâtre contemporain européen, pour
constater que bien des spectacles québécois manquent d'envergure et perdraient
toute signification si on les sortait de leur petit contexte national. Ce
qui, avouons-le, est bien triste. Il est temps pour les artistes et les
critiques québécois d'ouvrir leurs yeux et leurs oreilles sur le théâtre
d'ailleurs, et d'en tenir compte dans leur pratique et leurs revendications
auprès des gouvernements. Pour que le théâtre québécois compte vraiment. Pour
qu'il nous stimule et stimule les autres, et qu'il interroge notre collectivité
sans la cloisonner. Pour que nos productions, enfin, cessent d'être des
produits rapidement fabriqués, consommés et oubliés et deviennent des œuvres
durables et nécessaires.
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Denis Bernard et La Licorne nouvelle
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En complément de mon article de cette semaine sur La dizaine
des auteurs à La Licorne, je vous offre des bribes supplémentaires d'entretien
avec le directeur artistique Denis Bernard. On y parle des grands rêves qui
l'habitent, de l'avenir de La Licorne et de la configuration du nouveau lieu.
Parathéâtre: À part le montage financier, on ne sait encore
presque rien du projet d'agrandissement et de rénovation. Pouvez-vous nous en
dire plus sur la configuration des lieux?
Denis Bernard: Il est tôt pour dire quoi que ce soit, les
plans sont encore en travail, mais on a plein de beaux rêves que je me fais un
plaisir de partager. La chose la plus importante, c'est de conserver l'intimité
de La Licorne, de ne pas trop modifier le rapport scène/salle privilégié qu'on
a ici. Ne rien sacrifier à l'acoustique et à la rencontre privilégiée qui
s'opère chaque fois entre les acteurs et le public. Ça va rester dans les mêmes
proportions. On sait que ce sera une salle à géométrie variable d'une moyenne
de 180 places, et que la Petite Licorne, selon le même principe, pourra
accueillir en moyenne 90 places (la capacité actuelle est de 60 spectateurs
bien tassés).
Parathéâtre : La Licorne idéale, elle ressemblerait à quoi?
Denis Bernard: La Licorne, c'est l'endroit où tu viens
prendre des nouvelles de toi-même. Je ne veux pas que ce soit une forteresse
culturelle, mais un lieu où ça passe, où l'on entre et sort, où y'a du
mouvement. J'imagine de grandes portes coulissantes pour qu'on puisse être rapidement
sur le trottoir, s'inscrire dans le quartier. Il faut se départir de ce
corridor à l'entrée qui expulse les spectateurs comme dans un entonnoir à la
sortie des spectacles. Il faut que le hall d'entrée soit grand et convivial,
qu'il attire une certaine faune urbaine, et pourquoi pas un lieu dans lequel on
pourrait bouquiner ou consulter des documents? Je ne sais pas, mais j'y
pense. Je n'ai toutefois pas envie
que ce soit un lieu branché; La Licorne a toujours été un lieu d'une grande
simplicité. Chaleureux, convivial, mais pas branché. Surtout pas.
Parathéâtre: À quoi ce nouveau lieu vous fait-il rêver en
tant que directeur artistique?
Denis Bernard: Mon babillard est rempli de projets, je suis
au stade de l'envie et du désir, et il n'est pas question que je boude ce
plaisir-là pour l'instant. Ces temps-ci je dévore tout ce qui me passe par la
main, je vais voir du théâtre, j'en lis, j'en discute. Je lis du mauvais comme
du bon, je vais voir des shows à Québec et même à Saskatoon. La saison prochaine
est déjà construite, elle sera aussi partiellement en itinérance, mais le plus
excitant c'est qu'on a pu construire cette saison-là en imaginant la saison
2011-2012, qui est très excitante parce qu'elle sera celle du nouveau
lieu. Comme les deux salles seront indépendantes l'unes de l'autre, elles pourront
toujours accueillir des spectacles en même temps. On parle donc d'un meilleur
accès pour les jeunes compagnies indépendantes à la Petite Licorne, assurément.
Parathéâtre: Y-a-t-il dans l'air des projets de grande
envergure dont vous auriez envie de nous parler?
Denis Bernard: On va continuer à travailler avec le
Traveler's Theatre d'Edimbourg, avec qui on développe un partenariat depuis
plusieurs années, qui nous a permis de traduire et monter des auteurs anglais,
irlandais et écossais. On ne sait jamais, on pourrait songer à une véritable
coproduction un jour, ou à un échange de spectacles. Ça peut prendre plusieurs
formes, mais en ce moment je rêve de faire avancer la relation qu'on a
développée avec eux. Le nouveau lieu me donne envie d'y croire. Il faut rêver.
Parathéâtre: On vous sent soucieux de poursuivre le travail
enclenché par votre prédécesseur Jean-Denis Leduc, de vous inscrire dans la
route qu'il a tracée. En quoi les prochaines saisons porteront votre griffe?
Denis Bernard: Je voudrais qu'on s'éloigne un peu des solos
avec des personnages trash la seringue dans le bras qui nous racontent leurs
déboires. Il y a eu de magnifiques spectacles sur ce modèle-là ici, mais je
pense qu'on gagnerait à ailler ailleurs. Le caractère direct et frontal des
spectacles de La Licorne m'intéresse toujours, mais je voudrais briser un peu
ça pour favoriser des projets qui proposent une théâtralité différente,
d'allier le coup de poing à la poésie, si on veut.
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Prix de la critique: qu'en pensez-vous?
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L'Association québécoise des critiques de théâtre, présidée par mon collègue de Voir Christian Saint-Pierre, annonçait hier les lauréats des prix de la critique pour la saison théâtrale 2008-2009. À Montréal, la pièce BOB, de René-Daniel Dubois dans une mise en scène de René-Richard Cyr, a récolté les honneurs, alors que les collègues de Québec ont couronné le parcours théâtral Où tu vas quand tu dors en marchant..? de Frédéric Dubois.
Je ne vous cacherai pas que les délibérations des critiques montréalais ont été houleuses et que, malgré un nombre de votes très élevé en faveur de Bob, les défenseurs du Complexe de Thénardier (Théâtre Ubu-Denis Marleau), ont vivement fait entendre leurs voix. Il est vrai que le spectacle de Marleau était rempli de qualités et qu'on y jouissait encore une fois de sa très fine et très précise direction d'acteurs, comme de l'interprétation fulgurante de Christiane Pasquier, nous donnant à voir et entendre le texte de José Pliya dans ses multiples couches de sens. Mais Bob, ce texte foisonnant, romantique, fougueux et totalement ancré dans le tissu social, a séduit les critiques par sa diversité, sa pertinence, son engagement, sa manière toute singulière de questionner la théâtralité et l'énergie frémissante de ses jeunes acteurs (Benoît McGinnis et Etienne Pilon). Il a remporté la palme malgré les quelques bémols reconnus par tous, en particulier l'utilisation déficiente de la vidéo. Un choix déchirant.
Je n'étais pas aux délibérations des critiques de Québec, mais je parie que les discussions ont été tout aussi douloureuses. Comment renoncer à souligner l'extrême pertinence et l'intelligence de la mise en scène de Martin Faucher de l'Asile de la pureté de Claude Gauvreau? Il y avait là une vraie relecture de l'œuvre, et un séduisant pari esthétique. Je n'ai pas vu Où tu vas quand tu dors en marchant...?, mais les critiques de la Vieille Capitale y ont reconnu un louable effort de démocratisation de l'art et un rafraîchissant désir d'amener le théâtre vers le monde.
Comme quoi on adore quand le théâtre nous parle de notre société et interroge la collectivité que nous formons. Qu'en pensez-vous? D'accord ou non avec les choix de l'AQCT ?
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Carole Fréchette en version Martinique
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On ne cesse de le répéter: la dramaturge Carole Fréchette
est l'une de nos auteures dramatiques les plus traduites et les plus jouées à
travers le monde. Mais rares sont les occasions de s'intéresser, à partir du Québec, aux productions
étrangères de ses textes. Je vous propose donc de lire une
critique d'Alvina Ruprecht, qui a vu cet été au Off Avignon une production du
Collier d'Hélène par des artistes d'origine martiniquaise.
Une occasion en or de jeter un œil à la toute nouvelle revue
web de l'Association internationale des critiques de théâtre (AICT), Critical
Stages/Scènes critiques. Une revue
qui, selon le président de l'AICT Yun-Cheol Kim, «deviendra une des meilleures
ressources, un des périodiques de théâtre les plus instructifs et pertinents
dans le monde, compte tenu du fait qu'elle dispose d'un riche bassin de
collaborateurs dans tous les coins du globe.» Bonne lecture!
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Rire à tout prix - la suite
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Mon dernier billet (à relire ici) a vivement intéressé Fabien Cloutier. S'il n'est pas prêt à affirmer que le rire soit une fuite et une manière d'éviter la réflexion, comme je l'insinuais, il partage en partie mes inquiétudes sur l'anti-intellectualisme québécois. Je vous transmets la réflexion qu'il m'a fait parvenir à ce sujet, pour alimenter la discussion.
Philippe,
Le québécois aime rire, oui. Rit-il trop ? Je ne crois pas. Rit-il pour éviter de voir certaines réalités ? J’ose croire que non.
Qu’un humoriste fasse un humour qui n’a aucun autre but que de faire rire, je n’ai aucun problème avec ça. Il fait de l’humour comme il le veut. L’artiste est libre. Moi, l’émission «Les Gags» de Juste Pour Rire, je trouve ça drôle. Une madame qui fait un saut, un monsieur qui se ramasse en face d’une police weird, ou un passant qui brette en surveillant un faux chien, ça me fait rire. J’écoute ça sans une seule autre intention. Est-ce que je mets ça dans mon agenda pour être sûr de ne pas le manquer ? Non.
Ce qui est désolant, comme je te disais, c’est l’espace qu’on laisse aux autres discours. Soyons clairs, je ne demande pas à l’humoriste de dire: «Invite-moi pas à ton émission, invite Wajdi Mouawad !». On lui offre un espace de parole, il le prend. Je ferais la même chose.
Je ne suis pas certain que l’anti-intellectualisme québécois soit une cause ou un effet de notre désir de rire. On pourrait se lancer dans une longue discussion mais je vais tenter de faire ça court.
Je crois que, bien que la société québécoise ait fait de grands pas au fils des ans, le fameux «né pour un p’tit pain» vivote encore chez plusieurs. Le canadien-français a lui aussi maintenant sa grosse maison, ses beaux complets pis sa tondeuse qui avance tout seul, mais l’intellectualisme, on se dit un peu que ce n’est pas pour nous. Le gars fait de belles phrases et a une pensée précise, c’est un frais-chier. Y’a yinque à parler comme nous aut’s !
On aime donc ça quand quelqu’un parle la «langue du peuple». On aime donc ça quand quelqu’un peut nous donner son point de vue sur les accommodements raisonnables en seulement quinze secondes parce que ça va donner le temps à la fille de météo de pas juste nous dire la température, mais aussi qu’il faut s’habiller chaudement, qu’il faut tousser dans sa manche pis qu’y fait 42 à Puerto Plata. Et si on se questionne pas trop longtemps sur notre immobilisme politique, on pourra faire un éditorial, un débat et recevoir vos commentaire via le web, sur l’humiliante défaite de la sacro-sainte-flanelle pendant une grosse demie-heure et ce, tous les jours.
Alors quand vous venez voir Scotstown, réagissez. Comme vous le voulez, mais réagissez.
Fabien Cloutier
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Rire à tout prix
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J'étais hier à la première de Scotstown, le spectacle solo
de Fabien Cloutier à La Licorne. La pièce est drôle, par moments. Mais elle est
aussi grave, et nous présente une sombre facette du Québec rural, ce Québec
raciste et homophobe qu'on refuse trop souvent de regarder en face.
Dans la salle, sans cesse, des rires démesurés, grossiers et artificiels.
C'était soir de première, évidemment, et la salle était remplie d'amis de
l'artiste, de journalistes et de gens du milieu, ce qui donne souvent lieu à des
dérives et des excès d'enthousiasme que l'on s'explique assez bien dans ce
contexte. Mais ces rires-là, souvent dérangeants, sont le reflet d'une tendance
bien implantée du public de théâtre québécois: la fuite dans un rire excessif
pour déjouer la gravité des propos et la profondeur du discours qu'on leur
sert. Comme si le théâtre, même si l'on reconnaît son exigence, n'avait pas le
droit de ne pas être drôle dans notre société dominée par l'humour et
l'anti-intellectualisme. J'aime bien rire moi aussi, mais pourquoi sommes-nous
si incapables de rire avec intelligence? Pourquoi n'arrivons-nous pas à
recevoir le drame, la tragédie, les textes coups-de-poing ou les paroles
sérieuses pour ce qu'elles sont, sans toujours les désamorcer par l'humour?
Vous me trouverez désagréable, sans doute, de frapper sur ce
qui fait de nous des êtres sympathiques et agréables: notre légendaire humour
et notre si grande convivialité. Mais il me semble que même l'humour est
destructeur dans certains contextes.
En entrevue, Fabien Cloutier me disait justement son
désarroi de voir qu'au Québec, «on rit à toutes les sauces. Les humoristes
prennent beaucoup de place dans l'espace public, évidemment au détriment des
intellectuels et des artistes, ou même d'autres gens qui portent un autre type
de discours. Le rire est pourtant une arme intellectuelle redoutable lorsqu'il
est provoqué de manière intelligente.»
Qu'en pensez-vous?
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Marie-Thérèse Fortin se fâche
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Longue absence sur ce blogue. J'ai eu un horaire très occupé, il faut me pardonner.
Je vous propose d'ailleurs un petit retour en arrière. Il y a un peu plus d'un mois, j'écrivais ici que, sur papier, la saison théâtrale ne m'enthousiasmait pas. Et que je me demandais si le Théâtre d'Aujourd'hui respectait bien sa mission cette année. Ce qui m'a valu une rencontre fort animée avec Marie-Thérèse Fortin, directrice artistique du Théâtre d'Aujourd'hui. «Attaquer la mission du théâtre, c'était aller un peu trop loin», m'a-t-elle dit, me demandant de préciser mon propos. Sur le site web de l'institution, l'énoncé de mission précise que «le Théâtre d'Aujourd'hui est un théâtre d'auteurs où le texte dramatique constitue à la fois le point de départ et le centre des projets artistiques. Le Théâtre d'Aujourd'hui se consacre exclusivement à la création, la production et la diffusion de la dramaturgie québécoise et canadienne d'expression française.»
Petit résumé de notre échange en 4 idées-force, sous forme de dialogue. C'est un peu long pour un blogue, mais je suis certain que vous lirez jusqu'au bout. Vous me direz ce que vous en pensez.
1. DES AUTEURS QUI N'EN SONT PAS TOUT À FAIT
Parathéâtre: À mon avis, la première partie de l'énoncé n'est pas totalement respectée cette année. Peut-on dire que le spectacle de Manon Lussier, Un suaire en saran wrap, trouve son point de départ dans le texte? Il s'agit plutôt d'un projet de création solo bâti par improvisations sur le plateau et dans lequel le texte n'est pas nécessairement à l'origine des autres éléments scéniques. La comédienne, du moins, me disait en entrevue ne pas se considérer comme une auteure. On pourrait dire la même chose du Théâtre du Sous-Marin Jaune, qui propose une adaptation des essais de Montaigne crée spécialement pour ce spectacle de marionnettes. N'est-il pas important que le seul lieu se consacrant à un véritable théâtre d'auteurs ne perde pas de vue l'idée que le texte soit au centre des productions d'une saison ?
Marie Thérèse Fortin : Au moment de sélectionner ces deux projets, j'ai bel et bien lu de véritables textes dramatiques et reconnu des voix d'auteurs. C'est une question de perception. Le Théâtre d'Aujourd'hui est ancré dans son époque et suit les mutations de la forme dramatique, qui est de plus en plus rarement le fruit du travail d'un auteur en solo et se conjugue de plus en plus avec le travail de répétitions. N'est-ce pas ainsi que travaille Wajdi Mouawad, dont on ne remet pourtant pas en question la qualité des textes ?
2. MENER LA DRAMATURGIE QUÉBÉCOISE VERS LE HAUT
Parathéâtre: Rien n'indique dans l'énoncé de mission que le Théâtre d'Aujourd'hui doit se consacrer aux auteurs les plus influents ou à ceux qui propulsent la création dramatique québécoise vers les plus hauts sommets. Mais dans mon interprétation de la chose, on ne se consacre pas à la dramaturgie québécoise sans avoir le souci de la remettre en question et de favoriser son élévation. Il ne s'agit pas là d'une attaque en règle contre les auteurs de cette saison, qui font tous un travail honnête et sensible, mais je constate que les auteurs les plus soucieux de renouveler la forme dramatique ne sont pas créés au Théâtre d'Aujourd'hui cette année, à quelques exceptions près.
Marie-Thérèse Fortin: On ne peut pas tous faire du théâtre d'avant-garde. J'ai le souci de donner la parole à des artistes dont je respecte le travail et dont l'écriture m'apparaît de grande qualité, comme Robert Claing, Lise Vaillancourt et Jennifer Tremblay, dont vous ne pouvez pas juger le travail avant d'avoir lu leurs textes. Je crois aussi que la mission du Théâtre est de donner un nouveau souffle au répertoire québécois. C'est ce que je fais avec la comédie musicale Belles-Sœurs cette année. Je sais que ce projet ne plaira pas à tout le monde, qu'on remettra en question la nature artistique de ce choix et qu'on m'accusera de répondre plutôt à des exigences de commercialisation. Mais je crois profondément que ce spectacle fera découvrir cette œuvre-phare de notre dramaturgie à un tout nouveau public, plus jeune, qui ne connaît malheureusement rien de notre histoire théâtrale.
3. LA DIASPORA DES AUTEURS QUÉBÉCOIS
Marie-Thérèse Fortin : Je trouve que votre commentaire ne prend pas en considération une tonne de facteurs inhérents au travail de directeur artistique et aux contraintes imposées à une institution comme le Théâtre d'Aujourd'hui. Il y a des spectacles, comme le nouveau texte de Wajdi Mouawad que vous citez dans votre billet (Ciels), qu'il n'est tout simplement pas possible de présenter pour des raisons techniques et financières. Et puis croyez-vous que je ne suis pas en dialogue constant avec la plupart des auteurs québécois et que je ne garde pas un œil sur l'ensemble de la création? Il y a des textes, comme la plus récente pièce de Sébastien Harrison, que j'ai reçue et que j'ai réorientée vers le Théâtre Jean Duceppe parce que je considérais qu'elle y correspondait mieux. Je ne parle pas à tout le monde, mais je suis en contact avec plusieurs autres directeurs artistiques et nous travaillons souvent de pair. Tous les textes québécois ne sont pas destinés au Théâtre d'Aujourd'hui.
Parathéâtre : Certes. Il ne fallait pas prendre mon commentaire pour ce qu'il n'est pas - il s'agit d'un regard porté sur une seule saison, et qui ne doit pas nécessairement être projeté sur les saisons antérieures ou futures. Mais n'est-il pas du devoir de l'institution de récupérer les textes et les auteurs les plus intéressants même si les autres théâtres s'y intéressent? Ne faudrait-il pas insister pour que le Théâtre d'Aujourd'hui demeure le lieu de l'excellence de la dramaturgie québécoise, le reflet de ce qui se fait de mieux chez nous, le théâtre où l'on se rendrait en premier lieu pour découvrir des textes québécois? Cette année, on est plutôt portés vers La Chapelle, le TNM ou l'Espace Libre. Prenons un exemple précis. L'Affiche, spectacle de Philippe Ducros, ce jeune auteur dont on vante partout les mérites et dont le texte fera grand bruit, sera présenté à l'Espace Libre. Il y a pourtant là un texte de qualité, centré sur la parole d'un auteur, et qu'on aurait pu s'attendre à retrouver au Théâtre d'Aujourd'hui.
Marie-Thérèse Fortin: Il y a des propos qu'en tant que directrice artistique je ne peux pas assumer. Je considère que mon rôle doit aller jusque là, et la pièce de Philippe Ducros traite d'une réalité complexe, le conflit israélo-palestinien, à travers une prise de position que je ne suis pas capable d'endosser.
Parathéâtre: Vraiment? Le rôle d'un directeur artistique n'est-il pas plutôt de militer pour la liberté de prise de parole des artistes et de permettre l'expression de plusieurs discours lorsqu'ils sont portés par une démarche artistique forte? Vous croyez que les spectateurs interprètent que les prises de position des auteurs sont nécessairement celles des directeurs artistiques qui les ont programmés ? C'est un peu fort.
Marie-Thérèse Fortin : Vous seriez surpris de voir à quel point la plupart des gens font ce lien entre le propos d'une pièce et l'institution qui la présente. Je crois vraiment que mes choix en tant que directrice artistique ne sont pas dissociés de mon rôle de citoyenne et de l'inscription du Théâtre d'Aujourd'hui dans sa société.
4. LA QUESTION DU PUBLIC
Marie-Thérèse Fortin: Il ne faut pas négliger la question du public, le dialogue que nous tentons d'entretenir avec notre public.
Parathéâtre: C'est une question très complexe. Doit-on, en effet, toujours s'adresser à un public précis? J'ai tendance à croire, de façon peut-être bien naïve, que les artistes les plus intéressants sont ceux qui créent en toute liberté, sans craindre que le public ne les suive pas, sans prendre le public pour des imbéciles et sans se censurer. Vous programmez vous-mêmes les spectacles de Christian Lapointe, qui est à mon avis ce genre d'artiste déterminé à créer sans réduire son propos ou son esthétique à ce qu'il sait que le public veut voir. Il gagne d'ailleurs toujours de plus en plus d'adeptes et d'estime. Il s'est engagé dans une démarche à long terme, et même si ses salles ne sont pas pleines, il est de plus en plus incontournable. Non ?
Marie-Thérèse Fortin : Effectivement, j'accueille toujours Christian Lapointe avec joie, mais je ne vous cacherai pas que je suis moi-même très ambivalente face à son travail. Le Théâtre d'Aujourd'hui ne peut pas se consacrer totalement à ce genre de créations. Christian Lapointe me trouble et je suis toujours secouée par ses spectacles, que je suis loin d'être certaine d'aimer. Et, très honnêtement, je ne suis pas certaine que cette posture d'artiste affranchi et libre pourra perdurer. Combien de temps restera-t-il dans cet état d'esprit? Je ne sais pas. Je dois me soucier de développement de public, car la posture contraire n'est pas viable. Mais c'est effectivement une question complexe, qui dépasse notre propos actuel.
Parathéâtre : Effectivement. On y reviendra une prochaine fois, peut-être...
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Schwartz pour tout le monde
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J'étais hier soir à la deuxième représentation des Chroniques d'Emmanuel Schwartz au Théâtre La Chapelle. Spectacle fort intéressant, et je peux déjà vous dire que la rencontre des univers de Schwartz et du metteur en scène Jérémie Niel, qui s'attaque à la dernière des trois pièces de la soirée, est très concluante. Je laisse le soin à mon collègue Christian Saint-Pierre de critiquer le spectacle en bonne et dûe forme (à lire jeudi prochain), mais en attendant je vous propose quelques images en apéritif.
Schwartz me disait il n'y a pas si longtemps qu'il s'intéresse beaucoup à la documentation et l'archivage des processus de création. Qu'il cherche des moyens de laisser des traces de ses répétitions, de faire un pied de nez à l'éphémérité du théâtre et de porter un regard sur son travail après coup, avec le recul et la perspective nécessaires à la réflexion et la remise en question. ll a choisi, pour l'instant, la voie de l'image. Vous pouvez regarder ici le documentaire photographique réalisé par Ulysse Lemerise Bouchard pendant la mise en oeuvre de Chroniques. De très jolis clichés.
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Christian Lapointe cherche parole citoyenne
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«Un phénomène, un artiste au sens le plus fort du terme, un
de ceux qui n'ont jamais appris l'usage du compromis et de la demi-mesure»,
écrivait mon collègue Christian St-Pierre l'an dernier dans nos pages. À Voir,
on ne peut plus le cacher, on aime Christian Lapointe. On aime sa radicalité,
sa rage de dire, sa soif de liberté artistique, sa rigueur et son vif regard
sur le monde. Pour les dix ans de sa compagnie, le Théâtre Péril, il vous
invite à prendre parole. On ne pouvait pas ne pas vous transmettre son
invitation.
En lui écrivant, vous pourriez influencer l'une des prochaines créations de la
compagnie, en plus de voir votre parole publiée dans Le Souffleur, un cahier
d'accompagnement pour le spectacle Limbes, mais qui comportera aussi un «volet
traçant le parcours du Théâtre Péril depuis ses débuts : bilan artistique,
théâtrographie, témoignages et autres, en plus d'un volet qui pose des
questions sur la nécessité du théâtre et sur les enjeux du 21e siècle auxquels
le théâtre sera confronté. Autour d'une table ronde, Christian Lapointe avec
d'autres hommes et femmes de théâtre se questionnent sur ces enjeux et sur le
théâtre d'art.»
Voici donc l'appel de paroles lancé par Christian Lapointe :
Alors que notre théâtre fête ses dix ans, nous nous
questionnons sur les enjeux de notre société, sur les préoccupations de notre
vie, nous regardons ce siècle qui débute et nous nous inquiétons sur notre
futur et celui de nos enfants. Qu'est-ce qui nous attend ?
Nous nous interrogeons sur la manière avec laquelle nous
voudrons continuer à créer et à faire du théâtre. Nous nous posons des
questions sur les thèmes qu'il faut aborder sur scène, quoi dire, de quoi
parler, comment et pourquoi ? Avec qui ? Pour qui ?
À la recherche d'une parole citoyenne et engagée, nous avons
décidé de nous adresser à vous et de vous demander de nous souffler dans
l'oreille vos préoccupations, vos inquiétudes, vos espoirs et vos questions, de
nous dire qu'est-ce qui vous semble nécessaire et urgent d'être exprimé au
théâtre ? Écrivez nous en un mot,
en une phrase, en un poème...peu importe...tracez nous un dessin, une carte
géographique...peu importe...
Dites-nous ce dont vous avez besoin et envie de voir et
d'entendre au théâtre. Qu'est-ce qui manque d'être vu, dit et entendu ? Quels
sont les enjeux de notre 21e siècle ? Ses problèmes ? Qu'est-ce qui vous
interpelle, vous touche et vous dérange dans la vie de tous les jours ?
Qu'est-ce qui vous laisse ravis, heureux et capables de rêver ?
Écrivez nous sur : info@theatreperil.com
Votre parole citoyenne nous sera utile et source
d'inspiration pour nos projets à venir... Votre parole citoyenne sera un dialogue entre nous tous
citoyens de cette modernité...
Merci pour votre parole et votre collaboration...
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Le théâtre c'est nul
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Lu ce weekend sur La clique du plateau :
«Soyons clair: on aime bien le journal Voir, mais nous dans
le journal quand on arrive à la section théâtre, ben on tourne la page. Donc
là, quand on entend parler de théâtre à la télé c'est long pas à peu près!»
Misère !
C'est dit un peu crûment, mais c'est bel et bien ce que
pensent une bonne partie des jeunes adultes montréalais (et sûrement ceux de Québec et d'ailleurs), même les plus
assoiffés de culture. On les rencontre dans les concerts, dans les expositions. Ils se précipitent sur le nouveau
Beigbeder et courent au cinéma pour voir le nouveau Almodovar. Mais ils ne
vont pas au théâtre. Trop ringard, trop bourgeois, trop lourd, trop exigeant,
ou que sais-je encore ?
J'exagère un peu, mais à peine. Le milieu théâtral ne s'en
plaint pas trop, après tout les salles sont relativement pleines. Mais il
suffit de parler avec quelques artistes de la relève pour sentir que le malaise
existe. Justin Laramée, du Théâtre Qui Va Là, le disait récemment dans une
causerie sur l'avenir du théâtre québécois: «Les gens cultivés, les
jeunes adultes à l'affût de l'ébullition, ceux qui courent les expos et sont
branchés sur la création contemporaine, ils ne vont pas au théâtre. Je ne sais
pas pourquoi, mais c'est vraiment un art qui ne les intéresse pas.»
Je suis moi-même très critique envers le théâtre québécois,
qui manque définitivement de moyens pour exploser et rayonner à sa juste
valeur, et manque aussi parfois d'audace et d'exigence envers lui-même. Mais il
s'y produit pourtant très souvent des miracles. Alors je m'explique mal cette mauvaise
réputation. Ça me désespère, à vrai dire.
Les gens de la Clique du Plateau peuvent peut-être nous
expliquer, avec des arguments plus fouillés, il est où le problème du théâtre
québécois ? Je serais preneur.
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Je me gangbang
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Ce n'est pas mon habitude, mais je me permets ici un peu d'autopromo. Car voyez-vous, en même temps que toute l'effervescence liée à la nouvelle émission Voir à Télé-Québec, je fais aussi un pas dans le monde des médias électroniques. Je suis le nouveau collaborateur de l'émission GANGBANG à cibl, diffusée tous les vendredis soirs à 20h. Dans mon cas, ce sera une chronique bimensuelle, mais je vous invite à syntoniser l'émission chaque semaine pour rester à l'affût de la scène culturelle montréalaise et écouter les chroniques avisées de mes collaborateurs Jordan Dupuis, Marie-Paule Grimaldi, Caroline Rousse, Marc-André Mongrain et Julie Drolet. Il y aura aussi cette année une chronique occasionnelle de la star du soft porn Ariel Rebel, histoire de rester à l'affût des événements érotiques qui prennent régulièrement d'assaut la métropole. Le slogan de GANGBANG, votre coït culturel hebdomadaire, n'aura jamais été aussi approprié. Tout ça se déroule bien sûr dans une ambiance très conviviale, pour ne pas dire légèrement artisanale. Et, dans mon cas, dans un esprit critique, nuancé, non-complaisant et je l'espère, constructif et instructif.
Les détails concernant l'émission sont sur myspace et twitter. Nouveau site web à venir...
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Le théâtre et l'indifférence
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Septembre. Vous tenez peut-être entre votre mains le spécial rentrée de Voir. J'y ai écrit que la scène «grouille de partout» cet automne. C'est vrai à cause du nombre de productions à l'affiche, en constante progression à mesure que de jeunes compagnies se jettent à l'eau. C'est vrai aussi à cause de cette tendance à débuter la saison quelques semaines plus tôt, parfois dès la mi-août, pour laisser la place à un spectacle supplémentaire. C'est vrai, finalement, à cause du grand nombre de créations québécoises, que mon collègue Christian St-Pierre répertorie pour vous dans l'encadré qui suit mon article.
La scène grouille, mais ça ne veut pas pour autant dire que la saison est des plus réjouissantes. Si vous me permettez un coup de gueule, j'oserais affirmer que cette saison théâtrale me laisse un peu indifférent. Bon, on ne sait jamais ce que nous réservent les metteurs en scène et je crois qu'il vaut assurément la peine de se déplacer pour aller voir. Mais je me demande entre autres si cette année, le Théâtre d'Aujourd'hui remplit sa mission. Exception faite de Fanny Britt et Christian Lapointe, qui sont de moins en moins associés à la relève (heureusement!), les auteurs les plus prometteurs de la jeune génération n'y sont pas. Ils sont, comme Emmanuel Schwartz, au Théâtre La Chapelle, ou comme Etienne Lepage et Philippe Ducros, à l'Espace Go, Aux Écuries et à l'Espace Libre. Les auteurs établis mais plongés dans de constantes remises en question de leur art, ceux-là même qui font avancer la pratique théâtrale d'ici et la font voir aux quatre coins de la planète, comme Daniel Danis ou Wajdi Mouawad, n'y sont pas non plus. Pour voir la nouvelle version de Littoral et la première canadienne de Ciels, entre autres, il faudra aller à Ottawa ou attendre l'an prochain. Soyons patients. Quant à la comédie musicale Belles-Sœurs, je n'ose pas trop en parler. Il faudra voir avant de se prononcer.
Au TNM, on ira voir avec joie Blackbird (bravo pour cette trop rare invitation à une troupe étrangère dans l'une de nos institutions), ainsi que le nouveau texte d'Evelyne de la Chenelière (L'Imposture), et même la mise en scène du Huis-Clos de Sartre par Lorraine Pintal. Mais il y a aussi un Shakespeare et un Molière que les metteurs en scène René-Richard Cyr et Benoît Brière semblent vouloir monter dans un esprit festif, avec de grosses distributions et beaucoup de faste. Rien pour nous laisser croire qu'on apprendra quelque chose de nouveau sur ces œuvres fondamentales. Pour les véritables relectures, on repassera.
L'Espace Libre est fidèle à lui-même, on y prend toujours un risque, et c'est bien. Mais rien de bien notable, il me semble, excepté la pièce de Philippe Ducros, L'Affiche, qui attire ma curiosité à cause de son parti-pris très politique. Chez Duceppe, le choix d'une saison entièrement composée de créations québécoises est bienvenu, mais on se doute que la compagnie ne changera rien à son habitude de présenter des mises en scènes très conventionnelles. Toujours de qualité, mais rarement mémorable.
Tout le monde l'a décrié ces derniers jours: il y a beaucoup de reprises. Je ne veux pas trop m'en plaindre, parce que c'est signe que certaines créations québécoises arrivent à prolonger leur durée de vie, et c'est une très bonne nouvelle pour l'ensemble du milieu et des spectateurs, qui ne sont pas tous au théâtre chaque soir comme les critiques ou les mordus. Mais c'est vrai qu'à La Licorne, là même où se produisent habituellement certains de nos plus grands chocs théâtraux, le nombre de reprises frôle l'indécence. Même chose à l'Usine C. Passons.
Heureusement il y a l'Espace Go, toujours une valeur sûre. Et le réseau des petites salles, regroupées dans le livret Cartes Premières, qui nous proposera assurément de bonnes surprises et d'amères déceptions, mais dont la plupart des propositions m'allument. Il y a là de bons textes contemporains, trop souvent ignorés par les grandes institutions, comme La Campagne de Martin Crimp ou Crises de Lars Norén, et aussi de nouveaux noms qu'on a envie de surveiller, comme Louis-Karl Tremblay du Théâtre Point d'Orgue, qui monte les Troyennes de Sartre au Bain St-Michel.
Et surtout, cette saison est revigorée par le Théâtre La Chapelle. Non seulement le petit théâtre de la rue St-Dominique est sur le point de supplanter l'Usine C par son offre de spectacles internationaux (avec de la visite de France et des Pays-Bas), mais les propositions québécoises y sont des plus séduisantes. J'ai déjà mentionné Emmanuel Schwartz, artiste polyvalent dont les talents d'écriture nous ont été dévoilés au compte-goutte jusqu'à maintenant et ne demandent qu'à exploser. Mais je pourrais tout aussi bien nommer Peter James, Gaetan Nadeau, Nini Bélanger, Christian Lapointe (toujours lui) et Marc Beaupré. J'ai peut-être l'air de laisser de côté mon impartialité et d'être complètement vendu à la cause de La Chapelle, d'autant plus qu'ils ont abondamment utilisé d'extraits de mes critiques dans leur programme de saison, (ce qui peut donner l'impression que je suis de connivence avec eux). Je n'ai rien à voir avec leurs stratégies marketing, soyez-en assurés, et il faut aussi remarquer que chaque fois qu'un critique est ainsi cité dans un document promo, toutes les nuances de son propos disparaissent comme par magie. Je ne peux toutefois que constater la pertinence et le courage de cette programmation. Au lancement, la semaine dernière, Christian Lapointe disait au directeur artistique Jack Udashkin qu'il se sentait privilégié de créer dans un «lieu aussi libre, qui fait fi de toutes les contraintes d'entreprise culturelle habituelles.» En d'autres mots, il voulait sûrement dire qu'à la Chapelle, on fait confiance au spectateur et on lui propose des démarches radicales et nécessaires sans le prendre pour un imbécile et lui donner du pré-mâché. Il a raison, Christian Lapointe.
Bonne saison tout de même. Soyez curieux. Peut-être que je me trompe...
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