Et si l'art sortait des musées et se retrouvait accroché au lampadaire en face de chez vous, ou à l'entrée du lave-auto au coin de la rue?
En entrevue avec un journaliste britannique au milieu des années 60, la rock star Bob Dylan avouait l'inavouable sans remords: les musées, c'est pas son truc. "L'art servirait vraiment à quelque chose s'il n'était pas cloué aux murs d'une galerie. Chaque diner des États-Unis devrait, par exemple, exposer une œuvre de Van Gogh. Un peu de beauté rendrait bien des gens plus heureux."
En 2009, son souhait est peut-être en voie de se réaliser alors que les amateurs d'art de salon n'ont plus d'excuses pour rester enfermés entre quatre murs. Les musées vous cassent les couilles? Bonne nouvelle: l'art débarque enfin près de chez vous.
À des milles des institutions muséales, l'Usine 106U de Montréal (160, rue Roy Est), que nous avons visitée pour l'émission Voir de cette semaine, est un bon exemple de la désacralisation des arts visuels, milieu souvent réservé à une élite ou à une clique sélecte. En échange d'une cotisation mensuelle de 50 $, les artistes peuvent ainsi y exposer à peu près tout ce qu'ils veulent. Résultat? Des œuvres vendues entre 5 $ et 48 000 $ et rassemblant autant des sérigraphies trendy de l'artiste Sweet Grognasse que des excréments en peluche de la colorée Mimi Traillette et des peintures pornos mettant la Vierge et le p'tit Jésus en vedette. Vive la démocratisation de l'art!
Plusieurs des créateurs exposés chez 106U se retrouveront d'ailleurs aux Puces Pop dans le cadre du festival Pop Montréal, qui a débuté hier. Durant tout le week-end, vous pourrez ainsi admirer et acheter le travail d'une centaine d'artistes dans un lieu aussi sacré qu'ont pu l'être les musées à une certaine époque: le sous-sol de l'église Saint-Michel! Un marché aux puces festif et familial des arts visuels où les culs serrés restent à la porte et d'où l'on ressort la tête pleine d'images et les doigts pleins de poussière.
STREET ART
Plus que jamais, l'art aime aller prendre l'air, et c'est tant mieux.
Dans l'ouvrage Wall and Piece, qui rassemble toutes ses œuvres, la superstar du graffiti à l'anglaise Banksy raconte ainsi que si certains deviennent policiers pour rendre le monde meilleur, lui est devenu vandale pour le rendre plus beau. "Un mur a toujours été le meilleur endroit où diffuser une œuvre!" Sévissant dans les rues d'Angleterre avec des graffitis satiriques montrant la reine Victoria en pleine séance de cunnilingus ou un prisonnier de guerre cagoulé et mis à genoux sur un mur de Londres, Banksy a donc transformé de sa touche bien personnelle certaines artères du Royaume-Uni en musées à ciel ouvert.
Grâce, entre autres, au fameux Quartier des spectacles du centre-ville, qui commence à avoir de la gueule (avec sa vitrine culturelle illuminant la Catherine de ses 35 000 ampoules LED et le projet de munir 18 salles des environs de 8000 points rouges battant au rythme des spectacles présentés à l'intérieur), le paysage urbain québécois est lui-même devenu un lieu de diffusion fantastique. À preuve, la cure de jouvence des murs de plusieurs HLM de la ville, repeints par des artistes grâce à l'organisme MU visant à transformer la cité en galerie d'art à la belle étoile.
Même phénomène du côté des arts de la scène, qui voient maintenant dans nos parcs et nos espaces publics le meilleur des espaces de création. Croisé il y a quelques semaines dans nos bureaux, le comédien Patrice Dubois revenait d'un week-end de représentations de Vie et mort du roi boiteux, reprise d'une pièce de huit heures de Jean-Pierre Ronfard présentée en plein air derrière l'Espace Libre de Montréal, au milieu des squeegees et des péripatéticiennes. "C'était magique même si un voisin récalcitrant a fait exprès de travailler avec sa tronçonneuse pendant une bonne partie du spectacle et que des gangs de rue avaient l'air de se demander ce qu'on faisait à jouer une scène de baise entre deux places de stationnement!" Un exercice de théâtre extrême qui n'est pas sans rappeler celui du Théâtre de la Griffe, qui présentait cet été Oh les beaux jours de Beckett dans un parking de Québec à la lueur des phares de voitures.
En 2009, nos artistes sortent de leur trou et vont jouer dehors. La peinture s'étend maintenant sur les immeubles et les sagas théâtrales se vivent en plein soleil. À quand un beau clown de Muriel Millard à l'entrée du pont Jacques-Cartier?
La semaine prochaine à l'émission, on assiste au grand retour des Trois Accords et on enferme la formation Stereo Total dans la vitrine de chez La Baie pour entendre sa version trash du classique Illégal de Marjo.