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Pierre Robitaille
Pierre Robitaille
10 juillet 2009, 7:55
Folle dé-gay-ne

Rire d'Hitler. Se pavaner à Jérusalem en pantalons ultra moulants et avec de faux boudins hassidiques. Vanter les mérites d'un show télévisé sur l'avortement à l'heure de pointe. Si. Mais se moquer du pseudo ¨Roi de la Pop¨? Nenni! Dans ce dernier défilé outrancier cousu par Sacha Baron Cohen, Brüno, un chroniqueur autrichien de la mode en disgrâce, piège La Toya Jackson pour lui extirper le numéro de portable de son illustre frérot. Le segment aurait été extirpé, in extremis, par considération pour le clan Jackson endeuillé. Ce qui suggère que la verve comique de Cohen a ses limites ou ses pudeurs. Difficile à croire cependant en regardant un pénis bavard se dandinant à l'écran ou l'une ou l'autre des facéties lubriques et provocantes formant la salace salade cococtée par Baron Cohen.

La trame narrative s'apparente à celle déjà échevelée de BORAT: un excentrique visite les USA, multiplie les bourdes et couvre de ridicule ses interlocuteurs plus caves les uns que les autres. Brüno est le troisième clown dans le répertoire de Baron Cohen, avec Ali G et Borat. De nouveau, il dissimule un esprit incisif et une langue vipérine sous un accent impossible et une succession de costumes extravagants. L'exercice paraît plus forcé cete fois, comme si Cohen et le réalisateur  Larry Charles devaient à tout prix répéter la recette gagnante BORAT. A l'évidence le procédé du faux documentaire a perdu quelque peu de son originalité. Et l'aspect cinéma-vérité de certaines séquences semble carrément suspect. 

Mais si la forme a perdu quelque peude sa fraîcheur, la bravade décapante de Cohen demeure, elle, toujours aussi réjouissante. Il démolit tel un tank rose l'affreuse bigoterie sexuelle yankee. Brüno est un personnage à la fois fascinant et repoussant, débusquant avec entrain l'homophobie et la suffisance du showbiz, des milieux évangélique et politique américain. L'humour valse entre l'enfantin (méprendre la hamas pour du hummus) et le sauvage (la rencontre avec un prétendu ¨guérisseur de gais¨). Et même la communauté LBGT pourra grimacer au spectacle de Brüno, ¨bitche¨ étourdissante, obsédée par le cul, les fringues et la notoriété. Notre Mado nationale est bien pâle à côté de B.

Toutefois, bien peu de spectateurs auront le temps ou l'énergie pour ces considérations: ils auront un oeil fermé par l'embarras et l'autre versant des larmes de plaisir.

 

   

 

 

 

 


4 juillet 2009, 8:29
Patinage artistique

Deux des acteurs les plus acclamés de notre époque. Le chasseur et le chassé. Un polar classique signé Michael Mann. Bon, assez parler de HEAT. Et que vaut le petit dernier né de Mann? Cette chronique retraçant les méfaits du gangster John Dillinger, fameux détrousseur de banques des années 30 et jolicoeur à son heure, ainsi que les efforts de J Edgar Hoover pour le traquer et le coffrer, est l'occasion d'admirer Johnny Depp en mode sérieux. Le film de Mann se veut une fresque ambitieuse de l'Amérique rongée par la Dépression, alors qu'une kyrielle de hold-up banquaires déffraient les manchettes. Cette contagion criminelle favorise la mise sur pied d'une vaste opération de lutte contre le banditisme, plus concerné par l'élimination que la justice. Par ailleurs, ces pouvoirs fédéraux risquent d'abîmer la santé des vastes revenus du jeu illégal engrangés par le crime organisé.

C'est un moment fascinant de l'histoire des USA, et Mann en capture l'allure avec brio: les autos, les complets, les buildings sont recréés avec un soin maniaque. Le film serait plus emballant, toutefois, si Mann soignait autant la connexion émotive entre ses personnages que sa direction artistique. On ressort de la séance sachant plus sur le contexte socio-politique que les motivations des héros. Le Dillinger de Depp semble poussé par un besoin généralisé de fuite en avant, sa nana, Marion Cottillard, n'est qu'une jolie esquisse, et Christian Bale ne déserre guère les machoires, dans le rôle de l'implacable et peu avenant justicier Melvin Purvis, un pâle substitut d'Elliot Ness.

Comme pour MIAMI VICE, le film patine sans jamais mordre dans la chair du drame évoqué. Mann semble avoir laissé dans la remise aux décors et accessoires l'assurance, la nuance et la finesse dramatique lui appartenant jadis.


29 juin 2009, 9:30
Il Monstro

Décrypter une énigme: c'est à cette tâche que s'emploie le cinéaste italien Paolo Sorrentino avec son troisième film, un portrait patiné mais jamais superficiel du mystérieux homme politique Giuilio Andreoti. Premier ministre Chrétien Démocrate à sept reprises des décennies 70 à 90, ce faux enfant de choeur connaîtra la crucifixion et la résurrection, il y a une dixaine d'années, lorsqu'il fut trainé devant les tribunaux à la fois pour ses liens supposés avec la Mafia et son implication directe dans l'assassinat d'un journaliste.

Peu de doute, Sorrentino n'est guère tendre à l'endroit du système judiciaire italien, son étonnant portrait, fuyant toutes les conventions du genre ciné-biographie, mixe le classique et le moderne, depuis la trame sonore (Vivaldi, Trio) à la mise en scène (Antonioni rencontre la pub automobile la plus léchée), il situe nettement Andreotti à l'épicentre d'un funeste réseau fusionnant la politique, les affaires, la religion et le crime organisé. Sulfureux et sidérant cocktail! Le montage intial farci de morts brutales, incluant celle du banquier de Dieu, Roberto Calvi, pendu au pont londonien des Blackfriars, renvoie Coppola (LE PARRAIN 3) à ses devoirs et montre l'absence de toute naïveté de la part de Sorrentino.La première partie de l'oeuvre est une brusque succession d'épisodes tirées de la vie plus récente d'Andreotti. Elle aboutit à un barrage d'accusations. La seconde partie, plus lente et solennelle, dépeint les préambules du procès, les incessants flashs des caméras mitraillant le visage impassible de l'accusé, la fermeture de son âme au faisceau de la vérité, la fascination du public pour cette star damnée. 

L'acteur Toni Servillo, déjà aperçu dans LES CONSÉQUENCES DE L'AMOUR ,du même cinéaste, donne à Andreotti l'allure d'un mort-vivant, un zombie trottinant et muet, crispé par des migraines incessantes. Entouré d'un entourage de ses créatures, il déambule à travers crises et triomphes avec une dégaine sobre, maladroite et indifférente. Mais il n'est jamais caricaturé. Une brève scène le montre écoutant la télé avec son épouse. Un instant, le masque tombe, et la personne humaine sensible, sensuelle et drôle perce.

À moins de posséder un solide baggage de connaissances en politique italiennes, les allusions à la Mafia, à la loge P2 et au cercle des nababs des affaires risquent de laisser le spectateur de marbre. La réussite de Sorrentino est dans la visualisation du récit. La narration est brillante, une chorégraphie achevée, détaillée mais peu bavarde. À l'instar de son sujet. Une délicieuse et mortelle peinture.


26 juin 2009, 8:57
Carnaval de la ferraille

Avec cette suite rutilante à son pétaradant succès original, Michael Bay, le réalisateur américain raffine un peu plus la recette de base du ¨blockbuster¨: violence virile mais peu sanglante, sexe sécuritaire et effets spéciaux décoiffants. Prétendre que REVENGE OF THE FALLEN est du bon cinéma serait sans doute compromettant, mais ce divertissement possède un tel impact brutal et consistant que le spectateur n'a que deux options: succomber, ou souffrir en silence.

La première heure est essentiellement un insolant infomercial pour super écran: une parade de jeans moulants, de produits de consommation et de gadgets ponctuée de séquences d'actions vrombissantes et de gags maladroits. Le récit anémique suit les aventures de Sam Witwicky (Shia LaBeouf) au collège, en proie à de soudaines hallucinations spasmodiques vaguement connectées à la guerre des Transformers, ces grandioses bibittes chromées.

Comme dans les délicieux films fantastiques concoctés par le studio japonnais Toho d'antan ( Ah! Mothra, Rodan et Godzilla!), l'absence de toute logique narrative n'est pas une insulte à l'intelligence ou une barrière au plaisir bon enfant. Les scénaristes ne croient sans doute pas que le public soit confit d'imbécilité et incapable de remarquer les trous béants dans l'intrigue; ils savent trop bien que le spectateur s'en fout. Et la réalisation de Bay offre quelques authentiques moments de magie filmique tels cette étonnate apparition d'un cougar métallique et le galop d'une horde de billes d'acier. Un discours pro-militaire yankee perce insidieusement ici et là mais cela ne gâte pas trop le spectacle peu civilisé de l'anéantissement complet de la Vallée des Rois en Égypte, un ballet de destruction lunatique, effronté et jouissif.

 


30 mai 2009, 5:21
Insalubre

Après avoir visionné l'alerte TERMINATOR de James Cameron -même un quart de siècle après sa sortie initiale- les interrogations crépitent en nous. N'était-il pas terriblement romantique d'envoyer un futur combattant dans le passé pour protéger la mère de la résistance -et aussi de succomber à ses attraits moins guerriers-? Existait-il un rôle plus approprié pour un culturiste autrichien que celui d'un androïde? Et qui était cette redoutable amazone capable de sauver la planète? Le nouveau TERMINATOR SALVATION, confectionné avec une bruyante mais morne efficacité par McG, le réalisateur de CHARLIE'S ANGELS, soulève d'autres questions. Depuis quand le charismatique Christian Bale, incarnant le preux John Connor, est-il devenu aussi pisse-vinaigre et moche? Où les survivants de l'holocauste nucleaire font-ils pousser leurs radits?

Le monde de 2018 est un impressionnant amas de ruines -et même Hollywood. Mais, si l'on se fie à SALVATION, la relance de franchises cinématographiques moribondes tient encore la route. De gigantesques robots jouent au ping-pong avec les quelques rescapés humains ou se desintègrent avec un entrain cacophonique. Connor aboie des ordres avec une conscientieuse monotonie et tente de localiser l'ado Kyle Reese (Anton Yelchin, qui s'amusait bien plus dans le dernier STAR TREK) et d'infiltrer le QG de Skynet. Marcus (Sam Worthington), une armoire à glace barbue, de qui on devrait se méfier, apparaît de temps à autres, promenant un air torturé et peu de conviction. Pour une raison laissée inarticulée, ces pauvres bougres du futur se consolent en écoutant des cassettes de Gun's N Roses. Et un certain gouverneur de la Californie a été ressuscité avec un petit coup de pouce informatique et, miracle, il est peigné comme en 1984. Dommage qu'on ne lui ait pas trouvé de super-héroïne pour lui donner la réplique et le taquiner un peu.


28 mai 2009, 10:30
Plus sirop que tonique

Soigneusement mis en scène mais émotivement éreintant, cette fable contemporaine concoctée par Atom Egoyan compresse maintes problématiques post 9/11, telles le terrorisme perçu comme une extension des neuroses personnelles, l'univers parallèle créé par l'Internet et le préjugé tenace engendré par la différence affirmée, dans un narratif planté en terre canadienne et évoluant avec la logique discontinue d'un puzzle.

Le mystère est moins opaque qu'il ne le paraît. Un étudiant du secondaire, Simon (troublant Devond Bostick) réagit bizzarement à un projet imposé par l'enseignante Sabine (Arsinée Khanjian). Le jeune adulte annonce sur le Web qu'il est le fiston d'un terroriste palestinien ayant persuadé sa mère de porter dans un avion en partance pour Israël un engin explosif. La vérité est moins sensationnelle, mais tout aussi pénible. Cette révélation engendre un débat rageur en ligne sur l'éthique du comportement destructeur des zélés politiques. Toutefois, si Agoyan explore avec finesse les traumatismes de l'enfance brimée, les ressorts dramatiques, qui tentent de les encadrer, tournent à vide et les violons sirupeux poussent l'ensemble dans les marais du mélodrame où s'embourbe l'intérêt et la patience du spectateur.


7 mai 2009, 9:46
Dynamisé, drôle et sexy

Avec un culot galactique, le dynamique nouvel épisode de STAR TREK débute avec le plus dispendieux échange par voie de portable de tout le cinéma. Un membre d'équipage très enceinte discute avec son conjoint, le capitaine du vaisseau, tandis qu'un engin spatial ennemi, ressemblant à une gigantesque pieuvre faite de ferraille fait feu à toute volée. Le poupon surgit, papa le baptise, avant d'être pulvérisé, du nom mythique de James Tiberius Kirk...

Les nerds et les amateurs de bonne sci-fi vont apprécier l'élégance investie par le réalisateur J.J. Abrams pour restarter cette franchise sans sombrer dans le nostalgisme facile. Abrams, responsable des succès télévisés FELICITY, ALIAS et LOST, sait comment insérer du punch au petit écran et il le transporte efficacement sur le grand. Faisant équipe avec les scénaristes Alex Kurtzman et Roberto Oci, il effectue un retour en arrière savoureux, ramenant les légendaires partenaires de l'air à l'époque de leur formation académique. Abrams privilégie une cadence alerte, qui tranche avec le rythme parfois pompeux et glacial des anciens chapitres de la saga trekkienne. Il prend le temps d'explorer les charismes et excentricités du futur équipage de l'Enterprise, les heurts et les drôleries de leur association en devenir.

On reconnaît, bien sur, ces jeunes adultes. L'impétueux, courailleur et franchement baveux Kirk (Chris Pine), et l'impénétrable et sobre Spock (Zachary Quinto, concentré) ainsi que toute la ribambelle des comparses, apprenant cocassement à faire équipe. La dualité Kirk-Spock, l'impétuosité versus la logique, fait partie des annales de la télévision. La production originale de Gene Roddenberry ne manquait pas de cran ni de résonnance, lors de sa sortie télévisuelle à l'apogée de la guerre froide et du combat pour l'intégration raciale aux USA: le vaisseau réunit les talents d'une séduisante officier des communications de race noire, un futé navigateur russe, un pilote asiatique sérieusement cool et un docteur fort en gueule. STAR TREK , dès ses débuts, fut une aventure utopique.

Abrams cultive cet esprit égalitaire dans une trame narrative un peu accessoire et farfelue impliquant un trou noir, des sauts dans l'espace-temps et une matière rouge mangeuse de planètes. Toute cette esbrouffe n'est que prétexte pour installer Kirk, le jeune coq, dans le siège du capitaine. Eric Bana, capable de menace musclée dans CHOPPER, incarne comme il peut un seigneur de la guerre romulan, mincement développé.

Mais qu'importe. Galvanisées par une ampleur visuelle épostouflante, des effets numériques convaincants et une trame sonore proprement héroïque, cette nouvelle mouture nous amène, sans aucun doute, vers des mondes nouveaux, aussi excitants que prometteurs.


1 mai 2009, 2:22
Tur-Lupineries

Le premier segment d'une série planifiée de prologues aux épisodes de X-MEN, WOLVERINE atterit sur nos écrans avec une réputation écornée: une gestation prolongée par des retouches nombreuses et publicisées et la diffusion en ligne d'un montage grossier quelques semaines avant la sortie officielle en salle. Cette version officieuse, dénuée de quelques effets spéciaux, avait reçu une volée de bois vert des quelques braves cinéphiles ayant admis l'avoir zieuté. Que dire donc du produit final?

L'intrigue est mince comme du papier de soie et étale un recyclage d'éléments familiers aux nombreux fans des X. Après avoir malencontreusement hâté le trépas de son géniteur, le jeune Logan s'enfonce dans une existence aussi tumultueuse que torturée: l'invincible Wolverine et son frérot Victor, alias Sabretooth (Liev Schrieber), sont éventuellement recrutés par l'abominable Général Stryker (Danny Huston) pour perpétrer de sales besognes d'envergure. Logan tente de fuir cette sanglante servitude mais les affreux militaires veillent au grain...

Hugh Jackman est épatant dans un rôle qui lui sied comme un gant, tranchant son petit bonhomme de chemin à travers toute une floppées de scènes d'action prévisibles mais réalisées avec compétence par Gavin Hood (TSOTSI). Le spectateur sera particulièrement saisi par le bref résumé épique du premier siècle d'entreprises guerrières de Wolverine.

Mais le script empeste le réchauffé facile. Farci de personnages secondaires peu mémorables et esquissés paresseusement. Et que dire de dialogues indignes même des bulles de bandes dessinées ou encore des références visuelles fatigées et pillées au SEIGNEUR DES ANNEAUX et à WATCHMEN. Une myriade d'acteurs de soutien, tels Schreiber et Ryan Reynolds sont gaspillés. Les effets spéciaux sans originalité, conjugués à une absence totale de suspense ou d'originalité amènent WOLVERINE à frôler le désastre.


24 avril 2009, 3:40
Bel album d'images naturelles

Avant que le canal Discovery ne nous entraîne à suivre les périls de la pêche au crabe ou les émois amoureux des requins blancs, il y eut, les boomers s'en souviendront, la passionnante époque des récits naturels du Monde Merveilleux de Disney, qui fit le ravissement de nos jeunes regards, le dimanche soir, avant les Beaux Dimanches. Le studio de Mickey tenterait-il un retour aux sources avec ce dispendieux et photogénique documentaire? La technologie s'est évidemment raffinée, mais ce portrait d'une année dans la faune et la flore respecte l'approche d'antan: les créatures luttent toujours pour survivre, les bêtes répètent les mêmes folles cabrioles.

La narration gravement articulée par James Earl Jones accompagne une parade d'images souvent époustouflantes: un essaim de lions attaquant un pachyderme, un prédateur marin bondissant dans les airs, une vison panoramique d'une horde migratoire de caribous. La nature peut être cruelle, mais Dieu qu'elle est agréable à regarder!


24 avril 2009, 10:03
Thriller journalistique plein de saveurs

STATE OF PLAY se termine par la triomphante rédaction d'un article. Déjà excité ? Derrière le clavier se tient Cal ( Russell Crowe), le vétéran un brin nerd et échevelé du Washington Globe. A ses côtés: Della, ravissante blogueuse et apprenti reporter ( Rachel McAdams), et la tranchante éditrice de Cal (Helen Mirren), enfin en possession de quelques vestiges d'éthique. L'auditoire est plongé dans l'attente. Cal, doué d'un charisme lui permettant de composer un article potable devant des témoins tranquilles, termine et se lève. Avec tact, il permet à Della de presser sur la touche ¨SEND¨. Et c'est ainsi que disparut à jamais la corruption dans la capitale américaine.

La film est un seau extra-large de popcorn gauchiste bien beurré: maintes calories inutiles mais combien délicieuses, avec un gros litre bien glacé de paranoïa politique. Le scénario de STATE OF PLAY dérive d'une substantielle série britannique, amincie par les soins d'une équipe aguerrie de scripteurs comprenant Tony Gilroy (MICHAEL CLAYTON) et Billy Ray (SHATTERED GLASS). Le résultat fort goûteux nous mène d'un scandale sexuel clintonien à l'attribution de colossaux contrats d'armements. Une ruée vers l'or initiée par la hantise soutenue de l'Islam, commente un bureaucrate véreux.

Tout ce trafficotage est enveloppé d'une patine bleu acier digne de suspenses tels ALL THE PRESIDENT`S MEN d'antan - on y retrouve d'ailleurs des scènes tournées dans un stationnement souterrain et à l' hôtel Watergate. L'aspect le plus prenant du film ne réside pas dans les ébats de conscience journalistique ou le dévoilement des détritus politiques mais bien plutôt dans l'interaction pimentée entre l'accro du Web Della et le malappris Cal.


17 avril 2009, 12:03
Ravages de l'interdit

Un quadragénaire (Gianfelice Imparato) fait la collecte des impôts ¨spéciaux¨ destinés à la pègre dans les rudes quartiers populaires de Naples. Un jeunot (Salvatore Abruzzese) rêve de faire un stage de formation parmi les gangsters locaux. Un tailleur (Salvatore Cantalupo) gère les opérations périphériques du syndicat du crime. Deux voyous avides (Marco Macor et Ciro Petrone) tentent de mettre le grappin sur une parcelle du territoire de la Mafia. Ce sont là quelques uns des personnages de la fresque de l'auteur Roberto Saviano adaptée pour le cinéma par Matteo Garrone. Chacun d'entre-eux subsistent au bas de la pyramide de la Camorra. Plus nous observons les ambitions démesurées et le désespoir cruel poussant des petites gens dans des impasses, plus la conviction de GOMORRA s'affirme. Oubliez les bada-bing spectaculaires et les bang-bang stylisés à la John Woo. Ce film trace le portrait sans fard d'une région d'Italie si infestée par la corruption qu'on ne distingue plus la chair de la charogne.

Un socialiste réaliste de longue haleine, qui ne résiste parfois pas au plaisir du grand guignol, Garrone a rarement été aussi ambitieux et il parvient à bien embrasser tout ce qu'il étreint: sa saisie habile de multiples perspective, l'équilibre de la mosaïque humaine en montre et sa déconstruction de mythes tenaces prouve que BABEL a trouvé un digne successeur. Chacune des fibres de l'intrige informe l'autre. Au dénouement, le spectateur contemple le sordide panorama de l'impact du crime organisé sur une région de la Méditerranée et sa populace. La dévastation évoquée laisse un goût de cendres en bouche.


10 avril 2009, 10:39
Plus d'esprit que de coeur

Le premier épisode de cette monumentale biographie, filmée en deux volets par Steven Soderbergh, arrive enfin sur nos écrans: austère et énigmatique mais finalement peu révélateur. Le spectateur espérant une dramatisation riche et chaleureuse, dans la veine des MOTORCYCLE DIARIES (2004) de Walter Salles vont en prendre pour leur rhume.Car ce CHE est un sec essai cinématographique, peu concerné par les motivations de son héros. Ce film montre seulement Che, le personnage public, discourant avec des convives à un repas, haranguant des soldats ou adressant les délégués aux Nations Unies.

Le long métrage est parcimonieux sur les états d'âme du militant communiste. Aucun éclairage sur ce qu'il éprouva lors de la crise des missiles, de sa renonciation à la citoyenneté cubaine, ou de sa rupture apparente avec Castro.

Cette tranche initiale s'apparente au ¨Dimanche des Rameaux¨ de son existence, son ascension glorieuse. Coulée dans un style évoquant le cinéma-vérité, l'oeuvre est une compilation de moments historiques, l'intérêt se nourrissant du cumul progressif et soigneusement agencé des interventions de Che. Sa facture sobre, sa retenue quasi-documentaire refroidissent la température dramatique. La caméra adroite de Soderbergh et la direction artistique de Juan Pedro de Gaspar créent un climat de grande authenticité. Le jeu de Del Toro m'est cependant apparu trop rude et abrupt. Le Che des actualités d'antan m'a toujours semblé plus charismatique et sophistiqué que ne laisse entrevoir Del Toro.

Malgré sa sévérité, le CHE de Soderbergh demeure une aventure massivement sérieuse et ambitieuse: une méditation sur le statut icônique du révolutionnaire. Certains seront exaspérés. D'autres seront sans doute fascinés par ce film inégal, intègre mais touffu.


3 avril 2009, 1:14
Coeur écartelé

Après nous avoir offert THE YARDS et WE OWN THE NIGHT, James Gray semblait être le moteur d'un certain renouveau du cinéma américain contemporain. Ses films bénéficiaient d'une facture sérieuse, de distributions soignées d'acteurs et du souci affirmé d'harmoniser les ramifications expressives de leur contribution. Tout cela demeure en évidence ici, ainsi que l'opacité émotive démobilisant peu à peu le spectateur.

Si TWO LOVERS est vraiment le chant du cygne de Joaquin Phoenix, il quitte honorablement l'arène du cinéma. Phoenix apporte une conviction sanguine au rôle d'un jeune homme troublé, coincé entre deux femmes fort différentes. Rebondissant après une dépression, Leonard Kraditor (Phoenix) revient à la maison de ses parents où il fait la rencontre de la fille (Vanessa Shaw) d'un collègue de son père. Cette distraction sentimentale n'empêche pas Phoenix d'être séduit par une attrayante voisine (Gwyneth Paltrow, épatante dans un registre hors de l'ordinaire), entretenue par un riche amant déjà marié.

C'est une intrigue potentiellement drôle que Gray traite avec sa gravité habituelle -inspirée par les Nuits Blanches de Dostoïevski, portées au cinéma par Visconti dans les années 50. Gray scrute le mythe romantique destructeur de la quête du bonheur idéal. Évidemment, la gentille Shaw désire prendre soin du garçon vulnérable, tandis que la tourmentée Paltrow éveille son empathie masculine, chacune des femmes correspondant à une portion de son rêve amoureux. Mais est-il vraiment plausible qu'un personnage masculin aussi constipé et indécis éveille la convoitise? La réalisation de Gray jongle adroitement avec des images d'endiguement et de libération, évoquant efficacement le drame en termes visuels. Dommage que nous avons peine à le ressentir. 


1 avril 2009, 8:41
Le cantique de la toile

Si le nom de Yolande Moreau ne remue guère de souvenirs, la bouille de l'interprète de SÉRAPHINE est aisément reconnaissable, la talentueuse comédienne ayant paré bien des confections européennes telles AMÉLIE et PARIS, JE T'AIME avec son ample carrure. Dans le gentil portrait que trace Martin Provost de la peintre à la gloire posthume Séraphine Louis, Moreau envahit tout l'écran avec sa bonhomie généreuse et c'est sa participation qui vitalise une biographie plutôt linéaire et sage, à la photographie flatteuse.

Nous croisons l'humble Séraphine, souillon et lavandière de métier, dans la pittoresque cité médiévale de Senlis en 1914. Usant de concoctions de son cru (fiole de sang de cochon, coulée de cire de lampions, racines broyées), l'artisrte clandestine donne naissances à de fastueuses natures mortes regorgeant de fleurs électriques. Par hasard, Séraphine est découverte par Wilhelm Uhde (Ulrich Tukur), imprésario et gallériste de renom. Mais la guerre puis la dépression vont étoufffer l'épanouissement de cette vibrante naïve primitive qui peint la nuit en entonnant des hymnes à la Vierge et à l'Esprit Saint. L'asile de Clermont sera son ultime cloître. Elle y termine obscurément sa vie en 1943, dans les conditions épouvantables amenées par l'occupation nazie.

Moreau mord à belles dents dans un rôle taillé sur mesure à son aplomb d'actrice, dépeignant avec la  même conviction les passions artistiques, l'innocence enjouée comme les hystéries mystiques de Séraphine. Conventionnelle dans sa forme, la réalisation de Provost est respectueuse de son sujet et l'on peut se demander ce qu'un Julian Schnabel aurait pu tirer d'une pareille excentrique.


19 mars 2009, 5:34
Sinistre sire

Les ados se sont régalés de TWILIGHT, mais il semble que les vrais vampires débarquent enfin chez-nous. Lors de la désormais illustre entrevue de 1977, Davis Frost et Richard Nixon étaient des sangsues démesurées -assoiffées de la vitalité médiatique que pouvait leur apporter leur rendez-vous. Frost -Michael Sheen- est un toupet flottant sur un charme débridé, se lèchant les babines en pensant  aux cotes d'écoute astronomiques engendrées par la confession éventuelle, et à l'heure de pointe, de Nixon. Pendant ce temps, Nixon -Frank Langella-, ¨retiré¨en Californie, perçoit la rencontre télévisée comme une bouée de sauvetage, hors de la disgrâce et du vacuum politique. Ils se voient, mettent le duel en branle, avec l'entrain de deux monstres de l'arêne médiatique prêts à tout pour briller. Allez donc voir qui le véritable gagnant du match fût.

Ron Howard, qui ne fut jamais de l'envergure intellectuelle d'un Oliver Stone, maîtrise bien le contenu. Il émancipe soigneusement l'oeuvre de son cadre théâtral. Il a toujours fait montre de l'opportunisme qui a si bien servi Frost -songez au CODE DAVINCI. La considération pour la justice et la compassion n'est qu'un accessoire dans ce corps à corps entre deux égos hypertrophiés et affamés. Au détour, on assiste au tardif éveil d'une conscience coupable. Mais sans plus.

Le spectateur aura le plaisir, surtout, de déguster la performance remarquable de Lagella -un être coincé, fourbe jusqu'à la moelle, incapable de papoter, de caresser un chien, et qui ne ressent qu'à l'écart des regards. Bien des Dracula ne m'ont jamais autant fait frissonner!


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