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Pop Culture Saguenay
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4 novembre 2009, 2:13

Private room

J’ouvre la porte et vous laisse entrer. Avec mon vieux pyjama, un fouillis de cheveux sur la tête, mon haleine du matin. Venez vous asseoir, je vous offre un café.

Alors, qu’est-ce que vous voulez savoir au juste?

Je vous dis tout. De ma naissance dans un petit village-rue, encaissé dans une coulée au sud du Saint-Laurent, jusqu’à mes habitudes de recyclage, de compostage, en passant par ces envies folles qui font de moi un passionné, même les ravages de la maladie sur mon corps – qui prouvent que sous le bouclier, il y a un être humain.

Je vous dis tout. Qu’il faisait sombre à l’urgence samedi soir. Ou peut-être était-ce dans ma tête. Je vous parle de la petite chaise pliante mise à ma disposition pour veiller le corps fatigué et râlant de mon fils. Sa respiration difficile. La musique de mon iPod dans l’autre oreille pour détourner mon attention des quintes de toux sèches du troisième voisin. Je vous raconte la détresse de cette femme sourde arrivée en ambulance après une attaque, incapable de comprendre les questions de l’infirmière qui se démenait pour évaluer sa douleur.

Je vous parle aussi de ce vieil homme qui écumait de nous voir passer sous son nez en arrivant à l’hôpital alors qu’il était là depuis je ne sais combien d’heures. Ce n’est pas parce qu’on est plus vieux qu’on est nécessairement plus sage.

Je vous parle de ces médecins qui sourient jusque tard dans la nuit, malgré le spectacle infini de la souffrance duquel ils sont des témoins parfois impuissants. De ces infirmières patientes et dévouées, celles qui sont aux petits soins avec tout un chacun, même ceux que la douleur transforme en des Michel Chartrand en puissance, égrenant leur chapelet de sacres comme on lance une poignée de cailloux dans l’eau.

Vous en voulez plus? Si ça vous chante, je peux vous dire que j’ai pleuré. Souvent. En vous le racontant, je pourrais pleurer encore. Ça donnerait du tonus à mon histoire. Heureusement, cette histoire se finira bien – c’est comme ça que les gens aiment ça, en général: quand la fin est prévisible, sucrée à souhait. Pour moi, le générique se déroulera devant l’image d’un petit garçon sur mes genoux, gribouillant dans mon agenda et sur les communiqués de presse qui traînent près de mon ordinateur, tandis que je ferai ce que je peux pour écrire ma chronique.

D’autres auront des histoires qui finiront mal. C’est comme ça. De celles-là, on fera des nouvelles.
On aime ça, le spectacle du privé. C’est comme ça.

Les utilisateurs de Facebook en savent aussi quelque chose. On trouve dans ce réseau deux phénomènes, deux attitudes dont l’observation me fascine.

Il y a d’abord ceux qui se révèlent, ceux qui disent tout, qui montrent leurs petits bobos, dévoilent leurs petites tares, racontent leur petit bonheur aussi, ce qu’ils mangeront pour souper, avec qui, pourquoi, arrosé de quel vin, etc. Tout. Et il y a ceux qui ne disent rien, mais qui sont attentifs à tout. Ceux qui se vautrent dans ce fouillis d’anecdotes, farfouillant avec un plaisir coupable parmi les révélations des premiers. Comme si la vie des uns était le téléroman des autres.

C’est de l’exhibitionnisme et du voyeurisme à petite dose. Ce n’est pas mal, ni déplorable. C’est humain.

Je fais partie de la petite gang de ceux qui se racontent. Il le faut, j’imagine, pour tenir ce genre de chronique.

Tout ça me fait penser à cette expérimentation artistique récemment vécue par Barbara Garant, à l’Espace Plate-forme du centre d’artistes Le Lobe. Pendant sept jours, elle a littéralement fait flotter la bulle de son expérience privée dans cet espace public. Volontairement confinée dans ce lieu exposé de tous les côtés, dans une mise en scène simple et coquette, elle a transformé son quotidien en spectacle, faisant étalage de ses moindres gestes, s’exposant à la fois aux regards et au jugement des passants desquels elle devenait dépendante pour se nourrir, se laver, et pour toutes les petites choses fort simples de la vie. Un spectacle en direct, une téléréalité sans écran et sans caméra, que du vrai, du ici et maintenant. Fascinant.

Crédit de la photo: Jean.Marc E.Roy 

En passant… Barbara avait déjà écrit quelques articles pour nous. Sur mon invitation, elle revient jouer de la plume dans nos pages. Riche d’une expérience singulière de l’art, motivée par cette passion qui ne lui fait pas défaut, elle s’intéressera aux arts visuels dans la région. C’est encore une fois une fierté pour moi de voir se joindre à mon équipe quelqu’un qui s’implique dans le milieu culturel plutôt que d’en être seulement le témoin passif.

Parce qu’il faut vivre la culture au grand jour pour savoir en témoigner.


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Carole Girard a dit :

re: Private room

Bien écrite et sensible votre chronique, monsieur Caron, comme vous savez si bien le faire, semaine après semaine, même s’il semble parfois y avoir un petit passage à vide de sujets pour assurer cette chronique hebdomadaire au VOIR.

Concernant Facebook, je me sens des deux phénomènes que vous nommer dans votre chronique de cette semaine.  Je suis de celle qui est attentive à ce qui se passe dans son réseau « d’amis », en intervenant très peu et celle aussi qui a un besoin presque urgent d’intervenir, parfois avec un peu trop de sérieux, parfois avec humour ou des fois aussi, pour raconter quelques petites parcelles de mon quotidien ou de ma vie.

Je sais bien que les liens sont virtuels sur Facebook, même s’il y a du vrai monde devant leur ordinateur. Je sais que ces liens sont souvent bien superficiels et que même parfois les commentaires volent pas très hauts et qu'ils peuvent même être blessants. Mais il y a aussi des bons mots qui arrivent au bon moment et de manière tout à fait désintéressée. Alors dans ces rares moments là, je me dis que je vais encore poursuivre un peu cette expérience de communication sur Facebook.

La fin de votre chronique monsieur Caron, m’interpelle…

Suis-je de ceux et celles qui  s’impliquent dans le milieu culturel plutôt que d’en être seulement le témoin passif ? Je m’y implique à ma manière, mais dans l’ombre. Suis-je rendu à ce point antisociale, en me plaisant à œuvrer à distance, dans ma petite bulle, à un niveau qui est bien loin des projecteurs et des rencontres officielles?

J’ai besoin de ce moment de recul. Voir en plongée le portrait et surtout le mien, pour revenir plus en force, dans un futur pas si lointain...

Carole Girard

# 04 nov. 2009, 15:04

Carole Girard a dit :

re: Private room

J'ai écrit dans mon commentaire précédent: Concernant Facebook, je me sens des deux phénomènes que vous nommer dans votre chronique de cette semaine.

J'aurais du écrire nommez au lieu de nommer. Et il y a sûrement encore quelques coquilles, mais si c'est le cas, je ne suis pas inquiète que je vais le savoir assez vite, via  Facebook peut-être :))))

# 04 nov. 2009, 15:26


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