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S. Fyles
S. Fyles
20 décembre 2009, 2:06
Nous nous croyons tous au-dessus des lois!
Il est vrai que ce livre se lit d'un trait. Quand cette brique m'est tombée dans les mains, je ne me doutais pas qu'à peine quelques journées plus tard, je la refermerai le coeur toujours haletant. Senécal est d'une grande efficacité. Rapidement, il nous plonge dans un univers angoissant. Mais, même si son roman débute dans une église, on ne retrouve pas dans ce livre des allusions au Mal comme étant une entité à l'extérieur de nous, qui cherche à nous faire tomber sur son emprise. Dans ce livre-ci, le Mal est plutôt tapi en nous et ne cherche qu'à ressortir si la bonne clé est activée. Le premier constat est que, même si on ne s'identifie pas au personnage de Daniel Saul, on peut quand même se questionner sur son propre voyeurisme et sa propre propension à prendre plaisir dans la douleur d'autrui. Quand Senécal décrit de façon très (trop?) précise certaines tortures, on se surprend à se demander ce qui est pire: les gestes posés par les personnages ou notre désir comme spectateur de vouloir connaître les détails de la torture. J'ai dû sauter quelques brefs passages très explicites tant pour ne pas rester pris avec des images trop brusques que par pudeur pour ces personnages qui se faisaient torturés. Comme si de lire chacun des détails de la torture était un moyen de valider les gestes des personnages. Senécal nous fait aussi habilement réfléchir à cette sensation que certaines élites ont d'être au-dessus de tout. Que ce soit dans l'actualité avec un Tiger qui entretient de multiples relations qu'un Earl Jones, un Lacroix ou un Madoff qui finit par croire que la fin justifie les moyens. Nous avons tous nos façons de nous croire au-dessus des lois et surtout, de nous croire supérieur au reste du monde. Que ce soit parce qu'on a nous a fait devancer la file d'attente au bar, que la vendeuse nous a fait un prix d'amis ou que nous ayons été invités à un party exclusif, nous aimons nous valoriser dans des événements qui n'ont en soi que de flatter notre vanité. Ce livre sera naturellement porté au grand écran et il le mérite bien. Là où il en perd dans la poésie, il en gagne dans une grande efficacité. Le parcours de chacun des personnages est logique et suit une progression qui, tout en étant extrême, n'en demeure pas moins plausible.
3 décembre 2009, 8:59
De la souffrance pour arriver au plaisir
Je connais Christian Lapointe mais très peu. J'avais bien assisté à une lecture de CHS alors que le texte n'était qu'à une forme embryonnaire mais c'est à peu près tout. Et ce que je me rappelais de ce texte était un travail touffu, légèrement hermétique dans sa forme première. J'arrive dans ses Limbes le coeur ouvert mais un peu appréhensif. Je suis un peu allergique à ce théâtre verbeux, qui n'en finit plus de déclamer. Et cette première partie n'est que ça. Une longue suite de déclamations (portée, certes, par des comédiens solides mais tout de même très aride). J'ai bien me forcer à proter attention à ce texte. Rien n'y fait. Pourtant, j'apprécie la richesse du travail. Je vois ces éclairages comme une oeuvre architecturale. Je vois cette scénographie qui m'amène dans son puits. J'apprécie cette musique et cet environnement sonore qui me ramène à une époque médiévale. J'entends le souffle puissant des comédiens qui portent ce texte. Bref, j'apprécie toutes les composantes mais je ne parviens pas à me centrer sur ce qui est dit. La seconde partie arrive comme un jeu d'enfant qui viendrait perturber une envolée académique. Tout à coup, les comédiens prennent ce même texte et s'en amusent. Tout d'abord, on se demande s'il manque de respect envers leur propre travail. Puis, on comprend qu'on vient de faire un saut à travers les siècles. On comprend qu'on n'en est plus au temps de Yeats mais qu'on se retrouve bien en 2009 ou même après. Et tout à coup, je comprends pourquoi cette première partie avait cette forme si linéaire, si aride. Pour que cette seconde moitié soit encore plus surprenante. Aucune des deux parties en soi ne tient la route seule. Si ce n'avait été que la première, on n'aurait vécu que la souffrance. Si ce n'avait été que la seconde, on aurait ri mais on aurait trouvé tout ce travail très puéril. Je me suis demandé ce qui avait amené Lapointe à s'intéresser à Yeats de cette façon. Qu'était-il dans ce texte qui suit la vie de Jésus qui résonnait à ce point en lui? Pour la forme, la recherche, le plaisir du travail, cette pièce mérite plus qu'un coup d'oeil. Seul bémol personnel: cette pièce ne m'a pas permis de m'accrocher au texte et de bien le saisir. Mais tout ça est peut-être ma faiblesse en tant que spectateur où le texte doit être porté par une action directe. Je suis davantage visuel qu'auditif. Et si ma vue a été agréablement stimulée, le lien vue-ouïe n'est pas parvenu à se faire.
1 décembre 2009, 2:12
Un film troublant qui aurait pu l'être davantage avec des moments de retenue

C'est presque assassin de nous présenter ce film après toutes les éloges et les prix qu'il a reçus.  Cela ne peut créer que des attentes démesurées  bien que Nolan nous avait prévenu qu'il voyait lui-même de nombreuses lacunes dans son film.  Je m'attendais à être déçu mais tout au contraire, j'ai compris pourquoi ce film et ce cinéaste avaient tant retenu l'attention

Car qui dit cinéma d'auteur parle souvent de film hermétique ou de film qui ne peut atteindre un grand public.  Ici, ce film a réussi à pratiquement atteindre le million de dollars en entrées au cinéma bien qu'il n'ait été distribué qu'à petite échelle.  On souhaite que Nolan ne se perde pas de vue avec tous les honneurs qui lui sont atteris dessus.

Cette histoire d'amour-haine entre une mère et son fils est puissante.  On y sent toute l'ambivalence d'un fils face à cette personne qui a été sa seule bouffée d'air mais qui s'avère aussi sa pire tortionnaire à ses yeux.  Dans la démesure qu'Anne Dorval apporte à tous ses personnages, elle est ici très efficace en mère qui n'est pas terrible mais qui refuse d'être centrée constamment sur les blessures de son fils.  On peut sentir les sacrifices que cette mère a pu porter pour permettre à son fils d'avoir une vie pleine.  Des sacrifices qui ne sont pas insupportables mais qui font en sorte que cette mère a mis de côté ses aspirations pour soutenir son fils.  La scène où elle refuse de porter le poids de la culpabilité lorsqu'elle discute avec le directeur de l'école de son fils reflète bien ce débordement d'une mère qui n'en peut plus d'être montrée du doigt dès qu'une mésaventure se produit dans la vie de son fils.

On aime aussi que l'homosexualité du fils soit une partie centrale du film mais que le tout soit apporté sans fanfarre.  On y voit là la réalité d'une nouvelle génération qui continue à se débattre avec le fardeau des préjugés mais sans être pris dans la nouveauté du dévoilement.

Là où on trouve quelques faiblesses dans le film, ce sont dans les excès émotifs de certaine scène.  On y trouve là l'empreinte d'un jeune réalisateur/auteur.  Il est propre à cette période de notre vie de vivre toutes les émotions sans filtre, sans retenue.  D'avoir l'impression que les seules vraies émotions sont celles qui sont vécues à tue-tête.  Cela s'avère vrai pour le personnage du fils mais le tout devient moins crédible lorsque la mère tombe dans le même éclat dramatique que son fils.  On peut se l'expliquer du fait que tout ce film porte en fait la perception que le fils a des gens autour de lui.  Mais on aurait trouvé plus de sensibilité et plus de force dans ce film si certaines des émotions ne nous étaient pas lancées à la figure mais si elles étaient parfois contenues, comme ce volcan prêt à tout mais qui se contient.

Nolan aura eu la chance (et le talent) d'être un jeune comédien qui s'est amassé tout un pécule qu'il a pu mettre au service de son film.  Quand on parle de coupures aux arts, on se coupe aussi de tous ces autres Xavier Nolan qui n'ont pas la possibilité de mettre toutes leurs économies au service de leur film.  Combien de moments de fierté se prive-t-on en tant que Québécois à force de laisser tous les artistes dans la mendicité?


26 août 2009, 2:27
Un autre auteur scandinave à découvrir

Les auteurs scandinaves sont dans le vent.  Après m'être tapé les trois tomes de Millénium d'une traite, me voilà qui se rabat sur ce Jo Nesbo.  Le ton est donné dès le premier chapitre.  Les phrases sont incisives.  Le personnage de Roger Brown est rapidement campé.  On sait qu'on a affaire à une histoire cynique où les apparences sont de la plus haute importance.

Je croyais faire une erreur en me lançant dans un second auteur scandinave de suite (Larsson est suédois alors que Nesbo est finlandais).  Je croyais que je me lançais dans la déception annoncée.  Au contraire.  Sans nager dans les mêmes eaux que Larsson, Nesbo nous offre une histoire riche en rebondissements.  Car c'est là où il excelle le plus.  Constamment, il nous amène là où ne croyait pas que l'histoire se rendrait.  Même les titres des chapitres nous font croire que nous savons de ce dont il parlera pour nous amener totalement ailleurs.  L'histoire est touffue et pourtant, elle se comprend sans effort.  Et notre intelligence est sollicitée, Nesbo ne sentant pas le besoin de tout expliciter dans le détail.  Même s'il cherche un peu trop à nous exposer son génie dans le chapitre final où il démontre que tout n'est que question de perception et que chaque événement peut être expliqué de plus d'une façon, Nesbo reste surtout au service de son histoire.

Même si on cherche à ne pas trop visualiser certains détails de son histoire (entre autres, sa descente -littéralement- dans les chiottes et son démembrement de cadavres), l'histoire est surprenament légère et on se surprend à comprendre les motivations de Brown.  Il demeure légèrement antipathique du début à la fin mais son raisonnement est si limpide qu'il prend tout à coup sens.

 

Chasseurs de têtes nous transporte dans un monde peu couvert par la fiction et nous change bien des auteurs qui écrivent sur le milieu de la littérature ou autre milieu archi-exploré.  On se surprend à bien visualiser ce monde même si on ne l'a jamais côtoyé. 


20 juillet 2009, 3:49
Le crime ne paie pas (sauf pour Dompierre)

Dompierre, on le trouve déjanté par moments, sexiste à d'autres et même vulgairement graphique parfois.  Mais comme vous le dites, on en redemande.  J'ai lu ce livre d'une traite.  Et je me suis surpris à sourire à plus d'un moment.  Parce que même si on était tenté de l'affubler de tous les noms, on sent que Dompierre s'amuse férocement dans son livre.  Et ce plaisir est contagieux.  Autant les images de décapitation, de perçage de coeur et d'éventrement sont graphiques, autant on se surprend à bien les prendre et à les visualiser sans écoeurement.  On irait pas jusqu'à dire qu'on aimerait voir ce film transposé à l'écran mais l'histoire est tellement ancrée dans l'action qu'on se dit qu'un bon réalisateur un peu glauque pourrait avoir la main heureuse de s'approprier les droits.  Parce qu'autant Morlante que Lolly Pop -sa précieuse rivale devenue alliée- sont des personnages pour lesquels certains comédiens seraient prêts à faire pire que ce qui est évoqué dans le livre pour pouvoir les jouer.

Dompierre réussit à semer, ça et là, suffisamment d'allusions à la vie actuelle (le yoga, la course effrénée à une vie meilleure, ...) pour qu'on s'amuse à se transposer dans la peau de ces pirates sans morale.  Et il s'amuse suffisamment à créer la mise en abîme de l'écrivain écrivant sur un pirate écrivain pour qu'on se l'imagine hirsute, un brin décadent et pestiférant.

 Si ces pirates en cavale nous répètent à plusieurs reprises que leur grande leçon de vie est que le crime ne paie pas, il semble qu'il le soit pour Dompierre.  Il réussit à insuffler suffisamment de dérision tout en nous gardant avec des repères connus de la piraterie pour que ce livre soit plus qu'une bonne lecture d'été.


6 juillet 2009, 9:36
On aime grandir avec Paul

Rabagliati a cette grande capacité de capter les moments et surtout les images qui nous font comprendre en un clin d'oeil toute une situation.  Même si je n'ai pas le même âge que l'auteur, combien de fois me suis-je retrouvé à me dire intérieurement en lisant ses livres:  C'est donc ben vrai!  J'avais oublié ça!!

 Avec son Paul à Québec, Rabagliati nous fait le coup.  Que ce soit dès les premières images avec ce restaurant de bord d'autoroute avec ses dinosaures et ses annonces digitales géantes.  Ou que ce soit lorsque Paul croise toutes ces différentes entreprises alors qu'il est en route pour le foyer.  À chaque fois, ces images me ramènent mes propres souvenirs de me faire conduire par mes parents et d'apercevoir ces icônes le long de la route.  Mais Rabagliati nous permet surtout de ressentir les petites joies et les petites peines du quotidien.  Les moments embarassants comme les moments de joie.  On a un peu l'impression de feuilleter son propre album de famille lorsqu'on lit un des livres de Paul.  Ou on a l'impression de regarder notre entourage.

Et on s'attache à ses personnages.  Dès que j'ai vu Lucie à 8 ans dans ce présente livre, j'ai eu un petit coup au coeur.  Je me suis rappelé la difficulté que Lucie et Paul avaient eu à concevoir cette enfant.  Pour ensuite me rappeler que je ne lisais qu'une bédé.  Mais c'est aussi ça Rabagliati.  C'est cette capacité aussi de nous présenter des personnages qu'on veut adopter et intégrer à notre famille.

Je ne suis pas un immense connaisseur de bédé.  Mais je sais que dès ma lecture du premier livre de la série des Paul, j'étais accro.  Le style de dessin tout simple mais en même temps si précis.  Toutes ces cases dessinées où aucun dialogue écrit n'apparaît mais où tout est dit.  Et surtout, une capacité de capter ce qu'est la vie.  Et de nous surprendre à chaque fois en se disant:  Maudit!  C'est ben vrai!  Ça aussi, j'avais oublié ça!  Et de ressentir à nouveau une douce chaleur.


30 avril 2009, 12:09
Finalement une héroïne tient l'affiche

Le milieu du cinéma étant une chasse gardée toute masculine, ces grands bonzes sont tout étonnés que les femmes s'intéressent au cinéma et que les hommes veuillent les y voir.  Autant Lyne Charlebois a été étonnée de remporter le Jutra de la meilleure réalisation, autant les producteurs semblent être renversés qu'un film comme Sex and the City ait pu avoir un si grand rayonnement.

Les producteurs ont l'impression que les femmes acceptent aisément de voir des hommes tenir le haut de l'affiche à l'écran mais que l'inverse ne serait pas vrai.  Et cette tendance se manifeste même dans les films d'animation.  Ce qui fait que même les abeilles, qui sont toutes féminines, ont été remplacés par des hommes dans le film d'animation Bee Movie.  D'où l'énorme surprise de constater que dans ce film-ci, on ait pris le pari que le personnage principal soit une femme.

L'animation est parfaitement réussie.  De plus, j'ai vu la version 3D, ce qui rajoutait au plaisir de voir ces images en relief ou d'en voir d'autres qui se lancent vers nous.  Si un ou deux enfants semblaient effrayés par le procédé, la plupart semblait for bien s'en accomoder.  Les entants n'ont sûrement pas saisi toutes les allusions cinématographiques que le film contient mais, comme la plupart des films d'animation, on cherche autant à plaire aux parents (qui sont ceux qui achètent les DVD pour la maison) qu'aux enfants.

La plupart des critiques reprochent un scénario simple, qui ne cause pas de grandes surprises.  Si on peut facilement prédire que la Susan du film embrassera sa nouvelle identité de monstre dès le début du film, cela n'enlève en rien le plaisir d'assister à cette rivalité entre les monstres et les aliens.  La morale est tout aussi prévisible:  il faut embrasser la différence.  Mais j'aime encore mieux cette morale que celles des autres films d'animation qui nous disent que malgré notre époque d'égalité des sexes, même en animation, les femmes passent tout de même en second.


28 janvier 2009, 12:22
Inspiré, authentique, coloré.

Slumdog millionaire, c'est un peu le Little Miss Sunshine de cette année.  Ce petit film inattendu qui se retrouve dans la cour des grands.  Enfin, un film un peu audacieux qui nous montre l'Inde sous un angle bien local.  Ici, les enfants indiens parlent indi et les adultes qui doivent interagir avec le monde extérieur parlent anglais.  On ne se contente pas de rassurer les anglophones de ce monde en tentant de leur faire croire que tout se déroule en anglais, peu importe l'endroit.  Le film nous force donc à lire les sur-titres et à nous éloigner de ces films tournés en terre étrangère mais qu'on croirait sorti d'Hollywood.

Boyle nous offre une direction inspirée, avec une cinématographie toute en couleurs, pour faire ressortir le contraste avec les drames quotidiens.  Ce film prend le parti pris que la vie est dure dans les slums mais que comme tout problème est relatif à sa réalité, il est possible de tout traverser.  Il est à se demander si ce film est fait davantage pour les non-indiens ou si les indiens se retrouvent dans cette réalité.  On a l'impression d'une grande authenticité en voyant ce film mais peut-être que certains le qualifieraient de misérabiliste, tant la réalité est dure.  Par contre, on en ressort avec un autre regard sur tous les enfants mendiants que l'on rencontre au fil de nos voyages.

Le processus utilisé pour nous expliquer la façon dont Jamal connait les réponses aurait pu être répétitif.  Bien au contraire, la façon de nous présenter ces retours en arrière varie d'une fois à l'autre et ne répond pas qu'à un bête procédé.  Les personnages sont carencés et forts à la fois, intègres et corrompus à la fois.

On aurait pu se passer de la danse Bollywood lors du générique final.  Non que le résultat soit mauvais mais on sent que les producteurs ont voulu rassurer les gens qui s'étaient déplacés en s'attendant à une chorégraphie, ne connaissant que cela du film indien.  Et alors qu'on s'était tant attaché aux personnages, de les voir tout à coup s'amuser la mine insouciante nous fait rapidement décroché des émotions vécues.


16 octobre 2008, 3:37
Expo intéressante sous des allures simplistes

Alors que le Rendez-Vous des Saveurs battait son plein, j'ai décidé de prendre une pause de la cohue.  Je me suis réfugié à la Galerie Montcalm.  La salle est vide même s'il n'y a aucun frais d'entrée.  Il faut croire que les gens préfèrent se bousculer à l'idée de se faire raconter une histoire.

À prime abord, le concept apparaît simple, pour ne pas dire simplet.  En fait, on se demande si on est en face d'une exposition d'art visuel ou si on se retrouve dans le petit musée régional qui expose toujours les mêmes artéfacts.  Et tranquillement, on se fait prendre au jeu.  On cherche à savoir quel trajet ces chaussures ont pu emprunter pour se retrouver à de tels endroits.  Et on se demande qui a bien pu les porter.  On y retrouve aussi tout un amalgame de papier accroché au mur qui semble en tenir la réponse.  Et on ne sait si on peut les feuilleter ou s'il faut plutôt les traiter avec le respect des grandes oeuvres d'art.  Je choisis la seconde option mais me demande toujours ce que les feuilles du dessous pouvaient bien contenir.

 Cette exposition se fait en un petit tour.  On s'attarde à vouloir reconnaître les lieux.  On se demande pourquoi la sortie de l'urgence se retrouve-t-elle dans tant de photos.  Faut-il croire que les services de santé soient si marquants en Outaouais pour que les gens veuillent s'y faire prendre en photos!

Une clameur nous parvient.  Les affamés du Rendez-vous auraient-ils compris?  Non.  Il s'agit d'un enregistrement de ces gens qui ont habité les chaussures.  Je passe outre.  Je préfère toujours mes histoires (même si ce sont parfois des constructions loin de la réalité) au véridique.  Connaître les véritables intentions de l'oeuvre, très peu pour moi.  L'oeuvre devait dire ce qu'elle m'a dit.  Je m'en tiens toujours à ça.

C'est mon tour d'aller retrouver les affamés qui le sont un peu moins.  Je sens que je n'ai rien perdu en m'éclipsant brièvement.  Mais eux ne sauront jamais qu'à quelques pas d'eux se trouvaient des chaussures qui auraient pu les faire voyager.


28 février 2008, 12:04
Un film nécessaire mais pas très joyeux

Ce film sud-africain, finaliste pour l'Oscar du meilleur film étranger en 2005, porte sur les impacts du SIDA sur les femmes sud-africaines.  Et plus particulièrement sur une femme, Yesterday.  Cette femme, aux prises avec une vilaine quinte de toux, tente de rencontrer le médecin après des heures de marche.  À chaque fois, elle est renvoyée avant même de l'avoir rencontré, faute d'avoir pu se présenter dès l'aube.

Ce film suit la quête de Yesterday qui tente de léguer une meilleure vie à sa fille, Beauty, une fois qu'elle apprend qu'elle est HIV+.  Si le personnage de la fille offre quelques moments poétiques à l'intérieur du film, on s'attarde davantage à démontrer (et à démystifier) de façon prosaïque les adaptations, les obstacles et les préjugés qu'une femme doit traverser.  Si Yesterday est bien intégrée à son village, ses concitoyens lui font la vie plus dure lorsqu'elle accepte de reprendre son mari.  Et si la guérisseure de son village lui reproche gentiment de ne pas l'avoir consultée, les reproches deviennent de plus en plus sévères à mesure que la maladie de Yesterday progresse.

Les années 80 ont vu leur lot de film en Occident sur le SIDA.  Ce film s'inscrit dans la même veine.  Le but est principalement d'éduquer par la fiction.  D'ailleurs, une de mes amies, qui a travaillé en Afrique du Sud à la construction d'un refuge pour femmes sidatiques, m'a dit avoir présenté ce film aux premières locataires du refuge.  Le premier visionnement a été accueilli avec un silence total puis un timide:  On peut le voir de nouveau?  Le deuxième visionnement a été suivi d'un:  Ils ont compris notre réalité.  Et le troisième a mené ces femmes a partagé leur réalité à elles.  Qui souvent avaient des airs communs avec la réalité de Yesterday.

Ce que ce film ne montre pas, ce sont les difficultés d'obtenir les médicaments adéquats.  Le mari de Yesterday se retrouve avec ces médicaments à portée de main même s'ils habitent un petit village.  On peut imaginer que la facilité de mettre la main sur les bons médicaments est beaucoup moins accessible.  Mais sinon, bien que le film nous laisse avec un sentiment d'épuisement face à la lutte d'épuisement, il s'avère nécessaire.  Et on peut se demander s'il n'aura pas le même impact dans les pays africains que le film Philadelphia en a eu pour les Américains.


12 novembre 2007, 1:27
Lars et ses deux Real Girls
Lars and The Real Girl est beaucoup plus efficace comme titre que le tristounet Lars et L'Amour en Boîte dans sa version française. Parce que cette Real Girl fait référence tant à l'amoureuse en boîte (qui devient plus vraie que vraie) qu'à la collègue bien en chair que Lars ne parvient pas à aborder. Gosling, après le bonbon The Notebook, avait démontré tout son talent dans Half-Nelson. Ce dernier rôle lui avait valu une nomination à la dernière cérémonie des Oscars. En tant que Lars, il nous offre encore une fois une composition nuancée, soutenue et réussie. Tant dans la posture figée de son personnage, les quelques tics nerveux qui lui font cligner des yeux que sa façon de se sauver en courant des situations insoutenables, on croit à ce personnage qu'on veut pouvoir soulager de sa souffrance. Le film se maintient à merveille pour ne pas tomber dans le ridicule. On peut imaginer le même film s'écroulant sous la gaucherie d'un autre comédien ou d'un autre réalisateur. Il aurait été très facile de ne pas croire à cette histoire d'amour et pourtant... Un peu comme les habitants du village, on en vient à apprécier cette relation, à souffrir quand le couple éclate. Si le personnage de Lars doit compenser le manque de cordes vocales chez sa Real Girl en créant lui-même les dialogues, ne voit-on pas le même phénomène parfois chez nos contemporains. Ne voit-on pas ces couples où on nous donne l'impression de dialoguer mais où l'un des partenaires tient complètement le haut du pavé. On nous sert ici une histoire crédible qui aurait pu s'écrouler dans un banal film de série B. On ne considère pas Lars comme ayant un trouble mental mais plutôt comme un homme blessé. Il est aussi rafraîchissant de retrouver un personnage de psychologue où il y a un réel désir d'aider, de voir ce personnage ne pas être le cliché du psy plus fou que son patient mais plutôt un personnage qui accueille la particularité de l'autre. Un film qui fait du bien et le fait bien!
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