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La Fondation littéraire Fleur de Lys demande des modifications à la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre
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Dans une lettre
adressée le 22 juin 2008 à la Ministre de la culture, des communications et de
la condition féminine, Madame Christine Saint-Pierre, le président de la
Fondation littéraire Fleur de Lys, Serge-André Guay, demande des
modifications à la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le
domaine du livre et au Règlement sur l'agrément des éditeurs au Québec afin
d'inclure le financement gouvernemental des éditeurs libraires en ligne sur
Internet. Voir la lettre ci-dessous.
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Montréal, le 22 Juin 2008
L'Honorable Christine Saint-Pierre
Ministre de la Culture, des Communications et
de la Condition féminine du Québec
480, boul. Saint-Laurent, 7e étage
Montréal (Québec)
H2Y 3Y7
Madame la Ministre,
La présente a pour but de vous demander les modifications
nécessaires à la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le
domaine du livre (L.R.Q., c. D-8.1) et, par conséquent, au Règlement sur
l'agrément des éditeurs au Québec (D-8.1, r.3), afin de permettre à votre
ministère de venir en aide financièrement aux éditeurs en ligne sur Internet et
ainsi permettre le développement d'une nouvelle économie du livre liée aux
nouvelles technologies.
Comme vous le savez, actuellement, cette loi fixe en ces mots à
l'article 2 le cadre de l'aide financière gouvernementale: «2. L'aide
financière que peut accorder, suivant la loi, le gouvernement, un de ses
ministères, organismes ou un mandataire de l'État à une personne faisant
commerce dans le domaine de l'édition, de la distribution ou de la librairie ne
peut être accordée qu'à des personnes titulaires d'un agrément délivré en vertu
de la présente loi ou qui y sont admissibles.» Or, cet agrément n'est pas
accessible à l'éditeur en ligne sur Internet en vertu de l'article 3 de la section II -
Admissibilité à l'agrément du Règlement sur l'agrément des éditeurs au Québec:
«La personne visée dans l'article 2 qui distribue elle-même sa production est
tenue de fournir les librairies agréées et ce, selon les dispositions de la Loi
et des règlements et les conditions usuelles du commerce.» Il est d'usage chez
les éditeurs en ligne sur Internet de limiter leur distribution dans les
librairies en ligne sur Internet.
Autrement dit, l'éditeur en ligne sur Internet ne peut pas obtenir
le statut d'éditeur agréé et accéder à une aide financière de votre
gouvernement au même titre que les éditeurs agréés parce qu'il ne distribue pas
sa production dans les librairies traditionnelles (avec pignon sur rue), y
compris celles agréées.
Cette pratique de limitation de la distribution à l'Internet dans
le domaine de l'édition en ligne est un impératif propre à la nouvelle économie
du livre qui se développe avec le
support des nouvelles technologies. Il faut comprendre en
cela que l'édition en ligne est soumise à des impératifs spécifiques tout comme
l'édition traditionnelle agréée a son propre modèle d'affaires. Loi sur le
développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre (L.R.Q., c.
D-8.1) et le Règlement sur l'agrément des éditeurs au Québec (D-8.1, r.3) ont
été adoptés pour soutenir le modèle d'affaire de l'économie traditionnelle du
livre, sans aucune ouverture sur les changements possibles dans le monde du
livre provoqués, notamment, par les
nouvelles technologies numériques et l'impression à la demande. Bref, nous
sommes d'avis que cette loi et ce règlement sont non seulement désuets mais
aussi freinent le développement de la nouvelle économie du livre au Québec.
En fait, dans le domaine de l'édition en ligne, le Québec se
retrouve très loin derrière des pays tels la Hongrie, les Pays-Bas, l'Autriche,
la Finlande, la Suède, l'Allemagne et la France grâce à l'intervention du
Conseil de l'Europe il y a déjà 10 ans. Évidemment, le Québec fait aussi piètre
figure dans le domaine de l'édition en ligne face aux États-Unis d'Amérique.
Mais est-ce encore logique que le Québec soit prochainement dépassé par
certains pays en voie de développement, ces derniers étant la cible d'un projet
spécial d'édition en ligne et d'impression à la demande qui implique des
instances internationales dont la Banque mondiale. Le retard accumulé par le
Québec dans le domaine de l'édition en ligne et de l'impression à la demande a
déjà atteint une telle ampleur qu'une part de cette nouvelle économie du livre
nous échappe déjà aux mains d'entreprises françaises et américaines. C'est
notamment le cas de la firme américaine Lulu.com qui ruine peu à peu les
efforts de notre maison d'édition en ligne sur le terrain faute de moyen
financier pour se faire connaître.
Pourtant, dans une étude publiée par la Société de développement
des entreprises culturelles en 2001 sous le titre «Les chiffres des mots»,
l'auteur Marc Ménard,
professeur à l'École des médias de la faculté de communication de l'Université
du Québec à Montréal, insistait sur l'importance de cette nouvelle économie du
livre. La réaction de la SODEC est venue six ans plus tard et elle a tout pour
nous inquiéter. Dans un courriel adressé à l'un de nos auteurs le 10 avril
2007, monsieur Louis Dubé,
chargé de projet et adjoint au directeur général de la SODEC, écrivait: «Nous
avons le plaisir de vous informer qu’une étude sur la numérisation a été
entreprise par l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) et
l’Association of Canadian Publishers (ACP) et pourra être utile à l’élaboration
d’un nouveau programme d’aide. La fin des travaux est prévue à l’automne 2007.
Le Ministère québécois de la Culture et des Communications ainsi que le
Ministère du Patrimoine Canadien contribuent au financement de cette étude.»
Malheureusement, il ne s'agit pas d'un pas pour le développement de l'édition
en ligne au Québec mais simplement d'une étude de marché pour la numérisation
des livres déjà édités par les éditeurs traditionnels agréés.
L'édition en ligne ne consiste pas à reprendre la production des
éditeurs agréés mais plutôt à offrir sur Internet des oeuvres inédites de
nouveaux auteurs, auteurs et écrivains professionnels qui autrement ne
trouveraient pas d'autre débouché ou qui préfèrent l'Internet à la librairie
traditionnelle. J'insiste, l'édition en ligne ne consiste pas à une simple
numérisation de la production des éditeurs traditionnels.
Je suis au regret de vous informer que lors de cette étude
l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) financée par votre
ministère et son vis-à-vis canadien aucun éditeur en ligne québécois n'a été
contacté afin de s'enquérir de son expérience sur le terrain. Tout laisse
croire que le programme d'aide financière mentionné par monsieur Louis Dubé de la SODEC
dans son courriel à notre auteur sera destiné aux éditeurs agréés qui veulent
offrir une version numérique de leur édition papier, ancienne et nouvelle.
Or, l'un des principes fondamentaux de l'édition en ligne consiste
à assurer une plus grande diversité éditoriale et culturelle en offrant une
chance à des auteurs dont les oeuvres ne sont pas retenues par les éditeurs
agréés compte tenu des impératifs commerciaux de leur marché. Le risque encouru
par l'éditeur en ligne est moindre que celui assumé par l'éditeur traditionnel.
Ainsi, l'éditeur en ligne peut se permettre de lancer des nouveaux auteurs ou
de relancer des écrivains professionnels à un coût inaccessible à l'éditeur
traditionnel. Cette notion de diversité éditoriale et culturelle fut l'une des
motivations de base de l'implication du Conseil de l'Europe dans le
développement de l'édition en ligne.
Pourquoi est-ce différent au Québec ? Parce que la SODEC pense
encore et toujours en termes d'édition traditionnelle même face à la nouvelle
économie du livre sur Internet. Alors que partout ailleurs l'édition en ligne
est généralement une affaire de nouveaux joueurs, nous avons l'impression que
la SODEC ne souhaite pas la venue de nouveaux joueurs exclusivement dédiés à
l'édition en ligne dans la liste des bénéficiaires de son aide financière. Pour
tout vous dire, monsieur Louis
Dubé de la SODEC est devenu l'ennemi numéro 1 des éditeurs en
ligne au Québec. Ses réactions aux projets de création de maisons d'édition en
ligne ne sont pas dignes d'un développeur. Lorsque nous lui avons souligné que
nous serions la première maison d'édition en ligne sur Internet en 2002, il a
répondu que s'il n'y en avait pas déjà au Québec, c'était simplement parce
qu'il n'y avait pas de demande. Sa réaction au projet de maison d'édition en
ligne de Pierre Fraser
de Québec a été toute aussi négative. Ce dernier vient de
nous quitter pour venir en aide à un projet en... Californie. Aussi, les
fonctionnaires de votre ministère nous ont souvent promis depuis 2004 une
réflexion en bonne et due forme au sujet de l'édition en ligne mais ces
promesses sont demeurées lettre morte.
Cet atmosphère pour le moins anti-entrepreneurial face à l'édition
en ligne qui règne au sein de votre ministère, de la SODEC et de la chaîne
traditionnelle du livre qui voit là un compétiteur plutôt qu'un complément, a
même poussé l'un de nos éditeurs en ligne à s'enregistrer aux États-Unis plutôt
que chez nous et à faire le
dépôt légal de sa production à l'étranger.
À notre avis, il n'y a qu'un seul moyen de changer tout cela :
modifier la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le
domaine du livre (L.R.Q., c. D-8.1) et, par conséquent, au Règlement sur
l'agrément des éditeurs au Québec (D-8.1, r.3), afin de permettre à votre
ministère de venir en aide financièrement aux éditeurs en ligne sur Internet.
Il n'y a aucune raison pour que les éditeurs traditionnels soient les seuls à
jouir d'une aide financière de votre gouvernement, une aide qui s'élève à près
de 5,000$ par titre édité (Les chiffres des mots, Marc Ménard, SODEC, 2001.)
Pourquoi l'éditeur de l'auteur en ligne est-il ainsi l'objet d'une telle
discrimination ?
La Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le
domaine du livre contrevient à l'article 19 de la Déclaration universelle des
droits de l'Homme adoptée par l'organisation des Nation Unies. En effet,
l'article 19 précise que: «Tout individu a droit à la liberté d'opinion et
d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses
opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations
de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que
ce soit.» En réservant son aide financière en exclusivité aux livres publiés
par les éditeurs agréés, le gouvernement ne fait-il pas preuve de
discrimination envers certains moyens d'expression tel le livre édité en ligne
sur Internet ?
De par son titre même, cette loi est vouée au «développement» des
entreprises québécoises dans le domaine du livre. Or, elle le freine. Il est
temps d'agir, d'encourager l'émergence et le développement des maisons
d'édition québécoises en ligne sur Internet. Pour l'heure rare sont les oeuvres
québécoises éditées en ligne. Que se passera-t-il donc le jour où les appareils de
lecture portables (livres électroniques ou livrels) seront disponibles au
Québec ? Le marché pourra-t-il se développer avec aussi peu de titres inédits
disponibles en format numérique ? Le lecteur québécois sera-t-il limité à une
copie numérique conforme de l'offre papier en librairies traditionnelles ?
Auprès de quels éditeurs libraires en ligne québécois s'approvisionnera le
lecteur québécois en livres numériques ? Les réponses à ces questions se
trouvent toutes dans l'émergence et le développement de maisons d'édition
québécoises en ligne sur Internet. Et cela ne saurait pas se faire sans le support financier de
l'état, comme ce fut le cas ailleurs dans le monde. Mais la loi vous en
empêche. Il faut la modifier !
En terminant, ai-je besoin de vous souligner que vous rencontrerez
de la résistance aux changements, d'où la nécessité d'un leadership fort de
votre part et de votre gouvernement. C'est la diversité éditoriale de notre
patrimoine littéraire qui est en jeu, à l'instar de la liberté d'expression des
nouveaux auteurs, auteurs et écrivains professionnels. C'est aussi la
motivation à l'écriture qui se joue car les refus de publication sont très
nombreux; 90% des manuscrits soumis aux éditeurs traditionnels sont refusés.
Écrire lorsqu'on a seulement 10% de chance d'être publié et lu demande beaucoup
de courage. L'édition en ligne sur Internet procure une nouvelle chance. Et
parfois, c'est grâce à la publication en ligne que l'auteur est découvert par
un éditeur traditionnel, comme ce fut le cas pour quelques-uns de nos auteurs.
L'éditeur en ligne contribue donc à maintenir voire à développer la motivation
à l'écriture parce qu'il offre une nouvelle chance aux auteurs, notamment à
ceux et celles qui profitent de leur retraite pour renouer avec l'écriture et à
enrichir notre patrimoine littéraire de leurs témoignages ou de leurs
imaginaires.
À ceux qui vous diront que l'éditeur en ligne sur Internet publie
n'importe quoi, je vous invite à répondre qu'on trouve dans l'édition en ligne
une qualité égale sinon supérieure aux livres traditionnels. Il ne s'agit pas
ici d'autoédition où l'auteur est le seul à tout décider. L'éditeur en ligne
fait un véritable travail de l'oeuvre avec ses auteurs. Celui qui se soustrait
à ce travail disparaît très rapidement car les lecteurs internautes sont très
exigeants, croyez-moi.
Et à ceux qui vous diront que l'édition en ligne est un
compétiteur dont il faut se méfier, je vous invite à répondre que les deux
modes d'édition sont complémentaires et s'enrichissent l'un et l'autre.
Certaines études démontrent que bon nombre de clients des éditeurs libraires en
ligne complètent leur magasinage chez les libraires traditionnels pour
satisfaire leur nouveau goût pour la lecture.
Veuillez agréer, Madame la Ministre, l'expression de mes
salutations les plus distinguées.
Bien à vous,
Serge-André
Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
TÉLÉPHONE
(514) 680-1211
(Montréal, Québec, Canada)
ADRESSE
POSTALE
Fondation littéraire
Fleur de Lys, 6678, 25ème Avenue, Montréal, Québec. H1T
3L7
ADRESSE
ÉLECTRONIQUE
contact@manuscritdepot.com
SITE
INTERNET
http://www.manuscritdepot.com
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Des éditeurs québécois dépensent-ils l'argent de nos taxes et de nos impôts en faisant imprimer leurs livres par l'américaine Lulu.com ?
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Si on se réfère à une employée de la firme
d'autoédition américaine Lulu.com, madame Annie
David, certains éditeurs québécois préfèrent
encourager l'économie américaine au détriment de
l'économie québécoise lorsque vient de temps
d'imprimer leurs livres.
«Des "éditeurs" Québécois qui se servent de Lulu,
croyez-moi, il y en a» a affirmé Madame David sur le site du journal
citoyen AgoraVox en réaction à l'article
L'américaine Lulu.com aura-t-elle raison des pionniers québécois de
l'édition en ligne ? publié la semaine dernière et signé par
Serge-André Guay, président de la Fondation
littéraire Fleur de Lys, première maison d'édition
québécoise en ligne sur Internet avec l'impression à
la demande.
S'agit-il d'éditeurs québécois subventionnés à
l'aide de nos taxes et de nos impôts? Impossible de
le savoir nous dit l'employée de Lulu.com car
l'entreprise américaine permet l'anonymat: «En
demandant une API. Les visiteurs de Fleur de Lys
ignoreront que vous utilisez Lulu, ils ne quitteront
pas votre site (...)», ajoute madame David. Sur le
site Internet de Lulu.com, on peut lire, parmi les
avantages offerts: «Interfaces de programmation
(API) qui vous permettent de vendre des documents
publiés sur Lulu sans que le client ne quitte votre
site.» (Source)
Toute la question est de savoir si parmi ces
éditeurs québécois partenaires de l'américaine
Lulu.com, il y a des éditeurs subventionnés par le
gouvernement du Québec qui se serviraient ainsi
d'une part de nos taxes et de nos impôts pour
encourager l'économie américaine plutôt que celle du
Québec. Une enquête s'impose.
Soulignons qu'aucune clause de la
Loi sur le développement des entreprises québécoises
dans le domaine du livre oblige l'éditeur
subventionné à imprimer sa production au Québec. En
revanche, l'usage des subventions implique une
certaine responsabilité sociale envers l'économie
d'ici.
Texte complet du message de Madame Annie David,
employée de Lulu.com sur le site AgoraVox
Messieurs,
En l’état actuel des choses, je me vois contrainte
de venir rectifier une assertion gravissime: non,
Lulu n’est pas du genre féminin ! Lulu.com est un
site internet. Accessoirement, Lulu est Canadien
d’origine, puisque son fondateur Bob Young préside
encore aux destinées d’un club de foot de Toronto si
ma mémoire est bonne. Certes, le siège est en
Caroline du Nord , mais mes collègues (eh oui, je
bosse chez Lulu !) sont de toutes les nationalités,
couleurs, races et langues.
Alors, Monsieur Fleur de Lys, je crois que nous
avons la solution: prenez un pseudo, publiez quelque
chose sur Lulu, voyez si ça vous convient. Personne
n’en saura rien.
Ensuite, ayant constaté que personne ne viendra vous
prendre une once de vos droits sur votre oeuvre, et
cela même avec un ISBN américain où Lulu figure
comme l’éditeur - pour de pures raisons d’obtention
d’ISBN et le corollaire, l’inscription dans les
bases de données de l’industrie du livre d’Amérique
du Nord - vous pourrez envisager d’éditer via Lulu.
Comment ? En demandant une API. Les visiteurs de
Fleur de Lys ignoreront que vous utilisez Lulu, ils
ne quitteront pas votre site et ce n’est pas un seul
livre que vous leur vendrez, mais autant qu’il le
faut. Des "éditeurs" Québécois qui se servent de
Lulu, croyez-moi, il y en a.
Combattre Lulu pour obtenir une subvention ? Je ne
connais pas les lois Québécoises, mais je pense
qu’en vous rebaptisant Editions Tartempion, vous
pourriez en avoir.
Il n’est pas ici question d’assurer une quelconque
hégémonie de Lulu, mais bien den effet de
démocratiser l’expression littéraire et artistique.
En ces temps de commémoration du départ de Samuel
Champlain de Brouage pour votre beau pays, je vous
adresse, cher amis Québécois, les salutations
fraternelles du Poitou-Charentes:)
Annie DAVID
Chroniqueuse littéraire et nounou chez Lulu.com
Source :
AgoraVox
Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
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L'américaine Lulu.com aura-t-elle raison des pionniers québécois de l'édition en ligne ?
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La Fondation littéraire Fleur de Lys, première
maison d'édition québécoise en ligne sur Internet
avec l'impression à la demande (un exemplaire à la
fois à la demande expresse de chaque lecteur),
connaît une baisse drastique de ses activités. La
direction de la Fondation explique cette baisse par
la publicité gratuite dont profite la maison
d'édition en ligne américaine Lulu.com au Québec.
Curieusement, c'est l'Union des écrivaines et des
écrivains québécois (UNEQ) qui a lancé le bal par la parution d'un article
sous le titre «Un
nouveau mode d'édition» faisant l'éloge de
l'américaine Lulu.com dans l'édition de septembre
dernier de son bulletin. Pourtant, le président de
l'UNEQ, Stanley Péan, exprimait publiquement sa
crainte «que les
compagnies étrangères pourraient finir par éditer
électroniquement les livres québécois au détriment
des éditeurs de chez nous. L'argent de l'achat irait
ailleurs que dans l'industrie québécoise. Il faut
sincèrement que le milieu commence à y réfléchir
parce que le mouvement est amorcé et il est
irréversible» (Journal de Montréal, 15 mars 2007).
Il semble que cet appel de Stanley Péan à la
réflexion soit tombé dans le vide, même au sein de
l'UNEQ dont il assume la présidence, puisque le
bulletin de l'Union a fait la promotion de l'une de
ces maisons d'édition étrangères en ligne sur
Internet dans un texte consacré en exclusivité à
l'américaine Lulu.com ou, si vous préférez, sans
aucune allusion aux initiatives québécoises.
Puis, dans son Édition du samedi 12 et du dimanche
13 janvier 2008, le quotidien Le Devoir publie lui
aussi un article consacré en exclusivité à
l'américaine Lulu.com sous le titre «Se
publier envers et contre tous», passant ainsi
lui aussi sous silence les initiatives québécoises
dans le domaine. Enfin, faut-il croire que Lulu.com
est entrée dans les moeurs du quotidien Le Devoir
puisque dans un nouvel article intitulé «La
bibliothèque portable» publié dans l'édition du
samedi 19 et du dimanche 20 avril 2008, on trouve
une autre mention favorable à l'américaine Lulu.com
: «Le livre a été publié sur Lulu.com, un site créé
en 2002 qui permet aux auteurs de diffuser et de
vendre leurs romans sur le Web tout en en gardant le
contrôle éditorial et légal.»
La direction de la Fondation littéraire Fleur de Lys
se demandait pourquoi le nombre de manuscrits
déposés à l'attention de son service d'édition en
ligne était à la baisse depuis l'automne dernier. Ce
sont les appels téléphoniques de quelques auteurs
indignés par les articles parus dans le bulletin de
l'UNEQ et dans Le Devoir qui a mis la puce à
l'oreille de la Fondation. «On m'a parlé de LULU.com
puis j'ai lu votre critique de l'article du Devoir.
Je trouve ça aberrant qu'on ne parle pas du travail
formidable de la fondation» a expliqué l'un de ces
auteurs.
La Fondation littéraire Fleur de Lys est
suffisamment inquiète pour se demander si elle
survivra à cette offensive de l'américaine Lulu.com
d'autant plus qu'elle profite implicitement de
l'appui de l'UNEQ et du quotidien Le Devoir.
Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.123.htm
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Gutenberg 2.0 - Le futur du livre
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J’ai lu la première et la seconde édition de « Gutenberg 2.0 - Le futur du livre »
et ma recommandation est fort simple : « Achetez ce livre ! » L’ouvrage
permet un véritable voyage dans le futur du livre, un futur réaliste et
fort bien documenté. On ne saurait pas envisager l’avenir du produit
culturel le plus vendu de tous les temps sans connaître les plus
récents développements technologiques et historiques sur lesquels
l’auteur se penche à la fois avec prudence et optimiste. Bref, l’essai
de Lorenzo Soccavo est un ouvrage de premier plan, une véritable
référence. La publication en février dernier (2008) d’une deuxième
édition, actualisée et augmentée, un an après la sortie de la première
édition, démontre à quel point les technologies, les projets et les
mentalités évoluent rapidement dans le monde merveilleux du livre.
Le lecteur québécois sera davantage
surpris par ce futur imminent que les lecteurs européens, asiatiques et
américains. Le livre de Lorenzo Soccavo permet à ces derniers de se
tenir à jour parce qu’ils sont au coeur même de l’action. L’Europe,
l’Asie et les États-Unis d’Amérique sont les leaders incontestables de
ce renouveau du monde du livre. Depuis quelques années déjà,
l’information se multiplie et fuse de toutes parts en provenance du
front où se déploie le talent des innovateurs et des inventeurs. C’est
dans ce contexte que surgit le besoin d’un prospectiviste de l’édition.
« L’on me demande
parfois avec un gentil sourire amusé ce que cela signifie :
"prospectiviste de l’édition" et, assez souvent, mes oreilles me
sifflent des petits airs guillerets. En clair : Lorenzo Soccavo s’est
autoproclamé en 2005 "Prospectiviste de l’édition", mais c’est quoi ce
truc ? Un prospectiviste est quelqu’un qui fait de la prospective. Et
toc ! La prospective est la : « Discipline qui se propose de concevoir
et de représenter les mutations et les formes possibles d’organisation
socio-économiques [...] d’un secteur d’activité dans un avenir éloigné,
et de définir des choix et des objectifs à long terme pour les
prévisions à court ou moyen terme. » [Définition TLFI] Cette définition
me convient parfaitement. Elle correspond bien, en effet, à la
discipline que je m’impose, de détecter et d’accompagner les usages
émergents, d’anticiper les ruptures d’usage des lectorats, les nouveaux
modes de lecture et de diffusion, notamment, liés au numérique.
L’avenir du livre, à mon avis, ne peut pas se penser séparément de
l’évolution des autres technologies et nous devons tenir compte et
intégrer dans nos scénarios du futur, les systèmes apprenants et les
recherches sur la réalité augmentée, l’immersion totale, le Web 3D,
etc. » Lorenzo Soccavo
Attention, nous ne sommes pas ici dans
la science fiction. Les développements dont nous entretient Lorenzo
Soccavo sont réels. L’encre électronique, le papier électronique, les
livres électroniques, l’édition en ligne, les librairies virtuelles,
l’impression à la demande,... existent bel et bien et se développent à
vitesse grand V en Europe, en Asie et aux États-Unis d’Amérique où la
mobilisation industrielle est déjà amorcée. Cela signifie que l’on
passera bientôt à une commercialisation à grande échelle des
innovations expérimentées ces dernières années. Et comme je le
soulignais, le lecteur québécois risque fort d’être davantage surpris
parce qu’il est loin de l’action et peu ou mal informé. Les médias
québécois traitent encore ces innovations qui ailleurs bouleversent
toute la chaîne du livre comme de simples curiosités. Je ne saurais
donc trop recommander à mes compatriotes québécois de lire cet ouvrage
de Lorenzo Soccavo.
Le livre n’en est pas à sa première mutation
Pour envisager l’avenir, il faut
d’abord revenir en arrière si on ne veut pas être taxé de fabulateur.
Et c’est sans doute la mise en contexte historique de l’évolution du
livre et des supports de l’écrit en général au fil des siècles que
j’aime le plus dans ce livre. Lorenzo Soccavo y consacre le premier
chapitre de son ouvrage sous le titre « Le livre n’est pas un produit
comme les autres ».
Le commentaire le plus fréquent entendu
au sujet de l’avenir technologique du livre, c’est que le livre papier
tel que nous le connaissons n’est pas prêt de disparaître parce que les
lecteurs préfèreront toujours le bon vieux papier. Or, la question qui
se pose au sujet du futur du livre n’est pas de savoir si le support
papier va disparaître ou non mais plutôt quelle place prendront les
nouveaux supports électroniques avec leur perfectionnement au fil des
ans.
Plusieurs évoquent l’inconfort de la
lecture à l’écran pour soutenir que la place de ces nouveaux supports
de lecture sera très limitée. Il faut être mal informé pour s’en tenir
encore à cette hypothèse car ce problème technique est déjà du passé
avec le papier électronique qui offre désormais une lisibilité en tous
points comparable au papier traditionnel. Le livre électronique n’est
plus un « écran » portable, une miniaturisation d’un écran d’ordinateur
personnel, mais un appareil de lecture muni d’une feuille de papier
électronique réinscriptible sur laquelle s’affichent les pages d’un
livre avec différentes options de navigation. Et les tests auprès des
lecteurs sont suffisamment concluants pour passer au stade de la
production industrielle. L’Europe aura bientôt sa première usine de
papier électronique et l’Asie n’est pas en reste avec plusieurs autres
projets industriels.
Ce papier électronique est une mutation
au même titre que les autres vécus par les supports de lecture depuis
l’avènement de l’écriture environ 5000 ans av. J.-C., nous rappelle
Lorenzo Soccavo. « Les Babyloniens écrivaient sur des tablettes
d’argile humide, qu’ils laissaient ensuite sécher et durcir au soleil.
Égyptiens, puis Grecs et Romains écrivaient sur de longues bandes de
papyrus qu’ils enroulaient. (...) Avec le parchemin, peau d’ovin,
poncée puis tannée (s’il s’agit d’une peau de veau, l’on parle de
vélin), plus souple et donc assemblable en cahiers, l’idée d’assembler
des feuilles de manière à constituer un volume va être un véritable
progrès. La page apparaît. » « Aujourd’hui, au XXIe siècle, avec les
tablettes de lecture en e-paper −papier électronique −c’est, (...),
l’accès immédiat à des centaines de volumes sur une seule et unique
page réinscriptible à loisir qui est maintenant possible. » (Gutenberg
2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo, chapitre 1, pp. 24-25)
L’assemblage de ces pages sera baptisé
« codex », du latin, « tablette à écrire ». « Ce passage du rouleau au
codex est la première étape importante dans l’histoire du livre », note
Lorenzo Soccavo.
« Au XIe siècle les Arabes introduisent
dans les pays méditerranéens le papier, que les Chinois avaient inventé
dès les 1er siècle. (...) Très vite, l’accroissement des besoins en
papier qu’une qualité convenable et égale conduit à industrialiser la
fabrique de la pâte à papier et à imposer le bois, donc les arbres,
comme principale matière première. Le papier finit par s’imposer comme
le support privilégié à la transmission des savoirs. Le passage de la
xylographie (système qui prévalait jusqu’alors d’impression des textes
au moyen de planches de bois gravées en relief), à l’impression
typographique (basée sur l’assemblage de caractères mobiles en plomb,
afin de former les mots) est la deuxième étape importante de l’histoire
du livre. » (Gutenberg 2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo,
chapitre 1, p. 26)
« Au fil des siècles l’objet livre a régulièrement évolué, en termes de capacités, pour :
- premier Plus de pérennité : capacité à durer, à traverser les aléas du temps...
-
deuxieme Plus de compacité : capacité, à la fois, à occuper moins de
place et, à contenir plus, à stocker un nombre toujours plus élevé de
caractères, toujours plus de texte...
-
troisiemePlus de liberté : capacité du texte à s’émanciper des
contraintes liées au support, et de libérer auteurs et lecteurs en
facilitant la diffusion et le partage... »
(Gutenberg 2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo, chapitre 1, p. 27)
Peut-on douter encore de la flexibilité
du livre, de sa capacité à se transformer pour répondre toujours mieux
aux besoins des lecteurs ? Le livre n’est pas plus de nos jours un
produit statique qu’il ne le fut au cours de son histoire. Il évolue.
Même son existence sur le support papier a évolué, par exemple, avec
l’avènement du livre de poche. En résumé, le livre demeure mais son
support évolue dès qu’une avancée technologique peut lui donner
davantage de capacité de pérennité, de compacité et de liberté. Et
c’est exactement ce que l’encre et le papier électronique offrent au
livre.
Lorenzo Soccavo explique dans les
moindres détails cette nouvelle mutation du livre sous tous ses
aspects. Tout résumé risquerait de banaliser l’un de ces détails qui
fera histoire. Nous passons donc ici volontairement sous silence les
autres informations techniques au profit de notre invitation initiale :
« Acheter ce livre ! » pour découvrir cette odyssée technologique
géniale à la conquête du futur du livre.
Le message principal est passé : Le
livre n’en est pas à sa première mutation. Il ne sert donc à rien de
lutter contre le numérique ; il faut s’y adapter.
Une nouvelle philosophie du livre
Le deuxième aspect le plus frappant à
la lecture du livre de Lorenzo Soccavo, c’est la nouvelle philosophie
du livre qui se met en place. Autrement dit, la mutation du livre n’est
pas uniquement un simple affaire technologique productrice d’un nouveau
gadget de lecture. En effet, la technologie ouvre une nouvelle approche
philosophique du livre, comme toutes les mutations passées.
Nous connaissons amplement le
changement de philosophie du livre provoqué par l’invention de
l’imprimerie par Gutenberg. Le livre n’est plus désormais l’apanage de
quelques privilégiés. Il devient un objet culturel populaire accessible
à tous et on ne l’écrit plus avec les mêmes buts des moines copistes.
L’auteur a désormais un public beaucoup plus large qu’aux temps des
Grecs et des Romains. L’oeuvre est directement accessible par les
lecteurs ; plus besoin d’un initié qui fait la lecture. Bref,
l’imprimerie démocratise l’accès au livre et au savoir. Au fil du
temps, tous ceux qui résistent à cette démocratisation par exemple, en
mettant à l’index certaines oeuvres, doivent plier l’échine, s’adapter
à cette nouvelle philosophie du livre, en devenant eux-mêmes auteurs,
éditeurs, distributeurs, libraires, bibliothécaires,... Comme le dit
l’adage « If you can’t beat them, join them » (Si tu ne peux pas les
contrer, rejoins-les).
La première donne de cette nouvelle
philosophie du livre repose sur le fait que le livre à l’ère du
numérique n’est plus un objet matériel limité à une seule et unique
pratique de lecture. Le livre s’est dématérialisé avec le numérique. Il
est devenu un fichier informatique avec des fonctionnalités jusque-là
inespérées telles la recherche par mot-clé ou par expression, la
consultation grâce à une table des matières hypertextuelles (liens
hypertextes), l’ajout d’un index personnel interactif, le renvoie aux
notes en bas de pages et le retour au texte par de simples clic de
souris,... C’est à ce livre dématérialisé auquel plusieurs font
allusion en affirmant qu’il ne remplacera jamais le bon vieux livre
papier. Mais voilà que le livre numérique retrouve une matérialité qui
dépasse largement le livre papier traditionnel grâce au livre
électronique, un appareil de lecture portable qui permet d’exploiter
toutes les fonctionnalités du fichier informatique original listées
ci-dessus et plus encore.
Avec cet appareil portatif dont le
confort de lecture est similaire au livre papier, il ne s’agit plus
d’un livre pour chaque oeuvre littéraire. Le livre électronique peut
contenir des dizaines voire des centaines d’oeuvres littéraires
c’est-à-dire toute une bibliothèque personnelle dans un seul et même
livre (électronique). Le lecteur pourra allonger à l’infini les
tablettes de sa bibliothèque personnelle grâce à l’usage de petites
cartes mémoires semblables à celles des appareils photo numériques.
Personnellement, j’aimerais disposer
déjà d’une telle bibliothèque puisque je dois, à chaque déménagement,
me prêter à l’emballage de plus d’une centaine de boîtes de livres.
Voilà un problème de taille de réglé avec l’appareil de lecture et
d’entreposage portable et les cartes mémoires. Finis aussi les livres
endommagés, tachés, écornés,... par l’usage ou par le temps.
La navigation dans les exemplaires
numériques affichés sur le livre électronique n’est pas la seule
pratique de lecture qui s’ajoute au livre en supplantant son aspect
statique. Le livre électronique permet au lecteur de devenir actif et ,
« par exemple, de commenter ou d’enrichir le texte d’apports personnels
ou extérieurs, de communiquer et d’interagir avec d’autres lecteurs, de
s’intégrer à des communautés de lecteurs, d’obtenir dans l’instant des
informations complémentaires sur l’auteur ou toutes autres données... »
(Gutenberg 2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo, chapitre 1, p. 47)
Et n’est-ce pas là justement ce que
l’on attend du lecteur ? Aussi loin que je me souvienne, tous mes
professeurs tentaient, par tous les moyens à leur disposition, de faire
de nous des lecteurs actifs en nous incitant à discuter de nos
lectures, en recevant des écrivains en classe, en nous invitant à
fréquenter les clubs de lecture de la bibliothèque, en nous enseignant
à écrire des fiches bibliographiques, à annoter nos livres, à les
résumer,... et à les conserver précieusement. Malheureusement, seuls
quelques élèves particulièrement motivés relevaient le défi. Il faut
avouer que devenir un lecteur actif était une mission plutôt ardue ;
nos moyens se limitaient au crayon de plomb et à la feuille de papier.
Rare était l’étudiant qui voulait étendre l’écriture manuscrite jusque
dans ses loisirs puisqu’il y passait déjà la plupart de son temps en
classe et à la maison lors de la rédaction de ses devoirs. La lecture
obligée de livres à l’école tombait alors sur les nerfs de plusieurs,
non pas par dédain de la lecture, mais en raison de ce qu’elle
impliquait de travaux manuscrits subséquents. Certains élèves
ressentaient même une pression supérieure dans l’écriture d’un texte
manuscrit propre et lisible que dans l’exercice du contenu. L’avènement
de l’ordinateur personnel a réglé ce problème de lisibilité et
passablement facilité la concentration sur le contenu. Le fait que
l’écriture manuscrite soit pratiquement disparue des collèges et des
universités démontre bien que l’ordinateur personnel a répondu à un
besoin criant.
Écrire à la main ne correspondait pas
au monde technologique qui nous entourait à l’époque (année 60 et 70).
Nous étions nés avec la télévision. Nous avions tous une radio cassette
et certains un système de son Haute Fidélité. Les caméras vidéo
commençaient déjà à être à la porté de tous les portefeuilles. Et, à
l’école, nous étions encore et toujours contraints à l’écriture
manuscrite comme au Moyen-Âge. Parfois, je me souviens, et parce qu’il
ne fallait pas perdre le fil, on prenait des notes sans même en
comprendre le sens avec l’espoir de pouvoir y accéder à tête reposée.
Puis sont arrivés les photocopieurs. Les professeurs les plus modernes
nous dispensèrent alors de prendre des notes lors de leurs cours pour
nous fournir leurs propres notes photocopiées. Ainsi libérés, nous
pouvions nous concentrer sur le contenu et devenir un peu plus actifs,
notamment, en posant des questions, en lançant une discussion,... ce
que ne nous permettait pas l’obligation de prendre nous-mêmes des notes
manuscrites à chaque cour.
L’ordinateur personnel est arrivée
après la fin de mes études. Cependant, j’ai vu son impact sur les
études de mes quatre enfants. Libérés de la prise de notes durant les
cours par les photocopieurs et libérés de l’écriture manuscrite par
l’ordinateur personnel, l’étudiant a tôt fait de gagner lui aussi en
liberté au profit d’une plus grande implication personnelle dans ses
études. « Le travail à l’ordinateur » a à ce point facilité
l’apprentissage que les instances scolaires n’ont eu d’autres choix que
de s’y adapter. On pourra toujours critiquer qu’une part de la liberté
acquise et du temps gagné par les jeunes de l’époque passèrent aux jeux
sur ordinateurs ou sur écran de télévision, il n’en demeure pas moins
que les gains dépassent largement les effets pervers. N’oublions pas
que les jeux électroniques contribuent aux développement de facultés
d’apprentissage non négligeables telles la concentration, la logique et
la stratégie. Les jeux agissant ainsi sur nos facultés n’étaient pas
légion, aussi attrayant et encore moins à la portée de tous il y a
trente ans.
Puis est venu l’Internet. Aussi
statique que le livre papier dans sa première version mais avec
l’avantage de rendre accessibles des informations toujours plus
nombreuses pour le prix d’une connexion réseau mensuelle équivalent au
prix d’un livre, le tout sur son ordinateur personnel, à la maison, au
travail et même dans les cafés. Plus besoin de se déplacer ici et là
pour trouver l’information recherchée. C’est sans aucun doute la
diversité de l’information qui frappe d’abord l’imaginaire des
internautes. Si la prolifération des médias nous avait quelque peu
habitués à la diversité de l’information, l’Internet nous apprend qu’il
ne s’agissait là que de la pointe de l’iceberg. Plusieurs associeront
alors spontanément l’Internet à une source « infinie » d’informations
mais ils n’ont encore rien vu.
La deuxième version de l’Internet, dite
Web 2.0, ouvre les vannes aux internautes eux-mêmes ; on peut désormais
diffuser soi-même de l’information et donner son opinion en participant
à des forums, des blogues, des sites de clavardage (« chat ») ou avoir
son propre site Internet. La diversité du contenu se multiplie de façon
exponentielle. On apprend que le nombre de gens qui pensent comme nous
est beaucoup plus élevé qu’on le croyait et vice-versa. L’Internet
vient alors de passer du statique au participatif, individuel et
collectif. Des communautés sociales d’internautes se forment.
À travers toute cette effervescence,
non seulement le livre s’assure une place mais il devient le produit
culturel le plus vendu sur Internet. Et les lecteurs s’activent sur le
Net. Des sites, des forums et des blogues littéraires voient le jour
tandis que les clubs de lecture se multiplient. Les lecteurs sont
devenus aussi voire plus actifs que le souhaitaient jadis nos
professeurs.
Certains soutiennent que si le bon
vieux livre papier a su se hisser à la première place des produits
culturels les plus vendus sur Internet, il n’a pas à s’adapter puisque
les gens démontrent ainsi préférer le papier. C’est le cas de bon
nombre d’éditeurs qui se limitent tout simplement à se doter d’un site
Internet statique (version Web 1.0). Ils croient à tort que l’Internet
est une simple vitrine, une vitrine virtuelle qui s’ajoute à celles des
librairies traditionnelles. Mais la deuxième version de l’Internet,
participative, bouscule la donne et l’internaute ne veut plus faire du
lèche-vitrine. Il veut entrer, discuter, échanger, influer, bref,
participer.
Aujourd’hui, le livre se retrouve dans
la même position que l’écriture manuscrite à la suite de l’arrivée des
ordinateurs personnels. Il est entouré de nouvelles technologies
innovantes qui le rendent obsolète en mettant en lumière les limites
imposées par son aspect statique. On voit maintenant ce que l’on ne
peut pas faire avec le livre papier traditionnel. Par exemple, la
recherche dans le texte se limite souvent à un index qui correspond
rarement à nos intérêts personnels. Il faut chercher les passages que
nous avons soulignés en feuilletant le livre page par page. La mise en
page ne laisse pas aucune place pour écrire nos commentaires. On ne
peut pas grossir le caractère pour une lisibilité améliorée ou agrandir
une image pour en examiner les détails. On ne peut pas copier/coller
dans un dossier les passages qui nous ont marqués à moins d’abîmer
notre exemplaire en détachant les pages intéressantes à nos yeux. Nous
sommes limités au livre lui-même et à son contenu ; aucun lien
hypertexte ne nous offre la possibilité d’obtenir une information
complémentaire. Dans le cas d’une citation, on ne peut pas en vérifier
instantanément le contexte original sous un simple clic ; il faut nous
procurer le livre cité. Et dans le cas d’un mot dont la définition nous
échappe, il nous faut délaisser le livre pour un autre, en
l’occurrence, un voire plusieurs dictionnaires, pour autant qu’on y a
accès au moment même de la lecture.
Évidemment, tous ces inconvénients et
plusieurs autres passent inaperçus si on lit un livre comme on regarde
un film sur DVD à la maison, dans une position passive face à l’oeuvre.
Pour certains lecteurs cette passivité est recherchée pour équilibrer
l’activité souvent trépidante d’une journée ou d’une semaine de
travail. La lecture est synonyme de repos, de détente ou de
divertissement. Un livre statique facilite cette passivité, la coupure
avec l’activité courante. L’action est alors uniquement dans le livre
et sa lecture. Et c’est sans doute pourquoi plusieurs personnes
redoutent la lecture ; l’activité manque d’action.
Lorsque le cinéma et la télévision sont
arrivés, on a craint pour la lecture. Mais le livre n’a pas souffert
autant que prévu parce que ces médias, somme toute, offrent un contenu
tout aussi statique que le livre. La même crainte fut exprimée lors de
l’arrivée de la radio mais cette dernière à ses débuts était également
statique. L’auditeur était passif, tout comme le téléspectateur et le
spectateur. On se souviendra aussi l’appréhension des radiodiffuseurs à
l’arrivée de télédiffuseurs. On imaginait que l’image ajoutée au son
fasse disparaître la radio limitée à la voix. Or, aucun de ces médias
n’a éliminé l’autre parce qu’aucun n’en avait la capacité, tous étaient
statiques, tout comme le livre qui a survécu.
Au début des années 80, le consumérisme
ayant fait son oeuvre au cour de la décennie précédente, l’U.N.E.S.C.O
dénonça la passivité de la population face aux médias et mis en place
un programme mondiale d’éducation aux mass-médias. En France,
l’initiative prit la forme d’une opération nationale impliquant les
gouvernements et tout le milieu de la télévision sous le nom « Jeunes
téléspectateurs actifs ». Au Québec, l’Association canadienne des
journaux (ACJ) a lancé le projet « Le journal en classe ». Et ainsi de
suite.
L’objectif général était simple :
former une population active face à ses médias, plus critique, par une
connaissance adéquate des médias, de leur fonctionnement respectif. La
plupart des activités d’éducation aux mass-médias consistaient à
participer à des projets d’émission de radio ou de télévision produites
avec le matériel de l’institution scolaire ou encore à des projets de
journaux étudiants. Cette participation directe a eu l’avantage de
faire des médias des outils pédagogiques mais les médias eux-mêmes sont
demeurés foncièrement statiques.
Avec les années, les programmes
d’éducation aux mass-médias se sont essoufflés et la mobilisation du
milieu scolaire est devenu plus difficile. Au sortir de l’école,
l’étudiant à qui on avait appris à être actif se rendait vite compte
qu’il ne pouvait pas plus qu’hier participer aux médias, être
véritablement actif autrement que par sa propre opinion critique. On
disait de lui qu’il était un « enfant de la télévision » (parce que né
alors que la télévision existait) et on lui reprochait sa passivité
devant l’écran malgré les programmes de formation. J’ai été impliqué
dans de tels programmes d’éducation aux mass-médias au Québec de 1981 à
1987 à la suite d’un stage en France dans le cadre du programme
« Jeunes téléspectateurs actifs » et, à mon avis, on ne peut pas
inciter à la participation lorsque les médias eux-mêmes demeurent
statiques ou fermés à la participation. Si développer une opinion
critique sur des bases objectives est tout à fait louable, il faut que
l’expression de cet action soit le commencement de l’action et non pas
une fin en soi.
L’arrivée de la deuxième version de
l’Internet, participative, donc loin d’être statique comme le cinéma,
la radio, la télévision et le livre, a changé profondément la donne.
L’interaction si recherchée par les autres médias est servie aux
internautes sur un plateau d’argent. Les internautes ont accepté
l’invitation comme l’eau qui se précipite dans un nouveau canal
d’irrigation. Adieux la passivité ! Bienvenue la participation !
On peut dire que l’Homme n’est pas fait
pour être passif et que seules les possibilités le limitent. C’est une
caractéristique liée à la nature humaine. À chaque fois au cours de son
histoire que l’Homme a eu l’occasion de participer activement, il en a
profité. C’est ainsi que la démocratie s’est répandue et que là où elle
n’est pas, c’est que les hommes sont dominés, restreints dans leur
liberté.
C’est dans ce contexte que je saisis
l’invitation de Lorenzo Soccavo dans son livre : la solution, c’est de
s’adapter. Il faut que la chaîne du livre s’adapte aux nouvelles
capacités qu’apportent le numérique, l’électronique et l’Internet pour
offrir aux lecteurs un livre nouveau, participatif. Autrement, je crois
sincèrement, dans le cas du Québec, que l’industrie risque de perdre le
nouveau lectorat qu’elle recherche depuis des années, et ce, aux mains
des marchés étrangers.
Recherche & Développement
« Aujourd’hui, écrit Lorenzo Soccavo,
avec le numérique, le livre est en train de dépasser l’horizon du
simple objet de consommation courante qu’il risquait de devenir à court
terme, relégué au rang d’antiquité à l’époque des Smartphones, de
l’iPod, des lecteurs portables de DVD... En dépassant cet horizon et en
apportant davantage que du contenu statique, l’objet livre s’ouvre et
ouvre aux lecteurs (et aux maisons d’édition) de nouvelles
perspectives, Que le livre puisse aussi et encore évoluer est une
chance. » (Gutenberg 2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo, chapitre
1, p. 47)
Au Québec, on a la nette impression que
la chaîne du livre voit dans le numérique, le livre électronique et
l’Internet une menace car elle semble aussi statique que son produit
face à l’avenir. Une nouvelle philosophie du livre s’impose.
« Ces appareils (livres électroniques)
ne seront plus des livres statiques refermés sur les textes qu’ils
renferment mais des systèmes ouverts : à l’amendement de leurs
contenus, aux opinions des autres lecteurs, aux contenus connexes...
Des Smart books, voire des living books, ou livres vivants
pourrions-nous presque dire... Il ne s’agira aucunement de simples
artefacts aux livres que nous connaissons et manipulons depuis notre
enfance. Il ne s’agira pas simplement d’un livre high-tech. Car il ne
s’agit pas pour les professionnels de remplacer coûte que coûte le
livre papier, mais, d’offrir de nouveaux usages complémentaires aux
lectorats d’aujourd’hui séduits par le multimédia et la mobilité ».
(Gutenberg 2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo, chapitre 1, p. 48)
Je retiens : « offrir de nouveaux
usages complémentaires aux lectorats », c’est-à-dire bonifier le livre,
lui permettre de muer une fois de plus. « La question n’est pas de
remplacer les livres papier par des livres électroniques. La question
est celle de l’évolution des usages », insiste Lorenzo Soccavo.
« On ne vend pratiquement plus de
disques Vinyle et on entend tous les jours que les achats de CD
chutent, pourtant, on écoute de plus en plus de musique. Mais on
l’écoute sur de nouveaux supports. Et en attendant la commercialisation
de nouveaux appareils de lecture, on lit de plus en plus en ligne et
également, au Japon et en Corée du Sud en tout cas, de plus en plus sur
des téléphones portables de deuxième ou troisième génération. »
(Gutenberg 2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo, chapitre 1, pp.
48-49)
Autrement dit, la rupture est déjà
amorcée dans le cas du livre par le passage de la lecture sur papier à
la lecture en ligne (sur Internet). Les journaux et les magazines
s’adaptent progressivement à cette nouvelle réalité. Le livre suivra.
La question n’est plus de savoir si les livres électroniques trouveront
preneurs mais plutôt de savoir qui seront ceux et celles qui les
offriront pour profiter des nouveaux lectorats de l’ère numérique.
J’ai personnellement l’impression ici
de chercher à motiver la chaîne du livre québécois à s’adapter à l’ère
numérique en brandissant uniquement l’appât du gain. C’est de mise
lorsqu’on s’adresseàuneindustrie.Mais je ressens tout de même un
sentiment de culpabilité. Ce n’est pas que je dédaigne la quête du
profit, légitime dans les circonstances, mais plutôt la résistance aux
changements. Pourquoi l’industrie québécoise du livre résiste-t-elle
avec autant de vigueur à l’ère numérique et plus spécifiquement au
livre 2.0 ? Une part de la réponse me vient à l’esprit : cette
industrie québécoise n’a pas de département de Recherche &
Développement, comme on en trouve dans les autres secteurs industriels.
Elle ne dispose pas de professionnels qui s’appliquent à la recherche
et au développement de nouveaux produits adaptés aux nouveaux
lectorats. Il faut dire que la dernière révolution dans le domaine du
livre remonte au XVe siècle avec l’imprimerie et à la relance du livre
de poche par Hachette en 1953, comme le rappelle Lorenzo Soccavo. Les
intervenants d’aujourd’hui au sein de la chaîne du livre ne sont donc
pas des habitués des révolutions dans leur secteur, d’où l’importance
de prospectiviste spécialisé tel Lorenzo Soccavo.
Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.117.htm
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Le malaise des écrivains face au monde virtuel
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Le dossier
Littér@ture : Le livre à l’ère du numérique
publié dans l'édition du 13 mars 2008 de l'hebdomadaire Courrier international
nous permet de comprendre une part du malaise des écrivains face au monde
virtuel. Dans ce dossier, on retrouve un article intitulé «Place au
roman 2.0» présenté en ces mots: «La littérature peut-elle représenter
un monde de plus en plus virtuel ? En 2006,
le magazine en ligne
Slate invitait les auteurs américains Gary Shteyngart et Walter Kim
à en débattre. Extrait de leur échange.» L'article original en anglais
du magazine Slate est accessible gratuitement en ligne sous le titre «The
Novel, 2.0».
Il ne faut pas perdre de vue la question : «La
littérature peut-elle représenter un monde de plus en plus virtuel ?».
Walter Kim écrit: «Voici où je veux en venir : ce nouveau monde me
déconcerte, à la fois comme romancier et comme individu. Et cette
désorientation tient au fait que je raisonne (et lis et écris) encore de
façon linéaire, alors que je me retrouve à vivre dans des boucles sans
fin. Il se passe trop de choses chaque jour, tout se passe en même temps
et pourtant, en un sens, il ne se passe rien du tout. Il est difficile
de mettre en scène une journée passée à traiter des signaux
électroniques. J'ai lu quelque part que les écrivains des années 1960 étaient
tourmentés par le fait que la vie devenait plus étrange et plus
sensationnelle que ne pouvait espérer l'être des histoires
inventés. Notre problème
−
plus grave, je pense −,
c'est que la vie ne ressemble plus à une histoire. Les choses
s'entrecroisent mais ne progressent pas. Les gens communiquent sans
entrer en contact. Les décors se déplace sans nécessairement changer.»
C'est vrai, le monde virtuel a tout pour ébranler l'écrivain qui veut en
témoigner. Une écriture linéaire,
respectant l’ordre dans lequel se produisent les événements,
se prête mal au monde virtuel avec sa multitude de réalités instantanées
qui donne l'impression de passer du coq à l'âne jusqu'à épuisement.
Le meilleur exemple qui me vient à l'esprit est celui de mon fils de 18
ans qui peut se prêter à un jeux en ligne, discuter avec une amie sur
son cellulaire tout en échangeant avec plusieurs personnes sur deux ou
trois sites de clavardage en
même temps. Comment écrire une histoire en pareil contexte ? Il faut
dire que la simple description de ces activités n'en fait pas une
histoire à suivre. «Tout se passe en même temps» comme le souligne
l'écrivain Walter Kim.
Dans le monde virtuel, ce n'est plus quelques
analepses (flash-back) ou
prolepses (projection dans le futur) qui peuvent suffire à la tâche
pour recoudre la réalité au présent. Au
contraire, l'histoire se compliquerait à ce point que la densité du
présent deviendrait insupportable au lecteur. Il aurait alors
l'impression d'être immobile dans le temps malgré les pages défilant
devant lui.
«La littérature peut-elle représenter ce
monde ? Peut-elle représenter ce que cela fait de l'habiter ? Les films,
eux, ont renoncé à essayer. Le mieux qu'ils puissent faire est de
montrer des allers et retours entre les gens qui se parlent au téléphone
ou de montrer quelqu'un qui tape sur un clavier puis ce qui apparaît sur
l'écran.» Walter Kim
Puis, une autre question se pose, plus existentialiste celle-là : une
fois branché à ce monde virtuel, l'histoire de l'individu se
poursuit-elle réellement ? Est-il toujours le même homme ou la même
femme avec la même histoire ? À l'ère des pseudonymes et de l'anonymat
qui règnent en roi et maître sur l'Internet, l'individu devient-il un
personnage voire plusieurs personnages à la fois ? Si oui, comment le
mettre en scène sans dédoubler sa personnalité mainte et mainte fois
dans une même histoire, cohérente et linéaire? Serait-ce toujours
l'histoire de l'individu qui devient une autre personne une fois branché
sur ce monde virtuel ? Et si chacun clame être le même ou simplement
jouer un personnage de son invention, plus libre ou plus tordu que
nature, comment expliquer sa diversité et ses penchants?
Le monde virtuel n'est pas un simple reflet du monde réel. À prime
abord, il semble que l'histoire ne se vit pas plus qu'elle s'invente et
se raconte de la même manière dans chacun de ces deux mondes. Le
tangible et l'intangible tout comme le visible et l'invisible auxquels
les écrivains sont si familiers ne les placent pas pour autant dans une
situation confortable face au monde virtuel comme on aimerait le
croire. «Les romanciers, qui ont accès à l'invisible, devraient être
bien placés pour faire mieux (que le cinéma − voir l'encadré ci-dessus).
Mais comment?, se demande l'écrivain Walter Kim.
Pour certains, le monde virtuel n'est que le prolongement du monde réel
et, de ce fait, il lui est intimement lié. Ils défendront aisément cette
hypothèse par l'influence du monde virtuel sur le monde réel, par
exemple, sur les politiciens. Mais il ne faut pas oublier une chose, le
monde virtuel ne tient qu'à un fil, un simple fil de transmission, ce
qui ne se compare en rien aux tenants et aboutissants du monde réel. La
création au bout du fil, le monde virtuel, est loin d'être de même
nature que le monde réel. On peut donc se demander si les
personnages de l'un et de l'autre partagent une nature commune car vivre
dans un prolongement du monde réel, quelqu'il soit, implique un passage,
et celui dans le monde virtuel n'est pas inoffensif. La personne semble
profondément transformée au point de ne plus tenir à son identification,
son visage, son nom, sa profession,..., son histoire ! Si le passage
dans le monde virtuel procure des gains, il enregistre aussi plusieurs
pertes. Est-ce profitable, pour l'individu lui-même et pour le monde
réel ?
Pour d'autres, le monde virtuel n'est qu'un ensemble de supports
électroniques de communications. La meilleure concrétisation du «village
global» prédit par le sociologue canadien des communications,
Marshall McLuhan [
site officiel)
]. On soutient même que le «terme né de l'impression de proximité que
l'on peut ressentir avec ses correspondants sur Internet» (source),
ce qui est faux, bien entendu. Le terme «Village global» tel que
popularisé aujourd'hui est issu du livre «La galaxie Gutenberg» signé
par Marshall McLuhan publié en 1962 et précédemment, des livres «Finnegans
Wake» de James Joyce et «America and Cosmic Man» de Wyndham Lewis,
publiés respectivement en 1939 et 1948 (source).
Que certaines personnes attribuent aujourd'hui le terme «Village global»
à l'avènement de l'Internet est caractéristique d'une perception du
monde virtuel fort répandue mais fausse car c'est en se référant à la
découverte et à l'expansion de l'imprimerie (Galaxie Gutenberg) que
McLuhan utilise le terme. Le rapprochement en raison de la diffusion
rejoignant désormais un plus grande nombre de gens qu'à l'époque
précédant l'arrivée de l'imprimerie fera dire à McLuhan que le monde
devient un village planétaire, du moins pour l'Occident. Et avec
l'imprimerie est venu le livre : «Le livre, en raison de sa
malléabilité, incite les hommes à lire et à penser individuellement, à
se centrer sur eux-mêmes. Dans La Galaxie Gutenberg,
McLuhan écrit: « Printing, a ditto device, confirmed and extended the
new visual stress. It created the portable book, which men could read in
privacy and isolation from others ». (source)
«L'individu se replie sur lui, devient « linéaire »,
« unidimensionnel », terme employé par James Joyce, romancier fort
apprécié de McLuhan, et repris par Herbert Marcuse dans son ouvrage,
L'Homme unidimensionnel, écrit en 1964.» (source)
S'il est difficile de définir cet homme d'une seule dimension, on peut
s'attarder au retour du mot «linéaire»: «L'individu se replie sur lui,
devient ''linéaire''». C'est exactement ce «linéaire» qui bloque les
écrivains face au monde virtuel. Rappelons-nous cette affirmation de
Walter Kim (premier encadré ci-dessus) : «Voici
où je veux en venir : ce nouveau monde me déconcerte, à la fois comme
romancier et comme individu. Et cette désorientation tient au fait que
je raisonne (et lis et écris) encore de façon linéaire, alors que je me
retrouve à vivre dans des boucles sans fin.»
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le
monde virtuel tel l'Internet n'est pas linéaire, pas plus
qu'unidimensionnel, ne serait-ce qu'en raison des liens hypertextes qui
s'ouvrent sur de nombreuses informations, du multimédias qui éveille
d'autres sens que la vue avec l'audio et la vidéo et de l'interactivité
qui suscite la participation. Le linéaire (respect de l’ordre
dans lequel se produisent les événements) est quasiment impossible dans
le monde virtuel parce que non seulement les événements se bousculent
mais ils se produisent en même temps.
On vient peut être de trouver ici pourquoi les jeunes nés depuis
l'avènement de ce monde virtuel éprouvent des difficultés à lire et à
écrire des textes linéaires le moindrement longs, ce qui y inclus les
livres, papier ou virtuel. Nous savons tous que le mode de communication
influence la pensée dans sa structure même. Or, les visites du monde
virtuel ne sont pas particulièrement reconnues pour être linéaires. On peut
présumer que plus le lien entre ce monde virtuel et le jeune est étroit
et intense, plus il s'éloigne d'une pensée linéaire. Le problème, c'est
que la transmission du savoir aux jeunes générations repose encore sur
la pensée linéaire et unidimensionnelle héritée de l'avènement de
l'imprimerie.
Le monde virtuel, dit-on, est avant tout tribal, comme le monde réel
avant l'imprimerie. C'est le retour en force du bouche à oreille,
version virtuelle, avec l'image et le son en plus grâce aux microphones
et aux Webcams. Et c'est aussi le retour en force de la «tribu», avec
les sites de clavardage et les blogues.
Cependant, la discussion sur le site de l'hebdomadaire culturel Voir au
sujet d'un article intitulé «Trop
de blogues ?» laisse entrevoir que la «nouvelle tribu» n'a rien en
commun avec la vie tribale d'antan. L'un des participants, Éric Milette,
écrit, nous mettons en caractères gras les passages qui nous
intéressent: «Les blogs répondent à une demande culturelle pour plus
de liberté et moins d'autorité dans les médias. Bien sûr, blogs ou
télévision, on est tout aussi libre du contenu qui entre dans notre
cerveau, par contre, le blog pulvérise le concept d'autorité dans
les domaines culturels.» (source)
En réponse à un autre participant, monsieur Millette ajoute : «Je
parlais de l'Autorité avec un grand "A". Par exemple, plus il y a de
blogs politiques, moins l'avis des experts (qui détiennent une autorité
sur un sujet) est respecté. Et plus ces mêmes experts finissent par
utiliser le même langage et alors creusent leurs propres tombes.» (source)Dans
un autre de ses commentaires, monsieur Millette écrit: «(...) Je
soutiens tout de même que le web est maintenant le lieu d'un retour de
la pensée tribale. (...)». (source)
Et à un autre participant qui lui demande «Dites-moi, est-ce que la
pensée tribale était disparue? N'y a-t-il pas toujours eu de ces lieu où
la conversation était dirigée à un petit clan? Jadis, c'était les clubs
sociaux, aujourd'hui, les blogues?», monsieur Millette répond :
«Ce n'est pas qu'elle était disparue mais elle était
amoindrie. Les clubs sociaux dont vous parlez ne sont pas
nécessairement indépendants du reste de la société. Ils sont
parfois actifs dans leurs communautés ou ils ne sont que des
lieux de rencontres pour ceux et celles qui aiment la même
activité. Ils ne constituent pas des modes de vie complets.
On est membre d'un club mais on y fait pas sa vie.Le
néo-tribalisme, ce n'est pas non plus des regroupements
politiques, comme les syndicats par exemple. Ces derniers
sont ancrés dans la vie collective moderne. Ils ne
s'excluent pas de la société, ils prennent leur place dans
celle-ci. Or, les néo-tribus s'autonomisent par leurs
mythes, leurs rituels, leurs codes, etc. Bien sûr, ils
vivent encore dans la société moderne, mais ils n'y
participent pas ou très peu.
Comprenez-moi bien, les néo-tribus ont une vision bien à
elles du monde que nous partageons de sorte qu'elles ne
partagent plus les mythes nécessaires à une vie politique
collective. Chacune d'elles s'isole graduellement des
autres et alors les revendications politiques n'ont plus de
poids. Bien sûr, le monde politique continue de fonctionner,
mais toujours sur son inertie; il n'y a plus de changement,
plus d'innovation, on se répète ou on suit religieusement le
mouvement des nouvelles techniques.
Et je crois que l'internet avec ses blogs est le terrain
privilégié de ces néo-tribus car maintenant, les gens
peuvent s'isoler médiatiquement dans leurs visions du monde.
Ils ne sont plus confrontés aux autres, sauf dans la rue ou
au travail (alors on se ferme les yeux et on se "plogue" sur
on ipod et on attend que ça passe). On ne peut plus
atteindre ces gens-là car ils ont toujours un lieu virtuel
où se cacher. Chacun y allant de ses propres "ressentis"
tribaux pour comprendre ce qui arrive. On ne cherche plus à
partager une vision commune, plus ou moins conflictuelle, du
monde que nous partageons par la politique.
Et les puissants de ce monde dorment alors bien
tranquilles...»
Éric Millette
La tribu du monde virtuel est différente de la tribu d'antan du monde
réel parce qu'elle n'est pas sous l'autorité d'un chef qui la dirige ou d'un
sage qui la guide. On observe souvent dans le monde virtuel une sainte
horreur de l'autorité... traditionnelle ou telle qu'on la connaît dans le
monde réel. Car, dans les faits, le temps venu d'argumenter, on cherche
souvent dans le monde virtuel à prendre autorité sur le monde réel.
Plusieurs tribus du monde virtuel ne sont donc que des regroupements de
personnes qui se sentent dominées dans le monde réel.
L'écrivain trouvera peu d'inspiration dans ce nouveau tribalisme du
monde virtuel car le thème «Dominants - Dominés» est épuisé depuis
longtemps même si certains s'y complaisent, généralement pour les
archives.
Revenons à la question posée par l'écrivain Walter Kim : «La
littérature peut-elle représenter ce monde virtuel ?». L'écrivain se
demande si un nouveau style littéraire s'impose. Personnellement, je ne crois pas qu'il faille inventer un nouveau style
littéraire pour témoigner du monde virtuel; l'écriture linéaire s'impose
d'autant plus que la compréhension de l'oeuvre par le lecteur est en
jeu. Le style de lecture dominant est linéaire. La cible d'une
littérature représentant le monde virtuel ne se compose pas des
habitants du monde virtuel mais de ceux du monde réel. L'écrivain n'a
donc pas à inventer un nouveau style
d'écriture à l'image du monde virtuel pour représenter ce dernier. La
majorité des lecteurs de littérature est née avant la naissance de ce
monde virtuel ; elle a l'habitude des histoires linéaires et la logique du
monde virtuel ne lui sied pas très bien.
Lors du lancement de notre maison d'édition en ligne en juin 2003, nous nous
attendions à une ruée de jeunes auteurs, plus familiers avec l'Internet
que leurs aînées. Ce
ne fut pas le cas. La moyenne d'âge de nos auteurs dépasse les 50 ans.
Et le livre papier traditionnel représente plus de 90% de nos ventes.
À la seconde
question posée par l'écrivain Walter Kim, la littérature peut-elle
représenter ce que cela fait d'habiter le monde virtuel?, je répond par
l'affirmative. La littérature peut tout raconter. La question elle-même
m'apparaît découler d'un certaine incompréhension du monde virtuel. Ce
dernier n'est pas un monde à part, quoiqu'on en pense. Car non
seulement le monde virtuel a ses propres repères, mais il se réfère
constamment au monde réel. Seule l'extension technologique éloigne le
monde virtuel du monde réel. Et c'est l'effet de cet éloignement, de
soi-même dans un autre monde, qui agit sur les habitants du monde
virtuel. C'est le cas, par exemple, de cette impression de liberté que
l'auteur d'un blogue éprouve en publiant un billet sur Internet. Un tel
personnage est facilement imaginable dans un roman. Et on imagine qu'il
sera vite coupé d'une réalité pour une autre ou déchiré entre deux
réalités ou encore suspendu entre les deux. Je le répète, la littérature
peut tout raconter et, au sujet de monde virtuel, il n'est pas besoin de
contraindre l'écriture à un autre style que linéaire.
Qui plus est,
l'abandon du style linéaire n'est pas utile car la logique n'émerge pas
d'elle-même, tant dans le monde réel que virtuel. Pour être compris,
il faut respecter un certain ordre dans lequel se produisent les événements,
même superposés les uns aux autres dans le temps et dans l'espace, à
moins d'aimer l'absurde.
Dans les deux
cas, le Courrier international et le magazine en ligne Slate, on parle
du «roman 2.0» en allusion au «Web 2.0» :
«Place au roman 2.0» et «The Novel, 2.0». Qu'est-ce que le Web 2.0 Au détour d'articles et autres dossiers
de presse, vous avez sans doute découvert que le Web entrait
dans une nouvelle version : 2.0. Plutôt étrange sachant que
le Web n'est ni un programme, ni un langage de programmation
qui pourrait justifier une numérotation des nouvelles
versions. Du reste, les définitions semblent se contredire
comme le souligne
Hubert Guillaud sur InternetActu : "D’un côté, il
est vu comme le basculement des techniques vers des
services, de l’autre il représente un nouveau réseau
d’interaction sociale. Dans les deux cas pourtant,
il replace l’utilisateur et ses relations avec les autres,
plutôt qu’avec des contenus ou des machines, au centre de
l’internet. Le web 2.0 est résolument relationnel." La
première phrase de l'article de
Guy Hervier sur ITRManager restitue bien la confusion et
la multiplicité des définitions qui sont associées à ce web
2.0, né de nulle part : "Le Web 2.0 est une sorte
d’auberge espagnole où chacun peut apporter quelque
chose ou trouver ce qu’il souhaite. Concept
technologique pour les uns, évolution fonctionnelle du Web
pour les autres, vaporware marketing pour d’autres
encore..." Mais comme le signale Hubert Guillaud, tous
s'entendent toutefois sur le fait que "le web 2.0 est
une plate-forme d’innovation qui fait en quelque
sorte du web un système d’exploitation."
Anicet Mbida sur 01Net conforte cette analyse,
récapitulant les précédentes versions que l'on peut
envisager du Web dans ce contexte (1.0 et 1.5) et estimant
qu'avec la version 2.0 "le Web n'est plus une collection
de sites, mais une sorte de système d'exploitation pour
applications Web. À terme, les services de Web 2.0
pourraient remplacer les applications bureautiques."
Finalement,
Wikipédia offre une définition suffisamment large à ce
concept étendu : "Web 2.0 est un terme souvent utilisé
pour désigner ce qui est perçu comme une
transition importante du World Wide Web,
passant d'une collection de sites web à une plateforme
informatique à part entière, fournissant des applications
web aux utilisateurs. Les défenseurs de ce point de
vue soutiennent que les services du Web 2.0 remplaceront
progressivement les applications de bureau traditionnelles."
Toutes ces lectures sont à compléter avec cet article d'Eric
van der Vlist, "Web
2.0 : mythe et réalité", très complet.
Source
Cette autre définition résume bien le Web 2.0: «Considéré comme l'évolution
naturelle du web actuel, le web 2.0 est un concept d'utilisation d'internet
qui a pour but de valoriser l'utilisateur et ses relations avec les autres.»
(source)
En image, voici la différence en le Web 1.0 (partie supérieure de
l'illustration) et le Web 2.0 (partie inférieure de l'illustration) :
Pour avoir une idée de ce qu'est le «roman 2.0», il suffit de remplacer
«site web 2.0» par «roman 2.0» dans l'illustration ci-dessus.
Le roman 1.0 se limitait à la publication d'une œuvre sur un site Internet
par son auteur. Les internautes intéressés pouvaient accéder au site et lire
le roman, page par page ou chapitre par chapitre. Le roman 1.0 pouvait alors
contenir autant d'illustrations que le souhaitait l'auteur, sans aucune des
contraintes budgétaires connues avec l'impression papier. L'auteur pouvait
aussi mettre autant de liens hypertextes voulus dans son texte. Les romans
version 1.0 les plus originaux contenaient aussi des pages pour la
présentation des personnages, du décor, de l'époque, les sources
factuelles,...
Le roman 2.0 implique une participation des lecteurs à l'œuvre. Au départ,
cette œuvre peut être le fruit du travail d'un seul ou de plusieurs
auteurs. Dans un cas, l'œuvre publiée sera complète et on attendra de la
part des lecteurs des critiques que l'auteur est libre d'accepter pour
ensuite, le cas échéant, modifier son œuvre. Dans un autre cas, l'œuvre
publiée est incomplète et l'auteur compte sur les lecteurs pour l'aider à en
poursuivre l'écriture voire pour écrire eux-mêmes la suite. L'auteur peut se
donner le rôle de modérateur et publier ainsi uniquement les contributions
qu'il approuve ou être un simple spectateur. La participation des lecteurs
peut prendre différentes formes. Par exemple, l'auteur peut poser une
question aux lecteurs et les réponses influencer sa rédaction de la suite du
roman: «Que pensez-vous que le personnage XYZ fera?», «Que contient
l'enveloppe laissée sur la table de chevet du personnage principal?», «Avec
qui discute le personnage XYZ au téléphone?»,... Une autre consiste à
demander aux lecteurs d'écrire eux-mêmes des parties du roman. À l'occasion,
le dénouement d'une telle oeuvre ne fera pas consensus et l'auteur lui
donnera plusieurs fins optionnelles. Dans les deux cas, le produit final est
«oeuvre évolutive». À ce roman pourra s'ajouter tout ce que le Web 2.0
offre: des extraits audio, des vidéos, un site de clavardage avec l'auteur,
un blogue d'échange entre les lecteurs, des cartes géographiques animées,...
Ainsi, non seulement la littérature peut représenter le monde virtuel mais
elle peut elle-même en faire partie, avec ou sans participation des lecteurs
internautes.
Le seul et unique problème du roman 2.0, c'est l'intérêt et la cohérence de
l'oeuvre, comme le démontrent des expériences passées. Sur Internet, le
style linéaire est difficile à maintenir en raison des lecteurs
contributeurs, ces derniers en ne se donnant pas toujours la peine de prendre
connaissance de l'ensemble des travaux d'écriture avant de contribuer.
Le malaise des écrivains face au roman 2.0 n'étonnera personne puisque
l'écriture est avant tout un acte solitaire.
Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
Tags: fondation littéraire fleur de Lys, litter@ture, web 2.0, oeuvre en ligne, oeuvre évolutive, roman 2.0, écriture linéaire, écrivain, oeuvre collective, monde virtuel, internet, édition en ligne
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«Un texte qui a retenu l'attention sur Internet est davantage lu que le texte d'un quotidien, grand et petit format.»
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La semaine dernière (12 mars 2008) avait lieu à Montréal une
Journée-conférences organisée par le groupe de presse Infopresse sous
le thème «L'avenir des médias imprimés». Parmi les invités, madame Sara
Quinn, directrice de l'étude «Eye tracking the news» du Poyter Institute (USA). La conférence de madame Quinn, «Médias imprimés ou en ligne: assurez-vous d'engager vos lecteurs», fut et de loin la plus intéressante du programme. La conférencière Sara
Quinn enseigne le journalisme visuel au Poynter Institute. Auparavant,
elle était éditrice adjointe pour le Sarasota Herald-Tribune, un
journal aux éditions multiples qui exploite une chaîne de télévision
câblée 24 heures sur 24. Elle a œuvré à titre
d’éditrice, directrice du design et illustratrice pour différentes
publications (journaux, magazines et livres). Son récent travail a
conduit Sara Quinn dans les rédactions de différents journaux: Toronto
Star, Portland Oreganian, Atlanta Journal-Constitution, Miami Herald,
Columbus Dispatch et Orlando Sentinel. Elle a fait partie du conseil de
la Society for News Design et de l’American Institute of Graphic Arts. Actuellement,
elle dirige le programme d’été du Poynter Institute pour les nouveaux
diplômés. Cette session de six semaines, centrée sur le multimédia, est
considérée comme un programme de perfectionnement final pour les jeunes
journalistes les plus brillants et les plus novateurs dans l’industrie.
Sara Quinn possède un baccalauréat en journalisme et design graphique
de l’Université Wichita State et une maîtrise en illustration de
l’Université de Syracuse. La conférence Vos
lecteurs évoluent dans un paysage médiatique saturé. Leur attention est
sollicitée de partout. Est-ce un mythe ou une réalité de croire que les
lecteurs ont un niveau d’attention très court dans ce contexte? Poynter
Institute se penche sur la question avec l’étude Eyetracking the news,
qui compare les habitudes de lecture pour des publications de
différents formats papier et en ligne. Grands
titres, brèves, graphiques, photos, blogues, publicité, etc. Quels
éléments retiennent l’attention des lecteurs? Quelles sont les
combinaisons gagnantes pour retenir leur attention? Sara
Quinn, qui dirige cette étude, présentera l’ensemble des résultats
d’Eyetrack07. Par cette recherche, vous découvrirez de nombreuses
pistes de solutions afin de créer un design d’information pertinent et,
ainsi, assurer un plus grand engagement du lectorat. Notre résumé On
parvient à traquer le mouvement des yeux parcourant une page d'un
quotidien ou d'un site Internet à l'aide d'une lunette spéciale portée
par les lecteurs. Cet appareil enregistre tout ce que l'oeil regarde,
son parcours, ses points d'arrêt, le tout chronométré. Ce
type de tests de mouvement des yeux n'est pas nouveau. Louis Cheskin,
pionnier des études de motivation d'achat des consommateurs, exécutait
de pareils tests sur des emballages et des publicités de produits dans
les années cinquante. Je parle abondamment du sujet dans mon livre
«Comment motiver les consommateurs à l'achat» dont la version numérique
est offerte gratuitement sur ce site (cliquez ici). Lors d'un test de mouvement des yeux, on apprend essentiellement trois choses: - Qu'est-ce qui attire l'attention?
- Qu'est-ce qui retient l'attention?
- Quel est le pourvoir de communiquer de ce qui retient l'attention?
Une
grosse surprise : un texte qui a retenu l'attention sur Internet est
davantage lu que le texte qui a retenu l'attention dans un quotidien,
grand format et tabloïd Les
chercheurs du Poynter Institute ont fait une découverte importante lors
de l'édition 2007 de leur étude du mouvement des yeux des quotidiens,
format et tabloïd, et des sites Internet: les gens lisent beaucoup plus
que le laisse entendre le mythe à l'effet que les gens feuillettent ou
naviguent et lisent peu leurs médias papier ou en ligne. Et plus
surprenant encore, on lit davantage les textes sur Internet qui ont
retenu l'attention que les textes des quotidiens papier. En
moyenne, les gens ont lu 77% des textes publiés en ligne qui ont retenu
leur attention, comparativement à 62% pour les quotidiens grand format
et à 57% pour les quotidiens de format tabloïd. Autrement, on lit
davantage un texte qui attire notre attention sur Internet que le texte
qui attire notre attention dans un quotidien. Il faut dire qu'il y a
moins d'éléments qui distraient l'oeil sur une page Internet où le
texte occupe toute la page que dans un quotidien où l'on retrouve
plusieurs articles sur une même page. Une
autre surprise d'envergure: le texte en ligne sur Internet est
davantage lu peu importe le style du lecteur contrairement au texte
publié dans un quotidien Les
chercheurs se sont intéressés ensuite au style de lecture en formant
deux catégories de lecteurs: les lecteurs méthodiques et les lecteurs
«scanner» (scanning reader). Le méthodique lit
le texte de haut en bas sans trop balayer la page. Et il lira l'article
en entier même si ce dernier se trouve sur deux pages. Il va aussi
relire certains passages ou éléments accompagnateurs de l'article
(citations encadrées, graphiques, légendes des photographies,...). Sur
Internet, le méthodique utile les menus et les barres de navigation
pour localiser un texte et ensuite il ira lire ce dernier. Le
lecteur «scanner» se promène sur la page balayant les grand titres et
les autres éléments en présentation. Il lit une partie du texte puis
saute sur les photographies ou autres éléments sans revenir à la même
place dans le texte. Sur Internet, le lecteur «scanner» regarde un peu
partout dans la page web pour choisir un texte et ensuite le lire. L'étude
révèle que 75% des lecteurs de quotidiens imprimés sont méthodiques
dans leur lecture. Sur Internet, 50% sont méthodiques et 50% sont du
type «scanner». La conférencière a attiré notre attention sur les types de lecture en proportion de la quantité de texte lu dans un article. Notez
bien, on ne parle pas ici du pourcentage des textes lus parmi
l'ensemble des textes publiés dans l'édition d'un quotidien ou d'un
site Internet mais du pourcentage d'un texte lu, par exemple:
«l'article est lu à 77%. Le pourcentage d'un
texte lu sur Internet s'élève à 77% et varie peu en fonction du type de
lecture: méthodique (78%); «scanner» (77%). Cependant, le lecteur
méthodique lit une plus grande proportion du texte que le lecteur de
type «scanner», 65% dans le cas d'un grand format et 66% dans le cas
d'un tabloïd. C'est le pourcentage de lecture d'un texte du lecteur de
type «scanner» de tabloïd qui est le moins élevé, seulement 45%. Le
lecteur se souvient davantage d'un texte dont la structure et la mise
en page ne sont pas traditionnelles, par exemple, livré avec une série
de Questions & Réponses, une chronologie des événements, des
encadrés présentant des faits ou des listes On
pourrait croire facilement le contraire parce que plus il y a
d'éléments dans la structure et la mise en page d'un texte, plus il y a
de chances d'être distrait et de retenir peu l'histoire. Mais l'étude
des chercheurs du Poynter Institute démontre le contraire, autant pour
les sites Internet que pour les quotidiens. C'est la conclusion qu'ils
tirent d'un exercice où le lecteur est soumis à trois formes
différentes d'un même texte, sur papier et sur Internet, et à un
questionnaire au sujet du texte après sa lecture. Le lecteur a plus de
mémoire du texte lorsque sa structure et sa mise en page ne sont pas
traditionnelles, par exemple, livré avec des graphiques, une série de
Questions & Réponses, une chronologie des événements, des encadrés
présentant des faits ou des listes,..., ce que les chercheurs nomment
«No traditional narrative» (structure et mise en page éclatées). * * * Lire le compte-rendu complet de cette étude et des autres conférences «L'Avenir des médias imprimés» Serge-André Guay, président éditeur Fondation littéraire Fleur de Lys Courriel
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Que Victor Lévy Beaulieu brûle son œuvre et n'oublie rien
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Le Québec de Victor Lévy Beaulieu me tombe sur les nerfs depuis toujours.
Son «Québec» est tout ce qu’il y a de plus terne, bourré de petites vies
sombres, hypocrites, maladives, vengeresses et dépressives où la chicane et
la trahison s’abreuvent à une nature humaine tordue. Victor Lévy Beaulieu
fait partie de ceux et celles qui croient que le reflet dans un miroir
culturel aide les gens à se comprendre, à s’accepter et à changer pour le
mieux. Mais ce n’est pas en passant des heures devant un miroir (livre,
radio, télévision) que l’humain saisit sa destiné. Le miroir, c’est un
gadget pour cacher aux autres ses réelles intentions. Comment ne pas penser
aux découvreurs de l’Amérique remettant aux indiens des fragments de miroirs
à qui ils volèrent ensuite les terres.
«Si rien n’est fait et rien ne bouge, il brûlera toute son oeuvre car cela
signifiera que tout ce qu’il a écrit n’a servi à rien.»
Source Victor Lévy Beaulieu a passé toute sa vie à marchander des
miroirs de la société québécoise sous son angle la plus sombre. On ne peut
pas parvenir à autre chose qu’une vue sombre. Il fait partie de ceux qui ont
tué le rêve québécois en le poussant dans une nuit sans fin. Victor Lévy
Beaulieu vient de sombrer dans la noirceur de son œuvre mouvante comme
Nelligan dans l’abîme du rêve.
Sa génération, celle des révolutionnaires tranquilles, sera maudite malgré
son œuvre. À l’instar de l’église catholique d’avant révolution dominant le
Québécois, Victor Lévy Beaulieu fait du chantage en annonçant qu’il brûlera
son œuvre. Qu’il la brûle car il est temps qu’une vraie lumière nous donne
un peu d’espoir.
Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.109.htm
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Édition électronique : l'UNEQ et LE DEVOIR publicisent une firme américaine au détriment des initiatives québécoises
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L'édition
électronique me captive et, pour cause puisque j'ai créé une maison d'édition
en ligne en 2003 (Fondation littéraire Fleur de Lys).
Plus encore, le développement de ce nouveau type d'édition au Québec est
devenue une cause de première importance. Je pourrais fort bien me contenter
déditer les auteurs qui découvrent ma maison d'édition sur Internet mais c'est
plus fort que moi, je me bats aussi pour la cause. Il faut dire que
le Québec fait figure d'arrièré dans le nouveau monde du livre qui prend de
l'ampleur un peu partout dans le monde, notamment en Europe et aux États-Unis.
Or, non seulement notre retard frappe au yeux, mais voilà que l'Union des
Écrivaines et des Écrivains Québécois (UNEQ) et le quotidien montréalais LE
DEVOIR publicisent une firme d'édition électronique américaine, LULU.COM, au
détriment des initiatives québécoises. Je vous invite à lire ces textes publiés dans notre magazine en ligne:
Édition
électronique - L'Union des Écrivaines et des Écrivains Québécois
publicise une firme américaine au détriment des initiatives québécoises
Édition
électronique - Le quotidien montréalais LE DEVOIR préfère une firme américaine
aux initiatives québécoises malgré sa politique d'Information
Personnellement, je ne comprends pas pourquoi l'UNEQ et LE DEVOIR incitent ainsi les auteurs Québécois à investir dans l'économie américaine plutôt que la nôtre. Et vous, avez-vous une explication ?
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