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Serge-André Guay
Serge-André Guay
23 juin 2008, 2:09
La Fondation littéraire Fleur de Lys demande des modifications à la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre


Dans une lettre adressée le 22 juin 2008 à la Ministre de la culture, des communications et de la condition féminine, Madame Christine Saint-Pierre, le président de la Fondation littéraire Fleur de Lys, Serge-André Guay, demande des modifications à la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre et au Règlement sur l'agrément des éditeurs au Québec afin d'inclure le financement gouvernemental des éditeurs libraires en ligne sur Internet. Voir la lettre ci-dessous.

 

 

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Montréal, le 22 Juin 2008

 

L'Honorable Christine Saint-Pierre

Ministre de la Culture, des Communications et

de la Condition féminine du Québec

480, boul. Saint-Laurent, 7e étage

Montréal (Québec)

H2Y 3Y7

 

 

Madame la Ministre,

 

La présente a pour but de vous demander les modifications nécessaires à la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre (L.R.Q., c. D-8.1) et, par conséquent, au Règlement sur l'agrément des éditeurs au Québec (D-8.1, r.3), afin de permettre à votre ministère de venir en aide financièrement aux éditeurs en ligne sur Internet et ainsi permettre le développement d'une nouvelle économie du livre liée aux nouvelles technologies.

 

Comme vous le savez, actuellement, cette loi fixe en ces mots à l'article 2 le cadre de l'aide financière gouvernementale: «2. L'aide financière que peut accorder, suivant la loi, le gouvernement, un de ses ministères, organismes ou un mandataire de l'État à une personne faisant commerce dans le domaine de l'édition, de la distribution ou de la librairie ne peut être accordée qu'à des personnes titulaires d'un agrément délivré en vertu de la présente loi ou qui y sont admissibles.» Or, cet agrément n'est pas accessible à l'éditeur en ligne sur Internet en vertu de l'article 3 de la section II - Admissibilité à l'agrément du Règlement sur l'agrément des éditeurs au Québec: «La personne visée dans l'article 2 qui distribue elle-même sa production est tenue de fournir les librairies agréées et ce, selon les dispositions de la Loi et des règlements et les conditions usuelles du commerce.» Il est d'usage chez les éditeurs en ligne sur Internet de limiter leur distribution dans les librairies en ligne sur Internet.

 

Autrement dit, l'éditeur en ligne sur Internet ne peut pas obtenir le statut d'éditeur agréé et accéder à une aide financière de votre gouvernement au même titre que les éditeurs agréés parce qu'il ne distribue pas sa production dans les librairies traditionnelles (avec pignon sur rue), y compris celles agréées.

 

Cette pratique de limitation de la distribution à l'Internet dans le domaine de l'édition en ligne est un impératif propre à la nouvelle économie du livre qui se développe avec le support des nouvelles technologies. Il faut comprendre en cela que l'édition en ligne est soumise à des impératifs spécifiques tout comme l'édition traditionnelle agréée a son propre modèle d'affaires. Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre (L.R.Q., c. D-8.1) et le Règlement sur l'agrément des éditeurs au Québec (D-8.1, r.3) ont été adoptés pour soutenir le modèle d'affaire de l'économie traditionnelle du livre, sans aucune ouverture sur les changements possibles dans le monde du livre provoqués, notamment,  par les nouvelles technologies numériques et l'impression à la demande. Bref, nous sommes d'avis que cette loi et ce règlement sont non seulement désuets mais aussi freinent le développement de la nouvelle économie du livre au Québec.

 

En fait, dans le domaine de l'édition en ligne, le Québec se retrouve très loin derrière des pays tels la Hongrie, les Pays-Bas, l'Autriche, la Finlande, la Suède, l'Allemagne et la France grâce à l'intervention du Conseil de l'Europe il y a déjà 10 ans. Évidemment, le Québec fait aussi piètre figure dans le domaine de l'édition en ligne face aux États-Unis d'Amérique. Mais est-ce encore logique que le Québec soit prochainement dépassé par certains pays en voie de développement, ces derniers étant la cible d'un projet spécial d'édition en ligne et d'impression à la demande qui implique des instances internationales dont la Banque mondiale. Le retard accumulé par le Québec dans le domaine de l'édition en ligne et de l'impression à la demande a déjà atteint une telle ampleur qu'une part de cette nouvelle économie du livre nous échappe déjà aux mains d'entreprises françaises et américaines. C'est notamment le cas de la firme américaine Lulu.com qui ruine peu à peu les efforts de notre maison d'édition en ligne sur le terrain faute de moyen financier pour se faire connaître.

 

Pourtant, dans une étude publiée par la Société de développement des entreprises culturelles en 2001 sous le titre «Les chiffres des mots», l'auteur Marc Ménard, professeur à l'École des médias de la faculté de communication de l'Université du Québec à Montréal, insistait sur l'importance de cette nouvelle économie du livre. La réaction de la SODEC est venue six ans plus tard et elle a tout pour nous inquiéter. Dans un courriel adressé à l'un de nos auteurs le 10 avril 2007, monsieur Louis Dubé, chargé de projet et adjoint au directeur général de la SODEC, écrivait: «Nous avons le plaisir de vous informer qu’une étude sur la numérisation a été entreprise par l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) et l’Association of Canadian Publishers (ACP) et pourra être utile à l’élaboration d’un nouveau programme d’aide. La fin des travaux est prévue à l’automne 2007. Le Ministère québécois de la Culture et des Communications ainsi que le Ministère du Patrimoine Canadien contribuent au financement de cette étude.» Malheureusement, il ne s'agit pas d'un pas pour le développement de l'édition en ligne au Québec mais simplement d'une étude de marché pour la numérisation des livres déjà édités par les éditeurs traditionnels agréés.

 

L'édition en ligne ne consiste pas à reprendre la production des éditeurs agréés mais plutôt à offrir sur Internet des oeuvres inédites de nouveaux auteurs, auteurs et écrivains professionnels qui autrement ne trouveraient pas d'autre débouché ou qui préfèrent l'Internet à la librairie traditionnelle. J'insiste, l'édition en ligne ne consiste pas à une simple numérisation de la production des éditeurs traditionnels.

 

Je suis au regret de vous informer que lors de cette étude l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) financée par votre ministère et son vis-à-vis canadien aucun éditeur en ligne québécois n'a été contacté afin de s'enquérir de son expérience sur le terrain. Tout laisse croire que le programme d'aide financière mentionné par monsieur Louis Dubé de la SODEC dans son courriel à notre auteur sera destiné aux éditeurs agréés qui veulent offrir une version numérique de leur édition papier, ancienne et nouvelle.

 

Or, l'un des principes fondamentaux de l'édition en ligne consiste à assurer une plus grande diversité éditoriale et culturelle en offrant une chance à des auteurs dont les oeuvres ne sont pas retenues par les éditeurs agréés compte tenu des impératifs commerciaux de leur marché. Le risque encouru par l'éditeur en ligne est moindre que celui assumé par l'éditeur traditionnel. Ainsi, l'éditeur en ligne peut se permettre de lancer des nouveaux auteurs ou de relancer des écrivains professionnels à un coût inaccessible à l'éditeur traditionnel. Cette notion de diversité éditoriale et culturelle fut l'une des motivations de base de l'implication du Conseil de l'Europe dans le développement de l'édition en ligne.

 

Pourquoi est-ce différent au Québec ? Parce que la SODEC pense encore et toujours en termes d'édition traditionnelle même face à la nouvelle économie du livre sur Internet. Alors que partout ailleurs l'édition en ligne est généralement une affaire de nouveaux joueurs, nous avons l'impression que la SODEC ne souhaite pas la venue de nouveaux joueurs exclusivement dédiés à l'édition en ligne dans la liste des bénéficiaires de son aide financière. Pour tout vous dire, monsieur Louis Dubé de la SODEC est devenu l'ennemi numéro 1 des éditeurs en ligne au Québec. Ses réactions aux projets de création de maisons d'édition en ligne ne sont pas dignes d'un développeur. Lorsque nous lui avons souligné que nous serions la première maison d'édition en ligne sur Internet en 2002, il a répondu que s'il n'y en avait pas déjà au Québec, c'était simplement parce qu'il n'y avait pas de demande. Sa réaction au projet de maison d'édition en ligne de Pierre Fraser de Québec a été toute aussi négative. Ce dernier vient de nous quitter pour venir en aide à un projet en... Californie. Aussi, les fonctionnaires de votre ministère nous ont souvent promis depuis 2004 une réflexion en bonne et due forme au sujet de l'édition en ligne mais ces promesses sont demeurées lettre morte.

 

Cet atmosphère pour le moins anti-entrepreneurial face à l'édition en ligne qui règne au sein de votre ministère, de la SODEC et de la chaîne traditionnelle du livre qui voit là un compétiteur plutôt qu'un complément, a même poussé l'un de nos éditeurs en ligne à s'enregistrer aux États-Unis plutôt que chez nous et à faire le dépôt légal de sa production à l'étranger.

 

À notre avis, il n'y a qu'un seul moyen de changer tout cela : modifier la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre (L.R.Q., c. D-8.1) et, par conséquent, au Règlement sur l'agrément des éditeurs au Québec (D-8.1, r.3), afin de permettre à votre ministère de venir en aide financièrement aux éditeurs en ligne sur Internet. Il n'y a aucune raison pour que les éditeurs traditionnels soient les seuls à jouir d'une aide financière de votre gouvernement, une aide qui s'élève à près de 5,000$ par titre édité (Les chiffres des mots, Marc Ménard, SODEC, 2001.) Pourquoi l'éditeur de l'auteur en ligne est-il ainsi l'objet d'une telle discrimination ?

 

La Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre contrevient à l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme adoptée par l'organisation des Nation Unies. En effet, l'article 19 précise que: «Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.» En réservant son aide financière en exclusivité aux livres publiés par les éditeurs agréés, le gouvernement ne fait-il pas preuve de discrimination envers certains moyens d'expression tel le livre édité en ligne sur Internet ?

 

De par son titre même, cette loi est vouée au «développement» des entreprises québécoises dans le domaine du livre. Or, elle le freine. Il est temps d'agir, d'encourager l'émergence et le développement des maisons d'édition québécoises en ligne sur Internet. Pour l'heure rare sont les oeuvres québécoises éditées en ligne. Que se passera-t-il donc le jour où les appareils de lecture portables (livres électroniques ou livrels) seront disponibles au Québec ? Le marché pourra-t-il se développer avec aussi peu de titres inédits disponibles en format numérique ? Le lecteur québécois sera-t-il limité à une copie numérique conforme de l'offre papier en librairies traditionnelles ? Auprès de quels éditeurs libraires en ligne québécois s'approvisionnera le lecteur québécois en livres numériques ? Les réponses à ces questions se trouvent toutes dans l'émergence et le développement de maisons d'édition québécoises en ligne sur Internet. Et cela ne saurait pas se faire sans le support financier de l'état, comme ce fut le cas ailleurs dans le monde. Mais la loi vous en empêche. Il faut la modifier !

 

En terminant, ai-je besoin de vous souligner que vous rencontrerez de la résistance aux changements, d'où la nécessité d'un leadership fort de votre part et de votre gouvernement. C'est la diversité éditoriale de notre patrimoine littéraire qui est en jeu, à l'instar de la liberté d'expression des nouveaux auteurs, auteurs et écrivains professionnels. C'est aussi la motivation à l'écriture qui se joue car les refus de publication sont très nombreux; 90% des manuscrits soumis aux éditeurs traditionnels sont refusés. Écrire lorsqu'on a seulement 10% de chance d'être publié et lu demande beaucoup de courage. L'édition en ligne sur Internet procure une nouvelle chance. Et parfois, c'est grâce à la publication en ligne que l'auteur est découvert par un éditeur traditionnel, comme ce fut le cas pour quelques-uns de nos auteurs. L'éditeur en ligne contribue donc à maintenir voire à développer la motivation à l'écriture parce qu'il offre une nouvelle chance aux auteurs, notamment à ceux et celles qui profitent de leur retraite pour renouer avec l'écriture et à enrichir notre patrimoine littéraire de leurs témoignages ou de leurs imaginaires.

 

À ceux qui vous diront que l'éditeur en ligne sur Internet publie n'importe quoi, je vous invite à répondre qu'on trouve dans l'édition en ligne une qualité égale sinon supérieure aux livres traditionnels. Il ne s'agit pas ici d'autoédition où l'auteur est le seul à tout décider. L'éditeur en ligne fait un véritable travail de l'oeuvre avec ses auteurs. Celui qui se soustrait à ce travail disparaît très rapidement car les lecteurs internautes sont très exigeants, croyez-moi.

 

Et à ceux qui vous diront que l'édition en ligne est un compétiteur dont il faut se méfier, je vous invite à répondre que les deux modes d'édition sont complémentaires et s'enrichissent l'un et l'autre. Certaines études démontrent que bon nombre de clients des éditeurs libraires en ligne complètent leur magasinage chez les libraires traditionnels pour satisfaire leur nouveau goût pour la lecture.

 

 

Veuillez agréer, Madame la Ministre, l'expression de mes salutations les plus distinguées.

 

 

Bien à vous,

 

 

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

 

 

 

TÉLÉPHONE

(514) 680-1211 (Montréal, Québec, Canada)

 

ADRESSE POSTALE

Fondation littéraire Fleur de Lys,
6678, 25ème Avenue,
Montréal,
Québec.
H1T 3L7

 

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5 mai 2008, 2:31
Des éditeurs québécois dépensent-ils l'argent de nos taxes et de nos impôts en faisant imprimer leurs livres par l'américaine Lulu.com ?

Si on se réfère à une employée de la firme d'autoédition américaine Lulu.com, madame Annie David, certains éditeurs québécois préfèrent encourager l'économie américaine au détriment de l'économie québécoise lorsque vient de temps d'imprimer leurs livres. «Des "éditeurs" Québécois qui se servent de Lulu, croyez-moi, il y en a» a affirmé Madame David sur le site du journal citoyen AgoraVox en réaction à l'article L'américaine Lulu.com aura-t-elle raison des pionniers québécois de l'édition en ligne ? publié la semaine dernière et signé par Serge-André Guay, président de la Fondation littéraire Fleur de Lys, première maison d'édition québécoise en ligne sur Internet avec l'impression à la demande.

 

S'agit-il d'éditeurs québécois subventionnés à l'aide de nos taxes et de nos impôts? Impossible de le savoir nous dit l'employée de Lulu.com car l'entreprise américaine permet l'anonymat: «En demandant une API. Les visiteurs de Fleur de Lys ignoreront que vous utilisez Lulu, ils ne quitteront pas votre site (...)», ajoute madame David. Sur le site Internet de Lulu.com, on peut lire, parmi les avantages offerts: «Interfaces de programmation (API) qui vous permettent de vendre des documents publiés sur Lulu sans que le client ne quitte votre site.» (Source)

 

Toute la question est de savoir si parmi ces éditeurs québécois partenaires de l'américaine Lulu.com, il y a des éditeurs subventionnés par le gouvernement du Québec qui se serviraient ainsi d'une part de nos taxes et de nos impôts pour encourager l'économie américaine plutôt que celle du Québec. Une enquête s'impose.

 

Soulignons qu'aucune clause de la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre oblige l'éditeur subventionné à imprimer sa production au Québec. En revanche, l'usage des subventions implique une certaine responsabilité sociale envers l'économie d'ici.

 

 

Texte complet du message de Madame Annie David,

employée de Lulu.com sur le site AgoraVox

 

Messieurs,

 

En l’état actuel des choses, je me vois contrainte de venir rectifier une assertion gravissime: non, Lulu n’est pas du genre féminin ! Lulu.com est un site internet. Accessoirement, Lulu est Canadien d’origine, puisque son fondateur Bob Young préside encore aux destinées d’un club de foot de Toronto si ma mémoire est bonne. Certes, le siège est en Caroline du Nord , mais mes collègues (eh oui, je bosse chez Lulu !) sont de toutes les nationalités, couleurs, races et langues.

 

Alors, Monsieur Fleur de Lys, je crois que nous avons la solution: prenez un pseudo, publiez quelque chose sur Lulu, voyez si ça vous convient. Personne n’en saura rien.

 

Ensuite, ayant constaté que personne ne viendra vous prendre une once de vos droits sur votre oeuvre, et cela même avec un ISBN américain où Lulu figure comme l’éditeur - pour de pures raisons d’obtention d’ISBN et le corollaire, l’inscription dans les bases de données de l’industrie du livre d’Amérique du Nord - vous pourrez envisager d’éditer via Lulu. Comment ? En demandant une API. Les visiteurs de Fleur de Lys ignoreront que vous utilisez Lulu, ils ne quitteront pas votre site et ce n’est pas un seul livre que vous leur vendrez, mais autant qu’il le faut. Des "éditeurs" Québécois qui se servent de Lulu, croyez-moi, il y en a.

 

Combattre Lulu pour obtenir une subvention ? Je ne connais pas les lois Québécoises, mais je pense qu’en vous rebaptisant Editions Tartempion, vous pourriez en avoir.

 

Il n’est pas ici question d’assurer une quelconque hégémonie de Lulu, mais bien den effet de démocratiser l’expression littéraire et artistique.
 

En ces temps de commémoration du départ de Samuel Champlain de Brouage pour votre beau pays, je vous adresse, cher amis Québécois, les salutations fraternelles du Poitou-Charentes:)

 

Annie DAVID

Chroniqueuse littéraire et nounou chez Lulu.com

 

Source : AgoraVox

 

 

 

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys


29 avril 2008, 4:25
L'américaine Lulu.com aura-t-elle raison des pionniers québécois de l'édition en ligne ?

La Fondation littéraire Fleur de Lys, première maison d'édition québécoise en ligne sur Internet avec l'impression à la demande (un exemplaire à la fois à la demande expresse de chaque lecteur), connaît une baisse drastique de ses activités. La direction de la Fondation explique cette baisse par la publicité gratuite dont profite la maison d'édition en ligne américaine Lulu.com au Québec.

 

Curieusement, c'est l'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) qui a lancé le bal par la parution d'un article sous le titre «Un nouveau mode d'édition» faisant l'éloge de l'américaine Lulu.com dans l'édition de septembre dernier de son bulletin. Pourtant, le président de l'UNEQ, Stanley Péan, exprimait publiquement sa crainte «que les compagnies étrangères pourraient finir par éditer électroniquement les livres québécois au détriment des éditeurs de chez nous. L'argent de l'achat irait ailleurs que dans l'industrie québécoise. Il faut sincèrement que le milieu commence à y réfléchir parce que le mouvement est amorcé et il est irréversible» (Journal de Montréal, 15 mars 2007). Il semble que cet appel de Stanley Péan à la réflexion soit tombé dans le vide, même au sein de l'UNEQ dont il assume la présidence, puisque le bulletin de l'Union a fait la promotion de l'une de ces maisons d'édition étrangères en ligne sur Internet dans un texte consacré en exclusivité à l'américaine Lulu.com ou, si vous préférez, sans aucune allusion aux initiatives québécoises.

 

Puis, dans son Édition du samedi 12 et du dimanche 13 janvier 2008, le quotidien Le Devoir publie lui aussi un article consacré en exclusivité à l'américaine Lulu.com sous le titre «Se publier envers et contre tous», passant ainsi lui aussi sous silence les initiatives québécoises dans le domaine. Enfin, faut-il croire que Lulu.com est entrée dans les moeurs du quotidien Le Devoir puisque dans un nouvel article intitulé «La bibliothèque portable» publié dans l'édition du samedi 19 et du dimanche 20 avril 2008, on trouve une autre mention favorable à l'américaine Lulu.com : «Le livre a été publié sur Lulu.com, un site créé en 2002 qui permet aux auteurs de diffuser et de vendre leurs romans sur le Web tout en en gardant le contrôle éditorial et légal.»

 

La direction de la Fondation littéraire Fleur de Lys se demandait pourquoi le nombre de manuscrits déposés à l'attention de son service d'édition en ligne était à la baisse depuis l'automne dernier. Ce sont les appels téléphoniques de quelques auteurs indignés par les articles parus dans le bulletin de l'UNEQ et dans Le Devoir qui a mis la puce à l'oreille de la Fondation. «On m'a parlé de LULU.com puis j'ai lu votre critique de l'article du Devoir. Je trouve ça aberrant qu'on ne parle pas du travail formidable de la fondation» a expliqué l'un de ces auteurs.

 

La Fondation littéraire Fleur de Lys est suffisamment inquiète pour se demander si elle survivra à cette offensive de l'américaine Lulu.com d'autant plus qu'elle profite implicitement de l'appui de l'UNEQ et du quotidien Le Devoir.

 

 

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.123.htm

 


22 avril 2008, 12:19
Collectif pour une réflexion sur l'édition au Québec

L'écrivaine professionnelle Francine Allard a créé le «Collectif pour une réflexion sur l'édition au Québec» dont les trois principales revendications sont la tenue d'une commission d’enquête sur les pratiques des éditeurs québécois, la mise sur pied d'un ordre professionnel des écrivains et la nomination d'un ombudsman des écrivains. Déjà plus d'une trentaine d'écrivains professionnels ont répondu à l'appel initial de Francine Allard sur le forum de l'UNEQ et Facebook.

 

En savoir plus : Blog du CREQ 


9 avril 2008, 5:08
Gutenberg 2.0 - Le futur du livre

J’ai lu la première et la seconde édition de « Gutenberg 2.0 - Le futur du livre » et ma recommandation est fort simple : « Achetez ce livre ! » L’ouvrage permet un véritable voyage dans le futur du livre, un futur réaliste et fort bien documenté. On ne saurait pas envisager l’avenir du produit culturel le plus vendu de tous les temps sans connaître les plus récents développements technologiques et historiques sur lesquels l’auteur se penche à la fois avec prudence et optimiste. Bref, l’essai de Lorenzo Soccavo est un ouvrage de premier plan, une véritable référence. La publication en février dernier (2008) d’une deuxième édition, actualisée et augmentée, un an après la sortie de la première édition, démontre à quel point les technologies, les projets et les mentalités évoluent rapidement dans le monde merveilleux du livre.

Le lecteur québécois sera davantage surpris par ce futur imminent que les lecteurs européens, asiatiques et américains. Le livre de Lorenzo Soccavo permet à ces derniers de se tenir à jour parce qu’ils sont au coeur même de l’action. L’Europe, l’Asie et les États-Unis d’Amérique sont les leaders incontestables de ce renouveau du monde du livre. Depuis quelques années déjà, l’information se multiplie et fuse de toutes parts en provenance du front où se déploie le talent des innovateurs et des inventeurs. C’est dans ce contexte que surgit le besoin d’un prospectiviste de l’édition.

« L’on me demande parfois avec un gentil sourire amusé ce que cela signifie : "prospectiviste de l’édition" et, assez souvent, mes oreilles me sifflent des petits airs guillerets. En clair : Lorenzo Soccavo s’est autoproclamé en 2005 "Prospectiviste de l’édition", mais c’est quoi ce truc ? Un prospectiviste est quelqu’un qui fait de la prospective. Et toc ! La prospective est la : « Discipline qui se propose de concevoir et de représenter les mutations et les formes possibles d’organisation socio-économiques [...] d’un secteur d’activité dans un avenir éloigné, et de définir des choix et des objectifs à long terme pour les prévisions à court ou moyen terme. » [Définition TLFI] Cette définition me convient parfaitement. Elle correspond bien, en effet, à la discipline que je m’impose, de détecter et d’accompagner les usages émergents, d’anticiper les ruptures d’usage des lectorats, les nouveaux modes de lecture et de diffusion, notamment, liés au numérique. L’avenir du livre, à mon avis, ne peut pas se penser séparément de l’évolution des autres technologies et nous devons tenir compte et intégrer dans nos scénarios du futur, les systèmes apprenants et les recherches sur la réalité augmentée, l’immersion totale, le Web 3D, etc. » Lorenzo Soccavo

Attention, nous ne sommes pas ici dans la science fiction. Les développements dont nous entretient Lorenzo Soccavo sont réels. L’encre électronique, le papier électronique, les livres électroniques, l’édition en ligne, les librairies virtuelles, l’impression à la demande,... existent bel et bien et se développent à vitesse grand V en Europe, en Asie et aux États-Unis d’Amérique où la mobilisation industrielle est déjà amorcée. Cela signifie que l’on passera bientôt à une commercialisation à grande échelle des innovations expérimentées ces dernières années. Et comme je le soulignais, le lecteur québécois risque fort d’être davantage surpris parce qu’il est loin de l’action et peu ou mal informé. Les médias québécois traitent encore ces innovations qui ailleurs bouleversent toute la chaîne du livre comme de simples curiosités. Je ne saurais donc trop recommander à mes compatriotes québécois de lire cet ouvrage de Lorenzo Soccavo.

Le livre n’en est pas à sa première mutation

Pour envisager l’avenir, il faut d’abord revenir en arrière si on ne veut pas être taxé de fabulateur. Et c’est sans doute la mise en contexte historique de l’évolution du livre et des supports de l’écrit en général au fil des siècles que j’aime le plus dans ce livre. Lorenzo Soccavo y consacre le premier chapitre de son ouvrage sous le titre « Le livre n’est pas un produit comme les autres ».

Le commentaire le plus fréquent entendu au sujet de l’avenir technologique du livre, c’est que le livre papier tel que nous le connaissons n’est pas prêt de disparaître parce que les lecteurs préfèreront toujours le bon vieux papier. Or, la question qui se pose au sujet du futur du livre n’est pas de savoir si le support papier va disparaître ou non mais plutôt quelle place prendront les nouveaux supports électroniques avec leur perfectionnement au fil des ans.

Plusieurs évoquent l’inconfort de la lecture à l’écran pour soutenir que la place de ces nouveaux supports de lecture sera très limitée. Il faut être mal informé pour s’en tenir encore à cette hypothèse car ce problème technique est déjà du passé avec le papier électronique qui offre désormais une lisibilité en tous points comparable au papier traditionnel. Le livre électronique n’est plus un « écran » portable, une miniaturisation d’un écran d’ordinateur personnel, mais un appareil de lecture muni d’une feuille de papier électronique réinscriptible sur laquelle s’affichent les pages d’un livre avec différentes options de navigation. Et les tests auprès des lecteurs sont suffisamment concluants pour passer au stade de la production industrielle. L’Europe aura bientôt sa première usine de papier électronique et l’Asie n’est pas en reste avec plusieurs autres projets industriels.

Ce papier électronique est une mutation au même titre que les autres vécus par les supports de lecture depuis l’avènement de l’écriture environ 5000 ans av. J.-C., nous rappelle Lorenzo Soccavo. « Les Babyloniens écrivaient sur des tablettes d’argile humide, qu’ils laissaient ensuite sécher et durcir au soleil. Égyptiens, puis Grecs et Romains écrivaient sur de longues bandes de papyrus qu’ils enroulaient. (...) Avec le parchemin, peau d’ovin, poncée puis tannée (s’il s’agit d’une peau de veau, l’on parle de vélin), plus souple et donc assemblable en cahiers, l’idée d’assembler des feuilles de manière à constituer un volume va être un véritable progrès. La page apparaît. » « Aujourd’hui, au XXIe siècle, avec les tablettes de lecture en e-paper −papier électronique −c’est, (...), l’accès immédiat à des centaines de volumes sur une seule et unique page réinscriptible à loisir qui est maintenant possible. » (Gutenberg 2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo, chapitre 1, pp. 24-25)

L’assemblage de ces pages sera baptisé « codex », du latin, « tablette à écrire ». « Ce passage du rouleau au codex est la première étape importante dans l’histoire du livre », note Lorenzo Soccavo.

« Au XIe siècle les Arabes introduisent dans les pays méditerranéens le papier, que les Chinois avaient inventé dès les 1er siècle. (...) Très vite, l’accroissement des besoins en papier qu’une qualité convenable et égale conduit à industrialiser la fabrique de la pâte à papier et à imposer le bois, donc les arbres, comme principale matière première. Le papier finit par s’imposer comme le support privilégié à la transmission des savoirs. Le passage de la xylographie (système qui prévalait jusqu’alors d’impression des textes au moyen de planches de bois gravées en relief), à l’impression typographique (basée sur l’assemblage de caractères mobiles en plomb, afin de former les mots) est la deuxième étape importante de l’histoire du livre. » (Gutenberg 2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo, chapitre 1, p. 26)

« Au fil des siècles l’objet livre a régulièrement évolué, en termes de capacités, pour :

  1. premier Plus de pérennité : capacité à durer, à traverser les aléas du temps...
  2. deuxieme Plus de compacité : capacité, à la fois, à occuper moins de place et, à contenir plus, à stocker un nombre toujours plus élevé de caractères, toujours plus de texte...
  3. troisiemePlus de liberté : capacité du texte à s’émanciper des contraintes liées au support, et de libérer auteurs et lecteurs en facilitant la diffusion et le partage... »

(Gutenberg 2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo, chapitre 1, p. 27)

Peut-on douter encore de la flexibilité du livre, de sa capacité à se transformer pour répondre toujours mieux aux besoins des lecteurs ? Le livre n’est pas plus de nos jours un produit statique qu’il ne le fut au cours de son histoire. Il évolue. Même son existence sur le support papier a évolué, par exemple, avec l’avènement du livre de poche. En résumé, le livre demeure mais son support évolue dès qu’une avancée technologique peut lui donner davantage de capacité de pérennité, de compacité et de liberté. Et c’est exactement ce que l’encre et le papier électronique offrent au livre.

Lorenzo Soccavo explique dans les moindres détails cette nouvelle mutation du livre sous tous ses aspects. Tout résumé risquerait de banaliser l’un de ces détails qui fera histoire. Nous passons donc ici volontairement sous silence les autres informations techniques au profit de notre invitation initiale : « Acheter ce livre ! » pour découvrir cette odyssée technologique géniale à la conquête du futur du livre.

Le message principal est passé : Le livre n’en est pas à sa première mutation. Il ne sert donc à rien de lutter contre le numérique ; il faut s’y adapter.

Une nouvelle philosophie du livre

Le deuxième aspect le plus frappant à la lecture du livre de Lorenzo Soccavo, c’est la nouvelle philosophie du livre qui se met en place. Autrement dit, la mutation du livre n’est pas uniquement un simple affaire technologique productrice d’un nouveau gadget de lecture. En effet, la technologie ouvre une nouvelle approche philosophique du livre, comme toutes les mutations passées.

Nous connaissons amplement le changement de philosophie du livre provoqué par l’invention de l’imprimerie par Gutenberg. Le livre n’est plus désormais l’apanage de quelques privilégiés. Il devient un objet culturel populaire accessible à tous et on ne l’écrit plus avec les mêmes buts des moines copistes. L’auteur a désormais un public beaucoup plus large qu’aux temps des Grecs et des Romains. L’oeuvre est directement accessible par les lecteurs ; plus besoin d’un initié qui fait la lecture. Bref, l’imprimerie démocratise l’accès au livre et au savoir. Au fil du temps, tous ceux qui résistent à cette démocratisation par exemple, en mettant à l’index certaines oeuvres, doivent plier l’échine, s’adapter à cette nouvelle philosophie du livre, en devenant eux-mêmes auteurs, éditeurs, distributeurs, libraires, bibliothécaires,... Comme le dit l’adage « If you can’t beat them, join them » (Si tu ne peux pas les contrer, rejoins-les).

La première donne de cette nouvelle philosophie du livre repose sur le fait que le livre à l’ère du numérique n’est plus un objet matériel limité à une seule et unique pratique de lecture. Le livre s’est dématérialisé avec le numérique. Il est devenu un fichier informatique avec des fonctionnalités jusque-là inespérées telles la recherche par mot-clé ou par expression, la consultation grâce à une table des matières hypertextuelles (liens hypertextes), l’ajout d’un index personnel interactif, le renvoie aux notes en bas de pages et le retour au texte par de simples clic de souris,... C’est à ce livre dématérialisé auquel plusieurs font allusion en affirmant qu’il ne remplacera jamais le bon vieux livre papier. Mais voilà que le livre numérique retrouve une matérialité qui dépasse largement le livre papier traditionnel grâce au livre électronique, un appareil de lecture portable qui permet d’exploiter toutes les fonctionnalités du fichier informatique original listées ci-dessus et plus encore.

Avec cet appareil portatif dont le confort de lecture est similaire au livre papier, il ne s’agit plus d’un livre pour chaque oeuvre littéraire. Le livre électronique peut contenir des dizaines voire des centaines d’oeuvres littéraires c’est-à-dire toute une bibliothèque personnelle dans un seul et même livre (électronique). Le lecteur pourra allonger à l’infini les tablettes de sa bibliothèque personnelle grâce à l’usage de petites cartes mémoires semblables à celles des appareils photo numériques.

Personnellement, j’aimerais disposer déjà d’une telle bibliothèque puisque je dois, à chaque déménagement, me prêter à l’emballage de plus d’une centaine de boîtes de livres. Voilà un problème de taille de réglé avec l’appareil de lecture et d’entreposage portable et les cartes mémoires. Finis aussi les livres endommagés, tachés, écornés,... par l’usage ou par le temps.

La navigation dans les exemplaires numériques affichés sur le livre électronique n’est pas la seule pratique de lecture qui s’ajoute au livre en supplantant son aspect statique. Le livre électronique permet au lecteur de devenir actif et , « par exemple, de commenter ou d’enrichir le texte d’apports personnels ou extérieurs, de communiquer et d’interagir avec d’autres lecteurs, de s’intégrer à des communautés de lecteurs, d’obtenir dans l’instant des informations complémentaires sur l’auteur ou toutes autres données... » (Gutenberg 2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo, chapitre 1, p. 47)

Et n’est-ce pas là justement ce que l’on attend du lecteur ? Aussi loin que je me souvienne, tous mes professeurs tentaient, par tous les moyens à leur disposition, de faire de nous des lecteurs actifs en nous incitant à discuter de nos lectures, en recevant des écrivains en classe, en nous invitant à fréquenter les clubs de lecture de la bibliothèque, en nous enseignant à écrire des fiches bibliographiques, à annoter nos livres, à les résumer,... et à les conserver précieusement. Malheureusement, seuls quelques élèves particulièrement motivés relevaient le défi. Il faut avouer que devenir un lecteur actif était une mission plutôt ardue ; nos moyens se limitaient au crayon de plomb et à la feuille de papier. Rare était l’étudiant qui voulait étendre l’écriture manuscrite jusque dans ses loisirs puisqu’il y passait déjà la plupart de son temps en classe et à la maison lors de la rédaction de ses devoirs. La lecture obligée de livres à l’école tombait alors sur les nerfs de plusieurs, non pas par dédain de la lecture, mais en raison de ce qu’elle impliquait de travaux manuscrits subséquents. Certains élèves ressentaient même une pression supérieure dans l’écriture d’un texte manuscrit propre et lisible que dans l’exercice du contenu. L’avènement de l’ordinateur personnel a réglé ce problème de lisibilité et passablement facilité la concentration sur le contenu. Le fait que l’écriture manuscrite soit pratiquement disparue des collèges et des universités démontre bien que l’ordinateur personnel a répondu à un besoin criant.

Écrire à la main ne correspondait pas au monde technologique qui nous entourait à l’époque (année 60 et 70). Nous étions nés avec la télévision. Nous avions tous une radio cassette et certains un système de son Haute Fidélité. Les caméras vidéo commençaient déjà à être à la porté de tous les portefeuilles. Et, à l’école, nous étions encore et toujours contraints à l’écriture manuscrite comme au Moyen-Âge. Parfois, je me souviens, et parce qu’il ne fallait pas perdre le fil, on prenait des notes sans même en comprendre le sens avec l’espoir de pouvoir y accéder à tête reposée. Puis sont arrivés les photocopieurs. Les professeurs les plus modernes nous dispensèrent alors de prendre des notes lors de leurs cours pour nous fournir leurs propres notes photocopiées. Ainsi libérés, nous pouvions nous concentrer sur le contenu et devenir un peu plus actifs, notamment, en posant des questions, en lançant une discussion,... ce que ne nous permettait pas l’obligation de prendre nous-mêmes des notes manuscrites à chaque cour.

L’ordinateur personnel est arrivée après la fin de mes études. Cependant, j’ai vu son impact sur les études de mes quatre enfants. Libérés de la prise de notes durant les cours par les photocopieurs et libérés de l’écriture manuscrite par l’ordinateur personnel, l’étudiant a tôt fait de gagner lui aussi en liberté au profit d’une plus grande implication personnelle dans ses études. « Le travail à l’ordinateur » a à ce point facilité l’apprentissage que les instances scolaires n’ont eu d’autres choix que de s’y adapter. On pourra toujours critiquer qu’une part de la liberté acquise et du temps gagné par les jeunes de l’époque passèrent aux jeux sur ordinateurs ou sur écran de télévision, il n’en demeure pas moins que les gains dépassent largement les effets pervers. N’oublions pas que les jeux électroniques contribuent aux développement de facultés d’apprentissage non négligeables telles la concentration, la logique et la stratégie. Les jeux agissant ainsi sur nos facultés n’étaient pas légion, aussi attrayant et encore moins à la portée de tous il y a trente ans.

Puis est venu l’Internet. Aussi statique que le livre papier dans sa première version mais avec l’avantage de rendre accessibles des informations toujours plus nombreuses pour le prix d’une connexion réseau mensuelle équivalent au prix d’un livre, le tout sur son ordinateur personnel, à la maison, au travail et même dans les cafés. Plus besoin de se déplacer ici et là pour trouver l’information recherchée. C’est sans aucun doute la diversité de l’information qui frappe d’abord l’imaginaire des internautes. Si la prolifération des médias nous avait quelque peu habitués à la diversité de l’information, l’Internet nous apprend qu’il ne s’agissait là que de la pointe de l’iceberg. Plusieurs associeront alors spontanément l’Internet à une source « infinie » d’informations mais ils n’ont encore rien vu.

La deuxième version de l’Internet, dite Web 2.0, ouvre les vannes aux internautes eux-mêmes ; on peut désormais diffuser soi-même de l’information et donner son opinion en participant à des forums, des blogues, des sites de clavardage (« chat ») ou avoir son propre site Internet. La diversité du contenu se multiplie de façon exponentielle. On apprend que le nombre de gens qui pensent comme nous est beaucoup plus élevé qu’on le croyait et vice-versa. L’Internet vient alors de passer du statique au participatif, individuel et collectif. Des communautés sociales d’internautes se forment.

À travers toute cette effervescence, non seulement le livre s’assure une place mais il devient le produit culturel le plus vendu sur Internet. Et les lecteurs s’activent sur le Net. Des sites, des forums et des blogues littéraires voient le jour tandis que les clubs de lecture se multiplient. Les lecteurs sont devenus aussi voire plus actifs que le souhaitaient jadis nos professeurs.

Certains soutiennent que si le bon vieux livre papier a su se hisser à la première place des produits culturels les plus vendus sur Internet, il n’a pas à s’adapter puisque les gens démontrent ainsi préférer le papier. C’est le cas de bon nombre d’éditeurs qui se limitent tout simplement à se doter d’un site Internet statique (version Web 1.0). Ils croient à tort que l’Internet est une simple vitrine, une vitrine virtuelle qui s’ajoute à celles des librairies traditionnelles. Mais la deuxième version de l’Internet, participative, bouscule la donne et l’internaute ne veut plus faire du lèche-vitrine. Il veut entrer, discuter, échanger, influer, bref, participer.

Aujourd’hui, le livre se retrouve dans la même position que l’écriture manuscrite à la suite de l’arrivée des ordinateurs personnels. Il est entouré de nouvelles technologies innovantes qui le rendent obsolète en mettant en lumière les limites imposées par son aspect statique. On voit maintenant ce que l’on ne peut pas faire avec le livre papier traditionnel. Par exemple, la recherche dans le texte se limite souvent à un index qui correspond rarement à nos intérêts personnels. Il faut chercher les passages que nous avons soulignés en feuilletant le livre page par page. La mise en page ne laisse pas aucune place pour écrire nos commentaires. On ne peut pas grossir le caractère pour une lisibilité améliorée ou agrandir une image pour en examiner les détails. On ne peut pas copier/coller dans un dossier les passages qui nous ont marqués à moins d’abîmer notre exemplaire en détachant les pages intéressantes à nos yeux. Nous sommes limités au livre lui-même et à son contenu ; aucun lien hypertexte ne nous offre la possibilité d’obtenir une information complémentaire. Dans le cas d’une citation, on ne peut pas en vérifier instantanément le contexte original sous un simple clic ; il faut nous procurer le livre cité. Et dans le cas d’un mot dont la définition nous échappe, il nous faut délaisser le livre pour un autre, en l’occurrence, un voire plusieurs dictionnaires, pour autant qu’on y a accès au moment même de la lecture.

Évidemment, tous ces inconvénients et plusieurs autres passent inaperçus si on lit un livre comme on regarde un film sur DVD à la maison, dans une position passive face à l’oeuvre. Pour certains lecteurs cette passivité est recherchée pour équilibrer l’activité souvent trépidante d’une journée ou d’une semaine de travail. La lecture est synonyme de repos, de détente ou de divertissement. Un livre statique facilite cette passivité, la coupure avec l’activité courante. L’action est alors uniquement dans le livre et sa lecture. Et c’est sans doute pourquoi plusieurs personnes redoutent la lecture ; l’activité manque d’action.

Lorsque le cinéma et la télévision sont arrivés, on a craint pour la lecture. Mais le livre n’a pas souffert autant que prévu parce que ces médias, somme toute, offrent un contenu tout aussi statique que le livre. La même crainte fut exprimée lors de l’arrivée de la radio mais cette dernière à ses débuts était également statique. L’auditeur était passif, tout comme le téléspectateur et le spectateur. On se souviendra aussi l’appréhension des radiodiffuseurs à l’arrivée de télédiffuseurs. On imaginait que l’image ajoutée au son fasse disparaître la radio limitée à la voix. Or, aucun de ces médias n’a éliminé l’autre parce qu’aucun n’en avait la capacité, tous étaient statiques, tout comme le livre qui a survécu.

Au début des années 80, le consumérisme ayant fait son oeuvre au cour de la décennie précédente, l’U.N.E.S.C.O dénonça la passivité de la population face aux médias et mis en place un programme mondiale d’éducation aux mass-médias. En France, l’initiative prit la forme d’une opération nationale impliquant les gouvernements et tout le milieu de la télévision sous le nom « Jeunes téléspectateurs actifs ». Au Québec, l’Association canadienne des journaux (ACJ) a lancé le projet « Le journal en classe ». Et ainsi de suite.

L’objectif général était simple : former une population active face à ses médias, plus critique, par une connaissance adéquate des médias, de leur fonctionnement respectif. La plupart des activités d’éducation aux mass-médias consistaient à participer à des projets d’émission de radio ou de télévision produites avec le matériel de l’institution scolaire ou encore à des projets de journaux étudiants. Cette participation directe a eu l’avantage de faire des médias des outils pédagogiques mais les médias eux-mêmes sont demeurés foncièrement statiques.

Avec les années, les programmes d’éducation aux mass-médias se sont essoufflés et la mobilisation du milieu scolaire est devenu plus difficile. Au sortir de l’école, l’étudiant à qui on avait appris à être actif se rendait vite compte qu’il ne pouvait pas plus qu’hier participer aux médias, être véritablement actif autrement que par sa propre opinion critique. On disait de lui qu’il était un « enfant de la télévision » (parce que né alors que la télévision existait) et on lui reprochait sa passivité devant l’écran malgré les programmes de formation. J’ai été impliqué dans de tels programmes d’éducation aux mass-médias au Québec de 1981 à 1987 à la suite d’un stage en France dans le cadre du programme « Jeunes téléspectateurs actifs » et, à mon avis, on ne peut pas inciter à la participation lorsque les médias eux-mêmes demeurent statiques ou fermés à la participation. Si développer une opinion critique sur des bases objectives est tout à fait louable, il faut que l’expression de cet action soit le commencement de l’action et non pas une fin en soi.

L’arrivée de la deuxième version de l’Internet, participative, donc loin d’être statique comme le cinéma, la radio, la télévision et le livre, a changé profondément la donne. L’interaction si recherchée par les autres médias est servie aux internautes sur un plateau d’argent. Les internautes ont accepté l’invitation comme l’eau qui se précipite dans un nouveau canal d’irrigation. Adieux la passivité ! Bienvenue la participation !

On peut dire que l’Homme n’est pas fait pour être passif et que seules les possibilités le limitent. C’est une caractéristique liée à la nature humaine. À chaque fois au cours de son histoire que l’Homme a eu l’occasion de participer activement, il en a profité. C’est ainsi que la démocratie s’est répandue et que là où elle n’est pas, c’est que les hommes sont dominés, restreints dans leur liberté.

C’est dans ce contexte que je saisis l’invitation de Lorenzo Soccavo dans son livre : la solution, c’est de s’adapter. Il faut que la chaîne du livre s’adapte aux nouvelles capacités qu’apportent le numérique, l’électronique et l’Internet pour offrir aux lecteurs un livre nouveau, participatif. Autrement, je crois sincèrement, dans le cas du Québec, que l’industrie risque de perdre le nouveau lectorat qu’elle recherche depuis des années, et ce, aux mains des marchés étrangers.

Recherche & Développement

« Aujourd’hui, écrit Lorenzo Soccavo, avec le numérique, le livre est en train de dépasser l’horizon du simple objet de consommation courante qu’il risquait de devenir à court terme, relégué au rang d’antiquité à l’époque des Smartphones, de l’iPod, des lecteurs portables de DVD... En dépassant cet horizon et en apportant davantage que du contenu statique, l’objet livre s’ouvre et ouvre aux lecteurs (et aux maisons d’édition) de nouvelles perspectives, Que le livre puisse aussi et encore évoluer est une chance. » (Gutenberg 2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo, chapitre 1, p. 47)

Au Québec, on a la nette impression que la chaîne du livre voit dans le numérique, le livre électronique et l’Internet une menace car elle semble aussi statique que son produit face à l’avenir. Une nouvelle philosophie du livre s’impose.

« Ces appareils (livres électroniques) ne seront plus des livres statiques refermés sur les textes qu’ils renferment mais des systèmes ouverts : à l’amendement de leurs contenus, aux opinions des autres lecteurs, aux contenus connexes... Des Smart books, voire des living books, ou livres vivants pourrions-nous presque dire... Il ne s’agira aucunement de simples artefacts aux livres que nous connaissons et manipulons depuis notre enfance. Il ne s’agira pas simplement d’un livre high-tech. Car il ne s’agit pas pour les professionnels de remplacer coûte que coûte le livre papier, mais, d’offrir de nouveaux usages complémentaires aux lectorats d’aujourd’hui séduits par le multimédia et la mobilité ». (Gutenberg 2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo, chapitre 1, p. 48)

Je retiens : « offrir de nouveaux usages complémentaires aux lectorats », c’est-à-dire bonifier le livre, lui permettre de muer une fois de plus. « La question n’est pas de remplacer les livres papier par des livres électroniques. La question est celle de l’évolution des usages », insiste Lorenzo Soccavo.

« On ne vend pratiquement plus de disques Vinyle et on entend tous les jours que les achats de CD chutent, pourtant, on écoute de plus en plus de musique. Mais on l’écoute sur de nouveaux supports. Et en attendant la commercialisation de nouveaux appareils de lecture, on lit de plus en plus en ligne et également, au Japon et en Corée du Sud en tout cas, de plus en plus sur des téléphones portables de deuxième ou troisième génération. » (Gutenberg 2.0 - Le futur du livre, Lorenzo Soccavo, chapitre 1, pp. 48-49)

Autrement dit, la rupture est déjà amorcée dans le cas du livre par le passage de la lecture sur papier à la lecture en ligne (sur Internet). Les journaux et les magazines s’adaptent progressivement à cette nouvelle réalité. Le livre suivra. La question n’est plus de savoir si les livres électroniques trouveront preneurs mais plutôt de savoir qui seront ceux et celles qui les offriront pour profiter des nouveaux lectorats de l’ère numérique.

J’ai personnellement l’impression ici de chercher à motiver la chaîne du livre québécois à s’adapter à l’ère numérique en brandissant uniquement l’appât du gain. C’est de mise lorsqu’on s’adresseàuneindustrie.Mais je ressens tout de même un sentiment de culpabilité. Ce n’est pas que je dédaigne la quête du profit, légitime dans les circonstances, mais plutôt la résistance aux changements. Pourquoi l’industrie québécoise du livre résiste-t-elle avec autant de vigueur à l’ère numérique et plus spécifiquement au livre 2.0 ? Une part de la réponse me vient à l’esprit : cette industrie québécoise n’a pas de département de Recherche & Développement, comme on en trouve dans les autres secteurs industriels. Elle ne dispose pas de professionnels qui s’appliquent à la recherche et au développement de nouveaux produits adaptés aux nouveaux lectorats. Il faut dire que la dernière révolution dans le domaine du livre remonte au XVe siècle avec l’imprimerie et à la relance du livre de poche par Hachette en 1953, comme le rappelle Lorenzo Soccavo. Les intervenants d’aujourd’hui au sein de la chaîne du livre ne sont donc pas des habitués des révolutions dans leur secteur, d’où l’importance de prospectiviste spécialisé tel Lorenzo Soccavo.

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys

http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.117.htm

 


20 mars 2008, 1:58
Le malaise des écrivains face au monde virtuel

Le dossier Littér@ture : Le livre à l’ère du numérique publié dans ldition du 13 mars 2008 de l'hebdomadaire Courrier international nous permet de comprendre une part du malaise des écrivains face au monde virtuel. Dans ce dossier, on retrouve un article intitulé «Place au roman 2.0» présenté en ces mots: «La littérature peut-elle représenter un monde de plus en plus virtuel ? En 2006, le magazine en ligne Slate invitait les auteurs américains Gary Shteyngart et Walter Kim à en débattre. Extrait de leur échange.» L'article original en anglais du magazine Slate est accessible gratuitement en ligne sous le titre «The Novel, 2.0».

 

Il ne faut pas perdre de vue la question : «La littérature peut-elle représenter un monde de plus en plus virtuel ?». Walter Kim écrit:

 

«Voici où je veux en venir : ce nouveau monde me déconcerte, à la fois comme romancier et comme individu. Et cette désorientation tient au fait que je raisonne (et lis et écris) encore de façon linéaire, alors que je me retrouve à vivre dans des boucles sans fin. Il se passe trop de choses chaque jour, tout se passe en même temps et pourtant, en un sens, il ne se passe rien du tout. Il est difficile de mettre en scène une journée passée à traiter des signaux électroniques.

 

J'ai lu quelque part que les écrivains des années 1960 étaient tourmentés par le fait que la vie devenait plus étrange et plus sensationnelle que ne pouvait espérer l'être des histoires inventés. Notre problème plus grave, je pense −, c'est que la vie ne ressemble plus à une histoire. Les choses s'entrecroisent mais ne progressent pas. Les gens communiquent sans entrer en contact. Les décors se déplace sans nécessairement changer.»

 

C'est vrai, le monde virtuel a tout pour ébranler l'écrivain qui veut en témoigner. Une écriture linéaire, respectant l’ordre dans lequel se produisent les événements, se prête mal au monde virtuel avec sa multitude de réalités instantanées qui donne l'impression de passer du coq à l'âne jusqu'à épuisement.

 

Le meilleur exemple qui me vient à l'esprit est celui de mon fils de 18 ans qui peut se prêter à un jeux en ligne, discuter avec une amie sur son cellulaire tout en échangeant avec plusieurs personnes sur deux ou trois sites de clavardage en même temps. Comment écrire une histoire en pareil contexte ? Il faut dire que la simple description de ces activités n'en fait pas une histoire à suivre. «Tout se passe en même temps» comme le souligne l'écrivain Walter Kim.

 

Dans le monde virtuel, ce n'est plus quelques analepses (flash-back) ou  prolepses (projection dans le futur) qui peuvent suffire à la tâche pour recoudre la réalité au présent. Au contraire, l'histoire se compliquerait à ce point que la densité du présent deviendrait insupportable au lecteur. Il aurait alors l'impression d'être immobile dans le temps malgré les pages défilant devant lui.

 

«La littérature peut-elle représenter ce monde ? Peut-elle représenter ce que cela fait de l'habiter ? Les films, eux, ont renoncé à essayer. Le mieux qu'ils puissent faire est de montrer des allers et retours entre les gens qui se parlent au téléphone ou de montrer quelqu'un qui tape sur un clavier puis ce qui apparaît sur l'écran.» Walter Kim

 

Puis, une autre question se pose, plus existentialiste celle-là : une fois branché à ce monde virtuel, l'histoire de l'individu se poursuit-elle réellement ? Est-il toujours le même homme ou la même femme avec la même histoire ? À l'ère des pseudonymes et de l'anonymat qui règnent en roi et maître sur l'Internet, l'individu devient-il un personnage voire plusieurs personnages à la fois ? Si oui, comment le mettre en scène sans dédoubler sa personnalité mainte et mainte fois dans une même histoire, cohérente et linéaire? Serait-ce toujours l'histoire de l'individu qui devient une autre personne une fois branché sur ce monde virtuel ? Et si chacun clame être le même ou simplement jouer un personnage de son invention, plus libre ou plus tordu que nature, comment expliquer sa diversité et ses penchants?

 

Le monde virtuel n'est pas un simple reflet du monde réel. À prime abord, il semble que l'histoire ne se vit pas plus qu'elle s'invente et se raconte de la même manière dans chacun de ces deux mondes. Le tangible et l'intangible tout comme le visible et l'invisible auxquels les écrivains sont si familiers ne les placent pas pour autant dans une situation confortable face au monde virtuel comme on aimerait le croire. «Les romanciers, qui ont accès à l'invisible, devraient être bien placés pour faire mieux (que le cinéma − voir l'encadré ci-dessus). Mais comment?, se demande l'écrivain Walter Kim.

 

Pour certains, le monde virtuel n'est que le prolongement du monde réel et, de ce fait, il lui est intimement lié. Ils défendront aisément cette hypothèse par l'influence du monde virtuel sur le monde réel, par exemple, sur les politiciens. Mais il ne faut pas oublier une chose, le monde virtuel ne tient qu'à un fil, un simple fil de transmission, ce qui ne se compare en rien aux tenants et aboutissants du monde réel. La création au bout du fil, le monde virtuel, est loin d'être de même nature que le monde réel.  On peut donc se demander si les personnages de l'un et de l'autre partagent une nature commune car vivre dans un prolongement du monde réel, quelqu'il soit, implique un passage, et celui dans le monde virtuel n'est pas inoffensif. La personne semble profondément transformée au point de ne plus tenir à son identification, son visage, son nom, sa profession,..., son histoire ! Si le passage dans le monde virtuel procure des gains, il enregistre aussi plusieurs pertes. Est-ce profitable, pour l'individu lui-même et pour le monde réel ?

 

Pour d'autres, le monde virtuel n'est qu'un ensemble de supports électroniques de communications. La meilleure concrétisation du «village global» prédit par le sociologue canadien des communications, Marshall McLuhan [ site officiel) ]. On soutient même que le «terme né de l'impression de proximité que l'on peut ressentir avec ses correspondants sur Internet» (source), ce qui est faux, bien entendu. Le terme «Village global» tel que popularisé aujourd'hui est issu du livre «La galaxie Gutenberg» signé par Marshall McLuhan publié en 1962 et précédemment, des livres «Finnegans Wake» de James Joyce et «America and Cosmic Man» de Wyndham Lewis, publiés respectivement en 1939 et 1948 (source).

 

Que certaines personnes attribuent aujourd'hui le terme «Village global» à l'avènement de l'Internet est caractéristique d'une perception du monde virtuel fort répandue mais fausse car c'est en se référant à la découverte et à l'expansion de l'imprimerie (Galaxie Gutenberg) que McLuhan utilise le terme. Le rapprochement en raison de la diffusion rejoignant désormais un plus grande nombre de gens qu'à l'époque précédant l'arrivée de l'imprimerie fera dire à McLuhan que le monde devient un village planétaire, du moins pour l'Occident. Et avec l'imprimerie est venu le livre : «Le livre, en raison de sa malléabilité, incite les hommes à lire et à penser individuellement, à se centrer sur eux-mêmes. Dans La Galaxie Gutenberg, McLuhan écrit: «  Printing, a ditto device, confirmed and extended the new visual stress. It created the portable book, which men could read in privacy and isolation from others ». (source) «L'individu se replie sur lui, devient « linéaire », «  unidimensionnel  », terme employé par James Joyce, romancier fort apprécié de McLuhan, et repris par Herbert Marcuse dans son ouvrage, L'Homme unidimensionnel, écrit en 1964.» (source)

 

S'il est difficile de définir cet homme d'une seule dimension, on peut s'attarder au retour du mot «linéaire»: «L'individu se replie sur lui, devient ''linéaire''». C'est exactement ce «linéaire» qui bloque les écrivains face au monde virtuel. Rappelons-nous cette affirmation de Walter Kim (premier encadré ci-dessus) : «Voici où je veux en venir : ce nouveau monde me déconcerte, à la fois comme romancier et comme individu. Et cette désorientation tient au fait que je raisonne (et lis et écris) encore de façon linéaire, alors que je me retrouve à vivre dans des boucles sans fin.»

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le monde virtuel tel l'Internet n'est pas linéaire, pas plus qu'unidimensionnel, ne serait-ce qu'en raison des liens hypertextes qui s'ouvrent sur de nombreuses informations, du multimédias qui éveille d'autres sens que la vue avec l'audio et la vidéo et de l'interactivité qui suscite la participation. Le linéaire (respect de l’ordre dans lequel se produisent les événements) est quasiment impossible dans le monde virtuel parce que non seulement les événements se bousculent mais ils se produisent en même temps.

 

On vient peut être de trouver ici pourquoi les jeunes nés depuis l'avènement de ce monde virtuel éprouvent des difficultés à lire et à écrire des textes linéaires le moindrement longs, ce qui y inclus les livres, papier ou virtuel. Nous savons tous que le mode de communication influence la pensée dans sa structure même. Or, les visites du monde virtuel ne sont pas particulièrement reconnues pour être linéaires. On peut présumer que plus le lien entre ce monde virtuel et le jeune est étroit et intense, plus il s'éloigne d'une pensée linéaire. Le problème, c'est que la transmission du savoir aux jeunes générations repose encore sur la pensée linéaire et unidimensionnelle héritée de l'avènement de l'imprimerie.

 

Le monde virtuel, dit-on, est avant tout tribal, comme le monde réel avant l'imprimerie. C'est le retour en force du bouche à oreille, version virtuelle, avec l'image et le son en plus grâce aux microphones et aux Webcams. Et c'est aussi le retour en force de la «tribu», avec les sites de clavardage et les blogues.

 

Cependant, la discussion sur le site de l'hebdomadaire culturel Voir au sujet d'un article intitulé «Trop de blogues ?» laisse entrevoir que la «nouvelle tribu» n'a rien en commun avec la vie tribale d'antan. L'un des participants, Éric Milette, écrit, nous mettons en caractères gras les passages qui nous intéressent: «Les blogs répondent à une demande culturelle pour plus de liberté et moins d'autorité dans les médias. Bien sûr, blogs ou télévision, on est tout aussi libre du contenu qui entre dans notre cerveau, par contre, le blog pulvérise le concept d'autorité dans les domaines culturels.» (source) En réponse à un autre participant, monsieur Millette ajoute : «Je parlais de l'Autorité avec un grand "A". Par exemple, plus il y a de blogs politiques, moins l'avis des experts (qui détiennent une autorité sur un sujet) est respecté. Et plus ces mêmes experts finissent par utiliser le même langage et alors creusent leurs propres tombes.» (source)Dans un autre de ses commentaires, monsieur Millette écrit: «(...) Je soutiens tout de même que le web est maintenant le lieu d'un retour de la pensée tribale. (...)». (source) Et à un autre participant qui lui demande «Dites-moi, est-ce que la pensée tribale était disparue? N'y a-t-il pas toujours eu de ces lieu où la conversation était dirigée à un petit clan? Jadis, c'était les clubs sociaux, aujourd'hui, les blogues?», monsieur Millette répond :

 

«Ce n'est pas qu'elle était disparue mais elle était amoindrie. Les clubs sociaux dont vous parlez ne sont pas nécessairement indépendants du reste de la société. Ils sont parfois actifs dans leurs communautés ou ils ne sont que des lieux de rencontres pour ceux et celles qui aiment la même activité. Ils ne constituent pas des modes de vie complets. On est membre d'un club mais on y fait pas sa vie.

Le néo-tribalisme, ce n'est pas non plus des regroupements politiques, comme les syndicats par exemple. Ces derniers sont ancrés dans la vie collective moderne. Ils ne s'excluent pas de la société, ils prennent leur place dans celle-ci. Or, les néo-tribus s'autonomisent par leurs mythes, leurs rituels, leurs codes, etc. Bien sûr, ils vivent encore dans la société moderne, mais ils n'y participent pas ou très peu.

Comprenez-moi bien, les néo-tribus ont une vision bien à elles du monde que nous partageons de sorte qu'elles ne partagent plus les mythes nécessaires à une vie politique collective. Chacune d'elles s'isole graduellement des autres et alors les revendications politiques n'ont plus de poids. Bien sûr, le monde politique continue de fonctionner, mais toujours sur son inertie; il n'y a plus de changement, plus d'innovation, on se répète ou on suit religieusement le mouvement des nouvelles techniques.

Et je crois que l'internet avec ses blogs est le terrain privilégié de ces néo-tribus car maintenant, les gens peuvent s'isoler médiatiquement dans leurs visions du monde. Ils ne sont plus confrontés aux autres, sauf dans la rue ou au travail (alors on se ferme les yeux et on se "plogue" sur on ipod et on attend que ça passe). On ne peut plus atteindre ces gens-là car ils ont toujours un lieu virtuel où se cacher. Chacun y allant de ses propres "ressentis" tribaux pour comprendre ce qui arrive. On ne cherche plus à partager une vision commune, plus ou moins conflictuelle, du monde que nous partageons par la politique.

Et les puissants de ce monde dorment alors bien tranquilles...»

Éric Millette

 

 

La tribu du monde virtuel est différente de la tribu d'antan du monde réel parce qu'elle n'est pas sous l'autorité d'un chef qui la dirige ou d'un sage qui la guide. On observe souvent dans le monde virtuel une sainte horreur de l'autorité... traditionnelle ou telle qu'on la connaît dans le monde réel. Car, dans les faits, le temps venu d'argumenter, on cherche souvent dans le monde virtuel à prendre autorité sur le monde réel. Plusieurs tribus du monde virtuel ne sont donc que des regroupements de personnes qui se sentent dominées dans le monde réel.

 

L'écrivain trouvera peu d'inspiration dans ce nouveau tribalisme du monde virtuel car le thème «Dominants - Dominés» est épuisé depuis longtemps même si certains s'y complaisent, généralement pour les archives.

 

Revenons à la question posée par l'écrivain Walter Kim : «La littérature peut-elle représenter ce monde virtuel ?». L'écrivain se demande si un nouveau style littéraire s'impose. Personnellement, je ne crois pas qu'il faille inventer un nouveau style littéraire pour témoigner du monde virtuel; l'écriture linéaire s'impose d'autant plus que la compréhension de l'oeuvre par le lecteur est en jeu. Le style de lecture dominant est linéaire. La cible d'une littérature représentant le monde virtuel ne se compose pas des habitants du monde virtuel mais de ceux du monde réel. L'écrivain n'a donc pas à inventer un nouveau style d'écriture à l'image du monde virtuel pour représenter ce dernier. La majorité des lecteurs de littérature est née avant la naissance de ce monde virtuel ; elle a l'habitude des histoires linéaires et la logique du monde virtuel ne lui sied pas très bien.

 

Lors du lancement de notre maison d'édition en ligne en juin 2003, nous nous attendions à une ruée de jeunes auteurs, plus familiers avec l'Internet que leurs aînées. Ce ne fut pas le cas. La moyenne d'âge de nos auteurs dépasse les 50 ans. Et le livre papier traditionnel représente plus de 90% de nos ventes.

 

À la seconde question posée par l'écrivain Walter Kim, la littérature peut-elle représenter ce que cela fait d'habiter le monde virtuel?, je répond par l'affirmative. La littérature peut tout raconter. La question elle-même m'apparaît découler d'un certaine incompréhension du monde virtuel. Ce dernier n'est pas un monde à part, quoiqu'on en pense. Car non seulement le monde virtuel a ses propres repères, mais il se réfère constamment au monde réel. Seule l'extension technologique éloigne le monde virtuel du monde réel. Et c'est l'effet de cet éloignement, de soi-même dans un autre monde, qui agit sur les habitants du monde virtuel. C'est le cas, par exemple, de cette impression de liberté que l'auteur d'un blogue éprouve en publiant un billet sur Internet. Un tel personnage est facilement imaginable dans un roman. Et on imagine qu'il sera vite coupé d'une réalité pour une autre ou déchiré entre deux réalités ou encore suspendu entre les deux. Je le répète, la littérature peut tout raconter et, au sujet de monde virtuel, il n'est pas besoin de contraindre l'écriture à un autre style que linéaire.

 

Qui plus est, l'abandon du style linéaire n'est pas utile car la logique n'émerge pas d'elle-même, tant dans le monde réel que virtuel. Pour être compris, il faut respecter un certain ordre dans lequel se produisent les événements, même superposés les uns aux autres dans le temps et dans l'espace, à moins d'aimer l'absurde.

 

Dans les deux cas, le Courrier international et le magazine en ligne Slate, on parle du «roman 2.0» en allusion au «Web 2.0» : «Place au roman 2.0» et «The Novel, 2.0».

 

Qu'est-ce que le Web 2.0 

Au détour d'articles et autres dossiers de presse, vous avez sans doute découvert que le Web entrait dans une nouvelle version : 2.0. Plutôt étrange sachant que le Web n'est ni un programme, ni un langage de programmation qui pourrait justifier une numérotation des nouvelles versions. Du reste, les définitions semblent se contredire comme le souligne Hubert Guillaud sur InternetActu : "D’un côté, il est vu comme le basculement des techniques vers des services, de l’autre il représente un nouveau réseau d’interaction sociale. Dans les deux cas pourtant, il replace l’utilisateur et ses relations avec les autres, plutôt qu’avec des contenus ou des machines, au centre de l’internet. Le web 2.0 est résolument relationnel." La première phrase de l'article de Guy Hervier sur ITRManager restitue bien la confusion et la multiplicité des définitions qui sont associées à ce web 2.0, né de nulle part : "Le Web 2.0 est une sorte d’auberge espagnole où chacun peut apporter quelque chose ou trouver ce qu’il souhaite. Concept technologique pour les uns, évolution fonctionnelle du Web pour les autres, vaporware marketing pour d’autres encore..." Mais comme le signale Hubert Guillaud, tous s'entendent toutefois sur le fait que "le web 2.0 est une plate-forme d’innovation qui fait en quelque sorte du web un système d’exploitation." Anicet Mbida sur 01Net conforte cette analyse, récapitulant les précédentes versions que l'on peut envisager du Web dans ce contexte (1.0 et 1.5) et estimant qu'avec la version 2.0 "le Web n'est plus une collection de sites, mais une sorte de système d'exploitation pour applications Web. À terme, les services de Web 2.0 pourraient remplacer les applications bureautiques." Finalement, Wikipédia offre une définition suffisamment large à ce concept étendu : "Web 2.0 est un terme souvent utilisé pour désigner ce qui est perçu comme une transition importante du World Wide Web, passant d'une collection de sites web à une plateforme informatique à part entière, fournissant des applications web aux utilisateurs. Les défenseurs de ce point de vue soutiennent que les services du Web 2.0 remplaceront progressivement les applications de bureau traditionnelles."

Toutes ces lectures sont à compléter avec cet article d'Eric van der Vlist, "Web 2.0 : mythe et réalité", très complet.

Source

 

Cette autre définition résume bien le Web 2.0: «Considéré comme l'évolution naturelle du web actuel, le web 2.0 est un concept d'utilisation d'internet qui a pour but de valoriser l'utilisateur et ses relations avec les autres.» (source) En image, voici la différence en le Web 1.0 (partie supérieure de l'illustration) et le Web 2.0 (partie inférieure de l'illustration) :

Web 1.0 vs Web 2.0 

 

Pour avoir une idée de ce qu'est le «roman 2.0», il suffit de remplacer «site web 2.0» par «roman 2.0» dans l'illustration ci-dessus.

 

Le roman 1.0 se limitait à la publication d'une œuvre sur un site Internet par son auteur. Les internautes intéressés pouvaient accéder au site et lire le roman, page par page ou chapitre par chapitre. Le roman 1.0 pouvait alors contenir autant d'illustrations que le souhaitait l'auteur, sans aucune des contraintes budgétaires connues avec l'impression papier. L'auteur pouvait aussi mettre autant de liens hypertextes voulus dans son texte. Les romans version 1.0 les plus originaux contenaient aussi des pages pour la présentation des personnages, du décor, de l'époque, les sources factuelles,...

 

Le roman 2.0 implique une participation des lecteurs à l'œuvre. Au départ, cette œuvre peut être le fruit du travail d'un seul ou de plusieurs auteurs. Dans un cas, l'œuvre publiée sera complète et on attendra de la part des lecteurs des critiques que l'auteur est libre d'accepter pour ensuite, le cas échéant, modifier son œuvre. Dans un autre cas, l'œuvre publiée est incomplète et l'auteur compte sur les lecteurs pour l'aider à en poursuivre l'écriture voire pour écrire eux-mêmes la suite. L'auteur peut se donner le rôle de modérateur et publier ainsi uniquement les contributions qu'il approuve ou être un simple spectateur. La participation des lecteurs peut prendre différentes formes. Par exemple, l'auteur peut poser une question aux lecteurs et les réponses influencer sa rédaction de la suite du roman: «Que pensez-vous que le personnage XYZ fera?», «Que contient l'enveloppe laissée sur la table de chevet du personnage principal?», «Avec qui discute le personnage XYZ au téléphone?»,... Une autre consiste à demander aux lecteurs d'écrire eux-mêmes des parties du roman. À l'occasion, le dénouement d'une telle oeuvre ne fera pas consensus et l'auteur lui donnera plusieurs fins optionnelles. Dans les deux cas, le produit final est «oeuvre évolutive». À ce roman pourra s'ajouter tout ce que le Web 2.0 offre: des extraits audio, des vidéos, un site de clavardage avec l'auteur, un blogue d'échange entre les lecteurs, des cartes géographiques animées,...

 

Ainsi, non seulement la littérature peut représenter le monde virtuel mais elle peut elle-même en faire partie, avec ou sans participation des lecteurs internautes.

 

Le seul et unique problème du roman 2.0, c'est l'intérêt et la cohérence de l'oeuvre, comme le démontrent des expériences passées. Sur Internet, le style linéaire est difficile à maintenir en raison des lecteurs contributeurs, ces derniers en ne se donnant pas toujours la peine de prendre connaissance de l'ensemble des travaux d'écriture avant de contribuer.

 

Le malaise des écrivains face au roman 2.0 n'étonnera personne puisque l'écriture est avant tout un acte solitaire.

 

 

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

 


18 mars 2008, 6:47
«Un texte qui a retenu l'attention sur Internet est davantage lu que le texte d'un quotidien, grand et petit format.»

La semaine dernière (12 mars 2008) avait lieu à Montréal une Journée-conférences organisée par le groupe de presse Infopresse sous le thème «L'avenir des médias imprimés». Parmi les invités, madame Sara Quinn, directrice de l'étude «Eye tracking the news» du Poyter Institute (USA). La conférence de madame Quinn, «Médias imprimés ou en ligne: assurez-vous d'engager vos lecteurs», fut et de loin la plus intéressante du programme.

 

La conférencière

651549a58b9a4840903bd37fabe42f2f.jpgSara Quinn enseigne le journalisme visuel au Poynter Institute. Auparavant, elle était éditrice adjointe pour le Sarasota Herald-Tribune, un journal aux éditions multiples qui exploite une chaîne de télévision câblée 24 heures sur 24.

Elle a œuvré à titre d’éditrice, directrice du design et illustratrice pour différentes publications (journaux, magazines et livres). Son récent travail a conduit Sara Quinn dans les rédactions de différents journaux: Toronto Star, Portland Oreganian, Atlanta Journal-Constitution, Miami Herald, Columbus Dispatch et Orlando Sentinel. Elle a fait partie du conseil de la Society for News Design et de l’American Institute of Graphic Arts.

Actuellement, elle dirige le programme d’été du Poynter Institute pour les nouveaux diplômés. Cette session de six semaines, centrée sur le multimédia, est considérée comme un programme de perfectionnement final pour les jeunes journalistes les plus brillants et les plus novateurs dans l’industrie. Sara Quinn possède un baccalauréat en journalisme et design graphique de l’Université Wichita State et une maîtrise en illustration de l’Université de Syracuse.


La conférence

Vos lecteurs évoluent dans un paysage médiatique saturé. Leur attention est sollicitée de partout. Est-ce un mythe ou une réalité de croire que les lecteurs ont un niveau d’attention très court dans ce contexte?

Poynter Institute se penche sur la question avec l’étude Eyetracking the news, qui compare les habitudes de lecture pour des publications de différents formats papier et en ligne.

Grands titres, brèves, graphiques, photos, blogues, publicité, etc. Quels éléments retiennent l’attention des lecteurs? Quelles sont les combinaisons gagnantes pour retenir leur attention?

Sara Quinn, qui dirige cette étude, présentera l’ensemble des résultats d’Eyetrack07. Par cette recherche, vous découvrirez de nombreuses pistes de solutions afin de créer un design d’information pertinent et, ainsi, assurer un plus grand engagement du lectorat.

 

Notre résumé 

2819d11504e4fa6c0cf8e857f7b2a9c1.jpgOn parvient à traquer le mouvement des yeux parcourant une page d'un quotidien ou d'un site Internet à l'aide d'une lunette spéciale portée par les lecteurs. Cet appareil enregistre tout ce que l'oeil regarde, son parcours, ses points d'arrêt, le tout chronométré.

Ce type de tests de mouvement des yeux n'est pas nouveau. Louis Cheskin, pionnier des études de motivation d'achat des consommateurs, exécutait de pareils tests sur des emballages et des publicités de produits dans les années cinquante. Je parle abondamment du sujet dans mon livre «Comment motiver les consommateurs à l'achat» dont la version numérique est offerte gratuitement sur ce site (cliquez ici).

Lors d'un test de mouvement des yeux, on apprend essentiellement trois choses:

  1. Qu'est-ce qui attire l'attention?
  2. Qu'est-ce qui retient l'attention?
  3. Quel est le pourvoir de communiquer de ce qui retient l'attention?

 

 

Une grosse surprise : un texte qui a retenu l'attention sur Internet est davantage lu que le texte qui a retenu l'attention dans un quotidien, grand format et tabloïd 

f6a3f5055c5e8e7a19cc417a32d68a34.jpgLes chercheurs du Poynter Institute ont fait une découverte importante lors de l'édition 2007 de leur étude du mouvement des yeux des quotidiens, format et tabloïd, et des sites Internet: les gens lisent beaucoup plus que le laisse entendre le mythe à l'effet que les gens feuillettent ou naviguent et lisent peu leurs médias papier ou en ligne. Et plus surprenant encore, on lit davantage les textes sur Internet qui ont retenu l'attention que les textes des quotidiens papier. 

 

En moyenne, les gens ont lu 77% des textes publiés en ligne qui ont retenu leur attention, comparativement à 62% pour les quotidiens grand format et à 57% pour les quotidiens de format tabloïd. Autrement, on lit davantage un texte qui attire notre attention sur Internet que le texte qui attire notre attention dans un quotidien. Il faut dire qu'il y a moins d'éléments qui distraient l'oeil sur une page Internet où le texte occupe toute la page que dans un quotidien où l'on retrouve plusieurs articles sur une même page.

 

 

Une autre surprise d'envergure: le texte en ligne sur Internet est davantage lu peu importe le style du lecteur contrairement au texte publié dans un quotidien

 

5228b848b7f06399227c02e544c81357.gifLes chercheurs se sont intéressés ensuite au style de lecture en formant deux catégories de lecteurs: les lecteurs méthodiques et les lecteurs «scanner» (scanning reader).

Le méthodique lit le texte de haut en bas sans trop balayer la page. Et il lira l'article en entier même si ce dernier se trouve sur deux pages. Il va aussi relire certains passages ou éléments accompagnateurs de l'article (citations encadrées, graphiques, légendes des photographies,...). Sur Internet, le méthodique utile les menus et les barres de navigation pour localiser un texte et ensuite il ira lire ce dernier.

Le lecteur «scanner» se promène sur la page balayant les grand titres et les autres éléments en présentation. Il lit une partie du texte puis saute sur les photographies ou autres éléments sans revenir à la même place dans le texte. Sur Internet, le lecteur «scanner» regarde un peu partout dans la page web pour choisir un texte et ensuite le lire.

L'étude révèle que 75% des lecteurs de quotidiens imprimés sont méthodiques dans leur lecture. Sur Internet, 50% sont méthodiques et 50% sont du type «scanner».

La conférencière a attiré notre attention sur les types de lecture en proportion de la quantité de texte lu dans un article.

 

Notez bien, on ne parle pas ici du pourcentage des textes lus parmi l'ensemble des textes publiés dans l'édition d'un quotidien ou d'un site Internet mais du pourcentage d'un texte lu, par exemple: «l'article est lu à 77%.

Le pourcentage d'un texte lu sur Internet s'élève à 77% et varie peu en fonction du type de lecture: méthodique (78%); «scanner» (77%). Cependant, le lecteur méthodique lit une plus grande proportion du texte que le lecteur de type «scanner», 65% dans le cas d'un grand format et 66% dans le cas d'un tabloïd. C'est le pourcentage de lecture d'un texte du lecteur de type «scanner» de tabloïd qui est le moins élevé, seulement 45%.

 

Le lecteur se souvient davantage d'un texte dont la structure et la mise en page ne sont pas traditionnelles, par exemple, livré avec une série de Questions & Réponses, une chronologie des événements, des encadrés présentant des faits ou des listes

On pourrait croire facilement le contraire parce que plus il y a d'éléments dans la structure et la mise en page d'un texte, plus il y a de chances d'être distrait et de retenir peu l'histoire. Mais l'étude des chercheurs du Poynter Institute démontre le contraire, autant pour les sites Internet que pour les quotidiens. C'est la conclusion qu'ils tirent d'un exercice où le lecteur est soumis à trois formes différentes d'un même texte, sur papier et sur Internet, et à un questionnaire au sujet du texte après sa lecture. Le lecteur a plus de mémoire du texte lorsque sa structure et sa mise en page ne sont pas traditionnelles, par exemple, livré avec des graphiques, une série de Questions & Réponses, une chronologie des événements, des encadrés présentant des faits ou des listes,..., ce que les chercheurs nomment «No traditional narrative» (structure et mise en page éclatées).

 

* * *

 

Lire le compte-rendu complet de cette étude et des autres conférences «L'Avenir des médias imprimés» 

 

 

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys 

Courriel


5 mars 2008, 2:25
Que Victor Lévy Beaulieu brûle son œuvre et n'oublie rien

 

Le Québec de Victor Lévy Beaulieu me tombe sur les nerfs depuis toujours. Son «Québec» est tout ce qu’il y a de plus terne, bourré de petites vies sombres, hypocrites, maladives, vengeresses et dépressives où la chicane et la trahison s’abreuvent à une nature humaine tordue. Victor Lévy Beaulieu fait partie de ceux et celles qui croient que le reflet dans un miroir culturel aide les gens à se comprendre, à s’accepter et à changer pour le mieux. Mais ce n’est pas en passant des heures devant un miroir (livre, radio, télévision) que l’humain saisit sa destiné. Le miroir, c’est un gadget pour cacher aux autres ses réelles intentions. Comment ne pas penser aux découvreurs de l’Amérique remettant aux indiens des fragments de miroirs à qui ils volèrent ensuite les terres.

«Si rien n’est fait et rien ne bouge, il brûlera toute son oeuvre car cela signifiera que tout ce qu’il a écrit n’a servi à rien.» Source Victor Lévy Beaulieu a passé toute sa vie à marchander des miroirs de la société québécoise sous son angle la plus sombre. On ne peut pas parvenir à autre chose qu’une vue sombre. Il fait partie de ceux qui ont tué le rêve québécois en le poussant dans une nuit sans fin. Victor Lévy Beaulieu vient de sombrer dans la noirceur de son œuvre mouvante comme Nelligan dans l’abîme du rêve.

Sa génération, celle des révolutionnaires tranquilles, sera maudite malgré son œuvre. À l’instar de l’église catholique d’avant révolution dominant le Québécois, Victor Lévy Beaulieu fait du chantage en annonçant qu’il brûlera son œuvre. Qu’il la brûle car il est temps qu’une vraie lumière nous donne un peu d’espoir.

 

 

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.109.htm 


23 février 2008, 3:12
Débat au sujet de l'enseignement exlcusif de la littérature québécoise au collégial

Bonjour,

J'ai rassemblé sur une page Internet de notre webzine tous les textes utiles pour comprendre et suivre le débat au sujet de l'enseignement de la littérature au CEGEP. Il y a débat parce que l'Union des écrivaines et des écrivains québécois et l'Association nationale des éditeurs de livres demandent que la littérature enseignée dans les collèges soit uniquement québécoise.

Lien vers le dossier :

http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/dossier.03.htm

 

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys 

 


15 février 2008, 4:48
Débat au sujet de l'enseignement de la littérature dans les Collèges québécois

Un débat au sujet de l'enseignement de la littérature dans les Collèges québécois (CEGEP) a été lancé le 20 janvier dernier par la publication d'une lettre ouverte signée par Jacques Folch-Ribas dans le quotidien La Presse. Monsieur Folch-Ribas est collaborateur à La Presse, professeur de littérature au cégep, membre de l'Académie des lettres du Québec et membre de l'UNEQ depuis sa fondation. Dans sa lettre ouverte intitulée «Incultes et satisfaits (?)», monsieur Folch-Ribas dénonce la demande de l'Union des Écrivaines et des Écrivains Québécois et de l'Association nationale des éditeurs de livres à effet que seuls des livres québécois soient au programme d'enseignement de la littérature dans les CEGEP.

Ma réponse fut la suivante : Tout est affaire de commerce pour l'UNEQ et l'ANEL 

Lysiane Gagnon de La presse à suivi dans le même sens :  L'inculture triomphante

Pierre Cayouette du magazine L'actualité se demande : Qui sont les incultes?

Pierre Assouline, écrivain et critique au quotidien Le Monde a fait été du débat :  Tabarnak ! et la littérature française ?

Richard Raymond de Radio-Canada a écrit : Littérature au collège - Débat au-dessus de l'Atlantique

Lire aussi:

Le débat au sujet de l'enseignement de la littérature au Québec se transporte en France: Billet de Pierre Assouline sur son blogue La république des livres et réactions de ses visiteurs

Le débat au sujet de l'enseignement de la littérature au Québec: Radio-Canada donne écho au billet de Pierre Assouline sur son blogue «La république des livres» et à l'opinion de la Fondation littéraire Fleur de Lys


17 janvier 2008, 5:17
Édition électronique : l'UNEQ et LE DEVOIR publicisent une firme américaine au détriment des initiatives québécoises
L'édition électronique me captive et, pour cause puisque j'ai créé une maison d'édition en ligne en 2003 (Fondation littéraire Fleur de Lys). Plus encore, le développement de ce nouveau type d'édition au Québec est devenue une cause de première importance. Je pourrais fort bien me contenter déditer les auteurs qui découvrent ma maison d'édition sur Internet mais c'est plus fort que moi, je me bats aussi pour la cause. Il faut dire que le Québec fait figure d'arrièré dans le nouveau monde du livre qui prend de l'ampleur un peu partout dans le monde, notamment en Europe et aux États-Unis. Or, non seulement notre retard frappe au yeux, mais voilà que l'Union des Écrivaines et des Écrivains Québécois (UNEQ) et le quotidien montréalais LE DEVOIR publicisent une firme d'édition électronique américaine, LULU.COM, au détriment des initiatives québécoises. Je vous invite à lire ces textes publiés dans notre magazine en ligne:

Édition électronique - L'Union des Écrivaines et des Écrivains Québécois publicise une firme américaine au détriment des initiatives québécoises

Édition électronique - Le quotidien montréalais LE DEVOIR préfère une firme américaine aux initiatives québécoises malgré sa politique d'Information

Personnellement, je ne comprends pas pourquoi l'UNEQ et LE DEVOIR incitent ainsi les auteurs Québécois à investir dans l'économie américaine plutôt que la nôtre.

Et vous, avez-vous une explication ?