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Vue panoramique
4 novembre 2009, 4:28

Qui a dit que je n'aimais pas la campagne?

"La campagne, c'est beau. Quand tu sais que tu reviens le soir, c'est beau!" J'ai toujours été comme Yvon Deschamps dans son monologue Le Bonheur. J'ai toujours préféré la ville à la campagne.

Seulement, cet automne, mon cœur de cinéphile ne peut s'empêcher de délaisser les ruelles de mon quartier et les gratte-ciels du centre-ville pour aller traînasser dans un champ perdu au beau milieu d'un no man's land postapocalyptique ou à l'orée d'une forêt boréale. J'ai même envie de ressortir ma vieille cassette VHS du documentaire La Bête lumineuse de Pierre Perrault, qui suit un groupe de mononcles à moustaches partis en fin de semaine de chasse dans un campement de Maniwaki.

Au cours des prochaines semaines, en plus de la mégaproduction 2012 qui illustre ce qui arrivera lorsque mère Nature se choquera contre nous dans trois ans, plusieurs films nous plongeront dans la nature jusqu'au cou et enverront valser notre confort de citadins modernes un peu frileux. Il y aura le troublant Antichrist de Lars Von Trier, grand frisson du dernier Festival de Cannes racontant l'histoire d'un couple parti se ressourcer dans une forêt qui en viendra à le posséder, puis The Road, adaptation d'un roman de l'Américain Cormac McCarthy où Viggo Mortensen tente de survivre dans une nature dévastée par l'apocalypse.

Il est donc peu étonnant que le magazine 24 images consacre sa dernière édition à l'état de la nature dans le cinéma actuel. Un numéro passionnant qui nous fait constater que le septième art a toujours été, au fond, le baromètre de notre relation avec la nature. Prenons les Québécois, peuple de colonisateurs et de défricheurs dépeint avant la Révolution tranquille dans des films de propagande glorifiant nos bûcherons de grands-pères partis conquérir l'hostile forêt de l'Abitibi. Puis arrivèrent des cinéastes comme Gilles Carle et leur vision de citadin tentant d'apprivoiser la nature. La Vraie Nature de Bernadette, Les Mâles, La Mort d'un bûcheron... Une filmographie qui sent encore la colle d'épinette et la chemise carreautée.

Tout ça pour finalement sortir du bois. De tous les souvenirs de cinéphile qu'il me reste des années 90, je ne garde qu'une impression d'urbanité: les cours arrière du Plateau-Mont-Royal d'Eldorado, les saunas clandestins de Québec du Confessionnal de Robert Lepage ou les édifices du centre-ville de Liste noire de Jean-Marc Vallée. Mais depuis peu, c'est comme si notre cinéma voulait prendre l'air. Quitter les grands boulevards. Dire adieu aux mêmes coins de rue. Plutôt embrasser la forêt, les vastes étendues. Dans la nature jusqu'au cou.

Sur la piste d'atterrissage en Abitibi...

10 h 50. L'avion de l'équipe de tournage de Voir se pose sur la piste de l'aéroport de Rouyn-Noranda. Nous accompagnant à bord de l'appareil, le réalisateur Bernard Émond et sa muse Élise Guilbault, venus présenter le film La Donation en ouverture du 28e Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue.

Lorsqu'on décolle de l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau coincé entre un parc industriel surpeuplé et le chaos continuel de l'autoroute 40, et qu'on atterrit à Rouyn, le choc est énorme. Situé à 16 km du centre-ville et encerclé d'infinies étendues de forêt dense qui lui donnent des airs quasi désertiques, l'aéroport cause presque le vertige tant la nature y frappe en pleine gueule.

En fait, un choc semblable à celui provoqué par le film d'Émond lui-même tant il détonne parmi ce qu'on nous propose sur les écrans ces derniers temps. Ici, pas de montage "clippé", de scènes de cul ou de nightlife branché. Seulement des arbres, des lacs, des champs. Rien d'autre. Une femme de la ville, ses vieux démons, l'Abitibi. Point final. "L'Abitibi est plutôt austère au premier coup d'œil", nous confie Émond entre deux entrevues. "Mais quand on la regarde une deuxième, puis une troisième fois, il y a une grande beauté qui s'en dégage. On finit même par en être transcendé."

Le dernier film de Bernard Émond est, lui aussi, austère. Troublant. Dérangeant. Du moins, il l'est pour les frileux urbains que nous sommes devenus. Il l'est pour les Montréalais qui se pètent les bretelles d'avoir passé un après-midi "dans le bois" sur le mont Royal, ou pour les banlieusards qui se targuent de faire du hiking autour de l'île des Sœurs.

Le cinéma retourne dans le bois pour réfléchir. Profitons-en pour respirer un grand coup.

/ / /

La semaine prochaine à l'émission, on passe un avant-midi complètement chaotique dans le studio de Jean Leloup, on assiste à de l'impro musicale à Saguenay et la grande Janette Bertrand s'amène dans nos bureaux. Mercredi 11 novembre à 21 h.

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