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Éric Simard
Éric Simard
15 décembre 2006, 6:56
Démasquée?
Pour moi, Marie-Sissi Labrèche est loin d'être la consécration de l'année. "La lune dans un HLM", que j'avais très hâte de lire, m'a plutôt déçu. Même qu'après l'avoir terminé, je me suis dit que Marie-Sissi Labrèche était en train de démontrer qu'elle n'était pas une grande romancière. Je trouve qu'elle n'est pas parvenue à créer une histoire cohérante en utilisant les vraies lettres écrites à sa mère, donc le "je", qui alternent avec une narration au "il". Le lien semble forcé et on a du mal à croire à son personnage de Léa qui manque visiblement de profondeur. En plus, du début à la fin, on y décèle des tics d'écriture qu'on ne permettrait pas à un jeune auteur. En voici un exemple probant: "Elle voudrait qu'elle l'adopte, qu'elle fasse d'elle le fruit de ses entrailles est béni...". Alors, je me questionne. Derrière cette vivacité, cette frébilité et cette hystérie qui ont fait sa renommée, qu'aura-t-elle à nous offrir lorsqu'elle aura terminé d'exploiter cette veine qui la caratérise si bien? Sa narration au "il" me fait craindre le pire.
15 décembre 2006, 6:23
Trop méconnue
Aki Shimazaki est peut-être l'auteur la plus méconnue de notre littérature. Pourtant, elle a tout pour séduire le plus grand nombre. D'un livre à l'autre (il faut lire sa série de 5 livres intitulées "Le poids des secrets"), elle nous offre toujours de petits bijoux littéraires qui brillent par leur concision et leur intelligence, non dénués d'émotion. Son écriture est irréprochable pourtant elle écrit dans sa langue d'adoption. De quoi faire rougir bien des francophones de souches. Elle le prouve encore avec "Mitsuba", une touchante et magnifique histoire d'amour toute simple qui débute au Japon et qui se termine à Montréal. On savoure chaque instant, chaque mot et on se laisse porter par cet univers charmant et enveloppant. "Mitsuba" c'est du bonbon, un plaisir à s'offrir.
5 novembre 2006, 11:30
Un direct en pleine gueule
Ça fait quelques jours que j'ai terminé la lecture de ce livre et je suis encore sous le choc. C'est tellement plus qu'un roman sur la violence. Lionel Shriver, à travers cette histoire horrible, questionne la société nord-américaine et surtout la quête existentielle en chacun de nous (ou la perte de cette quête). Je n'ai pas encore de mots pour décrire tout ce que j'ai ressenti en lisant ce roman exceptionnel. En le terminant, les larmes aux yeux, je me suis dit que c'était pour faire des rencontres littéraires comme celle-là que j'aimais la lecture. Je me souviendrai toujours de la confession sans concession d'Éva, cette mère qui ose dire tout ce que l'on ne doit pas dire à une époque où on nage en pleine négation de la nature humaine profonde. C'est un direct en pleine gueule que nous envoie Lionel Shriver. De loin, le meilleur livre que j'ai lu depuis des années.
12 octobre 2006, 9:39
Si loin, si proche
Le titre évoque une terre lointaine. Ce monde des juifs orthodoxes, que l'auteur nous fait découvrir de l'intérieur, est en quelque sorte cette terre lointaine pourtant très proche de nous. Dès les premières phrases, Myriam Beaudoin nous rend captif en installant une ambiance très forte nous forcant ainsi à plonger avec elle dans cet univers ahurissant. Tout ça est fait d'une façon simple, respectueuse et soutenue par une écriture maîtrisée. Le plus remarquable dans le travail d'écriture de Myriam Beaudoin est qu'elle semble mettre tout son talent uniquement au profit de son écriture, qualité de plus en plus rare chez les romanciers. Elle ne cherche jamais à épater la galerie. Au contraire, tout est d'une simplicité, d'une sincérité et d'un respect étonnant. C'est ce qui fait toute la force de ce roman québécois hors catégorie. Une des plus belles surprises de l'année. De par sa singularité, Myriam Beaudoin se distingue et apporte une voix nouvelle au paysage littéraire québécois.
30 septembre 2006, 2:28
Plonger dans le vide
Le film de Michel Gondry "La science des rêves" prouve hors de tout doute qu'il ne suffit pas d'être ultra créatif pour faire un bon film. À part les deux acteurs au charisme incroyable (Gael Garcia Bernal et Charlotte Gainsbourg), ce film n'a rien d'excitant. Oui, il y a une grande inventivité artistique qui se veut un plongeon direct dans l'onirisme, mais le spectateur, lui, plonge plutôt dans le vide tellement le scénario est mince. On cherche constamment à s'accrocher à quelque chose d'intéressant. Seules les bébelles inventées y parviennent. Je me suis rendu jusqu'au bout de ce rêve malgré de fortes envies de regarder l'heure régulièrement (pas bon signe ça au cinéma!) et à un certain moment, l'idée de sortir de la salle m'a effleuré l'esprit (encore moins bon signe). Je suis resté pour le sourire de Charlotte et la candeur de Gael. J'aurais été fou de ne pas en profiter!
6 septembre 2006, 9:29
Un sentiment de déception
"La mer de la tranquillité" m'a laissé un certain sentiment de déception. J'ai eu du mal avec les thèmes abordés, surtout celui de la religion. La manière dont Sylvain Trudel la traite me semble un peu éculée, à la limite facile lorsqu'il la confronte à la sexualité. Les milieux pauvres et tous ces éclopés de la vie qu'il décrit ne m'ont pas touché, ni interpelé. Pourtant, au niveau de l'écriture, c'est du grand Sylvain Trudel. Actuellement, c'est l'un des meilleurs auteurs québécois. À ce niveau, ce recueil de nouvelles est à la hauteur. Pour ce qui est du reste, le réel intérêt que l'on puisse prendre en parcourant un livre, le rendez-vous promis n'a pas vraiment lieu.
2 septembre 2006, 8:16
Savoureux
Quelle fraîcheur, ce film? Dès le début, il nous arrache un sourire qui se transforme rapidement en éclats de rire. On est certain qu'on va aimer. Et on ne se trompe pas. Le charme opère jusqu'à la fin. Le chassé-croisé amoureux est prévisible mais on s'en fout. Les dialogues sont tellement savoureux et les acteurs d'un naturel désarmant qu'on prend un énorme plaisir à suivre leurs tribulations amoureuses. Frédérique Bel est une bulle de fraîcheur qui éclate à chacune de ses présences à l'écran. Une révélation, cette fille. Emmanuel Mouret, en plus d'être un excellent acteur, est un réalisateur doué. "Changement d'adresse" est un film surprenant et tout simplement irrésistible !
22 juillet 2006, 6:53
Un lemming en moi
Au sortir du cinéma, après le visionnement du film Lemming de Dominik Moll, j'étais dans un état second et plutôt perplexe. Tout ce que je trouvais à dire était que le scénario m'apparaissaît boîteux dans la seconde partie du film qui avait pourtant démarré sur des chapeaux de roues. Je prenais un malin plaisir à voir évoluer le personnage presque démoniaque d'Alice joué d'une façon magistrale par une Charlotte Rampling à son meilleur. Quelques jours plus tard, j'avoue que le petit lemming a su se frayer un chemin et faire sa niche à l'intérieur de moi. Je n'arrête pas d'interpréter et de réinterpréter le scénario. Chaque interprétation que je lui confère me plaît, même les plus étranges. J'adore quand un film continue de faire son travail bien après la projection. C'est une très belle qualité et un très bon signe. Faible, le scénario? Peut-être plus efficace qu'il n'y paraît. Cette histoire de lemming et de cette Alice qui s'infiltrent en même temps dans la vie de ce couple "parfait", très bien campé par Charlotte Gainsbourg et Laurent Lucas, n'est finalement pas piquée des vers. Un film psycho-schizo qui brouille les pistes et surtout qui distorsionne la réalité. La perception qu'on peut avoir des choses s'en trouve alors passablement affectée par la suite.
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