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26 octobre 2009, 9:38
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Légende de la grenouille trop cuite
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"La grenouille ne savait pas qu'elle était cuite."
Imaginez
une marmite remplie d’eau froide, dans laquelle nage tranquillement une
grenouille. On allume le feu sous la marmite. L’eau se chauffe
doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt
agréable et continue de nager. La température commence à grimper. L’eau
est chaude. C’est un peu plus que n’apprécie la grenouille ; ça la
fatigue un peu, mais elle ne s’affole pas pour autant. L’eau est
maintenant vraiment chaude. La grenouille commence à trouver cela
désagréable, mais elle est aussi affaiblie, alors elle supporte et ne
fait rien. La température de l’eau va ainsi monter jusqu’au moment où
la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir, sans jamais
s’être extraite de la marmite. Plongée dans une marmite à 50°, la
grenouille donnerait immédiatement un coup de pattes salutaire et se
retrouverait dehors.
Cette expérience montre que lorsqu’un
changement négatif s’effectue de manière suffisamment lente, il échappe
à la conscience et ne suscite la plupart du temps pas de réaction, pas
d’opposition, pas de révolte.
C’est exactement ce qui se produit
dans la société où nous vivons. D’année en année, on observe une
constante dégradation des valeurs, laquelle s’effectue cependant assez
lentement pour que personne - ou presque - ne s’en offusque.
Pourtant,
comme la grenouille que l’on plonge brusquement dans de l’eau à 50°, il
suffirait de prendre un citoyen moyen du début des années 80 et, par
exemple, de lui faire regarder la TV d’aujourd’hui ou lire les journaux
actuels pour observer de sa part une réaction certaine de stupéfaction
et d’incrédulité. Il peinerait à croire que l’on puisse un jour écrire
des articles aussi médiocres dans le fond et irrespectueux dans la
forme que ceux que nous trouvons normal de lire aujourd’hui, ou que
puissent passer à l’écran le genre d’émissions débiles qu’on nous
propose quotidiennement.
L’augmentation
de la vulgarité et de la grossièreté, l’évanouissement des repères et
de la moralité, la relativisation de l’éthique, se sont effectués si
lentement que bien peu l’ont remarqué ou dénoncé. Chaque
fois qu’un changement est trop faible, trop lent, il faut soit une
conscience très aiguisée soit une bonne mémoire pour s’en rendre
compte. Il semble que l’une et l’autre soient aujourd’hui chose rare.Sans
conscience, nous devenons moins qu’humain. Gavée par trop
d’informations inutiles, la mémoire s’émousse. Abrutie par un excès de
stimulations sensorielles, la conscience s’endort.Et
notre civilisation s’enfonce ainsi dans l’obscurité spirituelle, avec
le délitement social, la dégradation environnementale, la dérive
faustienne de la génétique et des biotechnologies, et l’abrutissement
de masse - entre autres symptomes - par lesquels elle se traduit.Le
principe de la grenouille dans la marmite d’eau est un piège dont on ne
se méfie jamais trop si l’on a pour idéal la recherche de la qualité,
de l’amélioration, du perfectionnement, si l’on refuse la médiocrité,
le statu quo, le laisser-faire.Incidemment,
ce principe fonctionne aussi au positif. Les efforts positifs que l’on
fait quotidiennement provoquent eux aussi des changements mais parfois
trop faibles pour être immédiatement perçus ; ces améliorations sont
pourtant bien là, et à ne pas les observer, certains se laissent
décourager à tort.Comment,
alors, ne pas succomber au piège du principe de la grenouille dans la
marmite d’eau, individuellement ou collectivement ? D'une
part il ne faut cesser d’accroître sa conscience, d’autre part il faut
conserver un souvenir intact de l’idéal et des buts que l’on s’est
fixés.
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