Les
quartiers verts...
Trois sont
dans les cartes pour la Capitale-Nationale. D'Estimauville. Pointe-aux-Lièvres.
Et la Cité verte, dans le quartier Saint-Sacrement. Les deux premiers sont à
l'état de rêve, d'idée, de projet. Le troisième est annoncé. Son élaboration
est en cours et, bientôt, il deviendra réalité.
Le site?
Bordé à l'Ouest par Jeffrey-Hale, à l'Est par Monk, au Sud par le chemin
Ste-Foy, au Nord par la falaise longeant le boulevard Charest. Sa superficie? 93
000 mètres carrés. Indéniablement on ne parle pas ici d'un petit projet. Non.
Un bon budget : 300M$. Dont une partie, un peu moins de 28M$, provenant de
fonds publics - pour l'aménagement des rues ou via les programmes d'efficacité
énergétique d'Hydro-Québec.
Un projet résolument écologique
Et, qui
plus est, un projet à la fine pointe de la technologie. Centrale thermique
alimentée à la biomasse. Système de collecte des déchets souterrains, à base de
bornes pneumatiques. Bassins pour récupérer l'eau de pluie qu'on utilisera pour
irriguer les espaces verts, laver les voitures ou les stationnements. Bornes de
recharge pour les automobiles électriques. Architecture pensée pour maximiser
l'ensoleillement. Et bien plus.
«Notre objectif est
d'en faire une référence québécoise en développement durable et un exemple à
suivre pour les constructeurs. Ce quartier vert, a-t-il rappelé, sera différent
de tout ce qui s'est fait jusqu'à maintenant», disait Jean Morency,
président de SSQ Immobilier, en entrevue au Soleil,
l'an dernier.
Cela accompagné d'un volet lié à la sensibilisation :
les citoyens et citoyennes qui y logeront seront mis au fait de leur
consommation d'électricité, via un système intelligent de contrôle mesurant la
consommation d'électricité de chacun, établissant des comparatifs.
Bien entendu, ce n'est pas pour n'importe qui.
On compte y placer 800 copropriétés. Des condos. Qui se
vendront 250 000$ à 350 000$ pièce. Le tout entouré d'espaces verts. Bien
entendu, une partie sera mise de l'avant en logement social. On parle de 35 à
44 logements qui seront rendus disponibles à une clientèle moins en moyen, pour
ainsi dire. Une petite part. Pas assez pour parler de réelle mixité sociale... Ça
représente, essentiellement, 4% à 6% de l'ensemble des logements. «Un projet comme celui-là va faire en sorte
que des gens vont vendre leur résidence dans Saint-Sacrement pour s'installer
dans une propriété comme ici. Ils vont laisser des places à des gens pour
acheter des résidences peut-être plus âgées, à rénover. Les gens de la banlieue
pourront ainsi avoir accès aux quartiers centraux et diminuer leurs transports»,
disait, dans une autre entrevue, le même Jean Morency.
Le défi de la mixité
sociale
Petit hic, à ce moment... En ce qui concerne l'esprit des
quartiers verts, ce n'est pas nécessairement suffisant. Pour faire un véritable
quartier vert, il faut répondre à une série de critères, liés aux grands axes
du développement durable. Lesquels ?
- Le volet social avec la promotion de la mixité sociale et du
lien social entre les habitants du quartier et avec la population alentour.
- Le volet environnemental à travers l'amélioration du cadre
de vie du quartier (déplacements, propreté, etc.), la conception et la gestion
de logements et équipements intégrant des critères environnementaux et le
renouvellement des espaces naturels.
- Le volet économique pour la valorisation de fonctions
multiples du quartier (équipements récréatifs, ludiques, etc.), des initiatives
locales et la création ou le maintien d'emplois sur le site.
- Le volet gouvernance qui signifie une démarche
participative, transparente, responsable et équitable.
Oui, il y a les technologies vertes. Oui, il y a la pensée
environnementale. Mais un quartier vert, c'est plus que ça. Il y a des
considérations sociales... Et, malheureusement, de ce qu'on semble voir, cela
autant à Québec qu'en Europe, c'est qu'elles sont soit faciles à oublier, soit
difficiles à intégrer...
Exemple ?
Le quartier Vauban, à Fribourg, en Allemagne.
Une mise en place qui respecte l'esprit environnemental, en
tout point. 2000 logements. 5000 habitants. Maisons à énergie positive.
Architecture durable. Tramway. Toits verts. Panneaux solaires. Espaces publics
de qualité. Forte participation citoyenne à la mise en place du quartier.
Mais, tout n'est pas parfait...
«La quiétude du
quartier Vauban peut tromper et camoufle quelques réalités sociales très
critiquables : l'objectif de mixité sociale n'est pas atteint par exemple. 75%
des habitants sont des cadres supérieurs», dixit un reportage de Léa Morel.
Résultat: 220 logements «alternatifs» (5%). Et 600 logements pour étudiants
(30%). «Le quartier pêche cependant par
son manque de mixité sociale. La plupart des habitants du quartier sont
d'origine allemande, ont entre 35 et 45 ans, et sont issus de la classe moyenne
avec enfants», notait de son côté David Gaillard.
Même problème également à Stockholm, dans son quartier
Hammarby Sjöstad.
Certes, d'un point de vue écologique, l'endroit est une
réussite... Proximité du centre-ville. Rapport privilégié à la nature.
Architecture, infrastructure, système de gestion de l'eau, approvisionnement en
énergie, gestion des déchets. Là aussi, tout a été pensé dans l'optique du
développement durable.
Tout cela pour une population fort nombreuse... 17 000
habitants dans 8000 logements, actuellement. Et, pour 2017, on vise 25 000
personnes pour 11 000 logements. Rien de moins... Mais, encore une fois, rien ne
semble entièrement parfait. «Du point de
vue de la préservation de l'environnement, de la densification urbaine et de la
reconquête de l'eau, c'est une réussite. Mais sur le plan social, il y a des
lacunes. Ici, les logements sont très chers : il faut compter 5 000 € du mètre
carré, c'est beaucoup plus cher que l'Ile de Nantes. Il n'y a pas de logements
sociaux, donc pas de mixité. C'est là que se situe la limite de ce modèle
d'éco-quartier», confiait le président de Nantes métropole, Jean-Marc
Ayrault.
Volonté politique et
engagement citoyen
D'autres, cependant, ont trouvé des axes de solution à ce
problème. Par exemple, dans le magazine Les
Urbanisés, l'urbaniste et géographe Véréna Schaffer nous donne l'explique
de Rieselfeld ou de Tübigen. «La décision
de ces collectivités de favoriser clairement les coopératives et groupes
d'habitants de construction dans le processus de vente de terrains - au
lieu de grands investisseurs privés - a facilité la production d'une
mixité sociale. Parmi les coopératives et groupes de constructions citoyens,
les autorités de Tübingen ont favorisé ceux qui ont présenté la plus grande
hétérogénéité et mixité sociale. Ceci a permis d'établir une mixité sociale
remarquable même à l'intérieur des îlots d'immeubles, voire des immeubles
eux-mêmes.»
Bref, l'idée est de se donner des leviers qui viennent
contrebalancer la conjecture économique et les forces du marché immobilier. Ce
qui est, oui, faisable. Mais pas nécessairement facile.
Bien au contraire.
Et, bien entendu, au-delà de la mixité sociale, il y a aussi
l'engagement citoyen qui doit être considéré. Et intégré.
Véréna Schaffer explicite assez clairement ce point
d'ailleurs... «Les quartiers durables
permettent de changer le rôle de l'habitant, qui, de consommateur, devient
acteur de la ville. Et ceci à la fois pour les projets de quartiers durables en
tant que projets de requalification urbaine ainsi que pour la mise en place des
nouveaux quartiers. À travers des démarches participatives, les citoyens ont
l'opportunité de s'impliquer dans la mise en place de leurs futurs lieux
d'habitation, voire dans la requalification de leur quartier existant, et
d'influencer les réalisations selon leurs besoins.»
Autre possibilité de laquelle s'inspirer ? BedZed (Beddington Zero Energy
Developpement). À Londres. 80 logements. 2500 mètres carrés de bureaux.
Le tout sur 1,7 hectares. Construit sur le principe d'un bilan carbone neutre.
Et devenu une référence en matière de réduction de la consommation énergétique
et de contrôle des impacts environnementaux. La mise en œuvre de la mixité
sociale dans ce quartier est d'emblée plus ambitieuse que Vauban. Le tiers des
logements sont sociaux. Un autre tiers est réservé à ceux qu'on présente comme
des «key partners» (médecins, infirmiers, pompiers, professeurs). Et, le reste,
est vendu ou loué sans contraintes spécifiques.
Son impact social fut, certes, appréciable. Et les résultats
sont là au point de vue énergétique... 90% de consommation de moins pour le
chauffage, 70% en ce qui concerne la consommation énergétique totale. Et 75% de
moins de déchets...
Quand même !
Problèmes de
participation citoyenne
À Québec, côté participation citoyenne, disons que le projet
de Cité verte a démarré sous des auspices pas nécessairement positives. De nombreuses
consultations ont menées. Mais, pourtant, pendant l'été 2008, avant le
lancement du chantier, 269 citoyens avait choisis de réclamer un référendum. Ce
qui avait été refusé par l'administration municipale. «Je ne laisserai pas à quelques centaines de personnes la possibilité
d'arrêter un projet de 300 M$. Je souhaite que les travaux débutent le plus
rapidement possible afin que les gens âgés qui en ont besoin puissent l'habiter
le plus rapidement possible», avait lancé le maire de Québec, Régis
Labeaume, dans Québec Hebdo.
Cela dit, selon plusieurs intervenants, dont le conseiller
du district, Yvon Bussières, la protestation était le fait de la minorité, pas
de la majorité. «
En 15 ans, je n'ai jamais vu un projet avec autant de consultations
publiques Je suis convaincu qu'il est souhaité de la majorité silencieuse qui
habite ce secteur», notait, dans le même
Québec Hebdo, le conseiller du district, Yvon Bussières.
Et, parallèlement, un rapport publié l'année suivante
validait, à tort ou à raison, cette interprétation... Petit résumé de ces
réflexions dans le blogue Citoyen Michel : «Sans jamais donner d'exemples, les auteurs du rapport accusent à
plusieurs reprises les citoyens se prévalent du droit au référendum de le faire
d'abord pour leurs propres intérêts, voire à des fins essentiellement
commerciales ou partisanes. On aurait aimé plus de précision. Selon eux, si les
citoyens sont informés dès le départ «complètement de tous les aspects de
l'objet au sujet duquel ils seront consultés" et ce, «dans un format accessible
aux citoyens», selon des critères stricts prévus par le législateur, alors les
citoyens ne devraient plus avoir droit de s'opposer par référendum à une
décision des élus.»
Certes, plusieurs questions se posent toujours, deux ans après
le débat initial.
Celle qu'on retiendra ici est fort simple... On parle de la
nécessité de la mixité sociale, dans le développement d'un quartier vert. On
mentionne également l'importance d'encourager la participation citoyenne.
Est-ce que c'est le cas dans le dossier de la Cité verte?
Malheureusement, l'essentiel de ce qui a été produit en ce
qui concerne l'adéquation entre le secteur et les citoyens, c'est cette
question du référendum... Sur le site officiel du projet, on mentionne un «choix diversifié de logements regroupés
autour d'équipements à caractère collectif favorisant l'épanouissement d'un
réel espace de vie», «d'approche de
développement durable» ou encore «de
répondre aux besoins de demain». Mais pas de participation citoyenne. Idem
sur le site de la Ville de Québec. «Ces
nouveaux secteurs proposeront de véritables milieux de vie à leurs résidants.
Ils pourront se rendre à pied à leur travail et faire les courses sans utiliser
l'automobile.»
Pourtant, ce n'est pas que l'inclusion des citoyens et citoyennes
n'est pas applicable.
Loin de là.
À Vauban, par exemple, on a tenté de mettre de l'avant la
participation des individus, via ce qu'on appelle des baugruppen, ou «groupes de construction». À l'imagine des membres
d'une coopérative d'habitation, ceux-ci développent activement l'identité et
l'esprit de leur futur lieu d'habitation.
Petit témoignage du blogueur Baptiste Chapuis... «Les citoyens ont été associés aux
discussions et ont pu faire part de leur vision du quartier dès la première
étape du projet, dans le cadre d'une procédure participative. C'est ainsi
qu'est né un quartier conçu non pas de manière bureaucratique, sans se
préoccuper des gens, mais élaboré en commun avec eux. Cette voie est plus
difficile que les procédures de planification habituelles. Elle demande plus de
temps et exige que toutes les parties : citoyens, conseil municipal,
administrations et architectes, soient prêtes à faire des compromis, à
accepter des opinions différentes et à se respecter mutuellement. Mais cette
voie conduit aussi à de meilleurs résultats.»
La Cité verte, un véritable quartier vert?
Alors, en ce sens, à Québec, en ce qui concerne la Cité
verte, est-ce qu'on peut réellement parler d'éco-quartier? Pas vraiment.
Oui, les initiatives environnementales sont là. Oui,
l'impact sera assurément intéressant pour l'environnement. Mais on n'a là, de
toute évidence, que 50% des critères qui devraient accompagner l'établissement
de ce qu'on appelle, justement «éco-quartier». Pas 100%. Avec 4% à 5% de
logements sociaux, on ne peut pas parler, véritablement, de mixité sociale. Et sans
plan de match en ce qui concerne la participation citoyenne, on peut parler,
oui, de milieu de vie. Mais pas d'un milieu de vie conçu et développé pour et
par les citoyens.
La Cité verte, un éco-quartier? Non.
Par contre, il faut l'avouer, un projet fort intéressant lié
au développement durable et à des considérations louables en matière
environnementale.
Mais, de ce qu'on peut en comprendre, un véritable
éco-quartier, ce n'est pas seulement un lieu qu'on vend à d'éventuel citoyens,
en respectant des principes écologiques. C'est un lieu de vie créé pour des
individus, réalisé en collaboration avec ces individus, qui ne sont plus de
simples consommateurs, mais des acteurs à part entière de sa réalisation.
Et, ça, on comprendra, ce n'est pas facile à réaliser... Déjà
que de mettre de l'avant un quartier écologique peut constituer, en soi, un
défi.