L'autoroute
de la Bravoure.
Une belle
idée, disent les 216 sociétés historiques de la province.Mais il n'y aurait-il
pas possibilité de rendre hommage aux militaires de Valcartier sans mettre de
côté le roi Henri IV?
Et voilà.
Tout
bonnement, comme ça, on soulève une question qui n'avait pas encore été
soulignée.
D'un beau
consensus on passe au débat : les militaires ou Henri IV?
Quelle
mémoire devrait-on préserver, honorer?
D'un côté, les soldats... Leur bravoure. "Le mot bravoure, ça réfère à l'engagement, à la fierté de ceux qui ont
porté l'uniforme depuis plus de 100 ans, de la Première Guerre mondiale jusqu'à
l'Afghanistan. Ça réfère aussi à l'engagement de leurs familles et de leurs
proches", disait Gérard Deltell, au lancement de ça campagne pour transformer
l'autoroute Henri-IV en celui de la Bravoure... Une idée qui, au fil des
dernières semaines, semble avoir été fort bien reçue. Appuis du général Roméo
Dallaire. De l'ancien maire Gilles Lamontagne. Du chef de la nation
huronne-wendat, Konrad Sioui. Du conseil municipal de Shannon. De Vétérans
Canada. De l'Association des conjoints de militaires canadiens. De la Légion
265. Et d'une pétition de 7224 noms. "Cela
démontre le respect que les gens portent aux militaires et à ceux qui les
soutiennent. L'autoroute de la Bravoure sera un rappel quotidien, positif et
rassembleur de la contribution et des sacrifices de celles et ceux qui portent
ou ont porté l'uniforme, ainsi que l'apport de leur entourage", soulignait
d'ailleurs Deltell face à ces appuis nombreux, importants.
Mentionnons également que le projet a été également appuyé par
l'ensemble des formations à l'Assemblée Nationale. Parti québécois. Action
démocratique du Québec. Parti libéral du Québec. "Ancrée dans nos mœurs et volet important de notre histoire, la
présence militaire constitue une signature caractéristique de notre région.
Nommer une autoroute en leur honneur est une reconnaissance pour le courage
dont font preuve ces personnes, elles qui empruntent le chemin de la bravoure à
chaque jour de leur vie", soulignait, dans une communication officielle, le
député de Vanier, Patrick Huot.
Plus tôt cette semaine, le député adéquiste a rencontré la
Commission de la toponymie pour déposer son projet. La décision sera prise en
décembre, nous dit-on. Question de voir si on choisira de changer le nom
actuel, en place depuis un demi-siècle.
Tout semblait bien se passer.
Soit on appuyait l'idée, se disant que cette reconnaissance
allait de soit. Touchés, peut-être, par le dépôt de ce projet en plein Jour du
Souvenir. Regardant d'un bon œil l'aspect symbolique de l'ensemble.
Soit on ne s'en préoccupait pas particulièrement et on
laissait aller les choses.
Mais, ça, c'était jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que le
consensus n'était pas si complet. Les Sociétés historiques du Québec ne
voyaient pas les choses de la même façon... "Souligner
la contribution des hommes et des femmes qui accomplissent leur mission en
Afghanistan avec courage et bravoure mérite d'être fait à Québec. Mais pour ce
faire, il n'est pas nécessaire «d'assassiner à nouveau Henri IV» en effaçant de
la mémoire collective québécoise le nom du roi de France qui a permis que nous
vivions sur les rives du Saint-Laurent", écrivait aujourd'hui ces sociétés,
dans une lettre envoyée à la Commission de toponymie, qu'on retrouve dans Le Soleil.
L'ensemble des Sociétés historiques semblent approuvées.
Notamment celles de la région de Québec. Sans, bien entendu, remettre en
question l'apport des militaires, ces regroupements se questionnent. Et
argumentent...
Des exemples ?
Extrait d'une communication de la Société historique de
Québec... "Roi de France de 1589 à 1610,
Henri IV (1553-1610) a été un artisan de la paix; en 1598, par l'édit de
Nantes, il a mis fin à des décennies de guerres de religion, ce qui a ensuite
favorisé la relance des expéditions françaises outre-Atlantique. Sa politique
de colonisation a permis l'établissement d'un poste de traite à Tadoussac, la
création d'une colonie en Acadie et finalement la fondation de Québec qui
marque la naissance de l'Amérique française. S'il y a un souverain français
dont le nom peut être associé à Québec, au Québec et au Canada, c'est bien
Henri IV et la Commission de toponymie devra être bien armée pour justifier sa
déchéance à peine un an après le 400e anniversaire de la Capitale. Les motifs
invoqués pour en faire un toponyme il y a plus de cinquante ans ne vaudraient
plus? Henri IV n'est pas seulement un numéro."
Et, à la Société historique de Charlesbourg? Réflexions de
leur président, Jean Dorval: "Avec François Ier, Henri IV est probablement
le seul monarque français à avoir eu l'intention d'implanter une communauté
française viable en Amérique du Nord. Comme on projette de proposer le nouveau
nom de l'autoroute le Jour du Souvenir - ne devrait-on pas plutôt parler de
Jour de l'oubli en l'occurrence? - il est urgent que les décideurs
réfléchissent à l'erreur qu'ils sont en train de commettre."
Est-ce que
cette sortie refroidira la ferveur populaire?
Ou est-ce
que le mouvement populaire et le consensus politique amènera le projet du
député Deltell à poursuivre, malgré cette réflexion des Sociétés historiques,
son chemin?
Face à tout
ça, la balle est dans le camp de la Commission de la toponymie.
Bravoure.
Henri IV. Ou une approche "moitié-moitié".
Ça reste à voir...